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Textes poétiques libres

    Bienvenue aux rêveurs, aux poètes et aux amoureux sur cette page de textes poétiques libres.

 

"La poésie est aux lettres ce que l'harmonie est aux sons"

 

Index:
(Cliquez sur votre sélection)
Journée de printemps Edith Hélias, juin 2003.
Jardin ensoleillé Edith Hélias, juin 2003.
Rêve d'émotion Edith Hélias, juin 2003.
Le temps qui court Daniel Huguelet.
Vénus galaxie Daniel Huguelet, mai 2004.
Les yeux noirs Ophélie Beloeil, novembre 2004.
Ces nuits où je n'existe pas Ophélie Beloeil, août 2005.
Regain Isabelle Odin, avril 2006.
Quatre textes de Isabelle Odin, avril 2006.
Trois textes de Isabelle Odin, avril 2006.
Quatre textes et poèmes de Isabelle Odin, avril 2006.
Funambule Isabelle Odin, avril 2006.
Viens plus près de moi Isabelle Odin, avril 2006.
Quatre textes poétiques Isabelle Odin, février 2007.

 

 

 

            Journée de printemps

La maison est calme, sur les coteaux du vent. Je suis là, ivre de bonheur en pensant à toi. Mon cher fruit d'amour, je rêve de ton immense volcan de tendresse. Le ciel donne sur le bleu pâle avec quelques petits nuages blancs qui ouvrent l'esprit à la rêverie poétique.

Cette douceur a débuté un matin de septembre au soleil de ma Bretagne. La fête de mon cœur ne m'a plus quitté. Ce bouquet de roses que Dieu m'a donné pour combler ma solitude, je le reçois comme un don que je veux conserver pour l'Eternité. Ma paix intérieure est un rayon de lumière qui ne me quitte pas sur l'autel de ma vie.

La saison s'épanouit doucement au soleil de mon cœur, au repos qui coule dans les étoiles de mon âme. Après les dangers du monde, le temps de la paix est arrivé pour nous deux. Bien sûr, l'attente est de rigueur, mais cela s'apprend au long des jours. Mais, si tu savais l'amour que tu me délivres chaque jour, je te sens en moi comme un fleuve qui me donne le goût de la patience car je sais que la délivrance sera très belle.

La pensée d'être aimée ne me quitte pas, je ne souffre plus de la distance qui nous éloigne. Jeunesse de l'amour dans un pays où la beauté règne sur une terre de désert et de feu. Beauté éternelle du cœur pour toi, cet homme au regard de miel. L'image d'un talent romantique sur un être si magique et d'une culture si pure me comble d'un grand honneur et je suis fière de t'aimer avec passion.

Cette saison qui s'étire comme un long éclat de pourpre et d'encens est une richesse pour l'amour de son prochain. Comme c'est beau d'aimer sans limites des êtres qui savent vous apporter un sens de l'amitié et d'hospitalité ! L'homme est fait pour donner de l'amour à son prochain sans restriction.

Je suis venue sur cette terre de Bretagne pour aimer l'aube qui s'éveille sur la mer houleuse et d'une teinte majestueuse qui se brise sur la côte escarpée. Sur les dunes le sable est modelé au gré des tempêtes surprenantes. La marée délivre son élan de tendresse pour contenter nos yeux ébahis.

L'écume des vagues se brise sur des rochers noirs où le temps a fait son érosion. La lueur du jour naissant sauve ce paysage de rêve. Le rayon du soleil est une fête pour le regard sans fin. Humilité devant ce paysage grandiose que Dieu a créé pour notre bien-être.

Les mouettes font la ronde au-dessus d'une mer formée. Elles agitent leurs ailes sur l'étoile du vent pour faire une farandole sur le reflet étincelant de la plage.

Une force incroyable me tire vers le large où la houle se forme à l'orée des dauphins qui s'amusent de mon embarras. Merveille de la nature, ils deviennent sirènes pour me porter sur le navire de l'amour. Ils me déposent doucement sur l'île du bonheur. Puis, de leurs nageoires bleutées, ils me saluent avec humilité et joie.

Je découvre cette île au goût de paradis et je vois qu'elle se trouve au fond de notre cœur. C'est notre printemps qui nous fait vivre au long de notre existence. Il faut sans cesse l'enrichir d'amour pour que ses fruits mûrissent. 

Une journée de printemps se donne comme un cadeau de fête. Voilà la richesse du monde d'aujourd'hui.

 

            Edith Hélias, juin 2003. OopoetesseOo@aol.com 

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            Jardin ensoleillé

Par la porte ouverte, je vois ce jardin de mon enfance où les parfums m'enivrent avec délice sur une note de musique classique. La petite terrasse bitumée est un repos pour les yeux et j'admire les arbres dont la brise légère m'émeut avec son doux bruit des feuilles dans les multiples sons d'azur.

Les pinsons et les rouge-gorges se mêlent au doux chant du vent et font un concert dont les accords ravissent notre petit monde. Alexandre, mon filleul de 4 ans s'en régale. Il est assis sur sa petite chaise rouge face à moi et nous colorions de belles pages de dessin. Très sérieux, il s'applique avec un naturel déconcertant. Ses boucles blondes volent et je pense à lui comme le petit prince de Saint-Exupéry. Il est tellement gentil et attentionné avec moi qu'il m'émeut et je lui dépose un tendre baiser sur son front si doux.

L'astre blond est si chaud en cet après midi de mai qu'il nous enveloppe de ses rayons multicolores et nous promet une bonne soirée de printemps. Les grillons font une ronde de leurs cris si perçants. Je promène mes yeux attentifs autour de moi, je ne vois que silence et paix, beauté et majesté dans cet univers paisible au bout de la Bretagne où les rhododendrons côtoient les hortensias, les primevères les pensées, les roses et les crocus.

Voici les abeilles qui font leur travail de butinage sur les corolles des fleurs sucrées. Elles se régalent des fleurs et font une farandole autour de nous pour nous montrer leurs récoltes qu'elles déposent dans leurs ruches autour de chez nous. Un gros bourdon les accompagne de sa musique vibrante. Les pies s'attardent de leurs jacassements et volent tout ce qu'elles trouvent, c'est leur habitude…
La sérénité m'envahit et je pense qu'on ne peut rêver plus beau lieu de détente qu'en ce petit havre de paix. Les senteurs de ce parc me parviennent et j'ai envie d'en faire un parfum romantique !!! Quel beau poème ce serait, un mélange de crocus et de roses, de pensées et de mimosas…

Le monde est fait de petit paradis tel que celui-ci, il faut les cultiver afin que la paix et l'amour règnent sur cette terre déchirée. 

Le parc est paisible et entouré d'une haie naturelle, l'amour viendra peut-être m'accueillir comme une fête sur ma solitude et je serai heureuse avec lui. L'attente est une joie et une douleur au fond de mon cœur solitaire. 

Cet amour est sur cette terre pour toujours. J'en suis très heureuse et fière et je rêve avec impatience de sa venue. Mais que la vie est douce lorsque quelqu'un vous aime comme cela. C'est un plaisir des sens, un doux chatoiement de l'âme. L'émotion est un délice dans sa voix. Ma nature est riche pour l'accompagner sur son parcours vers l'unité de nos deux cœurs.

C'est dans ce paradis au milieu de la verdure que je suis heureuse et sereine. Cet éclat de vie me donne un regain de jeunesse perdue dans une solitude où la vie s'écoulait sans un frisson passionné.

