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Picchiono François Leroy, mai 2006.
Panne sèche Didier Betmalle, septembre 2006.
Souvenirs du bahut Ludewic Mac Kwin de Davy, novembre 2006.
Sous un soleil de plomb Sébastien Font, décembre 2006.
La machine à coudre Jacques Beaumier, décembre 2007.

 

 

 

Picchiono

Vous connaissez certainement l' histoire de pinocchio , célèbre conte pour enfant. Voici maintenant les aventures de picchiono !!! Un morceau de bois trouvé par Kévin Bernarski, un simple ouvrier qui, un jour comme les autres dans son usine a feuilles, le sauva du cruel destin qui l' attendait. il le confia à son ami Jean Paul, fabriquant de jouets pour enfant, qui en fit un adolescent. Contrairement à pinocchio, son nez ne s' allonge pas quand il ment, mais il s' allonge quand on LUI ment !

1ère partie:

Il faisait beau, le soleil brillait de toute sa splendeur. Kévin ne savait pas l' heure qu' il était, de toute façon cela n' avait pas d' importance. Il ne savait pas non plus où il était, en tout cas, il était heureux... Il était nu, allongé paisiblement sur la plage d' une île où encore personne n' avait posé le pied. Il ne savait par quel miracle il était arriver sur cette Terre de paradis, à vrai dire il n' avait pas conscience de ce qui se passait ailleurs, sur les grandes îles qui s' empoisonnaient la vie entre elles, dans le but d' une vie meilleure. Heureusement, là où il était, il pouvait être sûr que personne ne pouvait le déranger. Il était allongé sur le sable sur cette île coupée du monde, et ne penser a rien.
L' homme aperçu une colombe se rapprochant de lui a toute allure. Elle s' arrêta devant son visage émerveillé et lui dit:
_" Bienvenue dans mon monde! Je suis Toupie la colombe ! Suis moi ! Je vais te faire visiter l' île! " Jean Paul, sans répondre , se leva afin de suivre la colombe qui s' envola haut dans le ciel bleu. Là où il était il pouvait voir l' île en entier: il y avait une superbe forêt, avec toute sorte d' arbres fruitiers qui offraient leurs merveilles aux animaux. Il y avait aussi une grande cascade, où coulait une eau claire comme de l' eau. Quand soudain, le vieil homme entendit une voix, sortie de nulle part: " bon réveil à tous ceux qui nous écoute! Il est 6h15, sur France bleu nord."

Soudain, après une étrange sensation de tomber dans le vide, Bernaski se retrouva au 37 rue des castors dans la ville de Lens. Il était allongé dans son lit complètement défait, couvert de sueur comme chaque matin en se réveillant."J' ai du faire un cauchemar" pensa-t-il. Fatigué, le vieil homme resta couché quelques minutes dans son lit, histoire d' écouter quelques infos pour ne pas passer pour un idiot à l' usine. Il se souvient d' une fois où toute l' usine s' était payé sa tête parce qu' il ne savait pas qui avait était élu président de la république, alors depuis il fait attention. Cependant aujourd'hui rien de spécial, la météo annonçait de la pluie, la famine au Soudant continuait de faire de nouvelles victimes, un attentat dans un bar égyptien entraàf1 nant la mort d' un Français qui, par malchance, était là au mauvais moment .Sans oublier cinq jeunes morts sur la route dont un blessé grave: le conducteur était presque ivre, le gouvernement compte réagir à ce drame en baissant l' alcoolémie légale au volant. "Et merde "! se dit l' homme révolté, "Bientôt on ne pourra même plus manger un baba au rhum avant de conduire, font chiés ces branleurs de jeunes". Et enfin la page d' information se termine par la défaite un à zéro de Lens à Bastia. Jean Paul ronchonna en se rappelant le match et le penalty que l' attaquant noir avait envoyé dans les tribunes, et se leva de son lit fou de rage en s' exclamant:"Pas possible ces noirs, payés une fortune à rien foutre". Kévin arriva dans sa cuisine, et mit sa vieille cafetièe en route. En attendant son café il sortit une tranche de pain sec de la veille et la tartina d' épaisse couche de beurre qu'il savoura de suite. Kévin ne mange pas beaucoup le matin, il préfère attendre la pause de dix heure à l' usine, pour se goinfrer gâteaux pas très bons mais gratuits. En effet il chaque jour il mangeait le plus possible de ces gâteaux secs achetés pour presque rien, car il voulait économiser le plus possible sur ses repas." Qu' est qu'il faut pas faire pour s' faire un peu d' argent " répétait- il souvent à tout le monde. En effet Kévin gagnait a peine le SMIC, et en enlevant toutes les taxes plus ses 200 eus de cigarettes mensuels, il ne lui restait pas grand chose; juste assez pour survivre. Une fois son café prêt, il le bu en a peine une minue.

Sans rien faire de plus il quitta sa petite maison pour prendre sa voiture garée a quelques mètres de chez lui. La météo avait dit juste ; il pleuvait. Heureusement Kévin portait un imperméable, qu' il a depuis au moins une dizaine d' années et qu' il compte bien garder toute sa vie. Kévin démarra d' un grand coup de clef son R5 que son père lui avait donné. Le café se ressentait considérablement dans sa conduite, Kévin était très nerveux et ne supportait pas les vieux qui roulaient en dessous de la vitesse autorisée et ne pouvait pas s' empêcher de klaxonner comme un malade. Il est 6h50, Kévin n' est plus très loin de l' usine, on peut déjà sentir l' odeur de toutes les usines dela zone industrielle. Cette odeur qui réunit toutes les cochonneries du monde, mais qui, mélangées, dégagent l' odeur d' un frigo rempli de bonnes choses mais qui, mélangées, donnent envi de vomir. Kévin arriva enfin à l' usine, et se gara à sa place habituelle. Il courut jusqu'à l' intérieur, saluant rapidement ses copains et prit sa place. Il était chargé de ranger les morceaux de bois, qui étaient ensuite coupés en plaques par une machine très puissante, et bruyante. Ce n' était pas un boulot fatigant, mais c' était pénible à force. Des fois, quand Kévin n' arrivait pas à dormir, il imaginait des morceaux de bois défilant sans cesse sur un tapis, et comme ça ne marchait jaais, il prenait un somnifère. Tout le monde était là, le chef n' allait pas tarder à lancer les machines. En effet la lumière rouge d' avertissement s' alluma. C' est parti pour trois heures non-stop à toucher du bois.
Les machines se mirent en route, comme Kévin. Il devait toujours garder le même rythme dans ses gestes, ce qui était la plus grosse difficulté de son travail, sans oublier la puissance que Kévin devait posséder pour soulever et déplacer les morceaux de bois. Il n' était pas rare que le vieil homme attrapait des problèmes physiques dus à l' usure de ses muscles ou de ses articulations. Il était alors déplacé dans un autre poste. Cependant il valait mieux que ces bugs restent rare, car le patron en profitait pour vous envoyer à la casse.

Déjà une demi-heure écoulée, Kévin continuer inlassablement de mettre en place les morceaux de bois, quand soudain il entendit une voix qui disait: " Je vous en supplie, sauvez moi ! ". Le vieil homme resta sans voix. La voix se répéta, Kévin cru à une blague de ses copains, mais ils étaient bien trop loin et bien trop occupés à travailler. Il cru donc que c' était une œuvre de son imagination, mais il entendit de nouveau cette même voix: " Vite ! Épargnez moi ce massacre ! Pitié ! ". Kévin n' en cru pas à ses oreilles, et prit le morceau de bois d' où semblait provenir le son. Kévin, en regardant de plus près le morceau de bois, s' exclama: "Je deviens fou! " et l morceau de bois répondit: "A bon ? En tout cas merci de m' avoir sauvé la vie. Le vieil homme bloqua quelques secondes, jusqu' au moment où le surveillant cria dans ses oreilles: "Mais qu' est ce que vous attendez pour vous mettre au t travail!!! ". Sous l' effet de surprise Kévin laissa tombé le morceau de bois. " Aie!!! " rouspéta le morceau de bois. Le surveillant bloqua à son tour. Kévin lui dit en rigolant:
_ C' est une farce ! Vous ne saviez pas que je suis ventriloque?
_ Non ! Et je ne trouve pas ça drôle! Avez vous rien de mieux à faire que vos bêtises? Retournez travailler! " Répondit le surveillant énervé par cette stupide blague. On l' a échappé belle, dit Kévin en soupirant.
_ Je vais te mettre dans mon casier, et je t' amènerai chez un amis. Il saura quoi faire.
_ Non pas dans ton casier ! Il fait tout noir! J' ai peur du noir !
_ désolé mais je n' ai pas le choix, à moins que tu préfères finir en vulgaire feuille de papier. "

Le morceau de bois se tu de suite. Kévin ouvrit le casier protéger par un énorme cadenas pour y placer délicatement le morceau de bois comme s' il s' agissait de son propre bébé. Kévin lui promis de le récupérer dans quelques heures et lui fit un clin d' œil avant de refermer le casier. Le " click " du cadenas terrifia le morceau de bois, les prochaines heures risquaient d' être longues, très longues. Finalement, plongé dans l' obscurité et le calme total, le morceau de bois s' endormit paisiblement.

Maintenant commence l' ordinaire histoire de Picchiono l' adolescent en bois…

Quelques heures plus tard, une voix réveilla le morceau de bois. " Picchiono !!! Picchino !!! ". Le morceau de bois jeta un coups d' œil sur l' inquiétante pièce où traînait toute sorte d' outils de torture comme la scie ou la perceuse, puis vit le visage émerveillé d' un homme qui lui dit d' un air fier:
_ J' ai profité de ton sommeil pour te donner forme humaine! J' ai aussi placer une batterie à l' intérieur de ta tête, une fois chargée elle te permettra de bouger! Formidable non? " Picchiono répondit avec un petit sourire plein de joie.
_ Merci qui ?
_ Merci monsieur!
_ Tu peut m' appeler Jean Paul! " Jean Paul prit sèchement la marionnette et la brancha à la première prise rencontrée. Il avait raison, Picchiono pouvait bouger, et la première chose qu' il fit était de serrer le vieil homme généreux dans ses bras. Jean Paul était heureux comme jamais il ne l' avait été. Le lendemain Jean Paul alla inscrire Pinocchio à l' école, et celui-ci était content de connaître d' autres enfants. Son premier jour de classe s' est plutôt bien passé malgré les moqueries de ses camarades à l' annonce de son nom. De plus le pantin était adoré des professeurs, en effet il avait toujours de très bonnes notes et son comportement en classe était admirable. Une ois, le pauvre Picchiono avait ramené un huit sur vingt, et il avait passer une atroce journée due à la colère que Jean Paul avait piqué. En plus de cette engueulade fut ajoutée une semaine privée de sorties, mais Picchiono s' en fichait… Il ne sortait que très rarement car le peu d' amis qu' il avait étaient trop occupés a bosser tout comme lui. Picchiono était premier de sa classe, son " père " était très fier, et pour le récompenser il autorisa le jeune pantin à partir une semaine en camping avec ses camarades de classe, même s' il angoisser sans arrêt quand Picchiono était tout seul, loin de lui. En effet le vieil homme faisait énormément d' efforts pour son pantin, à vrai dire il repréf1 sentait tout pour lui, et son avenir était plus important que son présent. Chaque soir le vieil homme vérifiait les devoirs de son gamin, ainsi que son sac. Ensuite il lui faisait un énorme bisou sur le front et s' en allait sans oublier de brancher la veilleuse, Picchiono avait peur dans le noir…

Le lendemain matin il préparait son petit déjeuner avant de le conduire au lycée. C' était comme ça du lundi au samedi, seul le dimanche différait des autres jours. Il pouvait se lever une heure plus tard mais devait aller accompagner son père à la messe. Picchiono adorait le dimanche, en plus il avait le droit de regarder la télé au soir, et il attendait ce moment avec impatience chaque semaine. Cependant ,le dimanche soir, quand Picchiono allait se brosser les dents il trouvait que son nez était beaucoup plus long que d' habitude, déjà qu' il avait un long nez au départ… Mais le dimanche soir son nez était gigantesque! Et un jour, pour en avoir le cœur nette, Picchiono avait pris une photo de lui et de son nez et la compara avec une autre photo. Ce n' était pas une halucination, son nez était au moins deux fois plus long que normalement. " Comment ça se fait ? " se demandait Picchiono. Il n' avait jamais étudié de telle phénomènes à l' école. C' était contraire aux lois naturelles. Heureusement le lendemain matin son nez reprenait sa forme initiale qui était quand même peu à son avantage. De toute façon Picchino ne s' intéressait pas vraiment aux filles, il ne leur parlait jamais, il ne les connaissait pas, il n' en a jamais connu. Chaque semaine était identique aux autres, le temps passait très vite, trop vite, tellement vite que le jeune pantin ne s' en apercevait même pas. Et chaque dimanche son nez était plus ou moins allongé sauf une fois où le pauvre Picciono était malade, il resta toute la journée dans son lit à lire ou a dormir. Le soir son nez était normal, voir plus petit que d' habitude.

Un jour, Picchiono décida d' aller voir son médecin pour parler de son problème. Celui ci n' en cru pas un mot et pour ne pas perde de temps il lui donna une boite de " médicaments ":
_ avale en un tout les dimanches au petit déjeuner et ton nez ne s' allongera plus ! " Au moment où le médecin s' apprêtait a faire sortir la marionnette le nez de Picchiono s' allongea d' un bon centimètre. Le docteur n' en croyait pas à ses yeux.
_ Mais tu disais vrai! " lui dit- il avec étonnement.
_ Bien sur pourquoi es que je mentirai? "
_ Mais comment es ce possible? "
_ Je suis venu pour vous le demander. Le docteur se posa quelques secondes pour réfléchir et dit en rigolant:
_ C' est une bien bonne blague j' ai failli me faire avoir! Tu joues très bien la comédie tu devrai t' inscrire au théâtre! Son nez s' allongea encore une fois de plus. Le médecin ricana une nouvelle fois et dit:
_ Drôlement bien fait ce faux nez les créateurs de farces et attrapes m' impressionnent! " Son nez s' allongea encore alors que le pantin s' exclama avec énervement
_ Mais je vous dis que c' est vraiment mon nez !"
_ Alala, ça me rappelle ma jeunesse, j' adorait les farces mais nous étions beaucoup moi bien équipés et nous n' avions pas trop le temps de nous amuser. Vous avez de la chance! "
Le nez de Picchiono était si long qu' il rétrécissait son champ de vision.
_ Allez rentre chez toi maintenant petit sinon ton père va s' inquiéter " dit-il en le mettant dehors. son nez s' allongea de nouveau de quelques millimètres. Picchiono s' en alla sans même dire au revoir. En rentrant le petit pantin se fit sermonner par son papa car il était rentré trop tard. Il rentra dans sa chambre sans broncher. Demain c' est le dernier d' école, enfin. Il s' allongea sur son lit et pour essayer de trouver des réponses a ses questions. Son nez l' intriguait; et personne ne voulait l' écouter. Peut être son père, mais Picchiono n' aimait pas ce genre de discussion avec lui. Il se toucha le nez. Aucune réponse. Rien de ce qu' il apprenait à l' école ne lui permettait de voir plus clir. Au bout de quelques minutes il s' endormit, peut être que la nuit lui porterait conseil mais au réveil rien de changé… Son père le mena jusqu' à son lycée, veillant à ce que son pantin rentre bien à l' intérieur au péril des insultes des voiture arrêtés derrière lui. Contrairement a d' habitude Picchiono respira normalement au moment de passer dans l' immense nuage de fumée qui cachait un peu l' entrée principale du lycée.

