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Point de vue Christian Perrot, juin 2006.
L'ile des femmes Christian Perrot, juin 2006.
Siège singulier Christian Perrot, janvier 2007.
Découverte Christian Perrot, janvier 2007.

 

 

 

Christian Perrot : Né en août 1968 à Marseille (13), j'ai suivi un cursus scolaire résolument tourné vers la technique (BEP, Bac F10 et BTS de Microtechniques). Pourtant, mes deux passions ont toujours été l'informatique et la lecture, dont j'affectionne tout particulièrement les romans de Science-Fiction, de Fantasy et de Fantastique.

Ma rencontre avec les Jeux de Simulation (plus connus sous l'appellation : Jeux de Rôles) durant mes années étudiantes a marqué un tournant dans ma vie. Non seulement il m'était possible de vivre des aventures dans ces mondes littéraires que j'aimais tant, mais, en plus, je réalisais qu'il m'était aisé d'en inventer moi-même. Durant une dizaine d'années, je me suis découvert un don de conteur d'histoires et de créateur d'univers. Tout naturellement, je suis passé de l'écriture de scénarios, à l'écriture de nouvelles, puis de romans. D'abord dans la Fantasy, en exploitant le monde sorti de mon imagination pour les besoins des Jeux de Rôles, puis dans la Science-Fiction en développant autour d'un personnage picaresque.

Les hasards de la vie et de mon premier emploi m'ont fait passer par l'Alsace où j'ai rencontré ma femme, et où je me suis installé avec elle en 1994 dans les environs de Colmar (68).
Une discussion de famille m'ayant fait découvrir être le cousin germain du célèbre Jimmy Guieu - dont j'avais dévoré les romans tout au long de ma vie - parut tomber à point nommé puisque j'achevais la rédaction du premier tome d'une longue saga de Fantasy. Prenant contact avec Jimmy Guieu, j'ai pu le rencontrer lors de l'une de ses conférences dans la région. Profitant de l'occasion, je lui demandais son avis sur mon roman et sur la publication en général. Je quittais mon cousin à la fois enchanté de notre rencontre et pitoyable, car il m'avait ouvert les yeux sur mes nombreuses erreurs de style et sur les difficultés du milieu littéraire professionnel.

Loin de désespérer, je me suis mis à l'écriture de nouvelles afin d'améliorer mon style. Une rencontre fortuite avec le rédacteur d'un Fanzine de Besançon (25) m'a donné l'occasion de faire lire mes textes à leur comité de lecture. Les critiques de ce dernier me permirent d'améliorer mon écriture jusqu'à voir trois de mes nouvelles publiées dans ce magazine de fans. Un concours de circonstances me fit ensuite reprendre un projet délaissé par un ami en créant mon propre Fanzine destiné à promouvoir de jeunes auteurs amateurs recherchant le contact avec les lecteurs pour s'améliorer. Cette aventure dura trois ans (et six numéros) durant lesquels j'ai pu participer à plusieurs salons du livre et autres manifestations littéraires régionales. De nombreuses rencontres avec des professionnels de l'écriture et, surtout, avec les lecteurs m'apportèrent énormément. Finalement, j'achevais cette période de ma vie en publiant, en auto-édition, un recueil regroupant mes trente meilleures nouvelles.
Entre-temps, ma famille s'était agrandie de trois enfants, un garçon et deux filles, respectivement nés en 1995, 1998 et 2001.

Fort de mon expérience et des avis positifs de nombreux lecteurs, je me replongeais dans l'écriture de romans, en ayant soin de demander régulièrement l'avis d'amis de confiance. Sans cesser de travailler sur ma saga de Fantasy, je rédigeais d'abord un roman de Science-Fiction, terminé fin 2004. Hélas sans succès, j'ai soumis ce texte à une vingtaine d'éditeurs. Connaissant pertinemment les difficultés pour se voir publié professionnellement, je ne me suis pas avoué vaincu en achevant, fin 2005, un autre roman dans un style différent : le Fantastique (malheureusement non encore accepté par un éditeur). En août 2006, j'ai finalement terminé ma saga de Fantasy (1 860 000 signes) et, actuellement, je travaille sur deux romans faisant suite à mon roman de Science-Fiction.

