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Aucune
mort ne mérite l'oubli Stéphane Gaillard, novembre
2006. |
Aucune mort ne mérite l'oubli
" S'attendrir devant la haine, graver le cercle, guérir plus tard, jouer avec le feu, éteindre ta peine, surveiller les paons, gaver les oies, parler tard dans la nuit, souiller ta couche, boire du sang, échanger le foin, épier la sueur, maudire les passants, tourner sa laideur, perpétuer le panache, se souvenir de tes hanches, goûter à la maigreur, bander sciemment, coupable tu resteras, né haï, tu juges, ils se méprennent, leurs vies revivront, la jubilation étreint, le cœur s'éloigne, sa guerre sera la mienne, faillir aurait suffit, tenter vers ailleurs, couler à pique, gâcher nos existences, pourrir d'envie, besoin d'éternité, reprendre plus bas, se laisser porter par tes râles, perdre patience, apprendre ta dévotion, haïr les despotes, croire en ta résurrection, être surpris devant tant de bonté, manger dans ton lit, ne plus comprendre tes cris, damner ton existence, courir le long des dunes, traverser la colombe, repenser aux peines, fuir ta langue, jeter l'ancre, frapper tes lettres, avoir une crampe, passer dans un train, écrire ses doutes, valser avec le diable, inventer un style, se jouer du sale, taire ses émotions, lâcher prise, voir les évènements, glacer les sentiments, croupir hors des temps, s'immoler de joie, croire en ta présence, souhaiter tes mots, jeter des folles dans le fleuve, jouer au con, s'asseoir sur une pierre, s'enfoncer la guerre, stopper le conflit, grailler un poulet, injurier nos mères, louer les ogres, rester droit, croire en l'absolution, pardonner la maladresse, se jouer de l'intolérance, revoir tes mamelons, prier pour qu'ils disparaissent, saluer la mort, juger tes positions, savoir le noms de tes amants, aimer ceux qui t'aiment, garder au chaud l'espoir de haïr tes parents, défendre ta jalousie, craquer le sel, vomir sous tes aisselles, laisser rire les hyènes, penser en japonais, écarquiller les yeux, bondir pour attacher tes mains aux miennes, promettre de ne plus exister, guérir tes maux, te trouver très intelligente, savoir le noms de tes peurs, connaître ta sagesse, crier pour te toucher, nourrir ta clémence, hanter la nuit du mariage, dorloter ta vulve, saccager tes objectifs, pâlir de joie, aimer la déraison, vomir nos ambitions, pleurnicher pour les cons, se noyer dans le tréfonds des limbes idylliques, fondre gaiement sur toi, te faire du bien, vous n'avez rien compris, inventer la mort, jouir ta fin, la couleur reste grise, graves sont ceux qui se croit supérieurs, jamais soleil n'est plus juste, bannir les femmes, sortir de sa propre mort, nager dans la curieuse honte de tes bras, gravir les saules de ta vertu, penser ne jamais revoir tes parents, coincer le haut de ta joue, brûler ta chair, gaver ta sœur, être jaloux de tes désirs, garder des souvenirs, humer le parfum de tes cheveux, violer les dragons, penser à leurs morts, tromper ton espoir, griller les ailes des poissons chats, pisser à l'envers dans un violon, oublier tes proies, te vouloir morte, désirer ta fuite, s'éprendre d'un cheval, pisser sur tes orifices, se sentir laid, tomber de haut, aimer te faire mal, lâcher tes mains, ne plus te conquérir, oser te perdre, vaincre tes peurs, embrasser ta caresse, trahir tes pensées, oublier la rose, manger du caviar, se sentir russe, croire en ta perte, avoir peur des grecques, conjurer le sort, attraper ta gueule, tordre ton coup, téléphoner aux loups, brandir les drapeaux de l'insouciance, soumettre ta volonté au peuple, rire de tes malheurs, perdre tout espoir, rester insoumise tel est ton gain, tu appartiens aux belles, savourer cette perte, jouer avec tes sentiments, pleurer tous les soirs, avoir envie te revoir les petits cheveux du haut de ta nuque, immoler tes frères, noircirent des cahiers entiers, regretter ton cœur, peindre le buisson, mendier la richesse, appeler ta mère, dévorer l'envie, suer eau et sang, rajeunir plus tard, vivre à l'envers, servir le capitalisme, s'ouvrir les veines, sortir tôt, manger de maigre repas, s'enfoncer des clous, avoir le vice dans la peau, crouler sous les dettes, cacher son ennemi, suivre les méchants, pendre la mort, fermer les fenêtres, soulever tes jupons, séduire les plis de ta cadence, danser pour rire, écouter le sifflement de tes pas, sentir et entendre tes jambes allonger le pas, apercevoir le flot de ta lenteur, retourner ta tête vers moi, prendre la fuite, crier ta joie, ouvrir les champs, passer le temps, fumer