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Rosalie
ne parle pas
Lauren Mézière, février 2003. |
| Lauren Mézière a la passion d'écrire. Une passion dévorante. Avec plusieurs nouvelles et une pièce de théâtre, elle aimerait bien voir un jour ses écrits légitimement édités. Dans cette attente, elle nous offre de découvrir ses écrits sur nos pages, dans une écriture fluide, légère et très plaisante à lire. Ses nouvelles: "Rosalie ne parle pas" et "Billy the kid". |
Rosalie ne parle pas
On a déménagé au mois d'août, et Rosalie est arrivée au mois de septembre :
c'était dans cet ordre, je m'en souviens parce que nous n'avions pas fini de
déballer tous les cartons. De la vaisselle, des vêtements, des photos, encore
de la vaisselle, on en trouvait partout. On en a découvert, cachés dans des
coins insoupçonnables, des années après.
Les contractions s'étaient déclenchées en plein milieu de la nuit. J'ai réveillé
Ben et nous sommes partis à la maternité assez tranquillement. Pas de circulation,
pas d'urgence. C'était un bon accouchement. Il y avait un jeune médecin qui
n'arrêtait pas de sourire. Ben se demandait pourquoi il souriait comme ça, pourquoi
il avait l'air si heureux de passer ses nuits à l'hôpital. Ben n'aimait pas
les hôpitaux. Moi, je n'ai pas beaucoup eu le temps d'y penser, sur le moment,
je ne me rappelle pas avoir jamais été aussi concentrée sur quelque chose de
toute ma vie. Sur un ventre, je veux dire. Sur mon ventre, en l'occurrence.
Et puis il fallait respirer comme ci, comme ça, sans arrêt, c'était fatigant.
J'ai poussé, j'ai poussé, c'est sorti. Rosalie est sortie avec un beau hurlement
très rouge. Le jeune médecin qui souriait a souri encore plus loin, encore plus
large. Quand on y pense, il était un peu grotesque, il avait l'air de vouloir
manger le bébé.
On m'a mise dans une chambre avec Rosalie, qui s'est préparée à ses interventions
en public. Ca a commencé : Papa, maman, les parents de Ben, les amis, copains,
frangins-frangines. Ils entraient, ils réveillaient le bébé, ils sortaient.
Et maman !
Maman : Rosalie, tu l'as appelée ?
Moi : Oui, maman.
Maman : C'est mignon. Rosalda, c'est pas mal, aussi, non ?
Moi : Oui, maman, mais là, c'est Rosalie.
Maman : Ah bon. Et Rosaline ?...
Mon père a beaucoup grogné. C'est comme ça qu'il s'exprime, ce n'est pas sa
faute, un jour il a oublié de parler à ses enfants, et c'est jamais revenu.
Il dit qu'il est sourd pour donner le change, mais quand on le traite de vieux
con, il entend très bien. C'est une preuve de sa mauvaise foi.
Six mois à crever, ensuite. Debout tout le temps, l'oreille en forme de parabole
parce que, on aurait du voir venir, déjà, la petite ne criait pas très fort.
A la limite du soupir, rien ne traversait les murs. On a mis le berceau dans
notre chambre, mais là encore, fallait tendre l'oreille. Rosalie avait faim,
avait froid, avait peur, comme tous les bébés du monde, mais elle donnait l'impression
de tout pouvoir régler toute seule. Elle avait toujours l'air étonnée qu'on
s'occupe d'elle, comme si elle n'arrivait pas à prendre la mesure de son importance
sur terre.
Le médecin n'a rien vu. Le second, qu'on est allés voir pour vérifier si le
premier ne se foutait pas de notre gueule, non plus. Tout était en place, là-dedans,
Rosalie était parfaitement normale. On a d'abord cru qu'elle était muette, ensuite
qu'elle était sourde, et à la fin qu'elle était peut-être autiste. Rien de tout
ça, une petite fille en pleine forme, ronde, rose, bien entretenue. Alors elle
a grandi.
Elle a fini par dire " papa, maman ", à peu près à l'époque où tous les enfants
s'y essayent, avec cet air raisonnable d'une qui savait depuis toujours le nom
des choses, mais trop modeste pour étaler sa culture au tout-venant. " papa,
maman ", qu'elle disait, et nous, tous fiers et soulagés, on lui a appris les
autres mots.
Mais qu'elle reste tellement silencieuse, la plupart du temps, ça nous a fait
réfléchir, son père et moi. On parlait beaucoup, on discutait des heures, tous
les deux, le langage nous servait à justifier notre amour. Notre vision des
choses était un peu la même, alors je suppose qu'on aurait du arrêter de bavarder,
si c'était pour tomber toujours d'accord. Mais on n'arrêtait pas, ce qui fait
qu'on a pensé que la petite ne disait rien par peur de nous interrompre. Alors,
on lui a laissé de la place. Souvent on ne finissait pas nos phrases, dans l'espoir
qu'elle nous place son petit mot, entre deux lignes. On s'interrompait et on
la regardait. Rien. Un sourire. Qu'est-ce qu'elle pouvait sourire ! Les lèvres
humides et tout, un vrai rayon de soleil.
C'est Ben qui a fait le rapprochement. Un soir qu'on bavardait (encore !) dans
le lit, nos bouquins délaissés sur le ventre de la couette, il m'a dit :
-Tu te rappelle le médecin, à la
maternité ? Celui qui souriait tout le temps ?
Je me suis rappelée. On s'est regardés, on a éclaté de rire. Qu'est-ce que ça
pouvait faire qu'il lui ait refilé sa maladie ? Le virus était vraiment trop
beau, un amour de bacille. Ca embellissait la petite, ça lui donnait des couleurs,
et jamais, jamais ça ne l'avait empêchée de réfléchir comme les autres enfants.
Nous, on savait bien qu'elle avait les mots. Elle devait simplement trouver
son sourire plus éloquent.
Elle a commencé l'école à quatre ans. La maîtresse nous a dit : " elle ne parle
pas beaucoup ", et on a ri, encore, comme de mauvais parents. Elle, la maîtresse,
avec sa jolie chemise rose et ses yeux bleu très doux, elle aurait sans doute
continué de chercher un problème. Une petite fille de quatre ans qui ne vous
saoule pas, ce n'est pas normal. Elle l'a dit, d'ailleurs, et ses mots étaient
chargés de reproche : " Ce n'est pas normal, vous devriez consulter. "
-Tu sais ce qu'on devrait faire ?
m'a demandé Ben sur le chemin du retour.
- Consulter, oui, j'ai entendu.
- Oui, mais tu sais qui ?
Je l'ai regardé, un long moment, comme ça, au milieu du passage pour piétons.
L'idée n'était pas plus mauvaise qu'une autre.
Le docteur Mahjoub nous a reçus très gentiment, à la maternité. On lui a expliqué
notre hypothèse. Il a ri longtemps, ce qui ne nous changeait pas tellement de
sa physionomie ordinaire. Il s'est excusé, aussi, et là, on a été surpris. Un
médecin qui s'excuse ! Une fois remis de notre émotion, Ben a repris la barre
:
-C'es bien joli, tout ça, mais qu'est-ce
qu'on va faire ? Vous expliquez ça comment ?
