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Romans fictions4

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Si tu t'imagines Odile Lamourere, juin 2008.

 

 

 

Odile LAMOURERE a déja écrit et publié :

HACHETTE 4 éditions de 1987 à 1994 (Traduction dans 5 pays): "Nous, les célibataires" et "Célibataire aujourd'hui - De la solitude à l'amour" et en 1993 : "Le Savoir aimer " repris par "Le Grand Livre du Mois".

ELLEBORE Editeur: " Développer et enrichir ses relations " : manuel et K7 d'exercices de sociabilité .

1994 - Albin Michel : "De l'art d'être la maîtresse ou l'épouse d'un mari volage" sur les affres de ces situations et la manière de ne point s'y faire piéger...

2003 - Editions de l'Homme : Remake de "Célibataire aujourd'hui " avec mises à jour. Traduit Roumanie, Espagne, Italie et Corée...

OCTOBRE 2005 : PARUTION France et Québec : "Quand les femmes aimeront les hommes..."

OCTOBRE 2006 : " Pourquoi les hommes ne nous font plus la cour ? " Traductions Italie Espagne

OCTOBRE 2007 "La Mamie Attitude" chez Jouvence.

+ En cours : Un roman fiction : " Parents à la carte."
Vue maintes fois dans tous les média français francophones et sur Salons du Livre.

Si tu t'imagines

Plénitude et déclin d'une séductrice en fin de parcours .
Les années s'accumulent, les mâles s'éloignent, doutes et faiblesses prennent le pas sur désir et ardences.
Comment taire la volupté qui force le passage sous une peau usée ?
A travers voyage et rencontres insolites, le lecteur est invité à suivre l'itinéraire d'une âme candide dans un corps qui s'achève.
Qu'y-a-t-il au delà du désir ?

Chapitre 1

Paris sent l'hiver et la poussière froide, les vitrines prennent le deuil et les amants la poudre d'escampette.
Les jeux sont faits et demain sera pire. Mes draps n'auront-ils bientôt plus rien à raconter ?
Paul, ma dernière prise, vient de confirmer l'état des lieux.
Cœur en jachère, nuits sans sommeil, je flâne sur internet, ce vivier d'hommes en rut, en détresse et de conjugaux tirant sur leur laisse.
Le rideau s'ouvre, les textes affluent et commence le jeu, s'aiguise le flair, s'affine l'approche. Flonflons, culture ou baratin, entre cracheurs de misères et fans de fessées, il faut miser juste et jouer fin.
- Vous aimez les chaînes, le cuir ?..
- Nous serons huit. Bien sûr vous choisirez vos partenaires...
- Non, merci monsieur.
- Salope !

Je suis devenue experte en zappage.
Pouvoir de l'écriture et de l'anonymat. Sur la toile, timides, vilains et invalides font de leur calvaire une chanson d'amour, quittant l'écran avant de mettre le son ou l'image.

Parfois je me couche bredouille, parfois le miracle me tient éveillée. J'y trouve des êtres surprenants, des artistes et des hommes politiques que je n'aurais jamais croisés ailleurs.

Le soir où j'y ai croisé Paul, j'étais en plein désert, son pseudo était d'Artagnan et son texte original. Il se disait auteur dramatique, de retour du Brésil, et sur internet " par curiosité "; ils disent tous ça... et moi aussi parfois. Son style à la fois simple et raffiné stimulait assez mes neurones pour proposer ma voix. La sienne était douce et profonde, le rendez-vous à La Coupole. Là, ni grand chapeau, ni bottes, ni rapière pas même une moustache mais une " gueule " et j'oubliai Dumas.
Il avait un nom, on l'entendait sur les ondes, sa notoriété me flattait.
A la sortie des artistes, quelques minettes l'attendaient et quand les quittant, il venait vers moi, je jouissais de jeunes regards envieux. Il se disait blasé des jeunes comédiennes et le croire me faisait du bien.

A l'abri du Tout Paris plus de brillance ni d'ardeur mais un laborieux qui prenait son temps et son sexe au sérieux, convaincu que l'amour bien fait ne dépendait que de lui. Peu demandeur, plus tâcheron qu'artiste...

Au début, quelques câlins coquins rue Campagne-Première où il avait garçonnière, puis sieste chez moi le vendredi, après huitres-sauternes, un peu de week-ends, quelques sorties. Bientôt dodo-traintrain. L'amant était bien moins créatif que l'auteur, le conjugal s'annonçait...

Toujours à l'affût d'un producteur, d'une salle ou de comédiens peu exigeants sur le cachet, il lui arrivait de surgir chez moi en pleine nuit pour me lire une pièce, dernière réplique chaude. Il ne passait aucun détail, débitant d'une voix monocorde des dialogues sans fin et sans me regarder. Les scènes défilaient sans respiration sinon pour enfiler cigarette derrière mégot. Pour me tenir éveillée, je devais imaginer sur ses mots, des acteurs prestigieux.
En fin de lecture, il fermait le manuscrit, l'enfournait dans un vieux cartable, avalait debout un dernier whisky et rentrait chez lui. Pourquoi ce besoin de courir me montrer ses devoirs ?

