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Romans fictions

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Esteban Cath Maypassury, mai 2003.

 

 

Cath Maypassury nous a fait parvenir les premiers chapitres d'une fiction intitulée Esteban que
 nous vous invitons à découvrir ici.  
bizarreetorange@yahoo.fr 

 



            Chapitre 1

1er Janvier. Et c'est la fin. La fin de la cavalcade effrénée de 4 adolescents qui resteront sûrement à tout jamais anonymes dans l'histoire de la France révolutionnaire et libérée. Alors ils s'assirent. Que faire ? La France entière était en fête a l'annonce de la libération et de la mort d'Esteban mais eux ? Les causes ne seront jamais fières de leurs conséquences et le sang, même celui d'un dictateur lui-même coupable de meurtres et capable d'une cruauté impitoyable, reste toujours sur les mains, ineffaçable. Le sang, ou plutôt les cendres. Un immense feu de joie a la gloire de la libération et du nouveau mouvement libre français qui a effacé les plus infimes traces de ce passé sombre et inavouable. Comment a t'on pu en arriver là ? Si rapidement… l'argent et la corruption ont remplacé la liberté et la fraternité. Le conseil des représentants Français a été supprimé pour laisser place à Esteban celui qui se décrivait alors comme " l'homme de la situation ". Eux quatre allaient encore au lycée et personne ne s'attendait à ce qu'il se déclenche soudain ce qui fut qualifiée plus tard comme la page la plus horrible et sanglante de l'histoire française. La guerre sournoise et discrète était alors déjà en place à l'époque : les pays riches se plaisaient à faire la guerre encore et toujours aux pays pauvres et manquant de ressources, une guerre qui n'en était pas une, un jeu de hasard déjà gagnant n'étant plus un jeu de hasard. Tout le " plaisir " jubilatoire de la victoire était fade, une guerre déjà gagnée en quelque sorte. Peu de gens se souciaient du sort des innocents tués de l'autre coté de l'équateur car après tout, cela ne concernait qu'eux. Malgré cela l'insécurité naissait en France et la population, vieillissante n'étant plus le mot exact, " quasiment morte " étant plus approprié, avait peur. Peur pour sa vie tranquille. Peur pour son petit pavillon de banlieue chic. Peur pour son argent surtout. Et cette peur encouragée par les réfugiés des guerres du Sud, " vermine grouillante et suintante " comme la qualifiait Esteban. Oui, la France en avait peur. Peur de ces gens qui, chassés de leur pays par des commandos armés, cherchaient refuge en France une des seules terres d'asile presque neutre de l'époque. Mais ce n'était pas de la neutralité, c'était de la lâcheté. Qui défendre ? Qui suivre ? Le cœur pousse à suivre les justes, ceux qui sont attaqués pour leurs faibles ressources, ceux qui sont exploités et martyrisés, ceux qui sont encore et toujours désespérément pauvres. Mais la tête, elle, siège de la pensée, de la rationalité et surtout du calcul savait qu'il fallait suivre les riches, les puissants, les sanguinaires.
Or c'est la tête qui gagna, en cette époque où les sentiments étaient largement dominés par la pensée et où toute action était attentivement examinée et réfléchie et non plus spontanée et intuitive. Oui, c'est la tête qui domina, mais vaguement seulement. Ne pas trop s'investir ce n'est pas gagner, ni perdre. C'est vivre sans risque et être a jamais le gentil de l'histoire. Ne parlons pas d'éthique, de morale ou d'honneur, ces mots étant désespérément superflus a notre époque.
