Poésie3
Bienvenue
aux poètes, au rêveurs et aux amoureux sur cette troisième page de poésie !
Leur plaisir continue ici :
|
Index: |
Le cantique des cantiques de Salomon (version en
alexandrins) Marcel Gozzi, septembre 2002. |
Le cantique des cantiques, de Salomon.
(Version en alexandrins)
I - TITRE ET PROLOGUE.
L'Epouse.
Ô mon roi, couvre moi de baisers sur ta couche !
Ton amour est plus doux que le vin dans ma bouche
Et les parfums si doux qui montent de ton corps
Me font trembler d'amour comme au seuil de la mort.
Ton nom est comme une huile aux larmes de moi-même
Et c'est pourquoi ici, les jeunes filles t'aiment.
Porte moi dans tes bras ! Partons, fuyons, courons !
Nous ferons des enfants autant que nous pourrons.
Dans ses appartements, le roi m'a introduite.
La joie débordera. De nos coupes maudites
Coulera plus d'amour que de vin. Mais jamais
Nos cœurs épanouis ne cesseront d'aimer.
II - PREMIER POEME.
L'Epouse.
Ma peau est toute noire et pourtant je suis belle
Autant que vous, vierges tannées, filles rebelles,
Nées à Jérusalem. Les tentes de Quédar,
Les drapeaux de Salma dressent au vent leurs dards.
Le soleil m'a brûlée, ma peau est basanée,
Mes frères m'ont contrainte en ces dures années
A cultiver leurs champs où mûrit le raisin
Et j'ai perdu ma vigne en servant mes voisins.
Et maintenant, dis moi, ô toi que mon cœur aime !
Où ira le troupeau que tu mènes toi-même ?
Et où s'arrêteront, à l'heure de midi
Tes brebis, tes agneaux ? Moi, ce que je t'en dis,
C'est pour ne plus errer en fille vagabonde
Près des autres troupeaux qui paissent à la ronde
Le chœur.
Mais si tu ne sais pas, ô plus belle des femmes,
Suis le troupeau qui va comme esquif à la rame !
Mène paître tes veaux, tes agneaux, tes brebis
Vers l'antre du berger ! Ils seront à l'abri.
L'Epoux.
Tes joues restent belles entre les pendeloques.
Sur ton cou sans collier, mon âme soliloque
Et comme la cavale au char de Pharaon,
Tu galopes, mon cœur, mon aimée, ma passion.
Et pour toi je ferai fondre tout l'or des mines
Pour faire des pendants en écume marine.
Dialogue des époux.
- Le roi en son enclos, dans son miroir se mire.
Mon nard est son parfum dans un sachet de myrrhe.
Reviens mon Bien-aimé, dormir entre mes seins ;
Les raisins d'En-Gaddi comme de bleus essaims.
- Ma bien-aimée, ma belle aux regards de colombe,
Je me noie dans tes yeux. Leurs eaux sont une tombe.
- Tu es beau comme un dieu, mon prince, mon aimé,
Sur ton lit de verdure et de feuilles, lamé.
- Les lambris de cyprès et les poutres de cèdre
Feront notre demeure et garderont nos cendres.
- Le narcisse et l'anémone seront en fleurs
Quand le lis des vallées épanchera ses pleurs.
- Plus belle que le lis au milieu des épines,
Sera ma bien-aimée, filles de Palestine.
- Et comme le pommier au milieu du verger,
Voici mon Bien-aimé, parmi tous les bergers.
J'ai goûté à son ombre et je m'y suis assise
Pour savourer des fruits à la saveur exquise.
Et il m'a emmenée visiter son cellier.
Sa bannière est sur moi comme un sarment de vigne.
Donnez moi des gâteaux afin que je sois digne !
Soutenez moi ! Ramenez moi ! Depuis toujours,
Je fléchis et chancelle et je l'aime d'amour.
Son bras gauche est posé doucement sous ma tête
Et son bras droit m'étreint comme en un jour de fête.
Je vous en conjure, ô filles de Sion !
Par les gazelles nées et les biches, prions !
N'éveillez pas ! N'éveillez pas mon cher désir !
Avant que vienne l'heure de son bon plaisir !
III - SECOND POEME.
L'Epouse.
J'entends mon Bien-aimé. Le voici qui arrive.
Il arpente les monts, les collines, les rives
Des fleuves. Il secoue sa crinière de faon,
Il est violent et doux comme un petit enfant.
Il s'appuie sur le mur et guette à ma fenêtre.
Il m'épie, il me hume et je sais que son être
Me dit : " Ma bien-aimée, ma belle, viens !
Vois ! L'hiver a passé. Les pluies, qui s'en souvient ? "
" Elles ont disparu. Déjà les fleurs éclosent
Sur le sol purpurin. Dans mon jardin, les roses
Embaument au vent frais. Les tourterelles font
Battre mon cœur plus fort et je sens que je fond. "
" Le figuier sent gonfler ses premières ovaires.