l'herbe, oublier tes jumelles, écarter ta raison, hier était mieux que demain, emmener tes vices avec moi, sonder tes orifices, alimenter ma peine, périr sous les coups, être innocent parce que coupable, boire le sang de ton envie, marcher seul, saliver deux heures, tendre les pieds, courber ton dos, jouer au chat et à la souris, désirer un fils, aimer sa mère, profiter des tiraillements, souhaiter un père, mettre une différence entre l'acte et la pensée, rire de tes pleurs, haïr ta destinée, panser tes plaies, recevoir l'amour de son père, perdre au jeu, reproduire une bêtise, hisser la grand voile, sortir les canons, puiser le lac, cacher nos morts, s'éloigner de toutes vraisemblances, avoir peur de te trahir, être sensible, connaître la gentillesse, avoir besoin de simplicité, transmettre le fondamental, être l'amant de sa mère, laver le pire, lancer la mort, graver tes initiales, courir sans se presser, butiner entre tes seins, baiser la paume, lécher la moiteur, échelonner ta vengeance, gravir les monts, le faire sans images, taire tes cris, assombrir la nuit, voler ton père, mourir à la guerre, venger tes sœurs, s'essouffler pour rien, rêver de toi, ta vie décidera, ton cœur est lasse, les paumes sont fermées, le poing est tendu, la glace claire, le bleu s'en va, tu n'agis plus comme avant, parti la mort, parier sur son retour, mordre la pince, faire des sentiments, se pendre, hachurer ton veston de son nom, l'été se noircit, tu balances tes pieds au dessus d'un ravin, de vils crétins rient aux éclats, les bâches sont rouges, elle comprend que tu ne comprends plus, ta voix s'étrangle, elle t'embrasse, tu rougis, la honte plane au dessus des vagues, noyer les poissons, avoir du pain, aimer le poison, recommencer à aimer, saluer les passants, fuir cette réalité, oser ta fin, créer le désordre, lire dans ses pensées, prendre la mouche, valoriser ses attributs, mâcher la vanité, peindre un décor, ne plus faire de cinéma, essayer d'être bon, se croire honnête, écouter la corde des guitares, sauter au plafond, jurer que les Italiens sont des idiots, la revoir, coucher le pavé, s'ouvrir à l'angoisse, rester calme, attendre ses soupirs, la belle ne reviendra pas, la même histoire est répétée, tes espoirs sont vains, elle claque la porte une dernière fois, tu prends les femmes pour de vulgaire morceaux de viande, elle s'assoie, puisqu'elle aime les histoires, elle regarde avec toi le cœur planant des aigles aux alentours, ensemble vous jouez la crise, tes yeux prennent peur, elle s'écarte, les Hurons ne sont pas loin, la montagne ne les engloutis pas, les aigles virent, la flèche prend de l'altitude, le bec s'ouvre, ta mère est loin, ton père est mort, une douleur descend dans la vallée, les Hurons gagneront, la faim les rongent, l'aimant s'agitent, ta main prend la sienne, elle perd une bretelle, ta joue frémit, une pause n'est pas nécessaire, ses cris attendront, elle est lasse de tant de tendresse, la violence exige, l'instant devient délicieux, tout s'oubli, elle égare ses sentiments, la planque s'illumine, vous perdez pied, hideux se sent l'aigle mort, le souvenir lui perce les tripes, sa mort réveille les consciences, la chasse est ouverte, tu dors sur sa poitrine, ses seins se gonflent de doutes, elle anéantis sont passé, trop pressé d'attendre tu bois, tes nuits sont plus vaillantes, tes peurs s'enfoncent, la lancinante joie te submerge, les Hurons croiront en ta mort, l'aigle parle de ses sentiments, ses frères ouvrent le ciel, notre patrie a rajeunie, fuguer reste la seule issue, cambré ton sexe en demande encore, tes gifles sont lourdes, parce que trop ivre la chèvre rigole, les loups s'endorment, le calme ne reviendra pas, les Hurons en veulent plus, le roi l'accepte, la guerre est finie, sa grâce envahit le fond de ton âme, tes souvenirs sont flous, elle baille de plaisir, le gel parfume la forêt, tes yeux se ferme, tu ne ressens plus rien, tu transportes les remparts de la cruauté humaine dans ton berceau et jamais plus tu ne dira oui, préférer la beauté, caresser la laideur, vivre sans Jeanne, jubiler de souffrance, les questions sont posées, reste l'arrogance, croiser tes jambes te soulage, ton ventre n'a plus faim, ta langue est morte, quand le chacal reviendra, il aura tord, lui couper les vivres, et hurler sur la sainte mère l'église, blasphémer sur nos vieux jours, détester la vieillesse, adorer sa grand-mère, maudire les morts, insulter la vie, cracher dans la soupe, croire au renouveau, essayer le glamour, danser le matin, crever le soir, pendre tes jambes