Alors Esteban arriva. On pourrait dire " seul contre tous " mais ce serait mentir. Chacun avait dans son cœur un petit Esteban qui sommeillait. Un petit être qui chantait à la gloire de la pureté française et d'un royaume sans problème ou chacun serait libre de se promener sans rencontrer des pauvres, des immigrés récents ou anciens, de la vermine. Esteban celui qui s'autoproclamait " le sauveur " entra alors en piste. Le diable sous la forme d'un homme assez âgé pour incarner la sagesse et la stabilité mais tout de même assez jeune pour sembler juste, courageux, vif et ouvert d'esprit. Mais sembler n'est pas être et Esteban était mauvais.
Tout de suite le peu de la population encore consciente de la situation se méfia mais leurs appels restèrent vains et la France courait peu à peu au désastre. A l'origine, Esteban faisait seulement partie de l'assemblée, à l'image des 32 autres qui tentaient de gouverner la France tant bien que mal. Puis, par des moyens obscurs, il parvint à s'autocréer une place de chef du conseil des 5. Et c'est la que tout commença. Assez étrangement, tous les membres du conseil et de l'assemblée lui obéissaient. Jamais il n'y eu de révolte ou même de doute parmi les conseillers. Pourtant Esteban préféra esquiver toute menace de doute en prohibant le droit a la réunion publique de plus de 5 personnes. Esteban se révélait au grand jour. Ensuite, il supprima le conseil, ferma les frontières françaises et créa deux sortes de cartes d'identités : les cartes pour français et les cartes pour personnes d'origine " autre ". C'est à ce moment là que naquit l'alliance, fondée par celles et celui qu'on appelait respectivement Llama, Oscuro, et Cerebro. Inconnus avides de libertés, ils s'étaient fixé un but inavouable : sauver la France, la libérer de l'emprise d'Esteban. Cerebro était blond et rêveur Oscuro, la brune mystérieuse était l'opposée et la complémentarité de Llama la rousse de nature euphorique et spontanée. Des enfants de la liberté, bercé par des refrains fascistes, des élections où chaque année étaient remis en cause les droits de l'homme, ils ont vécu dans une atmosphère protégée mais où l'on entend quand même les bruits de la guerre qui fait rage au dehors. Des jeunes utopistes peut-être irréfléchis mais qui semblent avoir choisi entre la mort et la soumission. Les trois sont tellement différents et en même temps tellement proches, ils ont subi des guerres qui ne les concernaient apparemment pas, ils sont allés à des manifestations anti-à-peu-près-tout à l'époque où leur soif de liberté et de rébellion était encore diffuse et juvénile mais aussi a l'époque ou les manifestations étaient autorisées. Puis, un jour, ils ont pris conscience de l'horreur et de l'amplitude de la chose, un peu trop inspirés des romans d'aventure qu'ils lisaient. Chacun se trouva l'étoffe d'un héros. A l'origine c'était Llama et Oscuro qui décidèrent de faire quelque chose puis Cerebro arriva et là, tous réalisèrent qu'en fait ils n'étaient plus attachés a ce monde a ces gens qui les entourent par quelques liens que ce fût. Leurs parents avaient, depuis longtemps, cédé sous les assauts moralisateurs d'Esteban, leurs frères étaient enrôlés dans la garde spéciale d'Esteban et leurs sœurs, persuadées par la politique d'Esteban qui plaidait que la femme était moins capable d'avoir un avis rationnel que l'homme, étouffaient le peu de doutes qu'elles avaient dans un mutisme consternant. Chacun entretenait des rapports assez étranges avec la mort et leurs seules valeurs étaient l'amitié, l'amour, l'honneur et la liberté. L'histoire de cette révolution étant assez complexe, on s'axera sur la vision de la libération de Llama, malgré qu'à un moment de l'histoire les chemins des 3 jeunes utopistes se séparent pour se réunir enfin.

