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Poésie30

    Bienvenue aux poètes, au rêveurs et aux amoureux sur cette vingtième-neuvième page de poésie !
Leur plaisir continue ici :

Index:
(Cliquez sur votre sélection)

Passion ChrystinesC, octobre 2008.
Départ ChrystinesC, novembre 2008.
Les Venezianes (25 sonnets) Gérard Navarro, novembre 2008.
Matière et néant Gérard Navarro, juillet 2009.
Incertitudes Anthony Kubiak, novembre 2008.
Lueur et brouillard Anthony Kubiak, novembre 2008.
Idolâtrer Charlène R. Virgone, février 2009.
Vie Charlène R. Virgone, février 2009.
Sous les décombres Charlène R. Virgone, mars 2009.
Le poète des cercles disparus Laurent Droit, juillet 2009.

 

 

Passion

Mon Amour, Mon chéri,

Du lundi au samedi,
Je ne fais que t'apercevoir et là, de toi, je m'ennuie
Alors que je ne pense qu'à te voir, et là tu me souris.
Je sais au fond de moi que c'est toi l'homme de ma vie.

De toi, un jour, peut-être la vie, mais certainement la mort
Me séparera
Car nous sommes loin d'être nés la même année.

Il paraît qu'au dernier moment défilent
Les plus beaux instants de notre vie,
Et toi, je suis sûre que tu en feras partie.

Et moi, je voudrai mourir aussi
Et me blottir dans tes bras
Pour l'éternité.
Je t'aime et pour toujours je t'aimerai,
Même si toi, je crois, tu ne m'aimes pas.

ChrystinesC, Août 1994  chrystinesc@yahoo.fr

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Départ

Le jour est venu de se dire au revoir.
Derrière moi, plein de bons souvenirs,
Soupir.
Devant moi, plein de jours noirs,
Désespoir.
A tes côtés, j'ai passé un merveilleux été.
Dire qu'il n'y en aura plus jamais.

Comment vais-je supporter l'idée
le matin de me réveiller
et de ne pas te voir de la journée
ne serait-ce que quelques instants rien que pour te saluer?

J'ai peur de la vie.
Elle est là, et soudain, comme par magie, elle est partie.
Si quelque chose t'arrivait,
jamais je ne m'en remettrai.
Et si un jour avant toi je disparais,
ce sera avec mon secret. Personne ne saura jamais
à quel point je t'ai aimé.

Il paraît que s'éloigner fait oublier,
mais je sais que pour moi cela n'est pas vrai.
On ne pourra te remplacer,
tellement je te suis attachée.
Sans toi, plus rien n'a d'intérêt.

Comme tu vas me manquer.
Maintenant, je comprends,
comment on peut se laisser mourir d'aimer.
Baisers.

ChrystinesC Décembre 1994  chrystinesc@yahoo.fr

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Les Venezianes (25 sonnets à la gloire de Venise)

Malamocco

Au temps du roi Clovis, les hordes de Germains,
D'Ostrogoths ou de Huns, noirs tourbillons sauvages,
Vers la Mare Nostrum lancèrent leurs ravages.
Les steppes se vidaient sur les mondes Romains.

Soucieux de préserver l'espoir de lendemains,
Du Lido, les Vénètes ont fuit les rivages,
Refusant de se voir réduits à l'esclavage,
Par ces guerriers hurlants, barbares inhumains.

Ils ont dressé des murs, des palais, des églises,
Au sein de la lagune. Ils fondèrent Venise
Sur un bouquet d'îlots reliés par des ponts.

Puis ils ont, ces marins, fait un pacte avec l'onde,
Des Colonnes d'Hercule allant à l'Hellespont,
Pour permettre à leurs nefs de conquérir le monde !



La guerre de Chioggia

Luciano Doria a vaincu Pisani !
Il occupe Chioggia, envahit la lagune !
Venise est assiégée ! La rage et la rancune
Ont submergé le cœur du vieux Contarini.

Doge à quatre vingt ans, il se pensait fini !
Or l'occasion est là d'inverser la Fortune.
Il réunit le peuple à Saint Marc, tient tribune :
Il faut que le rival dangereux soit puni.

L'arsenal, de nouveau, fabrique des galères,
On barre les chenaux ! Dans la sainte colère
On assiège à son tour ce maudit assiégeant.

Les Génois sont surpris, la chance est retournée.
Leur flotte inopérante au port est empannée.
Ils se rendront enfin, aux feux de la Saint Jean.

Chioggia : ville sœur de Venise située au sud de la lagune.
Luciano Doria : amiral de la flotte Génoise.
Vettor Pisani : capitaine général de la Mer (amiral) de la flotte de Venise
La République de Gènes se retira de Chioggia le 22 Juin 1380.



La Basilique

Sur un ciel transparent, tendu de clair satin,
Un bouquet de pigeon chavire. Et la lumière,
Qui caresse les marbres et les saints de pierre,
Glorifie, dans l'azur, les dômes Byzantins.

