Michel DROIT

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Articles, textes et discours publiés à la mort de Michel Droit

 

Hommage à M. Michel Droit, prononcé par M. Maurice Druon, Secrétaire perpétuel honoraire del'Académie française.

En l'église Saint-Honoré-d'Eylau le 27 juin 2000.

Dans l'univers intérieur de Michel, il y avait d'abord Dieu. Sa foi était totale, solide et sans fissure. Il était un fidèle, à tous les sens du terme, mais d'abord au sens religieux, comme vient de le rappeler en de meilleurs termes le Père Paul-Dominique qui, par son oncle le Révérend Père Carré qui est en ce moment même en prière avec nous, appartient à notre paroisse académique.

Michel admettait mal que la religion qu'il avait apprise en son enfance pût changer en rien, fût-ce dans les formes.

À cette sphère religieuse se rattachait - religare - sa mère, qui lui avait enseigné à croire et à prier, et puis son foyer, sa femme, ses enfants, la vie reçue, la vie transmise. Comme on fait sa prière quotidienne, il n'était pas de jour qu'il n'ait pensé à sa mère et qu'il n'ait eu besoin d'entendre, par un fil lointain, la voix de son fils Éric et de sa fille Corinne.

Nous nous inclinons devant leur chagrin ; nous nous inclinons devant la dignité, la discrétion, le dévouement que montra Janine dans les épreuves rencontrées et particulièrement celles de la fin. Trois ans de mise au tombeau, c'est long.

En second lieu, il y avait la France. Michel était patriote, héréditairement, congénitalement. On naît patriote comme on naît blond ou brun. C'est une disposition naturelle qui s'épanouit plus ou moins selon le milieu dans lequel on est élevé. La France, Michel l'avait héritée de son trisaïeul Arnould Droit, soldat de la Grande Armée, blessé devant Ulm en 1805. Il l'avait reçue, la France, de son père qu'il chérissait, Jean Droit, admirable fantassin des tranchées, parti caporal en 1914 pour finir capitaine en 1918, peintre qui consacra son talent à illustrer l'héroïsme patient de ses compagnons d'armes, et qui aurait pu être un personnage de Maurice Genevoix. Sa mère était, elle aussi, une Française exemplaire, décorée pour son courage et sa vaillance d'infirmière aux armées.

Michel avait appris la France en grandissant devant le donjon de Vincennes, ce symbole des gloires royales. Il avait été ébloui par l'Exposition coloniale de 1930 - il avait sept ans - où la France exhibait pour une dernière fois sa puissance impériale.

Michel ne supporterait plus jamais ce qui pourrait blesser, diminuer, humilier la France. Il aurait des occasions de souffrir. Mais il aurait aussi toutes les raisons de devenir un des féaux de De Gaulle.

Il l'était déjà, quand il fit partie des étudiants qui portèrent, le 11 novembre 1940, une gerbe en forme de croix de Lorraine sur la tombe du Soldat inconnu. La troupe allemande tira sur ces adolescents. Mais le monde apprit, par la radio de Londres, que la résistance intérieure existait et venait pour la première fois de se manifester.

Radio, mot magique parce que moyen tragique de ces années noires. Michel, dans la clandestinité, fut le benjamin de cette poignée de journalistes qui prépara la radio de la Libération. Il lui revint, à vingt et un ans, d'être celui qui fit vivre à la France, par la radio, la bouleversante, la sublime descente des Champs-Élysées, le 26 août 1944, dans les larmes de joie de la liberté retrouvée.

De cette journée-là, Michel conservait une grande photographie où de Gaulle avait écrit : " À Michel Droit en souvenir du seul jour qui en valut vraiment la peine. "

Après quoi, il s'engagea dans la Première Armée française du général de Lattre, pour être frappé de deux balles, en avril 1945, quinze jours avant la capitulation du IIIe Reich, et à quelques lieues de l'endroit où son aïeul Arnould avait été blessé, cent quarante ans plus tôt. Il était l'un des rares d'entre nous à porter la médaille militaire si rarement attribuée pour conduite au feu.

