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choisis de livres de Michel Droit
(et
couvertures de livres)
Le fils unique / Le retour / La Camargue / Les compagnons de la Forêt-Noire / Chez les mangeurs d'hommes /
Panoramas mexicains / Une plume et un micro / La coupe est pleine / Le rendez-vous d'Elchingen /
Les clartés du jour / Les feux du crépuscule / Les lueurs de l'aube / Nous parlerons de Rome / Pueblo /
LE FILS UNIQUE
Aux éditions PLON, 1988
ISBN 2-259-01863-7(Chapitre 1 - début)
C'est au seuil de l'été 1941 que j'obtins, sans excédent de bagages, ce qu'on appelait alors le premier " bac ". Les heureuses nouvelles étaient plutôt rares, en ce temps-là. Quand, par téléphone, j'appris donc celle-ci à mes parents, le moins qu'on puisse dire est que je n'eus guère de mal à identifier aussitôt les sentiments qu'elle éveillait en eux.
Deux heures plus tard, autour de la table familiale, nous fêtions l'événement avec les moyens de l'époque. Rehaussés, il est vrai, d'un admirable chambertin dont mon père ne manquait jamais de rappeler que c'était le vin préféré de l'Empereur. Et, au dessert, nous prenions d'un commun accord une décision capitale qui allait bouleverser la conclusion de mes études secondaires. A la rentrés d'octobre, je quitterais le lycée Voltaire où je flânais, d'une classe à l'autre, depuis quelques années. Et j'irais au lycée Louis-le-Grand, payer mon jeune et bref tribut à la philosophie.
Trois éléments décisifs avaient guidé ce choix.
D'abord, la fort modeste réputation alors attachée au lycée Voltaire pour l'enseignement de " toute connaissance par la raison ". Ensuite, les mille et uns attraits dont brillait à mes yeux le Quartier Latin bien que, durant ces années difficiles, n'y régnât pas une folle gaieté. Enfin, et surtout, la présence à Louis-le-Grand, comme professeur de philosophie, du fameux Armand Cuvillier dont les deux manuels jouissaient d'une autorité quasi biblique dans la plupart des collèges et lycées de France. Car je ne doutais évidemment pas d'être versé d'office dans la classe du maître, perspective qui m'emplissait tout à la fois d'exaltation, d'orgueil et, bien sûr, d'une légitime appréhension. Aussi fus-je épouvantablement déçu d'apprendre qu'en dépit de mes certitudes, et même de la recommandation d'un ami de mon père, professeur de sciences à Louis-le-Grand, je ne découvrirais pas la philosophie à l'ombre du grand Cuvillier, mais auprès d'un professeur beaucoup moins illustre et qui s'appelait Maurice Marsal.
Comme je m'en félicite aujourd'hui !
Par des camarades que je croyais, bien à tort, plus favorisés que moi, je ne fus pas long à apprendre, en effet, que les cours du Socrate de la rue Saint-Jacques se ramenaient à une pieuse et monotone lecture de ses propres ouvrages. Au contraire, ceux de Maurice Marsal nous offraient, chaque jour, un incessant et enrichissant dialogue sur tous les sujets du programme, cela va de soi, mais sur beaucoup d'autres encore. Bref, au lieu d'avoir pour professeur un livre, on me donnait un homme. Et cette année scolaire demeure sans aucun doute, malgré les circonstances, la plus fructueuse et la plus heureuse dont je conserve le souvenir.
Mais pourquoi commencer à évoquer les miens - pourquoi, d'ailleurs, entreprendre de les évoquer, mais ceci est une autre histoire - par ce rappel de mon premier contact avec la philosophie, alors que j'avais déjà dix-huit ans ?
J'y arrive.
Quand nous en vînmes à étudier les phénomènes de la mémoire, Maurice Marsal nous proposa un beau matin, comme thème d'exercice, de raconter notre plus ancien souvenir.
Or, j'étais persuadé - et je le suis resté - que le mien remontait à la période brumeuse de mes huit ou neuf mois.
Vers cet âge, en effet, ma mère m'avait assis, un jour, dans ma chaise de bébé afin de m'y servir l'une de mes bouillies quotidiennes. Mais elle avait omis, pour une fois, de bien verrouiller la petite table en forme de croissant de lune, rabattue sur mon ventre, et où elle s'apprêtait à déposer l'assiette en bois de pin contenant le brouet farineux. Or, mon appétit avait ses exigences. Et tandis que Maman cherchait sans doute une cuiller, à quelques mètres de moi, j'entrepris de lui manifester ma hâte d'être servi. Je revois, oui je revois encore la scène. Je revois ma mère ouvrant l'un des tiroirs de la grande armoire flamande qui trônait dans la salle à manger, moi-même voulant à toute force me ruer tête baissée dans cette direction afin d'accélérer le cours des événements, et il me semble alors me sentir, emporté par mon élan, dégringolant de ma chaise pour me retrouver à plat ventre sur le tapis, au milieu de l'affolement général.
Oui, je le répète, et le soutiendrai mordicus jusqu'à mon dernier souffle, j'ai toujours vu, revu et continuerai de revoir intérieurement le film de cet épisode particulièrement animé de ma prime enfance, avec l'incroyable précision qu'en a, pour moi, conservée chaque image. Comme si la moindre d'entre elles était à jamais imprimée sur ma rétine de façon indélébile.