Dans la divine paix du vaisseau palatin
Les voûtes patinées ressassent les prières
De Doges oubliés, quand Venise était fière
De vaincre et de régner sur les flots levantins.

Des mosaïques l'or fait palpiter les frises.
Et, sous son baldaquin de marbres ciselés,
Saint Marc, l'Evangéliste, veille sur Venise.

Au rêve de conquête, à jamais attelés,
Dans leur bronze éternel, quadrige de ces îles,
Les chevaux de Byzance piaffent, immobiles.



Le Doge en son Palais

Les murs de marbre rose, en élégants atours,
Dominent la lagune, au-dessus des portiques
En ogives de pierre, dont la foi gothique
Autrefois remplaça les remparts et les tours.

En haut de l'escalier des Géants, au détour
D'un couloir, sous les ors et les bois exotiques,
Devant les grands tableaux de batailles épiques,
De ses vaisseaux le Doge attends le prompt retour.

Il regarde sans voir l'horrible et noir sourire
Des Gueules de Lion. Qui, ce jour, va écrire,
Pour la Sérénissime, une dénonciation ?

Car dans les Prisons Neuves attendent des chaînes !
Qu'on tire du cachot le traître et qu'on l'entraîne,
Par le Pont des Soupirs, vers son exécution !



San Zanipolo

Le Rio des Mendiants, étroite rue d'eau sombre
Chère au Canaletto, passe au pied du portail
De l'imposante église. Et l'énorme ventail
Ouvre sur un vaisseau de calme et de pénombre.

Sous la paix du granit, du marbre, dorment nombre
De Doges et de Princes, dans l'or et l'émail.
Leur gloire flamboya comme un feu de vitrail.
Ils règnent, maintenant, sur un empire d'ombre.

Inégal pavement, des dalles de tombeaux
Nomment des Patriciens, enchâssés dans la pierre,
Poursuivant, dans la mort, leurs rêves les plus beaux.

Dormez, Princes et Doges, d'un sommeil serein,
A l'abri du rempart de votre Condottiere :
Colleoni est là, sur son cheval d'airain.



San Giorgio Maggior

Ô Saint Georges Majeur, bénie du Tout-Puissant,
Dressée sur cet îlot, solennelle et altière
Comme une souveraine en ses atours de pierre,
Tu es, du Palladio, l'enfant resplendissant.

Engendrée par la Foi d'un siècle renaissant,
Saint Georges lance aux cieux une ardente prière
Pour que vive Venise. Et la Sainte Lumière
Sanctifie ce joyau, comme une aura d'encens.

Sa belle et noble face, aux puissantes colonnes,
Se reflète dans l'eau qui la baigne et lui donne,
Au nom de l'Eternel, baptême radieux.

Par-dessus le grand dôme, un svelte campanile
Se dresse vers le Ciel, désignant à la ville,
Comme un index auguste, le chemin de Dieu.



Midi sur la lagune

Les eaux du Grand Canal, que midi ensoleille,
Pétillent d'éclats d'or, et les sombres troupeaux
De gondoles vernies dansent sur le clapot.
Venise dodeline et, à demi, sommeille.

La Douane de la Mer, sous sa Fortune vieille,
Comme une étrave fend la lagune au repos.
Les gondoliers, à quai, rêvent sous leur chapeau.
Et des vaporetti montent des bruits d'abeille.

Le lion de Saint Marc, sous son aile est tapi,
En haut de sa colonne. Il ronronne, assoupi.
Les campi sont déserts où trônent les margelles,

Sous le regard éteint des palais somnolents.
D'un vol claquant et lourd, les pigeons indolents
Fuient l'ardeur de l'été, pour l'ombre des ruelles.



La Tour de l'Horloge

Autour du cadran bleu, le marqueur sagittal,
A dévoré la gloire de la République.
Elle a compté le temps, depuis le siècle épique
De Lépante et des Turcs : affrontement brutal.

Elle a vu les conflits du rêve oriental,
Les fastes et les bals, le succès politique.
Elle a sonné les morts de la peste tragique,
Et puis la lente chute et le destin fatal.

Jusqu'au sinistre jour où Bonaparte écrase
Lodovico Manin(*). Bucentaure s'embrase !
Depuis cinq siècles là, sur la Tour de l'Horloge,

Inconscients du déclin de la cité des Doges,
Les deux Maures géants, d'une torsion de rein,
Frappent toujours le temps, de leur marteau d'airain.

(*) Lodovico Manin fut le dernier Doge de Venise



Par les canaux

Le long esquif de bois précieux, noir et laqué,
Aux sièges de velours, glissant dans le silence
Et la paix des canaux, mollement se balance
Entre les murs moussus et la pierre des quais.