Et le printemps surgit, réchauffant les parterres
Quand les vignes en fleurs inondent les coteaux
De leurs parfums discrets. Mon Dieu que tout est beau ! "
" Viens ma belle ! Viens donc ! Tu es ma bien-aimée.
Montre moi ton visage et tes joues animées !
Ma colombe cachée dans le creux des rochers
Aux grottes escarpées et aux pics décrochés. "
" Parle moi, car ta voix est pour moi toute douce,
Fille de mon pays à chevelure rousse !
Viens ! Allons dans la vigne où chassent les renards
Qui salissent les fleurs et écrasent les nards ! "
Mon Bien-aimé est mon berger, et son troupeau
Paissant parmi les lys, m'apporte le repos.
Ne pars pas ! Reviens moi ! les sinistres ténèbres
S'évanouissent. Allons ! Les ombres de l'Erèbre
S'effilochent au loin dans la brise du jour.
Tu seras ma gazelle et mon faon pour toujours.
Et nous irons sur la montagne de l'alliance.
Sur ma couche, la nuit, où tout mon corps en transes
Cherche celui que mon cœur aime, j'ai trouvé
Et le vide et le froid dans mon cœur éprouvé.
Je me lèverai donc et j'irai par la Ville.
J'arpenterai ses rues, je sonderai ses places,
Je chercherai partout comme les réprouvés,
Mais celui que j'aime, je ne l'ai point trouvé.
Les gardes sont venus. Ils riaient à la ronde.
Je leur ai demandé : " Vous qui courrez le monde ?
Avez-vous vu mon Bien-aimé ? L'avez-vous vu ? "
Je les ai dépassé et puis je l'ai revu.
Je l'ai trouvé, saisi, celui que mon cœur aime.
Emmené chez ma mère et lui ai dit de même
De venir dans la chambre où ma mère a conçu
La fille que je suis. Ainsi je l'ai reçu.
Je vous en conjure ô filles de Sion !
Par les gazelles nées et les biches, prions !
N'éveillez pas ! N'éveillez pas mon cher désir,
Avant que vienne l'heure de son bon plaisir !
IV - TROISIEME POEME.
Aux portes du désert, confins de l'Idumée,
S'élance vers le ciel un halo de fumées.
Mais ce sont des vapeurs où la myrrhe et l'encens
Se mêlent aux parfums captieux et indécents.
Et voici Salomon couché dans sa litière.
Soixante preux autour, avancent, mines fières.
Ils présentent l'élite des preux d'Israël,
Tous experts à l'épée. Comme un flot irréel,
Ils descendent des monts, mains droites sur leurs glaives
De peur des surprises, dans la nuit qui s'élève.
Le grand roi Salomon a fait tailler son trône
Dans un bois du Liban. Le plus hautes colonnes
Sont d'argent et d'or pur, comme le baldaquin
Et le siège verni, plus rouge que le vin.
Le dossier est orné de dentelle d'ébène.
Venez le contempler ô filles à la peine !
Le roi porte diadème et couronne d'émaux.
Sa maman lui donna, pour éloigner les maux,
Cette noble parure au jour des épousailles,
Pour que la joie au cœur à jamais ne s'en aille !
L'Epoux.
Ah que tu es belle, ma fille bien-aimée !
Tes yeux sont brillants des flammes allumées.
Sous ton voile se cache un couple de colombes.
J'aimerais les baiser avant que le soir tombe.
Tes cheveux ondulent comme un troupeau de chèvres
Sur les pentes de Galaad, mais sous tes lèvres
Tes dents blanches sont affûtées par la faim.
Ainsi que les brebis qui remontent du bain,
Elles vont deux par deux. Aucune n'est privée
De sa jumelle et moi ne les ai méprisées.
Ta lèvre a la couleur du sang d'un jeune oiseau.
Tes paroles, comme le vent dans les roseaux,
Me font mourir d'amour. Et tes joues de grenades
Sous ton voile aérien font de moi un malade
Dont on dit qu'il est fou à force de rêver.
Ton cou est une tour. David a élevé
Pour nous de hauts remparts comme des forteresses
Où mille boucliers de preux dans l'allégresse
Viennent couvrir tes seins comme deux jeunes faons
Paissant parmi les lys. Que ne suis-je un enfant ?
Avant que la nuit bleue ne quitte son ombelle,
J'irai sur les balcons des collines, ma belle ;
Je cueillerai la myrrhe et porterai l'encens.
Pour toi rien n'est surfait ; je sais ce que tu sens.
Ma bien-aimée, tu es la fleur de l'azalée
Purifiée par l'exil du lys dans la vallée.
Viens du Liban, ma fiancée ! Vois l'avenir !
Abaisse ton regard des cimes du Samir !
Et quitte l'Amana ! Délaisse tes montagnes
Où rugissent les lions. Les léopards à pagnes
Sortent la nuit et vont pourchasser les troupeaux
Et leurs cuirs assouplis feront de belles peaux.