***

Une des nouvelles de cet auteur est arrivée classée dans un concours sur le thème des Cathares, organisé par la mairie de
Chalabre. Le recueil de ce concours où apparait ce texte est disponible sur le site de l'éditeur Rivière blanche: http://www.riviereblanche.com/nouvellescathares.htm
Deux autres nouvelles viennent d'être publiés dans des Fanzines :
Dans "Présences d'Esprits n° 49" au:

http://www.anneau-monde.com/magazines/pde
 (à commander par courrier).
Dans "Phenix Mag n° 04 et 5" au:   

http://www.phenixweb.net/Nouvelles-no4
 et  http://www.phenixweb.net/Hors-Serie-Nouvelles-no5  (en téléchargement gratuit)
Une autre de ses nouvelles est parue dans le dernier "Aventures Oniriques et Compagnie de Présence d'Esprit" :
http://www.anneau-monde.com/magazines/aoc/

Enfin, Christian Perrot fait son entrée au Canada dans un hors-série du "Fanzine Nocturne" (hélas distribué seulement aux abonnés)
dont voici l'adresse :
 
http://www.6brumes.com/fanzinenocturne

Site Internet NEOPHYCTION :
http://www.neophyction.org/ecrivains/christian_perrot/dedale_mortel.php
Une nouvelle publiée dans le numéro 16 de Brins d'Eternité, le Fanzine Québécois dont voici le site :
http://www.brinsdeternite.com
Une autre de ses nouvelles a été retenue sur le site des Traversées Oniriques au lien suivant :
http://perso.orange.fr/arcologie/fy_04_result01.htm
Egalement au sommaire du Fanzine "Les hésitations d'une mouche n°42":
http://perso.orange.fr/hesitations-mouche
L'anthologie commémorant la mort de HP Lovecraft aux Editions Malpertuis et où apparait une autre de ses nouvelle est enfin disponible: http://www.lulu.com/content/987724
Au sommaire du dernier Phénix-Mag Hors-Série "les jouets" : http://www.phenixweb.net/Hors-Serie-les-jouets
et à celui de Aventures Oniriques et Compagnie (AOC) n°07 : http://www.anneau-monde.com/magazines/aoc
Publication de son premier roman "Zone d'ombre" aux éditions Terriciae: http://www.editions-terriciae.com/collectionsangri/index.html
Une nouvelle parution de Christian: une nouvelle fantastique, "La Nuit", écrite en hommage à HP Lovecraft, dans le Numéro 7 de "Nocturne", le Fanzine Québécois: http://www.geocities.com/nocturnefanzine/index.html

Site ami: FLASH INFINI:  http://pagesperso-orange.fr/jplanque/Infini/Flash.htm
Association Professionnelle de la Science-Fiction francophone, de la Littérature et des arts de l'Imaginaire.
Fondéee en 1984, l'association INFINI a pour objectif de promouvoir la science-fiction d'expression française, la littérature et les arts de l'Imaginaire. Par suite, elle a pour objectif :
– de relier ceux qui participent activement à la vie de ces formes d'expression
– de rassembler et faire circuler des informations entre professionnels, amateurs et autres
– de provoquer des échanges et de représenter les auteurs et artistes dans les salons, festivals, et conventions
– d'organiser des réunions,
– de publier un bulletin de liaison,
– d'aider à la réalisation de projets.


C. Perrot entre Fantasy, Fantastique et SF...!

Point de vue

Un goût de mort afflua dans la gorge du Roi. Sa grande expérience des guerres ne pouvait le tromper : il vivait là ses derniers instants. Tandis que le soleil semblait figé au zénith, il contempla le champ de bataille l'environnant comme un désert morbide. A perte de vue, tout n'était que cadavres et mourants. Presque toute son armée reposait ça et là, taches claires sur le sol sombre. Autant de corps sans vie qui paraissaient découper la terre en un gigantesque quadrillage.

L'armée ennemie les avait tous décimés. Ses gardes, ses cavaliers, ses prêtres... Même sa femme, sa reine bien aimée, avait rendu l'âme dans ses bras, occise d'une flèche en plein cœur en voulant le protéger de son corps aux formes pleines. Au loin, le Roi apercevait l'ultime tour, seul vestige d'une forteresse jetée à bas... la sienne. Un dernier salut bien trop éloigné pour le sauver.