            Edith Hélias, juin 2003. OopoetesseOo@aol.com

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            Rêve d'émotion

Ce matin, je rêve une émotion qui me conduit à mon enfance solitaire. C'était un temps où la dureté des espoirs était forte mais avec une impatience délicate.
Les larmes que je cachais au fond de mon cœur reflétaient une solitude dont j'ai du mal à me défaire. Mes songes étaient des étoiles d'illusions pour une ronde sans fin sur l'île du bonheur. Un peu comme une chaîne d'amitié vers un chemin heureux dans la paix.
J'allais dans le parc où, fragile, je me blottissais contre un marronnier pour me protéger des autres qui ne comprenaient pas ma peine. Là, je pensais à une existence où je pouvais courir, grimper et sauter comme les autres.
La pensée d'un monde meilleur et mon caractère bien trempé m'ont aidé à survivre jusqu'à présent. Mais je garde au cœur une cicatrice qui ne se refermera jamais. Cette blessure de l'âme est si profonde qu'elle me laisse mélancolique jusqu'au bout de ma vie d'adulte.
D'ailleurs, je continue mon errance solitaire marquée d'illusions perdues. La nature me le rend bien car elle me protège des réalités trop abruptes. Le jardin est un recueillement car il m'émerveille sans cesse de son silence et de sa beauté. Les arbres m'entourent de leur protection naturelle. Je cherche un coin au fond de l'ombre pour me reposer de toute la souffrance accumulée dans les mois précédents.
Le romantisme de ma passion pour l'écriture m'aide pour éveiller mon âme à la beauté malgré tout. C'est une richesse à laquelle je vais m'atteler pour exorciser cette solitude pour enfin vivre de longues années de paix et d'amour.
Etre romantique me permet de m'évader de toutes choses futiles, c'est une musique du cœur qui m'émeut à chaque instant. Les roses sont si belles dans mon âme qu'elles s'épanouissent et me font un tapis si doux sur mon cœur meurtri. Cette fleur embaume mon corps pour toi, je n'ai jamais rêvé plus bel amour.
Je mets mon cœur en émoi pour ta beauté et ta jeunesse car je t'aime pour l'éternité. Cette vie à laquelle nous avons droit est un recueil de poèmes dans un fleuve d'éternité. Mon bien-être est un délicat songe pour toi. Cet air que je respire à présent est une douceur pour ton amour. Une pensée pour tes yeux si délicats et ton sourire si parfait que je rêve de toi à chaque minute. C'est un plaisir pour une ode à l'amour. Tu m'as fait renaître, toi, l'être si fragile et si fort en même temps, tu m'as rendue si belle et si forte pour affronter cette attente que la vie nous laisse pour nous aimer plus intensément.
Le soleil est dans mon cœur et me chauffe d'un volcan d'amour qui ne s'éteindra jamais. L'étoffe de mon âme t'entoure d'une tendresse infinie pour que tu respires cet encens qui te parvient par mon souffle en émotion superbe. Vers toi, je pose mon fardeau qui devient une douce sonate sur ton corps si doux.

Secret de l'aube sur ton corps si délicat, l'espoir sans cesse épanoui par ton immense amour de cristal sur ta peau que je caresse par la pensée si belle. Je t'aime du bout de mes doigts depuis bientôt un an et je t'aimerai ainsi jusqu'à l'apothéose de notre rencontre. Vive la paix de nos cœurs pour la richesse de ce ruisseau qui coule dans nos veines si belles.
Tu m'as rendue femme et je t'en remercie pour cette preuve d'amour et je t'aime au delà de tout. Je fais une prière pour que la vie nous réunisse enfin vers le plus beau jour de ma vie.
Ce jardin d'émotion, rempli d'amour et de tendresse est riche de sublimes rêves et de parfums de mélancolie sur la dune de mon avenir.

Edith Hélias, juin 2003. OopoetesseOo@aol.com

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Le temps qui court

Le temps, durée considérée comme une quantité mesurable, est, paraît-il le temps légal.
D'accord avec vous. Mais connaissez-vous le temps atomique, ou le temps réel ?
Là, je vous sens déjà dubitatif, non ? Ou mieux encore, le temps sidéral, ou le temps universel coordonné, la fuite du temps ?
Cette fois vous demeurez coi. Et pourquoi ? Et bien c'est simple, vous n'avez pas pris le temps d'y réfléchir et d'étudier le problème, n'est-ce pas ?

Le temps, divisé, multiplié, quête perpétuelle de l'homo sapiens moderne. Qui peut exposer et mesurer l'ampleur de la tâche ? Encore faut-il en avoir le temps.
Le temps c'est peut-être un truc qui passe, et qu'on attrape au vol comme ça, pour voir. Seulement une fois que vous le tenez, et bien lui, il vous fera battre la mesure à deux, trois, ou cinq temps, ou alors il vous filera entre les doigts, passera son temps à vous faire perdre le vôtre, entretiendra l'espérance qu'un jour probable, si vous êtes bien sage, il vous donnera du bon temps.

Le temps est immuable, non ?
Alors pourquoi court-on toujours après ? Certains diront, gagner du temps c'est important. Peut-être, mais pour en faire quoi ? Posez la question à vos amis, ils vous répondront : - Eh bien, après on peut faire autre chose. Mais ils seront incapables de vous donner plus de précisions, peut-être parce qu'ils n'ont pas eu le temps d'y penser.

Un jour, j'ai perdu le mien, alors, instinctivement, naturellement, j'ai pris tout mon temps. Divine sensation de légèreté, d'humanité, vous temporisez, le temps ne compte plus, vous êtes hors du temps. Soudain, et quand vous vous y attendez le moins, il vous prends à revers, vous arrive en plein dans les gencives, sans que vous l'ayez vu passer.

Le temps c'est de l'argent ! C'est possible, en tout cas, j'ai déjà gagné du temps. Tiens, faudra que je demande à ceux qui en possède, s'ils ont également du temps.
Il y a aussi le temps d'antenne, fraction temporelle mise à disposition de sbires au pouvoir temporaire, pour tempêter et insuffler aux autochtones, que les temps bénis sont révolus, que les temps sont difficiles, qu'il est temps de rentrer le bide pour resserrer le ceinturon d'un cran.

Le deux-temps rattrapé par le quatre-temps, la valse à deux, ou mille temps.
Le temps imparti est écoulé, ça c'est assez marrant. Plus drôle encore, la mi-temps, déjà que le temps plein c'est vachement compliqué, alors la mi-temps, vous pensez. Que dire du tiers-temps, qui lui fait mieux encore, bien qu'étant plus court.

Qu'est-il advenu du bon vieux temps ? Qu'adviendra-t-il des temps futurs ?
Hors du temps, hormis le temps, de mon temps, la nuit des temps, espace-temps, le temps de cuisson…
Que sais-je encore, et vous qu'en pensez-vous ?
- Je vous écoute, prenez votre temps !
Mais attention, une fois qu'il est pris, c'est fini, impossible de le refiler à votre voisin, il passera si vite que vous ne vous en serez même pas rendu compte.
Certains font leur temps, d'autres prennent un temps fou, et de temps en temps,
tout repart à zéro, temps nul, signe du temps.

Le temps des cerises appelle au romantisme, comme le beau temps enveloppant les journées chaudes de l'été inspire à la recherche du temps perdu, du temps disponible pour ceux qu'on aime, temps forts qui effacent les traces marquées aux fers par la course au temps.

Daniel Huguelet, novembre 2003. d.huguelet@bluewin.ch

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Vénus galaxie

Ce matin, une luminosité étrange enveloppe la contrée. On perçoit une légère mélodie venue d'ailleurs que le vent emmène bon gré mal gré.
La rondeur lunaire parsemée de reflets lumineux tente de résister à la lueur naissante du jour. La clarté de l'astre céleste macule le paysage d'éclats colorés. Un silence de messe éternise le temps, le vent s'est tu.
Un souffle léger parcourt à présent la terrasse ombragée du mas. En contrebas, la vallée verdoyante somnole sous un soleil rougeoyant, le cri strident du faucon pèlerin secoue la quiétude de l'endroit divin, bâtisse plus que centenaire à l'appareillage de pierres calcaire soigné, aux décrochements multiples et harmonieux, parterre multicolore, lieu aux senteurs florales enivrantes, propices aux bonheurs simples de la vie.
Pléthore arbustive de tout acabit surgissant de partout et de nulle part habille un vaste jardin. Le ciel, bleu outremer aux dégradés pastel invite à la paresse et à la contemplation.
Au-dessus de la génoise du toit provençal, la vue est imprenable, on y voit de jolies collines aux flancs rocailleux, parsemées d'oliviers et de figuiers. Le regard est doucement attiré par d'élégants cyprès se dressant bien droit comme pour perforer le ciel de leurs cimes effilées, et, plus au loin, on devine le bleu argent de la mer.

La mélodie se fait plus audible tout à coup, une voix douce et féminine fredonne un air inconnu. Shaolynne referme la porte du mas, sa longue chevelure cache un visage doux et chaleureux. Plantée sur des jambes infinies, créature parfaite, d'une beauté presque irréelle, revêtue d'un short court, d'un T-shirt noir très sexy laissant percevoir un tatouage calligraphique sur le haut de la hanche, de grandes lunettes de soleil dissimulent des yeux en amande couleur émeraude.
Elle bondit dans son cabriolet jaune et file à toute allure sur la route étroite et sinueuse longeant la corniche. Le message reçu tout à l'heure était clair, sans équivoque, son temps est enfin venu. Elle allait pouvoir explorer un domaine oublié des siens, mais tellement recherché, car égaré depuis trop longtemps par les anciens quelque part dans la galaxie. Shaolynne, créature des fées sait qu'elle sera à la hauteur pour mener à bien sa mission.
Une petite boîte elliptique d'un métal transparent et contenant une clé de cristal, se balade sur le siège avant du bolide au gré de la géométrie routière, et des coups d'accélérateurs. Le véhicule arrive enfin en ville, s'immobilise près du port, devant le Bar du Passage situé dans le quartier des pêcheurs, endroit un peu magique ou le temps semble s'être arrêté depuis longtemps.