Tu me fais chavirer, ma sœur, ma fiancée
Comme un bateau perdu sur la mer démontée,
Quand tu me regardes, avec tes grands yeux doux.
Les perles d'un collier éclatent sur ton cou.
Ma sœur, ma fiancée, que ton amour me charme !
Je ne laisse tes seins que pour prendre les armes.
Ma sœur, ma fiancée, ton amour délicieux,
Plus que le vin m'ouvre les portes vers les cieux.
Le nard de tes parfums m'enivre comme un baume,
Comme lorsque le soir toutes les fleurs embaument.
Sur tes lèvres gonflées sont le miel et le lait,
Le miel vierge des monts si doux à mon palais.
Et sur tes vêtements, tes cheveux en dorure,
Parfumées du Liban font comme une parure.
Ma sœur, ma fiancée, tu es un jardin clos
Comme un nid de foin sec où les poussins éclos
S'ébattent en criant, une source scellée
Aux limpides reflets, une jument sellée
Qui paît dans un jardin couvert de grenadiers
Dont les parfums subtils s'en viennent irradier
Mes narines ravies. De multiples essences :
Cinnamome et safran, pins bleus, arbres immenses,
Myrrhe, encens, roseaux, pleins d'arômes puissants.
Ô source d'eau vive, plus chaude que le sang !
L'Epouse.
Lève toi, Aquilon ! Souffle sur nos parterres
Où éclosent mes fleurs ! Et survole la terre
Jusqu'à mon Bien-aimé ! Entre dans ma maison,
Qu'il goutte mes pensées à en perdre raison !
L'Epoux.
J'entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée.
Je récolte ma myrrhe aux branches enlacées
Et je goutte mon miel ; je bois mon vin, mon lait.
Amis, buvez, mangez ! Fuyez ce qui est laid !
V - QUATRIEME POEME.
L'Epouse.
Toutes les nuits d'été, je dors, mais mon cœur veille.
Voici mon Bien-aimé. Il frappe et me réveille :
" Ouvre moi, mon amie, ma bien-aimée, ma sœur,
Ma colombe accomplie ! Ouvre toi sur mon cœur ! "
La rosée sur ma tête a mis des perles blanches
Et la nuit a posé un sceau de marne étanche
Sur mes yeux endormis. Voici mon vêtement
Déposé sur le seuil. Je ne sais plus comment.
Je pourrais le remettre avant de comparaître.
Vois ! Mes pieds sont lavés, mais dois-je disparaître ?
Et les salir enfin ? Mon Bien-aimé est là.
Sa présence m'émeut en ce jour de gala.
Il a passé la main par le trou de la porte
Et mon ventre a frémi pour tout ce qu'il m'apporte,
Puis je me suis levée. Voici mon Bien-aimé
Et son parfum de myrrhe à m'en faire pâmer.
J'ai ouvert le verrou de la porte massive
Et je me suis sentie toute molle et passive,
Mais en tournant le dos, il avait disparu.
Sa fuite m'a troublée plus qu'il ne m'a paru.
Je l'ai longtemps cherché dans les rues de la Ville,
Mais ne l'ai point trouvé. Puis la garde civile
Est venue. J'appelais, je criais vers les murs.
Ils m'ont frappée, battue, et moi, sans un murmur
Je les ai laissé faire en ravalant ma rage,
Les gardes des remparts. J'ai manqué de courage.
Et vous, filles, si vous voyez mon Bien-aimé,
Dites lui que je l'aime à m'en faire pâmer.
Le chœur.
Qu'a donc ton Bien-aimé et que n'ont pas les autres ?
Ô belle des belles ! Dis pourquoi tu te vautres
Dans l'espoir insensé de le revoir un jour ?
Et nous conjures tant, toi qui l'aimes toujours ?
L'Epouse.
Mon Bien-aimé est frais et vermeil et agile.
On le reconnaîtrait entre plus de dix mille.
Sa tête est d'or très pur et ses cheveux brillants
Sont comme le corbeau qui s'envole en criant.
Mon Bien-aimé est doux. Ses yeux sont des colombes
Se baignant dans le lait d'un bassin où l'eau tombe
En cascades nacrées, comme sur l'océan.
Ses joues si parfumées sont des massifs géants
D'où montent les senteurs de myrrhe et d'aromates.
Ses lèvres sont des lys qui portent les stigmates
De l'amour infini, ses mains des globes d'or
Aux pierres de Tarsis. Quand mon Bien-aimé dort,
De son ventre on dirait une masse d'ivoire
Couverte de saphirs et l'albâtre et la moire
Sur ses jambes campées ont des reflets d'or pur.
Ce sont deux colonnes taillées dans le roc dur.
Mon aimé est comme les cèdres des montagnes
Du Liban. Il n'a pas de rival. Toujours il gagne
Et ses discours sont couverts de suavité.
Tout en lui est empreint de charme et gravité.
Mon Bien-aimé, ô filles de Jérusalem.
Le chœur.
Où est ton Bien-aimé, la plus belle des femmes ?
