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Poésie15

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Petits secrets Patrick Le Flem
Bleu mauve Nicolas de Rosanbo, septembre 2004.

 


 

Petits secrets

Puisque ce ruisseau ne deviendra jamais un fleuve,
Puisque cette terre ne deviendra jamais un champs de blés,
Puisque ce grain de sable ne deviendra jamais un désert,
Puisque cette flamme ne deviendra jamais un soleil,

Puisque cette larme ne deviendra jamais une perle,
Puisque ce regard ne deviendra jamais un arc en ciel,
Puisque cette main ne deviendra jamais une caresse,
Puisque ces mots ne deviendront jamais des alizés,

Puisque cette histoire ne deviendra jamais un roman,
Puisque cette rencontre ne deviendra jamais une tempête,
Puisque cette musique ne deviendra jamais une mélodie ,
Puisque ces couleurs ne deviendront jamais un tableau.

***


Il aperçut une flamme et reconnu l'enfer,
Il ressentit une joie et reconnu le vide,
Il entendit une note et reconnu la plainte,
Il cria son bonheur et reconnu le désert.

Il couru vers l'amour et reconnu l'abyme,
Il goûta au fruit et reconnu le poison,
Il s'accrocha au rêve et reconnu le vertige,
Il sentit le désir et reconnu la misère.

Il toucha son visage et reconnu son reflet,
Il caressa son corps et reconnu l'écorce,
Il bût à ses lèvres et reconnu la sècheresse,
Il embrassa ses mains et reconnu la cage.

***


Elle est de ces horizons que l'on atteint jamais
Elle est de ces océans dont on ne voit le fond
Elle est de ces montagnes au sommets inaccessibles
Elle est de ces nuits aux étoiles mystérieuses

Elle est de ces regards que l'on ne croisent pas
Elle est de ces sourires qui ne mentent jamais
Elle est de ces gestes dont la grâce nous échappe
Elle est de ces mots qu'on ne prononcent pas.

***


Lorsque l'eau rencontre la terre, la fleur apparaît,
Lorsque la lune rencontre le ciel, les étoiles apparaissent,
Lorsque le soleil rencontre l'horizon, la vie apparaît,
Lorsque la main rencontre le corps, la magie apparaît
Lorsque le rêve rencontre la réalité, le vertige apparaît.

***


Je me souviendrai de ce jour
Ou j'ai croisé la route d'un ange
Qui par passion et par amour
C'était brûlé les ailes

Maintenant je sais qu'avec lui
J'ai trouvé ce que je pensais disparu
Et il n'y aura plus jamais de nuits
Qui font pleurer, où on se sent perdu

Je me souviendrai de ce moment
Ou j'ai découvert une pierre précieuse
De celle qu'on garde jalousement
Et qu'on voudrait rendre heureuse

Maintenant je sais qu'avec elle
Plus rien ne sera comme avant
De mes découvertes, sera la plus belle
Et de mes souvenirs, sera le plus brillant

Je me souviendrai de cette heure
Ou j'ai vu briller cette perle
Qui me comble de bonheur
Et me remplit de lumière

***


Quelle est donc cette fleur, qui se cache dans certains buissons, et qu'il est si difficile
de trouver. De la famille des roses, vous la découvrez par hasard, au détour d'un chemin tourmenté. Alors, son doux parfum vous attire, et sa robe blanche ou rouge, laisse deviner des trésors cachés.
Mais vous ne l'approchez pas comme cela, elle ne se laisse pas attraper facilement.
Les embûches sont nombreuses, car entourée de ronces, de branches enchevêtrées,
l'approche est périlleuse, et les blessures fréquentes. Vous devrez être fort et sincère.
Si par bonheur vous parvenez à la toucher, privilège très rare, alors son cœur s'ouvrira et de
merveilleux moments vous attends. Mais si vous souhaitez l'emmener, alors attention, il faudra en prendre bien soin. Et d'ailleurs, faut il la cueillir ?
Tu es mon aubépine.