Sa troisième rencontre avec l'Histoire fut ce soir de 1965 où, au cours d'une campagne présidentielle indécise, la première dont l'issue dépendant du suffrage universel, le général de Gaulle le choisit pour interlocuteur, alors que toute la France se tenait devant les écrans de télévision. Le libérateur du territoire, le restaurateur de nos institutions, avait consenti à descendre de son socle ; la statue du Commandeur s'était animée, et avait parlé cœur à cœur avec tous les Français, à travers un seul d'entre eux ; mais il fallait que ce fût ce Français-là, Michel Droit.

Ce qui, enfin, donnait sens à sa vie était, pour Michel, l'aventure ; mais pas l'aventure gratuite, l'aventure pour être communiquée, racontée aux autres. Il avait ce goût de l'exceptionnel et du bout du monde qui fait le grand reporter. Son modèle était Joseph Kessel pour lequel il éprouvait une sorte de vénération, et qui lui vouait une vraie affection, comme lui combattant, comme lui coureur de brousses et de déserts, pêcheur de héros purs, de chefs de bandes et de mauvais garçons. Ce fut d'ailleurs au grand " Jef " qu'il succéda à l'Académie. Il l'avait bien mérité ; une médaille militaire en remplaçait une autre.

Journaliste, Michel le fut de toutes les manières, et avec talent, à la radio, à la télévision, dans la presse. Journaliste d'actualité, journaliste politique, journaliste littéraire : il faut beaucoup d'énergie pour mettre de la passion à ce que chaque jour apporte de nouveau, et pas mal d'humilité pour écrire ce que chaque lendemain effacera.

La compensation de cette fugacité, le journaliste la trouve dans le livre composé, l'ouvrage, dont nous espérons qu'il durera un peu. Trente et un volumes forment l'œuvre publiée de Michel Droit, qui sont tous, peu ou prou, de témoignage : biographies, portraits, essais, récits, pamphlets, mémoires, et jusque même ses romans, où il a versé des morceaux de sa vie, comme Le Retour qui obtint le grand prix du Roman de l'Académie, avec le soutien de Jacques de Lacretelle qui était bon juge, ou encore Les Compagnons de la Forêt-Noire ou La Mort du Connétable.

Michel avait l'âme disposée à l'admiration. Le besoin d'admirer est peu partagé en nos temps sartriens où l'on est plutôt porté à critiquer, contester, décrier, mépriser, rabaisser. Mais cette disposition rapproche ceux qui la possèdent, et crée les amitiés définitives. L'admiration est une communion dans la ferveur.

Il aimait et révérait l'Académie parce qu'elle est une grande image de la France, parce qu'elle a compté en son sein la plupart de nos gloires nationales, parce qu'elle est une façade qui se voit de loin dans l'univers. L'un de ses plus grands bonheurs avait été d'y entrer ; il lui était dévoué, il la servait avec empressement ; il était volontaire pour les tâches souvent peu exaltantes qui lui incombent, mais qui doivent être accomplies.

Droit comme son nom, d'allure et de caractère, les mots d'honneur et de loyauté le définissaient. Il apportait autant de courage moral à défendre les causes et les hommes qui lui étaient chers qu'il avait apporté de courage physique à défendre son pays. Il connaissait les risques, mais ne les soupesait pas. Je ne peux oublier, et veux le lui dire ici, qu'il fut toujours à mes côtés quand je fus attaqué.

Peut-être était-il, en sa personne et par les vertus qui lui étaient naturelles, un reproche pour beaucoup qui ne lui ressemblaient pas, et qui le lui firent payer cher; les ennemis ne lui manquaient pas.

Jeudi dernier, deux heures à peine après que nous avons appris qu'il était passé dans l'autre royaume, notre Directeur en exercice, Bertrand Poirot-Delpech a rendu à Michel l'hommage rituel que nous rendons à nos pairs quand ils disparaissent. Il l'a fait avec une émotion qui traduisait bien la nôtre, une émotion inspirée par l'amitié qui s'était nouée entre eux deux, une de ces amitiés improbables qui sont une des grâces de la vie de notre Maison.

Avec délicatesse, il a évoqué les traverses et les drames que connut Michel en ses dernières années, et que nous ne pouvons pas ne pas avoir à l'esprit.

" Le passage, nous a-t-il dit, au premier Conseil Supérieur de l'Audio-visuel, où il avait sa place, mais où, peut-être, il n'aurait pas fallu siéger ès qualité, lui a coûté certaines avanies réservées aux missions impossibles - sa spécialité. Une méprise dans l'exercice d'un sport qui le captivait l'a affecté dans ce qu'il avait de plus précieux - un honneur qu'il avait payé cher le droit de tenir pour hors d'atteinte.