Mes parents eux-mêmes osèrent souvent prétendre que je " croyais " me rappeler cette chute, mais que c'était seulement à force de les avoir entendus me la raconter que j'avais fini par en confondre le déroulement avec un authentique souvenir. Or, justement, pour beaucoup d'autres anecdotes postérieures, j'ai toujours su parfaitement faire la différence entre le genre d'appropriation dont ils parlaient et un incontestable phénomène de mémoire. Mais, pour cette chute, jamais je ne voulus envisager un seul instant qu'ils pussent dire vrai. C'est pourquoi je reste, aujourd'hui, tout aussi ferme sur mes positions, et peut-être davantage encore en écrivant ces lignes.
Maurice Marsal, d'ailleurs, finit par admettre que je n'avais pas forcément tort et me dit :
- Il se peut, en effet, qu'un choc très violent comme celui que vous avez ressenti, même survenant à un âge où la vie intérieure est pratiquement nulle, risque de s'imprimer visuellement dans la mémoire et d'y rester.
Bien entendu, un de mes camarades ne manqua pas de faire alors finement observer que, de cette chute sur la tête, ne me restait pas que le souvenir. Je n'étais pourtant pas mécontent d'avoir soutenu mon point de vue face à une classe unanime dans son incrédulité, et finalement presque convaincu celui que nous admirions tous pour sa personnalité autant que pour la qualité de son enseignement.***
(Page 19)
C'est à Bruxelles, juste après son service militaires accompli au 149ème régiment d'infanterie de Maubeuge, que mon père avait fait ses débuts dans la carrière qu'il s'était choisie. Pourquoi Bruxelles ? Parce que, je l'ai dit, son père y vivait, ses surs également et qu'il aimait cette ville. Mais c'est aussi, je crois, parce que Paris l'intimidait un peu. Il n'y aurait pourtant pas manqué de recommandations auprès de certains milieux artistiques de la capitale. Sa marraine était, en effet, Joséphine Chéret - qu'il appelait Tante Jo - fille du sculpteur Carrier-Belleuse et mariée au peintre-affichiste Jules Chéret. Mais toute la confiance qu'il pouvait avoir dans les relations, l'affection, le dévouement de Tante Jo, ne l'empêchait pas de se méfier instinctivement de Paris où je pense, en définitive, qu'il ne s'est jamais senti tout à fait chez lui comme il l'était à Bruxelles.
Donc, débuts dans cette ville. Et débuts difficiles. Travaux anonymes chez des imprimeurs qui fabriquaient, notamment, des catalogues et des brochures publicitaires. Porte-à-porte auprès des différents journaux pour leur proposer des caricatures légendées. Voire même confection de figurines destinées à des spectacles d'ombres chinoises destinés aux cabarets. Et puis, soudain, le succès avait fait son apparition. Les coupures de presse que j'ai de cette époque témoignent même qu'il fut rapide et généreux. Dès l'âge de vingt-cinq ans, mon père exposait plusieurs fois par an dans les galeries du centre de Bruxelles ou de l'avenue Louise. Des foules brillantes se pressaient à ses vernissages qu'honorait, généralement, l'ambassadeur de France. Et la plupart de ses aquarelles étaient enlevées dans les deux ou trois jours qui suivaient.
Le succès appelant le succès, mon père réalisait aussi des portraits, des affiches. Dont celle, fameuse, de l'apéritif Rossi où l'on peut voir une énorme lune rouge orange sur fond de nuit, lorgnant avec concupiscence la bouteille posée au sommet de son crâne. Cette lune et sa bouteille constituent encore, aujourd'hui, la marque de fabrique de cet apéritif sans doute un peu démodé, mais qui se laisse toujours boire.
Sans la guerre de 14-18, mon père eût donc, probablement, continué de vivre à Bruxelles, car sa carrière y était tracée.
Pourtant, à la mobilisation générale, quand il partit rejoindre, à Nancy, le 226ème régiment d'infanterie où il avait été affecté, il n'oubliait pas, dans son rucksack, ses crayons et ses pinceaux.
Ainsi, durant quatre ans, tout en combattant, ne cessa-t-il presque jamais, chaque fois que sa vie guerrière lui en laissait le loisir, de dessiner et de peindre. Aquarelles pour l' " Illustration ". Affiches pour l' " Emprunt " réalisées durant une convalescence ou une permission. Et s'il y avait des " peintres aux armées " qui représentaient surtout le front et ses combats par ouï-dire, mon père, lui, était un soldat-peintre qui travaillait vraiment " sur le motif ". Ils ne devaient pas être fort nombreux dans son cas.
C'est quand la guerre eut pris fin qu'après avoir songé, un instant, à rester dans l'armée, il vint néanmoins s'installer à Paris.
Trois ans avant de se marier.
Par l' " Illustration ", par ses affiches et plusieurs expositions, le nom de Jean Droit commençait d'être connu sur les bords de la Seine. L'homme était encore jeune. Et parfaitement libre de ses mouvements. Aussi, dès que les éditions Piazza lui demandèrent d'illustrer " Mireille ", résolut-il d'aller s'installer trois mois en Camargue pour découvrir celle-ci en même temps que la campagne arlésienne et faire, sur place, les études qui lui serviraient dans la phase décisive de son travail.