La théorie du docteur était intéressante : il supposait que Rosalie avait fixé
d'une manière anormalement intense le premier visage qu'elle avait vu, et qu'elle
en avait adopté l'apparence comme un naufragé s'accroche au premier machin flottant
qu'il rencontre. Résultat : une enfant taciturne mais béate.
-Ce que vous allez faire, maintenant,
c'est la laisser grandir tranquille. N'écoutez pas les alarmistes, de toute
façon, les parents ont toujours tout faux, c'est bien connu.
Il nous a raccompagnés, le même sourire dessinait son visage. Peut-être qu'il
s'était fichu de nous, qu'il nous avait raconté un bobard pour se débarrasser
de nos problèmes et retourner à ses patientes plus vite. On ne savait jamais
ce qui passait derrière la tête d'un docteur en médecine ès accouchements.
La baby-sitter nous a rendu Rosalie en un seul morceau. On lui a fait prendre
un bain, et tandis qu'elle jouait avec les bulles et son canari en plastique
jaune, toujours silencieuse, nous, on a commencé à la regarder grandir...
Lauren Mézière, février 2003
lauren.meziere@wanadoo.fr
Son site : http://livreouvert.free.fr
Billy the kid
Billy n'est pas très intelligent. Il n'a pas fait de grandes
études, bien sûr, mais c'est autre chose. Quand je l'ai connu, il revenait de
Corée. C'était un militaire qui ne voulait plus de son uniforme, il s'était
installé dans un appartement que lui avait laissé sa mère avant de mourir. Il
adorait sa mère.
Nous nous sommes rencontrés sur les quais. Mon journal plié en quatre sous le
bras, je m'étais mis à la recherche d'un endroit à peu près tranquille pour
le lire, lorsque j'ai remarqué Billy, accroupi au bord de l'eau. Il tenait un
sac entre ses genoux, rempli de choses que je n'arrivais pas à identifier d'où
j'étais. Je me suis approché, un peu timidement. Aujourd'hui, je n'arrive plus
à me souvenir ce qui m'a attiré chez lui, ce jour-là. Il avait cet air… l'air
de ne pas savoir exactement où il se trouvait, et de s'en moquer éperdument.
Il aurait tout aussi bien pu être partout à la fois, on sentait dans ses yeux…
dans ses mains… je me souviens d'une femme, à New York, qui prétendait pouvoir
prédire l'avenir en vous touchant le visage. On lisait dans son regard quelque
chose que je n'arrive pas à définir, aliénation ou omniscience, que j'ai retrouvé
ce jour-là sur les quais en rencontrant Billy. Billy et son sac de billes.
Il adorait les billes, il passait des heures à les compter, et puis à les ranger
dans son vieux sac de toile, une par une. Il en avait cinquante huit, toutes
différentes les unes des autres. A peu près le nombre de balles qu'il n'avait
pas pris dans le corps en défendant son pays, du moins, c'est ce qu'il disait
dans ces rares moment de lucidité. Et après, il éclatait de rire, tellement
fort que les billes, dans leurs sacs, s'entrechoquaient furieusement. Moi qui
suis un écrivain sérieux, je restais un peu à l'écart de ce genre de manifestations.
Mais il m'intéressait. Il m'intéressait beaucoup.
Rencontrer Billy est devenu l'une de mes habitudes. Nous marchions beaucoup
ensemble, le long des quais, d'abord, et puis nous avons prolongé nos promenades,
nous les avons étendues aux quartiers qui avaient obtenu, en d'autres circonstances,
les faveurs de mon ami. Je suivais son babillage, plus intrigué que je n'aurais
osé me l'avouer devant ce personnage de premier abord si peu complexe, et si
peu enclin à l'introspection. Mais Billy habitait un monde dont il était le
seul spectateur, et je le respectais pour cela. Je connaissais un nombre incalculable
de gens, hommes de lettres ou critiques de haute volée, qui ne possédaient pas
le dixième de son énergie créatrice. Billy était un artiste, à sa façon un peu
désordonnée et maladroite. Le malheur était qu'il l'ignorait.
Il m'a emmené dans beaucoup d'endroits différents. Il me les montrait tous avec
la même naïveté, et à chaque fois il ajoutait à sa description : " Je peux pas
dire mieux, pardon ". Il aurait voulu être écrivain, pas pour la gloire, pas
pour l'admiration, pas non plus pour les livres, non, pas même pour les livres.
Parce qu'être écrivain signifiait pour lui avoir les mots. C'était ça l'important,
ne pas avoir à bégayer pendant une demi-heure pour se faire comprendre auprès
des belles gens comme moi, les seules qui comptaient vraiment à ses yeux.
Je pourrais vous dire que durant tout cette période où nous nous sommes fréquentés,
j'ai été pour Billy une sorte de père spirituel, un guide, un maître. Mais Billy,
bien qu'il accepte son infériorité intellectuelle, ne tolérait pas qu'on puisse
lui en faire une démonstration publique. Il rejetait avec une égale énergie
mes livres et mon aide. Les promenades, les visites aux commerces de son quartier,
les billes, tout ça nous faisait du bien à tous les deux, à lui, parce que c'est
ce qu'il avait toujours préféré, et à moi, parce que cela me soustrayait à un
monde de banalités et de sournoiseries, d'amitiés grasses et fausses, à tous
ces écrivaillons qui enrayaient de leurs cris d'oiseaux ma plume et mon imagination.
L'autre jour, Rose m'a dit (Rose Alexander, bon sang, je détestais cette salope)
: " Qu'est-ce qui te prend, Brian, tu fais tes courses dans les surplus militaires,
à présent ? ". Elle rigolait, en disant ça, d'une façon qui m'a fait regretter
de ne pas réussir à lui cacher plus de choses. Elle nous avait rencontrés, Billy
et moi, tout près d'un bar tenu par l'un des amis de Billy, un vieux marin à
la retraite qu'on appelait Goofer, qui ne parle jamais parce qu'il chique le
tabac. J'ai vu se profiler à l'horizon la grosse silhouette enrubannée de Rose
une seconde trop tard : elle avait déjà fondu sur nous, enchantée de la rencontre.
Elle m'a tiré les vers du nez quelques jours plus tard, lors d'une soirée quelconque
réunissant tous les plumitifs de la maison (je suis édité chez Waterson, ils
aiment se prendre pour une grande famille). J'avais bu, je ne voyais pas le
mal à lui ouvrir un peu les yeux sur le monde, qu'elle connaissait mal, à la
lecture de ses romans. Je suppose que ce qui est arrivé par la suite lui a fourni
une excellente occasion de se pavaner en charmante compagnie.
- Ca ne te suffit pas de fréquenter ce bouseux… j'oublie toujours son nom…
- Carl n'est pas un bouseux, Rosie. Et il écrit des bouquins formidables.
- Johannesburg, Illinois, qu'est-ce qu'il te faut ?
- Ca ne sent pas tellement la rose non plus, par ici…
- Elégant, ton petit jeu de mot. Billy comment ?
- Je ne sais pas. Je l'appelle toujours Billy.
- De mieux en mieux…
- Il faut que j'y aille…
C'était vrai. J'avais rendez-vous avec Billy. Il voulait me montrer quelque
chose, ce n'était pas étonnant. Il avait toujours quelque chose à me montrer.