Vint enfin le cataclysme neurologique dont l'extension actuelle ressemble fort à une punition infligée à l'humanité pour avoir allongé, trop vite, son espérance de vie. Michel Droit allait rejoindre la cohorte des morts en sursis qui nous obsèdent tous, ces revenants avant d'être partis…

Oublions, voulez-vous, nos dernières visions d'égarement fantomatique, pour ne retenir que l'engagé des jeunes années versant son sang dans l'Allemagne bientôt vaincue, l'académicien corseté dans un garde-à-vous de toute l'âme, dont l'époque ne savait plus apprécier la noblesse ; et imitons un instant, en signe de tristesse fière, d'hommage au soldat valeureux, au serviteur des Lettres, et à l'ami, un silence qui va nous peiner longtemps. "

Michel, que te disait Bertrand en parlant pour nous tous ? Qu'il est certains êtres à qui la mort rend leur jeunesse. Tu es de ceux-là. Soudain s'effacent les rides du visage, les atteintes du corps et de l'esprit ; et ceux que nous avons aimés reparaissent à notre pensée dans la plénitude de leur force, de leur ardeur et de leur espérance. C'est du Michel Droit, jeune, et qui le fut longtemps, que nous garderons l'image, autant que Dieu voudra nous conserver notre mémoire.

Source: http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/druon_2000.html
Discours académiques.

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L'écrivain et journaliste Michel Droit est décédé , hier, à l'âge de 77 ans . I l avait été élu en 1980 à l'Académie française. Il a été le seul journaliste à avoir interviewé le général de Gaulle à la télévision . Il est aussi l'auteur de nombreux romans et essais dont " L'homme du destin ", en 5 tomes, sur le général de Gaulle. Résistant, il avait couvert, en 1944, l'insurrection de Paris en tant que correspondant de guerre auprès de la 1ère armée française. Grand reporter pour la radio à la fin de la guerre, il a parcour u le monde. En 1956, il présente le journal télévisé et commente la politique étrangère. Chef du service Tribunes et débats de la télévision en 1960, il devient la même année rédacteur en chef du Figaro littéraire (jusqu'en 1971).

Source:

http://www.bretagne-online.com/telegram/htdocs/archive/2000/20000623/IG/article/art_010B070600_1297430.htm

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Hommage à M. Michel Droit prononcé par M. Bertrand Poirot-Delpech, Directeur en exercice,
dans la séance du 22 juin 2000.

Michel Droit nous a quittés ce matin, à dix heures, après des années d'une atroce maladie.

Rappelons-nous, imaginons, le printemps 1945 ! La Première Armée française pénètre dans ce Reich qui nous avait tant humiliés cinq ans plus tôt et paraissait, sauf à quelques visionnaires, indestructible. Grimpés sur les " jeeps " et les " command-cars " de la revanche alliée, des soldats français casqués et chaussés à l'américaine sifflotent des airs de Glenn Miller. Bientôt, ils vont patrouiller dans le " nid d'aigle " d'Hitler. Grâce à eux, leurs chefs signeront pour la France la capitulation de la barbarie.

Parmi eux, crapahute un grand gaillard de vingt-deux ans, à l'œil noir, au menton tendu, aux lèvres pincées, qui restera toujours prêt à rectifier la position, comme si résonnait à ses oreilles la Sonnerie aux camarades morts. Blessé de deux balles, en avril près d'Ulm, il sera un des rares d'entre nous à mériter la médaille militaire.

Une affaire de famille, le courage au feu ! Son trisaïeul, Arnould Droit, est tombé à quelques kilomètres de là, en 1805. Son père, le peintre Jean Droit, fut un grand combattant des tranchées. Sa mère n'était pas en reste : on l'a décorée sur le front, comme infirmière des premières lignes. Né en 1923, avec le château de Vincennes sous ses fenêtres, le petit Michel n'oubliera jamais sa visite de l'Exposition coloniale en 1931. Ainsi vouera-t-il à la patrie, toute sa vie, une révérence intraitable, chatouilleuse même, quand il lui semblera qu'on en prend à son aise avec le patriotisme. De là qu'au nom de ceux qui avaient donné leur vie au son de la Marseillaise, il n'ait pas supporté l'arrangement en " reggae " de l'hymne national !