En ce temps, la Camargue était encore la Camargue au plein sens du terme. Pas une seule clôture entre les terres appartenant aux différents manadiers, le marquage des bêtes et la continuelle présence des gardians devant suffire pour que taureaux et chevaux libres n'allassent pas s'égarer chez le voisin ou qu'on les y retrouvât sans peine. Pas une route goudronnée. Des flamands roses indifférents à la présence de l'homme. Bref, la vraie vie.
Mon père avait pu obtenir de s'installer au mas du Pèbre, pas très loin de Salin-de-Giraud, et que les Allemands détruiraient en 1944. Il montait assez bien à cheval, aima tout de suite la nature du pays et fut très vite admis à partager l'existence des hommes de la " bouvine ". Sur cette Camargue d'alors et ce qu'il appelait sa " minuscule immensité ", il a écrit des pages admirables qui parurent dans un livre plein d'expérience et d'amour, de précision et de poésie, " Lointains " (Vigot frères éditeurs).
C'est en écoutant mon père que j'ai découvert et aimé la Camargue bien avant de la connaître. C'est peut-être aussi en croyant souvent la voir avec ses yeux, qu'il m'est arrivé de la contempler telle que j'eusse aimé qu'elle fût restée. Immense et minuscule, infinie et toujours proche, posée entre les deux bras du Rhône pour l'aventure et le secret bonheur de quelques-uns.
Je pense que c'est de la même façon que mon fils Eric la voit et l'aime à son tour, autrement dit à travers les yeux de son grand-père et peut-être aussi un peu avec les miens quand il la regarde sans moi.
Tout au long de mon enfance, la carrière de mon père ne cessa guère de connaître le beau fixe.
Aux expositions que, désormais, il faisait régulièrement à Paris et toujours à Bruxelles, continuaient de s'ajouter les affiches : en 1924, notamment, celle des jeux olympiques. Il s'affirmait excellent portraitiste. Et, après le succès de " Mireille ", les éditeurs avaient de plus en plus recours à son talent pour illustrer des livres, ce qui lui permit de se mettre à la pointe sèche où il ne devait pas tarder à exceller.
Oui, mon père bénéficiait alors d'une renommée dont je ne me privais point de célébrer orgueilleusement la gloire à tous les vents. Mais il eut aussi la sagesse de ne jamais vouloir en profiter au-delà de ce que l'extrême simplicité de ses goûts et de ceux de ma mère lui conseillait de trouver raisonnable.
A ce propos, deux détails me semblent importants et les voici : pas une seule fois nous ne fûmes propriétaires d'une maison de campagne, fût-elle modeste, ni même d'une automobile. Mais, c'est un fait que nous ne les eûmes pas.
Aussi, juste avant la guerre, lorsque les choses vinrent à aller un peu moins bien, parce que les conditions d'existence d'un artiste se faisaient plus difficiles, à aucun moment notre vie ne s'en trouva très gravement affectée. Nous avions toujours usé avec modération de l'aisance que nous donnait cette réussite de mon père. Nous nous adaptâmes donc sans trop de mal aux quelques restrictions que nous imposaient alors les aléas de sa carrière.
Je crois d'ailleurs que, même dans la grande opulence, nous ne nous serions jamais sentis véritablement riches. Car au fond, nous n'étions pas faits pour cela. Ni donc pour éprouver la sensation d'être devenus vraiment pauvres, nos difficultés matérielles eussent-elles été plus grandes.
Puisque j'en suis à de telles confidences, il me faut ajouter que si, d'un côté comme de l'autre, ma famille était d'origine fort honorable, elle était également d'extraction très modeste. Pas la moindre petite tranche de quartier de noblesse, aussi loin que portât la vue. Qu'une de mes arrière-grand-mères maternelles, boulangère dans l'île Saint-Louis, fût née Bourbon, ne pouvait tout de même pas, on en conviendra sans mal, m'encourager à bâtir sur sa filiation de trop téméraires hypothèses. Et s'il y a bien, du côté de mon père, au sommet d'une branche collatérale, dont nous sommes issus par les femmes, un chevalier de la Hoche d'Oscourt, garde du roi sous Louis XV et titulaire de l'Ordre de Saint-Louis, je dois reconnaître honnêtement que ce n'est pas de lui, très loin de là, que je descends le plus directement.
J'ai déjà parlé de mon ancêtre Arnould Droit, paysan Picard et soldat de l'Empereur. Mais si je connais l'essentiel de sa carrière militaire, et même civile au-delà de ses campagnes, si je garde précieusement ses décorations, ses insignes de grades, quelques lettres signées de sa main ou à lui adressées, si je sais enfin qu'il était fils de François Droit, cultivateur, et avait onze frères et surs, j'ignore tout de son arrière-grand-père paternel. De telle sorte que mon arbre généalogique remonte à peine, dans cette direction, jusqu'aux aurores du siècle qu'on nomme celui des lumières.