Big Sam est assis dans le fond, accoudé sur une petite table forgée d'acier, qui semble tenir debout comme par miracle sous la charge du bonhomme. Le quintal pas très fringuant, il transpire sous son costume trois pièces, une cravate tricolore un peu ridicule torture son cou de taureau charolais.
Le Gros Sam a le souffle épais, le climat et la chaleur du sud ne lui conviennent pas vraiment. Mais, derrière ses airs de pachyderme, le Gros, l'esprit très vif, possède une solide expérience des humanoïdes.
Shaolynne, dépose la boîte contenant la clé sur la table, le Big la saisit, ouvre discrètement une mallette posée à ses pieds. Il en retire une petite capsule de verre renfermant la mystérieuse formule. Non pas celle contenant les secrets du Bozon de Higgs, Saint-Graal des physiciens, mais la formule encore plus complexe des diversités humaines et terrestres, puis la remet à Shaolynne. Sam semble satisfait, un sourire se dessine au-dessus de son double menton, ses deux petits yeux verts s'illuminent, il s'affale alors sur sa chaise l'air ravi, le bide en baudruche, sort un paquet de blondes de sa poche, allume son briquet diesel, puis aspire une bouffée libératrice en toussotant.
La belle, après avoir pris connaissance de sa mission, salue le Gros Sam, et sort de l'établissement. Sentant le regard contemplateur et admiratif du Big rivé sur ses fesses, Shaolynne sourit derrière ses lunettes fumées, elle a été choisie pour expérimenter l'amour.

Le Gros Sam, a provisoirement terminé sa mission sur la planète bleue, acquit les sciences humaines, mais surtout expérimenté les plaisirs du goût et de l'abondance, avec parfois un manque de retenue coupable. Le moment est venu pour lui de retourner sur Proctor, planète quelque peu austère, et pas très accueillante, en rapporter à ses pairs et faire part de ses expériences aux membres élus ainsi qu'à la reine Ekta et au roi Thyristor.

La vie sur Proctor est plutôt singulière et triste, le sourire et la parole y sont interdits, le rêve également. La technologie avancée est si présente, que la civilisation a perdu les rudiments de base de la vie. Les choses simples sont bannies. Tenez, par exemple fini le sommeil, plus de temps perdu, une pile interchangeable suffit à recharger un Proctorien de bonne taille pour trente-six vecteurs temps ioniques, ce qui correspond approximativement à dix-huit virgules neuf heures au carré, à l'échelle terrestre, ou pour être plus terre-à-terre, quinze jours. Alors, allez zou, au boulot ! Terminé les cabinets, tout est biodégradable, recyclé in situ. Eh oui, plus de digestion, plus de siestes. La reproduction est réglementée, les rituels de séduction, la fusion des corps sont jugés obsolètes, maintenant, vous ingurgitez un mini processeur, et jusqu'au dernier moment, vous choisissez le numéro de couleur de votre rejeton. Et puis, oublié l'apéro et la bonne chair, ça donne un peu d'embonpoint c'est vrai, mais plus grave, ça incite l'être pêcheur à la bonne humeur, alors que le sourire est interdit. Et le sexe là-dedans ? Censuré le sexe, pire, il a été jugé mal pratique, donc inutile. Seuls quelques anciens se souviennent encore du bon vieux temps. Proctor, aseptisé, upérisé, ne connaît plus d'épidémie, les créatures communiquent par ondes électromagnétiques ou un truc dans le genre. L'unique nourriture disponible se compose de poudre de roche thixotrope diluée dans un liquide artificiel et énergisant, qui d'ailleurs, vient également de sortir sous forme de suppositoires dans les commerces spécialisés.
L'amour, l'envie, le plaisir, les conflits n'existent plus.
Quel ennui ! Mais quel ennui. Les Proctoriens meurent d'ennui, ils meurent partout, alors on les ramasse et on les recycle. Ceux qui arrivent à un âge avancé terminent leur existence dans un bocal, et sont exposés dans des galeries souterraines servant de musée.
Finir dans un bocal, c'est très tendance actuellement sur Proctor.
L'ennui, cause de mortalité élevée, inquiète fortement les élus du Concile, ainsi que leurs souverains Ekta et Thyristor.

Ils envoyèrent donc Sam et Shaolynne, êtres reconstitués sous forme humaine sur la planète bleue pour observer, tester et comprendre le mode de vie de ces étranges créatures, qui, capables du meilleur comme du pire, sont parfois bruyantes, joyeuses, colériques, et connaissent les plaisirs, typicités très intrigantes pour un Proctorien commun.
Bon d'accord, tout n'est pas parfait sur terre, l'homme a évidemment commis quelques erreurs. Il a inventé les ministres, les dividendes, le cornichon génétiquement modifié, et la guerre ! Hein la guerre ! Chose bien trop grave pour la confier à des militaires... Et le travail ? Le travail n'est pas fait pour l'homme, la preuve, ça le fatigue !

Le pauvre Sam, après avoir profité et un peu abusé il est vrai, d'une multitude de bonnes choses sur terre, s'ennuie déjà dans son bocal.
La douce Shaolynne a, elle, dépassé les prévisions avancées par la communauté scientifique du pays de l'ennui. Shaolynne est née des dieux, sa beauté et sa jeunesse sont éternelles, semblables aux magnifiques et douces Vénus que l'on aperçoit quelques fois dans les rêves, et qui laissent un souvenir impérissable et infini. Divine parmi les femmes, prêtresse d'Aphrodite, elle porte et transmet si bien l'amour.
Corps ouaté doux et ferme, senteurs ensoleillées, sourire espiègle, Shaolynne, inspire l'amour, éclaire les sens, réveille tous les démons du bien endormis dans les tréfonds des corps.
Sa peau brune, torride, colorée par un soleil généreux est pimentée de saveurs vanille, sa longue chevelure couleur ébène sent bon comme un matin d'été, son visage que l'on devine doux et sauvage, une bouche polissonne, un cou soyeux, deux seins de velours, piquants, un ventre brûlant porteur du plaisir.
Beauté céleste, chatte langoureuse et câline, féline jusqu'au bout des griffes, sa splendeur embrase tous les conquérants ardents aux torches bouillonnantes et rutilantes.

Jack, jeune adonis à la chevelure poivre et sel, et à la musculature sportive, arrive en retard, le Bar du Passage est bondé en cette belle soirée estivale. Shaolynne est déjà là, assise au comptoir, Jack, subjugué par tant de beauté s'approche timidement sans mot dire. Il lui tend une clé de cristal contenue dans une curieuse petite boîte. La belle attrape la mallette posée sur le bar, en extirpe une capsule de verre qu'elle remet au jeune homme.
Jack a, lui, été choisi pour expérimenter la pensée, et la sagesse.
Seulement, pour y parvenir, s'aguerrir et mûrir, il n'eut pas d'autre choix que de s'instruire du savoir de ses deux prédécesseurs. Big Sam après être ressorti de son bocal, descendu sur la planète pour la bonne cause et, avouons-le pour son plaisir, lui transmis toutes ses connaissances et sciences terrestres, quant à la belle Shaolynne, elle se chargea de lui enseigner tous les délices de l'amour.
Délices, que je ne peux malheureusement pas vous conter sur ces pages, tant ils furent délicieux... Par contre, pour ceux qui le désirent, détendez-vous, fermez les yeux, et laissez votre imagination vous émerveiller.
Pour les autres, je peux éventuellement leur rendre compte de quelle manière le brave Jack acquit la maîtrise des mathématiques appliquées, de l'interaction des marchés bilatéraux, ou encore, du langage des peuples sémitiques de l'Orient ancien.
Attention ! Proctor, Ekta, Thyristor et les autres ! Le retour de Shaolynne, de Big Sam et du beau Jack risque de décaper pas mal...

Les Proctoriens furent éberlués et stupéfaits de revoir nos trois missionnaires poser le pied sur la planète de l'ennui avec tant d'entregents. Big Sam, de belles joues roses bien nourries, le sourire franc et sincère de l'homme heureux, érudit intarissable du savoir et des coutumes terrestres, jouisseur épicurien, Sam, expliqua aux membres du Concile, ainsi qu'aux souverains Ekta et Thyristor toutes les finesses et les secrets de la vie sur terre, en insistant peut-être un peu trop il est vrai sur les plaisirs gustatifs et olfactifs, mais bon, quand on connaît le joyeux drille, on ne peut que lui pardonner.
Jack, plus beau qu'un fruit mûr, métaphysicien libertin, fils d'Aristote, disciple de Platon, alchimiste des sciences occultes, étonna toute l'assemblée par son savoir, sa prestance et son charisme.