Deux autres cultes se mêleront à celui du drapeau, chez cet homme (on a envie de dire : ce garçon) dont le patronyme reflète si symboliquement le sens de toutes les droitures : une fidélité d'aide de camp au général de Gaulle, entendu le 18 juin 1940 et suivi, micro en main, sur les Champs-Élysées, le 25 août 1944 ; et la passion de l'actualité, vécue à travers les médias modernes, radio puis télévision.

Reporter de l'insurrection parisienne, il deviendra rédacteur en chef de l'" Actualité télévisée " à la vieille R.T.F. L'Histoire retiendra qu'il fut l'interlocuteur presque exclusif du Général à des moments cruciaux, en 1965, 1968 et 1969. Le fameux jour des sarcasmes contre " l'Europe, l'Europe ! ", c'est Michel Droit qui lui fait face, dans un fauteuil style retour d'Égypte, plus droit que jamais, d'une raideur propre à lui valoir une réputation de zèle militant, réputation démentie peu après, quand il invita à questionner le Général un confrère américain jugé passablement insolent par le Patron…

Autre passion qu'éclipsait, à son grand regret, celle du journalisme : l'écriture au plus long cours que sont les livres ; ceux des autres, qu'il s'attache à faire aimer, comme rédacteur en chef du Figaro littéraire, de 1961 à 1971, comme animateur des conférences du Figaro, puis comme chroniqueur au Figaro Magazine, responsable des pages d'histoire ; et ses propres ouvrages, eux aussi quelque peu masqués - on connaît ce risque ! - par ses activités de journaliste.

L'histoire fait justement partie de ses registres d'écrivain, avec une biographie de son autre modèle, de Lattre, et des reportages approfondis en livres : Visas pour l'Amérique du Sud, La Camargue. Le roman ne manque pas de l'attirer, façon, souvent, d'échapper à l'impudeur de l'autobiographie : Les Compagnons de la Forêt-Noire, Les Feux du crépuscule, Les Lueurs de l'aube, Le rendez-vous d'Elchingen, Le Temps d'apprendre à vivre.

J'oubliais une troisième ferveur, chez ce modeste doué d'une vertu peu commune dans nos milieux, presque un besoin : l'admiration. Il en a témoigné à André Maurois, à Joseph Kessel, son cher " Jef ", à qui il rougissait littéralement de succéder ici même, au neveu de ce dernier, notre Secrétaire perpétuel honoraire, dont nous savons que l'amitié de grand frère est aujourd'hui à cruelle épreuve. Peu d'entre nous ont gardé à la Compagnie autant de reconnaissance, et continué d'éprouver l'éblouissement enfantin qui nous a saisis le jour de notre élection.

Le nombre et la qualité exceptionnelle de ses travaux académiques portent témoignage de son attachement. Ainsi des discours sur Maurice Genevoix, Georges Dumézil, Marcel Achard, Jean Mistler, et Jean-Louis Curtis, qu'il a reçu sous la Coupole. Il a été assidu à la Commission du Dictionnaire jusqu'aux limites de ses forces.

Un souci a accompagné notre estime : que la vie ne lui ait pas marqué autant de prévenances qu'aurait dû lui en valoir le risque pris, dans sa jeunesse, du sacrifice suprême.

Le passage au premier Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, où il avait sa place, mais où, peut-être, il n'aurait pas fallu siéger ès qualité, lui a coûté certaines avanies réservées aux missions impossibles - sa spécialité. Une méprise dans l'exercice d'un sport qui le captivait l'a affecté dans ce qu'il avait de plus précieux - un honneur qu'il avait payé cher le droit de tenir pour hors d'atteinte.

Vint enfin le cataclysme neurologique dont l'extension actuelle ressemble fort à une punition infligée à l'humanité pour avoir allongé, trop vite, son espérance de vie. Michel Droit allait rejoindre la cohorte des morts en sursis qui nous obsèdent tous, ces revenants avant d'être partis, dont le regard baigné d'absence et comme figé dans l'effroi traduit toutes nos interrogations sur le pourquoi des malheurs du monde.