Des antiques palais, les fenêtres masquées,
Gardent d'anciens secrets d'amour et de violence,
Maintenant engloutis par la morne indolence.
Les gondoles vernies, liées à leur piquet

Ne sont plus les témoins de complots ou de drames.
L'entrelacs des canaux n'est que sérénité.
L'eau lisse n'est froissée que par le coup de rame

Du gondolier juché sur la poupe pointue.
Le temps a basculé dans cette éternité
Immobile, des gloires à jamais perdues.



Musique

Le Palais Vendramin, de Wagner vibre encor.
Crépuscule d'un Dieu, soir de vie épanchée,
Du Maître de Bayreuth l'ultime Chevauchée,
Sur le Canal Grande, fait retentir ses cors.

La Fenice, atterrée, sanglote en ses décors.
Et l'ombre de Mozart, par deux siècles cachée,
Ce soir, sur la lagune, à nouveau s'est penchée.
Depuis l'eau noire montent les premiers accords

D'un concerto léger, dentelle de musique.
De ses doigts aériens, sous son archer magique,
Il sculpte l'harmonie. Humain béni des dieux,

Ce prêtre aux cheveux roux qui va, par le dédale
Des ruelles, des ponts, rejoindre l'Ospédale.
C'est lui, c'est Vivaldi ! C'est l'âme de ces lieux !



L'Arsenal

Jalousement gardé par des mufles hautains,
L'Arsenal est désert des fameuses galères
Qui, cinglant au Levant, guidées par la Polaire,
Répandaient leurs soudards assoiffés de butin.

De la darse, jadis, partaient vers l'incertain
Ces rapides vaisseaux : vols d'aiglons, hors de l'aire.
Ils s'en allaient, du Doge, assouvir la colère,
Ou conquérir Byzance et ses trésors lointains.

Provveditor de mer, conquérants, condottiere !
Votre gloire à jamais vous restera, entière.
Mais derrière le guet des antiques lions,

Les hangars, maintenant, béent, silencieux et vides,
Sur le vernis de l'eau qu'aucun rostre ne ride.
Les clameurs se sont tues, de Venise à Ilion.



Les noces de Venise

Du pont du Rialto, que la foule joyeuse
Envahit de couleurs, de cris, d'animation,
Je revois Bucentaure ouvrant la procession
Des gondoles portant une Cour merveilleuse.

Immobile et pensif, sur sa nef orgueilleuse,
Pesant les aléas d'une autre expédition,
Le Doge observe l'eau, soutien de l'ambition
Qui le ronge et le pousse aux guerres périlleuses.

Les cloches de Saint Marc, de San Zanipolo,
Proclament du Lion l'alliance avec l'Eau.
L'étincelant cortège vers la mer s'avance.

Et pour consolider ce lien de connivence,
Le Maître de Saint Marc, d'un geste primatial,
Jette à l'Adriatique un anneau d'or nuptial.



Le Ghetto

C'est, dans l'île, un îlot, ô sinistre prison !
On y vit, à présent, en paix silencieuse.
Mais l'on perçoit toujours la peur pernicieuse,
Les plaintes et les pleurs des lugubres maisons

De ces traqués, tremblants jusqu'à la déraison.
Fuyant l'Inquisition de l'Espagne odieuse,
Ils vinrent à Venise. Et la ville anxieuse
Face à ces Juifs haïs, ces gens sans horizon,

Les parqua au " Dgetto " : fonderie délaissée.
Il leur fallut subir de s'y voir entassés,
Sans en sortir, de nuit ! Ils eurent injonction

De peindre leurs comptoirs, leurs banques, leurs boutiques,
De noir, de vert, de rouge, avant qu'on leur applique
Le jaune d'une étoile et l'extermination.



Le pont odieux

T'en souvient-il quand tu voguais, libre et puissante
Sur ta lagune ? Et quand, majestueux vaisseau,
Tu portais, d'Orient, les trésors par monceaux ?
Ou quand tu découvrais l'Asie munificente ?

Tu as vécu mille ans de gloire éblouissante.
Tu as marqué ces siècles d'un splendide sceau.
Mais le vingtième est là et te donne l'assaut !
Performances, progrès, pollution incessante !

Comme une ignoble amarre, ils ont construit ce pont,
Te liant à la terre. Et les rats t'envahissent.
Des trains entiers d'ignares troupeaux de moutons,

Suivent, l'esprit vacant, leurs guides patentés.
Cette voie, par laquelle ils viennent, te salissent,
Sans honte, ils l'ont nommé : Pont de la Liberté !



Le peintre de San Rocco

Les échafauds de bois, le long des parois nues,
Portent l'effort de l'homme, à l'ouvrage attelé.
Il peint. Et sous sa brosse, éclate un ciel grêlé,
Noir, tragique et violent, roulant de lourdes nues.

Une lueur sinistre, lugubre, sinue
Vers le Fils sur sa croix, humilié, flagellé !
Et, broyé par sa foi, le peintre révélé
Communique au tableau sa douleur contenue.