Hors scénario, pas d'effervescence. Il arrivait vers cinq heures, posait toujours sa serviette sous les plantes vertes de l'entrée, m'embrassait distraitement, se plaignait de nuits sans sommeil ou de son ex-épouse trop gourmande en pension. On allait voir un film, dîner pas loin et on rentrait. Même son pantalon, plié sur la même chaise, prenait ses habitudes et ses chaussettes roulées côte à côte baillaient d'ennui au bord de chaussures qu'il rangeait côte à côte avec application. (Un soir où je changeai la chaise de place, il tourna en rond, perdu comme un marin d'eau ne voyant plus la côte...)
Puis, toutes lampes éteintes, il plongeait sur moi, s'efforçant d'être performant dès le premier acte puisqu'il n'y en avait qu'un. Le répertoire était limité, le créatif vidé et pour moi la coupe pleine.

Ce matin là, Paul me laissa à peine fatiguée. Signe des temps, c'était le premier amant avec qui (lequel ?) je dormais. Nous atteignions l'apogée d'une relation stérile quand me vint à l'esprit l'idée d'une échappée en douce. Une évasion qui signerait la fin d'une histoire à saveur d'agonie. Les femmes aussi sont lâches...

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" Où sont tous mes amants ? " Cet air vieillot me poursuit...
Fuir, trouver une porte à l'impasse, à l'avenir sans eux.

France Culture la nuit, une émission sur Paul Morand, évidence, c'est à Venise que je vais tenter de réchauffer ma saison froide.

J'ai déjà vu la Sérénissime accablée de soleil et de monde.
Epousée candide prenant "les campanules pour fleurs de la passion ", j'avais amplifié une histoire que je voulais d'amour. Des papillons noirs avaient approché en sourdine mais je n'avais entendu que le chant des sirènes. Les papillons ont fui, les sirènes ont plongé, j'ai quitté la cage, bien vécu, les hommes ne m'ont fait que du bien.
J'ai sans doute grandi mais saurai-je vieillir?

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Le voyage est toujours trop lent pour qui s'évade.
Au delà de la vitre, défilent les images d'hiver.
La terre est brune et dure, avec des sillons bruns parsemés d'éclats glacés, une faille crève un sommet, une coulée s'échappe de lui comme d'un sexe de femme et un village perché me salue avant de s'effacer.
Puis la plaine, d'interminables rubans d'asphalte (un peu convenu) où camions et bolides filent comme fourmis à l'approche d'un sucre, des cités sans âme et des usines grises, des terrains vagues, des murs violemment tagués et des cheminées expirant des fumées sales.

Les noms des gares s'échappent sans se présenter, les vignes bien rangées tendent leurs bras décharnés vers le ciel, un train explose en croisant ma vitre et file loin derrière dans un bruit décroissant. Un bout de neige alanguie lèche l'orée d'un bois, des flocons dansent sur un fil, un sentier se perd en forêt, un pont cache la vue tandis que le suivant enjambe gaiement un ruisseau turbulent.

Chaque horizon s'approche, me fait face et s'efface comme les hommes, ceux qui fuient, ceux qu'on oublie et ceux qui nous attendent. Trop rapide, pas le temps d'aimer...

Face à moi, un homme au visage émacié, regard glauque fixe le paysage ou simplement la vitre. Ses mains d'ascète croisées sur ses genoux n'exciteraient personne. Les fesses d'une grosse femme rougeaude mordent largement le siège de son voisin; d'un panier installé sur ses cuisses elle sort un bout de pain, parme et salade qu'elle mord à pleine bouche. Une serviette à carreaux rouges s'étale sur ses seins, des brins de verdure frétillent entre ses dents, je détourne la tête.
Isolée dans son coin de fenêtre, une jeune fille blonde et pâle lit ou fait semblant pour n'être point importunée. Quand nos regards tombent l'un sur l'autre, un courant semble passer et nous nous sourions pour écourter l'ennui...

Dogana sans arrêt, le train ralentit puis l'Italie ranime sa cadence, les noms des stazione chantent la tarentelle et le bel canto.
La transition me bouscule, je plonge dans un magazine people oublié sur un siège. Soudain alertée comme par un ami sur le quai, je lève la tête, c'est Vicenza. Le prestige de la place dei Signori m'a jadis bouleversée au prix d'une nuit blanche. Je la salue, lui promettant de revenir.

La fin du périple s'annonce et je veux profiter au mieux du plaisir de l'entre-deux, comme en vol d'une branche à l'autre. J'aime le voyage pour sa liberté sans risque et sans enjeu, douce prise en charge que je ne dois qu'à moi.

Au bout des rails, au bord de l'eau le train essoufflé stoppe à Santa Lucia.
Dès la sortie, l'escalier dominant le Canal Grande immerge le voyageur de plein flot dans Venise. Ma vue se brouille, la fatigue m'accable. Entre Paris-métro et ce crépuscule flottant, la transition est rude. Je m'arrête, ferme les yeux pour laisser passer le rêve. Au bas des marches m'attend le vaporetto, la lumière est dorée, je vais entrer dans Venise par l'eau et regarder danser ses palais en reflets.