Notre consolation, s'il est possible d'en trouver, pour nous mais d'abord pour Janine, à qui nous n'avions plus le cœur de demander des nouvelles, et vers qui vont nos affections bouleversées, c'est de nous dire qu'un calvaire a pris fin ce matin, que la malédiction que nous avons vu s'abattre sur notre confrère, il y a plusieurs années, a eu enfin la franchise de pousser à l'extrême sa lente cruauté.

Oublions, voulez-vous, nos dernières visions d'égarement fantomatique, pour ne retenir que l'engagé des jeunes années, versant son sang dans l'Allemagne bientôt vaincue, l'académicien corseté dans un garde-à-vous de toute l'âme, dont l'époque ne savait plus apprécier la noblesse ; et imitons un instant, en signe de tristesse fière, d'hommage au soldat valeureux, au serviteur des Lettres, et à l'ami, un silence qui va nous peiner longtemps.

Source:
http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/poirot-delpech_2000.html
Discours académiques.

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France
Mort du journaliste Michel Droit


PARIS, 23 juin (UPF) - Le journaliste français Michel Droit est mort hier à Paris à l'âge de 77 ans. Rendu célèbre en inaugurant le genre des entretiens télévisés avec le président de la République Charles de Gaulle à l'Elysée en 1965, Michel Droit, fut rédacteur-en-chef du Figaro littéraire (1961-1971), collaborateur des quotidiens parisiens Le Monde et Le Figaro, et journaliste de radio et de télévision du service public, de la Radiodiffusion française à France-Inter. Né le 23 janvier 1923 à Vincennes, en banlieue parisienne, Michel Droit, entré dans la Résistance en 1942, puis combattant de la France Libre, ne cachait pas son engagement gaulliste. Le journaliste, élu à l'Académie française en 1980, était l'auteur de plusieurs romans, biographies et essais.

Source:
http://www.presse-francophone.org/agence/archivesmois/medias/medjuin2000.htm

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Dévoilement d'une plaque sur la maison natale de Michel Droit:
Discours prononcé par Mme Hélène Carrère d'Encausse, Secrétaire perpétuel

Vincennes, le 22 juin 2001

Monsieur le Maire, ma chère Jeannine,
Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi avant toutes choses de remercier Monsieur le Maire qui nous a permis en ce premier anniversaire de la mort de Michel Droit, que nous aimions et estimions, de découvrir ici les débuts de son existence, et, les confrontant avec sa fin tragique, de mieux comprendre le sens de cette vie.

Merci à vous, chère Jeannine, qui m'offrez l'honneur et l'occasion d'évoquer votre mari.

À Vincennes, à l'ombre du château où il naquit et grandit, ses amis peuvent entrevoir comment s'est forgée sa personnalité. L'histoire de France a entouré son enfance, l'histoire d'une France chrétienne, celle de Saint Louis, celle d'une grandeur austère, celle du dévouement à autrui.

Ce passé de gloire était, alors que Michel Droit était enfant, renforcé par l'image constante de la vie militaire. En ce temps-là, en effet, Vincennes était ville de garnison. Les régiments qui y cantonnaient étaient encore auréolés du souvenir de la victoire de 1918. Comment un enfant eût-il pu échapper à la fascination de ce passé témoin du prestige de la France ? Sa famille contribuait aussi à lui donner, par son exemple, le sens des valeurs qu'il portera en lui toute son existence. Un père héros de la première guerre mondiale ; une mère qui y prit part, elle aussi, au service des blessés et dont les décorations attestaient le courage. Les défilés du 11 novembre auxquels l'enfant assista toujours avec ses parents et l'Exposition coloniale de 1931, qui lui fit découvrir la splendeur de l'Empire français du début du siècle, autant de moments qui contribueront à former sa personnalité.

À cette enfance heureuse, entourée, Michel Droit devait ses convictions les plus durables. Une foi inébranlable qui s'accommodera mal un jour de la volonté de l'Église de s'accorder à son siècle, l'amour de la patrie, d'une France ancrée dans l'histoire, rayonnant sur plusieurs continents, y portant sa langue, sa culture, son patrimoine, ses usages.

Comment ainsi éduqué, Michel Droit eût-il pu accepter l'effondrement de 1940 ? Le tout jeune étudiant de dix-sept ans fit partie, tout en continuant de s'instruire, de ceux qui, au péril de leur vie, déposèrent le 11 novembre 1940 une gerbe en forme de croix de Lorraine sur la tombe du Soldat inconnu.