Shaolynne, ah ! Shaolynne, c'est la terre promise, l'ivresse assurée, le voyage au pays des merveilles, même Cupidon en aurait manqué sa cible. Les autorités proctoriennes, renversées par tant de somptuosités et d'élégance, écoutèrent les récits amoureux et sulfureux de la sublime vénus.
C'est alors, que le roi Thyristor, d'habitude si convenant, si exemplaire, senti comme un frémissement parcourir sa personne, puis une chose étrange, grandissante, et ma foi, il faut l'avouer de bonne prestance, prendre naissance à l'extérieur de son individu.
Troublé par pareilles pulsions, et en même tant fort impatient d'expérimenter ce don du ciel, il glissa un regard coquin à Ekta, et, remarquant que sa bien-aimée, par un si beau calibre, semblait toute retournée et émerveillée, il l'attrapa, l'allongea, et après quelques amusettes, conta fleurette sur le champ à Madame, puis, se saisissant fièrement de sa flamberge, visita la reine, lui faisant réviser ses gammes à capella.
Dès cet instant, Proctor retrouva la lumière. Alors, le roi et la reine décidèrent qu'à dater de ce jour, Shaolynne, Big Sam et le beau Jack guideraient le peuple proctorien sur les chemins de la vie, de l'amour, des bonheurs et des plaisirs...

Daniel Huguelet, novembre 2003. d.huguelet@bluewin.ch

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Les yeux noirs

En fouillant dans sa valise à souvenirs chacun retrouve des bouts de rêves, des plaies colmatées par les années et des déchirures prêtes à se rouvrir au moindre courant d'air…
Moi, j'y ai retrouvé un rêve, l'histoire que tout l'monde vit en se disant qu'elle est unique, peut-être parce qu'elle l'est. Au fond, chaque amour est un morceau d'irréel auquel on a voulu croire un jour… Et dont on se dit qu'il est immortel… Dans mon cœur cet amour sera à jamais vivant, même si " avec le temps, va, tout s'en va… "

Je l'ai rencontré par hasard, au lycée, j'ai d'abord eu peur de son regard trop profond, de son air méprisant et sec. Puis, quelques mois plus tard, échoués sur les mêmes bancs, on s'est confiés l'un à l'autre. Au fil du temps l'amitié est apparue sans que l'on s'en aperçoive. Pour moi, il devenait le grand frère que je n'aurai jamais, un compagnon de pensées, de déprime, de rêveries, de fous rires et de grands délires, il était les longues soirées à refaire le monde et le pansement de mon âme de petite fille. Nino, un très grand brun, au visage tantôt enfantin, tantôt sûr de lui, une démarche nonchalante et un air de séducteur rebelle. Il dégageait un charme indéfinissable et mystérieux dont j'avoue ne pas avoir été marquée au début. Je l'aimais, c'est certain, comme un grand frère protecteur… Les mois passaient, oscillant entre rires et larmes, puis la haine pointa sa foudre pour d'obscures raisons, on s'est éloignés, détestés, regrettés aussi…
Chacun continuant son chemin, je tombai bientôt dans le cercle infernal de la vie en noir et en arrivai à ne plus en vouloir. Un mercredi, seule dans ma chambre et dans ma déchéance, je décidai de mettre ma mort en scène. En avalant une à une les " pilules du bonheur ", je me disais que ce serait Nino qui me sauverait ou bien personne. J'attendais l'apaisement mortuaire et l'espérance vitale, j'attendais le calme, un calme glacial s'installa…
Tenir jusqu'à la fin, ne jamais flancher, croire, toujours croire… En quoi ? nul ne sait, mais poursuivre, avancer vers quoi ? personne n'en connaît la finalité, progresser devenir meilleur chaque jour, meilleur qu'hier et que son prochain, gagner la bataille de la Vie sur le désespoir, tout ça pour finir plus bas que terre… Regarder chaque seconde autour de soi, hurler mais en silence, pleurer et mourir un peu plus à tout instant, mais relever la tête et sourire naïvement à la mort qui nous attend, calme, elle sait que nous viendrons… Personne n'a jamais réussi à changer la fin de l'Homme, on vit et plus rien, le néant fatal, salvateur peut être, troublant mais quelle délivrance…
Moi qui aime la vie et tremble devant toi, pourquoi es-tu si attirante, certains jours ?
Pourquoi profites-tu de chaque moment de faiblesse pour nous rappeler que l'horloge tourne ?
Temps, arrête toi, laisse nous l'ultime instant où la vie coule dans nos veines, pourquoi cours tu toi aussi ? après quoi cours tu si vite ? Arrête ta course, laisse moi juste une seconde regarder dans un regard d'enfant, cet élan d'insouciance si vite perdu, je dois me ressourcer dans cette candeur imbécile, je ne veux pas mourir malheureuse… Je ne veux pas mourir, je veux juste être heureuse, laisse moi le temps…

J'ai eu droit à mon répit, on m'a laissé le temps, peut-être le temps de voir ma chute… J'ai retrouvé Nino, dans mes yeux il était sauveur, prince charmant, je me suis toujours enfermée dans les contes de Fées… Nous étions plus proches que jamais… Nous avons commis l'erreur, la seule dévastant toute raison et toute logique. On s'est aimés une nuit, puis deux, puis trop…
J'ai rêvé un jour, marché dans un rêve réel, ce rêve que je n'aurais jamais osé faire de peur que la vie se moque, qu'elle me regarde droit dans les yeux en pleurant de rire… Cet amour dans mon souvenir à défié la Vie et plus tard la Mort. Tout les amour sont ils ainsi ? Je préfère penser que le mien était unique, et peut être irréel… Alors ce je-ne-sais-quoi a surgi de je ne sais où, ce presque rien qui a métamorphosé ma vie en une fresque d'émotions indéchiffrables, de contemplations et de contradictions exaltantes. C'était un amour pur et tourmenté, mais chaque pas que nous partagions était un détour au pays des songes. Chaque minute de réalité avec lui se transformait en un siècle de rêves. Au détour d'un regard, il me construisait un univers féerique dont j'aurais voulu être à jamais prisonnière. Aucun mot ne peut vraiment exprimer les sensations que je ressentais à ses côtés, une sorte de vertige rassurant, une nuée de tentations, de désirs, un chaos rouge et or, un souffle de bonheur, un chuchotement à peine perceptible et pourtant si présent, répétant inlassablement " souris à la Vie "…
Il était tendre et je l'aimais petit à petit. Je le voyais évoluer parmi les autres et son charme agissait. Il m'éblouissait par sa prestance. Son jeu de scène, malgré son manque de confiance, le faisait paraître maître de toutes situations, il imposait. Je crois que je l'admirait comme un Dieu… Je me glissais dans son ombre pour être un peu en lui… Ses doutes, ses angoisses, ses utopies, ses révoltes nourrissaient mon imaginaire. Je partageais enfin avec quelqu'un mes goûts pour la littérature, les arts et l'irréel. Il était doux et lorsque nous dormions enlacés, chacun calmant les insomnies de l'autre, je sentais en moi un sentiment d'apaisement et de communion jamais atteint… Moi je rêvais, parce que l'amour est trop puissant pour que la raison s'en mêle, j'avais trouvé ma perle rare, ma porte de secours et cette certitude irrationnelle que ce matin de romance n'était pas seulement le fruit de mon imagination, me transportait dans une nébuleuse d'espérance et de désirs…
Je ne sais pas trop si je rêvais de famille avec lui ou d'une vie de bohème faite de voyages et d'aventures fantastiques. Lui seul était ma destination, il possédait cette sensibilité enfantine, si pure et rare, source inépuisable d'imaginaire, l'écouter était une symphonie d'évasion. Je découvrais sans cesse de nouveaux horizons, il me faisait aimer la vie, et surtout ma vie que je trouvais bien vide, enfin j'appréciais chaque petit bonheur caché que la vie nous offre… Il mettait à mes pieds un semblant d'Eden…

Au crépuscule de notre histoire, j'ai cru sombrer cent fois dans les abîmes de l'oubli, je me sentais ombre, courant d'air dans une vie que je rejetais. Après le paradis, l'enfer s'offrait à moi dans l'absence insupportable de lui, de ce qu'il représentait dans mon cœur d'enfant trop idéaliste… Alors dans chaque mot, dans chaque regard, je le recherchais. De déception en déception j'ai tout trouvé mais pas lui, je me lassais très vite de ces pensées qui n'étaient pas les siennes, de ces gestes maladroits bien trop loin des siens…
Il était parti, et plus jamais je ne sentirai la chaleur de son corps, plus jamais je n'entendrai son cœur battre contre mon ventre. Dans ses bras où tout devenait ivresse, j'oubliais les règles, le temps et la brume des états d'âmes. Son corps charnel, sa bouche délice, ses mains si douces source d'une transcendance irrationnelle, son odeur vertige, sa peau nuage de tentation, ses regards sensuels plein de désirs… Tout de lui était une invitation à l'absolue volupté… Mes pores se sont nourris de sa chair délicieuse et j'avoue qu'en secret, mon corps réclame de cette jouissance dévoilée. Il ne reste de tout cela que le vide glacial qu'il laissait après chaque départ.