Certes, il ne me déplairait pas de pouvoir mentionner, sur le ton faussement détaché qui convient en pareil cas, les origines aristocratiques dont auraient pu se prévaloir certains de nos ancêtres. A défaut de signaler, par-ci, par-là, quelque brigand de grands chemins ayant fini écartelé après avoir séduit une de mes aïeules, ou telle obscure courtisane entrée dans la famille par la faiblesse de la chair d'un de mes plus respectables ascendants. Alliés peu glorieux, sans doute, mais ô combien truculents, aventuriers, gredins ou dames de petite vertu dont on se chuchoterait, de génération en génération, le coupable passage au sein de la famille.
Hélas ! Il me faut bien en prendre mon parti. Pas plus de duc, de pair, de maréchal de France à l'horizon de notre passé familial que de Mandrin ou de Manon. Rien que de braves agriculteurs, petits boutiquiers, humbles artisans. Pour arriver à un architecte de banlieue parisienne, un notaire de province, le directeur d'une glacerie de Wallonie, un lapidaire préférant la retraite à la spéculation, et d'honnêtes mères de famille, leurs fidèles compagnes.
De cette famille, venant après un artiste-peintre, je fus donc le premier Rouletabille, gratteur de papier, chasseur professionnel de grands fauves à ses heures, et finalement académicien français. Je n'en tire ni vanité ni enseignement. Ce sont tout simplement l'époque, mes goûts, le hasard, la chance qui l'ont ainsi voulu.***
(Page 31)
J'avais six ans quand on me dit, un jour, que j'allais devoir m'installer au troisième étage pour une semaine, peut-être même pour un peu plus longtemps. Ma surprise fut grande, car je ne connaissais à mes parents nul projet de voyage, et ils me confirmèrent d'ailleurs n'avoir aucun départ en tête. Je demandai alors à Maman si, dans la journée, je serai néanmoins autorisé à monter la voir. Elle me fit une réponse évasive, ajoutant qu'on me dirai quand je pourrais lui rendre visite, mais que, de toute façon, je ne devrais pas rester trop longtemps à chaque fois, car elle était fatiguée et avait besoin d'un grand repos.
Certes, on parlait depuis quelques temps, et à mots couverts, de la prochaine arrivée d'un petit frère dans la famille. Car jamais il n'était question d'une petite sur. Bien que chargée d'un très grand mystère, pareille perspective me remplissait évidemment de curiosité, de joie et d'impatience. Mais j'eusse été à mille lieues d'établir spontanément la moindre relation entre l'air préoccupé de mon père, la fatigue de ma mère, le changement de sa silhouette et l'événement que l'on semblait attendre. Notamment pour l'évidente raison que la venue d'un petit frère ne pouvait, de mon point de vue, engendrer parmi nous qu'une immense gaieté. Or, une chape de tristesse et d'angoisse me paraissait, tout à coup, tombée sur notre foyer.
Je pris donc mes quartiers chez mes grands-parents. Mais sans l'allégresse qui était d'ordinaire la mienne quand je m'y installais pour un temps limité.
Ma grand-mère montait, plusieurs fois par jour, passer de longs instants auprès de sa fille. Je demeurais, le plus souvent, seul avec mon grand-père. Il m'emmenait faire nos habituelles promenades au Bois, déployait d'inépuisables ressources de mémoires et d'imagination pour me conter toutes sortes d'histoires, dépensait des trésors de patience et de savoir-faire afin de guider mes travaux de lecture, d'écriture, de calcul sur lesquels j'avais soudain le plus grand mal à fixer mon attention.
Car ce qu'on me cachait ne cessait de me troubler, de m'alarmer. Je n'osais plus guère poser de questions, tellement je les savais inutiles. Celles que j'avais dans la tête y tournaient donc sans réponse. Et ceci ne ma valait rien.
Parfois j'étais admis à faire une rapide visite à Maman qui demeurait, apparemment, couchée toute la journée et dont j'avais entendu dire que le médecin venait régulièrement la voir. Je la trouvais très pâle et très lasse. Ne sachant pas trop quoi lui dire, je prenais sa main que j'embrassais très doucement. Elle me souriait avec tendresse, me disant parfois : " Ne t'inquiète pas, je ne suis pas malade. Juste un peu de fatigue. J'irai vite mieux. Continue à faire ta prière chaque soir. " Et puis, mon père entrait dans la pièce, le visage grave comme je ne le lui avais jamais vu. Pourtant, lui aussi me souriait. Mais il ne tardait pas à m'emmener hors de la chambre.
Quand j'allais le quitter, il me saisissait dans ses bras et déposait alors un baiser sur chacune de mes joues en me disant : " Je t'aime bien, tu sais. " Et je n'osais pas lui demander pour quelle raison sa voix avait l'air si triste en prononçant de telles paroles.
Un matin, de très bonne heure, mon père arriva chez mes grands-parents et s'enferma avec eux dans la pièce-bureau où ceux-ci avaient coutume de se tenir durant la journée. Consigné dans la chambre voisine, avec pour instruction de n'en sortir sous aucun prétexte, je n'entendais rien de ce qu'ils disaient. Pourtant, quand ma grand-mère vint me rejoindre, je me rendis bien compte qu'elle avait les yeux très rouges comme si elle venait de pleurer. Elle ouvrit le tiroir d'une commode et en sortit un petit crucifix d'ivoire avec lequel elle s'empressa de retourner dans le bureau. Sans m'avoir dit un mot.