à ton coup, accrocher tes pieds aux siens, te sentir invulnérable, l'incendie risque de ne plus durer longtemps, mais foutre la mort, ils décidèrent de vivre directement, pour s'ennuyer, ils marchent dans un sable froid, l'aigle est loin maintenant, il quittent Venise, le train les attend, il voyagent et courent pour un extase de prières, sa ceinture fait défaut, la pure descente parle aux plus sages, leurs cris gonflent, il ne connaissent plus le temps, une perche les attend, leurs espoirs crament sous la lune, il deviennent immondes, leurs bouches se tordent, leurs muscles payent, une lueur disparaît, savourer ces instants, laver leurs soupçons, s'éveiller tout les matins en marchant dans les dunes, caresser la moite chaleur de son envie, quelque chose de blanc pousse dans leur dos, ils supportent nos regards, ils portent le monde, les envies ne leur manque pas, ta gueule enfin dégage l'odeur putride de tes sentiments, les Hurons parlent de colère, tes mains se lèvent, une guerre reprend, ta vie surveille celle de l'autre, les regards se croisent interdits, laid que tu es, ta vengeance s'embrume, elle s'agrippe, tu détaches les liens, les parois du vaisseaux coulent, le fleuve jalouse la mer, ta colère embaume les pièces, ils ne souhaitent plus leurs morts, leurs bras s'évanouissent, la fuite est présente, la joie est loin, la hyène soupir, le vent porte les drapeaux, le lin jaunit, les fleurs meurent, la soupe refroidit, la candeur persiste, les autres passent, les temps crissent, un vieux crache, les commissures de ses lèvres frémissent, la bave rougie, le feu s'éteint, la bougie supporte une dernière fois des promesses inutiles, ils détestent leurs amants, mettre leurs dents hors ivoire, penser la paix, fesser sa peau dure, aimer sa déchéance, rester avec elle, sentir ses moindres tressaillements, marcher dans son corps, parler aux loups, laver sa chevelure, éteindre son désir, vendre sa colère, jaillir au dessus d'elle, geindre les plaisirs, ne plus avoir honte, révéler cela aux autres, être banni, feindre d'aimer l'idée, accrocher son souhait au sien, parler d'exil, venger leurs ignorances, passer inaperçue, rencontrer la paix, ventiler ses seins, partager son angoisse, souffler gauchement à droite, parler au vide, agir sans se soucier des morts, entendre la musique des hasards, rester immobile, ils fuirent ensemble, l'aigle apparut, le bec s'ouvra, il croisèrent beaucoup innocents, les jours passèrent, leurs mains ne se lâchent plus, il lécha son interstice, maladroit qu'il est, elle jouit, l'éternité n'aura pas suffit, l'aigle disparut, la descente fut longue, la lourdeur de ses pas retentie dans la nuit, un ange croisa la mort, une prune tomba au sol, les sirènes hurlèrent, le poison glissa dans leurs gorges, les autres périrent, le sol ne les attendait plus, une nimbe les déposa nulle part, un lac déboucha sur un fleuve, ils voguèrent sur les eaux du fleuve croissant à chaque vague, les marais attendent d'engloutire de beaux amants, les praires sont succulentes, l'émail se tire, des âmes courent au loin des autres, il embauma la pièce, elles défaillirent de plaisir, monter en haut des cieux sales de pudeur, la richesse leur était étrangère, pure ils n'étaient plus, aucun message ne filtre, la vie n'existe plus, leurs doigts ont disparus, leurs yeux bleuissent, les envies tardent, les œufs arrivent, la fertilité à jamais répandue, des cris voyagent, Venise est très loin maintenant, leur sort ne changera pas, l'adorable agneaux déteste déjà ses parents, un harem il ne connaîtra pas, une dernière fois ils rient, l'époque de leur rencontre se joue bien de leur destin, leur histoire transporte d'autres envieux, ils seront seuls, ils seront les seuls, pour les hommes l'oubli ne requiert pas de mémoire, pour eux la mémoire est leur seul refuge, le souvenir douloureux d'une autre vie ils y pensent, ils souffrent en silence, un carré noir leur montre la réalité, sous les pierres les fourmis mangent encore, un œuf sort des ventres, serein sont les plongeurs, les pêcheurs traversent nos mers, fous ils demeurent, absents ils resteront "
" Garder les pieds sur terre ne sert à rien... "
Stéphane Gaillard gaillard1979@voila.fr
C'est toujours les débuts qui sont les plus difficiles. Les premiers essais incertains, un cœur timide qui ne touche que du bout des doigts sa plume, devenue baguette pour un maestro qui dirige chaque lettre, en essayant de s'arranger pour que la symphonie surgisse en prose. Les brouillons pleuvent et s'abattent sur le dos de celui qui les a amorcés.