***


Pourquoi faut il que la nuit obscurcisse la lumière,
Pourquoi faut il que les nuages cachent le ciel bleu
Pourquoi faut il que la douleur saigne le bonheur
Pourquoi faut il que l'eau éteigne la flamme

Pourquoi faut il que la vie complique tout
Pourquoi faut il que l'amour fasse souffrir
Pourquoi faut il que la raison suive l'insouciance
Pourquoi faut il que l'éternité soit un mythe

Pourquoi faut il que le présent brise l'espoir
Pourquoi faut il que le passé sacrifie l'avenir
Pourquoi faut il que le temps soit indifférent
Pourquoi faut il que le souvenir cache le rêve

Pourquoi faut il que ton cœur soit blessé
Pourquoi faut il que tes bras ne s'ouvrent plus
Pourquoi faut il que ton regard soit noir
Pourquoi faut il que ta demeure me soit close

***


Pour la faire vivre sur ma toile imaginaire
J'ai couché toutes les couleurs sur ma palette
Je prendrai mon pinceau le plus fin pour la caresser
Et pour dessiner les contours de son corps

J'utiliserai le vert pour la recouvrir de feuilles
De rouge, je mettrai le feu sur ses lèvres
De noir je peignerai ses cheveux et éclairerai son regard
Et avec mon chiffon, j'effacerai les bleus de son cœur

***


Que reste il lorsque l'étoile qui vous guidait s'éteint
Que reste il lorsque le soleil devient pâle
Que reste il lorsque votre cœur ne bat plus
Que reste il lorsque la flamme ne chauffe plus

Pourquoi un si bel espoir doit devenir un souvenir
Pourquoi les éclats brillent pour les autres et moi me blesse
Pourquoi les pierres précieuses me fuient et m'échappent
Pourquoi les fleurs sauvages se fanent quand je les cueille

Faut il que je te déteste pour mieux t'oublier
Faut il que je haïsse celui qui t'a désenchanté
Faut il que je devienne indifférent pour ne pas devenir fou
Faut il que je me réveille pour ne pas m'endormir à tout jamais

Comment oublier ce corps si doux que je faisais frémir
Comment oublier ces lèvres sucrées que je goûtais avec délice
Comment oublier ce regard sincère et parfois perdu que je croisais
Comment oublier ces bras si tendres qui m'enlaçaient et souvent me serraient

Que croire maintenant quand la vie me tentera
Que croire maintenant quand mon cœur chavirera
Que croire maintenant quand mes larmes sècheront
Que croire maintenant quand mon cœur ne saignera plus

***


On peut traverser des dizaines de jardins, tous avec leur charme et leurs couleurs, tous aussi
fleuris et verdoyants. Mais il en est un, dans lequel se cache une fleur très rare. Son parfum enivrant peut faire perdre la tête, ses pétales fragiles obligent à beaucoup de délicatesse, elle aime le soleil et déteste les frimas de l'hiver. Mais il ne faudra pas tenter de l'apprivoiser, car elle peut se refermer ou refleurir quand on ne l'attend pas.

On peut fixer son regard sur les cieux et voir des milliers d'étoiles, toutes aussi lumineuses et brillantes. Mais il en est une, d'un éclat particulier, pur et chaleureux, qui comme un diamant, éclaire le ciel et embrase la nuit. Mais il faut être patient et observateur, car souvent cachée par les nuages les nuits de tempêtes, elle sait disparaître et réapparaître au grès des solstices.

On peut être admiratif devant des centaines de toiles, toutes aussi belles et emplies de caractères. Mais il en est une, qui dégage tourments et passions, chaleur et douleur, dont
les traits et les contours amènent à la contemplation et à la rêverie. Mais il faut être patient et observateur, car sous les couleurs visibles, se cachent des esquisses précédentes dont la profondeur n'a d'égale que leurs sincérités.

***


Tant de bonheur, tant de grâce, tant de joie… en quelques heures éternelles.

La beauté, la vraie, celle de l'intérieur, je l'ai rencontrée, je l'ai croisée, et elle est comme dans les livres, inaccessible, et incontrôlable. Je me sens perdu et fier à la fois, heureux de l'avoir connue et triste de l'avoir perdue, paisible et tourmenté.