Car sa mort accourait vers lui ! Deux cavaliers aux montures couleur de suie galopaient sur la lande, lances pointées vers sa poitrine parée d'ivoire.
Les trois gardes, qui constituaient le dernier rempart entre ses adversaires et lui, ne pourraient pas enrayer l'assaut imminent. D'autant plus que d'autres adversaires le menaçaient. Un prêtre à la toge d'onyx pointait son bâton vers lui, tandis que la propre femme du Roi adverse s'avançait d'une démarche sensuelle. Qui aurait pu croire que sous cet aspect angélique se cachait la pire des ennemies, la plus puissante ?

Le Roi regarda une dernière fois ses terres tandis que ses derniers gardes tombaient un à un.

De nouveau menacé directement, il recula d'un pas, butant en maugréant contre la muraille infranchissable qui encerclait le champ de bataille.
Ses adversaires l'entouraient à présent, l'acculant pour l'hallali final.
C'est en maudissant celui qui le commandait que le Roi brandit son sceptre, en un dérisoire geste de défi. La fin était là ! La reine adverse s'avança lentement. Sa démarche était si calme qu'elle faisait à peine bruire le fin tissu de sa longue robe. Ses seins fermes tendaient le doux tissu de soie noire. Son visage était radieux, pourtant, ses mains étaient ensanglantées. Elle sourit en s'approchant encore, dévoilant des dents aiguisées dignes d'un prédateur.
Alors que le Roi sentait sa vie s'enfuir, une voix désincarnée chuta du ciel. Les ultimes mots perçus par le suzerain à l'agonie :
- Echec et mat !
-
Au-dessus de l'échiquier presque vide, les deux joueurs se serrèrent la main avant de préparer une nouvelle partie...

Christian Perrot   christian.perrot@yahoo.fr
Rédacteur Jeux pour le Magazine Khimaira:  http://www.khimaira-magazine.com

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L'ile des femmes

Sur l'océan infini, une nef marchande glissait lentement vers le nord au gré du vent. A son bord, emplissant ses vastes cales, s'empilaient de nombreuses marchandises destinées à la vente.

Sur le pont, un jeune homme s'activait comme les autres membres d'équipage. Armé d'un balai, il avait la lourde tâche de nettoyer le sol afin que les seigneurs marchands, propriétaires du navire, soient fiers de leur moyen de transport.
Engagé depuis peu comme mousse, Ruèrec appréciait la traversée malgré son travail astreignant. Ses parents étaient fermiers, pourtant, il n'aimait pas la terre. Depuis son enfance, il languissait en regardant l'horizon liquide de l'océan. Après bien des heurts avec sa famille, il était parvenu à quitter son existence sédentaire. Enfin, il allait vivre pleinement. Il rêvait de ports lointains où l'attendaient certainement de nombreuses femmes aux courbes pleines.

Adolescent, une diseuse d'avenir lui avait révélé son futur : il vivrait en rencontrant un grand nombre de sylphides accueillantes. Cette idée en tête, il força l'allure de son travail.

Longeant le plat-bord, il releva machinalement le regard, fixant un court instant l'horizon. Alors, son sang se figea dans ses veines tandis que son cœur s'emballait. Là-bas, cinglant vers le navire marchand de toute sa voilure, filait une galère.
Malgré la distance, Ruèrec discerna la teinte écarlate de la coque, les grandes voiles ornées de flammes brodées et la proue en forme de monstre. Mais, ce qui le pétrifia le plus, ce fut le drapeau rouge décoré d'une longue griffe d'ivoire au-dessous duquel claquait le pavillon noir signifiant, en terme de piraterie, pas de prisonniers !
Car le bateau qui filait droit vers la nef avait sinistre réputation. Rares étaient ceux qui l'avaient vu sans périr, et pourtant, des dizaines de rumeurs couraient à son sujet. Les miraculés survivants l'avaient surnommé La Mort Flottante. Nul ne connaissait son port d'attache, ni même le nom de son capitaine. Ce dont on était sûr, c'est qu'elle écumait les trois océans du sud au nord. On racontait qu'elle avait déjà coulé près de quinze bateaux marchands.

Ruèrec trembla en songeant qu'il se tenait peut-être sur le pont de la seizième victime de ce navire porteur de mort. Sa peur était si intense qu'il restait là, statufié, le souffle court et le regard vide.

L'alerte ne vint pas de lui, mais d'un autre marin. Immédiatement, un vent de folie souffla sur la nef. Tous les présents s'affolaient, perdant leur sang-froid en courant inutilement en tous sens. Même les seigneurs marchands devinrent blanc comme linges.