Le Maître a sublimé cette " Ecole " Saint Roch,
Comme il a travaillé partout, dans sa Venise,
Dont il fut, pour son siècle et son art, l'un des rocs.

Madonna dell Orto, c'est la modeste église,
Où maintenant il dort, à deux pas du Ghetto :
Jacopo Robusti, dit le Tintoretto.



San Michele

Enchâssé dans des arcs de son Ciel tutélaire,
Le cloître roman palpite de l'Oiseau
De Feu planant - ô Stravinski - au ras des eaux
Qui baignent les longs murs de ce monde insulaire.

Et les hauts cyprès noirs, plantés au toit stellaire,
Poussent leurs pieds ligneux, enchevêtrés réseaux,
Entre les nobles tombes et parmi les os
Oubliés et blanchis de l'île tumulaire.

La mémoire, ou l'oubli, s'éternise en ce lieu.
Les grands noms de Venise, et leurs lignées d'aïeux,
Gravés sur des tombeaux au marbre ostentatoire,

Côtoient les oubliés : innombrables destins
Sans gloire et sans éclat, anonymes festins
Jetés au dévorant appétit de l'Histoire.

Igor Stravinski, compositeur, est enterré à San Michele, le cimetière de Venise, ainsi que Serge Diaghilev, d'ailleurs.



Murano

Ecartelée par trois bras d'un flot caressant,
C'est l'île des verriers. Par le feu étourdie,
Venise transféra ces sources d'incendie
Sur les îlots voisins, loin du dogat naissant.

Depuis longtemps dompté, le matériau cassant
Sort du four, amolli : sphère ardente, arrondie,
Que gonfle le souffleur, de sa joue rebondie,
Tout au bout de sa canne, en bulbe incandescent.

Puis à gestes précis, l'allonge, la façonne,
La plie, la tord, la strie, souffle encor et lui donne,
Du bout de son outil, sur sa table en métal,

La suprême beauté d'une œuvre rutilante.
Car ces fils de Vulcain, dans leurs forges brûlantes,
Sont les maîtres du feu, du verre et du cristal.



Burano

Une eau verte traçant un long chenal laqué
Reflète, en son miroir, une rive charmante,
Les arbres et les fleurs de cette île riante,
Où, calmement, s'active un village coquet.

Un frais chemin dallé attend les débarqués
Et mène, en quelques pas, dans la cité pimpante.
Les logis, gais et nets, aux couleurs éclatantes,
Fleuris, sont sagement rangés le long des quais.

Les femmes, installées sur leurs flots de jupons,
Tissent, ainsi que leurs grand-mères avant elles,
Coussin sur les genoux, leur précieuse dentelle.

Le dédale des rues, des places et des ponts,
Vit sous la protection des vieilles pierres grises
D'un clocher, tendrement penché sur son église.



Torcello

Au bout de la lagune, une île, doucement
Agonise sans bruit, résignation tragique,
Entre l'eau et le ciel aux nuées nostalgiques,
Parmi les hauts cyprès aux noirs linéaments.

Sous un vieux pont voûté, d'inégal pavement,
Un canal solitaire, aux eaux mélancoliques,
Court vers l'horizon gris, contre lequel s'applique
Un haut clocher carré, pilier du firmament.

Deux églises sont là, dans l'ombre bleue des arbres.
Chapiteaux corinthiens sur colonnes de marbre
Cernent ces lieux déserts et jadis sanctifiés.

Et les saintes icônes couvrent leurs murailles.
Des statues regroupées, mêlées à la broussaille,
Font, au cœur de cette île, un jardin pétrifié.



Torcello-la-déserte

Déserte Torcello, quel mystérieux ravage
T'a vidée de tes gens ? Et quel pouvoir magique
Te donne, maintenant, ce charme nostalgique,
Inconsistant, lointain, mais puissant, d'un mirage ?
Pourquoi cet abandon pour un autre rivage ?
Portais-tu, dans ton ciel, quelque sort maléfique
Ayant scellé d'avance ton destin tragique ?
Ou bien tes habitants manquaient-ils de courage ?
Ou plutôt, toute proche, au beau milieu des eaux,
Naissait une cité forgée dans la bataille,
Dans le feu et le sang, et les chocs des vaisseaux.
Sa gloire a éclipsé ta discrète existence.
Les Parques ont défait ta vie, maille après maille.
Venise te tua le jour de sa naissance.



Le Squero de San Trovaso

Le sang des géraniums, au balcon du chalet,
Parle au cœur du Squero des monts et du village
Qu'il ne reverra pas. Car l'homme a pris de l'âge
A pousser le riflard, à fixer le valet,

Faire crier la scie, coller, clouer, caller,
Donner l'asymétrie exacte à ses bordages,
Sculpter la " forcola "… Et quand, pour cet ouvrage
Il ne sera plus là, qui prendra le relais ?