Mais je sais bien que cette brèche de bonheur s'est refermée sur moi comme une porte qui claque sans qu'on puisse la retenir…
Ces nuits esseulées, où je n'arrive pas à rêver, je pense à ce que nous étions. Ne pas embellir, voir dans l'avenir la mort du souvenir. Quand l'amour et la souffrance ont laissé place au vide, que nous reste-t-il du passé ? Des pointillés, un sourire esquissé, parfois une larme, une vieille photo et quelques mots. Les fantômes des visages oubliés se dessinent sur la toile tirée de mes années d'adolescence, je ne vous vois presque plus…
Tu me manques un peu, alors je t'imagine parfois, mais ce n'est plus vraiment toi, une image déformée d'une réalité trop vite enfuie. Qu'importe à présent, la valise se referme…

Ophélie Beloeil tartine47@yahoo.fr

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Ces nuits où je n'existe pas

Elle avait vendue son âme au diable pour une bouche. Elle avait 7 ans…Il faisait nuit et l'ombre qui formait cette bouche n'était pas menaçante. Pas grimaçante. Elle était parfaite.

 

1

Elle marche dans la rue, la nuit est claire, pâle, embrumée. Elle marche décidée, vers un avenir dont elle n'est pas sûre de vouloir.
Comme un enfant qu'elle porterait en elle, elle le sent déjà mais pourtant elle n'est pas certaine de son existence encore si infime…..
Elle marche et la tête lui tourne inlassablement, inexorablement, infiniment. Elle marche et prie ces Dieux auxquels elle croit si peu de lui tracer la route. Où sont donc les pas dans lesquels mettre les siens? Elle marche. Et le brouillard s'empare d'elle, elle disparaît totalement et rêve de vivre éternellement disparue, indivisible de cette brume salvatrice.
Au commencement était le verbe mais lequel ? Vivre ou mourir ?
Quelques minute d'espoir encore, espoir de vivre ou de mourir ennuagée. Partir loin, fuir pour ne pas mourir ou peut-être pour mourir vivante et arrêter de vivre mourante.
L'azur de ses yeux se confond maintenant avec l'évanescence de ces nuages lourds, elle ne voit plus, n'est plus……exil…..

Il fait gris, Andèlika frissonne sous ses trois pulls, elle promène ses 20 ans et son sac de cuir depuis bientôt deux heures dans cette ville qui n'a plus rien à lui apprendre.
Il lui est impossible, à présent de rebrousser chemin, même si tout ça n'est qu'un coup de tête, depuis combien de temps rêve-t-elle de parti ? Qui ne rêve pas de cet envol excitant et douloureux, celui même qui nous rapproche de l'abandon définitif de toutes identités ? Se mêler à la foule et disparaître, peut-être à tout jamais.

La tête dans son café, elle avait noyé son esprit, elle observait. Les yeux rivés sur ces autres dont elle n'enviait même pas le sourire, elle avait l'impression d'être étrangère à ce monde. Elle ne supportait plus cette hypocrisie collective, ce faux bonheur ambiant, ces p'tits couples biens propres sur eux, ces directeurs d'entreprises en costard, et ces jeunes branchés accrochés à leurs portables. Tous ces gens " normaux " lui semblaient interminables de banalité. A côté d'elle, un vieillard, déjà mort, les yeux vides, il était d'une mollesse nonchalante qu'on observe chez ces gens même plus blasés, son visage était à peine marqué par l'âge mais il transpirait la douleur. S'en était trop, elle ne voulait pas finir comme ça et regretter toute sa vie de ne pas être partie par manque de courage.
Une incertitude la pris à la gorge. Et s'il n'était pas trop tard pour recommencer à mener une vie normale ? Elle chassa cette pensée du coin de sa manche. Elle allait enfin atteindre la liberté. Elle se répéta ce mot " liberté " comme pour se convaincre que c'est ce qui l'attendait.

Le car s'éloigne doucement, il fait déjà nuit et lorsque les dernières lumières de la ville disparaissent, il lui parait que ses derniers cris de désespoir leur font écho…

 

2

Elle est loin à présent et cet exil tant désiré est réel. Est-ce vraiment ce qu'elle en avait rêvé ? Elle était partie sans raisons ou peut-être parce qu'il en avait trop justement. Elle fuis ce qui la poursuivra même dans la mort mais loin la fuite parait moins ridicule. Déverser une part de soi aux quatre coins de monde, se croire immortelle, à vingt ans c'est une évidence. En y pensant elle ne sait plus ce qu'elle fait là, entre nulle part et partout. Pourquoi a-t-elle enfouis son cœur dans un conte pour enfant, pourquoi ses yeux sont-ils pourtant emplis des désillusions des gens qui ont déjà trop vécu ?

Je vis, je rêve, je respire….
Je crève, m'étouffe et imagine la mort en face. De dos elle est belle, imprenable et troublante. Attirante, elle joue de séduction….
A qu'elle heure le prochain train pour la sérénité….
Plus tard, je vole et m'éteins dans un champ d'âmes perdues. Elles pleurent tranquillement…..
Je voudrais être sur le toit du monde, tout observer et dormir….

Quelques mots griffonnés sur un coin de feuille, elle se lève, jette un regard sur la pièce. Attirée par la glace elle scrute ses rondeurs…Un petit ventre, ses hanches, ses seins….Non elle n'a pas grossi, un frisson, elle s'enroule dans le drap s'allonge, ferme les yeux…..Andèlika est là sur ce lit sans odeur, je la regarde, elle pense trop fort et m'étourdis….. Elle ne peut vivre ici, elle ne peut vivre ailleurs. Elle ne peut vivre avec elle-même. Pourquoi refuse-t-elle de vivre avec moi ? Nous formons Une toutes deux, sans moi que serait elle? Sans cette trappe fantastique qui lui permet d'accéder aux méandres reposant de son esprit ?
Pourrait elle survivre sans ce monde imaginaire et détraqués qui l'éloigne de cette réalité " raisonnable "mais bien trop immonde pour être supportable ? Il est tellement doux et douloureux de passer la frontière entre notre vie et celle qu'on aurait voulu…Oublier tout ce qu'on est, tout ce que l'on a été, tout ce que l'on sait, reconnaît, perçoit. Tout renverser, balancer, exploser, casser, réduire et devenir quelqu'un d'autre. Sans souvenirs ni douleurs, rien derrière, rien devant, juste la certitude d'être ou peut être de ne pas être à y réfléchir. Vidée mais vivante. En dehors du monde, pouvoir enfin regarder les gens sans qu'ils sachent, enfin s'en foutre, de tout, de rien, de la Vie, de la mort, des rires moqueurs et des regards condescendants. Enfin être soi car on est plus rien.
Ne plus sentir, ne plus souffrir, ne plus mentir, ne plus aimer, ne plus haïr, ne plus appartenir à rien. Ne plus être qu'un souffle, un courant d'air au dessus du monde, regarder sans voir, ne pas avoir d'avenir à construire ou à rater. Savoir qu'on aura plus jamais de regret, de remords, de scrupules, être libre enfin, libre de tout, de rien en fait. Le fou peut bien penser ou faire se qu'il veut le monde s'en fout, le nie, le réduit à la non-existence. Tu n'existeras pas petit être à l'esprit différent, toi qui ne veux ni produire, ni progresser !

Je ne crois ni au bonheur des uns, ni au malheur des autres ; ni en la guerre, ni en la paix ; ni en l'Homme, ni aux chiens ; ni en Dieu, ni aux enfer ; ni en toi, ni en moi.
Je m'enlise dans un champ boueux interdit dans lequel patauge toute la merde du monde. Elle progresse, s'étend, entre dans mes orbites, saccage mon crâne, me vole toute volupté, s'en rempli l'estomac a en gerber.
Me voilà vide de toute beauté, je suis accaparée par le noir, il s'allonge et je m'enfonce loin de la lumière.
" Le cri " de Munch se superpose en noir et blanc, m'englouti de sa bouche béante, ballottée en tous sens je perds toute notion de réel.
Qui suis donc ? Où suis-je donc ? Où est la Vie ? Existe-t-elle ? Je me sens n'être plus rien et devenir multiple. Où est mon passé ? Ai-je été un autre jour que celui-ci ?
Est il possible de ne plus se sentir être ? Tout apparaît en filigrane, je ne vois plus le réel, les choses se promènent comme des images racornies par les intempéries, je fais les choses comme possédée, j'avance car on l'ordonne…..mais qui ? Pleine d'une haine incontrôlée, mais je ne sais ce que je hais. Je la sens pourtant, elle n'est pas en colère, mais prête à exploser et à se répandre en bave acide sur tout ce qui l'entoure.
Je ne sens plus rien, je ne sens plus rien ni même le vide. Je ne sais pas si je suis là ou bien ailleurs. Comme si l'on m'avait dépossédé de ma vie, mes souvenirs me paraissent étrangers.
Je me vois dans un immense no man's land, je sais que je dois aller d'un coté ou de l'autre, franchir un mur, rejoindre un monde. Mais comment savoir au quel j'appartiens ? Le vide grandit dans mes yeux, je suis aveuglée.