Les mots qui se retrouvent bariolés de noir, crient l'injustice qui leur a été faite d'avoir été ainsi invoqués pour retomber dans l'oublie créatrice.
Les mots s'amusent à hanter leur auteur, ils s'immiscent, ils creusent, ils se font obsédants.
Je vois dans mon reflet, l'auteur d'un millier de mots, terrifié de se retrouver nu sans eux, je vois ces yeux hagards qui cherchent, et retournent tout en vrac dans son esprit pour démêler la trame qui l'aveugle.
J'écris aussi vite que je peux, c'est ma façon de fuir, il me faut surcharger des pages et des pages avec un grand n'importe quoi pour enfin oublier ce qui me préoccupe.
J'aime me vider la tête, purger ces traces sur mon cœur. J'aime m'abrutir devant les chaînes cathodiques, et rendre vitreux le regard que je ne supporte plus d'avoir, car la plus grande liberté dont je puisse disposer c'est celle de choisir d'oublier.
J'aime m'enfoncer dans mes rêves à deux balles, me laisser bouffer par eux plutôt que par autre chose, et de doucement m'endormir.
Je peuple mes rêves de plaines désertiques, de mondes stériles où tout est à faire, tout est à entreprendre. Il n'y a autour de moi que du sable à l'infini.
Si ces terres m'appartiennent alors je n'ai vraiment rien si ce n'est le choix de tout changer…
Je ramasse par poignées la seule richesse dont je dispose, c'est-à-dire le sable, que je lance dans le vide. J'en soulève des nuages, que le souffle de mes désirs éparpille à l'horizon.
Les cendres de mes regrets, gorgées de mes larmes amères, rendent ces nuages gris et lourds.
C'est un ventre enceint prêt à se déverser sur mes os, qui me surplombe. Mais je suis le tonnerre et les éclairs, et de ma bouche je relâche mes maux comme un millier d'oiseaux à qui on aurait redonné leurs ailes.
Ils s'envolent pour crever l'abcès et se déverse alors des torrents qui inondent ces terres.
J'enfonce mes jambes dans un sol rendu à la vie, pour y prendre racine. Les veines de mes pieds s'enfoncent profondément dans la terre, et vont s'étendre sur des kilomètres sous la terre.
Je sens mon corps qui se raidit, devient sec et pourtant je sens en moi plus de vie que en vingt trois années d'existence.
C'est l'histoire d'une chenille, qui pour devenir un beau papillon et prendre son envol devait muer et revêtir une carapace, et moi de gland je finis par devenir un majestueux chêne…
Je baigne dans la métaphore, si je considère que j'ai passé toute ma vie dans un état végétatif, je me réalise enfin en quelque sorte.
L'environnement se retrouve en plein bouleversement par la pluie qui inonde les plaines arides, et qui maintenant se gorgent d'eau. Le sol se creuse pour laisser former de vaste lacs salés, et tout autour la végétation se réveille. Je ressens ce monde comme un changement plus profond qui s'effectuait vers un endroit qui m'est inaccessible et qui pourtant n'appartient qu'à moi.
Je m'éveille de par ce monde illusoire, né du désir du changement qui se fait attendre.