 

            Chapitre 2

Llama avait 15 ans lorsque Esteban fit découvrir au monde sa vraie nature. A cette époque elle s'appelait encore Muriel, elle était insouciante et sa principale préoccupation était ses vacances prochaines avec ses amies. L'année précédente il y avait bien eu de grosses manifestations lorsque Esteban était parvenu à devenir président du conseil mais rapidement, les montées de rébellions de la jeunesse française s'étaient calmées et la seule partie de Muriel qui souhaitait encore la révolution était celle qui craquait pour Florian le militant du lycée. Evidemment dés qu'elle le voyait dans un couloir elle se sentait prête à renverser un gouvernement mais ça n'était pas bien méchant. Malgré sa joie de vivre apparente qui lui valu le surnom de " la folle " elle entretenait des rapports étranges avec la mort et l'amour. Incapable de ressentir de vrais sentiments depuis la mort de sa mère, lors de ses14 ans, elle déplorait chaque jour son impossibilité à s'attacher. Jusqu'à ce 25mai. En fait tout à commencé, et tout s'est arrêté en ce 25 mai. Ce jour la, comme chaque jour elle allait au lycée, suivait vaguement les cours, tombait " amoureuse " plusieurs fois dans la même journée, jusqu'à ce moment, le moment ou un homme prouva l'étendue de la bêtise humaine. Evidemment ça n'était pas assez, le sang, les armes, le mal-être naturel des hommes, non il fallait que s'ajoute à ça la violence, la haine, et la cruauté. Dans cette rue sombre ,on ne distinguait que le bruit de ses pas et les quelques paroles de la chanson qu'elle fredonnait " I don't care what other people say, I'm going to love you, anyway, Come to me again in the cold cold night … ". Elle aurait pu craindre de se faire agresser, mais depuis qu'Esteban était au pouvoir, les quartiers étaient relativement sûrs, enfin pour les 
" Français " ou ce qu'il en restait. Muriel marchait tranquillement dans la rue lorsqu'elle entendit les bruits sourds de violents coups de poing. La scène a laquelle elle assista resta a tout jamais gravé dans sa mémoire. Etait-ce l'odeur du sang ou le timbre de la voix de l'homme ? Ou encore les insultes si crues ? L'horreur de cette minute suffit à changer sa vie. Il était là, il devait a peine avoir son âge, il reposait sur le sol, inanimé. L'homme dont elle entendait la voix se tenait au-dessus de lui. Son Bras portait le brassard rouge et or, celui des partisans d'Esteban. La lueur qui brillait dans ses yeux était inquiétante elle vibrait de haine et d'inhumanité. Terrifiée, elle ne bougea pas, l'homme au brassard ne l'avait pas encore vue, si l'amour rend aveugle, la rage de tuer coupe encore plus du monde. Les pensées se bousculaient dans la tête d'Eva : Que faire ? Crier ? Intervenir ? L'homme mesurait bien 1m90 et devait peser dans les 100 kilos. Elle n'aurait jamais fait le poids. Disparaître, en fait ç'était la seule chose qu'elle voulait faire à cet instant, se dématérialiser, mourir tout serait alors tellement plus simple, de toutes façons, après ce qu'elle avait vu, rien ne serait plus jamais comme avant, plus jamais. L'homme donna un coup de pied dans la tête du garçon puis leva les yeux vers elle sans la voir. Son regard était brouillé de haine, il mis du temps à la distinguer, depuis le moment ou elle avait aperçu l'homme elle n'avait plus bougé et maintenant il la regardait. Le garçon ne bougeait toujours pas, il avait l'air d'origine espagnole, peut être portugaise. Sa chemise était déchirée et son visage était encore sanglant. L'homme était maintenant a 10 centimètres du visage de Muriel. Ses lèvres bougeaient mais elle était incapable de distinguer les mots qu'il prononçait. Il approcha la main du visage de Muriel, elle trouva encore la force de se reculer, puis il tenta de l'empoigner par la taille. Il y eut comme un déclic, soudain elle se réveilla de la léthargie dans laquelle la peur l'avait poussée. Elle le repoussa et couru. Elle courut jusqu'à perdre haleine, elle traversa chaque recoin de cette ville qu'elle croyait pourtant connaître, et quand elle n'eut plus de souffle elle courut encore, et encore. Elle traversa plusieurs ponts, elle courut dans la nuit, trébuchant, s'écorchant, pleurant, elle était loin maintenant mais elle était heureuse et se sentait libre. Elle aurait été capable de courir jusqu'à en mourir pour mettre le plus de distance entre cet homme et elle mais elle réalisa que ces soldats qui n'en étaient pas étaient partout, dans sa ville, dans sa famille, dans son pays et que la seule force de rébellion résidait en elle-même et était plus forte que n'importe quelle arme. Elle se sentait libre. Elle s'arrêta de courir et elle trouva la solution. C'est à peu près à partir de ce moment que Muriel mourut et qu naquit Llama. Llama était terriblement différente de Muriel, en même temps plus vivante plus chaleureuse et plus gaie elle était aussi profondément triste et mal a l'aise partout où elle allait. Muriel poursuivait sa vie bien tranquillement tandis que Llama ne restera pas longtemps dans cette petite ville et elle fera quelque chose pour la France, elle en était sûre, et ce qu'elle ferait pour sauver la France ne pourrait se faire sans violence malheureusement. Llama, flamme en espagnol. C'était écrit en lettres rouges sur le mur en face duquel elle se retrouva après sa longue course a travers la ville, ce nom lui était destiné. Llama, c'était elle. Et sa flamme ne s'éteindrait que lorsqu'elle-même mourrait. Mais pour l'instant il fallait qu'elle rentre chez elle et mène une petite vie tranquille pour que personne ne se rende compte de son autre vie. Elle allait trouver des gens qui auraient autant de flamme qu'elle et, ensemble, ils pourraient peut-être faire quelque chose.