Je l'ai retrouvé dans le bistrot du vieux Goofer. Il sirotait une bière au comptoir,
seul. Je suis entré, il m'a vu, a jeté quelques billets sur le zinc, s'est levé
et m'a attrapé la manche. Il avait des gestes, comme ça, qui savaient m'émouvoir.
Il y avait un côté enfantin, chez lui, une façon de quémander doucement l'attention
des autres, on ne pouvait pas rester indifférent. Je l'ai suivi dans un dédale
de rues étroites et mal éclairées, traîné dans son sillage par la manche qu'il
avait refusé obstinément de me rendre. Je pouvais sentir sa nervosité rien qu'à
la pression de ses doigts sur le tissu. On est arrivés devant une large porte
en métal trois fois cadenassée. Il a sorti un jeu de clefs pas plus grosses
que le petit doigt, et, un par un, a ouvert tous les cadenas. La porte s'est
entrouverte dans un grincement de gonds qui rouillent.
-Entre , a-t-il chuchoté dans mon dos. J'ai poussé la porte à deux mains parce
qu'elle semblait très lourde, et je suis entré. Il régnait là-dedans une obscurité
totale que Billy a très vite dissipée en actionnant un interrupteur. Plusieurs
lampes se sont allumées en même temps, j'ai cligné des yeux jusqu'à ce que mes
yeux s'habituent à la clarté.
C'était un hangar désaffecté. L'humidité suintait des murs, de grosses flaques
d'huile brillaient sur le sol en ciment. Tout contre le mur, à ma droite, étaient
entreposés des cadavres de fours en acier, et leur gueule figée béait vers le
plafond. Rien d'autre. L'endroit devait être abandonné depuis longtemps.
Billy se promenait entre les flaques grasses, il m'invitait à le suivre en pirouettant
d'un pied sur l'autre, les bras largement ouverts. Son étrange chorégraphie
me fascinait. C'était un vrai gosse vous savez, à mesure que je me rappelle
cette histoire cela m'apparaît de plus en plus évident. Quand je relis ce dont
on l'a accusé dans les journaux, aujourd'hui, je me sens envahi d'une grande
vague de tristesse. Les gens n'arrivent pas à comprendre Billy. Ils ne le voient
pas comme je le vois.
J'ai continué à marcher vers lui. Je crois que j'avais surtout peur qu'il ne
se flanque par terre en glissant sur une de ces fichues flaques. C'est drôle
; s'il s'était cassé le cou, la petite fille serait encore en vie à présent.
Tout au fond du hangar il y avait un escalier en fer qui montait jusqu'à une
sorte de mezzanine. Je n'avais pas pu le voir tout de suite parce qu'il se trouvait
dans une zone que les lampes industrielles vissées au plafond n'éclairaient
pas. Billy a grimpé les marches, avec moi à sa suite, un peu inquiet des vibrations
que je ressentait sous mes pieds et qui faisaient se répandre de la poussière
sur mes épaules. Nous avons atteint la mezzanine sans encombres, cependant.
A partir de là, il a fallu ramper. Le plafond était si bas qu'on ne pouvait
pas se tenir autrement qu'à genoux. J'ai dit à Billy :
-Attend un peu, moi je ne bouge plus. Ca n'a pas l'air très stable…
Billy n'écoutait plus. Il a tendu la main vers un autre interrupteur, et l'instant
d'après nous baignions tous les deux dans une lumière violacée répandue, à ma
grande surprise, par une lampe de chevet posée à même le sol.
-C'est à moi, m'a expliqué Billy. Je l'ai trouvée sur le trottoir.
A côté de la lampe, Billy avait posé un matelas plutôt crasseux surmonté d'une
couverture de laine rouge et d'un oreiller sans taie. Trois piles de comics
se dressaient au pied de ce lit improvisé, à portée de ma main. Billy s'était
agenouillé à ma gauche, un peu trop près, à mon goût, de l'espèce de rambarde
en fer rouillé qui était sensée le préserver d'une chute dans le vide. Il fouillait
dans ce qui me paraissait être un coffre en plastique jaune, rempli à ras bord
d'objets que je ne parvenais pas à identifier, même à cette distance. Il m'a
semblé voir la tête d'une poupée de chiffons, avec des yeux peints et une grosse
boule de tissu à la place du nez. J'avais offert la même à la fille d'un de
mes amis, quelques années plus tôt.
Quand Billy s'est retourné vers moi, il tenait dans ses deux mains un objet
rectangulaire qui ressemblait à un cadre de photographie bon marché. Il a rampé
jusqu'à moi et m'a tendu son trésor : c'était bien un cadre.
Il protégeait une photographie en noir et blanc. Sans doute une photo de famille
: un homme, une femme, et deux enfants souriant à l'objectif. Ils posaient devant
une grande maison blanche, au milieu d'un jardin. D'après la légèreté de leurs
tenues, on devait être en été. Un souvenir de vacances qui se voulait joyeux
mais qui revêtait, dans l'atmosphère lourde de l'usine abandonnée, le caractère
lugubre des enterrements prématurés.
Je suis resté longtemps à détailler ce portrait de famille. Quand je l'ai enfin
rendu à son propriétaire, il s'en est emparé avec une sauvagerie que je ne lui
connaissais pas, m'arrachant presque le cadre des mains, et l'a rangé avec des
gestes précautionneux dans son coffre vulgaire, qu'il a refermé en un claquement.
J'ai dit à Billy :
-Tu connais ces gens ?
- Non. Mais j'ai passé beaucoup de temps à les regarder, alors je suppose que
si, en fait, je les connais un peu.
- Où as-tu trouvé ça ?
- Sur le trottoir.
- Avec la lampe de chevet ?
- Oui.
Il n'y avait rien de plus à en tirer. Je voyais bien qu'il me mentait, mais
ça n'avait pas beaucoup d'importance. Il chérissait cet encadrement comme s'il
avait fait partie de ses propres souvenirs. Si j'avais mieux connu Billy, à
l'époque, j'aurais compris que d'une certaine manière, c'était vrai.
Nous sommes ressortis de l'usine quelques minutes plus tard. J'ai demandé à
Billy s'il habitait là, maintenant, et ce qu'était devenu alors l'appartement
de sa mère. Il ne m'a pas répondu. Il s'était enfermé dans un mutisme rageur
parce qu'il s'imaginait que je le blâmais d'avoir volé la photographie. Je n'ai
pas essayé de le détromper. Je suis rentré chez moi à pied, un peu assommé d'avoir
découvert, en si peu de temps, les étendues insoupçonnées du monde de Billy.
C'est la dernière fois que je lui ai parlé.
Nous nous sommes revus une autre fois, mais il ne semblait plus rien avoir à
me dire ou à me montrer. Et moi, parfait dans le rôle de l'écrivain sérieux
et prolifique que j'étais alors, je l'ai délaissé comme un mauvais sujet de
roman. Un mauvais sujet que l'on jette dans la corbeille faute de trouver une
idée qui lui donnerait plus d'épaisseur.
Quelques mois après notre dernière rencontre, j'ai lu le premier article de
journal exposant les crimes de Billy. Il a été condamné à une lourde peine de
prison, tout le monde le décrivait comme un monstre sanguinaire, un misérable
violeur d'enfants, la pire race d'assassin qui soit au monde. Dans un autre
Etat, il aurait écopé de la peine de mort sans la moindre hésitation du juge.