Rapidement, il devint évident que le vaisseau poursuivi ne pourrait jamais distancer la galère pirate. Bien plus lourd, il ne disposait ni de la voilure ni des rangées de rames nécessaires. Malgré les cris qui s'élevaient sur le pont, la Mort flottante gagnait toujours du terrain.

Alors que la distance entre les deux bateaux permettait de voir l'équipage opposé, Ruèrec retrouva l'usage de ses membres. Mû par une peur irraisonnée, il attrapa un tonneau proche, le bascula par-dessus bord et plongea à sa suite. Comme un rat, il s'agrippa à son esquif improvisé, laissant au courant le soin de l'éloigner des deux navires.

C'est ainsi qu'il assista à la fin prématurée du navire marchand. Précédée de nombreuses volées de flèches mortellement précises, La Mort Flottante éperonna sa proie. Aussitôt, l'équipage pirate bondit à l'abordage. Le combat qui suivit fut d'une rapidité sanglante. En un temps ridiculement court, aucune âme vivante ne subsistait sur le pont de la nef. La cargaison transférée, les pirates dégagèrent leur navire avant de couvrir leur victime de flèches ignées. Rapidement, l'ancien lieu de travail de Ruèrec sombra dans les flots gorgés de sang où tournaient une multitude de requins...

Ruèrec dériva longtemps sur son tonneau. Assoiffé, affamé, trempé et grelottant, il crut avoir des visions en apercevant une île. Par miracle, les courants le guidèrent vers la terre, où il échoua enfin. Epuisé, mais fou de joie, il embrassa le sable de la grève qui venait de l'accueillir.

Hélas, son bonheur fut de courte durée. En un instant, il se découvrit entouré par un groupe de femmes armées de longs arcs.

Malgré sa fatigue, il remarqua que chaque inconnue avait un sein manquant, du côté où elle bandait son arme. Alors, il frissonna de peur. Venant de comprendre où il se trouvait, il maudit les Dieux. Un seul lieu au monde abritait de telles viragos. Il avait échoué sur l'Ile des Femmes : un lieu où nul homme ne désirait se rendre. En effet, ce peuple féminin était si belliqueux qu'il n'hésitait pas à occire tous les mâles, ne permettant la survie qu'aux filles.

Ruèrec sanglota. Si la prédiction de sa jeunesse se rapportait à cela, il ne pouvait imaginer fin plus horrible : transformé en esclave de reproduction avant d'être mis à mort.

* * *

Trois années passèrent et Ruèrec vivait toujours. Sa crainte basée sur des rumeurs n'avait pas subsistée longtemps. Il avait découvert le vrai visage de l'Ile des Femmes. Depuis, il ne songeait plus à la quitter.

Toutes les légendes étaient fausses. S'il était exact que l'île abritait un peuple de farouches femmes guerrières, n'hésitant pas à se faire couper un sein pour augmenter leur efficacité dans le tir à l'arc, le reste se révélait un ramassis d'exagérations stupides.

En vérité, le sol de l'île renfermait un minerai qui tuait peu à peu les hommes. Un peu comme une maladie incurable, une fatigue de plus en plus grande minait les mâles, jusqu'à ce qu'ils s'éteignent en s'endormant. Depuis des lustres que ce mal rôdait sur l'île, les femmes s'y étaient habituées, devenant combatives pour protéger les terres où reposaient leurs ancêtres. Certes, ils leur arrivaient d'enlever des hommes sur le continent pour perpétuer leur race. Néanmoins, elles ne brutalisaient jamais un mâle qui savait se montrer conciliant.
Bien évidemment, elles ne pouvaient laisser partir ceux qui posaient le pied sur leur île : leur tranquillité était à ce prix. Pourtant, peu d'hommes se rebellaient ou se plaignaient. Malgré le raccourcissement de leur durée de vie, la plupart acceptaient leur condition, trouvant même un certain bonheur à leur nouvelle vie. Car les mâles, denrées précieuses, étaient considérés comme des princes. En vertu de quoi ils étaient nourris, logés, et... aimés tendrement.

Couché sur une grève de sable fin, Ruèrec pensait à tout cela en laissant le soleil baigner son corps nu. Le Grand Abattement, comme on l'appelait sur l'île, avait commencé à se manifester. Pourtant, il n'en avait cure. Il aimait cette vie d'oisiveté et de luxure. Rien n'aurait pu le convaincre de quitter les lieux.