 

            Chapitre 3

Deux jours plus tard Llama n'avait toujours pas sauvé la France, mais elle commençait à sérieusement y penser. Le visage du jeune homme hantait ses nuits, il était mort probablement et elle n'avait rien fait pour le sauver. En quelque sorte c'était comme si elle l'avait tué. Encore une fois la faiblesse et la lâcheté humaine ont été plus fortes que la vie elle-même. Elle s'était renseignée sur l'homme au brassard, ça n'était même pas un membre de la garde spéciale d'Esteban, seulement un membre du parti qui faisait son " baptême ", une sorte de rituel qui consiste à battre à mort un " impur ", c'est à dire un non-Français, de façon à être considéré comme un membre actif du parti. Ces nouvelles atterraient Llama, mais elle ne pouvait rien faire seule et les gens qu'elle fréquentait n'avaient pas l'air prêts à retourner un gouvernement quitte à en mourir, pourtant il fallait qu'elle agisse. 
Il était quatre heures du matin, cette nuit plus que jamais la scène qui s'était déroulée trois jours auparavant l'obsédait. Dans le noir le plus total, Llama avait les yeux rivés sur son plafond, elle ne le distinguait pas mais il servait d'écran au film de l'agression. Ca avait l'air si réel, quelque fois elle craignait que le sang du garçon n'aille lui couler dessus. La culpabilité s'était transformée en honte, ses mains étaient à jamais tachées du sang du garçon même si elle ne l'avait jamais touché, et ça la tuait, chaque minute qui passait la laissait encore plus abattue. Elle n'y tint plus et se leva, s'habilla rapidement et sortit dans la nuit noire. Dehors, l'air froid lui balayait le visage, elle marchait rapidement apercevant quelquefois des silhouettes et entendant au loin les cris des partisans d'Esteban qui encourageaient probablement une autre mise à mort, chacun était témoin de ce qui se passait dehors. Chaque matin des familles se réveillaient en priant pour que chaque membre soit rentré sain et sauf. Les mères pleuraient leurs enfants, trouvés ici ou la dans une ruelle sombre, baignant dans leur sang, la tête sur le trottoir dans une pose de pantin désarticulé. Les filles étaient violées avant de subir le même sort que leurs frères. Parfois on ne retrouvait même pas les corps, ou alors les militants poussaient l'horreur jusqu'à placer les cadavres juste devant les maisons de leurs parents. Chaque jour la situation se dégradait, mais chaque jour la France était plus " pure " et ç'était le but d'Esteban, le but ultime.
Cette nuit la, les pas de Llama la conduisirent inconsciemment jusqu'au lieu du drame, elle essayait d'aller a l'opposé des plaintes encouragées par des beuglements rauques d'hommes saouls et imbibés de bière, elle se retrouva donc dans la rue du crime. Lorsqu'elle arriva près de l'endroit où elle avait vu le corps du garçon elle se sentit soudain plaquée au sol par une poigne puissante. Son agresseur la maintenait violemment face contre terre. Elle s'était ouvert le front en tombant et elle était maintenant couchée sur la chaussée. Le sol était humide et sentait le sang du jeune homme mêlé au sien. Si elle devait mourir aujourd'hui, ça serait au même endroit que le garçon et elle se sentait prête à affronter la mort en face. Soudain une voix mêlée de larmes et de hoquets lui révéla la véritable identité de son attaquant :
- " Pourquoi êtes vous revenue ? Vous n'avez pas eu assez de tuer mon meilleur ami ? L'amitié est la seule chose vraie dans ce monde ! La dernière chose en laquelle je croyais ! Et vous m'avez ôté la personne qui m'était la plus chère ! J'attends ici toutes les nuits depuis ce jour pour que vous veniez me chercher ! Il est mort pour rien et je veux mourir pour lui ! Vous ne le connaissiez même pas ! Quelle est la différence entre un espagnol et un français ? Rien du tout oui ! Vous méritez de mourir mais je n'ai plus la force, tuez-moi mais sans fierté ! Vous aurez tué une vraie française ! Comme quoi les pures peuvent être aussi sombres et sales que les autres et même parfois plus ! Tuez-moi ! " Apres ces derniers mots elle me lâcha et je me retournais vivement, lui permettant de réaliser que je n'étais pas exactement le meurtrier de son meilleur ami. Je me relevai et la contemplai : Elle était assise sur le pavé. Sa jupe traînait dans une flaque, ses cheveux noirs étaient humides et collaient à son visage et ses poignets étaient bandés, preuve d'un suicide raté. Je lui tendis la main pour l'aider à se relever et j'accompagnais mon geste d'un encouragement à me rejoindre dans ma quête pour la liberté : 
- "Il y a d'autres solutions pour le venger " 
- " ça ne serait que des coups d'épées dans l'eau " me répondit-elle 
- " Peut être mais au moins on aura essayé de combattre. Des coups d'épées dans l'au ont au moins un effet, ils troublent la surface de l'eau, si on arrive à troubler la France, on sera sûrement plus utiles que mortes. Rien ne me rattache à cette terre et quitte à mourir autant mourir en ayant tiré notre épée. Comment s'appelait-il ? "
- " Il s'appelait Rodolphe. Je suis partante pour ton mouvement mais qui est tu ? "
- " Maintenant et depuis que j'ai vu mourir ton ami je suis Llama " Elle ne m'interrogea pas sur les conditions de sa mort, chacun sait très bien comment cela se passe :
- " Llama, la flamme de la révolution, Rodolphe avait écrit ce mot sur un mur pas loin d'ici. Je suis Oscuro, la face sombre et morbide de la planète et je suis prête à mourir. "
- " Tu étais celle que je cherchais "
La conversation s'arrêta la et Llama retourna rapidement chez elle après qu'elles aient échangé leurs numéros, le soleil se levait sur la ville et le front de Llama saignait de plus en plus. Le jour n'avait jamais été aussi beau et l'aurore rose annonçait la venue d'un autre temps, celui de la liberté.

 