La dernière journée fut tranquille, tout le monde était de bonne humeur à l' approche des vacances, même les profs. Picchiono rentra chez lui le sourire aux lèvres, ce qui étonna fortement son père qui le regardait d' un air suspect. " Pourquoi es tu si joyeux? lui demanda t-il. _Ba je suis content d' être en vacances! _N' oublis tout de même pas le travail que je t' ai préparé, il faut que tu t' avances pour l' année prochaine car elle sera beaucoup plus difficile que cette année! _ Oui papa je sais tu n' arrêtes pas de me le répéter._ J' ai un cadeau pour toi. _ C' est vrai ? _ Montes dans ta chambre et tu verras. " Picchiono monta les escaliers a toute allure, il n' vait tellement pas l' habitude d' avoir de cadeaux qu' il était aussi fou qu' un enfant de six ans. C' était un superbe ordinateur avec un écran plat dernier cris. Picchiono n' en croyait pas à ses yeux. Il descendit aussi rapidement qu' il avait monté et embrassa son père qui lui dit: " Sache qu' un ordinateur n' est pas fait que pour jouer, c' est aussi un excellent outil de travail quand il est équipé d' internet. C' est devenu indispensable de nos jours, et puis tu l' as bien mérité. " Le soir Picchiono regarda le journal de 20 heure, un superbe film d' action où Tom Cruise faisait d' impressionnantes cascades et après une longue page de pub il regarda le résumé d' une étape du tours de France. Il était fatigué et remonta se coucher sans même se brosser les dents. Cependant quelque chose empêchait le pauvre pantin de dormir. En effet son nez s' était une nouvelle fois allongé et il ne pouvait pas a dormir sur le ventre comme il le fait d' habitude, son nez était trop long. " Mais on est pas dimanche ! " Se dit-il. Après une longue réflexion Picchiono en déduit que son nez s' allongeait à chaque fois qu' il regardait la télé. Dès lors il se promit de ne plus regarder la télé, où alors seulement dans de grandes occasions. Il s' endormit encore plus tard que d' habitude.
Le lendemain matin Picchiono se leva assez tard. Il s' ennuya toute la journée et en fin d' après midi il décida d' aller faire un tour en ville. Il eu le malheur de passer devant une bande de jeunes, ceux qu' on ne pouvait pas regarder dans les yeux mais plutôt leurs chaussures dont ils étaient fiers du prix. Ils se moquèrent méchamment de son survêtement presque identique au leur sans le ridicule crocodile qui symbolisait chez le jeune le courage et la force. Certainement qu' ils devaient porter ce symbole pour cachait ce qu' ils n' étaient pas. C' est comme les filles qui se maquillent pour cacher leurs défauts. En tout cas le crocodile n' était " méchant " qu' au sein d' un groupe, Picchiono s' en tait rendu compte le jour où il avait croisé la terreur de son quartier qui pleurait parce qu' il venait de se faire gifler par sa mère. D' ailleurs il était parmi eux, en train de fumer comme tous ses copains. Pour faire parti des leurs il fallait obligatoirement commencer, peut-être pour paraître plus grand et plus en difficulté. Les crocodiles n' aiment pas le goût des bonbons, la cigarette c' est bien meilleur et plus style. Le pauvre pantin pris la fuite pour échapper au rire des autres qui se moquaient de son nez. Il rentra chez lui plus tôt que prévu et prépara ses affaires. Demain il part enfin en camping.

Le voyage en voiture paru long. Son père n' arrêtait pas de répéter qu' il devait faire attention. Il était très inquiet de ne plus voir son pantin pendant une semaine, mais il avait promis…
Enfin il arriva , le camping avait l' air chouette. Certains de ses camarades étaient déjà arrivés. Il s' empressa de dire au revoir à son père et s' installa avec ses amis. Il commença par faire un tour à la plage et après une bonne baignade il rentra au camps pour manger le sandwich que son père lui avait préparé. Il mangeait tranquillement quand soudain un de ses camarades lui proposa à boire. Picchiono pensait que c' était du coca, mais à peine la substance avait pénétré dans sa bouche qu' il recracha tout d' un air affolé. Il sentit le verre vide. L' odeur lui rappelait ce que son père buvait tous les soirs mais lui interdisait de consommer un jour. " C' est du wiski !" dit en ricanant un de ses copains. Son père lui avait dit plusieurs fois qu' il n' avait pas le droit, alors il refusa. Peu de temps après tous le monde dansait, chantait, rigolait. Tous le monde, sauf Picchiono. Il était curieux et avait très envie d' être dans le même état que les autres, et de toute façon son père n' avait rien à dire, car il en buvait aussi. Il s' enfila donc son verre, sans penser au goût désagréable qui le poussait a tout recracher une nouvelle fois. Mais cette fois ci il réussit, et apprécia la douce sensation de chaleur qui le parcourait à l' intérieur de sa gorge. Il s' en servi un deuxième, puis troisième et un quatrième bien plus fort que les autres pour terminer. Sauf que Picchiono n avait pas penser a tout, il avait oublié la batterie placée dans sa tête. Il sentit le liquide traversait tout son corps et, une fois arrivait a la tête, la batterie commença a déconner. Picchiono se mit a danser, chanter, rigoler… Il se sentait libre, de plus en plus libre.

Soudain son corps devenait trop chaud, et la fatigue montait. La batterie que son père lui avait fabriqué disjoncta, Picchiono tomba raide sur le sol sans comprendre ce qui lui arrivait. Il se réveilla le lendemain, il avait mal à la tête. La batterie était détruite, elle avait même disparue. Picchiono était devenu un vrai adolescent. Les autres enfants qui passaient devant lui s' arrêtaient et disaient: " Oh! Regarde comme il est bizarre! "

François Leroy   petiothemitch@hotmail.com

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Panne sèche

Faut dire que ce grand type m'avait énervé… D'abord à cause de son espèce de tas de boue : c'était carrément de la provoque!... Dès qu'une voiture se pointe ici j'la mate bien, sans trop en avoir l'air. Celle-là c'était une vieille Grand-large grise avec de la rouille partout. Y avait deux Sandow entrecroisés qui tenaient la plaque d'immatriculation sur le pare-chocs, et si ça se trouve le pare-chocs lui-même sur la caisse. Dans la bagnole y avait une bâche qui recouvrait négligemment un tas de came étalée sur la banquette arrière… du matos hi-fi, ou quelque chose dans ce genre. La portière était faussée avec au moins un centimètre de jeu, de quoi passer une main, facile…
De plus le type était drogué ou je ne sais quoi... il était sorti et il avait fait deux trois enjambées devant sa bagnole comme s'il allait partir comme ça se balader en ville, pendant que j'allais lui bichonner son tacot.
Puis non, finalement il est resté un petit moment sans rien faire, les jambes écartées, à regarder vers le bout de sa route je suppose, et moi j'attendais qu'il se décide.
Pour le ramener sur terre j'ai sorti le pistolet de la pompe en cognant bien sur les bords deux trois fois de suite, avec ce bruit agaçant, et ça a eu exactement l'effet prévu. Le type s'est balancé d'un pied sur l'autre et il est revenu vers la bagnole. Il s'est arrêté devant l'aile droite cabossée qui lui coupait le corps à mi cuisse, son chapeau tout autant cabossé était de la même couleur que la carrosserie, poussiéreux tout autant et même avec de la rouille j'ai cru, mais c'était ses cheveux.
"Vas-y à fond!" il m'a dit ; et il est remonté dans sa bagnole. Pour un peu il démarrait aussi sec… il manquait pas d'air ce type!… ce ton qu'il avait! Ça m'a tellement énervé que tout en remplissant ce foutu réservoir j'arrêtais pas de voir ses yeux qui me fixaient…"Vas-y à fond"!
Des yeux comme ça j'en n'avais pas vus des tonnes. Ils me rappelaient Lachienlit, le caporal qui était toujours derrière mon cul! C'était pas tellement ses yeux d'ailleurs, c'était plutôt ce ton, cette façon d'aboyer "Vas-y à fond". Ma parole ça me foutait en boule ce type qui débarque et qui te dit ça comme ça! Ses yeux plantés dans les tiens!
J'avais pas d'ordre à recevoir de personne, j'avais plus l'âge des culottes courtes, et c'est pas pour rien que je portais pas d'uniforme, merde!
Dès que j'ai eu fini j'ai fourré le pistolet à sa place en faisant un tonnerre de bruit, exprès, et ça me plaisait de faire tout ce bruit, et j'aurais voulu en faire plus encore et plus longtemps pour lui donner l'impression de se faire arracher les tripes par les oreilles, et qu'il me dise quelque chose! Ça m'aurait bien plu qu'il me dise un seul mot, une remarque, mais apparemment il était reparti à méditer, ou quelque chose du genre, derrière son grand front.
J'ai fait le tour et je me suis approché de sa portière.
J'ai jamais pu comprendre les mecs qui gardent leur chapeau en voiture. Ils ont pas le sens du ridicule ou quoi!
Je cognai au carreau pour le faire atterrir, encore une fois, et je lui annonçai froidement le tarif " deux cent vingt ". Je venais d'arrondir à la vingtaine de francs supérieure!… avec ce que j'avais tiré à côté dans le bidon d'égouttage, plus le réglage un peu trop sensible du compteur, sur ce coup-là je devais gagner cinquante balles au bas mot.
Pendant qu'il refermait sa vitre je tournai les talons et me mis à balayer la piste. Je m'attaquai aux taches de graisse les plus éloignées tout en gardant un œil sur mon client. Il partait pas. Il farfouillait je ne sais quoi, le cul vissé devant son volant. Je me suis déplacé un peu pour voir dans les vitres de l'atelier si je pouvais apercevoir ce qu'il fabriquait. Rien. Il faisait rien. Je m'attendais à ce qu'il soit penché sur une carte ou peut-être même sur son portefeuilles en train de compter et recompter son magot. Non. Rien. Il regardait devant lui, avec son chapeau cabossé tout poussiéreux. Tellement immobile qu'on aurait dit un vieux calendrier au milieu des taches de graisse sur les vitres. Là où la graisse était la plus épaisse sa gueule se tordait dans tous les sens.
Il restait là à rien faire et ça commençait à m'énerver sacrément, au point que j'avais envie d'aller lui dire que c'était pas un parking ici! Et puis il s'est tourné vers moi, je ne sais pas comment il a pu calculer un truc pareil, mais du premier coup son reflet m'a regardé bien droit dans les yeux et il m'a fait un petit signe de la main, et en même temps j'entendais que la voiture démarrait, et son reflet glissait sur les vitres de l'atelier en faisant des bonds et des étirements et des dégoulinades, grimaçant bizarrement au milieu des traces de graisse. Il me faisait signe encore quand le reflet a disparu faute de vitres.
J'entendis le moteur s'éloigner. Longtemps j'écoutai ce bruit… jusqu'à ce que je ne puisse plus penser que j'allais pouvoir encore le distinguer au milieu des autres bruits.
Je suis resté comme ça longtemps devant l'atelier, le balai dans les jambes, à guetter une sorte de danger.
Et puis d'un coup je me suis détendu, je me suis senti plutôt marrant, et j'ai décidé de fermer le garage jusqu'à la fin du week-end. Petites vacances surprises! J'ai tout de suite mis la chaîne à l'entrée de la station et j'ai tiré les portes de l'atelier en laissant tout en plan. Y avait rien qui s'abîmerait de toute façon. C'est pas comme si je vendais des tomates où du lait ou même le journal.
Je me sentais de plus en plus marrant et je me mis à bondir dans les escaliers en gueulant "On s'tire BB c'est les vacances".
Elle m'avait pas entendu.
Elle écoutait la télé. Parce que elle, elle ECOUTE la télé. Elle a pas besoin de la regarder pour la voir. Je ne sais pas comment elle peut faire ça, moi quand je regarde la télé, quand je suis devant, je peux pas faire autrement que la regarder. Je la regarde et je l'écoute et je suis incapable de faire autrement. Elle, BB, elle l'écoute tout en lisant par exemple, tout en faisant des mots croisés, tout en feuilletant des catalogues, tout en téléphonant à sa mère ou à Nadine, la nana de mon frère, ou tout en faisant des réussites, et en plus quand je lui demande T'as vu ça ? elle me dit oui… je lui dis Non mais t'as vraiment vu ça?! elle me fait Ben oui, bien sûr que je l'ai vu! alors je lui dis C'est pas possible tu regardais pas! Mais si je regardais enfin, je te dis que j'l'ai vu! Mais c'est pas possible puisque tu regardais pas, je sais, tu regardes jamais! Mais si je regarde tu déconnes ou quoi?!
Bon alors dis-moi c'que t'as vu!?…
Et alors là, le plus dingue, c'est qu'elle me dit toujours exactement ce qu'il y avait à la télé! BB me souffle avec ça. Moi je suis incapable de voir un truc sans le regarder. Manifestement ce n'est pas son cas.
Cette fois elle écoutait la télé tout en admirant sa collection de cartes postales. Elle était en train de tout étaler à même le parterre de la salle à manger et elle avait pas entendu ce que j'avais gueulé dans l'escalier.
Je me glissai derrière elle en douce et lui chopai d'un coup ses deux nichons. Elle poussa un cri à se faire gicler les dents.
- T'es dingue, tu m'as foutu la trouille!
- T'inquiète, y va t'arriver que du bien. Devine! Allez devine!…
Et je me mis à faire le clown tout en continuant de la tripoter.
- Quoi… pourquoi tu fais le dingue… qu'est-ce qu'il y a ? Allez dis moi!?
- C'est les vacances! Hurlai-je à mon tour, et je lui ressautai dessus.
- Arrrrête! T'es tout plein d'huile …Arrrête t'es plein de cambouis et tout! Arrête Coco j'te dis! merde!…
J'avais déjà dégrafé son sous tif et je m'apprêtais à attaquer sa petite culotte quand je me suis dit que je ne pourrais pas vraiment en profiter tant qu'elle poussait ses hurlements. Alors je relâchai la pression, et d'un coup, comme un gentleman, je lui exposai posément mon idée.
- Ecoute, ce soir on part en vacances jusqu'à lundi. Et tu sais où on va?…A l'hôtel, sur l'île, et en famille en plus… je téléphone au frangin!
Ça, ça venait de me traverser l'esprit, d'un coup.
- Quoi!!!…à l'hôtel!?…
- Si j'te le dis.

Il a fallu attendre qu'Alain quitte son boulot et qu'il se mette en congés réguliers!
Il voulait pas venir au début à cause de ça. Il pouvait pas prendre de congés sans raison. "Attends!", je lui ai dit "Je vais t'en trouver des raisons!". Alors j'ai appelé Nadine. Elle a dit qu'elle allait s'en occuper. Avec elle j'étais sûr qu'Alain ne résisterait pas deux secondes et qu'elle saurait lui trouver une bonne formule pour remplir sa demande de "congés exceptionnels"! Ça a pas loupé.
Après, au départ, il s'est montré boudeur mais comme Nadine lui a fait du chantage il a viré vite fait au beau fixe.
- Peut-être que t'avais quelqu'un à voir ces jours-ci à la Poste?!… T'as qu'à le dire franchement si c'est ça!?
Cette supposition ça l'a zigouillé. Je connais bien mon frangin. Il est incapable de draguer une autre nana et Nadine le sait parfaitement la vache. C'est marrant qu'on soit jumeaux nous deux des fois tellement on est à l'opposé question caractère. Rien que cette supposition qu'il ait une histoire au bureau ça le rendait malade.

Nadine et BB s'entendaient vachement bien, et ça, c'était formidable pour nous, moi et Alain.
La différence entre Nadine et BB c'est exactement la différence qu'il y a entre moi et l'frangin question nanas. Moi je préfère le cul et lui c'est les nibards. Quoique, d'où j'étais maintenant, je trouvais la différence pas si évidente.
Le bateau roulait depuis un petit moment. Nous, on s'était assis dans un cordage et les deux filles étaient devant nous, un peu penchées sur l'eau, à l'avant du bateau, appuyées au bastingage, en plein face au vent, et leurs cheveux dansaient la gigue au-dessus de leur crânes comme des algues dans le courant. Elles étaient coude à coude, collées l'une à l'autre, de la même taille, on aurait dit des sirènes siamoises avec leurs cheveux d'algues. Le ronron du moteur, le balancement du bateau et mes deux canettes sifflées, moi, j'étais un peu dans les vapes, et je voyais vraiment deux sirènes. Avec leur culs bien moulés face à moi. C'était un chouette panorama. Elles suivaient les mouvements du bateau et semblaient être entièrement articulés autour de leurs culs. Ils roulaient, parfaitement cool, comme deux bouées flottantes. A la fin j'avais une nette préférence pour le flotteur de Nadine pour dire la vérité. Tout le reste de la traversée je l'ai passé à l'imaginer entre mes pognes et ça m'a filé un sacré mât.
Le frangin lui il s'était endormi, la tête posée sur mon épaule.
Avec Alain on avait toujours partagé toutes les nanas.
Seulement on avait toujours dit que quand ce serait sérieux on partagerait pas. C'est vrai, une fille que t'as vraiment dans la peau tu peux pas la partager, même avec ton frère jumeau. Elle t'appartient à toi seul, tu le sens tout de suite ça, rien qu'à l'imaginer! et là, tu sais que personne d'autre n'y touchera plus jamais parce que c'est du sérieux!
C'était comme ça pour moi et BB, et pour Alain et Nadine.
C'était bien la première fois que j'avais envie de me la faire. J'avais encore jamais vu son cul de cette façon!