Andèlika regarde la nuit et ne voit qu'une bouche. Parfaite. Les nuages lourds se détachent dans la nuit. Par la fenêtre les immeubles ont disparus, la chambre flotte.

 

3

Il est si doux de se perdre, Andèlika, viens….

Je sens chacun de mes nerfs lâcher prise. Toutes les vannes de mon barrage intérieur s'ouvrent, je me déverse…..Je vois autour d'un ange mélancolique un monde trop pressé de vivre et de mourir. Trop pressé de gagner, pressé par l'horloge du temps ironisant de secondes plus courtes d'heure en heure. Je vois ce monde pressé qui passe et repasse à côté de l'enfant désabusé, la vie est brusque, il pense.

Je veux me perdre. J'aurais voulu ne jamais savoir que la souffrance existe. J'aurais voulu, naïve, vivre à tout prendre. Je maudis ce monde repoussant de haine et trop précieux d'amour. Pourquoi faut il que les Hommes se méprisent ? Dites moi ce qui donne à la vie ces instincts profonds de souffrance et de haine.
Pourquoi le ventre de l'amour ne berce t il pas l'enfant du bonheurs ? Les Hommes se font mal…Quel abruti leur a appris qu'il fallait écraser pour vivre que je lui dise qui il est. Dieu, qui existe si peu, pleure si tu nous as donné la vie, reprend la nous, nous qui ne savons quoi en faire….Laissez moi me perdre…

 

4

Andèlika disparaît, on devine à peine ses yeux. Les traits de son visage s'estompent. Seule sa bouche demeure. Parfaite.
Dans l'invisible de son être, ne subsiste que ses lèvres. Muettes.

Ophélie Beloeil tartine47@yahoo.fr

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Regain

Viens, allons batifoler dans les regains d'après l'orage, aux senteurs opiacées de foin et d'herbes grasses, pleines de terre mouillée, qui encensent l'espace et nous font chavirer le cœur dans un doux spasme. Il n'est point de ciel noir qui ne donne lueur, éclaircie d'un moment, ou soleil pour la vie. Il n'est point d'averse, de crachin de mousson, qui ne cessent un instant, qu'il soit court ou bien long.

Viens, prend ma main, trempons nos mollets nus aux herbes ruisselantes, dans l'atmosphère émue d'un renouveau tombé du ciel. Traversons ensemble cette brume soudaine que nos amours encensent, comme à l'église les encensoirs parfument et cachent les travées noires et froides aux âmes torturées, sous le regard divin d'un Christ crucifié qui jamais ne dit mot aux hommes qui se fâchent.

Avance, confiant, serein, ta main dans la mienne. Ne te retourne pas dans le long escalier qui va vers la lumière, Orphée l'a déjà fait et il a tout perdu, sa quête a été vaine.
Aime-toi comme je t'aime, apprends la résonance de ton rire en écho, il reviendra lui-même, nourrissant un coin chaud en toi de ton enfance, et fera croître, dés aujourd'hui, ce que tu sèmes.

C'est le temps des labours et tout est retourné. Avance. Et si le soc est lourd, regarde le sillon frais, prometteur de moissons grasses, quand ton deuil sera fait. Je t'attends là, sous le pommier, j'ai un panier à partager, plein de fruits frais, dessous l'ombrage.

Isabelle Odin  odin.isabelle@neuf.fr

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Quatre textes de Isabelle Odin

A Nicky

Elle passait là, souple et blanche, comme une flamme irisée par les soleils voisins et bruyants, souriante à demi de ses sources intérieures, claires, aux chatoyances jaspées de la douceur.

Elle allait d'un pas lent et pourtant léger aux travers des jardins, des prés et des vergers, sachant où s'abriter des orages soudains, recueillant l'eau pour s'en faire un parfum.
Les éclairs : elle s'en faisait des chandelles qui guidaient ses pas vers la lumière.
Elle frôlait plus qu'elle ne touchait, mais savait résonner du rire, des chants des autres, quand ceux-ci trouvaient ses grottes profondes aux échos clairs.

De la fibre de verre. Pliant tel un roseau et reprenant sa forme, transparente et l'allure nonchalante, elle vibrait aux tempêtes.

Elle va, tranquille, même au milieu des villes, accrochant ça et là la lumière d'une âme sœur, pour un jour ou un mois, des années peut-être.
Ces soleils là s'éteignent en elle, laissant un souvenir de lueur, irisant son présent de nouvelles couleurs.

Feu follet sur la lande, Nicky la dame blanche regarde les nuages, assise sous l'ombrage d'un olivier gris bleu, y attendant peut-être un clin d'œil de Dieu


C'est un baiser

C'est un baiser à ma tempe, un mot tendre, un délire inanimé, c'est un jeu, c'est un JE, c'est un rire, un soupir, une parole vraie perdue dans le délire, ton bras chaud sur ma peau, une promesse d'ivresse qu'une autre vient sous-tendre. C'est le mensonge à soi-même, pour un soir, un poème adressé à personne, une brume de tendresse qui s'évapore au sommeil. C'est un moment divin où plus rien ne t'entraîne, c'est un moment de vin où plus rien ne t'enchaîne. Ce sont des notes qui s'envolent sans mélodie, juste pour leur son cristallin qui résonne à l'oublie. C'est une amitié tendre qu'il ne faut pas gâcher, une touche de peinture bleue sur mur gris de la vie. C'est un baiser sur mes lèvres avides de sucré, un engrais à mes rêves, un soutien, une plume qui glisse de ma main, pour se poser soyeuse dans le creux de la tienne.


Katia

Katia mon tout petit, mon enfant ma sirène,
Tu es mon grand trésor, mon petit bas de laine
D'amour qui me tient chaud au-delà de la haine
Des coups durs de la vie, tu es ma petite reine.

Déjà dans ton berceau, ta peau de porcelaine
Invitait au baiser, sur ta joue toute pleine
D'odeurs de lait mêlées aux fragances sereines
Des parfums éthérés de rose et de verveine

Tu as grandi c'est vrai, victime et déchirée
Loin de moi et pourtant c'est la fidélité
De mon amour de père, dans sa lucidité
Qui demain nous fera vraiment nous rencontrer.

Demain c'est aujourd'hui, tu es si grande déjà
Dix sept ans c'est beaucoup, il me reste mes bras
Pour t'encercler d'amour, te donner à la vie
Comme s'échappe parfois une plume d'un vieux nid.

Il faudra que tu partes, tu pars tu es partie
Il reste dans mon cœur, le souffle de la vie
Qui a fleuri un jour, d'un élan d'une envie,
Mon bourgeon de satin, qui s'ouvre et qui sourit.

Katia mon tout petit, aux rondeurs étonnées
De ton adolescence, Que tu caches, réprimées
Sous des pulls trop larges et des Jean's élimés
Succéderont les charmes de la féminité.

Un jour sans doute aussi, tu te feras renaître
Dans un mignon petit, ce sera ta fenêtre
Sur le temps si maudit qui transforme les êtres,
Vas ma fille, vas ma belle, puisqu'il faut se soumettre.


Portrait

Vieille femme nue, debout, les seins longs de ses créations d'amour, son ventre flasque aux plis de tant d'amour donné, plein de cette richesse inconnue des années.

Son visage émacié aux rides en étoiles de mère, de femme, du fond de son océan d'élans réfrénés, des vagues abouties.
Ses jambes grêles lui donnent l'allure d'un échassier, ses pieds cornés aux ongles jaunis, comme des griffes carrées accrochées à la vie.
Ses mains tordues, comme des racines à l'air, crispées sur des tâches passées qui ne reviennent plus.
Ses cheveux blancs et fins, maintenant, apprivoisent les peignes.
Son regard brûle sous ses paupières avachies, cachant à demi, la lionne qui sommeille, alanguie, mais toujours en éveil.
Elle a la grâce des papillons d'automne, quand octobre encore chaud nous surprend et chantonne un air de printemps.