D'après les différents récits que j'ai pu glaner dans les journaux, Billy avait
été découvert sur les lieux du crime, hébété et gémissant. Il tenait dans son
poing serré un morceau de la robe de la petite Virginia. On a raconté aussi
qu'il n'habitait plus nulle part depuis au moins quatre semaines. La concierge
de l'immeuble où il vivait a affirmé qu'il avait disparu, un beau jour, sans
laisser aucune trace ni chèque de loyer. Il a du aller s'installer dans la vieille
usine. On le décrivait comme un homme sans passé, atteint de débilité légère,
affection sur laquelle son avocat avait basé le point fort de sa plaidoirie.
En vain, le jury populaire ayant gardé en mémoire l'image du corps affreusement
mutilé de la petite. Mais moi, en voyant la photographie de son visage prise
au tribunal, j'ai repensé au sac de billes qu'il gardait constamment dans sa
poche, à ces cinquante-huit billes qu'il comptait et recomptait sans cesse.
Je me suis souvenu aussi de ce portrait de famille qui aurait pu être la sienne,
si… Billy adorait sa mère, il me l'avait dit plusieurs fois.
Ne croyez pas que je veuille trouver une excuse à l'effroyable crime dont il
s'est rendu coupable. Ce que j'essaye de vous expliquer, c'est qu'on a gaspillé
ce qu'il y avait de bon chez cet homme. Je le crois sincèrement.
J'ai déménagé. J'ai arrêté d'écrire. Il n'y a pas eu de transition véritable
: un jour, simplement, les mots ne me sont plus venus. Une façon un peu ironique
de me forcer à comprendre l'impuissance que ressentait Billy lorsqu'il essayait
de me décrire un paysage merveilleux mais se heurtait immanquablement à la barrière
absurde du langage.
Billy n'avait pas les mots.
Lauren Mézière, février 2003 lauren.meziere@wanadoo.fr
Son site : http://livreouvert.free.fr
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Isabelle
Ménétrier est auteur et a déjà
publié un recueil de poésies ainsi que des nouvelles pour
diverses revues et des articles dans des journaux et magazines. Elle prépare
une trilogie Ecrire
à l'auteur: isabellemenetrier@yahoo.fr |
Prestidigitation Sentimentale
Au cœur du treizième arrondissement de Paris, la rue Nationale, surplombée de son métro aérien, se réchauffe sous le doux soleil d'avril. Les automobilistes circulent fenêtres baissées, musique à fond, un peu moins tendus qu'à l'habitude ; sur les trottoirs, les gens ralentissent la cadence, lunettes noires sur le nez, tandis que d'autres commandent un capuccino en terrasse ou pratiquent le lèche-vitrines à petite allure.
L'appartement de Marion baigne dans une légère torpeur. De la porte-fenêtre, vitres béantes, voilages immaculés voguant gracieusement au gré du vent, se distinguent les cris surexcités des écoliers profitant de cette chaleur impromptue pour retirer un peu trop vivement manteaux et bonnets. Etalée au milieu du balcon, Baguerra, féline noire plus proche de la panthère que du chat, s'offre voluptueusement aux premiers rayons de l'illustre Rê. Marion aime ces prémices printanières, elles la revigorent, lui restituent l'énergie soufflée, dès ses premiers frimas, par l'hiver. " Aucun doute, dans une vie antérieure, j'ai dû être plante tropicale à l'abri d'une serre surchauffée ! ce n'est pas normal de détester à ce point le froid, le vent, la pluie. Dès novembre, je m'étiole pour ne refleurir que six mois plus tard, dès le retour du printemps ". Elle plisse ses yeux bleus sur le mur blanc où le soleil se réverbère, son regard survole le parquet ciré couleur miel rappelant un feu vif, puis s'arrête sur la table en merisier où elle demeure accoudée, face à une pile de livres et de cahiers. Elle sort alors de sa rêverie pour revenir à Gérard occupé à griffonner studieusement sur sa feuille.
Ce dernier cherche du travail ; il projette de passer un concours de chauffeur pour l'Assemblée Nationale, seulement, il désespérait d'écrire une dictée ou de rédiger un résumé sans faute. Il avait donc pensé à la fiancée de son meilleur ami, Jean-Louis. Marion, professeur de Français, devait pouvoir l'aider. Lorsqu'elle accepta, il n'imaginait pas l'assiduité, ni le sérieux qu'elle exigerait de lui. Deux fois par semaine, elle lui infligeait orthographe, vocabulaire, grammaire, conjugaison, mélangeant ces diverses matières pour lui concocter des exercices âpres à souhait. Mais Marion s'estime satisfaite du résultat ! Depuis le début, il joue le jeu à fond, apprend les règles, les temps, sans rechigner, se révélant un garçon intelligent, un élève attentif. Elle a appris à le connaître. Il possède une vivacité d'esprit, une curiosité, un humour qu'elle ne soupçonnait pas. Lorsque s'achèvera ce soir leur dernier tête-à-tête, après cet ultime cours, leurs studieux rendez-vous manqueront à Marion. Jusqu'alors, Gérard demeurait le " pote " de Jean-Louis, celui des blagues de potache, des virées en célibataire. Ils riaient parfois tous les deux d'un rire bête chargé de sous-entendus machos qui lui mettaient les nerfs à vif. Et sa rupture d'avec Carine, il y a déjà un an, ne l'avait pas arrangé ! Il refusait d'entendre parler des filles, les raillait de manière affreuse, persuadé qu'aucune ne lui conviendrait jamais. Seulement, lui aussi changeait, au fur et à mesure de ces heures particulières. Marion notait la pointe de douceur dans sa voix ou ses gestes durant qu'elle lui rabâchait les terminaisons du futur : ai ( " et non pas ais comme au conditionnel ! ") - as - a - ons - ez - ont ; elle remarquait également ses yeux la dévisageant à la dérobée tandis qu'elle lui expliquait la règle du participe passé employé avec le verbe avoir (" Nous avons regardée quoi ? que, mis pour la carte de France, complément d'objet direct placé avant le verbe donc : accord !).
Soudain, les verrous de la porte d'entrée claquent, une voix de stentor lance un joyeux " Coucou ! " à la cantonade. Trois enjambées de géant et Jean-Louis surgit, aussi brun et longiligne que Gérard s'avère blond et carré.
" Alors
Gégé, ça devient bon ? demande-t-il à son ami, narquois.
- En tous cas, je m'applique ! ".
Marion sourit.
" Mais
oui, tu te débrouilles très bien. Je suis sûre que tu t'en
tireras à merveille le jour des épreuves.
- si tu le dis… ", soupire le futur candidat. " Et toi, le super "
English Prof ", ajoute-t-il, quoi de neuf ? ".
Jean-Louis ajuste ses minuscules lunettes rondes, s'assied à califourchon sur une chaise et s'exclame :
" Ah
! Les lycéennes en cours d'Anglais ! Je te jure ! comme elles peuvent
fantasmer sur un enseignant, incroyable…
- Tu ne vas pas t'en plaindre ?
