Vie publique

L'accueil à Pontevès

"Pontevès aux Pontois!"

Ce n'est pas facile de parler de l'accueil quelque part, car on ne veut pas froisser les uns et pas forcément ménager les autres. Mais comment être objectif ?

On a déjà parlé de l'accueil en France et en Provence et pourquoi ne pas évoquer l'accueil dans notre petite commune.

Le chauvinisme est un réflexe naturel de ceux qui ont peur de l'étranger et craignent que leur petite vie tranquille soit dérangée ou compromise par ceux qui, arrivant de toutes les directions, prétendent s'installer dans " leur " village ou dans " leur " petite ville et y apporter (forcément) le chaos… ! De nombreux histoires, nouvelles, romans (Zola, Giono...) et des tas de films (par exemple, Jean de Florette, pour la Provence...) ont été produits dans le passé, sur ce sujet brûlant.

Ce n'est pas un phénomène nouveau. Mais qui sont ces étrangers, cibles de toutes ces marques de rejet ? Quand on pose la question, on a le sentiment que l'étranger n'est pas clairement défini. Celui qui vient de loin, de près, d'un autre pays, d'une autre ville, d'un autre village, du village voisin et mitoyen.
" L'étranger, c'est celui qui n'est pas d'ici…!"

"Etre d'ici" c'est appartenir à une communauté qui vous connaît, qui vous reconnaît et qui vous a accepté. Cela vous confère certains droits et privilèges. Nous sommes donc tous des étrangers, partout où nous allons, si nous ne sommes pas "d'ici".

Si nous nous penchons d'un peu plus près sur ces bonnes vieilles traditions xénophobes, nous nous apercevons vite que c'est à peu près partout pareil, c'est vrai. Avec des variantes. L'accueil sera différent, mais pas toujours mauvais, de prime abord.
Dans le midi, on est plutôt content de voir des touristes de passage qui apportent des devises et font travailler le commerce. Ces gens-là ne s'installent pas, ne s'attardent pas et ne mettent pas en péril les relations de plus ou moins bonne qualité qui existent entre les natifs, les autochtones, les " indigènes, comme disent certains… !!

Mais dès les vacances passées, attention… Ce n'est plus la même chanson !

Si vous arrivez en cours d'année, avec votre camion de déménagement, vous aurez droit à toute l'attention des habitants du cru. On va vous scruter, vous dévisager ou vous ignorer superbement, ce qui revient au même. On ne va surtout pas vous adresser la parole ni vous faire croire que vous êtes le bienvenu, de quelque manière que ce soit. Vous allez faire jaser dans les chaumières.
En fait, contrairement au mépris franc et massif que l'on va vous afficher, on va beaucoup trop s'intéresser à vous. Surtout si vous avez une belle voiture et si vous avez acheté une belle maison de la commune. Car il faut le dire, les humains sont jaloux et particulièrement les habitants de la campagne. C'est comme ça, on ne pourra jamais rien y changer.

Si vous montrez des marques de sympathie à vos voisins, les relations seront peut-être légèrement plus cordiales, mais ça s'arrêtera là.
Il ne faut surtout pas croire que "ça va le faire...!".
Vous n'êtes en aucune façon le bienvenu. Vous croyez que vous allez vous intégrer à la vie de la commune, vous faire accepter, vous faire des amis… Non !
Dans ces petits villages de Provence, où la pauvreté est installée depuis des siècles, on n'aime pas les étrangers, on n'aime pas le changement, on n'aime pas la nouveauté et on se méfie de tout ce qui arrive de l'extérieur.
Ces villages fonctionnent un peu comme de grandes familles. Les enfants ont grandi ensemble. Les garçons et les filles sont sortis ensemble. Tout le monde se connaît depuis longtemps. Tout le monde a des relations plus ou moins directes ou indirectes, avec tout le monde et on n'a pas envie que les choses se compliquent.
Ca l'est déjà souvent bien assez.