Comme je me refusais d'envisager qu'il fût arrivé quelques chose de grave à Maman, car j'avais tant prié pour elle que le Bon dieu n'aurait pu me faire cela, je comprenais de moins en moins ce qui se passait.
Pourquoi cette visite matinale ? Pourquoi ce crucifix ?
J'entendis soudain la porte palière s'ouvrir et se refermer. Papa était remonté à l'étage supérieur. Je me décidais à pénétrer dans le bureau dont mes grands-parents n'étaient toujours pas sortis. Je les y trouvai silencieux, assis l'un en face de l'autre, comme si souvent je les voyais. Mais j'observais tout de suite que ma grand-mère serrait un mouchoir pelotonné dans sa main gauche. Quant à mon grand-père il avait, sur le visage, une expression de tristesse que je ne lui avais jamais vue.
Puisqu'ils ne paraissaient pas enclins à me faire des confidences, je me risquais à poser une question :
- Maman ne va pas mal ?
Ce fut mon grand-père qui répondit :
- Non, mon chéri, ne te fais pas de souci, elle va bien.
A ce moment-là, ma grand-mère porta son mouchoir à ses yeux et je vis parfaitement qu'elle ne pouvait, à nouveau, contenir ses larmes. Je devins très inquiet et demandai encore :
- Tu es sûre qu'elle va bien ?
- Aussi sûr que je suis là, dit mon grand-père.
C'est alors qu'il ajouta :
- Mais quelque chose de bien triste est arrivé, mon petit Michel, et il faut que tu le saches : tu n'auras pas de petit frère.
Je dois le dire, parce que c'est vrai, cette nouvelle ne provoqua pas chez moi, sur le moment, le chagrin que j'aurais normalement dû ressentir, et qui deviendrait le mien, par la suite, en songeant au frère qui me manquerait toujours.
Car, pour l'instant, rien d'autre ne comptait que ma mère. Or on m'affirmait qu'elle se portait bien. Que pouvais-je demander de plus.
Et puis, je le répète, bien qu'on n'eût jamais essayé de me faire croire à l'histoire des choux, tout en se bornant à cette information sibylline : " Ce sont les mamans qui donnent la vie aux petits enfants ", je n'établissais aucun rapport entre l'état de grande fatigue, peut-être même entre la maladie de ma mère et l'arrivée ou la non-arrivée du petit frère. Si j'avais eu une sur ou un frère aînés, si j'avais déjà été à l'école et fréquenté des enfants de mon âge, probablement eussé-je été plus averti. Or ce n'était pas le cas. Et ce fut seulement au bout d'un an que j'appris combien ma mère avait déjà souffert pour me mettre moi-même au monde.
Mais là, vraiment, je ne pensais qu'à elle.
- Je pourrai la voir bientôt ?
- Demain, probablement, répondit encore mon grand-père.
C'est seulement alors que je commençai à m'inquiéter de ce qui avait bien pu arriver au petit frère que j'espérais tant.
Je dus formuler une ou deux questions vagues et embarrassées auxquelles j'entendis mon grand-père me répondre simplement :
- Il est au ciel.
Pour moi, cela signifiait, bien sûr, qu'il n'en était pas descendu.
Mais qu'il eut préféré demeurer auprès du Bon Dieu ne me paraissait pas devoir constituer un sujet de tristesse en soi. Tout au plus de déception. Une déception un peu égoïste.
Comment aurais-je pu deviner que le crucifix remis à mon père par ma grand-mère serait enfermé, avec le corps de mon petit frère, précipitamment baptisé François, dans un minuscule cercueil peint en blanc qu'on enfouirait au fond d'un caveau du cimetière de Vincennes où se trouvaient déjà plusieurs de mes arrière-grands-parents ?
J'ai retrouvé et possède toujours, parmi mes souvenirs les plus humbles et les plus chers, une enveloppe contenant une touffe de cheveux ayant appartenu à François. Des cheveux blonds et transparents. Une sorte de duvet plutôt. Ou bien, si l'expression " cheveux d'ange " veut réellement dire quelques chose
La convalescence de ma mère fut plus longue que prévue. Une infirmière était à demeure près d'elle, dont l'optimisme à toute épreuve lui fit du bien, je crois. Elle s'appelait Mlle Georget. Nous ne parlâmes de rien, Maman et moi, jusqu'à ce jour où elle me raconta ma naissance, et en même temps celle de François qui n'avait jamais pu respirer.
Lors de mes visites, j'essayais de me faire le plus tendre, et en même temps le plus discret possible. J'était heureux de voir progressivement le visage de Maman retrouver, me semblait-il, une certaine expression de bonheur quand je m'approchais d'elle.
Papa me semblait être, du moins apparemment, le plus éprouvé des deux. J'observais souvent ses yeux qui s'emplissaient de larmes quand il me prenait dans ses bras. Nous avions renoué avec nos promenades au Bois. Mais en dehors des moments où je l'obligeais à jouer, il restait, la plupart du temps, silencieux et sombre.
Il savait que, désormais, pour ma mère, envisager d'avoir un autre enfant serait très imprudent. Alors, je le sentais souvent partagé entre un amour grandissant pour moi, qui devenait sa seule chance de survie, et une mélancolie qui ressemblait un peu à de la solitude.
