Commerce

La boulangerie

Le feuilleton de la boulangerie continue...

Nous étions privés de boulangerie depuis des mois, grâce à l'efficace politique commerciale de notre maire et de l'ensemble de son équipe municipale, dont nous ne louerons jamais assez les remarquables qualités de gestion administrative, l'esprit d'initiative, de responsabilité, d'humanisme, de puissance de communication et de génie créatif, et voilà que, début juillet, Monsieur le Maire nous avait trouvé, selon ses dires, la " perle rare " en la personne d'un excellent boulanger, dynamique, travailleur, efficace, sympathique et décidé à prendre à bras le corps la mission dont il se voyait imparti. L'homme avait d'ailleurs décidé de parcourir les campagnes de la commune pour livrer le pain aux plus éloignés et il avait décidé d'acheter un véhicule dans ce but. Il y avait même, selon certains, un projet de terrasse ombragée sous les platanes de la place des Martyrs du Bessillon, où notre aimable boulanger et son épouse auraient pu servir des pâtisseries, du café, du thé et des rafraîchissements aux innombrables touristes de passage dans notre beau village, ébahis par tant de beauté, de chaleur et de qualités d'accueil. Notons au passage que la mairie a toujours refusé de permettre l'implantation d'un snack pizzeria avec emprise sur deux places de stationnement et que là on en aurait sacrifié quatre. Comprendra qui pourra…

Tout avait démarré de manière idyllique entre la boulangerie et la mairie. C'était le grand amour. Le boulanger allait faire véritablement fortune en faisant aussi fonction de " Point Poste " et en augmentant ses revenus de la somme colossale de 250 euros par mois, maximum, non garanti.
Par ailleurs, les produits bios imposés par le maire devaient être une garantie absolue de bonne santé pour le boulanger et tous les Pontois, sauf le maire et sa femme qui n'achètent jamais rien à la boulangerie de Pontevès, mais c'est leur plus stricte liberté, après tout, et on ne peut pas le leur reprocher.
De surcroît, le brave homme devait aussi plus ou moins vendre de l'épicerie, des produits frais, crèmerie, fruits et légumes. Sans compter le relais journaux qui devait être assuré quotidiennement par ses soins.
Notre merveilleux boulanger fabriquait d'ailleurs d'excellents pains, malgré l'exiguïté, l'incommodité et l'infonctionnalité des locaux et du matériel mis à sa disposition gratuitement, ainsi que d'excellents gâteaux. Tout le monde était content.
Le cahier des charges écrasant et absurde imposé par le maire n'avait pas fait fuir le brave homme à la première minute, ce qui relève probablement du miracle. Merci à St Gervais et à St Prothais.
Tous les jours, en brave père de famille, Monsieur le Maire passait à la boulangerie pour contrôler le respect des engagements, le prix des marchandises, le nombre de croissants et de brioches, les procédures de fabrication, les coûts de production, la rentabilité de " son " entreprise, etc…

Bref, tout allait bien. Le boulanger, gérant de magasin, adorait qu'on vienne lui donner des leçons et lui apprendre son métier et lui casser les pieds au quotidien. Tant de bonheur, c'était trop, tant et si bien qu'un matin, un mois après être arrivé, il a pris ses cliques et ses claques et il est parti voir ailleurs si les gens étaient normaux.
Moi, je m'en fous, j'avais parié avec ma femme qu'il ne tiendrait pas trois mois et j'ai gagné mon pari.
C'est sûr que le harcèlement, la pression permanente, l'abus d'autorité, l'arrogance et la bêtise ça a toujours été efficace dans le monde du travail pour obtenir les meilleurs résultats. C'est bien connu.
Notre maire devra un jour réfléchir au fait qu'une boulangerie n'est pas une extension administrative de la mairie et que si la mairie met à la disposition d'un boulanger un local commercial, le maire ne saurait en aucun cas être le patron du boulanger dans l'exercice de son activité professionnelle. chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Tant que durera, chez Monsieur le Maire, ce besoin compulsif de vouloir gouverner le monde, et notamment les boulangers, il est certain qu'aucun boulanger ne voudra rester à Pontevès. Il faudra revoir les contrats. Le boulanger ne doit signer qu'un acte ou bail de location de local à usage commercial et personne ne doit lui dicter comment il doit exercer son métier. C'est à lui de s'en faire une idée et d'agir en conséquence.

Enfin, on attend le prochain boulanger. La perle…
Moi, je parie qu'il ne tiendra pas deux mois… !
Ca se passe comme ça, à Pontevès !
Bon, on rigole, on rigole, mais faudrait pas laisser brûler la fournée…

Cela dit, j'aurais bien écrit au maire pour lui demander des explications, plutôt que de me contenter des avis des uns et des autres, mais comme il se fiche de la population et ne répond pas aux courriers, je me contente de mettre ici la lettre que je lui aurais éventuellement écrite:

 

"Monsieur le Maire,

De retour de vacances, j'ai appris avec étonnement que notre nouveau boulanger, qui avait pris ses fonctions début juillet, avait quitté Pontevès définitivement fin juillet.
Selon différentes personnes interrogées et la raison donnée par la mairie, le motif de ce départ serait " incompatibilité d'humeur avec la mairie ".
Pour moi, cela n'a aucun sens. Il ne peut pas y avoir incompatibilité d'humeur entre une personne morale ou une structure administrative et un particulier.
L'incompatibilité d'humeur est un problème de relations entre deux personnes.
Je pense que les bases de l'accord que ce boulanger avait signé avec la mairie de Pontevès étaient claires et qu'il ne l'avait pas signé à la légère.
On dit, par ailleurs, que cet homme avait des projets intéressants, qu'il était dynamique et travailleur, qu'il faisait du bon pain et d'excellentes pâtisseries et qu'il semblait satisfait d'être là.