Dis nous où est parti le chéri de ton âme
Afin que nous allions le chercher avec toi !
Et pour que nous puissions l'amener sous ton toit !
L'Epouse.
Il est dans son jardin, au milieu des parterres
Où fleurissent les lys jaillis des pleines terres.
Aimable et beau, il mène paître son troupeau.
Il va parmi les lys, mon Bien-aimé si beau.
VI - CINQUIEME POEME.
L'Epoux.
Tu es comme Tirça, charmante mon amie.
Belle comme Jérusalem. Tu es ma mie.
Ma bien-aimée, détourne de moi tes regards !
Car je suis fasciné et mes yeux sont hagards.
Tes cheveux ondulent comme un troupeau de chèvres
Sur les pentes de Galaad, mais sur tes lèvres,
Tes dents blanches sont affûtées par la faim.
On dirait un troupeau qui remonte du bain.
Elles vont deux par deux. Aucune n'est privée
De sa jumelle et moi, ne les ai méprisées.
Tes joues sont des moitiés de grenades, ces fruits
Enfermés sous ton voile et j'en rêve la nuit.
Quand soixante reines, quatre-vingts concubines
Et beaucoup de jeunes filles, me font des mines,
Seule tu es unique et je sais que je peux
T'aimer hors de raison, puis mourir peu à peu.
Ma colombe est l'enfant unique de sa mère,
Celle qui l'enfanta dans les douleurs amères.
Jeunes femmes, vous l'avez vue. Soyez témoins !
Reines, concubines, aussi l'ont vue, au moins.
Glorifiez la ! Chantez ses notables louanges !
Célébrez celle qui fut pour moi plus qu'un ange !
Qui surgit de l'aurore éclairée d'un halo
De lune en ses cheveux. Or moi, je suis palot
Devant ma belle amie, toute resplendissante,
Mon soleil et mon cœur, comme une armée puissante.
Pour voir les jeunes plants, je me suis fourvoyé
Au jardin de mon père où poussent les noyers.
Pour regarder la vigne au fond de la vallée,
J'ai quitté mes amours par la nuit avalées.
Mon désir m'a jeté en prince sur mon char
Et j'ai rejoint mon roi, guidé par le hasard.
Le chœur.
Reviens, reviens, reviens, ô belle Sulamite !
Que nous te regardions de nos grands yeux d'ermites !
L'Epoux.
Pourquoi regardez vous la chérie de mon cœur ?
Qui danse devant vous comme en un double chœur ?
Que tes pieds sont jolis, moulés dans tes sandales !
Fille de roi, princesse qui rit des scandales !
La courbe de tes flancs forme comme un collier
Dessiné par un peintre expert en déliés.
Ton nombril gracieux ressemble à une coupe
Où le vin coule à flots, assez pour une troupe
Et ton ventre est plus lourd qu'un monceau de froment
Environné de lys qui calment mes tourments.
Tes deux seins sont deux faons, jumeaux d'une gazelle
Et ton cou une tour. Mon Dieu que tu es belle !
Tes yeux des piscines au quartier de Heshbôn
A la porte de Bat Rabbin, mais c'est si bon.
Ton nez est une tour, fidèle sentinelle
Qui regarde Damas aux senteurs de cannelle.
Ton front, comme le mont Carmel est puissant
Et tes cheveux bouclés ont la couleur du sang.
Tu es belle et charmante ô fille des délices !
Tu es comme un palmier aux feuilles en hélices.
J'y prendrai mon plaisir. Que tes seins soient pour moi
Des grappes de raisin ! Ton haleine en émoi
Et ton discours un vin exquis pour mon émoi.
L'Epouse.
Il marche droit mon Bien-aimé et, sur ses lèvres
Où coule le vin de l'amour, passent les lièvres
Du plaisir qui sommeille et je suis à celui
Vers qui va mon désir. Je ne pense qu'a lui.
Viens mon Bien-aimé, viens ! Allons aux champs bien sages !
Nous passerons la nuit, unis dans les villages.
Nous cueillerons les fruits de la vigne, et le vin
Que nous boirons ensemble aura un goût divin.
Nous irons voir tous deux si les pampres fleurissent,
Les grenadiers en fleurs et les grillons qui crissent.
Alors je te ferai le don de mes amours
Et nous serons unis désormais pour toujours.
Nous goûterons les mandragores. Et de même
Tous les fruits du bonheur seront pour ceux qui s'aiment.
Les anciens, les nouveaux, je les ai réservés
Pour toi, mon Bien-aimé, les ai tous conservés.
Mon Dieu que j'aimerais que tu fus comme un frère
Allaité par le sein de notre même mère !
Je pourrais t'embrasser, dehors, sans que les gens
Ne puissent se montrer vraiment désobligeants.
Et je te conduirais au palais de ma mère,
Puis je te montrerais les roses éphémères
Et nous nous gaverions de vins et de liqueurs
Et je te bercerais doucement sur mon cœur.