            Chapitre 4

C'est à partir de là que tout changea, elles n'avaient plus aucune attache nulle part. Llama continuait le lycée, comme couverture en quelque sorte, et Oscuro travaillait comme serveuse, car lorsque Esteban avait pris la tête du gouvernement, la majorité des jeunes filles avaient dû arrêter l'école, la sélection étant plus sévère pour elles. En effet, Il pensait que, compte tenu de leurs capacités intellectuelles réduites, les femmes étaient plus aptes à travailler tôt et à faire des métiers avilissants. De la à réclamer l'égalité… La femme était redevenue un objet, effaçant des années de lutte féministe. Pour l'instant ce point accommodait Oscuro et Llama, on les soupçonnerait moins. Chaque nuit elles se réveillaient pour mener de petites actions révolutionnaires, et chaque matin elles réalisaient leur impuissance, elles étaient seules contre une France qui avait cessé toute lutte. Les gens acceptaient tout, des injustices les plus flagrantes aux crimes horribles et sanguinaires, l'intolérance était devenue une loi plus qu'un état d'esprit. La France subissait et ces deux jeunes filles n'y changeraient rien, ça n'était pas des graffitis ou des pillages de quartiers généraux des milices d'Esteban qui allaient modifier la situation. Leurs actions ne parvenaient probablement même pas aux oreilles d'Esteban, c'est à peine si les agents de nettoyage effaçaient leurs cris de liberté inscrits sur les murs, et Oscuro et Llama commençaient à désespérer, elles voyaient approcher le jour ou elles rentreraient dans le rang et accepteraient comme les autres, les actions d'Esteban. A cette époque, peu de jeunes avaient décidé de se rebeller, seulement une fois dans leurs virées nocturnes elles avaient aperçu un petit groupe de garçons qui ne semblaient pas partisans d'Esteban . Elles réalisèrent alors qu'à deux elles ne pourraient mener aucune grande action mais comment trouver une ou plusieurs autres personnes ? Elles n'allaient pas passer d'annonce ! Llama revenait au point de départ, lorsqu'elle cherchait encore celle qui pourrait l'accompagner et partager ses espoirs. Une nuit où elle était seule dans la rue, elle se retrouva au bout de l'impasse où était inscrit en lettres rouges " Llama " et elle pensa au meilleur ami d'Oscuro qui aurait été celui qu'elle cherchait en cet instant, celui qui aurait pu les aider à faire quelque chose. La rue était calme, mais Llama, habituée à guetter le moindre bruit annonciateur d'une patrouille d'Esteban, entendit des pas derrière elle, ils étaient proches maintenant mais étrangement discrets, à peine audible, ça n'était pas le pas d'un soldat d'Esteban, eux ne se déplacent jamais sans leurs énormes boots bien bruyantes. C'était autre chose… Elle restait hypnotisée par ces pas qui ne pouvaient pas être ceux de quelque partisans d'Esteban, elle en était sûre, celui ou celle qui était derrière elle était