Qui donc saura, demain, construire une gondole ?
L'art s'apprend sur le tas. Il n'y a point d'école,
Plus de jeune apprenti. Et le métier se meurt.

Gardien des traditions et dans la main des Parques,
Au fond de l'atelier, le bonhomme, songeur,
Couvre de deuil brillant sa mince et longue barque.

Squero : c'est, à Venise, le nom des fabricants de gondoles
Forcola : tolet de gondole de forme complexe



Soir sur la lagune

Les flammes alanguies d'un soleil finissant
Allument, sur les marbres, de l'or en feu rose.
Et sur le friselis de la lagune, éclosent
Des éclats de saphir, de topaze et de sang.

Sur le rouge horizon, un ciel opalescent
Diffuse une douceur suave qui se pose,
Comme un tendre baiser, sur les gens et les choses.
Tout se fige et se tait dans le soir qui descend.

Amarrées à leur quai, les meutes de gondoles,
Au pied de leurs piquets, roulent sur l'onde molle.
Et les dômes, en noir, sculptent le firmament.

Les Maures font tinter leur cloche, et l'indolence
Un court instant troublée, reprend dans le silence.
Venise, avec la nuit, s'assoupit doucement.



Le naufrage de Venise

Le poids des temps enfuis lézarde les palais.
Doucement, les façades plongent dans l'eau noire,
Où leurs reflets sinuent en délicate moire,
Prémonition superbe d'un destin scellé.

Arcade de guingois, dallage craquelé,
Et porche d'eau moussu qui semble prêt à boire
La mer, et consommer l'aquatique victoire,
S'immergent lentement, sous un ciel pommelé.

Et ce splendide écrin, promis au lit de vase,
Voit ses joyaux sombrer : statue, iconostase,
Retable, ciborium, église, monument.

Tombeaux et mausolée glissent à la noyade,
Dans cette onde sinistre, affligeante baignade
Qui les engloutira, imperceptiblement.



1571 - Lépante

Le Vénitien Venier se bat comme un démon !
Depuis sa galéasse, il tire à l'arbalète !
Et ses carreaux font mouche : au poitrail, à la tête !
Il manoeuvre sa flotte et ses nouveaux canons.

Il faut une victoire enfin digne du nom
Sur le Turc et l'Islam ! Dans la tragique fête,
Jean, l'Impérial Bâtard, sur sa galère étête
Ali Pacha, laissant l'Ottoman sans timon.

Au golfe de Patras, la bataille fait rage.
C'est, de ce siècle dur, le plus grand des orages.
Les galères naviguent sur des flots sanglants.

Toute la Chrétienté prie dans les sanctuaires.
Là-bas, dans les clameurs, les éclairs aveuglants,
Du second Soliman, tombent les Janissaires.

Sébastiano Venier : Capitaine Général de la Mer (amiral), il commandait la flotte vénitienne dans la bataille de Lépante.
L'Impérial Bâtard : il s'agit de Juan (Jean) d'Autriche, fils naturel de Charles Quint. Il commandait en chef la flotte de la Chrétienté à Lépante.
Ali Pacha : amiral de la flotte ottomane de Soliman II. Au cours de la bataille, son navire fut abordé par celui de Juan d'Autriche. Il fut décapité et sa tête exposée au sommet d'un mât. Ce qui contribua à saper le moral des troupes turques (les Janissaires).



La peste à Venise

Arrivée de Candie, la galère est au port.
La nuit colle aux palais une glu de silence.
Le rat précautionneux, des amarres s'élance
A terre. Et l'ombre l'engloutit. Tout dort.

Sous les bubons, un homme, ce matin, est mort !
La peste noire, horreur ! C'est de Dieu, la sentence !
Sur la cité des eaux, le spectre affreux avance !
Dans les Lazzaretti, on entasse les corps.

Médecins et barbiers, saignée, remède ou messe,
Impuissants ! Le Titien emporté ! Avec lui
Sont rayés des milliers d'habitants. Peu ont fui.

Pour obtenir, du ciel, que l'hécatombe cesse,
Mocenigo, le Doge, offre un vœu au Seigneur :
Edifier une église à Jésus Rédempteur.

Candie : ancien nom d'Héraklion.
Lazzaretti : nom donné aux établissements hospitaliers de l'époque. Au singulier, Lazzaretto.
Alvise Mocenigo : doge de Venise à l'époque de la peste de 1575
Le Titien, le célèbre peintre, est mort de la peste en 1576, à Venise

Gérard Navarro  gerard.r.navarro@wanadoo.fr

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Matière et Néant


Au désert

J'ai fort vécu, déjà, et je n'ai pas de peine
À trouver au désert et au reg un attrait !
J'erre dans la pierraille et j'y vois le portrait
D'un ancêtre anonyme et d'autres à la chaîne :

Des galets sans valeur, bien sûr, des pierres vaines !
On voit, parfois, surgir un rocher, en retrait,
Qui reluisit, peut-être, un jour, de quelque trait,
Et partout des cailloux, du sable en vastes plaines.