Et quand il n'y eut plus qu'un Eden onirique pour contenter ma vue, je pus enfin briser ma chrysalide qu'était l'arbre-vie.
J'affiche enfin, en prolongement de mon corps, des ailes translucides. Soulevées par l'entrain de mes pensées, au premier battement je fus projeté loin sur le sol.
Je roule dans la boue comme un gamin, et même si ce n'est qu'une illusion, mon esprit se souvient du contact frais que cela pouvait procurer. Je termine cette dégringolade au fond d'un lac qui m'enveloppe de son manteau humide qui me lava mon cœur des dernières traces de regrets que j'éprouve encore.
Je laisse les plumes qui se détachent de mon corps, devenir la dernière touche qui manquait au paysage. Chacune d'entres elles qui tombent dans l'eau salée se transforment en petits poissons argentés qui luisent doucement dans les profondeurs, ce qui donne l'impression, vue du ciel, que les lacs sont baignés de lumière.
Je m'envole en Icarien pour mieux venir m'écraser sur le sol, mais c'est l'un des lacs que je vise, et malgré les eaux qui ralentissent mes ailes sous la pression, je m'enfonce de plus en plus dans les profondeurs inconnues, car c'est là que j'y trouve mon véritable chemin, et je m'enfonce encore et encore. Car à mieux se perdre, on finit par se trouver, et dans cet inconnu que j'ignore, j'arrive enfin à m'éveiller…Sébastien FONT sebastienfont@msn.com
Cette histoire se déroule quelque part sur la Terre au début du XXIeme siècle.
C'était une époque formidable, un temps d'innocence et d'allégresse pour la planète entière.
Oh certes, dans certains pays régnaient encore la guerre mais bon, il suffisait de zapper sur MTV pour ne plus du tout s'en soucier.
Dans un raisonnement similaire, en Afrique, un ou deux génocides se préparaient mais personne n'en parlait à part quelques journalistes d'Arte. Des africains qui mourraient ce n'était pas vraiment ce que l'on pouvait appeler 'the news of the day'.Ce genre de considération géopolitique intéressait encore moins les jeunes de mon age, en effet, la plupart des jeunes de ma génération n'en avait cure de faire la révolution ou de changer le monde.
Et cette nonchalance intellectuelle n'était pas du au fait qu'ils étaient superficiels ( vous savez le genre de personne a avoir comme grand dilemme leur tenue vestimentaire, la brisure d'un ongle ou le fait que, je cite 'cette pétasse de Marie a acheté le même sac que moi' ), non, c'était juste parce qu'ils n'en avaient juste pas envie, voila, juste ça, c'était tout.Mais, il faut pas croire, il avait des convictions quand même, les jeunes se battaient contre un monstre ignoble, un démon horrible qui frappait à toutes les heures et pas juste a minuit, a toutes les portes et peut-être bientôt la votre, cette infâme créature avait un nom, l'ennui.
Alors forcément pour combler l'ennui et entre deux éjacs faciales de Marie Sophie (enregistrée en secret par son boyfriend puis disponible sur Youtube ), les jeunes de 18 a 35 ans s'occupaient comme ils pouvaient, certains jouaient au justicier, ils se divertissaient en aidant les pauvres gens, le plan 'Les Enfants de Don Quichotte', moi je ne suis pas dupe, je sais qu'ils ont juste réussi à faire d'une pierre deux coup.
De un, ils ont enfin trouvé quoi faire de leur vendredi Soir ( parce qu'entrer en night-club des fois, c'est hard ) et de deux ils réussirent à passer à la télévision ( selon les sondages, passer a la télé et par la suite devenir une célébrité est la préoccupation principale de 53 % des 13-25 ans ), bon accessoirement ils ont amusé deux, trois SDF mais les gens sans domiciles fixes, ils sont pas cons, faut pas croire, ils savaient très bien que ces bouffons repartiront en même temps que les journalistes d'amener leur caméra, ils cesseront.
Les jeunes bourgeois étaient de ceux qui s'ennuyés le plus, en effet que faire dans une société de consommation quand on a déjà tout consommé et cela sans avoir rien demandé à personne.
Certain du XVIeme ont trouvé la solution, on se fait passer pour des victimes, on prend une caméra, on s'achète une ou deux bouteilles de champagnes et avec un peu de farine sur la table du salon de grand-maman, on se trouve un surnom top inglish et beau-papa nous fait passer à TF1.