Mes grands-parents, eux, paraissaient assez bien dominer leur épreuve. Le grand âge s'y prête parfois mieux qu'une relative jeunesse. Je crois aussi que ma présence les aidait à se ressaisir. Et puis, leur fille était vivante. Pour eux, cela comptait davantage que tout.
C'était bien ainsi que je ressentais ce qui venait d'arriver. Et à mon frère qui n'était pas venu parmi nous, il me faut avouer que je pensais de moins en moins chaque jour.
Pourtant, ma blessure existait.
Mais elle ne s'ouvrirait que beaucoup plus tard....
***
LE RETOUR
Aux éditions René JULLIARD, 1964
Dépôt légal : 3ème trimestre 1964
Numéro d'éditeur : 3296
Numéro d'impression : 9528
Page 4 de couverture: Au lendemain de l'indépendance de l'Algérie, Philippe Thierry, avocat de trente-deux ans, quitte Alger, avec pourtant la ferme intention de venir s'y réinstaller un jour, tant il croit profondément ne pouvoir vivre ailleurs.
Mais arrivé en France, il change rapidement d'avis. Entre la métropole et lui, se produit, en effet, un véritable "coup de foudre". Et, à la faveur des premiers succès qu'il remporte, éprouvant peu à peu l'étrange impression de connaître en France une "seconde naissance", il se demande s'il ne peut pas en être de même pour beaucoup de ses frères rapatriés.
Malheureusement la plupart d'entre eux ne pensent pas ainsi. A l'ardeur et à la générosité de Thierry, à sa volonté sincère de faire profiter les autres de sa propre expérience, certains fanatiques s'obstinnent à n'opposer que le désespoir, la haine et la violence.
Le retour de Philippe Thierry, son abandon réaliste d'un passé révolu et sa découverte passionnée d'une patrie méconnue, nous placent, par l'intermédiaire d'une action romanesque, devant l'un des aspects les plus originaux et les plus douloureux du drame des rapatriés d'Algérie.
(Chapitre 1 - début)
Soudain la Caravelle se cabra, s'arracha brutalement à la piste, et cet arrachement, ce fut comme si Philippe Thierry le ressentait dans tous les muscles de son corps.
Un brouillard humide et bas enveloppait le paysage, un de ces brouillards d'été qui, dans l'Algérois, annoncent généralement plusieurs jours de chaleur oppressante. Philippe avait choisi une place près d'un hublot, espérant tout de même apercevoir ou deviner une dernière fois Alger, dans le lointain. Mais la vue était complètement bouchée. Il pensa qu'au fond cela valait mieux ainsi.
La veille, en fin d'après-midi, il était monté jusqu'au balcon Saint-Raphaël, à El-Biar, où il avait tant de fois conduit des Français de la métropole ou des étrangers de passage pour leur faire découvrir Alger d'un seul regard. Et là, accoudé à la balustrade, il était demeuré près d'une heure à contempler cette ville qu'il ne pouvait encore considérer autrement que comme la sienne.
Pour arriver à la terrasse, il avait traversé une sorte de parc privé, où quelques villas de riches pieds-noirs étaient enfouies dans la végétation. Mais plus une seule ne semblait habitée. Leurs volets étaient clos, leurs abords déserts. Le seul être vivant du parc était le jardinier, un musulman, qui continuait à arroser les massifs, à ratisser le sable du terre-plein, comme si rien n'avait changé. Il avait salué Philippe lorsque celui-ci était passé près de lui, et Philippe avait eu envie de lui prendre la main et de la garder un instant dans la sienne.
Mais c'était à présent cette ville, répandue en hémicycle à ses pieds, cette ville offerte au ciel, au soleil, à tous les vents de la mer, et comme embrasée par les hautes flammes droites et blanches de ses immeubles neufs, c'était elle qu'il aurait voulu pouvoir étreindre à pleins bras et serrer contre lui, avant de faire demi-tour et de fuir.
Un parfum chaud et sucré montait des orangers du parc, des lauriers et des rafiofolis, ces arbustes taillés en forme de boule et qui s'allument au printemps de toutes leurs fleurs rose pâle. Un souffle léger passait dans les cyprès. Une vague rumeur montait d'Alger, où se mêlaient des bruits de moteurs estompés, des cris d'enfants, des aboiements de chiens, et cette rumeur assourdie équivalait au plus parfait des silences. On était aux premiers jours d'août. Philippe songea aux crépitements des armes automatiques, aux explosions de plastic ou d'obus de mortier qui, encore un mois et demi plus tôt, ne cessaient, jour et nuit, de déchirer l'air et de faire trembler la ville prise dans une hallucinante kermesse où l'on n'arrivait plus à distinguer la peur de la haine, le désespoir de la folie. Et maintenant, ce calme surprenant. Paix ou torpeur ?
Sur la route en lacets montant vers El-Biar, des camions tchèques de l'A.L.N. croisaient des camions français chargés de soldats du contingent. Pareil spectacle, hier incroyable, était devenu chose courante. Depuis deux jours, les hommes de la Willaya IV avaient d'ailleurs remplacé, en ville, les djounouds de la zone autonome d'Alger. Philippe les avait vus patrouiller rue Michelet et autour de la Grande Poste, étrangement vêtus de toile léopard, cherchant, surtout dans leur façon de marcher, à se donner l'allure " para ", comme s'il était indispensable à leur autorité, à leur prestige, qu'ils ressemblassent aujourd'hui à leurs adversaires de la veille. Mais jusqu'ici on ne signalait aucun incident. Au contraire, l'ordre paraissait plus strictement assuré. La Dépêche annonçait que de nouvelles recherches avaient été ordonnées pour retrouver les Européens disparus, et que les coupables d'exactions seraient plus sévèrement châtiés. Fondée ou non, durable ou sans lendemain, une certaine confiance paraissait renaître chez les Français qui demeuraient à Alger.