Le débarcadère était en vue. Il faisait beau encore. J'avais une faim de loup. Les filles étaient allées faire du lèche-vitrines sur le port. Alain était resté attablé à siroter son apéritif. Moi je suis allé réserver pour le dîner et pour l'hôtel, et là, d'un coup, j'ai eu l'idée de prendre une seule chambre.

Alain, même pour bouffer il sait pas choisir! On dirait qu'il met au point le casse du siècle à étudier son menu! En fait y a peut-être rien qui lui fait envie, je sais pas! Par contre les filles elles, elles avaient envie de tout, de tout ce qu'était sur la liste! Elles discutaient ferme pour combiner un assortiment.
Moi, personnellement j'ai même pas regardé la carte…
J'allais leur montrer comment on commande!
Le garçon est arrivé avec son air de premier communiant et il s'est adressé tout de suite à moi pour demander si nous avions choisi -je voyais mon frangin qui commençait à s'affoler-, je lui ai dit que oui, tout de suite, exprès.
Le garçon s'est aussitôt tourné vers les filles, le stylo sur son starting-bloc, en lèche-cul parfait. Les filles passaient leur commande en pouffant à cause du nom d'un plat qui les faisait marrer.
Le type notait, toujours sérieux, un peu gêné quand même d'être au milieu des déconneurs pendant la messe. Le frangin lui, il était de plus en plus nerveux. Quand le lèche-cul se tourna vers nous, il n'avait toujours pas choisi. Je l'ai laissé mariner un peu. Ça l'a drôlement soulagé de m'entendre finalement.
- C'est quoi votre spécialité en entrées?
- La friture du port.
- Très bien, je prends ça.
- Deux ! oui, moi aussi ! se précipita le frangin.
- Et dans les plats, c'est quoi votre spécialité?
- Le loup en papillote et son gratin de fenouils.
- C'est ça que je vais prendre, et pas autre chose!
- Moi aussi, déclara le frangin, heureux d'être sorti d'affaire!
- Pour la boisson, ajoutai-je, clouant le bec au communiant qui voulait faire le malin avec sa carte des vins, donnez-nous deux Muscadet bien frais.
Et voilà comment faut s'y prendre. C'est pas la peine de chercher des nids dans les racines! c'est le bon sens! Quand un restau a des spécialités, y vont pas appeler spécialités des trucs qui savent pas faire. Je vois pas pourquoi Alain s'emmerdait toujours avec ça. Je lui avais déjà montré le coup plusieurs fois pourtant. Mais non, c'est plus fort que lui! faut toujours qu'il se torde le cou pour être sûr d'avoir une tête!
En tout cas il était marrant dès qu'il avait bu un verre ou deux le frangin. Je me rigolais d'avance en le regardant écluser son troisième verre.
Ça a pas loupé.
Il a commencé à faire le clown et à parler aux voisins de table. Il se levait pour les saluer et baiser la main des dames. Après il s'est mis à recevoir les clients, les conduire aux tables, comme si c'était lui le pingouin.
Et puis il se foutait d'eux. Il les imitait en faisant le kangourou. Je sais pas où il avait été pêcher ça! Sûrement à cause de la sacoche qu'ils avaient tous sur le ventre pour mettre leurs papiers et leur pognon. Il bondissait à pieds joints à travers toute la salle. Ensuite il s'est mis en tête de nous faire une démonstration de combat de boxe avec le communiant. Je l'ai calmé un peu, mais il s'est excité avec ce voisin de table désagréable qui voulait dîner tranquillement.
Ça prenait une sale tournure. Alors j'ai carrément sorti le frangin.
De toute façon je voulais pas de dessert.
On a attendu les filles assis sur le quai, à la fraîche, en regardant l'eau pétrolée du port faire des vagues molles. Alain a dégueulé sur un banc de mulets qui se faisaient bronzer au clair de lune.
Ça allait corser la friture!
Les nanas nous rejoignirent, pliées en quatre de rire, et puis on est monté à l'hôtel.
Les filles ont ricané quand elles ont vu qu'y avait qu'un lit dans la chambre.
Elles ont gardé leurs petites culottes et se sont couchées avec le fou rire, mais j'étais pas jaloux.
Alain dégueulait dans la salle de bain.
J'ai attendu qu'il sorte pour aller me laver les dents.
Le salaud n'avait même pas rincé le lavabo.
J'ai entendu des éclats de rire à côté. Quand je suis revenu dans la chambre y avait Alain à poil en travers du lit, il ronflait pendant que Nadine essayait de le faire bander en lui chatouillant les couilles.
Evidemment c'était peine perdue et les deux filles étaient pliées.
En tout cas je gaulai aussi sec et je conseillai à Nadine de lui faire une Saint-Claude, c'était le seul truc qui pouvait le réveiller.
Je m'étais approché du lit et elle s'exécuta en s'accroupissant, si bien que son cul relevé se présentait à quelques centimètres de moi. Je gaulai encore plus fort et n'hésitai pas une seconde de plus pour l'enfiler bien gentiment.
BB se marrait en nous regardant et Nadine n'attendait que ça, je peux te dire. Surtout il fallait que je pense à autre chose qu'aux deux culs des filles sur le bateau.
BB essayait de dire quelque chose en se marrant, mais elle hoquetait tellement que j'y comprenais rien. Elle me montrait Nadine. Le frangin ronflait et ne bandait toujours pas. Je compris à travers ses gloussements que BB disait que Nadine bouffait du chewing-gum.
En tout cas elle y allait de bon cœur, elle tiraillait dessus et elle se marrait plus. Faut dire que moi c'était pas du chewing-gum que je lui mettais, c'était plutôt du Jolicône taille maxi, et pas du fondant.
Elle commença à faire la chienne ; je l'empoignai et la remuai comme du pétrin. Elle cessa sur le champ de s'occuper d'Alain pour gémir tout à son aise, et puis là, elle me dit, d'un ton impératif tellement vache que je me retournai d'un coup, entièrement, pour voir si le mec était pas là dans la chambre : "Vas-y à fond!".
Putain!
- Reviens, et vas-y à fond répéta-t-elle!
Ça m'avait tout coupé.
Les filles se sont pliées de rire avant de s'endormir tranquillement dans les bras l'une de l'autre.

Didier Betmalle,  Didier.betmalle@club-internet.fr
http://didier.betmalle.club.fr/index.html

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SOUVENIRS du BAHUT

A Steve Lott, mon frère de sang et de galère..

L'insouciance

Que dire du bahut ? De ce lieu carcéral avec ses bâtiments et son pénitencier ? Que retenir de ses années de pure adolescence passées dans une oasis de torture intellectuelle où la réussite était au fil des déceptions devenue un accident ? Ne rien dire de peur de frustrer les autres, de se voir taxer de rebelle et d'écoper la sanction sociale : la marginalisation. Le bahut était un chemin que tant de générations avaient emprunté nous laissant en héritage leur insouciance. Il nous avait fallu décrasser la voie afin de ne plus permettre que le bahut soit un cimetière sans génie, un sanctuaire de la souillure. Certains diront qu'ils ont tout connu au bahut : la réussite, l'échec, les amitiés, les haines et quelque fois, lorsque l'occasion se présentait, l'amour. Car les années de bahut étaient assimilées à cette période de découverte sentimentale, d'éclosion, que dis-je, d'explosion libidineuse. Des premiers baisers aux premières expériences sexuelles en passant par les premières déceptions, le bahut était l'école de la vie vécu par des esprits curieux. Pour ma part, le bahut était d'abord plus une obligation qu'un choix, et je ne cessais de me le dire un de ses endroits détestables où l'on ressent un fort ennui de la vie. J'entrais en phase Terminale de la peste scolaire, et je n'avais pour seul désir que de voler rapidement vers d'autres cieux après l'obtention dans une certaine gloire ce diplôme inamical qui avait dans les consciences une résonance tranchante : le baccalauréat.

Le bahut était le premier lycée du pays, un centre de détention académique qui avait vu passer naguère l'élite incapable qui gouvernait depuis près d'un demi siècle un pays malade. Il ressentait une profonde arrogance d'avoir inculqué à nos leaders le sens de l'irresponsabilité, et à nos héros politiques le désamour de la nation. J'éprouvais un grand respect pour les artistes et les sportifs qui étaient passés par ce lieu et qui avaient su mettre l'image du lycée à son avantage et ainsi apporter plus d'éclat aux couleurs souvent ternes du drapeau national. Le lycée était un établissement d'enseignement général qui comptait dans ses effectifs la crème de la petite bourgeoisie, une concentration de sombres prétentieux narcissiques qui faisait la loi mettant au défi l'autorité plus que corrompue d'une administration divisée par des luttes intestines. Entouré par d'énormes murailles le lycée était de loin le plus vaste de toute l'étendue du territoire nationale, une superficie impressionnante que couvrait de grands bâtiments et une végétation subtilement entretenue lui donnait une certaine élégance. Il est clair que l'Etat investissait massivement pour que son " bijou " soit toujours à la hauteur de son orgueil. Cet espace d'intellectualisme faisait la part belle à l'obscurantisme reposant sur une discipline stalinienne, mais aussi sur un dissuasif programme de châtiments corporels. Il y avait au bahut un endroit retiré, coupé de tout, une salle de torture où les élèves les moins coopératifs recevaient du " café noir " c'est-à-dire une fessée loure et intelligemment appliquée. Il était connu de tous comme étant " le Laboratoire ". Lieu triste. Les âmes excités revendiquant le respect de leurs droits fondamentaux faisaient face dès les premières semaines de cours à une cruelle désillusion : la soumission sans compromissions. Certes l'administration pouvait sembler démissionnaire, mais elle ne lésinait pas sur les moyens quand il fallait pour un temps relativement court rétablir l'autorité, ou quand elle jugeait que le laisser-aller avait atteint des proportions inquiétantes qui pouvaient a long terme nuire sérieusement l'image de marque du lycée.

L'atmosphère au sein de l'établissement était assez vulgaire. On distinguait des îlots de petits sauvageons sautants et criants, dispersés ça et là. Les pauses récréatives demeuraient un soulagement jouissif. Sans ces instants de liberté surveillée, les journées au lycée auraient ressemblées à des journées en enfer. Mais il arrivait que des profs arrivaient quand même à nous voler quelques minutes, souvent la pause toute entière, au grand dam du règlement. C'était amusant de voir que les droits les plus humains étaient bafoués par l'administration et pour cause, les élèves demeuraient des élèves et non des parlementaires. L'école par conséquent n'était pas un parlement mais un lieu de dressage de l'animal humain. Un des rares espaces avec l'armée, dans lesquels la culture du sens critique n'était pas acceptable. Penser était fortement proscrit.

Je me souviens qu'un jour où j'étais décidément mal inspiré, j'ai osé rétorquer à une réflexion tordue du prof de philosophie, il s'est empressé de m'envoyer laver les toilettes pour me châtier de ma témérité. Depuis ce jour j'ai la réplique en berne et j'ai rejoint les rangs, car il faut bien comprendre que laver les toilettes, chose naturellement dégoûtante pour un lieu si incontournable, n'était pas une tache noble, au contraire. C'était l'une des plus inhumaines humiliations à laquelle on ne se relevait pas complètement, car les toilettes crasseuses étaient plongées dans un état de délabrement invraisemblable. On y trouvait des excréments étalés sur le sol et badigeonnés sur les murs innocents. La plupart du temps les " graffitis " qui ornaient ces murs étaient des grossièretés indigestes qui donnaient matière à penser quant à l'éducation de leurs auteurs. Tout cet ensemble d'art juvénile et contemporain était soutenu par l'odeur forte d'urines déversées et concentrées en flaques coriaces. Il fallait donc faire de ce petit paradis, un olympe dans lequel " un homme raisonnable puisse manger sans se plaindre " aux dires du surveillant de secteur. Sans équipements de protection et d'entretien il fallait astiquer les toilettes et faire de la merde du pur cristal au risque d'une infection virale. Le pire était sans doute le regard moqueur et souvent amusé du reste de la classe qui n'hésitait pas à se boucher le nez pour montrer à quel point vous n'etes pas fréquentable ; vous devenez pour un bon bout de temps un intouchable.

C'est dans de pareilles situations que je repensais aux péripéties qui ont rythmé mon admission dans ce pénitencier. J'ai encore le souvenir des transactions financières faites à la rentrée pour " acheter " littéralement l'entrée au lycée de référence. Le lycée ne prenait pas uniquement les meilleurs, encore moins les plus dépourvus, mais surtout les fortunés. Les bureaux du proviseur, personnage décalé, étaient assiégés à chaque rentrée par des hordes de parents déterminés à faire inscrire leur progéniture au lycée. Qu'importe si la politique officielle était le recrutement par concours, la réalité du terrain était toute autre. Au diable le concours, l' " argent " était le sésame qui ouvrait toutes les portes même les plus hermétiques en apparence. Ainsi le concours en lui-même était un simulacre dont les résultats étaient connus à l'avance. Il faut dire que la corruption était devenue une pratique normale dans un pays qui avait pathétiquement géré la crise économique des années 90. Des millions de personnes s'était retrouvées au chômage du jour au lendemain avec dans les poches une monnaie évaluée qui ne valait presque plus rien. Cette crise avait coïncidé avec l' " ouverture " démocratique imposée de l'extérieure, dès lors il s'était développé une attitude de survie connue sous le nom de la " mangeoire ". Les plus fervents partisans de la mangeoire étaient avant tout les administrateurs publics et les politiciens. Ils avaient réussit à faire de la corruption un sentiment moral qui ne trouvait sa justification dans la véritable misère du bas peuple. A coté des villas luxueuses qui poussaient à la vitesse du désespoir de la majorité des citoyens vivant dans l'ombre de la modernité, il y avait les bidonvilles du diable, ses zones de pauvreté encore appelées " elog - bi ", qui se nourrissaient des miettes des grands hommes. Mon pays était une nation riche en diversité ethnique et culturelle mais profondément pauvre. Non pas qu'il soit dépourvu de toute ressource naturelle, mais dont la gestion était plus honteuse que calamiteuse. Sa seule fierté était son apparente stabilité qui laissait entrevoir des conflits et dissensions plus profonds, une sorte de murmures savamment étouffés par le pouvoir en place. Un pouvoir soutenu par une politique qui loin d'éduquer les populations encourageait leur abrutissement, une politique des intellectuels qui dansent au lieu d'hommes qui pensent.

Voilà donc comment on se retrouvait en début d'année avec des effectifs pléthoriques, qui donnaient le tournis à nos professeurs quand il fallait corriger nos copies. Le proviseur en cette année de terminale avait réussit à stabiliser les effectifs à 60 élèves par classe, ce qui était en soi un véritable exploit au vue de la demande importante. Je faisais partie de cette promotion d'élèves en classe de terminal qui avait réalisé l'exploit de décrocher un " néant " glacial au baccalauréat l'année précédente. Nous représentions la honte de toutes les générations. Nous avions été placés en détention dans une zone particulière sous l'œil charognard d'un surveillant de secteur, gros lard supportant tel un supplice une bedaine impressionnante. Notre mise en quarantaine ne visait qu'un seul but, celui d'éviter la contagion de la peste de l'échec à tout le navire, au reste des classes de terminale constituées, pour la plupart, de nouveaux élèves. Nous étions Alcatraz dans Sing-Sing. Et les autres élèves ne cessaient de nous le rappeler à la moindre occasion.