- Non, " of course ", c'est plutôt flatteur… pour moi, mais
pas pour elles… Elles frôlent le ridicule, " les pôvres "
!
- Le ridicule, je ne crois pas. C'est touchant une adolescente amoureuse d'un
homme plus âgé.
- Attends ! On n'est pas si vieux : vingt-sept ans !
- Pour elles, si ! N'oublie pas qu'à trois ans près, nous avons
le double de leur âge !
- Aïe, aïe, aïe ! " se lamente Jean-Louis d'une voix tragique
avant d'éclater de rire.
Tandis que les deux hommes poursuivent la conversation sur un ton badin, Marion part préparer un café dans la cuisine. " Il m'agace ! Il se sait beau et il en joue certainement auprès des gamines assistant à ses cours. Un jour, ça lui retombera dessus "… L'horloge murale indique seize heures. Elle soupire, excédée. " Il a fini de bonne heure. J'achève mon dernier cours avec Gérard et le voilà qui débarque sans prévenir alors que j'aurais voulu prolonger cet instant ". Elle se sent nerveuse ; " Le mariage ? non, je ne veux plus me marier, pas après ces jours où mon cœur a battu différemment pour Gérard. Je n'aime pas Jean-louis, du moins, pas comme je le pensais ! ". Elle les rejoint, ils boivent leur café, discutant de tout et de rien ainsi qu'ils en ont l'habitude. Cependant, Marion et Gérard savent qu'entre eux, un rouage a déraillé, détraquant leur cœur et chamboulant leur tête. Au moment de se quitter, le simple fait de prononcer un banal " au revoir " les gêne ; heureusement Jean-Louis ne s'en aperçoit pas…
Un mois s'écoule sans nouvelles de Gérard ; Marion ment, joue la comédie du bonheur auprès de son compagnon, alors qu'elle se désespère, se tourmente d'autant plus qu'elle sait pertinemment qu'ils mangent ensemble un midi par semaine, toujours dans la même brasserie. " Pourquoi ne vient-il pas ? Je ne me suis pas trompée pourtant ! Lui aussi se comportait autrement… ". Bien sûr, elle se doute des scrupules harcelant la conscience de Gérard à propos de la confiance accordée au nom de l'amitié. Mais elle ne conçoit pas de vivre " amoureusement " aux côtés de Jean-Louis et de le fréquenter " amicalement ". Devant cette menace, elle préfèrerait encore les abandonner tous les deux ! Elle éprouve le besoin de s'épancher, de se confier à Nathalie, professeur de dessin dans le même lycée où elle enseigne le Français. Dix heures quarante, son amie doit boire un café dans la salle des profs.
" Allô
Nathalie ? C'est Marion.
- Alors, où en es-tu avec Gérard ?
- Nulle part, figure-toi ! Il joue l'homme invisible, aucun signe de vie… Il
n'ira pas jusqu'à sacrifier son vieux copain ! Pas pour " une nana
" ! ". Elle enrage, plus féline et prisonnière en sa
cage dorée que Baguerra royalement étendue du bout de ses oreilles
à la pointe de ses griffes sur le canapé.
" Que
s'imagine-t-il ? Que j'accepterais de continuer à mener cette existence
juste pour préserver leur amitié ? Il parviendrait, lui, à
feindre l'indifférence sur des années ? Me côtoyer sans
finir par se trahir ? A moins qu'il ne prévoit, lâchement, de m'éviter
notre vie entière, en rencontrant Jean-Louis dehors… M'aime-t-il seulement
! reprend-elle ; Je peux me tromper sur toute la ligne, me leurrer sur une impression
fausse et gâcher mon avenir sur cette illusion…
- Pourtant, tu devras t'en aller, il le faudra, tu ne vas pas t'enliser éternellement
dans cette situation hypocrite.
- Dire qu'il y a un mois, j'essayais ma robe de mariée pour les premières
retouches !
- Et alors ? Il va falloir la décommander et annuler la cérémonie.
Les invitations ne sont pas encore parties ?
- Non ! Sais-tu le tollé que suscitera ma décision auprès
de nos parents réciproques ? Les commérages iront bon train, je
serais salie, jugée, condamnée sans appel. Et Jean-Louis ? Rien
n'apaisera son chagrin, la grande victime là-dedans, ce sera lui. Rejeté
par sa fiancée, berné par son meilleur ami, s'en remettra-t-il
? Dans combien de temps ? En quel état ?
- Arrête ! Ne remues pas le couteau dans la plaie… Tu ne vas pas rester
par pitié tout de même ?
- Non, bien sûr…
- Dis, il faut que je file, j'ai un cours avec la troisième bleue ; tu
me rappelles d'ici une heure, si tu veux ?
- D'accord, à plus tard ".
Encore deux semaines à errer, l'âme en peine, le cœur en berne. Deux semaines de trop à espérer un miracle, une éclaircie dans cet horizon maussade. Mais rien, rien ! Marion n'en peut plus, elle appuie ses deux mains sur l'évier, ferme les yeux, aussitôt Gérard lui sourit…
" Tiens
regarde, l'interrompt Jean-Louis, nous sommes invités chez Eric et Chloé.
- En quelle occasion ? s'informe-t-elle, d'une voix mal assurée.
- Leurs noces de cuir, répond-il en lui tendant une enveloppe.
- Deux ans de mariage… Ca se fête ? murmure Marion après avoir
lu la carte d'invitation.
- Quand on est amoureux, on peut fêter son anniversaire de mariage chaque
année si l'envie nous chante, ma chérie ! " lui souffle Jean-Louis
en l'embrassant dans le cou.
*****
Si Gérard se targue du titre d'ami d'enfance de Jean-Louis, Eric, quant à lui, prétend à celui du copain de fac ; tous trois ont jeté leur gourme ensemble, trio inséparable et fêtard, à l'époque des vacances entre potes et des flirts faciles ; en plus, tandis que Gérard conduisait pour une société de taxis, Jean-Louis et Eric effectuaient leurs révisions en commun et réussissaient brillamment leurs examens universitaires. Lors du bal de fin d'année, ses diplômes en poche, Eric succomba au charme de Chloé, Jean-Louis à celui de Marion, au détriment de son amie Nathalie. Gérard suivit leur exemple en tombant amoureux de Carine, secrétaire dans la boîte de taxis où il travaillait, et jusqu'à leur rupture, suite au mariage d'Eric et Chloé, il s'ensuivit deux ans passionnés pour les trois couples.
" Quelle
joie de vous voir ! s'exclame Chloé, une ravissante métisse drapée
dans un sari orange, ses superbes cheveux noirs relevés en un chignon
d'où s'échappent coquettement quelques mèches ondulées.
- Je suis d'accord avec ma femme ", précise Eric en serrant les
mains de ses deux amis et de leurs compagnes. Il porte un pantalon noir et une
chemise blanche ; visiblement, sa cravate le gêne, il n'arrête pas
de passer le doigt contre son cou. D'ici peu, elle finira sur une table.
" C'est
génial que vous soyez venus.
- On n'allait pas vous lâcher ! Pas après toutes ces années
! le taquine Jean-Louis, véritable réplique vestimentaire de son
ami, son cou enserré l'indisposant cependant beaucoup moins.
- C'est vrai que nous nous connaissons depuis un certain temps maintenant !
Combien environ ?