Univers où je meurs, lentement, posément,
C'est, pour l'homme vivant, déjà un cimetière :
Scories d'humanité, vaste nid de poussière.

Et parfois, sur ce monde à sec de sentiment,
De loin en loin, très rare, un diamant étincelle.
Il a nom Teresa, Pierre ou Emmanuelle.

La Peste

Nous te pensions vaincue, ô maladie immonde !
Cette abomination du corps et de l'esprit
Qui, depuis cinq mille ans, quoi que l'homme entreprît,
A regermé cent fois, aux quatre coins du monde !

Et tes épidémies, dont notre Histoire abonde,
Montrent bien que malgré les leçons qu'elle prit
L'humanité, pourtant, jamais bien ne comprit,
Que la Peste est en elle, atavique, profonde.

L'univers, atterré par les millions de morts
De la dernière Peste, étale ses remords :
Comment ? Nous ? De nos jours ? Non, plus jamais la Peste !

Bravo pour le vœu pieux. Mais soixante ans après,
Les foyers d'infection, à nouveau, sont fins prêts !
Albert Camus est mort, mais la maladie reste !

Le chrysanthème

Par Novembre mouillé, chrysanthèmes au seuil
Du triste cimetière, on va sur les décombres
De destinées soldées et qui ne sont plus qu'ombres
Dans le cœur des vivants, ou photos en recueil.

Mais pourquoi, pauvre fleur, t'avoir chargée du deuil,
Parmi toutes tes soeurs, d'éclore en ce mois sombre
Pour fêter le Néant ? Et ton bouquet encombre
Le sinistre balcon du funèbre cercueil.

Au Pays du Levant, que n'es-tu demeurée ?
Ses maisons de papier, le jardin délicat,
Où la douce Geisha sourit, énamourée ?

Estampes d'Hokusai, parterres d'Osaka,
Ont chanté les beautés de ta vie automnale.
Le Japon t'a sacrée la Fleur d'Or Impériale.

Le Loup

Il bave et, crocs luisants, retrousse la babine.
Il a faim, constamment ! Infernal appétit !
La truffe frémissante, il a enfin senti
Un repas. L'oeil oblique, il frémit de l'échine.

Onduleux, cauteleux, il montre sa canine
Acérée, prête à mordre. Et, le poil aplati,
Il approche sa proie : c'est un loup plus petit.
Mais qu'importe, il faut bien que l'un ou l'autre dîne !

Englouti ce repas, il digère en pensant
Qu'en mangeant le plus faible, il devient plus puissant,
Qu'un autre loup plus gros, probablement, le guette,

Mais qu'en étant plus fort, il pourra tenir tête.
Car ce loup dévorant arbore des cravates,
Costumes et gilets et il n'a que deux pattes.

Le tueur

Il avance au soleil, sur le sable encor blanc.
Majestueux, serré dans l'habit de lumière,
Menton haut, souliers plats et la démarche fière,
Vers la Loge, s'incline et il sourit, galant.

La bête, hors du toril, a pris son noir élan.
La liberté, enfin ? Non, déjà la barrière
Et ce cavalier, là, dans l'étrange clairière !
Le picador haï ! Sa pique au fer brûlant

Torture le garrot ! Le matador regarde…
La longue banderille et son ruban tressé
Ont fait baisser la tête du fauve blessé.

L'épée du torero plonge jusqu'à la garde.
Alors, dans les gradins, hurlent en jouissant
A l'abri du danger, des assoiffés de sang !

Lettre à Polymnie

Ma pauvre Polymnie, c'est en catimini,
Quand tu me tentes trop, que j'écris quelque rime
Dans les règles anciennes. Mais c'est là mon crime !
Nourri, depuis enfant, de cet art infini

Des Ronsard, Du Bellay, Heredia ou Vigny,
J'ai le respect des mots et bien souvent je trime
Sur un alexandrin. Des heures, je m'escrime
Pour trouver le mot juste, au sens bien défini ;

A bien compter mes pieds, à mettre la césure
Toujours au bon endroit, afin que la mesure
Et le rythme du vers n'offrent aucun défaut,

A mettre la virgule et le point, où il faut.
Mais aujourd'hui, vois-tu, l'art doit être hermétique !
Et moi, je suis trop clair. Je suis un hérétique !

Mon exil

Partir. Aller encor. Interminable errance !
Quitter, et sans appel, l'instant tout juste né,
Devoir laisser s'enfuir le présent condamné,
Etre toujours poussé au futur qui s'avance.