Ludewic Mac Kwin de Davy  lmackwin@yahoo.fr

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Sous un soleil de plomb

Des brumes enragées l'entouraient, d'un rouge vif, il était cerné. Contraint d'inhaler, l'homme commençait à suffoquer. Il marchait aveuglement sans savoir où aller et n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait ni même pourquoi. Il n'entendait qu'un martèlement sourd qui résonnait, c'était comme si le sol autour de lui se mettait à trembler.
Boum….Boum. La terre ne tremblait pas, elle se soulevait et lui faisait perdre l'équilibre. Il ouvrit la bouche comme pour crier mais aucun son ne sortait. Il ne pouvait exprimer la peur qui le gagnait.
Boum…Boum. Cette fumée qui l'enveloppait telle une cape s'insinuait à un tel point dans ses poumons que cela lui bloquait la respiration et le fit se plier en deux. Il ne pouvait rien faire si ce n'est s'allonger sur le sol et se mettre en position fœtale. Ce bruit assourdissant gagnait à chaque seconde en intensité mais l'inconnu ne réussit pas à en déterminer l'origine car il semblait venir de nulle part et de partout à la fois.
Ce son changea, d'abord sourd comme les battements d'un cœur puis strident comme une craie qui dérape doucement sur un tableau. Le bruit se répétait continuellement et de façon si agaçante que cela évoquait le bruit d'un moustique vibrant a ses oreilles. L'homme pouvait essayer d'agiter les mains comme pour chasser un moustique mais ce bruit ne s'atténuait pas. Il étala rageusement son poing sur le sol et la voile se déchira. Quelque chose cassa…

Quelque chose cassa et l'homme émergea de son rêve, en sueur il lui fallut un moment pour retrouver ses esprits et se resituer dans sa chambre. Il vit sa main posée sur son réveil de chevet, il tâta l'autre côté du lit : vide. Cela ne l'étonna pas vraiment, sa femme avait du partir au travail sans faire l'effort de le réveiller.
Le son du réveil avait finit par le tirer de ses rêves, mais il avait toujours mal à la tête. Des ouvriers oeuvraient par centaines à l'intérieur de sa tête à l'aide marteau-piqueurs qui résonnaient en chœurs dans sa boîte crânienne.
La bouche pâteuse, il se leva pour aller boire un café dans la cuisine mais faillit trébucher sur quelque chose qui alla rouler directement sous le lit. Il poussa un juron car l'effort qu'il fournit pour se retenir de tomber lui froissa le muscle du mollet gauche.
C'est en boitillant qu'il atteignit la cuisine. Il prit une tasse dans un placard et se versa du café chaud… Il le recracha aussi sec dans l'évier, le café était glacé.
A presque trente ans, Lenny était un petit fonctionnaire qui n'attendait pas grande chose de la vie si ce n'est d'avoir droit le matin à sa tasse de café chaud.
Un post-it était collé sur le frigo. " Je ne rentrerai pas ce soir. " Rien de plus, pas même un mot gentil, sa femme devenait un vrai courant d'air ces jours-ci. Il ne la voyait presque plus.
Lenny avait la nette sensation que son mariage battait de l'aile mais pour l'heure, ce n'était pas son plus gros problème. Il se massa les tempes. Décidément, ce mal de tête semblait persister .Il chercha dans la pharmacie de la salle de bain un quelconque cachet d'aspirine mais n'y trouva rien de satisfaisant hormis des boîtes de vitamine C. Dépité, il ne lui resta plus qu'à prendre une douche, il était loin d'être en avance.
Lenny était du genre à vouloir être passe-partout, d'une nature anxieuse. Il estimait que la meilleure façon de s'en tirer sans pépin dans la vie c'était de se faire aussi petit qu'une souris. C'était peu être pour cela que sa femme ne lui parlait plus, sans doute ne pouvait-elle se résoudre à ce que son mari ne montre aucune ambition dans la vie autre que celle de passer inaperçu.

Loin de s'en faire pour ce genre de détails secondaires, il choisit alors d'ignorer l'état des choses et de s'en faire une raison. Après tout, jusqu'à présent, il n'y avait eu aucun problème et il n'y avait pas de raison que ça change.
Lenny pris le bus ce matin là. La journée était resplendissante, chaude, ensoleillée. Peut être un peu trop d'ailleurs car il commençait déjà à éponger quelques gouttes de sueur.
Comme chaque jour de la semaine, le bus était bondé de monde et chacun était collé à l'autre, partageant une même sueur tellement les corps étaient serrés. Lenny en son for intérieur aurait préféré être ailleurs, pouvoir respiré le grand air frais d'une journée naissante mais les horaires qui lui étaient imposées ne lui laissait guère le temps à la mièvrerie contemplative du temps qui passe. Et puis d'ailleurs, un simple coup d'œil à l'extérieur suffisait à décourager les marcheurs les plus émérites. La foule était si dense qu'il lui semblait que l'air se brouillait sous la chaleur de leurs corps. Au moins le bus offrait la maigre fraîcheur d'une climatisation, il suffisait de bien se placer pour exposer son visage à un flux d'air frais.

Il commençait à compter les arrêts, la perspective d'une nouvelle journée de travail derrière un bureau ressemblait pour l'heure à une bénédiction. Il ne pensait pas pouvoir tenir une minute de plus avec tout ce monde qui le serrait si intimement, la moiteur de leurs corps transpirants l'insupportait et dans sa tête il faisait une courte prière remerciant Dieu pour l'invention du déodorant en y mettant un post-scriptum pour s'excuser pour la couche d'ozone.
Les portes du bus s'ouvraient laissant place à un raz de marée de fonctionnaires transpirant à tout juste 8h du matin. Parmi eux, Lenny essaya tant bien que mal de garder un certain équilibre pour ne pas se faire sauvagement piétiner par la foule.

Il atteignit en ce qui aurait du être quelques foulées, mais qui se transforma en véritable parcours du combattant, la porte de l'immeuble où étaient logés les bureaux de sa compagnie.
Une fois les portes franchies, Lenny se sentit revivre. Il se retrouvait désormais dans son univers à lui.
Si les lieux étaient mornes et aseptisés, au moins, il pouvait s'y sentir en sécurité, aucune surprise ne l'attendait. Le hall d'entrée était grand et faisait pensé à celui d'un hôtel avec le comptoir en bout de salle et ses réceptionnistes, dont même le sourire qu'elles affichaient était synthétique. Il se dirigea vers les ascenseurs accompagnés de quelques collègues dont la présence le laissait indifférent. Lenny essayait d'effacer dans le fil de ses pensées toute trace du monde extérieur. A l'intérieur de sa tête il s'était recréé tout un monde fait de couloirs, de portes et de fenêtres où chaque information était rangée soigneusement. Dans l'ordre méthodique de son système de réflexion il pouvait baser son assurance et son maintien face au quotidien de tous les jours, chassant de son esprit les personnes extérieures à sa vie pour se concentrer sur ses objectifs limités qui lui permettait de maintenir un niveau de vie stable et rassurant. Il prit l'ascenseur, accompagné de personnes qui travaillaient dans des bureaux proches du sien. L'un d'entre eux fit une blague vaseuse sur le fait que cela allait être encore une journée au trente-sixième dessous. En effet, en raison d'un effectif du personnel élevé, on avait mis en place des étages souterrains au fur et à mesure que la compagnie s'agrandissait. Certes, il aurait été plus simple de faire construire un bâtiment ailleurs mais les parcelles de terrain encore disponible, coûtaient si chères que l'opération n'aurait pas été rentable. Le bâtiment où travaillait Lenny, était en travaux depuis des lustres, on aurait dit un organisme qui ne cessait de se développer, un arbre dont les racines s'enfonceraient de plus en plus dans le sol…
Depuis qu'il y travaillait, il n'avait jamais pu constaté qu'il en eu été autrement. Il s'était vu contraint à déménager à chaque fois qu'un nouvel étage souterrain s'était vu achevé. Il n'était pas rare d'ailleurs qu'il croise un ou deux collègues ayant sous leurs bras un carton contenant leurs affaires personnelles.
La cabine d'ascenseur s'enfonçait lentement dans les profondeurs de la terre, à chaque étage Lenny se voyait de plus en plus enterré vivant, comme si il se faisait avaler par la terre elle-même, prête à l'engloutir une fois pour toute. Lenny n'avait pas pour lui le concept du religieux où toute forme de mysticisme, le sacré n'évoquait rien à ses yeux, sinon il aurait pu penser que la place des vivants n'était pas celle d'occuper la place des morts dans ces profondeurs abyssales.
Le seul sentiment de malaise qu'il pouvait ressentir sur l'heure venait la proximité des autres personnes dans la cabine. L'ascenseur, qui ressemblait plus à un monte-charge, ne contenait que cinq ou six personnes, en se comptant lui-même, mais la proximité d'individus dans un espace clos où il ne pouvait s'échapper le rendait plus que nerveux. La dernière chose qu'il souhaitait était de devoir engager la conversation avec les autres. Ce n'était pas un asocial, mais pour l'heure il ne trouvait rien de plus intéressant que de regarder ses chaussures. L'oreille attentive, il essayait de " saisir " le petit bruit distinct que faisait l'ascenseur à chaque étage qu'il descendait.
Il en était à - 25, quand l'un de ses collègues lâcha une phrase qui eu l'effet d'une bombe, cela tenait en trois mots : Réduction de personnel.

Les licenciements étaient occasionnels, quasiment rare, mais quand ils tombaient ce n'était pas une ou deux personnes qui devaient faire leurs valises mais presque tout un étage. De même qu'on restructurait le bâtiment, on recadrait l'entreprise à coup de machette, plus d'un s'est vu tomber sous la coupe des statistiques. Jusqu'à aujourd'hui les statistiques étaient devenues largement plus fatales qu'une maladie mortelle. Quand elles frappaient c'était l'hécatombe !!
L'agitation qui régnait alors dans la cabine était palpable, hors mis celle de Lenny, les langues s'étaient déliées et s'agitaient en tous sens. La spéculation allait bon train sur les éventuels candidat au chômage technique. Imperturbable, Lenny essayait désespérément de les ignorer, un escadron de martiens serait passé devant lui qu'il n'aurait pas lever un sourcil. Dans sa tête ne résonnait que le décompte des étages. Le mot " licenciement " n'éveillait chez lui qu'une légère pointe d'inquiétude. La rigidité de son esprit ne pouvait concevoir deux secondes que son emploi puisse être menacé, au mieux il sentait une bouffé de chaleur montée en lui, et le soulagement qu'il ressentait à l'idée de croise moins de monde tous les matins" Et toi Lenny, tu en penses quoi de tout ça ? " demanda alors quelqu'un. Lenny qui ne connaissait pas beaucoup de jurons, récita dans sa tête tout un chapelet de ce qui pouvait venir à son esprit. Tenté de faire le sourd et d'ignorer la question, il se rendit à l'évidence que dans cette espace clos il aurait difficile de pouvoir feindre une surdité.
Il esquissa un mouvement d'épaule couplé avec un léger sourire contrit, ce qui voulait dire dans son langage : " Je n'en sais rien et à vrai dire je crois que je m'en contrefous. " mais qui fut traduit pour l'esprit des autres comme " Je suis tout à fait d'accord avec vous les gars, tout ceci est parfaitement honteux. "
Avant que l'importun réitère une vaine tentative de communication, la cage d'ascenseur s'ouvrit et Lenny fut oublié pour son plus grand bonheur.

La fourmilière était déjà en pleine activité, chacun s'occupait à sa tache, la nouvelle d'une réduction des effectifs agissait sur eux comme un stimulant. Un peu comme si on avait placé sous le siège un générateur qui menaçait de les cramer dès que la cadence ralentirait
Le lieu de travail de Lenny était un curieux mélange de chaos et d'ordre. Devant lui s'étendaient une trentaine de bureau, chacun aligné en parallèle avec le suivant. Sur chaque bureau était disposé le même type d'ordinateur, disposé de la même manière.
Il n'y avait pas de place pour l'originalité. Efficacité était le mot d'ordre, d'ailleurs le système de surveillance vidéo interdisait la moindre incartade. Il y avait presque autant de caméra que de bureaux. Le moindre fait et geste était consigné dans un rapport qui était envoyé en fin de chaque journée. Les effets personnels des employés étaient quasi inexistants. Tous ce qui avait pour fonction de distraire l'employé de son travail était prohibé.
Seul était autorisé une ou deux photos de famille, du moins c'était encore toléré.
Sous terre, ce monde souterrain privé de la lumière du soleil donnait l'impression que le temps tournait au ralenti, les heures se dédoublaient, il était difficile de se faire une idée sur le temps qui passe. Chaque jour, pour tous, la même et ennuyeuse " chanson " reprenait, des dossiers étaient déposés à côté de chaque ordinateurs. Chaque dossier contenait des numéros de compte, des tableaux, des factures sur tous les clients de la compagnie. Ils prenaient également en compte des relevés sur les réserves d'eau et le recyclage des eaux usagées.
C'était un travail abrutissant, sans aucun intérêt intellectuel mais cela payait suffisamment.
Lenny alla s'installer à son bureau, comme pour les autres, la pile de dossiers qu'on avait laisser à son attention, était suffisamment grande pour l'empêcher de jeter un coup d'œil sur l'horloge. Ce qui de toute façon ne le dérangeait pas outre mesure. Il s'acquittait de ses taches avec la même régularité tous les jours.
Il s'installa sur son siège, se frottant légèrement le crâne. Une légère migraine commençait à s'annoncer dans un coin de son cerveau mais ne disposant d'aspirine ou d'un autre médicament approprié , il se contenta d'allumer son PC qui ronronna à peine le bouton effleuré.

Il ouvrit l'un des dossiers et ne tarda pas à se mettre au travail. Autour de lui régnait l'agitation habituelle, à part peut être que certains mots passaient de bouche en bouche, se répandant comme une épidémie. L'atmosphère s'épaississait à mesure que l'on apprenait qu'il y aurait des renvois.
Mais comme chaque employé était consciencieusement observé, le ton ne monta guère, simplement la nervosité qui prenait chacun faisait résonner en chœurs les touches des claviers.
Tous essayaient de garder leur calme, mais c'était peine perdue. Comment faire d'ailleurs ? En sachant qu'à la fin de la journée on risquait de perdre peut être la seul source de revenu qui les faisait vivre, eux et leurs familles, il aurait été difficile de garder son calme et de continuer normalement. Seul Lenny restait de marbre, il ne semblait pas avoir conscience de la tension autour de lui, plutôt il s'en fichait royalement. Avec la régularité d'une machine bien huilée, il tapait sur les touches de son clavier avec la dextérité d'un expert.
Les heures passèrent ainsi jusqu'à la pause syndicale autorisée .La température monta d'une dizaine de degré, des groupes se formèrent autour d'une discussion animée :

-Quelqu'un aurait un euro cinquante à me dépanner ?
-Alors vous savez qui sera viré aujourd'hui ?
-Tu n'aurais pas …
-Il paraît qu l'on a vu l'expert de la compta sortir en larme ce matin.
-Dis tu n'aurais pas un euro cinquante je voudrai me prendre un verre d'eau
-Moi, j'ai entendu dire que ce n'était pas notre étage qui était concerné mais celui…

Lenny était toujours à son bureau, faisant semblant de se reposer, il se massait distraitement l'une de ses tempes dans l'espoir d'apaiser son mal de tête mais la douleur persistante qui s'était déclaré, semblait avoir décider de s'y installer pour la journée.

-Vous saviez vous que le prix de l'eau allait encore augmenté ?
-Tu vas voir que ça va devenir une denrée rare bientôt !
-Il paraît que maintenant ceux qui sont sur de rester c'est ceux qui ont acheté des parts de la compagnie.
-Les quelques actionnaires qu'il doit y avoir, doivent être en train de se la couler douce sur l'un des luxueuses plateformes marines où logent les " peoples ".
-Tu parles, ils ne sont pas assez riches pour ça !! Ils doivent sûrement se contenter de vivre dans des yachts ou dans des jets privé.
-Heureusement qu'on arrive à convertir l'hydrogène en carburant !!
-Surtout que depuis que l'emploi de l'essence a été interdit par la convention de Genève, il ne reste plus que ça ou ce qui marche à l'électricité.
-Vous avez vu … Comment il s'appelle déjà ? Ah oui ! Lenny ! Tu saignes du nez, mon gars !

Comme il écoutait à moitié, il ne se rendit pas tout de suite compte que le gars s'adressait à lui. Mais il finit par s'apercevoir que toute l'attention était reportée sur lui, ou plutôt sur sa cavité nasale d'où s'écoulait des gouttelettes de sang. Il essaya d'enlever avec un mouchoir le sang sur sa chemise, mais ne fit qu'étaler la tache, sans pouvoir également arrêter l'hémoglobine qui s'écoulait.