Elle est belle, dans sa grâce alourdie par les ans, comme un témoignage de la vie, un livre écrit jusqu'au bout. Ce n'est plus une esquisse, mais une œuvre. Il n'est point de maladresse qui ne l'ait construite, et les blessures du temps l'achèvent, comme un diamant enchâssé dans la nuit
Elle a le sourire las des mères qui savent pardonner et ses lèvres vidées se tendent aux souvenirs de la jeunesse tendre qui se gonfle sans peur, et ne voit pas venir la vieillesse et les rides.

Vieille, tu es belle de tes grottes profondes, des éclats forts et clairs de tes pluies, tes éclairs, de tes sources fécondes, tes rivières aux berges érodées, de tes forêts très sombres.
Vieille tu es un monde.

Ignore le miroir des yeux préfabriqués qui planifient le beau figé dans la jeunesse : " bien lisse et pas grosse ", ce n'est qu'un livre vide sans voix et sans échos. Laisse le temps parler, il construit des chef-d'œuvres, ton corps est le reflet de ton âme aboutie.

Isabelle Odin  odin.isabelle@neuf.fr

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Trois textes de Isabelle Odin

Gros chat

Je suis un gros chat, lové contre toi,
J'aime la paresse d'une caresse de soie,
J'aime ton odeur de terre et de fleurs
Tes baisers cerise m'enflamment et m'attisent,
Je ferme les yeux pour les sentir mieux,
Je pose ma tête, ronronne la bête
Et frisonne d'aise, sous tes doigts de braise
Qui fouille mon poil de feuilles automnales.
Je glisse, coquin, ma langue sur ta main,
Pour goûter le suc de ta peau sirop.
Caresses moi le dos, car c'est l'aqueduc
De plaisirs nouveaux. Mes reins se soulèvent
Sous ta main sans frein, j'oscille et je rêve.
Je piétine tes seins, tu me souris d'aise
Et parcours gourmande, mon ventre de satin
Aux couleurs d'ambre, je m'étire serein
Les quatre pattes en flèche, sur ta robe fraîche
Je me réfugie tout contre tes reins
M'accroche à ta natte, et ton rire éclate,
De cristal et d'or, tu ris et me flatte
Et moi je m'endors, repus et heureux
…je suis amoureux….


Le gitan assis

J'ai chevauché le vent
Et le vent m'a giflé
Sirocco, Alizés
Mon âme en est griffée

J'ai chevauché l'orage
Les éclairs m'ont brûlé
Et la foudre pleine de rage
Mon oreille chamboulée

J'ai chevauché la pluie
Mon corps a transpercé
J'ai couru et j'ai fuit
Mais elle m'a rattrapé

J'ai chevauché la terre
Bien serrée dans mes jambes
Mais elle s'est ouverte
Avec elle je tremble

J'ai chevauché le ciel
Et là j'ai voltigé
Au souffle noir du fiel
Des étoiles étonnées

J'ai chevauché le feu
Et je m'y suis brûlée
Les mains et puis les yeux
Je n'veux plus voyager

J'ai rencontré Django
Un gitan de chez moi
J'ai chevauché le beau :
La musique sur ses doigts.

Je reste à la roulotte
Regardant l'univers
Défiler sa pelote
Dans son écrin tout vert.


Le monde des silences

Je ne peux plus vivre au monde de tes silences qui comme des vents âpres glacent mes élans clairs, assommée saoule épuisée de ces résonances rances du passé, qui épuisent mon âme et cassent ma cadence.

Aux sombres jours succèdent des nuits vertes aux saveurs amères d'un monde imaginaire, et quand l'aube paraît acide et fatiguée, j'invente des musiques diaphanes pour te plaire.

Je te peins des visages étrangers qui te parlent en silence de mon étrangeté à vivre dans tes fragrances, un amour débridé.
Mes vagues intérieures se brisent à ton oreille, tempêtes muettes que tu feins d'ignorer, mettant pour un instant, mon chant serein en veille, suspendu, clair et pourtant déchiré. Et puis quand elle déferle, ma vague chromatique se brisant avec force au mur de ton silence, son vacarme se fond en mille résonances qui vont mourir, seules, à leur source atavique.

Isabelle Odin  odin.isabelle@neuf.fr

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Quatre textes et poèmes de Isabelle Odin

Mères de l'ombre

Que savez vous donc d'elles, ces mères qu'on a zappées
Marquées d'un X cruel, haïes et rejetées
On ne les voit jamais, et pourtant elles existent
Ferré disait pareil, mais pour les anarchistes.

Pas souvent des adultes, coupables d'avoir aimé
C'est la pression toujours qui les fait abdiquer.
La religion inculpe du droit d'être vivant
Ces si jeunes mamans, elles sont comme une insulte
A la morale étroite des gens trop bien pensants
Qui savent bien mieux qu'elles, quel doit être le modèle.
Toute leur vie durant, elles souffrent en silence
D'un vide résonnant du cri de cette absence.

Elles sont inexistantes et pourtant elles sont là
Honteuses et repentantes, elles meurent d'anonymat.
L'enfant fait la maman, mais qui pourraient-elles être
Quand après l'accouchement, il n'y a pas d'enfant.

Tout l'amour à donner est là au fond d'elles-mêmes
Elles doivent le cacher, ou bien être rebelles.
Elles vivotent dans l'ombre d'une branche inconnue
Qu'on a jugé trop sombre pour être soutenue.

Qu'elles se lèvent, ces mères, et dans le geste ultime
De l'amour libre et fier, qu'elles redonnent leurs racines
A ces greffons d'amour qu'on à mis dans les serres
De l'adoption secours : ils avaient une mère.

Au nom de quoi dites-moi, une mesure et deux poids ?
Etre mère c'est si beau ! Mais pas pour ces femmes-là ?
Jamais elles ne pourront faire le deuil tout au fond
D'elles de ce qui n'est pas mort, et jamais ne s'endort.

C'est une toile de fond, les empêchant de vivre
Qui assombrit le nom, d'un bel amour tout rond,
Qu'on leur aura volé, profitant de leur peur,
Au nom du grand pêché de bouturer les fleurs.
Vous gardez un chaton, pour ne pas contrarier
Dans sa maternité, la chatte au doux giron.
Mais pour la jeune mère, pas la moindre pitié !
Elle vaut moins qu'un greffier, aux yeux des gens trop fiers.


Sophie

Je suis une luciole à l'ampoule de ta vie
Je me heurte je me cogne, à ta froideur Sophie.
Je suis auréolé sur mes ailes diaphanes
De ta lumière dorée, ton amour est en panne.

Je m'agite et je crie mon amour insensé
Ta résistance est telle que je vais m 'effacer.
J'ai les ailes brûlées, mon cœur est épuisé,
Je tombe inanimé sous ta lumière grise,

Et tu restes là toi, enfermée dans ta bulle,
Sans air, sans bouger, sans amour, sans recul.
Ne peux-tu regarder la lumière incrédule
D'un amour si entier que l'on met à tes pieds ?

La vie c'est au dehors, elle bouge, elle crie, elle pleure,
Elle rit aussi d'espoir comme un tout nouveau-né.
Pourquoi cultives-tu l'amer goût du malheur ?
N'aurais-tu jamais su que le bonheur existe ?

De quoi te punis-tu pour faire ta vie si triste ?
Tu es une Biafraise refusant le gâteau
Qui sauverait ta vie, mais ce serait trop sot !
Tu préfères végéter dans ton cercle d'amis

Vous refaites le monde mais jamais le vivez.

Tu es ma reine noire, monstrueuse araignée
Je suis pris dans ta toile sans pouvoir me sauver
Je ne puis plus bouger dans ma douleur extrême
Je te maudis ce soir tout autant que je t'aime.

Je meurs de mon amour trop longtemps contenu
J'éclate du dedans mettant mon cœur à nu.
Pour moi je ne veux rien, je voulais te donner
Ma vie mon cœur ma main, mais tu veux l'ignorer.

Je suis d'un autre monde ou l'on fait croître les choses,
Les enfants et les fleurs, ça teinte la vie en rose.
Je voulais m'allonger à l'ombre de ton ombre,
Il fait trop froid déjà et ta vie est trop sombre.

Je traîne comme un boulet ce pauvre amour en cage,
Il calme mes élans et me rendra plus sage,
Il restera toujours attaché à mon pas
Comme un rappel sacré de ce qui est en moi,

Qui vit qui bat et demain chantera
Pour une autre peut-être puisque tu n'en veux pas.


Le vieux

Vieil homme, les yeux fanés de sa vigueur ancienne, les mains crispées sur des genoux cagneux. La poitrine cave de ses espérances à la vie.

Son sexe lourd pend comme un trophée de pêche entre ses cuisses vides.

Deux rides profondes vont du nez à la bouche comme un passage de larmes par orgueil retenues. Le temps a dessiné le chemin, comme le lit mort d'une rivière.

Sa bouche aux lèvres fines, serrée sur des mots devenus inutiles. Que n'a-t-il osé dire qui puisse ici surgir ? Un je t'aime, un je veux, ou peut-être bien les deux.