Son bras gauche a glissé lentement sous ma tête.
Sa main droite m'étreint comme en un jour de fête.
Ô filles de Sion, ô beautés sans parures !
Qui dansez accoutrées dans vos robes de bure,
N'éveillez pas, n'éveillez pas mon cher désir
Avant que sonne l'heure de son bon plaisir !
VII - LE DENOUEMENT.
Le chœur.
Toi qui vient du désert, pourquoi es-tu si belle ?
Aux bras du Bien-aimé qui te couvre en ombelle ?
L'Epoux.
Sous un pommier en fleurs, moi, je t'ai réveillée.
Là où ta mère t'a conçue et éveillée.
Pose moi comme un sceau sur ton cœur ! Et alors
Je serai comme un sceau sur ton bras couvert d'or.
L'amour est fort comme la Mort. La jalousie
Dure comme Shéol après la parousie
Et ses traits sont de feu. Les fleuves cascadant
N'éteindront pas l'amour qui sourit en dedans.
Pour m'écrire :
marcel.gozzi@wanadoo.fr
SAUVER ... ou périr
Le soleil ascende un beau ciel d'été !
Mais on entend le vent, ce mistral, mugir.
Alors, tu restes vigilant, sapeur pompier.
Tu sais que bientôt tu devras repartir.
Pourquoi faut-il que des êtres imprudents,
Immatures ou mal intentionnés
Fassent, c'est fou, ce geste dément
Qui va ravager, implacable, nos forêts?
Ton " beep " a soudain résonné!
Fais vite, l'enfer n'attend pas.
Quelques instants pour t'équiper,
Le feu progresse à grands pas .
Tu as maintenant atteint le bois
Et la chaleur est suffocante,
Tu te bats et, dans ta foi,
Tu supplies le dieu des plantes.
De plus belle hurle le vent
Et tout le vallon s'est embrasé.
Pour reprendre la lutte âprement,
Tu vas devoir, meurtri, te replier.
Cette maison, tu dois la protéger
Malgré l'ire de celui qui l'habite,
Et qui, acerbe, va te reprocher
De n'être pas venu plus vite.
Et ce toutou, grelottant, que tu libères,
Même au risque d'en périr,
Acte d'héroïsme, geste éphémère,
Que tu accomplis sans réfléchir.
Quand l'ouragan a fini son passage,
Tu découvres, calcinés, trop souvent,
Les cadavres d'animaux sauvages
Qui faisaient la joie de nos enfants.
.
Pour protéger, puéril combat, quelques arpents,
Furieux, tu luttes et tu tiens tête.
Rageusement, tu inondes le ciel brûlant
Qui te suffoque et qui t'inquiète.
Depuis des heures, farouche, tu combats ...
Sournoisement, tes forces t'abandonnent.
Réagis vite, sapeur, ne faiblis pas!
C'est toute ton âme que tu donnes.
Un instant de doute, furtivement, t'envahit.
Tes yeux larmoient, tu as mal au dos,
Tu penses aux tiens, au bain chaud, à un bon lit...
Allons secoue toi ! On t'attend sur la crête, la-haut!
L'incendie est enfin maîtrisé.
Après des nuits de souffrance,
Tu vas pouvoir, la tête vide, te reposer.
Dormir, dormir encore, quelle chance!
Effondré sur une roche calcinée,
Tu gis là, crasseux, pantois,
Incapable de réagir, de bouger...
Allons! tu vas pouvoir rentrer chez toi.
Maintenant, tout est fini. Tu t'en vas
Avec l'humilité qui t'a toujours habité,
Vers les tiens, dans ta demeure là-bas,
Chercher ta récompense... Quelques baisers.
Hâte toi de recouvrer tes forces,
Car bientôt tu devras repartir.
Ici, dans les Cévennes, ou bien en Corse,
Honorer ta devise : < SAUVER ou PERIR >.
Sois fier, sapeur! ton travail n'est pas vain.
Tu protèges la forêt et ceux que tu aimes.
Pour nous, pour nos enfants demain,
Tu peux aller jusqu'au sacrifice suprême.
Pierre
Clérico, Gonfaron, mars 1993.
Avoir 15 ans...
A l'aube naissante de ce troisième millénaire,
Mon cœur de quinze ans aspire à la lumière,
La lumière de la vie qui irradie en moi,
La lumière du savoir, de l'espoir, de la foi.
J'aimerais découvrir les merveilles de la terre,
Voyager et connaître les nations et les mers.
Les montagnes, les fleuves et les grandes forêts,
Les civilisations, les peuples tous éparpillés.
Entendre sourdement les battements de mon cœur,
Un jour, en pleine action, tenaillé par la peur,
Sous la voûte du ciel de mille astres qui brillent,
Ou devant la beauté du corps de jolies filles.
Apprendre les langages des peuples lointains,
Apprendre les coutumes, les chants et les refrains
De ces hommes et ces femmes qui vivent au bout du monde
Et dont certains ignorent que la planète est ronde.