Tout en s'essayant de garder son calme, il vérifia que son portefeuille était bien au fond de sa poche et se dirigea vers les toilettes. Il se sentait quelque peu agacé de s'être ainsi donné en spectacle, plus encore de devoir y laisser une petite partie de son salaire. Comme tous les autres employé, il devait payer l'accès aux toilettes. C'est-à-dire qu'il " louait " les sanitaires pour un temps qui lui était facturé directement sur son salaire.
Deux, trois personnes occupaient déjà les lieux. Pressé de retourner au plus vite derrière son bureau, Lenny s'appliqua à nettoyer ses affaires aussi soigneusement que possible mais il dut utiliser l'eau des robinets, ce qui impliquait un remède pire que le mal. L'eau qui s'écoulait des robinets était boueuse, impropre à la consommation mais non toxique. Du moins c'est ce qu'on prétendait, les employés étaient autorisé à s'en servir pour se nettoyer les mains. Son mal de tête occupait tout son esprit, il ne pouvait s'empêcher de penser au rêve qu'il avait fait cette nuit, c'était comme s'il avait voyagé en dehors de lui-même pour voir … Quoi ? Il l'ignorait et la curiosité ne faisait pas vraiment partie de ses défauts. C'est d'ailleurs l'une des choses qui faisait enrager sa femme, qui elle était plutôt active et s'intéressait au monde qui l'entourait .Il songeait qu'il pourrait lui en faire part ce soir au dîner, cela la mettrait peut être de meilleur humeur s'il lui faisait partagé autre chose que les chiffres qu'il tapaient inlassablement sur son ordinateur.
Un léger sourire sur le coin des lèvres, il regarda le reflet que lui renvoyait le miroir des toilettes et inspecta son allure générale. Dans l'ensemble son allure était passablement correcte, bien que sa chemise blanche avait l'air de sortir de l'essorage et que le teint de son visage avait pris une curieuse teinte rosée…
Il regarda mieux … C'est vrai qu'il ressemblait à une crevette pas très fraîche, du moins son reflet lui renvoyait cette image car en regardant ses mains, il ne remarqua rien d'anormal. Le léger trouble qu'il ressentait ne venait-il pas de son mal de tête ?

Peut être était ce la vapeur qui lui renvoyait une image troublée, cette vapeur qui semblait l'entourer comme une nappe, à travers l'illusion de son reflet. Ce trouble persistant lui donnait l'impression de voir un monde différent du sien. Son esprit obtus comptait mettre cela sur une légère tension nerveuse, ainsi que sur le chantier qu'une tierce personne semblait oeuvré à l'intérieur de son crâne.
Lenny pensait qu'il pouvait ignorer ce genre de chimère optique, il avait quand même mieux à faire. Ce n'était pas comme ses collègues qui semblaient avoir le temps de se laver les mains au point que des plaques de peaux se décollaient de leurs mains…

Il eut un haut le cœur, ce n'était pas un reflet qui lui fournissait ces images invraisemblables. Pendant le quart d'une seconde, ces yeux crurent enregistrer l'image de mains rouges vive, remplie de cloques et de croûtes qui se détachaient chaque fois qu'une main passait sur l'autre.
Un quart de seconde, mais assez de temps pour qu'ils enregistrent toute la scène, suffisamment pour ébranler Lenny et sa façon étroite de percevoir la réalité. Son esprit bloqua quelques secondes, plus rien ne lui venait à l'esprit, comme si la machine avait été grippée.

Et puis ce fut comme si quelqu'un avait appuyé sur la touche " reset " de son disque dur. Il mit au second plan ce qu'il avait cru percevoir pour occuper son esprit à la facturation qui se faisait en ce moment sur son salaire.
Il ne s'interrogea pas car pour lui il ne s'était rien passé, quelque chose dans son esprit avait volontairement oblitérer les dernières minutes qui venaient de passer.
Retournant à son bureau, il repris son activité le plus simplement du monde.
Il devait être 10h30 à la fin de la pause, tout le monde était retourné à son travail, seul Lenny avait déjà pris un peu d'avances sur les autres. Décidé à rentabiliser ses heures, il s'acharnait sur son ordinateur, remplissant sa tête d'une fresque composé d'images floues, de chiffres, de portes et de fenêtres qui se fermaient, ainsi que d'une brume rouge qui essayait de happer les incohérences de son esprit. Une toile s'étendait à l'intérieur de sa tête, tissé par un architecte aveugle qui jonglait avec des fragments de souvenirs incohérents qui allaient se perdre, parmi des chiffres qui prenaient à présent toute la place. On balayait tous ce qui gênait pour ne faire place qu'à l'ineffable logique du quotidien où aucune surprise, aucun changement n'avait cours…
Il plissait presque des yeux à fixer son écran de cette manière, il était sur qu'à la fin de la journée sa vue aurait baissé d'un cran.

La pile de document fondait comme neige au soleil, Lenny avait les doigts qui adhéraient presque au clavier, la peau de ses doigts faisait un chuintement qui venait chatouiller ses oreilles.
L'ardeur qu'il y mettait en aurait fait transpirer plus d'un, ses collègues jetaient un œil sur lui comme inquiets de l'ascendance qu'il prenait peu à peu .Leur propre travail n'avançait pas aussi lestement, ce qui accentua la tension qui régnait à bord. Le " navire " sur lequel ils étaient menaçait de sombrer. Ils avaient tous conscience que certains d'entre eux finiraient par-dessus bord…
Une petite icône s'alluma au coin de son écran. Lenny ouvrit son mail et lu en aveugle le message qu'il avait reçu de la direction, les mots lui arrachaient la vue. Tous les systèmes de son cerveau avaient été déclenchés. Seul son inconscient n'avait pas été mis en stand-by. Autrement dit que Lenny était out Comme si il y avait eu un bug dans l'information qui était parvenu à son cerveau. Il lut et relut les quelques mots contenus dans la missive.
Deux ombres se mouvaient derrières sons dos, deux montagnes de chairs, des orages menaçant prêt à s'abattre sur lui, s'il s'attardait trop dans son immobilisme.
Des yeux se braquaient sur lui de tout part, tous avaient compris pourquoi les vigiles s'étaient dangereusement rapprochés de lui. La seule sécurité qu'ils étaient censé gardé était celle de l'entreprise et non de celle de leurs employés.
Chacun d'eux savaient qu'ils étaient tous dans une situation précaire, ils étaient trop facilement remplaçable. Le coût de la vie avait pour prix l'absence de choix dans certaine situation. Ils pouvaient ou non s'en plaindre, à l'extérieur il y avait des centaines de milliers de chômeur prêt à les remplacer. Lenny, lui-même savait dans quoi il se trouvait, aucun syndicat n'irait défendre ses droits. Il n'en avait aucun, mais, malgré le risque encouru sur son corps par 150 kilos de muscles prêt à lui tomber dessus, une fierté très mal placée l'empêchait de décoller de son bureau.
Lenny resta imperturbable, presque comme s'il ne s'était rien passé, hormis que ses gestes étaient sans aucun doute nettement plus saccadés.

L'homme avait fait place à l'outil industriel qu'une société amorale, avait jugé qu'il était bon de le remplacer. Les caméras de surveillance avaient leurs objectifs braqués sur lui. L'un des colosses devait recevoir une information car il collait sur l'une de ses oreilles l'oreillette qui le reliait à tous les regards avides qui se plaçait derrière la surveillance des caméras.
Les deux compères se penchèrent sur leur proie et la saisirent par les aisselles. Ils ne cherchèrent même pas à le résonner d'une façon diplomate. Ils le traînèrent comme un sac de chiffons devant une centaine d'employés, qui suivaient les choses du regard mais sans dire un mot. L'un des deux colosses avait néanmoins ramassé le cadre d'une photo appartenant à Lenny. C'était de toute façon tout ce qu'il possédait ici, hormis sa fierté. Mais ça, il l'avait perdu quand il avait encore une chance de se retirer sans faire de désordre. Il ne chercha même pas à protester du traitement que l'on lui infligeait. L'humiliation qu'il était en train de vivre ne l'atteignit pas, pas plus que le choc quand il atterrit avec rudesse dans le fond de la cage d'ascenseur.

On le fit remonter en haut dans un état complètement amorphe. C'était en gros ce qui arrivait quand on détruisait tout un univers, à la fin il ne resta plus que le chaos.
On le traîna de nouveau, dès que l'ascenseur arriva au rez-de-chaussée. Lenny s'était presque coupé, dans son esprit, du monde extérieur. Il occulta tout hormis une dernière image, celle du sourire artificiel des hôtesses d'accueils.
Un voile rouge sang s'abattit devant ses yeux. Un goût acre " roulait " au fond de sa gorge. Il était entouré entièrement par cette épaisse fumée rougeâtre, qui s'infiltrait par les voies nasales et allait jusqu'à lui bloquer les poumons.
Lenny, à l'éveil de son instinct de préservation, retrouvait en lui la force de se battre. Conscient que quelle part dans son inconscient il était en train de se " noyer ", il retrouva un peu de volonté. Pas beaucoup, un grain de sable. Ajoutée à cela, la douleur qui lui qui lui transperçait le cerveau. Lenny émergea vers le plan de la conscience, et avec un soleil qui commençait à lui brûler les yeux il se réveilla tout à fait. Il voulut se relever mais le poids qu'il avait sur la poitrine l'en empêchait. Des enfants étaient en train de profiter qu'il était à moitié dans les vaps, pour lui faire les poches. Ils étaient sur lui comme des vautours affamés, de pauvres volatiles squelettiques, et du fait, sans la moindre pitié. Ils étaient cinq ou six qui fouillaient, palpaient à la recherche d'un bien substantiel. Deux d'entre eux commençait à défaire les lacets de ses chaussures. Il commençait à se débattre mais les gamins s'amusaient à le clouer au sol en rigolant.
Les quelques passants, qui traînaient autour, ne semblaient pas vouloir intervenir. Les problèmes des autres n'étaient pas leurs problèmes. La politique de l'autruche était un fait de société. Lenny avait vu des milliers de fois des gens se faire dépouiller en plein jour sans que personnes n'interviennent, lui compris. Les victimes eux-mêmes n'osaient se plaindre. La dernière chose qu'ils auraient voulu s'était d'alerter les autorités. Le service de facturation de la police avait un coût suffisamment élevé, et, une grande majorité parmi ceux qu'on délestait comptait plus sur leur police d'assurance pour être remboursé.

Mais Lenny ne possédait l'aisance qui lui aurait permis de se payer ce genre de luxe, surtout depuis son renvoi. Il se débattit tant bien que mal mais tout ce qu'il pu sauver était sa chaussure droite.
Quand il put se relever, les gosses avaient déjà disparu au coin d'une ruelle le privant de son portefeuille, ses clefs et de sa chaussure gauche.
Loin de perdre son calme, il resta aussi rigide qu'à l'ordinaire, ce genre de chose faisait partie de la vie courante, il s'attendait bien à ce que cela lui tombe dessus un jour où l'autre.
Ne pouvant rentré tout de suite chez lui, il prit la direction du centre de la ville vers le parc municipal.
Dans la rue, les passants marchaient presque comme des fantômes. Tous étaient perdus, errant dans le monde de leurs pensées, croisant son prochain comme s'ils étaient invisibles. Un semblant de perspicacité fit remarquer à Lenny qu'ils étaient tous, ou à peu près, habiller uniformément en blanc. Il était lui-même habillé d'un costume assez clair , veste et chemise blanche accompagné d'un pantalon belge imitant du lin de manière synthétique, vu qu'il ne gagnait pas assez pour ce payer de l'authentique.
Voir tous ces hommes et femmes, lui donnait l'impression de voir des anges placides, indifférent à ce qui les entourait.
Lenny savait qu'il se sentait comme eux, dans sa tête il essayait de redresser mentalement sa forteresse. Il essayait de reconstruire quelque chose qui avait désormais disparu. Trop de pièces manquaient. Le licenciement, le vol, tout ça l'avait ébranlé.

A présent il se sentait presque nu. Avec une chaussure en moins, le moindre pas lui donnait l'impression de boiter. Tant bien que mal, il essayait de montrer que ce n'était pas le cas. En aucun cas il devait donner de lui un aspect misérable. Il ne se souciaient pas vraiment des autres mais…
Au détour d'une rue il arriva au parc municipal, c'était censé être un lieu de repos pour les habitants de la ville, mais c'était surtout le refuge de prédilection des personnes âgées qui ne désiraient pas se terrer chez eux. L'ensemble du paysage aurait très bien décrit une nature morte, tout était marqué dans l'immobilisme, si bien qu'on aurait dit que la nature prenait une pause. Le vent chaud et sec qui passait en ville pour mourir sur les branchages d'un arbre statufié dont les bras faméliques s'enchevêtrait avec les autres branchages, s'imbriquant comme une construction maladroite, formant ainsi une barrière végétale de branches et de feuilles. Tout était bien trop dense, les feuilles étaient presque collées les unes sur les autres. La nature s'étouffait elle-même comme si elle songeait à se suicider.
Le parc n'était que très peu entretenu, on ne faisait plus qu'y ramasser les déchets qui traînaient, laissant à la végétation le soin de s'occuper d'elle-même. Le carré vert de la ville était plus une jungle qu'un jardin, et si la zone n'avait pas été délimitée on s'y serait perdu très facilement.

Lenny chuta sur le premier banc passant par là ,il lui sembla que ses jambes étaient bien trop lourdes et que son pied dénudé avait traîné sur le sol tout le long, le ralentissant dans sa progression.
Un sentiment de malaise le gagnait, dont ce mal de tête ne faisait qu'ajouter qu'un peu plus de pression, un sentiment persistant, agaçant. C'était quelque chose qui le titillait mais dont son esprit avait des difficultés à déterminer la cause.
Il semblait lesté de plomb, ressentant une certaine fatigue nerveuse. Les tensions qui le nouaient les muscles de son corps, lui enlevant toute force, brûlant les miettes de sa volonté. Un profond sentiment de mal-être le taraudait, il y avait un truc qui clochait mais son esprit avait l'air de faire l'impasse sur une chose si évidente que cela l'énervait prodigieusement.

Il bloquait sur une image, qui, dans son esprit était fortement marqué d'une incohérence, comme quelque chose en décalage avec sa propre perception des choses.
Ses yeux s'étaient accrochés sur une forte traînée rougeâtre qui venait de l'endroit d'où il arrivait, jusqu'à ses pieds. Le tissu de sa chaussette gauche semblait avoir été arraché, il n'y avait plus que des filaments cramoisi par le sang de Lenny, l'épiderme de la plante de son pieds s'était décollée . Tout était à vif, le sang commençait tout juste à coaguler quand Lenny avait finis par s'en apercevoir.
Malgré la vue de son pied à moitié estropié, il ne ressentait pas les picotements de la douleur, quelque chose endiguait la souffrance qui aurait naturellement du remonter de son pied à son cerveau, lui indiquant que quelque chose n'allait pas.
Son esprit s'embruma peu à peu, le spectacle sanglant que lui offrait son pied le plongeait dans une espèce de fascination macabre, cela éveillait chez lui un intérêt curieux comme si le gouffre qu'il y avait à l'intérieur de sa boîte crânienne cherchait à combler enfin le vide que son inconscient avait laissé. Oubliant toute forme de convenance, il se replia dans une position fœtale sur le banc, laissant les rayons du soleil réchauffer son visage.
Si Lenny n'avait pas déjà sombré dans son monde illusoire, il aurait sentit la chaleur picoter sa peau et son corps suinter dangereusement.

Au lieu de cela, il s'éparpilla dans ses délires oniriques, où les pas qui l'entraînaient, le menaient vers une succession de rideaux rouge qui soulevait pour essayer de voir ce qu'il y avait derrière.
Mais les voiles se succédaient les uns aux autres, faisant répéter le même manège inlassablement. Plus Lenny les écartaient et plus il se sentait oppressé par ces morceaux de tissu pourpre, chacun d'eux devenait de plus en plus lourd chaque fois qu'il en écartait un , et chaque voile qu'il traversait semblait avoir la volonté de s'accroché à Lenny comme une sangsue.

A nouveau, il sentit qu'il étouffait, entraver dans ses mouvements il s'écroula sur le sol, " enlacé " par ces étoffes flamboyantes qui l'enserraient tels des boas. Lenny roula sur lui-même, cherchant une quelconque sortie à tout ceci mais ne trouvant rien d'autre que ces tissus avides semblait-il, de s'écrouler sur lui et de l'écraser les uns après les autres comme des dominos. Il fut bientôt tellement entravé dans ses mouvements qu'il dut se résoudre à l'immobilisme, contraint et forcé, ressemblant une grosse praline. Il avait vraiment du mal à respirer, ce n'était pas que ces étoffes l'empêchaient de respirer mais il semblait s'en dégager une odeur pestilentielle, quelque chose qui ressemblait à une odeur de barbecue, à quelque chose qu'on aurait laisser sur le feu depuis un peu trop longtemps. Il ne se rendit compte que un peu trop tard que c'était son corps tout entier qui était submergé par les flammes. Il cessa de lutter contre l'inévitable, et, alors qu'il croyait s'abandonner à une issue fatale, il se réveilla dans les draps d'un lit d'hôpital. Son pied était dans le plâtre, il avait du être ramassé et cette fois ci il avait vraiment du souci à se faire. Il regarda les alentours.
Quatre autres patients occupaient cette chambre, leur carte bleu était branchée à un compteur qui débitait les restants d'un maigre salaire déposé sur un petit compte tout aussi maigre.
Seul Lenny n'avait pas ce genre d'appareil à ses côtés, le vol de son portefeuille faisait qu'on n'avait pas encore pu lui ponctionner son argent.