- Attend… J'ai connu Gérard en terminale, et toi, l'année suivante,
en première année de fac. Je devais avoir dix-huit ou dix-neuf
ans ; Ouah ! réalise-t-il, vous vous rendez compte les mecs, dix ans
déjà !
- Effectivement, ça commence à devenir impressionnant ! concède
Gérard, décontracté en pantalon de toile grise et t.shirt
noir.
- Comment j'ai pu tenir jusque là ! ? " demande Eric à la
cantonade.
Les trois copains éclatent de rire.
" Ca
fait bizarre de se retrouver tous ensemble ; la dernière fois…, Marion
s'interrompt subitement, réalisant sa bourde.
- Carine nous accompagnait ? reprend Gérard. Il est passé de l'eau
sous le pont depuis ! Il n'ose s'attarder sur la silhouette moulée dans
une robe en soie bleue turquoise assortie à ses yeux, son profond décolleté
souligné d'un lien de franges perlées noué derrière
la nuque, astucieux collier en trompe-l'œil sur lequel tombent la cascade de
ses cheveux blonds.
- Excuse-moi, mais justement c'est là que je voulais en venir… Qu'adviendra-t-il
dans les deux prochaines années ? Comment en sortirons-nous, vainqueur
ou perdant ?
- Eh ! Mais arrête chérie ! la tance Jean-Louis. Que t'arrive-t-il
? Tu crains de ne plus en être la prochaine fois ? N'oublie pas que nous
nous marions bientôt, aucun risque pour toi !
- C'est vrai au fait ! Félicitations à vous deux, s'écrie
Chloé en les embrassant.
- Mais oui, elle a raison ! tous mes vœux de bonheur ! ajoute Eric.
- Enfin Marion, pourquoi te tracasses-tu ainsi ? la secoue Nathalie, d'une voix
lourde de sous-entendus. Félicitations à toi et ton fiancé.
- Félicitations ", murmure Gérard.
" Je n'aurais pas dû écouter Jean-Louis, pensa Marion. Quelle idée grotesque de me retrouver attablée auprès de Gérard, en face de mon fiancé et sous le regard en oblique de ma confidente… D'ailleurs, je la trouve spécialement en beauté ce soir Nathalie ; ses magnifiques cheveux enveloppant ses épaules, son corps parfait dessiné dans cette robe bordeaux à volants et son châle à franges transparent de même teinte, on jurerait une danseuse de flamenco ".
Eric et Chloé ont réservé une salle divisée en deux : d'un côté, un buffet largement achalandé, quelques tables dispersées de droite et de gauche ; de l'autre côté, une piste de danse dominée par une scène où s'agitent un disc-jockey, quatre musiciens et une chanteuse. Jean-Louis et Nathalie se montrent volubiles, rieurs, heureux de se revoir. Leur conversation tourne autour de la dure existence des professeurs, des différents et difficiles élèves supportés d'une rentrée à l'autre. Silencieux, Gérard songe à Marion si près de lui. Leurs corps se frôlent, il brûle d'envie de la serrer contre lui, que tous sachent combien il l'aime, comme son bonheur ne dépend plus que d'elle. Pourtant, depuis Carine, il se croyait guéri des femmes, d'un quelconque sentiment amoureux. Il jouait le fanfaron, le célibataire endurci, mais il avait suffi de quelques moments particuliers en compagnie de Marion pour que l'amour le surprenne là où il s'y attendait le moins, et pour la seule dont il n'aurait jamais voulu éprouver un sentiment aussi fort : la fiancée de son meilleur ami ! Tandis que Jean-Louis et Nathalie continuent d'échanger leurs impressions professionnelles, Marion, troublée, réalise que sa jambe touche celle de Gérard et qu'il ne s'en formalise pas plus qu'elle. " Nous ne pourrons pas nous taire indéfiniment, ce n'est pas possible ! " songe-t-elle.
Subitement, son fiancé l'entraîne sur la piste tandis que Nathalie se charge de Gérard. Ils s'accordent, contraints et forcés, sur les pas de leurs partenaires, se laissant guider par les rythmes saccadés, évitant soigneusement de se regarder. Ils se sentent ridicules, mais au moins font-ils semblant de s'amuser ! Puis la musique devient douce, aussitôt, ses idées s'embrouillent, sans le vouloir raisonnablement mais poussé par sa passion, Gérard s'empresse d'enlacer Marion sous le nez médusé de Jean-Louis immédiatement réconforté par Nathalie.
" Alors
cette soirée ?
- Particulièrement pénible…
- Pour moi aussi, avoue-t-il, j'en viendrais presque à faire n'importe
quoi.
- Ah oui ? De quel genre ? balbutie Marion, le cœur battant la chamade.
- A en perdre mon meilleur ami ".
Il la serre ostensiblement contre lui. Jean-Louis et Nathalie ne voient rien, trop occupés à bavarder et pouffer de rire.
" Tu
me manques Marion…
- Toi aussi.
- Je n'aurais pas dû venir, ça ne va rien arranger.
- Chut ! Juste ce soir, en profiter un peu, s'il te plaît ! quémande-t-elle,
câline.
- Comme des voleurs…
- Et alors ? C'est mieux que rien ! ".
Gérard songe qu'elle a raison, qu'ils peuvent au moins se rassasier de la chaleur de l'autre, de son souffle, de la douceur de ses mains. Seulement, cette nuit, amasser des miettes de souvenirs pour aider à vivre les prochains jours quand le cœur leur manquera… " D'accord, parenthèse jusqu'à demain. Mais après, il faudra qu'on parvienne à tourner la page ".
Marion hausse les épaules. " bon sang ! qu'il ouvre les yeux ! Nous n'y parviendrons pas en jouant ainsi au chat et à la souris ! ". Fatiguée, elle lui murmure à l'oreille " C'est toi qui décide ".
*****
Quelques jours s'écoulent, puis Gérard s'invite, une bouteille
de champagne à la main. " Je suis reçu à l'écrit
! ". Ses yeux fuyant les siens, il embrasse Marion : " merci "
; son ami lui tape affectueusement sur l'épaule, puis, ensemble, ils
arrosent l'événement au champagne.
" Alors
tu commences quand ? s'informe Jean-Louis.
- Oh attend ! il me reste l'oral dans quinze jours. Mais la personne qui m'avait
conseillé de préparer ce concours voulait juste que je réussisse
l'écrit. Il sera mon examinateur le jour J, alors…
- Tu es d'ores et déjà embauché, conclut Marion.
- Oui… Vive le piston ! conclut-t-il, d'un ton sarcastique.
- De toute façon, si ce n'était pas toi, c'en serait un autre,
le rassure son ami.
- C'est sûr ! Mais bon, par rapport aux autres gars, les dés sont
truqués, je ne me sens pas très fier sur ce coup-là.
- Parce que tu t'imagines qu'à ta place, ils hésiteraient ? insinue
Marion. Profite de ta chance, c'est tout ".
La sonnerie stridente du portable de Jean-Louis les fait sursauter. Il jette un coup d'œil à sa montre, " vingt-trois heures dix ! ", décroche, légèrement anxieux pour se rasséréner presque aussitôt. " C'est toi Laure ? Qu'est-ce qui… ? ". Sa sœur se lance dans une diatribe interminable, tandis qu'il part s'isoler dans la cuisine. Un silence lourd de sens envahi la pièce. Les mots de Gérard le transperce, froids, impersonnels.