La vieillesse a chassé, déjà, la verte enfance.
Et nos vingt ans ? Moment à peine éclos : fané !
C'était hier, pourtant, mais trop tôt suranné.
Les revivre cent fois, quand son hiver commence,

Est-il pires tourments que ceux du souvenir ?
Etre contraint d'aller où le temps nous oblige,
Sans cesse être banni vers les jours à venir,

C'est le voyage affreux que Kronos nous inflige.
Mais à l'ultime exil, cependant, on sourit,
Car ce dernier départ est celui qui guérit.

Mon soleil

Minute par minute, en ces jours de tourment,
Quand se traîne le temps, épuisant d'amertume,
Sur ces heures de plomb, comme sur une enclume,
Mon sang cogne son pouls, en sourd martèlement.

L'orage, sans répit, éclate encor, dément !
Sa grêle, sur mon âme, épaissit son écume.
Dans mon cœur, bouillonnant comme un chaudron qui fume,
Sous la haine, l'amour se dilue lentement.

Et j'espère pourtant, puisque le soir arrive.
La vanité d'hier, de demain ou du jour,
Me paraît moins cruelle et la douleur moins vive.

J'entends un rire frais, un pas menu qui trotte.
J'ouvre alors et reçois la belle part d'amour
D'une enfant adorée. C'est là mon antidote.

Le beau voyage

Bien sûr, c'est effrayant, dans la fleur de ton âge,
D'envisager ainsi ton tout dernier instant.
Il semble si lointain, si lugubre, et pourtant
Tu dois te préparer à ton dernier voyage.

Car Thanatos viendra pour réclamer son gage !
Ton temps il tranchera, peut-être en l'écourtant !
Tu partiras tout nu, rejoindre le Néant.
Tu n'emporteras rien, pas le moindre bagage !

Tout ce que tu as fait, tes ambitions, ton but,
Tes amours, tes projets, tes biens ou ton affaire,
Soudain n'auront plus cours, ne seront que rebut.

De ces liens, un à un, commence à te défaire.
Car la vie n'est jamais qu'un bref instant d'éveil,
Quelque part dans le cours de l'éternel sommeil.

Un songe sur la dune

Un aveuglant brûlot plante l'or de ses traits
Et ses sagaies de feu, sur le dos de la houle.
Dans l'aquarium du ciel, l'ombre s'enfle et se coule.
La nuit est un cristal de silence. Il fait frais.

Sur la dune, je songe au seul de mes portraits
Qui vaille : je suis sable. Et ce sable s'écoule
Puisque le doigt de Dieu a basculé l'ampoule
Du fatal sablier. Des grands fonds les attraits

M'appellent au néant. De l'arène de l'homme,
Ce poussier qui est moi, résidu minéral,
Descend vers le grand Rien, l'originel atome…

Cauchemar ! Car la Lune, éclaireur sidéral,
Me ramène à la Vie, ô Divine Etincelle,
Et sa moire de lait, sur l'océan, ruisselle.

Gérard Navarro  gerard.r.navarro@wanadoo.fr

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Incertitudes

L'aiguille de ma boussole tourne dans tout les sens
Si mon cœur en avait une, elle tournera aussi
Quand je suis perdu c'est a toi que je pense
Celle qui a simplement bouleversé ma vie

Pourtant je ne suis même plus sur de vouloir
M'envoler avec cet ange aux idées noires
J'hésite à rester cloîtré dans mon brouillard
Pour ne pas repasser de l'autre coté du miroir

Mes yeux brouillés par le désespoir
Regardent dans ta direction d un air hagard
Rêvant de cet ange qu'ils avaient connu
Avant de me pousser dans l'inconnu

Comment être sur de retrouver cette même divinité
Et pas un être de même apparence qui me fera offense?
Pourtant quand j'y pense l amour n'à aucun sens
Alors pourquoi m'arrêter alors que je suis presque à tes cotés

Je me raccroche à cette image de toi
Pourtant celle-ci ne reste pas figée
Je t'ai vu partir en un claquement de doigts
Comment croire que tu es toujours à mes cotés?

Je m'imagine déjà cloîtré à jamais entre ces murs
Pourtant je ne te demande même pas de ressentir l'amour
Je te demande seulement cette présence qui me rassure
Qui a fait comprendre à mon cœur qu'il n'était pas sourd

Pourra tu me l'offrir un jour je n'en suis pas certain
Quitterai-je ce brouillard sans me faire d'autres entailles?
Pourquoi toutes ces questions inutiles qui m'assaille?
La seule réponse réside dans l'attente de mon destin

Anthony Kubiak  keub@hotmail.fr

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Lueur et brouillard

Il parait que seule une éclatante lueur puisse faire sombrer un intense brouillard
Cette femme et ses rayons lumineux ont réveillé cette ardente flamme en mon regard
M'ont tiré de cette brume indécente par un geste leste qui parait presque anodin
Elle a glissé sa main dans la mienne pour m'attirer vers un nouveau destin

Il parait que seule une éclatante lueur puisse faire sombrer un intense brouillard
Repensant à ces mots apaisants un sourire vient lentement s'esquisser sur mon visage
Cette image emplie de beauté fit monter en moi une émotion nouvelle qui supprime cet air hagard
Sa poussée vers le bonheur pourrait elle enfin me permettre de tourner la douloureuse page ?