Des pas lui firent interrompre le cours de ses pensées. Une jeune femme brune se dressait au-dessus de lui en souriant. Ruèrec se leva. Il devait respecter la coutume en honorant une nouvelle insulaire chaque soir.

Tout en suivant la sylphide vers le village, il sourit pour lui-même. Ce jourd'hui, il n'aurait pas à se plaindre de la beauté de sa compagne d'une nuit...

Christian Perrot   christian.perrot@yahoo.fr
Rédacteur Jeux pour le Magazine Khimaira:  http://www.khimaira-magazine.com

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Siège singulier

Debout sur le chemin de ronde, les hommes en armures guettaient le lever du jour. A leurs pieds, une nappe de brume dissimulait la vallée s'étendant tout autour du château de Haut-Castel. Cette forteresse était la place forte la plus armée du pays. Son Roi, le Seigneur Reddress, en était fier et empli d'orgueil. Hélas, les suffisants ont de nombreux ennemis.
Pour l'heure, le brouillard matinal cachait l'armée ceinturant le château de toute part. Arrivés la veille, les futurs attaquants encerclaient la forteresse et avaient fourbi leurs armes tout au long de la nuit. Le lever du soleil et la dissolution de la brume nocturne marquerait le signal de l'assaut. Au soir, les envahisseurs espéraient dormir entre les murs du château.
Indifférent aux aspirations humaines, l'astre diurne jaillit d'un seul coup de derrière les montagnes proches. Ses rayons dorés échauffant l'atmosphère, la brume se dissipa, libérant la visibilité.
Les défenseurs hoquetèrent de terreur : l'armée ennemie avait grossie durant la nuit. Outre les hommes venus la veille, elle comprenait à présent bon nombre de monstres et d'animaux sans doute soudoyés ou domestiqués par les attaquants. Des félins tels que des lions, des léopards ou des tigres côtoyaient des sortes de dinosaures de petite taille, des scorpions géants et des créatures hybrides, mi-hommes, mi-bêtes.
Mais déjà, l'armée s'ébranlait. Un bref instant plus tard, la mêlée devint d'une extrême confusion. Les hommes du château défendaient leurs murs avec acharnement, s'efforçant de repousser les envahisseurs.
Un cri se propagea brusquement et les regards des combattants se tournèrent vers les montagnes. Un énorme géant avançait en grandes enjambées faisant vibrer le sol à chaque pas. Portant un arbre en guise de massue, il vint se placer au côté des attaquants. Son arme improvisée fit éclater un pan de mur du château, livrant passage à la horde hurlante des envahisseurs.
Pour la seconde fois, une clameur de stupeur s'enfla lorsqu'un grand Dragon aux écailles mauves vint survoler le champ de bataille. Montée par un homme en armure arborant les couleurs du Roi Reddress, la bête piqua vers le géant avec lequel elle débuta une danse mortelle.
Un nouveau prodige eut lieu sous la forme d'un grand fleuve s'écoulant brusquement au milieu de la vallée. Voguant toutes voiles dehors sur cette eau nouvellement créée, un bateau pirate cingla vers le château. Parvenu à portée de tir, un nuage de poudre l'environna. Touchée par une bordée de canons, l'une des tours de la forteresse s'effondra dans un formidable tumulte.
Curieusement, les belligérants poursuivirent leur guerre sans sembler s'offusquer outre mesure de l'arrivée inexplicable de ce navire paradoxal en pleine bataille médiévale. C'est à peine avec plus de stupeur que les attaquants virent arriver un duo de vaisseaux spatiaux dont les lasers crépitant firent couler le bateau pirate. Les deux chasseurs atmosphériques n'eurent pas le temps de boucler leur vol qu'un gigantesque robot de combat - commandé par une tortue mutante adolescente - jaillit dans le ciel. De son arme énergétique bardée de lames d'acier, elle frappa les engins volants, les déchiquetant en plein vol avant de retomber au sol. A peine atterri, le robot géant s'ébranla vers le château. De ses bras aux appendices griffus, il arracha l'une des tours comme s'il s'eut agit d'un simple bout de plastique.
Les attaquants s'engouffrèrent dans la brèche, au grand dam des défenseurs…