Bon, la bien sur, il faut remettre les choses en contexte, je parle de deux extrêmes, de ceux dont l'ennui est devenu insoutenable et entre ces deux points de bipolarité lobotomisés se retrouvent des types comme moi, quasi banals qui se contentent pour combler l'insoutenable (et légendaire ) légèreté de l'esprit de baskets Gucci a 600 Euros ( acheté sur Internet grâce à une fausse carte de crédit volée, d'un jean Evisu a 250 $, d'une veste Armani a au moins 300 $ mais acheté pour 20 $ dans une friperie de Montréal et d'un T-shirt fait par un de ces potes).
Ah, et aussi d'accessoirement d'un rendez-vous avec une jeune et jolie jeune fille de 20 ans rencontré quelques jours auparavant dans un de ces lounges a la mode remplis de pétasses siliconées ou de veilles de 30 ans légèrement liftées ( oui, je sais cela fait cliché mais ça reste quand même une réalité ) ou on écoute la même musique formatée de Cannes, a Tokyo, en passant bien sur même par Perpignan.Comme chaque fois que je devais voir une fille, je stressais, j'avais les mains moites, la peur de ne pas assurer, la honte ( a l'avance ) de ne pas bander ( ça arrive même a 20 ans ), le cœur qui battait un peu trop fort.
Pour ces symptômes, bien sur, comme à chaque fois deux solutions : soit baiser une de ces ex a l'avance ou se défoncer.
Je choisis la deuxième.
N'allez pas voir dans ma décision d'intoxication un signe de faiblesse, non, au contraire, cela prend du courage de jouer au jeune coké, défoncé ( et encore plus de l'écrire ), tant de conformisme assumé, c'est un sacerdoce, une preuve d'un indéfectible sens d'un manque de personnalité.
En effet, en 2007, les vrais rebelles, les descendants de ceux qui d'antan mourraient au front, sont les jeunes de 18 a 35 ans, ni tatoués, ni percés et qui ne consomment pas de drogues.
Moi, bien évidemment je n'en étais pas un (de rebelles...)Tout cela, malheureusement, ne changeait pas le fait que j'étais là devant un immeuble de la rue Mont-Royal, vêtu de manière à dire, j'ai de l'argent mais je m'en fous légèrement ( car de nos jours il n'y avait que les pauvres pour tenter de passer pour des riches ( Les gens plus aisés financièrement ( et qui ont du style ) eux, savent que le plus important est de ne jamais passer pour ce que l'on n'est pas ( d'où les bobos, d'où les converses trouées qui datent de 2002 avec dans la poche, une Visa Black ))) et que j'avais rendez-vous avec une jeune fille rencontré quelques jours plus tôt.
Le premier rendez-vous était toujours assez délicat pour un homme de mon age, il fallait être prêt à toute éventualité et en quelques années sur le trottoir de Montréal, j'en avais rencontré des éventualités ( la courte liste de mes récentes éventualités Karima, la meilleure amie de ma soeur, avec qui j'avais eu une brève mais intense relation qui s'était terminée par une maladresse de décalage géographique ( j'ai malencontreusement éjaculé sur son œil quand elle voulait que je vienne sur son visage ( il est à noté cependant que Karima ne m'avait pas précisé l'endroit précis ou elle désirait que je vienne ), après elle j'avais rencontré Nola, la femme de ma vie, on est resté quatre mois ensemble, les quatre plus beaux mois de ma vie, je l'avais aimée d'amour et elle m'avait trahi, après le décès de son père elle avait tout quittée pour aller vivre à Paris, quelle ironie, moi j'avais quitté Paris pour Montréal, arrivé à Montréal je rencontre la femme de ma vie qui me quitte pour aller vivre à Paris, puis j'ai croisé Laura la schizophrène, Cynthia la nymphomane échangiste, sans oublier Blondie dont je n'ai jamais connu le vrai nom mais que j'ai quitté quand je me suis aperçu que ma carte de crédit, ma carte de débit et mon compte chèque avaient été siphonnés par elle et cela sans qu'elle ne m'en demande la permission ( je n'ai jamais su comment elle avait fait d'ailleurs ), il ne fallait pas bien sur oublier Christiane et ses vaginites A répétitions ni Laura que j'ai quittée par SMS……… , bref j'en passe des conasses et parmi les meilleures, de l'Europe a l'Asie.