la troisième personne, celle qui leur manquait. Elle se retourna, et découvrit l'origine de toutes ses interrogations : il se tenait devant elle, immobile et la fixait droit dans les yeux. Il avait, comme Oscuro, une force dans le regard qui laissait présager l'horreur des choses qu'il avait du vivre. Pourtant il était beau et son visage portait les marques des temps difficiles, même si elle ne lui donnait pas plus de 18 ans. Malgré la nuit qui régnait et l'obscurité de la ruelle, elle devinait ses longs cheveux blonds et ses petits yeux bleus mystérieux. Mais le plus impressionnant était cette force qu'il dégageait, il semblait tout pouvoir savoir, tout deviner, analyser les moindres impressions des personnes qui l'entouraient. Llama n'était pas sensible à sa beauté mais elle savait alors que c'était celui dont elle avait besoin et qu'il avait une particularité qu'elle n'avait jamais vue chez les autres. Ils s'étaient alors évalués l'un et l'autre pendant 5 bonnes minutes et c'est elle qui se décida à briser le silence : 
- " Tu es différent… et je crois aux heureux inconnus lorsqu'ils ont des convictions. "
-" Et moi je crois aux petites filles enflammées et intuitives. Je suis différent, je sais, je suis un septième fils, je ne crois pas au légendes qui disent que les septièmes fils ont des pouvoirs magiques mais je sais que je suis décalé et déconcertant, je peux quelquefois ressentir des choses étranges et ça pourrait servir certaines causes non ? "
-" Oui, tu pourrais nous aider. Je suis Llama… "
-" Je sais, c'est écrit sur le mur derrière toi… tu as une telle admiration pour les murs ? "
-" Oui, mais c'est une histoire d'amour douloureuse, je préfère ne pas trop en parler, il m'a jetée sans préavis et depuis, moi, je ne vis que pour ce mur. Non sérieusement, c'est à cause des cheveux et de l'esprit " flamme de la révolution " … l'autre s'appelle Oscuro. "
-" Sombre et mystérieuse comme la nuit noire, propice à des rencontres étranges ? "
-" Exactement "
-" L'Espagnol est vraiment devenu la langue des libérateurs ! Je faisais partie du groupe qui a tenté de tuer Esteban il y a 9 mois… "
-" Je croyais qu'ils avaient tous étés exécutés . "
-" Oui, tous sauf moi et depuis je vis dans un désert, ils ne me recherchent plus car ils me croient mort mais je ne suis plus qu'un fantôme et ils ont tué ma famille et mes amis "
-" Tu es Cerebro c'est ça ? "
-" Oui, alors qu'as-tu à me proposer ? "
-" On a envisagé de sauver la France mais si tu veux voir Oscuro j'allais la chercher à son travail, tu m'accompagnes ? "
-" D'accord, jusque là je me sent capable de t'aider "
C'est ainsi que Llama a trouvé celui qui les aiderait probablement à faire bouger les choses, il avait vécu et beaucoup appris, il ne se confiera pas facilement après tout ce qu'il a vu et Oscuro allait probablement l'aimer, Llama n'espérait qu'une chose, qu'elle ne l'aime pas beaucoup trop.