" Je
ne viendrais plus ici Marion… Je ne tiens pas à gâcher mon amitié
avec Jean-Louis.
- Tu as sans doute raison…
- Je ne sais pas, mais nous ne devons pas tenter le diable.
- Lui, tu le reverras ?
- A l'extérieur, oui ".
Il la dévore des yeux, terrassé par la fatalité. Il se sent malheureux d'avoir à choisir entre son ami ou son amour, déchiré d'avoir tranché en faveur de Jean-Louis. " Je t'oublierai, il le faut ! " murmure-t-il, désemparé. Elle croise ses mains, les serre fort, si fort que les articulations de ses doigts en rougissent douloureusement. Puis elle se ressaisit en entendant résonner les pas de son fiancé dans le couloir. Jean-Louis revient, feignant ostensiblement un agacement excédé. " Ah celle-là ! Aucun respect ! Elle s'ennuie ? Allez hop ! on appelle le grand frère et tant pis si il dort ou batifole ! ".
Gérard se lève, murmure sans la regarder " Bonsoir Marion ", salue son ami d'une poignée de main et rentre chez lui.
" Il
était bien pressé Gégé, il en a oublié son
blouson, constate Jean-Louis.
- Range-le dans le placard, il le récupèrera un de ces quatre
".
*=*=*=*=*
Le téléphone surprend Marion plongée en pleine réflexion.
" Oui,
allô ?
- C'est moi, Jean-Louis. Je voulais te dire un petit bonjour.
- Tu es gentil.
- Je trouve aussi ! répond-il d'un air badin. Et beau, intelligent, bien
sous tous rapports, quoi !
- Mm… ".
Il devine son sourire à peine esquissé, l'envie de raccrocher, de ne plus parler. Ne plus lui parler ?
" Tu sembles exténuée en ce moment, avance-t-il prudemment ; Tu te tracasses pour le mariage ? ".
Elle tarde à répondre ; Il attend, le cœur battant, inquiet.
" Effectivement,
me marier m'effraie…
- Pourtant, tu étais enchantée ! Tu te rappelles notre joie ?
- Oui… admet-elle, agacée. Mais aujourd'hui, je ne m'estime pas prête.
- Tu veux tout annuler ? murmure-t-il, d'une voix presque inaudible.
- Je crois qu'il vaudrait mieux… ".
Jean-Louis a raccroché, coupant court la conversation. Malgré un temps splendide, Marion tremble de froid. Le visage, la voix, le sourire de Gérard la hantent. Elle souffre de son silence, de son absence ; elle souffre de jouer la comédie à son fiancé ; Elle frissonne, ses mains frottent ses épaules glacées sous le fin T.shirt en coton ; soudain, prise d'une idée subite, elle traverse le couloir, ouvre une porte, attrape le large blouson noir de Gérard et s'y emmitoufle lascivement avant de s'endormir sur le canapé, Baguerra serrée contre elle, bercée par de la musique classique.
Lorsque Jean-Louis rentre du lycée, il perçoit le " Rondo Vivace " de Chopin en sourdine. " Marion ? interroge-t-il en pénétrant dans le salon. Paresseusement, Baguerra étire ses longues pattes, sa gueule ouverte en un bâillement effronté, les yeux émeraude fendus en amande à peine entrouverts, mais la mince forme allongée à ses côtés ne bouge pas d'un iota. Il contemple les doux traits détendus, reconnaît le vêtement qu'elle étreint contre son corps. Il retourne sur le pallier ; au bout de quelques minutes, il appuie sur la sonnette. Faire semblant. Il l'entend se précipiter jusqu'au placard. Elle s'empresse de lui ouvrir, débarrassée de la veste compromettante. Pas d'explications. En discuter avec Gérard demain.
" Excuse-moi,
j'ai oublié mes clefs ce matin.
- Pas grave, répond-elle en balayant l'air de la main, j'écoutais
de la musique ".
-
=*=*=*=*=
Midi, à " La Bonne Boustifaille ", la brasserie attitrée
des deux amis. Ils ont avalé leur sandwich sans un mot ; parvenus au
café, mal à l'aise, ne sachant sur quel ton poursuivre, ils se
demandent quoi raconter. Brusquement, Jean-Louis rapporte sa découverte
de la veille.
" Dis-moi,
il s'est passé quelque chose entre Marion et toi ? demande-t-il.
- Ca ne va pas ! rétorque Gérard, qu'est-ce qui te prend ? ".
Jean-Louis esquisse un fin sourire, se penche vers lui, ses yeux le tançant au-dessus de ses lunettes d'étudiant :
" Arrête
de jouer les grands outragés mon pote, lui susurre-t-il, ironique. Pas
avec moi… Je répète : s'est-il passé quelque chose entre
vous ?
- Non… Enfin… Une attirance, rien de plus… bafouille Gérard.
- Rien de plus ! s'exclame Jean-Louis en se renversant sur sa chaise, mais n'empêche
qu'elle ne m'aime plus !
- Arrête ! Elle vit toujours avec toi…
- Tu parles ! Des jours qu'elle se tait sans que je puisse deviner la cause
de son mutisme, et pour cause ! Des jours sans faire l'amour, à se côtoyer
sans plus partager… Et ses yeux embués de larmes, sans raison apparente…
Tu l'aimes toi ? ".
Gérard
hésite. Jean-Louis l'affronte, prêt à tout entendre, surtout
le pire.
- " Oui… Ecoute ! je n'essaierai pas de la revoir, je ne viens même
plus chez vous pour éviter d'envenimer les choses. Je ne veux pas détruire
notre amitié.
- Mais il faut que tu reviennes Gérard ! Je préfère m'effacer
que de la savoir malheureuse… Je ne tiens pas à ce qu'elle reste juste
pour m'épargner. Notre amitié, on verra plus tard, mais toi, tu
dois la rassurer, la réconforter. Elle en a besoin, tu ne t'imagines
pas… ".
Gérard croit rêver ! Tout à l'heure, Jean-Louis semblait menaçant, à la limite de l'agresser et le voilà complètement bouleversé, émouvant en fiancé prêt au sacrifice suprême. Nerveusement, ne sachant quoi répondre à autant d'abnégation, il se ronge les ongles : " Que dois-je faire ? Quelle serait la solution idéale nous concernant tous les trois ?… ".
" Encore une soirée sinistre à compter les heures jusqu'à ce que le sommeil me gagne !". En franchissant le seuil de l'appartement, Marion distingue les voix de Jean-Louis et Gérard. Son cœur s'emballe, le sang lui bat les tempes. Elle les rejoint, faussement désinvolte, sourire aux lèvres : " Bonsoir… ". Immédiatement, Jean-Louis s'empare de sa veste, de ses clefs de voiture ; il fixe Marion, murmure : " Je crois que vous avez beaucoup à vous dire " et s'en va. Gérard se rapproche, il lui raconte leur entrevue ce midi, puis sa propre descente en enfer, combien il s'est retenu pour ne pas revenir vers elle. Soudain, les murs semblent se rapprocher, l'air lui manque, le domicile de son ami lui paraît hostile. " On ne va pas rester là, on sort ? propose-t-il.