Il parait que seule une éclatante lueur puisse faire sombrer un intense brouillard
Je pense à cette phrase rassurante alors que ses cheveux d'or se disputent avec le vent
Affolé par la course incessante vers la liberté pendant que mon cœur au sien s'amarre
J'entends sa voix angélique qui frôle mon oreille me rappelant que le bonheur nous attend

Il parait que seule une éclatante lueur puisse faire sombrer un intense brouillard
Je plisse légèrement les paupières en me répétant que cette phrase ne peut être que sincère
Que cette main qui serre la mienne soit virtuelle ou pas je me noie dans ton regard
Même si ton ombre n'était qu'un tissu sombre cousu d'illusions je la poursuivrai jusqu' en enfer

Il parait que seule une éclatante lueur puisse faire sombrer un intense brouillard
C' est pourquoi cette fumée dans laquelle je vivais s'est dissipé par un seul souffle de ta part
Que le simple son de ta voix et la douceur de tes caresses effacent en moi tout cet effroi
Que la seule sensation de tes lèvres chevauchant amoureusement les miennes font battre mon cœur encore une fois.

Anthony Kubiak  keub@hotmail.fr

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Idolâtrer

Si on devait décrire l'amour par un style,
Disparate serait le mot juste,
Si on devait décrire l'amour par un adjectif,
Apathique serait le mot juste,

Si on devait décrire notre cœur par un établissement,
Dispensaire serait le mot juste,
Si on devait décrire notre cœur par un sentiment,
Monotone serait le mot juste,

Autant de mots pour définir une simple idylle,
Qui glapissent tant de cris dans mon cœur,
Et me font penser à la douce violence
Qui a peiné mes entrailles despotiques,

Mais tout cela s'est doucement transformé en idolâtrie
Dans mon cœur veule,
Une idolâtre pleine de sollicitude,
Une idolâtre révélant ma langueur.

Charlène R.Virgone  engi@orange.fr


Vie

Le monde est terreur
Dans cette vie sans pleur,
Le monde est donc immonde
Dans cette vie sans ondes ;

Les ondes forment l'amour
Dans cette vie qui se meurt,
Les ondes s'évaporent
Dans cette vie sans or ;

L'or nous rend beau
Dans cette vie sans mots,
L'or nous rend donc sot
Dans cette vie sans écho ;

L'écho nous rend sourd
Dans cette vie sans amour,
L'écho nous rend donc apathique
Dans cette vie insomniaque :

La vie n'est que mouvement,
La vie devient sang,
La vie n'est qu'un lien,
La vie ne devient plus rien.

Charlène R.Virgone  engi@orange.fr

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Sous les décombres

Les décombres fantômes
Se révoltent dans ses lieux
Des lieux de guerre
La guerre sous potence

Un arrière goût de sang
Et tous courent au front
Les armes à la main
Ils tueraient même leurs alliés

Ils sont de plus en plus nombreux
Ils tuent leurs propres familles inconsciemment
Ils ont la conscience d'un fou
Et les armes d'un guerrier

Les soldats se déchaînent
Oubliant qu'ils sont des hommes avant tout
La Terre tremble de furie
Alors que maintenant tout est calme.

Charlène R. Virgone  engi@orange.fr

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Le poète des cercles disparus (clin d'œil)

Mais où sont-ils passés tous nos cercles d'argent,
Qui, en ondes fluides, sur l'eau claire des étangs,
S'estompaient doucement aux reflets des rochers,
Lorsque nous y jouions à faire des ricochets.
C'était alors le temps insouciant de l'enfance,
Et nous ignorions bien quelle était notre chance
De rire et de chanter en rondes sautillantes,
Ou encore de guider nos cerceaux dans les pentes.

Ah, que nos cercles d'antan sont-ils devenus ?
Courbes et rondeurs qui enchantaient la vue.
Ronds de fumée de nos belles tabagies
Partagées en douceur entre quelques amis.
Nuages circulaires aux mouvantes volutes,
Brumes de havane sur un fond d'air de flûte,
Doux brouillard et vapeur brune des tropiques
Au barreau d'or bagué de l'île Dominique.

Le cercle des amis, la rondeur de la vie,
Le cycle des saisons et les tours de magie,
La blondeur des bouclettes de l'être chéri
Et l'anneau du mariage qui un jour nous unit,
Tout n'est en ce monde que courbes et spirales
Cercles, manèges, ellipses, et toutes formes ovales,
La ronde du destin qui nous entraîne autour
De la planète ronde et encore et toujours.

Laurent Droit, juillet 2009  jeutallit@dilaurus.org

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