 

            Chapitre 5

Lorsque Llama, accompagnée de Cerebro arriva au bar ou travaillait Oscuro, ses craintes n'étaient toujours pas apaisées, elle connaissait les tendances d'Oscuro et savait que Cerebro collait parfaitement dans le moule du mec parfait, mais il ne fallait pas que les crises amoureuses d'Oscuro prennent le pas sur leur objectif révolutionnaire, et Llama était prête à la gifler pour la remettre dans le droit chemin s'il le fallait. Malgré tout, elle n'eut pas à se donner cette peine, lorsqu'elle fit les présentations, Oscuro ne manifesta pas la moindre attirance envers Cerebro.Elle se retrouva alors seule avec lui échafaudant des plans de plus en plus irréalisables pour faire tomber Esteban. Heureusement, l'expérience de Cerebro permettait à Llama de revenir sur terre tandis que l'enthousiasme de Llama le motivait. Le débat commençait à s'essouffler lorsque Llama se retourna et contempla la salle qui l'entourait. Au travers du brouillard de fumée de cigarettes, elle distinguait les habitués, accoudés au comptoir et quelques ivrognes lorgnant lourdement Oscuro qui passait entre les tables. Chaque recoin de la pièce permettait de comprendre la misère de l'époque, et l'odeur de la bière et de l'urine s'ajoutaient encore a l'ambiance glauque du lieu. Il était 4h du matin et une vingtaine de personne étaient encore la, tentant de profiter du reste de la nuit, essayant en vain de rattraper les heures qui s'échappaient, priant désespérément pour qu'il n'y ait pas de descente de police. Sur le mur, prés du bar étaient accrochées les photos jaunies et cornées des disparus, les visages de ceux que l'on a trop pleuré. Llama distinguait même le visage du garçon qui lui avait donné l'envie de faire quelque chose, et qu'est-ce quelle faisait pour lui ? Plus d'un mois après l'avoir découvert, gisant, victime du trop plein de haine des partisans d'Esteban, elle en était encore à réfléchir et à imaginer dans un lieu qui était tout sauf propice à la réflexion. Ca n'était sûrement pas dans le verre de gin de son voisin ou dans le décolleté d'une des filles, qui, assises dans les escaliers, attendaient le client, qu'elle allait trouver la solution. L'alcool et le sexe, c'est ce qui avait perdu tous ces gens qui l'entouraient… Le désir pouvait être aussi dangereux que l'alcool, et les deux sont terriblement accessibles, tellement faciles, ils peuvent changer les gens, les rendre malléables… Llama poussa un cri de joie qui fit sursauter la moitié de la salle, celle qui était la moins saoule. Cerebro en fut si surpris qu'il renversa la moitié de sa bière et la regarda, hébété.
- " ça va de crier comme ça ? T'es folle ou quoi ? " l'interrogea Cerebro
- " L'alcool et le sexe ! " Hurla Llama, provoquant encore des réactions auprès des personnes avoisinantes.
- " Quoi ? Tu veux encore boire ? tu devrais aller dormir, c'est pas sérieux a ton âge de traîner dans des endroits comme ça, ça te donne des idées bizarres … "
- " Non, tu ne comprends pas ? Qu'est ce qui peut perdre un homme, le rendre moins méfiant, maintenant que toutes les drogues ont disparu ? "