Je me suis mis à penser à toutes ces folles qui ont croisé mon parcours, ces poupées russes que j'ouvrais sans fin et je me suis rappelé que ma jeune et jolie jeune fille de 20 ans n'était pas si extraordinairement mignonne que ça et même, si on y repensait, un peu repoussante.
Je me suis rappelé aussi la façon peu classieuse qu'elle avait eue de se baisser devant moi avec sa pose a la 'oh, j'ai fait tomber mon rouge a lèvre alors je vais me baisser doucement et lentement devant toi et te montrer mon cul parce que je sais que vous les noirs, vous aimez ça' et j'ai décidé de rentrer chez moi.Il y aura sûrement un porno à regarder sur Internet avec deux filles qui entrent leurs doigts de pieds dans le vagin d'une troisième, fascinant.
Voila et pour combler l'ennui, j'écrirai sûrement une nouvelle ratée (mais qui sera sûrement la meilleure que je n'aurais jamais écrite) sur cette soirée avortée.
Anthony Naglaa anthonynaglaa@hotmail.com
J'étais à poils, la bite pendante à cinq centimètres des galets, j'essayais d'attraper des poissons. 6 heures du matin dans la campagne française qui n'a pas cessé d'être triste et synonyme de mort quand les hommes ont arrêté de s'y faire la guerre. Moi, quand je me prend tout ce vert boueux immobile dans les yeux, j'ai l'impression d'avaler un organe froid : mon cœur.
Il fallait que je me fasse une carpe. Je les voyais passer, floues, devant moi. Elles étaient des milliers à transiter là-dessous tandis que j'étais tout seul cloué sur la berge, nu et à mains nues, je n'avais pas de slip et je n'avais pas de canne à pêche. Derrière moi, là-haut, dans la maison de mon oncle accrochée au flanc de la colline, tous les copains dormaient. Ils avaient bu et fumé, eux, et ils savent s'amuser quand il faut. On leur donne un laps de temps défini, top départ : ils rigolent et puis après : ils dorment.
Je n'avais pas dormi, à fond de speed il m'avait fallu sortir de la maison dont je sentais les murs m'enserrer, descendre la colline et là, enlever tous mes vêtements. Ils me grattaient, me collaient ; même mes cheveux, si je les avais porté un tantinet plus longs auraient été un surplus énervant. J'étais nu comme un ver, accroupi comme un chien, ma bite blanche et lisse comme un poisson.
Un type, un bulldog, à gros bide et bob rouge s'est pointé. Il s'est posé pas très loin sur la berge : " ça mord ? ". " Celui-là, je vais me le faire ! ", je me dis. Ça n'avait pas l'air de le déranger que je sois à poils, les yeux révulsés. J'ai continué à guetter les ombres du cours d'eau, la bave au coin des lèvres et les mâchoires serrées. Mais moi, ça présence me gênait, je l'ai entendu, goguenard, lâcher un rire gras quand il a vu mes mains plonger dans l'eau et se refermer sur le vide. " La bidoche qu'il a ! je me dis. Ça grouille à l'intérieur, déjà pourri, déjà des vers, ça ne peut pas être que du gras, ça bouge tout seul, même quand il est assis ! "
Moi, c'était pas encore les vers qui me rongeaient le ventre ; j'aurais pu me considérer comme un veinard en sursis car le gros type, lui, n'avait déjà plus que ça à la bouche : " Les vers…l'hameçon… " Il parlait à voix haute de la pêche et du temps, en dirigeant vaguement ses mots dans ma direction, je monologuais en silence ; ainsi mes pensées et son bruit de bouche s'alternaient sans jamais se croiser. Les paroles du gros s'effilochaient de plus en plus : " Selon la saison…leur chaire… ". Je comprends pourquoi c'est cet usage qu'elle a perdu la petite sirène en venant vivre parmi les gens sur terre ! Heureusement, j'ai fini par ne plus l'entendre du tout.
Il avait des bières. " T'as pas une bière ? ". Il fallait que je me calme, ces foutus poissons m'entendaient trembler. Le type me dégoûtait, les remous de l'eau, mes poils, me dégoûtaient. Le soleil s'est levé, implacable : j'ai vu combien nous étions mous et pâles, livides ; et mon corps, inutile. Maintenant que le vide autour de nous était limpide, j'avais l'air encore plus seul. J'ai plongé. Rejoindre les carpes, sentir leurs corps lisse pour un instant qui commençait comme ceux qui doivent durer toujours.