Ils errent, lentement, côte à côte ; ils parviennent à la célèbre salle omnisports de Bercy magnifiquement illuminée ; ils s'assoient sur l'une de ses innombrables marches.
" Comment
envisages-tu la suite Marion ?
- Demain, je déménage ; après, je ne sais pas… Ca dépendra
de toi.
- Je m'en veux envers Jean-Louis, notre amitié n'y survivra pas.
- Je suis désolée, sincèrement, mais je n'ai rien prémédité
! Petit à petit, tu as pris davantage de place dans mes pensées
et j'ai fini par m'avouer que… je…
- Ne t'excuse pas, moi aussi le coup de foudre m'a submergé sans que
je le veuille".
Il lui assène tendrement un coup d'épaule, sourit, glisse un baiser furtif au coin de ses lèvres : " Nous serons heureux ! ".
=*=*=*=*=
Mi-août, un samedi après-midi ensoleillé. Jean-Louis s'arrête,
survole la Place d'Italie d'un coup d'œil, recherchant un visage parmi la foule.
Il se tient droit, bel homme ne l'ignorant pas, les mains dans les poches de
sa veste ; il marche d'un pas assuré, les événements des
derniers jours l'accompagnent, tenaces, répétitifs… Soudain, surgit
Nathalie.
" Bonsoir
Nat, alors, quoi de neuf ?
- Rien de particulier… On dîne ensemble ? je connais un endroit très
sympa où le moindre plat se déguste avec gourmandise ".
Elle l'entraîne à l'intérieur d'un minuscule restaurant chinois, à la limite du " boui-boui ". Mais cette impression s'efface dès qu'il goûte les nems croustillants et savoureux.
- Je n'ai
rien compris à cette histoire, dit-elle en s'asseyant. Ce Gérard,
il y a peu, elle ne m'en parlait pratiquement pas !
- Comme quoi… Comment va-t-elle ?
- Marion ? Elle se portait à merveille en juin : heureuse comme une femme
amoureuse ! Je t'avouerais, entre nous, que son attitude me choque…
- Pourquoi ?
- Et bien moi, à sa place, insinue-t-elle, mutine, je ne t'aurais pas
quitté ! ".
Lentement, il s'essuie la bouche, repose sa serviette et lui rétorque :
" C'aurait
été plutôt embêtant, non ?
- Sûr ! D'ailleurs, à ce propos, jamais je n'aurais cru que tu
me remarquerais mon chéri ! A côté d'elle, je ne faisais
pas le poids…
- Ne dis pas cela ma puce ! " ; Il lui caresse la joue, attendri. "
Marion possède la beauté académique d'une blonde aux yeux
bleus, tandis que toi, tu ressembles à une gitane dansant sous le soleil.
Dès que je t'ai vu, je t'ai voulu.
- Sans renoncer à tout cependant !
- Oui, c'est vrai ; mais reconnais que l'enjeu en valait la chandelle ! Elle
est partie en embarquant uniquement le chat, ses fringues et ses affaires professionnelles.
Je conserve le contenu d'un compte épargne prévu pour le repas
et l'hébergement des quatre-vint-cinq convives au mariage, l'appartement,
le mobilier ; Nous démarrerons notre vie de couple sur de bonnes bases
!
- Il n'aurait pas fait bon qu'elle veuille partager !
- Partager quoi ? L'appartement, c'est moi qui l'avait trouvé, il me
revenait. Les meubles, la vaisselle, on aurait pu s'arranger à la limite.
Quant à l'argent, je me doutais bien qu'elle n'en ferait pas cas, elle
est du genre " désintéressée ", la " pôvre
" ! Et si elle se réveille dans six mois, ce sera bien trop tard,
j'ai déjà fait transférer l'argent sur un nouveau compte
! Tout nous appartient, ma belle !
- N'empêche que profiter des cours de Gérard pour les influencer
dans leurs sentiments, il fallait y songer, chapeau bas !
- Je les imaginais bien ensemble ; elle correspondait exactement à ce
qu'il recherchait chez une femme. En ce qui concerne Marion, il me suffisait
de la négliger un peu, de la mettre en état de manque affectif,
et hop, elle devait mordre à l'hameçon !
- Pourquoi m'as-tu demandé de t'appeler un soir à vingt-trois
heures ?
- Cette journée-là, j'avais croisé Carine ; Elle venait
de déjeuner avec son oncle, ce type qui devait pistonner Gérard,
et il lui avait annoncé la réussite de son ex petit ami à
l'écrit et comment celui-ci prévoyait de débarquer le soir
même chez nous avec une bonne bouteille. Aussi, lorsque tu m'as appelé,
ils ont cru que je m'isolais pour parler à ma sœur, alors qu'en fait,
je voulais juste qu'ils se retrouvent seuls, histoire d'exacerber leur libido
!
- Pas mal… reconnaît Nathalie, admirative.
- Eh ! toi aussi tu t'es montré efficace ; La façon dont tu rabrouais
Marion au téléphone la déstabilisait davantage. Mais celle-ci
m'a filé un sacré coup de main en portant ce blouson en cachette.
Là, j'ai réalisé que mon plan fonctionnait au-delà
de mes espérances, il ne me restait qu'à enfoncer le clou : durant
la fête organisée par Eric et Chloé en les mettant dans
un état émotionnel horrible, par un coup de fil où je l'amène
à m'annoncer qu'elle revient sur notre projet de mariage, et là,
crac ! le choc psychologique : je lui raccroche au nez ! Fin prêt pour
le dernier acte…
- Où tu te révèles carrément magistral ! Inviter
Gérard chez vous pour la réconforter ! Tu deviens l'amoureux tragique
se sacrifiant pour l'amour de sa dulcinée : du grand art ! ".
Nathalie
éclate de rire : " Et maintenant, ils vivent au fin fond d'une banlieue
! J'ai demandé à ne plus assurer les cours de dessin au lycée
où Marion travaille, si bien que plus rien ne nous rattachera à
ces deux-là dès la rentrée prochaine.
- Ce qui veut dire que tu t'installeras avec moi en septembre, une fois les
événements calmés !
- Me crois-tu aussi stupide que ton ex-fiancée ? Agirais-tu envers moi
comme envers elle, si tu rencontrais quelqu'un d'autre ?
- Tu sais très bien que la moindre décision, le moindre achat,
se fera en commun, sous nos deux noms ; De toute manière, tu ne possèdes
pas une once de sa naïveté et c'est pour cela que je t'aime, parce
que toi comme moi, on en veut, on se défend et on gagne : on se ressemble
!".
La nuit
les enveloppe, ils déambulent main dans la main, le métro aérien
leur indiquant le chemin menant à la rue Nationale. Ils pénètrent
dans l'appartement où rien n'a apparemment changé. A peine la
porte refermée sur eux, ils s'embrassent fougueusement. Jean-Louis caresse
les cheveux de Nathalie, dépose des baisers sur son visage ; avant de
l'entraîner dans la chambre, il lui murmure : " Tu verras, on va
être heureux ! ".
- FIN -
Isabelle Ménétrier, isabellemenetrier@yahoo.fr
Son site: http://monsite.wanadoo.fr/isabelle-menetrier