Lenny ne savait pas si c'était ou non une bonne chose. Mais s'il n'ignorait pas une chose c'est que ce qui peut sembler bon au départ pouvait vite devenir un fardeau insurmontable. Il ne savait pas si on avait déjà pu l'identifier, la tenue qu'il portait sur lui montrait bien qu'il n'était pas un clochard, c'était sans doute ce qui l'avait sauvé jusqu'à présent.
Il se rendit vite compte qu'on avait bandé son pieds, il n'osait imaginer combien cela allait lui coûter, c'est alors qu'il se rappela qu'il était désormais sans emploi et vît dans son esprit les chiffres du facture défiler dangereusement ! Il ne pourrait jamais payer, c'était impossible !!
Il commençait sérieusement à paniquer, le jour allait disparaître de l'horizon et bientôt la facture doublera en vue des tarifs de nuits. Lenny savait que plus il resterait dans cette pièce, moins il avait de chances de s'en sortir. Il ignorait quoi faire, aucune solution raisonnable ne semblait la bonne. Il se demanda ce que sa femme aurait fait à sa place, d'ailleurs s'inquiétait-elle seulement de son absence ? Lenny se doutait qu'elle-même ne devait pas encore être rentré. Sur la table de chevet ils avaient laissé la photo à demi chiffonner de sa femme, il s'habilla et la rangea dans sa poche négligemment.
Il jeta un œil dans le couloir… On se serait cru dans un quartier pénitencier, les infirmiers étaient aussi baraqués que des catcheurs et Lenny doutait sérieusement qu'ils étaient là pour prodiguer des soins. Passer devant eux se révèlerait assez risquer, surtout avec l'intention de partir comme un voleur. Non, il fallait trouver un moyen détourné de se faire la belle sans qu'on s'en aperçoive…C'était loin d'être gagné car il fallait également compter sur les caméras de sécurité qui elles ne pouvaient pas le rater. Il n'existait plus le moindre angle mort, tout était filmé jusqu'au moindre millimètre. Il était même sur qu'au moment précis où il y pensait, quelque part dans l'hôpital on l'observait.
Retournant sagement dans sa chambre, il gardait sur lui-même un certain contrôle de lui-même, bien qu'il fût le premier à reconnaître à quel point sa situation était critique. Il s'allongea sur son lit en quête d'une solution lumineuse à son problème, mais Lenny ne faisait pas partie du rang des optimistes, aussi envisageait-il déjà les pires scénarios, frissonnant d'inquiétude à l'idée que l'on puisse lui présenter une facture au montant exorbitant. Le goût de la déchéance était amer dans sa bouche. En une journée, les profondes modifications qui s'étaient faites dans sa vie l'avaient sérieusement éprouvé, la chute sociale était vertigineuse.
Stressé, angoissé, il commençait à perdre son calme. Rien ne lui venait à l'esprit si ce n'est les séries de chiffres qu'il avait l'habitude de taper. Ses pensées étaient parasitées par des colonnes et des colonnes de nombres sans fin. Lenny avait perdu l'habitude de réfléchir de par lui-même. Depuis le temps qu'il avait rejoint les rouages de la société, il avait pratiquement bannis toute forme de pensée, hormis celles qu'il destinait pour sa femme. Toutes idées nouvelles rouillaient sous l'effet d'un engourdissement habituel.
Pour l'instant, à part les autres patients qui dormaient profondément, il était le seul conscient dans cette pièce, de plus il n' y avait aucune caméra de sécurité dans celle-ci, ce qui pouvait se comprendre par le fait qu'en général les patients étaient presque toujours endormis, de plus ce qui les attendaient dans les couloirs dissuadaient facilement toute entreprise échappatoire.

Lenny pris l'air sur le balcon, histoire de se rafraîchir les neurones, malgré ça le brouillard qui régnait dans son esprit ne laissait place qu'à l'obscurantisme du désespoir.
L'air doux du crépuscule agissait sur Lenny comme un baume. Son cœur battait moins vite, ses idées un peu moins confuses se mettaient en ordre.
Il avait encore du mal à comprendre le chemin qui l'avait mené jusqu'ici, mais c'était une heure propice à l'apaisement des esprits contrariés. Les derniers rayons du soleil se mourraient au loin, et, Lenny eut la vague impression que le monde avait retenu son souffle à la disparition du dernier rayon derrière la façade d'un immeuble.
Quelques lampadaires commençaient à clignoter " timidement " faisant l'annonce hésitante de leur lumière, se demandant si c'était à eux, d'éclairer la ville.

Quatre étages séparaient Lenny, de la terre ferme. Quatre étages et tout un monde de question qui se posait entre lui et le sol bétonné. La conscience du vide qui se creusait devant lui, titillait le pied meurtri de Lenny. Prompt à imaginer ce qui fera le plus mal, il imaginait la douleur qu'il aurait s'il passait par la balustrade et tombait sur le pied. Cette image s'incrustait dans son esprit de façon si saisissante, que Lenny eut le besoin de s'asseoir. Nauséeux, le bourgeon d'une idée commençait à implanter ses racines dans sa tête. Irréalisable, complètement suicidaire, mais… Tellement logique dans ce cas. C'était une de ses idées qui relevait du supplice en soi, offrant une solution pire que le mal. Il lui manquait le seul élément qui lui ferait toujours défaut : le courage.
La façade externe de l'hôpital n'était pas surveillée, il semblait logique que ce fût le seul chemin possible à emprunter, mais Lenny n'était pas du genre à exécuter des prouesses physiques. Ce genre d'action était loin d'être à la mesure d'un homme possédant la corpulence d'une crevette. Il en aurait pleurer tellement c'était risible de voir que les compétences qu'il avait pu accumulé au cour d'une vie, se révélaient inutiles face à ce qui l'attendait. Mais s'il prenait le risque de s'attarder dans cette chambre, on l'atteindrai là où ça ferai le plus mal : son portefeuille.
Lenny était ni avare, ni pingre, encore qu'il n'avait jamais été d'une extrême générosité, mais la sérieuse entaille que ce séjour allait faire à son capital le retranchait dans une extrémité suicidaire. Une mort économique pouvait être considéré comme une mort physique. L'un entraînait l'autre d'une manière quasi-radicale.
Il ignorait comment procéder, faire preuve d'imagination était bien trop lui demander. S'il avait eu un livre expliquant une méthode à appliquer, il aurait pu faire quelque chose, mais avant même la moindre initiative il sentait les nœuds de sa couardise enserrer son estomac.

Il alla récupérer une canne pour s'appuyer sur son pied valide et un drap. Le calme de la pièce lui enlevait un peu de sa tension nerveuse, personne ne semblait vouloir faire irruption dans la chambre mais Lenny se doutait bien qu'il ne devait en aucun cas compter sur sa chance. D'abord parce qu'il n'y croyais pas et puis surtout parce que les choses n'avaient pas cessé d'aller de mal en pis et qu'il se doutait bien que la série noire ne s'arrêterait pas en si bon chemin. Même son système de pensées avait considérablement changé. Ce n'était plus le labyrinthe étroit qui le mettait à l'écart du monde, extérieur, les murs s'étaient écroulés, et derrière ces ruines il se devait d'être sur le qui-vive.
Déjà sur le balcon, il commençait à suer à grosses gouttes, pour peu qu'il ait eu quelque chose dans le ventre il aurait probablement rendu son déjeuner.
Il jeta sa canne dans le vide.

La voir rebondir sur le sol ne l'encourageait pas du tout mais il n'avait plus le temps de réfléchir raisonnablement.
Le bâtiment était relativement simple. L'hospital disposait d'une dizaine d'étage, Lenny logeant au quatrième, cela lui laissait une petite chance de ne pas mourir sur le coup si jamais il se ratait.
Les balcons n'offraient pas de prise suffisamment sérieuse pour qu'il puisse s'y appuyer tout en descendant. Lenny comptait plus sur la tuyauterie que sur ses " dons " pour la varappe. Il passa autour d'un gros tuyau de canalisation, le drap de son lit. S'assurant par des coups secs qu'il ne céderait pas sur son poids. Lenny commença à passer une jambe par-dessus la balustrade, et dans sa tête il fit une courte prière pour que le parapet ne soit pas aussi bon marché qu'il y paraissait.

De l'autre côté, seul son pied valide, avait encore un appui sur le balcon. Il y fit basculer tout son poids, tandis qu'il essayait tant bien que mal de nouer autour de ses bras et de sa taille le drap.
Enfin, il ne put s'empêcher de fermer les yeux quand il se décida à se lancer dans le vide, faisant des petits bons et arrêtant progressivement sa chute en freinant avec son pied droit.
Il basculait son poids en arrière, s'apercevant que cela offrait un meilleur appui pour son pied, et une descente plus sure. Légèrement rassuré, il continuait à passer les étages sans être vraiment certain que la nuit le camouflait suffisamment aux yeux des gens.

C'est à partir de là qu'il commit une erreur. Au alentour du deuxième étage, il voulut jeter un coup d'œil derrière lui, mais le surplus de poids qui entraînait cette action lui arracha presque la peaux des mains, et par un réflexe stupide, il relâcha l'étreinte qu'il avait sur le tissus, qui comme un ressort, lui échappa alors totalement .
Il chuta de tout son poids sur le sol, ce ne fut que pour quelques secondes mais Lenny eut le temps de s'insulter de sa bêtise dans à peu près toutes les langues qu'il lui venait à l'esprit.
La rencontre brutal avec le sol ne fut amortie que par un buisson sec, qui ne rendit qu'à peine plus doux le contact avec la terre. Une douleur sourde accueillit Lenny lui enlevant tout air dans ses poumons. Mais la douleur qu'il ressentait lui prouvait qu'il était encore en vie, ce qui était alors une bien maigre consolation.
Il ne put se relever tout de suite, le choc lui avait fait perdre tous ses moyens et il pleurait abondamment sous la douleur qu'il éprouvait. Il se demandait si sa colonne vertébrale était fracturée, c'était peut-être le cas mais il n'en savait rien.
Il bougea une jambe, puis un bras et péniblement il entreprit de se relever. Ce ne fut pas une chose facile car il avait la nette sensation de ne pouvoir tenir sur ses jambes, heureusement il tomba sur la béquille qu'il avait lancé il y a peu. Ceux là lui fut alors très utile, sans cela il aurait peut être du se traîner sur des kilomètres pour s'éloigner du bâtiment et rentrer enfin dans sa demeure. Il n'avait de pensée heureuse que pour sa femme, c'était à peu près tout ce qui lui permettait sur l'heure de tenir le coup, l'idée de revoir enfin sa femme lui ouvrait d'autres perspectives. Ce sentiment de vide qu'il ressentait après avoir presque tout perdu, il ressentait le besoin de le combler dans les bras de la femme qu'il aimait. Mais son esprit logique lui suggérait déjà que les choses se passeraient tout autrement.
Il savait bien qu'au contraire il aurait droit à une scène de ménage, mais même cela lui convenait et au mieux c'est tout ce qu'il pouvait espérer pourvu qu'il ne se retrouve plus seul, derrière le mur qui les séparait. Il avait envie de lui parler, de la voir malgré les conditions.

Marchant dans les rues, harassé par cet enfer qu'il subissait. Lenny s'appuyait du mieux qu'il pouvait sur sa canne. Toute les cinq minutes, c'est-à-dire à chaque pas qu'il réussissait à faire, il avait l'impression qu'il allait s'écrouler sans avoir la force de se relever. Son pied lui faisait tellement mal qu'il réveilla la douleur qu'il avait dans sa tête.
Peut être n'était-elle jamais partie, peut être s'était-elle simplement endormie sournoisement, attendant son heure pour marteler sa pauvre tête à nouveaux mais il ne s'en rendit vraiment compte que quand il chancela contre un mur. Il tirait de la douleur une ivresse sombre qui rendait son esprit confus. Le mal qui le parcourait, amenuisait ses forces et sapait considérablement son moral. Et pour comble du " bonheur ", ses narines délicates souffraient le martyre face à l'odeur corporel qu'il dégageait. Il eut l'impression que même ses vêtements allaient se décomposer sur place. C'est vrai qu'il ne se sentait pas très frais… A moitié mort aurait été plus juste. Sans doute avait-il un air pitoyable, mais de toute façon il n'y avait pas grand monde autour de lui pour en juger.
La nuit, au contraire de la journée, offrait des rues désertiques dont l'écho des pas de Lenny résonnait encore à ses oreilles. Chacun était planqué chez soi, bien trop heureux d'occuper un logement plutôt que d'affronter une nuit glaciale.
Car il faisait presque un froid polaire. C'était la première fois que Lenny se retrouvait aussi tard dans les rues, il fut très nettement surpris par cette fraîcheur. Elle lui mordait les os, cinglait sa chair, mais c'était exactement ce qui lui fallait pour ne pas rester immobile, comme il aurait été tenté de le faire. Il n'eut pas le souvenir d'avoir jamais goûté un tel froid, il eut même l'impression de ne même pas savoir ce qu'était le froid.
Non ce n'était pas un froid polaire mais plutôt le froid désertique, sec et qui vous enveloppait entièrement et réussissait à vous atteindre malgré l'épaisseur de vos vêtements.
C'est comme une immense main qui vous prends et ne veut pas vous lâcher, elle vous serre sans pitié et à travers ce froid on ressent la chair qui vous brûle jusqu'à ce que la fièvre vous gagne. Et pour tous ceux qui sont obligé de dormir dehors c'est la mort assuré.

Mais Lenny, lui, n'était pas encore obligé de dormir dehors.
Il était cependant prêt à défaillir d'un instant à l'autre tellement il n'en pouvait plus. Faire le retour à pied chez lui ne faisait pas partis des meilleures idées qu'il ait eu, mais en chemise de nuit d'hôpital il se voyait mal prendre les transport en commun, surtout en étant sans argent.

C'est dans un état plus que lamentable qu'il réussit à rejoindre le rez-de-chaussée de son immeuble. Il était sale, misérable, frigorifié mais surtout exténué. Trop de choses s'enchaînaient, il avait du mal à suivre, à respirer. Son corps était un charnier dont la chair et les os faisaient un sanctuaire à la douleur et à la fatigue. Il ressentait l'envie de se fracasser la tête contre les murs, il s'imaginait un chirurgien maladroit qui l'opérait de l'intérieur avec une tronçonneuse en guise de scalpel pour une intervention sans anesthésie.
Il appliqua son pouce sur le scanner à empreinte digital. Heureusement pour lui, il n'était pas encore en panne. Les broutilles de ce genre arrivaient si fréquemment que bon nombre des locataires avaient décidés de faire signer une pétition dans tout l'immeuble avec l'espoir insensé que cela changerait les choses, mais c'était purement inutile, les propriétaires possédaient la surdité du portefeuille. Lenny se souvient qu'il avait refusé cette pétition, il se demanda à quel point il l'aurait regretté si cette porte ne s'était pas ouverte.

Gravissant les escaliers, il préféra user de ses dernières forces plutôt que de signaler sa présence aux autres locataires, un restant de fierté le poussait à ne pas vouloir se montrer dans cet état si clownesque. Il rampait plus qu'il ne marchait, ce n'était plus qu'un gros paquet de sueur qui peinait à gravir les étages sans se traîner directement sur le sol. Lenny avait du laisser sa canne en bas, ne s'appuyant plus que sur le mur. Dans son for intérieur, il se maudit pour le fait d'habiter si haut. Il se rappela avec quel orgueil ils avaient emménager au dixième étage il y a de ça quelques années. Maintenant, alors qu'il souhaitait avidement se retrouver sur son lit, il se dit qu'il aurait sûrement été préférable d'habiter au premier étage.

Sans savoir trop comment, et alors qu'à l'intérieur de sa boite crânienne on dansait la rumba, il échoua au dixième tel un marathonien ayant battu tous les records d'endurance.
Il n'eut pas la force d'allumer la lumière du couloir qui le menait devant la porte de son appartement . Il avait déjà énormément de difficulté à se redresser convenablement sans donner l'impression qu'il allait chuter sur le sol d'un instant à l'autre.