Et pourtant, Philippe Thierry, trente-deux ans, avocat au barreau de la ville, partait. Sans panique, sans précipitation, mais il partait. On aurait même pu dire sans urgence ni sans obligation. Certes, lors du 13 mai, il avait cru, comme tout le monde, que " l'Algérie française " était sauvée. Il était pied-noir à la troisième génération, son grand-père paternel et son père étant nés à Alger. Vivre sur cette terre autrement qu'en citoyen français, ou encore songer à la quitter, et même pire, y être contraint, lui semblait alors impensable. Mais jamais il ne s'était, pour autant, senti la moindre affinité avec les ultras. Bien qu'officier de réserve, il avait toujours refusé d'entrer dans les Unités Territoriales. Barricades et putsch d'avril lui étaient apparus comme d'absurdes et dangereuses aventures. Il ne s'en était pas caché. Cette franchise lui avait d'abord valu des affronts, puis des menaces. On ne lui reprochait rien de précis. Nullement, comme à certains avocats libéraux de la nuance Popie, d'aider plus ou moins le F. L. N., en tout cas de défendre trop souvent ses accusés. Non, simplement de ne pas considérer comme justes toutes les colères, de ne pas encourager ou absoudre toutes les violences, lorsqu'elles se donnaient pour prétexte le maintien de la France en Algérie. Alors, quand la grande flambée O.A.S. du printemps s'était déclenchée, Philippe Thierry avait dû se montrer prudent, et même aller vivre durant deux semaines à Maison-Carrée, chez des amis dont il était sûr.
Donc rien ne le contraignait au départ. Rien, si ce n'est le terrible appel d'air causé par le vide. La plupart de ses amis partis en mai et juin. Sa mère avec qui il vivait, incapable de supporter l'indépendance, le drapeau vert et blanc, l'isolement, la psychose d'insécurité, et prenant en juillet l'avion pour Paris. Ses lettres : autant d'appels quotidiens à venir le rejoindre. Alors il avait cédé. Comme les autres, il partait. Il avait pu faire affecter leur appartement d'El-Biar, boulevard Gallieni, à un professeur de français venant s'installer à Alger. La crainte de son occupation par des musulmans serait donc au moins épargnée à sa mère. Il partait. Mais parce qu'il ne se connaissait pas d'autre terre que celle d'Algérie, d'autre ville qu'Alger, parce qu'à son âge il n'imaginait pas qu'il pût s'en découvrir d'autres, parce que la France était pour lui quelques chose de très ancien, de très lointain, sinon de son cur, du moins de ses sens et de ses habitudes, pour toutes ces raisons et de toutes ses forces, il se refusait à croire qu'il n'en reviendrait pas.
Le ciel était absolument bleu. Jusqu'à l'horizon, pas le plus léger nuage. Du cap Matifou à Pointe-Pescade, jamais la courbe de la baie ne lui avait paru plus souple, plus parfaite. Il en savait par cur le tracé, comme il eût été capable, dominant ainsi le panorama de la ville, d'en désigner à la demande chaque quartier, chaque bâtiment, presque chaque rue. Et pourtant, à ce moment précis, il commençait à ressentir l'étrange et lancinante angoisse d'être demain trahi par sa mémoire, et de se reprocher alors telle ou telle étourderie dans cette ultime contemplation, telle étourderie qui prendrait, avec le recul, figure de trahison.
Et puis, sous ses yeux, tous ces instants de sa vie. L'immeuble de la rue d'Isly où il avait vécu enfant et dont il devinait là-bas, entre deux autres, le toit tarabiscoté ; le lycée Bugeaud et les Facultés qu'il avait vu flamber en juin ; les plages de son adolescence, avec leurs senteurs de coquillages et d'huile à bronzer sur les épaules des filles ; le Bab el-Oued de ses samedis d'étudiant, aux relents de brochettes et d'épices ; la villa parmi les pins, au-dessus de l'hôtel Saint-Georges, où demeurait alors cette femme d'officier qui avait été sa première maîtresse ; et le cimetière Saint-Eugène où le corps de son père, tué en Italie, avait été inhumé.
Philippe sentit ce qu'il redoutait le plus : les larmes qui lui montaient aux yeux. Mais il n'avait à s'en prendre qu'à lui-même. Cet inventaire prolongé, méthodique, il l'avait cherché, il s'y était complu. Ses mains serraient la rambarde métallique. D'une brusque pression, il serra plus fort encore, à se faire mal. Puis il s'arracha, fit demi-tour et traversa le parc sans se retourner.
Le jardinier avait disparu.
Cette fois, il était seul....