Elle vous touche, vous blesse, vous saigne, mais ne pas l'avoir connue et vous avez assurément raté l'essentiel de ce qui peut faire le sel de la vie, le miel d'une existence.
Oui je l'ai croisé, oui j'ai partagé avec elle des moments anodins qui deviennent brillants, des moments intimes qui deviennent magiques, et des moments qui ne se décrivent pas.
Même les mots semblent illusoires et inutiles, tout se vit de l'intérieur, dans votre coeur, dans vos tripes.
Pourquoi tenter de décrire l'indéfinissable et la magie ? parce que c'est la trace que je veux laisser, que je veux garder en vie.
Et puis elle continue son chemin, disparaît, est ce alors plus beau lorsque cette rencontre est éphémère, fugitive, faut il constamment remonter le temps pour revivre ces instants , ou les garder précieusement dans un coin de son jardin secret et les laisser fleurir de temps en temps ?
Sa trajectoire est elle si complexe, si imprévue, si tourmentée pour que je l'ai perdu pour toujours ? Hélas, je le crains, rien n'est écrit, mais les coins de ciel bleu apparaissent souvent quand on les attends pas et disparaissent aussi quand on les attend.

Tiens il pleut sur ma feuille, il est temps de me mettre à l'abris de tempêtes intérieures, et de revenir sur terre.

Patrick Le Flem pleflem@freesurf.fr

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Bleu mauve

J'avais marché, je ne sais pas pourquoi, jusqu'à l'orée du bois.
Je sortis de mon bosquet mort et passai le fossé d'herbe grise.
Je ne sais pas non plus pourquoi, d'un coup,
le son mélancolique de l'eau sur les roches fragiles me fit asseoir.
Je restai là, combien de temps, figé ?

Le voile bleu mauve que la promenade avait déroulé sous mes yeux venait de m'anesthésier, et j'étais là, dans les couleurs splendide d'un matin secret, seul avec mon cœur endormi, voletant dans mes pensées, au milieu d'un tapis de tristesse, à l'orée d'un cimetière d'arbre.
Je me sentis être une larme au coin de l'œil d'un enfant, une flamme, la dernière d'un feu épuisé. Je me sentis un soir d'hiver, lent et engourdi, comme quand je rentrais le soir lorsque j'étais enfant, les joues chaudes et les mains près du feu.
Je sentis les émotions ruisseler sous mon front et descendre jusqu'à mes entrailles ; mais j'étais bien, je vivais, je me sentais libre, c'était magnifique ! Comme si un papillon bleu mauve s'envolait pour la première fois, que le vent le poussait vers quelques champs de fleurs !
J'avais au creux de mes mains la poudre de ses ailes, et sous mes yeux le mystère de sa naissance !

Ce ne fut plus la larme d'un enfant qui coula.

Je regardai vaguement le ruisseau, attendri. L'orchestre des galets répondait à celui des algues et des ondes venaient applaudir harmonieusement. Le soleil commençait à peine à éclaircir la scène, rajoutant un peu de bleu aux pointe des herbes, un peu de mauve sur les mousses, les feuilles, et au travers de la brume. Des gouttelettes de rosée encerclaient le cœur des plantes, on eut dit des astres tournés vers la lune ! Quelques roches grises, tendrement molles, se ballottaient à la frontière de l'eau et de l'air.

J'eu envie d'être un des leurs, d'avoir leurs larmes et leurs sang. J'eu envie d'être leur soir et leur matin.

L'humide et majestueuse nappe du spectacle émouvant se soulevait.
On m'enlevait mon festin avant d'y avoir vraiment goutté !
Je regardai le soleil venir, les plantes s'ouvrir, les vagues s'éclaircir.
Je me frottai le front, comme lorsque j'étais enfant et que je me levais le matin, bien après le soleil.

Je reniflai et rejoignis ma vie.
Elle m'attendait tout près, tout près.
Le ciel était bleu, mon cœur était mauve.

Nicolas de Rosanbo.  n.rosanbo@tiscali.fr
Site:  http://www.rosanbo.com/nicolas

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