Certains seront francs avec vous, ce qui est déjà une marque d'honnêteté, et vous diront clairement que vous n'avez rien à faire ici, que vous ne serez jamais accepté et que vous perdrez votre temps à tenter de le faire.
Certains vous diront avec orgueil et arrogance " La terre, elle est à nous ", oubliant que la terre, leurs parents et eux-mêmes l'ont parfois trahie et abandonnée depuis des lustre. Et puis, la terre, elle est à celui qui l'achète…
Dans ces régions rurales, on pourrait croire qu'au moins le paysan ou l'agriculteur qui vient d'un autre village, pour exploiter une terre nouvellement achetée en ces lieux, sera mieux accueilli qu'un quelconque citadin en mal de tranquillité, mais pas du tout.
La guerre sera peut-être d'autant plus féroce que le cultivateur en question aura acheté une belle et bonne terre déjà jalousée par de nombreux autres et qui aura été l'objet de convoitises et d'affaires louches durant des décennies, voire des siècles… !
Plus la valeur du bien sera grande et plus la convoitise et la jalousie seront exacerbées. Alors, le nouveau venu ne devra surtout pas compter sur l'indulgence des autres et devra se faire à l'idée que seuls ses petits-enfants ou arrière petits-enfants seront peut-être un jour acceptés en ces lieux.

" Pontevès aux Pontois "

Les décennies passées ont parfois vu ce slogan brandi par les uns ou les autres afin de protéger Pontevès de l'envahisseur " étranger ".

Pour les mêmes raisons qu'évoquées plus haut, le village de Pontevès, de par sa nature même particulièrement retirée du monde, entretien une tradition d'exclusion ancienne et active. Les anciens estiment que le village leur appartient. La municipalité entretient cet aspect de la tradition pour satisfaire les caprices de quelque vieillards encore aux aguets.
Mais les choses changent peu à peu. Beaucoup de citadins venus de Marseille, de Toulon ou d'ailleurs, sont venus s'installer à Pontevès, comme dans le reste du Haut Var. La municipalité, elle-même, ne compte plus vraiment dans ses rangs de vrais anciens Pontois originaires du village depuis de siècles. Tous sont des " pièces rapportées " qui ne sont plus issus de cette terre.

Mais être Pontois, c'est quoi ?
Si on se penche sur l'histoire de Pontevès, on s'aperçoit qu'un grand événement s'est produit. La peste fit des ravages en Europe et la population de Pontevès fut décimée ou abandonna le village et ne revint pas.
En 1477, le village fut repeuplé par l'arrivée d'une trentaine de familles du diocèse d'Albenga, en Ligurie. En effet, Bertrand de Pontevès, pour repeupler le village, s'adressa aux habitants du village de Montegrosso, en Italie. Il signèrent avec le seigneur, le 23 mars 1477, une charte selon laquelle il les exemptait d'impôt pour une durée de vingt ans. Ce fut une action locale tout à fait extraordinaire et marquante.
On peut donc dire que les Pontois vraiment d'origine sont tous des descendants de ces familles italiennes qui se sont implantées au milieu du XIème siècle.
Ensuite, la vie dut reprendre normalement et les Pontois se mêlèrent aux populations des communes et villages alentours, dissolvant peu à peu les racines italiennes de leurs ancêtres.
Le Var, dans son ensemble, est un département très cosmopolite qui a vu, au cours de l'histoire, les peuples les plus variés le traverser ou s'y installer. Avec le port de Toulon et la proximité de Marseille, des immigrants du monde entier ont pu faire souche dans le département. C'est un brassage de races et de nations assez étonnant.
On peut dire aussi que la présence des galères royales et du bagne, à Toulon( http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Toulon ) et
( http://www.netmarine.net/forces/operatio/toulon/bagne.htm ), a pu voir de nombreux galériens et bagnards, arrivés au bout de leur peine, s'installer comme ils le pouvaient et recommencer à exercer modestement les métiers qui étaient les leurs auparavant, du moins pour ceux qui en avaient un, se marier et avoir des enfants.
Le Var fut aussi longtemps une région où sévissait un certain grand banditisme, dont le célèbre Gaspard de Besse, le "Robin des bois provençal".
Aujourd'hui, le varois se reconnaît volontiers lui-même fort en gueule, indiscipliné, un rien rebelle, aimant parfois flirter avec les limites de la légalité, bon mangeur et bon buveur, adepte du pastis, de la sieste, de la chasse et de la truffe.
Parfois, le sang chaud remonte à la surface et on assassine son voisin ou un député, Yann Piat (morte assassinée le 25 février 1994 à Hyères (Var) par deux hommes en moto alors qu'elle rejoignait son domicile en voiture. À l'époque, ce crime suscita en France une vive émotion, car on lui supposa une origine politique. Yann Piat avait écrit deux ans auparavant une lettre dans laquelle elle mettait en cause cinq hommes dont deux personnalités politiques, Maurice Arreckx, Bernard Tapie, et trois personnages du milieu varois), un peu comme en Corse on se débarasse d'un préfet gênant (Le 6 février 1998 à 21h05, le préfet de Corse Claude Érignac est assassiné rue Colonna-d’Ornano à Ajaccio. Il est abattu de trois balles de calibre 9 mm dans la nuque à bout portant. L'arme du crime, un Beretta qui avait été subtilisé cinq mois plus tôt, le 6 septembre 1997, pendant la prise en otage de deux gendarmes de la caserne de Pietrosella (Corse-du-Sud), est retrouvée sur les lieux). Trop chaud, ce sang...!