Rouges sombres, blanc d'ivoire ou vert opale, balcons de marbre brodés en renaissance, arceaux et portiques aux courbes douces alternent de part et d'autre du Canal. Délabrés ou restaurés, les stores vénitiens laissent filtrer des lueurs telles des fantômes portant candélabres au son de valses lentes. Au bas des nobles demeures, mariant côte à côte vernis, cuivres et toiles bleus, des gondoles sagement rangées dodelinent au rythme d'un clapotis d'argent.

De pont en pont, de dômes en clochers, on navigue en coulisse jusqu'à la béance de la Piazza où, en lever de rideau, s'ouvre l'éblouissant décor de marbre en dentelles nacrées sur fond de coupoles d'or et flèches ardentes. Spectacle toujours magique du Palais ducal et de San Marco.

Un sonore " San Zaccaria" lancé par le pilote annonce ma stazione.
Les marins d'ici ont des attentions viriles et j'apprécie le bras serrant ma taille pour sauter à quai. Il fait sombre, j'allonge mon pas jusqu'à l'Albergho Nuevo. L'accueil y est chaleureux et les prix imbattables. Je me souviens qu'il faut longer la prison des Piombi et traverser un mini-pont au charme inquiétant car à peine éclairé. De mémoire, mes pas retrouvent l'enseigne balancée par le vent.

La réception est au premier et l'escalier très raide. Je frappe à la porte vitrée, le bruit rauque de savates usées s'approche et devant la mama essuyant ses mains sur un tablier douteux, je tente deux phrases en italien. Encore trois étages et je retrouve " ma " chambre sous les toits, sa fenêtre crevant le plafond pentu et au-delà, l'immuable forêt de campaniles.

Serrure verrouillée, valises lâchées sur un parquet noirci d'âge et de crasse, je quitte mes chaussures, m'assois sur le lit gémissant sous mon poids et tente de prendre mes marques. Un radiateur crème écaillée exhale un dernier soupir tiède et une ampoule mourante fait danser des ombres suspectes au plafond. Aucune trace vénitienne si ce n'est peut être un cendrier de Murano.
Rien ne signale la présence d'autres voyageurs ; j'empoigne le téléphone comme une noyée la bouée. A quoi bon ? Je connais bien cet inquiétant passage entre repère et inconnu, traversée inévitable des peurs d'un premier soir d'évasion solitaire. Toujours la même lourdeur qui m'écrase, les mêmes démons qui s'infiltrent et moi plus nue que nue. Seul refuge à ma portée, le lit et son énorme couette rouge où j'enfourne mon corps.

Demain, les bulbes d'or de San Marco et les arcades des Procuraties seront mes confidents. A mi-sommeil, je parcoure en mémoire boutiques et cafés prestigieux, retrouvant sur mes lèvres la saveur miel et cannelle du chocolat Florian. Tenir, aller jusqu'au bout pour renaître autrement malgré la nostalgie qui déferle quand je fuis en solo.

La nuit fait œuvre charitable. Au petit matin, Venise à peine éveillée me caresse d'un rayon tiède et paresseux. Attendrie par ce soleil faufilé et les carillons chantant l'Italie, je me laisse bercer un temps par le son des clochers.

Ma fenêtre, ou plutôt soupirail, donne sur un canaletto, derrière le Danieli. Dominant les maisons reliées par du linge en goguette, mon gîte prend l'hiver de plein fouet ; en me penchant j'aperçois le figuier d'un minuscule jardin, qui rappelle le sud. En moi, le temps se fait doux, un parfum échappé de cappuccino chatouille mes papilles, j'ai faim de Venise. Vêtue d'un jogging prestement tiré de mon sac je descends gaiement.

Commencer par le Florian ou le Quadri me donne des ailes car ces célèbres cafés rivalisent depuis des siècles en décors et mets raffinée. Sur mon chemin, des effluves d'olives et d'expresso serrato ravivent mon âme. Des gondoles flemmardent sur le rio di Palazze et leur coude à coude rappellent les cancans des bigotes à la messe. Un gondolier d'hiver, sans chapeau ni foulard, uniformes d'été, ravive le vernis de sa barque, tel un orfèvre amoureux. Plus loin, son compère caresse d'un chiffon doux les cuivres alambiqués du ferro à la proue du navire. On dit ici que la gondole est la deuxième épouse de son maître mais je trouve ces égards plus proches de passion que d'épousailles.
Le campanile rose monte toujours la garde, les arcades montrent le chemin.

L'émotion est alternance que le temps module à sa guise. Les sites prestigieux sont de lointains amis qui chaque fois revus sont chaque fois semblables et pourtant différents. Tous gardent un secret forçant à revenir.

Bientôt masques et farandoles feront de Venise un Carnaval géant étouffant le décor.
J'aime tant la saison du silence et l'heure désertée...

Odile Lamourere   odile.lamourere@wanadoo.fr

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