Tôt entré dans le journalisme, clandestin certes, Michel Droit eut le bonheur d'assurer avec Maurice Schumann, le 26 août, le reportage de la cérémonie au cours de laquelle le général de Gaulle se recueillit sur la tombe du Soldat inconnu. Mais on se battait encore en cet été 1944, et il n'imagina pas de rester étranger aux combats. C'est à Ulm, presque au même endroit que son trisaïeul, Arnold Droit, blessé en 1805, que Michel fut, en avril 1945, atteint de deux balles. La médaille militaire si rarement accordée, et dont cet homme peu enclin à vanter ses propres mérites ne parlait guère, consacra son courage.

Autre consécration et combien remarquable, l'amitié qui le lia au général de Lattre ; et surtout, la confiance exceptionnelle que lui accorda son autre héros, le général de Gaulle. Si le libérateur de la France en fit son interlocuteur privilégié à la télévision après 1965, ce ne fut pas par hasard, mais parce que le Général avait su reconnaître dans le jeune journaliste un patriote, proche de lui par la force de ses convictions spirituelles et politiques.

Michel Droit fut tout d'abord journaliste, au sens le plus noble et étendu du terme, courant le monde pour le comprendre et l'expliquer ; mais aussi il consacra du temps au journalisme littéraire. Cependant le journaliste n'éclipsa jamais l'écrivain. Ses romans lui attirèrent d'emblée l'estime du grand critique Émile Henriot, puis de l'Académie qui lui décerna son Grand Prix avant de l'appeler à rejoindre ses rangs.

Michel Droit avait une qualité rare, il admirait ceux en qui il voyait un modèle de courage ou de talent. À ce chapitre, comment ne pas évoquer Joseph Kessel à qui il succéda à l'Académie, et à qui il ressemblait à bien des égards. Grand reporter comme lui, avide de tout connaître du monde, comme lui " grand vivant à la recherche de la vie dans ses manifestations les plus puissantes ", pour reprendre une expression de Thierry Maulnier qui le reçut à l'Académie, Michel Droit était toujours prêt à servir. Son passé résistant et militaire en témoigne, mais aussi l'activité inlassable qu'il déploya à l'Académie.

Un jour cependant, ce destin heureux qui semblait rendre justice à un homme exceptionnellement droit, sans jeu de mot, intègre, loyal bascula vers le malheur de manière irrémédiable. Ce fut d'abord une mission remplie pour l'Académie; il la représenta au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Et cela l'entraîna dans un terrible imbroglio judiciaire.

L'injustice subie fut reconnue, mais elle avait cependant blessé à mort cet homme dont l'honnêteté avait été scandaleusement mise en cause. Dès lors les catastrophes se succédèrent pour culminer avec la terrible maladie qui arracha peu à peu Michel Droit au monde conscient. Muré dans le silence, dans l'éloignement de tout, des siens, de la vie, Michel Droit vécut un calvaire qu'il avait identifié dans un premier temps, avec le courage qui toute sa vie l'avait caractérisé. Et nous, ses amis, nous assistions impuissants à cette descente vers un néant apparent.

Mais qui sait quelle part de conscience et de souffrance subsistait dans cette absence visible. Comment, pensions-nous, cet homme si beau, que sa stature, son visage énergique, son regard pénétrant apparentaient, disait encore Thierry Maulnier, " aux colosses militaires, aux grenadiers des guerres napoléoniennes ", pouvait-il s'enfoncer, fantôme vivant, dans des ténèbres toujours plus denses ? Peut-être pour comprendre cette fin de vie tragique, ce destin si injuste - en quoi cet homme chaleureux, fidèle aux siens, à ses convictions, à son pays, à l'Académie avait-il mérité un tel sort ? - pour le comprendre, faut-il en appeler pour conclure à Jacques Maritain ? Celui-ci réfléchissant au sort de sa femme Raïssa, merveilleux esprit muré soudain dans le silence, concluait : " Nous avons compris elle et moi que Dieu ne frappe si impitoyablement que ceux qu'il aime d'un amour exceptionnel et dont il sait l'exceptionnelle aptitude à faire face à une telle épreuve. "

Source:
http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/carrere_2001-2.html
Discours académiques.