J'étais sous l'eau, complètement, il y avait du courant. Le gros type a dû voire passer une silhouette dans l'ombre moirée. Je fendais les flots, mince comme les carpes. Cette eau, même vaseuse, me décrassait, Il fait noir dans les rivières, je ne voyais plus rien, je devinais seulement des bancs de petits corps translucides se déplacer. Ils étaient simples et pures : un membre unique ondulant. Deux sensations : le lisse et le rêche. Quand les carpes nageaient de travers et qu'elles me frôlaient la bite, je sentais leurs écailles ; ça m'a fait penser à deux, trois filles dont on sentait les dents. Mais lorsqu'elles me frôlaient en nageant tout droit, dans le même sens que moi, c'était comme un corps passé au savon sous une douche qui m'aurait effleuré avant que je l'étreigne ; c'était comme toutes ces bites autres que la mienne que je n'ai jamais senti et ne sentirai jamais. Je me suis abandonné. Le courant m'a pris. Ici les contacts se résument à l'essentiel : une caresse dans le silence. Plus d'effort ni de superflu. J'ai décidé de ne plus bouger, je ne bouge plus.Étendue sur le carrelage, elle gît. Le visage figé, comme pétrifié d'une paix esthétique, tant il est dénué d'émotion. Ses paupières de plomb vacillent sous la force des pulsations qui sévissent encore. Dans ses yeux épuisés, fixant l'ampoule éblouissante qui creuse le plafond cyan, elle voit les couleurs se diluer vers le pâle, comme l'écume prolonge la vague, un mouvement tendre. Son corps lui, vit l'absolution. Elle sent ses chairs picoter aux extrémités comme si elles s'envolaient par lambeaux dans l'immensité. Son corps qu'elle traînait autrefois comme une étrange masse lourde sur le sol bétonné, était une plume vacillante flottant sur un nuage de coton. Son visage d'enfant se vide de ses teintes au gré du sang en décrûe dans ses veines. La substance grise endolorie vire au blanc aseptisé. Elle subtilise a la vie une faible bouffée d'oxygène entre ses lèvres violacées et expire paradoxalement en un flot lent et continu, ses peines, ses haines, ses pleurs, ses peurs. Une brise faible paralyse la terre sourde en une particule de seconde imperceptible. Une dernière larme coule et se gèle, capturée entre les pores glacés qui se referment, témoignage sublimé de son existence. Sa tête inerte, cage déserte, tombe et claque fébrilement sur l'émail du sol. Elle ne l'écaillera pas, sa mort, comme sa vie, ne laissera d'empreinte.
Quand il la découvrira le lendemain après-midi, les yeux gonflés d'alcool qui s'évapore, il ne pleurera pas, ne sera même pas étonné. Pour la première et dernière fois, il aura vu son visage dans une lumière de paix.
Il resta des heures agenouillé dans le sang déjà caillé près de l'enveloppe inerte, il cherchait dans ses yeux vides un reflet de paradis. Il pensait aux discours de tous ces gens qui disent que sous le choc d'un décès brutal, on met du temps à réaliser. Mais lui, il réalisait bien. Pour la seule raison qu'elle était déjà morte depuis longtemps. Elle se traînait dans ses vêtements sales dans la maison avec une démarche de zombie, ne souriait plus, ne parlait plus, ou se forçait lorsque cela était vraiment nécessaire, d'une voix frêle agonisante. Son regard usé errait entre les molécules de désespoir. On aurait dit que son âme avait croupi de malheur dans ses entrailles. Elle pouvait passez des heures, statique, allongée sur le lit comme un cadavre a l'abandon. Il semblait qu'elle attendait que le temps passe, ce temps qu'elle n'a ce matin plus pu supporter. Elle est partie faire la croisière qu'elle programmait depuis longtemps. Elle avait tant économisé lame de rasoirs et cachets, larmes de désespoirs. Depuis le temps qu'elle fanait, celle qui était belle fleur, a forcé la mort à balayer ses pauvres pétales séchés qui jonchaient la vie stérile, celle qui avait injustement cessé de l'abreuver de sa substance d'existence Elle n'avait pas laissé de mot d'adieu, c'était inutile. Elle n'avait que lui sur cette terre, et elle savait qu'il comprendrait. Il sourit au cadavre une dernière fois, embrassa sans crainte son front glacé, et composa le numéro de la police.
Céline Medjdoub syphilistik@live.fr