Ses épaules, frêle armature à ses bras qui dégoulinent, voiles grises tissées une à une par les rides sur le métier des ans.

Sa fragilité le rattrape, éclate par tous ses os, son allure est concave.
Sa main vibre des seins oubliés, sa bouche se tait au baiser du passé. Tout est là, en instance, comme sous une tente faite de peau et d'os.

Il vibre comme un rafiot avec l'espoir au fond des yeux que le naufrage n'aura pas lieu.

Les regards sur toi n'ont pas la bienveillance qu'aux femmes on octroie, donneuses de vie, immuables. Toi as-tu donné la mort ?

Tu as la transparence des parchemins anciens, on y lit l'évidence, une loupe à la main.


Vieux Breton

Je l'ai rencontré, un matin de brumes acagnardées, sur un sentier breton aux flaques vertes, aux herbes rousses et molles.

Il allait lentement, mi gnome, mi homme, haillonneux de vêtements trop amples.
Sa hanche défalquée d'un équilibre étrange, l'épaule ressortie, il semblait marcher d'amble.

Voûté à demi sous une casquette en terrasse, les yeux fixés au sol comme un ultime appui invisible et tenace.

Seul un bâton noueux dépassait de lui, couronné d'une main aux phalanges exsangues.
Le nez piqué dans un grand col, on devinait une pommette en creux, une bouche molle, un nez busqué juste égayé de deux yeux bleus.

La fureur du clocher le happait, vieux poisson remontant une ligne vers des éternités promises, un missel à la main.

Isabelle Odin  odin.isabelle@neuf.fr

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Funambule

D'être morte en naissant, de quel mouvement ne suis-je pas tombée à nouveau au néant.
Le fil était là, je m'y suis accrochée, funambule du temps entre ciel et rochers.
Je rêve.

Je vois au loin les grèves de nuages qui s'infiltrent à la mer.
Je nage vers.

Je glisse un pied, équilibre précaire, j'étire mes bras tout en agitant l'air.
Je rêve. Je peints, j'écris.

Et je loupe mon pas, et mon corps se suspend, arrêté aux genoux. Je vois l'azur, et ne vois rien dessous.

Maintes fois j'ai repris mon voyage. Je me suis rétablie. Je ne suis ni du ciel ni de la terre. Je suis aux frontières, sur le fil étroit et instable, où j'écris ce que je crie, où je crie ce que j'écris, où je peints ce que je crois.

Je suis tombée une fois ultime, la tête en bas, engourdie, immobile. Figée dans le silence de mon sang qui battait à mes tempes.

Tu es venu.

Mon ange.

Je n'ai vu que tes paupières, ton regard se confondait à l'azur. Tu m'as remis sur le fil, mais je trébuche au moindre de tes souffles. Et me voilà la tête en bas.

J'ai froid.

Et si je lâchais ce fil, j'ai eu la tentation maintes fois. J'irais rebondir sur la terre pour rejoindre mon âme, mon reflet de lumière et me sentir entière.
Et j'y verrais ta flamme.

De quelle essence es tu ?

J'ai l'amour infini de l'autre monde. Tu viens et me féconde des rêves d'une autre vie.
Ma lumière est trop faible pour briller sur la terre, j'attends ce bain d'amour, je vis en lisière du ciel et de ses anges….et mon regard se perd, loin dans le hasard des étoiles, traçant enfin mon chemin de brillance.

Je t'aime, mon ange

Isabelle Odin  odin.isabelle@neuf.fr

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Viens plus près de moi

Viens plus prés de moi. Je te regarde et je te vois frémir de désirs légers, rêves inaboutis, ébauches effrangées.
Viens plus prés de moi, je te vois à demi d'un élan maîtrisé.

Viens là, tout prés de moi, viens te réchauffer de ce coté de toi que tu mets en suspend. Laisse le fleurir de mes doigts caressants à ton âme.
Dors mon Prince, repose toi de la vie, déposes les armes un instant sans soucis d'être fait prisonnier.
J'ai ôté ton armure pour que tu prennes mon soleil tout ravivé de toi.
Ta chair est blanche et pale, quelques bleus t'ont meurtri mais l'or s'y couche aussi.
Fait le briller, épanoui.

Viens plus prés de moi que je t'aime, même loin.

Les années et les coups m'ont donné la liberté d'aimer aux delà des convenances, pour survivre enfin.
Prends de ma lumière blanche, fais t'en écharpe au cou, mon odeur est fragrance de mon amour si doux.

Vas, libre, aux détours des sentes et des bois . Etends toi sur les mousses offertes, écoutes le bruit des eaux cristallines et secrètes. Rince toi du vent, bouche ouverte sur mes mots qui ruissellent à ta peau comme un baptême.

Viens plus prés de moi.

Isabelle Odin  odin.isabelle@neuf.fr

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4 textes de Isabelle Odin

Moment

Ta peau jaspée aux ombres de mes mains.
Eclair charnel.
Allongé sur mes reins
Tu vas.
La lumière du frisson court
La panne est là au bout de mon corps.

Je jaillis encore et encore.
Rabot céleste.
J'agonise en tes gestes.

Pleure ton envie.


Néantise action

J'ai abolis l'attente dans la rencontre.
L'instant brûle.
L'insolence de nos regards est aveugle à l'autre.
Je fonds dans la lumière noire
Capitule à son étincelle.

Je néantise mes aptitudes.
La mort avance dans ma vie.
Moment sacré de l'instant.

Agrippe toi si tu peux.
La vie tombe en pluie figée à l'ornière du passé.
J'enterre.
Le devenir : une évanescence morbide.

Je t'aime à l'instant.


Petit homme rose

Je te sens si petit, ma colère va à l'encontre des dénis qu'on a faits à ton corps, et au mien aussi. Ma colère crie fort.
Et ce meurtre à l'envie, l'en vie, qui déchire ton sourire, l'envers de rage à se dire.
Je pleure.
Lent vît qui pétrit ta chair d'enfant, ta chaleur exposée. Lent vide où l'on se noie toujours, et qui happe à l'improviste des sourires faïencés.

Tu fais pousser des fleurs de sexe pour cacher ce même endroit si fort blessé. Tu y crois, pour ne pas mourir de ce vol à toi même.

Et l'enfant là, tout petit, s'est tu, pour te laisser vivre crois tu. On l'a tue, et tué plus qu'à moitié. Ton âme moite niée.

Et puis ce soir il ulule à nouveau, c'est un chant de baleine, et t'entraîne au fond de tes abysses.
Appel à toi même. Happe LUI à toi t'aime. "
Qui es tu toi ? Tue toi peut être pour mieux vivre, tu meurs de cette tumeur à ton innocence, et ton âme tuméfiée à des vapeurs bleues.
" Tue m'aimes ", et aimer tue. " A tu et à lui ", il t'a détruit, il t'a tue en te niant. Console l'enfant qui pleure en toi. " A tu et à moi ", je te berce à mes bras.

Comment accueillir ce cri qui se dessine et que je reconnais pour l'avoir trop subit. Je le subis encore à cœur lent.

Je t'aime, vieil enfant meurtri, de ces passions sereines et chastes, dentellées de bis, surannées, sans sexe, juste la folie de l'instinct d'amour, celui d'avant de naître.

Je t'aime, calme, de tes grèves affadies où l'eau écarlate de tes batailles, s'éponge au sable lent d'un présent morbide.
Descends.
Ma main est là qui te tient au cœur.

Loupiotte


Regarde moi

Je voudrais que tu voies mes transparences bleues, mon âme comme un soleil qui fait lever mes aubes.
Regarde dans mes yeux au plus profond de moi.

Derrière mes colères, mes rires, ma folie, mes pleurs, mes misères, regarde moi. ..

Derrière mes erreurs, et mes peurs à la vie, regarde moi.

Derrière mes lâchetés, mes vilenies parfois, derrière mes tendretés que tu ne comprends pas, derrière mes dépressions qui me font voir en moi, derrière ce que tu crois, regarde moi.

Il y a le silence des solitudes intenses, qui réverbèrent encore le bruit de mon absence, à toi.
Il y a des jardins qui fleurissent dans le noir, de fabuleux miroirs qui semblent des espoirs à mes mouvements d'âme.

Un frémissement lent qui remue au dedans, comme un ultime sanglot à la vie qui me fuit, faute de territoire à parcourir encore, d'amour mêlés de corps.
Regarde moi encore, comme quand j'étais jeune, belle de tout l'espoir que j'avais à la vie. Le miroir est cassé et les morceaux brisés, ne renvoient que l'éclat d'un amour morcelé.

Qui me regardera pour refaire l'unité de ce visage là, qui m'a si bien été, jadis.
Un écho de silence, est ce l'écho de la mort ?

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