L'histoire de Pontevès vous est sommairement résumée dans ce site.

Quoi qu'il en soit, la population pontoise a prospéré jusqu'au milieu du vingtième siècle et a commencé à se réduire progressivement par le départ des jeunes vers les grandes villes, pour y trouver du travail. La vigne et l'olivier ne suffisaient plus à faire vivre tout le monde, à cause de la concurrence de plus en plus forte de l'étranger et une plus grande demande de qualité des produits.

Aujourd'hui (en 2008), à l'aube du troisième millénaire et au début de ce 21ème siècle, l'instantané de Pontevès que l'on peut faire montre un village de 675 habitants essentiellement répartis dans la plaine et les quartiers. Un village-dortoir où vivent de nombreux salariés d'entreprises de villes voisines ou plus éloignées. Le vieux centre a été plus ou moins réaménagé, mais le village est sans vie et sans âme parce qu'il ne compte plus vraiment en son sein d'activité économique et de production locale occupant une part importante de la population, comme c'était le cas dans le passé, et personne ne semble vraiment vouloir s'en préoccuper.
Il faut bien le dire, Pontevès a été incapable de prendre son virage touristique ni son virage de la modernité, cela dû, précisément à une tradition archaïque de rejet de l'étranger. D'autres villages, non moins perdus, on su retrouver une nouvelle vie, un nouvel essor, et se redonner une vraie attractivité, au bénéfice de tous. Pourtant, d'innombrables choses seraient à faire, à Pontevès, pour tirer parti de ces quelques pauvres vestiges branlants. Mais la volonté n'y est pas et Pontevès continuera à vivre à côté de son siècle, par manque d'idées et de dynamisme de la part de ses élus et d'une grande partie de sa population.

Alors, " Pontevès aux Pontois ", ça ne veut plus dire grand-chose. Parce que les Pontois, aujourd'hui, ce sont surtout tous ces " étrangers " qui constituent l'essentiel de la population de la commune et qui y sont nombreux à payer des impôts.

Quant à l'accueil, qui est le sujet de cette page, il n'est ni pire ni meilleur que dans n'importe quel village de Provence ou du Var, mais on peut dire qu'il n'en n'est pas moins mauvais et peu chaleureux. Peut faire mieux !

Il faut beaucoup de caractère et de personnalité pour être capable de sourire et d'accueillir avec des mots de paix et d'amour celui qui vient d'ailleurs et qui espère trouver là une vie nouvelle et reconstruire du bonheur, de l'activité et de l'amitié.
En ces temps d'incompréhension, de violence et de haine, en France et dans le monde entier, réapprenons à aimer et à tendre la main. Réapprenons la joie de donner et de recevoir, sans ce vice vénéneux qui consiste à toujours faire le compte de ce que l'on donne ou de ce que l'on reçoit.