Naviguer sur les eaux ou voler dans les airs,
Prendre tous les bateaux et tous les montgolfières
Et voir à l'horizon la rondeur de la Terre
Et le soleil levant surgissant de l'éther.
Enfin, rentrez chez moi, retrouver mon pays,
Retrouver ma famille et revoir mes amis,
Qui m'auront attendu sans oublier mon nom
Et me reconnaîtront comme un vieux compagnon.
La tête encore farcie des plus beaux souvenirs,
Je reprendrai ma vie comme avant de partir
J'apprendrai un métier et le pratiquerai
En sachant bien qu'un jour il m'en faudra changer.
Un jour viendra bien sûr, ou l'amour piquera
Mon cœur devenu grand et il m'emportera
Vers les rives enchantées de la félicité,
Qu'une belle saura bien, alors, m'apporter.
Nous unirons nos âmes et nos cœurs et nos vies
Et nous aurons aussi quelques jolis petits.
Et quand ils seront grands et se rapprocheront
De l'âge de quinze ans, alors nous saurons
Qu'il leur faudra un jour quitter notre maison,
Pour vivre, à leur tour, les plus belles passions,
Car un cœur de quinze ans aspire à la lumière
Et à l'envie de vivre et découvrir la terre.
Pour être un
homme (Ce qu'il ne faut pas être ni faire... !)
Pour être un homme, il faut savoir siffler, fumer
Et cracher à six pas, dans les rues du quartier.
Il faut aimer aussi le foot à la télé,
Boire de la bière, conspuer les deux ailiers
Qui se traînent, ou l'un ou l'autre des équipiers
Et jeter des jurons et quelques grossièretés
A l'arbitre qui court et brandit dans sa main
Le carton jaune ou rouge qui fera que demain
La colère grondera parmi les supporters
Ivres de rancœur, de noir dépit, de bière.
Dans les rues de la ville, à la tombée du jour,
La police, présente à chaque carrefour,
Contiendra les voyous, les bourrés, les casseurs
Dans un rayon restreint où sévira la peur...
Etre un homme, c'est aussi gagner beaucoup d'argent,
S'habiller à la mode, être très élégant,
Faire le beau, le gommeux, l'éternel gagnant.
Pour les filles être aussi le meilleur des amants,
Ou, du moins, en laisser derrière soi l'illusion,
Artifice affligeant pour tromper l'opinion
De quelque secrétaire ou hôtesse d'accueil
Qui ne se soucient guère qu'un crétin les effeuille...
Au travail, laisser croire que l'on est le meilleur
Et dans la délation perdre tout son honneur.
Fayoter, magouiller pour des petits profits
Et mal se comporter quand le chef est parti,
Pour terminer enfin, comme c'est souvent le cas,
Comme représentant d'un quelconque syndicat.
Colporter des rumeurs au café du commerce,
Critiquer des nouvelles qui arrivent de Perse,
Saluer le massacre d'arabes innocents,
De soldats, de civils et de petits enfants
Qui n'ont pas eu la chance de naître par ici
Et que l'on assassine sans raison, par dépit,
Pour voler de leur sol le pétrole qui jaillit
Ou pour tous les versets que leur prophète a dits.
Parc'que leur religion n'est pas celle de ceux
Qui dominent la terre par le fer et le feu.
Qu'importe que leur dieu les ait abandonnés,
Qu'il les laisse à mains nues les armes affronter,
Ils paient le lourd tribut, les taxes, les impôts
Que doivent ceux qui ont la couleur de leur peau.
Pour être un homme, aussi, il faut savoir chasser
Les lapins, les oiseaux ou bien le gros gibier,
Armé de son fusil, savoir garder l'affût,
Attendre et patienter et voir sans être vu,
Pour tirer le canard, la grive ou la bécasse
Et rentrer cuisiner le produit de sa chasse.
En terrine, en pâté finiront les victimes
De ce sport viril qui élève l'homme aux cimes
D'une gloire éphémère, funeste et sans joie
Dont la nature, encore, portera tout le poids.
Quand il ne peut massacrer ses frères humains,
L'homme se rabat sur un gibier moins malin
Qui vole ou bien qui court ou nage dans les eaux
Et auquel il décide de faire la peau.
Pour cacher aux autres sa vile barbarie,
Il se donne des allures, il se vante et il rit,
Prend des poses, argumente, critique et conclut
Que jamais à céder on ne le prendra plus.
Lunettes de soleil posées sur les cheveux,
La main par la portière, il en dégage un peu
Et, défiant la loi, il roule à plus de cent,
Passant devant l'école d'où sortent les enfants.
Sa voiture est en somme la continuité
De son ego, son style et sa virilité.
Les chevaux du moteur lui donnent l'illusion
D'un pouvoir, d'une force et d'une distinction,
Qu'il pilote voiture ou bateau ou moto,
Et d'être invincible et plus fort et plus beau.