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LA CAMARGUE
Editions Arthaud, 1961
Numéro d'édition: 840
Numéro d'impression: 649
Couverture d'Yves Brayer
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LES COMPAGNONS DE LA FORÊT-NOIRE
Editions René Julliard, 1966
Dépôt légal: 3ème trimestre 1966
Numéro d'éditeur: 3655
Numéro d'impression: 114
Page 4 de couverture: "Les Compagnons de la Forêt-Noire" constituent le premier tome d'un cycle romanesque de quatre volumes, "Le temps des hommes", dont l'action s'étendra sur un quart de siècle, puisque l'auteur propose de mener ses héros de 1945 à 1970.
C'est, en effet, le roman d'une génération que Michel Droit entreprend de nous conter, la génération de ceux qui eurent, comme lui, vingt et un ans à la Libération, c'est-à-dire qui passèrent de l'adolescence à l'âge d'homme, au moment précis où la France, après quatre années d'occupation, redevenait un Etat souverain.
Ici, la deuxième guerre mondiale touche à sa fin. L'ultime assaut est donné à l'Allemagne nazie. De jeunes Français, intégrés à l'Armée de Lattre, y participent. Pour eux, cela tient du miracle, puisque, après avoir grandi dans un pays dominé par l'ennemi, les voilà soudain, chez celui-ci, mués en conquérants. Pour une bonne part, leur vie d'adultes restera marquée par cette étonnante aventure d'un mois.
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CHEZ LES MANGEURS D'HOMMES
Editions de la Table Ronde, 1952
Dépôt légal: 4ème trimestre 1952
Numéro de publication: 189
Numéro d'impression: 5920Egalement chez Marabout Junior.
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Avant-Propos:
D'une superficie égale à la France et à l'Italie réunies, la Nouvelle-Guinée séparée de l'Australie par le détroit de Torrès, demeure l'une des terres les plus mystérieuses du globe. Les efforts des pionniers pour l'explorer, des commerçants pour s'y établir et surtout des missionnaires pour l'évangéliser n'ont pas suffi, depuis plus d'un siècle, à en percer tous les secrets.
Longtemps, la nouvelle-Guinée ne figura sur les cartes marines dressées par les Espagnols que sous le pseudonyme inquiétant d'Isla de las malas gentes (Ile des mauvaises gens). Et à la fin du XIXème siècle, le révérend Samuel Mac Farlane, de la London Missionary Society écrivait:
"Tandis que des empires ont surgi, sont devenus florissants, sont tombés en décadence, tandis que le christianisme, la science et la philosophie ont transformé des nations et que des voyageurs ont traversé les mers polaires et les déserts africains, et étonné le monde par leurs découvertes, la Nouvelle-Guinée est restée la même avec ses indigènes qui toujours raccommodent leurs arcs, empoisonnent leurs flèches, font leurs couteaux et leurs lances de bambou, et se divertissent dans la guerre et le cannibalisme, comme d'âge en âge ils le firent. Bref, une terre stationnaire, et tout en même temps, une Terre incognita."
La Hollande fut la première puissance européenne à s'intéresser à la Nouvelle-Guinée et en annexa l'ouest. Puis, le sud-est, la Papouasie proprement dite, devint protectorat britannique, de 1884 à 1888, sous le nom de Nouvelle-Guinée Anglaise, colonie du Royaume Uni, de 1888 à 1906, confiée à l'administration du gouverneur du Queensland et fut enfin reconnue colonie australienne en 1906. Le nord-est, colonie allemande à partir de 1886, passa au lendemain de la Grande Guerre sous mandat australien.
Aujourd'hui encore, 8 pour 100 seulement d'une population qu'on estime à 5 millions d'habitants ont été au contact de l'homme blanc. Son climat tropical, l'un des plus pénibles du monde, ses hautes chaines cahotiques et souvent volcaniques dont les sommets atteignent parfois 6000 mètres et dont les pentes sont recouvertes de forêts vierges, rendent la Nouvelle-Guinée très difficilement pénétrable. Derrière ce rempart naturel vivent toujours des peuplades cannibales, incroyablement arriérées, que seuls, grâce à leur courage et leur foi, les missionnaires peuvent prétendre approcher pacifiquement.
Ce sont les premières années des missions catholiques en Papouasie dont nous avons voulu conter l'histoire. Elle tient à la fois de l'épopée et du roman d'aventures, et le sacrifice du martyr y rejoint souvent le combat quotidien du pionnier et du pasteur.
D'autres ont déjà fait et feront encore le bilan de l'oeuvre spirituelle accomplie en Nouvelle-Guinée par ces hommes d'exception. Volontairement, nous nous en sommes tenus à l'héroïque visage de leurs luttes, à la geste étonnante qu'il ont écrite dans l'histoire de la civilisation, avec le dénuement et le naturel des saints...
Je remercie tout particulièrement le Révérent Père Dupeyrat, missionnaire du Sacré-Coeur chez les Papous, qui, par ses documents et ses récits, m'a grandement aidé à écrire ce livre.
M.D. (1952)
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PANORAMAS MEXICAINS
Arthème Fayard, 1960
Le récit pitoresque de ce reportage au coeur d'un des pays les plus étranges et les plus mystérieux du monde. Le Mexique ne finira jamais de nous étonner par ses contrastes, ses coutumes, ses traditions fondées sur l'histoire de civilisations non moins mystérieuses, dont les secrets oubliés ne nous serons sans doute jamais révélés.
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