Que s'est-il passé entre le début et la fin du mois de juillet pour q'un tel homme ait pu décider de partir comme ça, en abandonnant tous ses projets et une activité qui aurait dû le motiver ?
Quel événement a pu briser la volonté et le courage d'un tel homme qui n'avait, j'en suis persuadé, que l'envie de réussir, de gagner honnêtement sa vie et de vivre avec sa famille dans de bonnes conditions ? On peut se poser la question.
Ce qui peut aussi surprendre, c'est que, depuis quelques années, chaque boulanger qui vient tenter de reprendre la boulangerie de Pontevès finit par s'en aller dans des circonstances plus ou moins tendues, conflictuelles, qui laissent à penser que ces départs ne sont pas dus uniquement, tant s'en faut, à des défaillances de ces boulangers eux-mêmes.
Lorsqu'on entend incompatibilité d'humeur avec la municipalité, il ne peut s'agir que d'une incompatibilité entre le boulanger et un élu. Le premier élu étant le maire et le maire étant responsable de toutes les décisions prises sur le territoire de la commune, vous ne pouvez pas être étranger à ces échecs répétés.
C'est pourquoi, Monsieur le Maire, je vous demande, vous prie, vous invite à vous expliquer et à rendre des comptes à tous les administrés de la commune qui paient vos indemnités de maire et ont droit à la vérité et à la transparence dans le cadre de ce genre de décisions que vous prenez et qui semblent systématiquement conduire à des ratages. Et puis, toutes ces bêtises additionnées (comme l'achat absurde du plateau des ruines du château pour 100 000 euros), finissent par coûter cher aux Pontois dans une période de difficultés pour tous.

Tout le monde sait que le maintien d'une boulangerie à Pontevès relève aujourd'hui de l'exploit. En effet, de par la situation de retrait de notre village, les seuls clients des commerces de Pontevès sont les Pontois eux-mêmes, ceux du village et ceux des quartiers, tout au moins pour ceux qui se hasardent encore à monter au village. C'est insuffisant pour apporter un revenu décent à un boulanger. En effet, antérieurement, les Pontois pouvaient encore se sentir assez incités à monter au village pour cumuler leurs achats de tabac et journaux, de boulangerie-pâtisserie et enfin un petit passage à la poste pour déposer ou retirer leurs courrier et objets postaux.
Aujourd'hui, le commerce de tabac et journaux n'existe plus et la poste est pratiquement inexistante de par ses horaires loufoques, ce qui fait toute la différence. Plus personne ne montera au village pour acheter le pain alors qu'il devra en plus se rendre à Barjols pour acheter tabac et journaux et passer à la poste de Barjols qui est encore plus ou moins opérationnelle, malgré la politique catastrophique de la direction de la Poste au niveau national.

Dans ces conditions, deux questions se posent :

- A quoi bon poursuivre ce feuilleton ridicule de la boulangerie de Pontevès. Ne serait-il pas plus simple d'en abandonner l'idée ?
- Si on répond non à la première question, pourquoi mettez-vous des bâtons dans les roues des candidats boulangers jusqu'à les contraindre à partir à chaque épisode ?

En effet, il semble ressortir de ce que j'ai pu entendre à droite et à gauche que vous avez mis une telle pression sur le dos de ce pauvre garçon qu'il n'a pas pu faire autrement que de s'en aller.
Personne ne comprend votre attitude et les Pontois ne savent plus que penser.
En effet, n'importe quel observateur attentif, au vu de l'historique de votre mandat municipal, arriverait à la conclusion que vous ne souhaitez la présence d'aucun commerce au village et que vous faites tout pour dissuader les candidats et faire fuir ceux qui sont déjà en place.
De la même manière, il en conclurait que vous ne souhaitez pas que les habitants de la commune puissent trouver des lieux de rencontres, d'échanges et de dialogue où ils pourraient confronter leurs avis et opinions sur les sujets les plus divers et aussi les plus précis comme, par exemple, la façon catastrophique dont la commune est gérée et administrée. Pour ce qui est du dialogue, vous en êtes clairement l'ennemi et vous préférez l'absence d'information et le mutisme absolu plutôt que d'accepter la moindre discussion avec vos administrés, pour faire vos petites affaires dans l'ombre. Entre l'ombre et la lumière, il est évident que vous avez fait votre choix.
Tout le monde sait que vous rejetez toutes les candidatures d'ouverture de commerces sur la place des martyrs du Bessillon.
Sans parler des innombrables refus de demandes d'installation d'entreprises sur le territoire de la commune, dans la plaine ou dans les quartiers éloignés.

N'importe quel maire, digne de ce nom, ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour améliorer son village et les conditions de vie de ses administrés.
Vous, vous ne faites que détruire Pontevès à petit feu, anéantir toute possibilité de développement. Méthodiquement et systématiquement, vous avez fait de Pontevès un village mort, une cité dortoir, une commune fantôme.

Monsieur le Maire, je vous invite à rendre des comptes aux Pontois.
Je pense juste me faire ici le modeste messager de ce que pensent de nombreux Pontois concernant cette triste affaire.
Ce n'est donc pas mon avis qui importe. Je ne suis rien ni personne dans cette commune. Ce n'est donc pas à moi qu'il faut répondre, mais à l'ensemble de la population de Pontevès.

Dans cette attente, recevez mes plus courtoises salutations.

Laurent Droit."