Alors que le combat tournait au massacre, une voix féminine résonna au-dessus des cieux :
- Denis, à table !
En réponse, une autre voix, plus jeune et aussi plus proche, répondit :
- Je viens, Maman !
Laissant ses jouets comme figés en pleine action, le garçon quitta sa chambre pour se rendre dans la cuisine.
Derrière lui, personnages de plastique, monstres en peluche et décors de carton attendraient sagement son retour pour terminer leur combat imaginaire…

Christian Perrot   christian.perrot@yahoo.fr
Rédacteur Jeux pour le Magazine Khimaira:  http://www.khimaira-magazine.com

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Découverte

- Capitaine Wagos appelle Vaisseau Mère ! Capitaine Wagos appelle Vaisseau Mère ! Accusez réception !
Le Capitaine Wagos pesta contre l'absence de réponse. Machinalement, il essaya de passer ses doigts dans ses cheveux d'un noir mat. Il maugréa derechef lorsque sa main gantée heurta la visière de son casque. Dans sa détresse, il avait oublié son scaphandre.
- Capitaine Wagos appelle Vaisseau Mère ! lança-t-il de nouveau dans son communicateur. Répondez ! Ma navette de reconnaissance s'est écrasée. Ses ailes en sont pliées comme du vulgaire carton Terrien. Elle est irréparable avec les moyens dont je dispose.
" Je vais continuer à parler pour le cas ou vous puissiez capter mes paroles et déterminer ma position. Il est possible que mon récepteur soit en panne. J'espère seulement que mon émetteur fonctionne toujours. Je me trouve sur une zone plane de la planète… Je ne me souviens même pas de son nom. Le choc a dû me causer une légère amnésie.
" Je suis donc sur une partie assez régulière de cette planète. Je ne vois pas d'étoile, sans doute les nuages sont-ils sans faille. Je ne distingue pas non plus d'horizon. La taille de la planète doit être suffisante pour que les nuits soient parfaitement obscures.
" Le sol est… mou… Non pas spongieux comme dans un marécage, mais simplement mou ! Etrange matière. De plus, à la lumière de ma lampe frontale, le sol apparaît couvert de grands motifs vraisemblablement symétriques. Peut-être me suis-je écrasé dans une zone consacrée à la prière ou à l'invocation des Dieux du ciel comme sur la Terre dans la célèbre Plaine de Nazca. A moins qu'il ne s'agisse de ruines depuis longtemps abandonnées. Ces grands motifs ressemblent un peu à des animaux stylisés.
" Je fais quelques pas de plus… Il m'est difficile de marcher tant le sol est mou. Heureusement, seule la couche superficielle semble ainsi. En dessous, je sens une roche plus ferme. Je fais le tour de l'un de ces motifs. C'est bien cela, il s'agit vraisemblablement d'un animal. Je dirais un ours ou quelque chose d'approchant. Par contre, il m'est difficile de comprendre la composition de ces dessins. Il ne s'agit ni de pierres empilées ni de raclage du sol. Non, les motifs semblent rapportés… d'une seule pièce… directement sur le sol. La jointure des deux est formée de sortes de… câbles fins. Un peu comme s'ils étaient cou…
" Attendez, j'entends un bruit étrange ! Comme un tonnerre lointain. Non ! Le son est régulier. On dirait plutôt des coups. Oui, des coups de boutoir directement dans le sol. Comme la chute de lourdes roches. Il vient d'y avoir un claquement assourdissant. Je vois une lumière vive vers l'horizon. Une silhouette s'y découpe…
" Elle est immense, gigantesque. Elle vient vers moi et se penche. Ah !… Mon laser est en panne… Mayday ! Mayday ! On m'enlève…

...Du rez-de-chaussée, une voix féminine lança :
- Philippe, tu viens ?
- Oui, Maman, répondit l'enfant en train de quitter sa chambre. Je prenais juste un jouet pour la route.
- Rien de grand, j'espère !
- Juste Capitaine Wagos, Maman.
- Bon, bon, viens à présent ! Nous allons être en retard.
Tout en descendant l'escalier quatre à quatre, Philippe jouait avec son Capitaine Wagos : personnage en plastique de vingt centimètres de haut, sans songer aux sentiments de ce dernier…

Christian Perrot   christian.perrot@yahoo.fr
Rédacteur Jeux pour le Magazine Khimaira:  http://www.khimaira-magazine.com

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