Parler fort, se dresser, mentir et renier,
Promettre des merveilles, jurer, se parjurer,
Trahir ses amis, ignorer tous les autres,
Et vouloir passer pour le meilleur apôtre.
Manipuler les uns, soudoyer ceux qui restent
Et faire des risettes à celui qu'il déteste,
Ainsi agit celui qui voudrait se hisser
Au sommet vacillant de la notoriété,
Prendre place, être élu en un poste public,
Afin de profiter, comme la classe politique,
Du gâteau gras et riche que certains se partagent
Sur le dos des votants que les derniers sondages
Lui donnent favorables aux intentions de votes
Pour faire, à la mairie, de lui le nouvel hôte.
Pour être un homme, enfin, il faut toujours montrer
Des signes de richesse, des marques d'intérêt.
Avoir la plus belle femme et en faire étalage,
Alors qu'à la maison les secrets du ménage
Montreraient la violence et la perversité
De relations ratées, d'un homme refoulé.
Les enfants porteront les plus beaux vêtements,
Ils auront des amis, de l'envie, de l'argent,
En gardant dans leur cœur le plus secret tourment,
Celui même de la peine de voir leurs parents
Se déchirer, souffrir et n'avoir plus la force
De lutter contre la venue du divorce
Et sombrer peu à peu dans le dur système
De la justice, des juges et de la haine...
Un village perché sur sa colline verte,
Quatre tours écartées, aux quatre vents offertes,
Vestiges d'un château autrefois orgueilleux
Qui dressait en ces lieux ses murs majestueux.
Sous le bleu lumineux du ciel de Provence,
Entre monts du Verdon et rivière d'Argens,
Protégée du rempart de son gros Bessillon,
La plaine vit creuser ses premiers gros sillons.
Pontevès, village au cœur de la Provence,
Pontevès, seigneur d'une famille de France,
Naguère bien connue jusqu'au val de Durance,
Au noble sang doré de multiples alliances.
De Douceline à Foulques ou d'Agoult à Sabran,
De Bargème à Simiane et d'Ansouis à Seillans,
Alliés à des ducs ou des princes de France,
Portant écu d'Orange ou des Baux de Provence.
Quand la peste eut frappé et la mort fut passée,
En Italie, vivants on s'en alla chercher
Et la terre à nouveau redevint cultivée
Et de nouveau les cloches on entendit tinter.
Sous le soleil radieux de notre beau midi,
Des sécheresses aux crues des rivières dans leur lit,
Le Mistral souffle au loin des nuées gorgées d'eau
Et il tanne et burine des hommes la peau.
Des collines à la plaine, au petit Bessillon,
Fauvery enjambé de tous ses petits ponts,
Les hommes ont travaillé sur cette terre ingrate,
Alignant bancaous faits de pierres jamais plates.
En juin, pour honorer Saint Gervais-Saint Protais,
Quand chaleur et lumière annoncent un bel été,
A l'ombre des platanes, c'est fête et rien ne manque,
Pastis et aïoli, baletti et pétanque.
Rude terre qui porte milliers d'oliviers
Aux fruits charnus qui donnent cette huile dorée.
Cet arbre de lumière, de chaleur et de paix,
De nos jours, comme hier, est toujours cultivé.
Aujourd'hui de la vigne on cueille aussi les fruits
Et son jus est si bon, si pur et si exquis,
Qu'on l'apprécie très loin, même en dehors de France,
Chez ceux qui viennent ici, l'été, passer vacances.
Le temps
Nous sommes le passé, le présent, l'avenir,
Plus que nous le croyons, mieux que ne saurions dire.
Nous gardons en mémoire nos plus beaux souvenirs
Et formons tous les vœux pour un bel avenir.
Nos ancêtres espéraient, pour nous, de plus beaux jours,
Remplis de joie, de paix, de chaleur et d'amour.
Pour nos fils et nos filles, aujourd'hui il est temps
De leur léguer un monde qui défiera les ans.
Tous les hommes et femmes desquels nous descendons
Sont pour nous le passé et nous en héritons.
Mais nous, leurs descendants, qui vivons à présent,
Etions pour eux l'espoir, enfants, petits-enfants...
Ils vécurent en des temps de souffrance et de peur
Où les jours passaient sous le poids du labeur.
Nous leur devons ce monde dans lequel nous vivons
Et qu'ils bâtirent, jadis, parfois avec passion.
Grands seigneurs, commerçants ou humbles ouvriers,
De leurs mains, de leurs cœurs ils ont tous édifiés
Nos cités, nos villages, nos terres cultivées
Et les arts et les sciences qu'ils ont imaginés.
Parmi eux, les plus fous ou les plus orgueilleux,
Pour toujours ont marqué, en leur temps, certains lieux,
Pyramides d'Egypte ou château de Versailles,
Statues ou monuments ou fabuleux vitrail.
Ils furent le passé, nous sommes le présent,
Notre tour est venu de savoir comment
Laisser à l'avenir, à ceux qui nous suivront,
Un monde de bonheur, de paix et de raison.