- " Je dirais l'alcool et le sexe mais tu m 'as aidé … "
- " Oui c'est ça, on peut réussir à atteindre Esteban comme ça ! En le saoulant et en le draguant ! On peut y arriver ! "
- " Euh … y a mieux comme plan, enfin plus spirituel, en même temps j'dis pas que ça n'est pas impossible… mais il est marié Esteban, non ? "
- " T'as vu sa femme ? Elle a 20 ans de plus que lui ! C'était un mariage d'argent ! il suffit de réussir à lui plaire, s'arranger pour le faire boire, se retrouver seule avec lui et la… "
- " Et moi dans l'histoire ? "
- " T'inquiète pas ! Tu vas nous servir à infiltrer les soirées privées d'Esteban ! J'aurais besoin d'un cavalier ! Et Cerebro pourra se faire engager comme serveuse la bas ! "
- " Toi quand tu réfléchis tu y vas ! Tu es si femme fatale que ça ? Pourquoi ça ne serait pas Oscuro qui ferait la call girl de luxe ? "
- " Oscuro est beaucoup trop timide ! Je la connais, je te jure ! Je n'arrive pas à y croire ! Ça a l'air si simple ! Oscuro ! Viens ! "Llama criait à présent.
- " Quoi ? Hou la ! à voir ta tête tu devrais arrêter de boire … " constata Oscuro
- " …Ou de réfléchir. "Ajouta Cerebro.
- " Comment ça ? T'as eu une idée ? "
- " Oui elle en a eu une ! Tuer Esteban en l'ayant au préalable saoulé, puis dragué et tout ça en ayant infiltré ses soirées privées ! Tu vois le genre ? " ironisa-t'il
- " C'est une super idée ! Je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ! Et toi Cerebro arrête de me regarder comme ça ! Je travaille ici depuis 3 ans et je peux te dire qu'on peut faire faire ce qu'on veut à un homme bien imbibé moyennant un peu de drague ! Et Llama est tout à fait capable de parvenir à ses fins ! Je pourrais demander un poste la bas ! Ma sœur y travaille déjà ! Et toi, Cerebro, tu pourrais… "
- " … Etre mon cavalier ! " Intervint Llama ;
- " Non, ça serait prendre le risque qu'ils reconnaissent son visage ! Il y a pas mal de policiers dans ces soirées et son casier n'est plus très vierge… mais… toute femme du grand monde a un chauffeur ! Qui plus est si elle doit s'enfuir après la soirée ! " S'enthousiasma Oscuro.
- " Plus je vous écoute, plus je commence à y croire à votre plan ! Après tout, c'est le meilleur que l'on ait, pour l'instant ! " Ajouta Cerebro.
- " Ca marche, on fait ça ? Attends, quelle heure il est ? Déjà 5h ? Je dois partir j'aimerais bien dormir deux heures avant d'aller au lycée… " décréta Llama en prenant sa veste, mais Cerebro l'interrompit :
- " Au fait t'es pas un peu jeune pour jouer la bombe sexuelle ? "
- " J'ai 17 ans et à mon avis Esteban bien saoul ne posera pas trop de questions … "
- " …Au pire on ajoutera un peu de somnifère dans sa boisson ! A ce soir, Llama ! " Lança Oscuro. 
- " A ce soir tout le monde ! " cria Llama en claquant la porte

Et ce matin la, elle sut que leur victoire approchait et que leur mouvement avait fait un grand pas en avant. Tout ce qui restait à régler n'était que de petits détails, et tout devrait se passer sans problèmes… 

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