Poussant péniblement la porte, il rentra enfin chez lui.
Il en était tellement soulagé et heureux qu'il écrasa quelques larmes sur son visage. Ce fut qu'après quelques minutes qu'il vit que quelque chose clochait.
Son appartement était sans conteste sans dessus dessous mais Lenny ignorait s'ils avaient eu à faire à des cambrioleurs ou si c'était l'œuvre de la police. Une feuille qui ressemblait de très près à un mandat de perquisition était posé sur sa table de chevet.

Il cessa de s'inquiéter de ce nouvel incident pour s'inquiéter de l'absence de sa femme. Bien sur il savait qu'elle rentrait souvent très tard de ses soirées, mais il se demanda si elle n'était pas passer un peu plus tôt. Cela lui arrivait quelques fois, après son travail, de rentré pour se changer. Il espérait que ce fut le cas cette fois-ci, mais elle demeurait invisible.
Las, il voulut la chercher elle ou un signe de son passage dans les pièces, mais il n'eut même plus la force de prononcer le moindre mot. Sans vraiment en avoir conscience et alors qu'il n'était qu'à deux mètres de son lit, il s'écroula sur le parquet, sans connaissance.
Ce fut une nuit sans rêves, la fatigue qui l'avait achevé, le laissant sur le carreau, laissant sur son corps une empreinte fait de courbatures et d'ecchymoses dont il se serait très certainement bien passé. Son réveil fut difficile. Il s'était déjà réveillé cinq ou six fois pour se rendormir presque aussitôt.
Il était fiévreux et sa respiration se faisait haletante. S'il avait été bercé un poil plus près vers des mœurs tragédienne, il aurait pu penser qu'il allait mourir sur le sol.
Les heures matinales passaient sous ses yeux, sa conscience était éveillée mais son corps, lui, s'obstinait à ne pas lui répondre. Lenny croyait qu'il resterait ainsi jusqu'à ce que sa femme, ou un visiteur importun le trouve. Mais c'était surtout le fait que ses muscles étaient considérablement engourdis par la tension musculaire accumulée la veille, et dont Lenny n'avait pas l'habitude de fournir.

Ce n'était qu'au zénith qu'il put ramper jusqu'à un fauteuil, malgré le fait que l'effort faillit le faire chanceler sur une table.
Son nez s'était remis à saigner mais il laissa faire. Résigné, sa migraine s'était réveillée en même temps que lui, ou alors c'était elle qui avait eu raison de son sommeil.
Peu lui importait en fait, il ne ressentait véritablement que l'absence de sa femme, d'une chose dont il n'avait pas encore conscience, car c'était au-delà de sa propre compréhension, cette chose c'était le manque d'amour. Celui de la femme aimante qu'il avait épousé il y a de cela des " décennies " et que, si elle était bien rentré cette nuit, l'avait laissé dormir sur le sol comme un paquet de linge sale.
Le lit n'était pas défait. Avait-elle découché ?
Il acceptait déjà plus que sa femme le trompe, plutôt que son sort ne lui soit totalement indifférent.
Et alors que son sang perlait sur ce qui restait de sa chemise d'hôpital, il remis suffisamment d'ordre dans ses idées pour arriver à la conclusion qu'il fallait sérieusement songé à ce qu'il convenait de faire. L'obsession qu'il avait pour sa femme semblait vouloir parasiter les pensées les plus raisonnables. Lenny était à présent le vestige de l'homme qu'il était hier. Il s'intéressait maintenant au moins deux personne, lui et sa femme.
Ses yeux, quelques peut hagards, scrutaient le vide qui régnait autour de lui, cherchant le déclic qui le ferait avancer dans sa réflexion, il avait un air complètement abrutis et si on lui avait tendu un miroir à ce moment là, l'image qu'il renvoyait l'aurait probablement mortifié.

Quelques affaires traînaient ici et là, les hommes qui avaient du passer hier soir, n'avaient pas négligé de fouiller dans ses affaires, cherchant sans doute de quoi le faire tomber encore plus bas qu'il ne l'était. Mais Lenny n'en avait cure. Pour l'instant la seule chose qui comptait encore était de pouvoir parler à nouveau à sa femme.
Le silence qui les entourait depuis si longtemps s'était installé par la force de l'habitude et la faiblesse qu'ils avaient montré à ne pas y faire face. C'était ce qu'il pensait, et aussi comateux qu'il était au réveil et malgré le fait que son corps se faisait capricieux, il ne pouvait rester en place.

Il lui fallait sauter sur son pied valide pour se déplacer dans les pièces, il avait l'impression d'être un éclopé. Pourtant il fallait bien s'activer un peu, il ne pouvait rester oisif. Tôt ou tard on viendrait sonner à sa porte pour des raisons probablement pécuniaires, à commencer par l'hôpital.
Il était sur à présent d'avoir été identifié depuis hier, si ce n'était pas le cas, ça le serait très certainement bientôt.
Il n'arrivait plus à trouver les affaires de sa femme. Cherchant son agenda pour savoir où elle se trouvait aujourd'hui il fouilla dans ce qu'il croyait être ses affaires. Mais en réalité tout ce qu'il put trouver était ses propres bibelots, des objets qui lui appartenaient mais rien à elle.

Etait-ce cela ? En étaient-ils arrivé à cette extrémité que le départ de l'un était devenu une chose inévitable.
Il était amer et désappointé, pas parce qu'elle était partie, disparaissant de sa vie comme une ombre, mais par lui, il venait de recevoir une grande gifle qui le sonnait.
On démantelait son univers comme un château de carte. Bien sûr, il n'y était pour rien en ce qui concernait son travail, il ne lui restait plus qu'à en trouvé un rapidement…
D'accord, de ce côté-là il y avait vraiment du souci à se faire mais ce n'était pas vraiment ça qui l'intéressait à présent. Il mit en route le recycleur d'eau potable, et attendit une petite demi-heure avant de pouvoir se décrasser.
L'eau était juste tiède mais Lenny ne s'en inquiétait pas outre. Glacé ou brûlante, son esprit voyageait hors de son corps, vers le souvenir de celle qui avait repris sa liberté pour de bon.
Il n'y eut aucune dispute en prélude, aucun mot plus haut qu'un autre, mais plutôt une série de non-dit qui avaient tué leur couple.

Lenny se sentait perdu, son mal de tête ne l'agaçait plus autant qu'avant, son esprit s'était logé au fond de son cœur, dans une zone qui avait été inexploité depuis des lustres. Quelque part il hésitait à savoir ce qui lui faisait aussi mal. L'absence, ou le manque d'amour ? Ce manque qu'il avait gagner par la lâcheté du àl' égocentrisme dont il avait fait preuve de façon si quotidienne en s'usant dans le travail.
Il avait cessé de voir tout ce qui l'entourait, et parmi tout ces gens dont il avait finit par repousser l'existence il avait inclus sa femme. Il était un aveugle parmi des milliers de non-voyants, et quand tous les liens étaient coupés il se retrouvait isolé dans une salle de bain rustique, sans goût et sombre.
Il eut son quart d'heure de culpabilité, seulement un quart d'heure car le naturel d'un homme était une chose qui était peu aisé à s'en départir. Le poids des remords était vite tranché par des excuses faciles, de celles qui venaient s'entasser sur la conscience pour mieux dormir la nuit. Personne n'aime se sentir coupable de quelque chose. L'esprit de Lenny commençait à assouplir ses remords, déjà sa respiration se faisait plus aisé et il se préoccupait beaucoup plus de la migraine qu'il trimballait depuis hier.

Il fit bonne figure un bon moment. Propre et ressemblant plus à un homme civilisé, il réglait les derniers détails qui le préparait à ressembler à un homme civilisé.
La touche finale consistait en un rasage de près, il prenait le temps de ne pas laisser le moindre détail de côté. Sa peau desséchée lui donnait un air plus âgé. Lenny trouvait qu'il avait triste mine. Ses yeux étaient enfoncés dans ses orbites, ce qui donnait l'impression qu'ils allaient disparaître. De grandes cernes les entouraient. Il ressemblerait fortement à un doberman avec ses poches sous les yeux s'il n'avait pas eu les joues aussi creuse. Il ne lui semblait pas avoir remarqué qu'il ait eu déjà les traits aussi tirés, il se fit une micro coupure pendant qu'il se rasait tellement il était absorbé dans sa réflexion. Une légère plaque rouge apparut.

Bah ! Il mettrait un sparadrap, se dit-il, mais en observant un peu mieux il vit que cette plaque n'était pas la seul. D'autres apparaissaient ici et là, et le sang commençait à s'égoutter sur l'évier. Sa raison lui dicta en premier lieux, qu'elles devaient être ouvertes peu avant et qu'il n'y avait juste pas assez prêter attention. Seulement aussi fine étaient-elles, n'apparaissaient pas seulement sur la partie de son visage où il avait appliqué la lame. Bientôt son visage entier fut tuméfié par le sang. Il appliqua sur son visage autant d'eau qui lui était raisonnablement possible d'en mettre. Malgré cela son visage ressemblait de plus en plus à une grosse framboise desséché, tout le " jus " commençait à en sortir de façon alarmante.

Lenny ne se départit pas de son scepticisme habituel, plutôt que de paniquer inutilement, il appliqua sur son visage une serviette propre pour éponger.
Mais le sang restait collé à son visage comme si il était indélébile.
La surprise, et le dégoût lui fit avaler une bouffée d'air de travers. Il fut saisit d'une toux persistante qui le plia presque en deux. Elle persista quelques minutes, surtout que Lenny en rajoutait un peu. La peur de mourir étouffer d'une façon aussi bête l'horrifiait totalement aussi se forçait-il à tousser plus que de raison pour être bien sur que ça passe, de plus il n'avait pas le courage pour regarder à nouveau son reflet.
Il s'imaginait son sang recouvrir entièrement son visage. Les plaies s'ouvrir en grand et cisailler ce qui lui restait de son visage.

Ne voyait-il pas sa peau tomber sur le sol ? A bien y regarder, ce n'était que sa serviette, et, bien qu'elle n'était pas d'une blancheur irréprochable elle n'avait pas gardé les traces de sang.
Lenny se regarda à nouveau dans la glace mais n'y vit qu'un visage apeuré avec une lueur d'incertitude dans le regard. Il resta incrédule devant la bêtise dont il avait fait preuve à l'instant.
Il eut un rire sec, suivit d'un hoquet méprisant devant sa réaction infantile. Bien qu'il ne l'admit pas vraiment, il fut soulagé de constater d'avoir été victime de son imagination, du à la fatigue selon lui. Tellement soulagé qu'il en oublia son pied invalide et s'y appuya par mégarde.
La surprise de la douleur, lui arracha un cri et lui fit perdre l'équilibre. Il s'écrasa comme une masse sur le sol, sa tête vint percuter violemment un mur, il laissa échapper un second cri qui ressemblait plus à un couinement qui fut coupé quand sa mâchoire rebondit sur le sol.
La douleur eut du mal à passer, surtout que Lenny commençait à développer un sentiment de frustration qui gâtait considérablement son humeur.

Il se releva péniblement mais la douleur était tellement présente qu'il ne put rester debout bien longtemps, et du s'allonger un peu en attendant que sa passe. Le lit étant trop loin, il s'allongea à même le sol sur le parquet froid de son salon.
C'est en laissant traîné ses yeux qu'il remarqua un objet sous l'un des meubles de son salon. Il fixa l'objet avec un regard indifférent, de celui qui bloque sur quelque chose sans vraiment s'y intéresser. Il ne souvint pas que c'était l'objet sur lequel il avait trébuché hier .Cela ressemblait une petite boîte ronde mais il n'arrivait pas à voir exactement ce que c'était. Et bien que ça l'intéressait peu, il ne voulut pas que cela reste non rangé, il y avait sûrement bien assez de désordre comme ça. Aussi le ramassa t-il.
C'était son flacon de vitamine c, il se rappela alors qu'il n'en avait pas pris la veille car son mal de tête avait chassé cette idée, ce qui fit qu'il en avait oublié l'existence. Ce qui de toute façon n'aurait pas changer grand-chose puisque la boîte était vide.

Sans s'en préoccuper davantage, il le jeta négligemment dans une corbeille et entreprit de s'habiller tout en rodant dans son esprit les détails qu'il convenait d'accomplir durant cette journée. Quelque part, il restait persuadé que la meilleur chose à faire était de retrouver sa femme. Il ne pensait pas pouvoir arranger les choses mais il désirait sincèrement lui parler.
Il finit de s'habiller en refermant les boutons nacrés de sa chemise blanche. Sa garde de robe en était remplie, il se demanda un instant pourquoi il ne disposait pas d'une gamme de couleur un peu plus variée…
Heureusement pour lui, l'ascenseur n'était pas en panne, il se doutait bien, que même si ce n'était sans doute pas la meilleure chose à faire à cette heure-ci il ne croiserait probablement personne. De plus, il ne pouvait visiblement pas prendre l'escalier dans cet état. Même en sautillant sur son pied valide, il avait eu du mal à ne pas se mordre la langue chaque fois que sa blessure lui faisait mal. Il se demandait si tout cela valait bien le coup, mais une succession de chiffres dans sa tête lui rappela que s'il avait passé sagement la nuit là-bas, à l'hôpital, ce matin il n'aurait plus de quoi se payer un logis décent. Les frais qui entraînaient la location d'un appartement était considérable, et maintenant qu'il était au chômage, sa situation était plus que précaire. Tandis que l'ascenseur dégringolait parmi les étages, Lenny essayait de réfléchir à tout ce qu'il devrait faire pour retrouver sa concubine. Il s'était aperçut qu'il ignorait où travaillait sa femme, et même ce qu'elle faisait exactement. Il en eut un peu honte, mais il ne pouvait de toute façon plus changer cela.
Ce qui fait qu'avant même de pouvoir commencer à la chercher il se trouvait déjà dans une impasse.
C'est après avoir pu récupérer sa canne dans la cage des escaliers, qu'il put enfin mettre le nez dehors. Le soleil vint éclairer son visage, la lumière du jour était vraiment resplendissante ce matin. Lenny en était aveuglé, et puis il commençait à avoir considérablement chaud, si bien qu'il du déjà déboutonner les premiers boutons de sa chemise s'il ne voulait pas suer sang et eau.

Bizarrement, le fait de ne pas être pressé ce matin lui enlevait un poids considérable. Il n'avait pas à se presser.
Bien sûr, il ne pouvait rester très longtemps au même endroit, il avait un peu peur que des créanciers ne le rattrapent. Il ignorait ce qui restait vraiment sur son compte mais se doutait bien que sa femme en avait profité pour retirer ses derniers deniers, et si ce n'est pas elle, ce sera très certainement l'hôpital qui se serait chargé de prendre son du.
Enfin pour l'instant il n'avait pas vraiment à s'en soucier. Il lui restait encore un peu d'argent qu'il avait caché chez lui. A peine cinquante euros, mais ça lui permettrais de tenir au moins une journée. Et encore, il était légèrement pessimiste. Même s'il devait s'abstenir de prendre les transports en commun , il pouvait presque se déplacer librement…
Presque était encore un mot un peu trop juste, mais Lenny ne voulait pas se sentir trop démoralisé par le nombre affluent des passants qui remplissait chaque centimètres carré des rues de cette ville.
Il n'aurait jamais cru que les rues pouvaient être aussi bondés à cette heure-ci. D'habitude, il était déjà au travail donc il ne s'était jamais préoccupé de ça. Mais là, c'était presque... Non pas presque ! C'était effrayant !

Il se souvient que la fonte des calottes glaciaires avait entraîné la population mondiale à se réfugier en Europe centrale, mais personne ne s'en était jamais soucier jusqu'à présent. Plutôt personne n'avait eu l'air de vraiment le remarquer.
Ils avaient tous un air complètement ahuris, ils traînaient considérablement le pas comme si leurs pieds avaient du mal à se décoller du sol. Le détail le plus insolite qu'il avait remarqué c'était qu'ils avaient tous la bouche ouverte avec leur langue qui pendait légèrement.

Il trouva ça vraiment répugnant, il se demandait comment les gens pouvaient marcher de cette façon. Lenny, avec beaucoup de regret, dut plonger dans cette foule. Le contact avec d'autres êtres humain lui était extrêmement pénible, il avait envie de les repousser de toutes ses forces mais il ne voulait pas passer pour un fou. Même à cette heure il avait encore le souci des convenances.