Car pour ceux qui, demain, danserons cette ronde,
Nous qui sommes, à présent, les acteurs ce ce monde,
Deviendrons le passé et nous ne pouvons pas
Leur laisser la planète en trop mauvais état...
MESSAGE AUX IVROGNES, ASSASSINS DE LA ROUTE :
Avant de prendre la route, et de vous livrer à des actes odieux en picolant comme des trous, lisez ce poème, que j'ai écrit en 1982... J'étais sur le point de quitter les Pompiers, je n'en pouvais plus... Le 23 Décembre 1981, un accident de la route comme, hélas, durant mes douze ans de carrière professionnelle, j'en ai vus des centaines, brisa la vie d'un jeune garçon d'une dizaine d'années. Victimes d'un alcoolique (2,5 g / 1000, à quatre heures du matin), ses parents furent tués sur le coup! Prisonnier
des tôles, nous avons mis deux heures pour le désincarcérer. Nous l'avons sauvé, mais dans son cœur aujourd'hui, que se passe-t-il ?
Certes, il est permis de boire un peu plus que d'habitude... Certes, la bonne humeur, l'euphorie se doivent d'être au rendez-vous. Mais que par votre inconscience chronique, vous ternissiez l'éclat de cette harmonie, ce n'est pas la prison que vous méritez, mais la peine capitale ! A défaut de civisme, essayez de vous mettre comme je l'ai fait, à la place de ce pauvre petit orphelin, pleurant ses parents à cause d'un alcoolique invétéré... Buvez,
saoûlez-vous s'il n'y a que cela pour vous donner l'illusion d'être des hommes, mais par pitié, ne prenez pas le volant !!! Vous n'êtes que des loques, des débris de l'humanité, en ne pensant qu'à votre seule passion : picoler ! Si, après avoir lu ce poème, vous versez quelques larmes, alors... laissez la bouteille de côté ; vous permettrez à des innocents, de vivre en paix!
LA VEILLE DE NOËL
J'ai trente ans aujourd'hui et je revois encore
Chaque instant de délire avant le grand départ;
C'était la première fois nous partions à Andorre
L'euphorie se lisait au fond de mon regard...
Le soleil était là, présent au rendez-vous
Et ses rayons ardents attisaient mon émoi,
Echauffant tendrement nos cœurs devenus fous,
Battant à l'unisson en étouffant les voix;
Plus rien aux alentours ne comptait plus pour moi
Que ce ruban gracieux défilant sous nos pieds.
Nous étions impatients imaginant déjà
Ce réveillon divin aux mille voluptés;
La neige avait posé son manteau cristallin
Dont l'éclat merveilleux se mirait dans nos yeux.
La route blanche ornée de verdoyants sapins
Etalait devant nous son tapis sinueux;
Comblé de féeries, bercé par les cahots,
Je quittais le présent au décor prestigieux
Pour me laisser griser et partir à l'assaut
De rêves enivrants au plus lointain des cieux...
Sur mon nuage blanc je survolais la terre,
Offrant aux malheureux de somptueux cadeaux.
Ils découvraient ravis, oubliant la misère,
Ces dons venus des Dieux miraculeux joyaux...
Mais le feu de Satan, par un cinglant éclair,
Traversa sans pitié mon nuage enchanteur.
Le choc fut si violent que, dans un bruit d'enfer,
Tout vola en éclat brisant mon petit cœur...
Quand j'ai ouvert les yeux, j'avais encore plus mal,
J'étais couché par terre et j'avais vraiment chaud.
Les gouttes de sueur, sur mon visage pâle,
Décrivaient des sillons en me glaçant le dos.
Je ne comprenais pas ce qui c'était passé,
J'appelais mes parents qui ne répondaient pas,
J'étais seul dans la nuit, je n'osais pas crier,
J'avais peur, j'avais chaud, mon souffle s'arrêta...
Quelques instants plus tard, une vision d'horreur
Me sortit brusquement de mon demi sommeil.
Les rayons du soleil attisaient ma stupeur,
Quand je vis ma sueur couleur rouge vermeil.
Je grelottais de peur, quand mes yeux effarés,
Rougis par la douleur, brouillés par le chagrin,
Fixèrent intensément mes parents adorés
Broyés par la folie d'un injuste destin...
Vingt ans pour oublier cette image cruelle
Qui encore, aujourd'hui, présente en mon esprit
M'empêche de rêver en ce jour de Noël
A rien d'autre sur terre que mes parents chéris.
Peut-être bien qu'un jour j'emmènerai mon fils
Passer pour une fois son Noël à Andorre.
Lui aussi connaîtra le rêve et ses délices
Sur son nuage blanc qu'il aimera très fort...
J'avais presque dix ans et mon cœur tout meurtri
Se souviendra toujours de cet instant cruel
Ayant assassiné avec un grand mépris
Mes parents adorés, la Veille de Noël...
© Richard
NATTER, Grenoble, 1982.
webmestre@dynavie.com
URL http://www.dynavie.com