Il se fit de belle frayeur avec sa canne, à chaque fois qu'il manquait de perdre l'équilibre il risquait de se faire enterrer par la marée humaine qui n'hésiterait pas à le piétiner. Pour bien faire, il essaya de raser les murs
Il ne savait pas trop où il pouvait aller, ils n'avaient jamais eu d'amis en commun. D'ailleurs Lenny n'en avait pas vraiment. C'était plutôt des connaissances qu'il voyait de tant à autre mais sans plus.
Au mieux ce qu'il pouvait éventuellement faire c'était de demander à sa belle-famille, mais il ne la connaissait pour ainsi dire que par ce que sa femme avait bien voulu lui en raconter. Et malheureusement il semblerait qu'aucun d'entre eux n'ait été accessible sur le plan géographique, et vu qu'il ne disposait d'aucun portable il se retrouvait sans la moindre source d'information exploitable. Surtout que comme Lenny n'était pas vraiment un exemple de sociabilité, il n'avait jamais cherché à contacter sa belle-famille.

A bien y réfléchir, il trouvait de moins en moins de raison de ne pas comprendre pour quoi sa femme l'avait quitté de la sorte.
Il ne lui restait plus qu'en dernier recours, et c'est ainsi qu'il se décida à prendre le chemin de la mairie. Il ne pouvait pas décemment se pointer dans un commissariat sous prétexte que sa femme l'avait quitté.
Aussi lui fallait-il contre son gré retrouver en premier la famille de sa femme, et pour cela il fallait consulter les registres des mariages déposé à la mairie. Il y trouverait certainement les noms, prénoms et adresse de ses beaux-parents.
Ça ne serait pas une chose aisée d'atteindre la mairie, la ville était immense, et lui était à pied et à moitié éclopé.
Machinalement il défaisait les autres boutons de sa chemise, il avait vraiment chaud. Cela lui semblait étrange qu'en plein mois de mars la température atteigne une telle chaleur. On se serait cru en plein été, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il n'avait pas remarque cela avant. Pour un peu, il aurait presque eu envie de se mettre la tête dans un congélateur histoire de se rafraîchir les idées. Pas étonnant que les gens traînassaient autant, qui aurait eu envie de se presser avec ce temps si pesant. Lenny commençait presque à avoir des troubles de la vue. Il lui semblait apercevoir des choses étranges, sans vraiment pourvoir dire ce en quoi elles étaient étranges.
L'air ambiant était si lourd, qu'un voile de chaleur s'était levé, les choses autour de Lenny devenaient floues et difforme. La chaleur lui donnait des palpitations, et la fièvre avait commencé à monter. La couleur de la peau des gens changeait étonnamment, d'un rose pâle, on atteignit un rouge écrevisse strié par des plaques sombres qui apparaissaient aléatoirement. Ces visions disparaissaient et réapparaissaient sans que Lenny pu discerner le vrai du faux.
Son corps s'épanchait dangereusement dans le vide, sa canne avait l'air de vouloir lui échapper car elle avait doublé son poids, tellement il était difficile pour lui de la soulever.

Un vent brûlant vint fouetter le visage de Lenny, qui avait l'impression de recevoir une gifle cuisante. Il vit s'envoler des espèces de flocons avant qu'in ne comprenne qu'en réalité c'était des mèches de cheveux. Il eut la vision fugace d'une population aux crânes à moitié dégarnis, transpirant en abondance dans des vêtements dont la blancheur était loin d'être immaculé. Il s'arrêta un instant, s'appuyant désespérément contre un mur pour reprendre son souffle. Ces visions s'estompaient peu à peu, mais il en gardait la gorge sèche avec un goût de bile qui le poussait à vouloir vomir son écoeurement.

Il faisait tellement chaud que s'en était aberrant, il ne pouvait pas croire que c'était juste le printemps. Jamais il n'avait ressentit une chaleur aussi étouffante, elle l'oppressait et semblait vouloir consumer l'air qu'il y avait dans ses poumons. Fallait-il désespérer ? De voir à quel point même en étant parmi des milliers de personne, être pressé de part en part, on se retrouvait quand même seul.

Que l'on cherche où qu'on le fuit, la solitude accompagnait son cœur, et Lenny n'y trouvait que du vide. Il se sentait dans un état de fatigue nerveuse, nageant dans les contresens de son for intérieur sans y trouver son chemin. La chaleur avait l'effet de le décourager. Son pied n'était que simplement bandé et il devait faire attention, pour tant cela l'agaçait d'avancer aussi lentement. Il aurait voulu courir mais en aucun cas il ne se serait risqué à mettre son pied bandé sur le sol. Il comprenait que la chaleur était telle que le sol était devenu aussi brûlant que le mont Vésuve en pleine java. Sans en avoir eu conscience, il avait laissé se consumer son pied dans la journée d'hier et se demandait très fortement comment n'avait-il pas remarquer que sa peau se détachait dès qu'il avait eu posé son pied quasiment nue sur le sol. Ce n'était pas étonnant qu'il ne resta plus rien de sa chaussette. Elle ne lui avait offert qu'une maigre protection. Lenny se laissait aller à l'amertume et l'incompréhension sur les changements qu'il percevait du monde extérieur.
Pour la première fois, il commençait à regarder ce qui l'entourait d'un œil intéressé, la société dans laquelle il évoluait depuis si longtemps lui semblait tout d'un coup étrangère. Il se sentait comme un explorateur, découvrant une nouvelle terre où la civilisation et l'environnement mis en place échappaient à sa perception.

Les gens marchaient comme des troupeaux, tous s'ignoraient, leurs regards ne contenaient que la propre vision du monde qu'ils étaient capables de percevoir. Leur monde n'était composé que d'eux-mêmes et le reste n'existait apparemment pas. La ville n'était pas remplie que d'un ramassis d'égoïste et de personne égocentrique, mais d'après ce que Lenny arrivait à comprendre : Les gens ne se voyaient tout simplement pas de la même façon. Une personne pourrait mourir sous leurs yeux, même si cela avait été un proche, ils ne remarqueraient pas.

Lenny comprenait le détachement dont chacun arrivait à faire preuve. Lui-même ne ressentait rien par rapport à eux. L'empathie qui caractérise l'humanité manquait parmi tout ce petit monde. Au fond, Lenny s'était tout compte fait remarquablement bien inséré dans la société actuelle. Il n'y avait plus le moindre doute là-dessus.
De la même façon qu'il fallait le remplacer. L'homme, et Lenny comprenait cela également, gérait son entourage comme des accessoires, des chiffres, des statistiques mais pas comme des êtres humains. Le soleil avait beau être vraiment éclatant, le monde s'était terni et personne ne s'en souciait plus.

Lenny avait trouvé le coin idéal pour prendre un peu de repos, il avait trouvé un refuge à l'ombre sous un perron. Il n'y pas vraiment frais, mais entre une chaleur moite et une autre qui vous tuait peu à peu, Lenny avait su quoi choisir.
Portant l'un de ses mains en visière, il scruta le ciel sans vraiment chercher de raison, mais il vit quelque chose qui le fit tilter au premier regard. Personne ne fait jamais attention à ces choses-là, et Lenny pas plus que les autres, ne se donnait la peine de regarder l'astre solaire, aussi quand il fit pour la première fois, il eut la peur de sa vie.
Le soleil, qui n'apparaissait jamais que comme une simple bille jaune et éblouissante, ressemblait à présent à une énorme orange. Le ciel, qui avait toujours semblé d'un bleu de mer, était plutôt d'une couleur mauve alarmante.
C'était comme si un nouveau voile s'était levé sur la conscience de Lenny, le laissant à une peur apocalyptique.
La peur qui avait saisit le cœur de Lenny était de celle qui anéantissait toute force intérieur, et qui réduisait à néant la raison. Elle vous rendait nue, faisait de vous des pantins ou vous rendait à l'enfance, et dans ce cas-là on pouvait très bien vous offrir un séjour à l'asile.

L'inconscient de Lenny déclencha tous les systèmes d'urgence et plongea son esprit dans des profondeurs salutaire contre la folie menaçante.
De nouveau, Lenny rêvait, il était plongé dans les tréfonds de ses cauchemars où ses craintes semblaient être à présent plus réjouissante que la réalité.
Il se retrouvait dans ce monde de brumes rougeâtre dont il avait déjà rêvé si souvent sans vraiment comprendre pourquoi. Au détail près que cette fois-ci des formes précises émergeait, et il se fit très vite une idée de l'endroit où il se trouvait.
Malgré les couleurs qui étaient uniformément rouge, il arrivait encore à en reconnaître les meubles et l'espace qui apparaissaient avec plus ou moins de clair quand ils n'étaient pas recouverts par la fumée.
Il sentit quelque chose le frôler, d'abord surpris, il vit une silhouette le frôler. Il crut d'abord que c'était sa femme, mais il reconnut ses propres traits.

Il trouvait légèrement étrange de se voir ainsi, surtout que son double semblait l'ignorer. Son autre s'était installé à la table de la salle à manger et parlait visiblement à quelqu'un que Lenny ne put apercevoir car la brume semblait cacher cette personne. Il le regretta, car même si c'était visiblement un rêve qu'il était en train de vivre, il aurait contemplé le visage de sa femme, car il ne douta nullement que ce fut elle.
Pour une fois qu'il n'était pas oppressé par l'ambiance, il se contenta de suivre le cours du rêve pour voir comment les choses allaient se passer. Il n'aurait de toute façon pas pu faire autrement puisqu'il semblait qu'in n'avait pas l'entière maîtrise de ses mouvements.

D'après ce qu'il pouvait discerner il arrivait à la fin d'un repas, car à la différence de l'assiette de son double qui n'était qu'à moitié vide, celle de sa femme l'était complètement. Malgré le silence qui régnait, l'autre Lenny s'activait dans un discourt muet avec une personne qui demeurait invisible.
Lenny se trouvait incroyablement stupide. Bien sûr, ce qu'il voyait n'était qu'une scène quotidienne, mais se voir agiter de la bouche comme un poisson or de son bocal, donnait à son double un air ahuri. Il ne saisissait pas très bien pourquoi il rêvait de tout ceci. Quel en était l'intérêt ? Son subconscient avait-il fondu pour devenir une sauce insipide ?
Il réussit à faire quelques pas, mais plus il arrivait à se rapprocher d'eux et plus la brume ensanglanter se resservait sur lui. L'étau l'emprisonnait, une lueur de compréhension éclaira son esprit, évanouit ou presque aussitôt par l'obscurité qui se nourrissait des troubles qui massacraient sa psyché et lui causa un choc mental suffisamment importante pour l'éveiller à une réalité aride.
Avec une réelle impression de déjà vue, il constata avec une nette contrariété qu'on lui faisait encore les poches durant son sommeil.

Mais Lenny vira au rouge et asséna un coup de cane à l'un de ses détrousseurs. Ses jeunes assaillants réussirent à prendre la fuite, mais Lenny n'était plus disposé à se laisser faire, et tenait à récupéré le peux d'argent qu'il lui restait.
Malgré la douleur qui défonçait à coup de maillet les murs de sa résistance physique, il pouvait saigner tous les océans du monde, il avait en lui une colère qu'il ne se connaissait pas.
Il subissait les aléas de la vie d'une façon qui le mettait hors de lui. Le monde, l'humanité touchait peut être à sa fin qu'il irait quand même récupérer ses derniers deniers.
On aurait dit une course au ralentit, car, que ce soit Lenny ou les personnes qu'il suivait. Aucun d'entre eux ne pouvait vraiment courir dans cette foule. Une explosion n'aurait pas été suffisante à faire paniquer ces " bœufs " décervelés et apathiques. Lenny les repoussait avec toute la vigueur qu'il lui était possible de mettre mais la densité de la foule et l'agilité des voleurs faisait en sorte qu'il était très facilement distancé. Il eut juste le temps de les apercevoir quand ils tournèrent à une intersection.

Il mit réellement un siècle avant d'atteindre le coin de la rue, et désespérait de ne jamais les rattraper.
Sans doute cela aurait-il été le cas, car d'une certaine façon la situation avait dégénéré pour les jeunes délinquants, et sans doute pour Lenny si il ne se la jouait pas discret.
Les forces de l'ordre étaient présentes sur la scène, deux policiers ceinturaient les gosses pendant qu'un troisième faisait passer l'argent d'une poche à une autre sans que Lenny ait eu son mot à dire. Il avait parfaitement conscience que si jamais il osait ouvrir sa bouche il serait quitte pour payer les " services " que lui a rendu les forces de l'ordre. Et ça, il ne pouvait évidemment pas se le permettre. Il traça sa route, honteux de sa propre lâcheté de ne pas pouvoir intervenir devant l'abus du pouvoir de ceux qui représentait la justice.
Sa conscience le titillait mais il réussit à la faire taire sans trop de mal. Il lui restait un peu d'instinct de conservation. Il détourna les yeux et reprit sa route, boitillant sur son pied valide car il ne supportait plus la douleur qu'il ressentait étant donné qu'il avait laissé bien derrière lui le soutien qu'offrait sa canne.
En passant par le square, il fut soulagé de trouver une grande branche morte, elle n'était pas tout à fait à sa taille mais ça ferait quand même l'affaire. Cela lui donnait juste l'impression d'être un vieillard car il se retrouvait obligé de se voûter pour s'appuyer sur le sol avec cette branche de soutien.
La poursuite qu'il avait du mener, et le fait qu'il est du se retrancher vers le square l'avait éloigné sensiblement du trajet qu'il devait effectué.
Ce fut un trajet harassant pour aller jusqu'à la mairie, plus d'une fois il avait été tenté de prendre le bus pour s'épargner peine et douleur, mais le fait de cédé à cette solution de faciliter aurait pu se révéler désastreuse si on en était venu à le consoler.

Et puis, malgré la douleur et le fait qu'il faisait si chaud que le caoutchouc de ses chaussures entrait pratiquement en ébullition, il disposait encore d'une certaine liberté de mouvement.
Tout le long du trajet il ne pensa qu'à sa femme qu'il aurai tant aimé revoir ne serait ce qu'un peu, pouvoir lui dire combien il regrettait son indifférence.
Quand il était jeune il avait étudié l'Odyssée d'Homer, et la quête du retour pour Ulysse vers son foyer dans les bras de sa Pénélope. Il ne pouvait espérer une fin aussi heureuse mais il y trouvait certaine similitude avec les difficultés qu'il rencontrait.

Son dos, à force de se voûter de la sorte, commençait à se bloquer. Il ressemblait de plus en plus à un bossu. S'il avait pu se regarder dans une glace à ce moment là, il aurait tout aussi bien pu rire que pleurer.
Le soleil, avec les proportions qu'il affichait, donnait l'impression de vouloir s'écraser lorsque Lenny arriva en milieu d'après-midi à la mairie.
Et à moins qu'on ne puisse le raccompagner par la suite dans son foyer, il était bien décidé à y rester au moins jusqu'à la tombé de la nuit où l'air extérieur lui serait plus profitable.
Il pensait rencontrer d'énormes difficultés une fois à l'intérieur, mais il n'y avait aucun rapport avec ce qu'il l'attendait.
Avec sa petite idée, il s'était imaginé se retrouver dans un lieu bondé de monde, de standardiste et surtout de vigile prêt à lui sauter dessus. Bref, rien d'insurmontable en soit.
Mais le lieu était désertique, il semblait à Lenny que le navire avait été vidé de son équipage depuis des lustres déjà à en juger par les couches de poussières qu'il réussissait à trouver.
On aurait dit qu'il avait effectué un voyage dans le temps. Lenny avait carrément l'impression d'être dans un autre monde. Complètement déstabilisé, car cela sortait du cadre de son propre univers, Lenny eu un léger frisson devant cette scène de désolation.

Tout semblait avoir été laissé en plan, il restait des dossiers et des prospectus un peu partout comme si le personnel avait du quitter les lieux précipitamment.
Il trouvait que l'endroit été assez frais, après avoir subit la torture du monde extérieur il en oublia presque les raisons qu'il l'avait poussé jusqu'ici.
L'électricité ne marchait évidemment plus, mais Lenny savait qu'il pouvait obtenir ce qu'il voulait en descendant dans la salle des archives pour consulter son dossier marital.
Tout était hors fonction dans ce bâtiment, aussi il du entreprendre les escaliers de service avec la crainte que chaque marche qu'il arrivait à descendre fut la dernière avant qu'il ne trébuche et file la tête la première le sol. Il se fit de belle frayeur ainsi, mais arriva par un miracle incertain en un seul morceau vers l'étage qu'il recherchât. Heureusement pour lui le bâtiment était d'une simplicité enfantine, les choses avaient du être modifié pour optimiser le rendement du travail effectuer par les employés.
Il mit quelque temps avant de trouver le dossier qu'il cherchait. Ce fut une réelle joie pour lui de l'avoir entre les mains. Il se mit à en feuilleter les pages avec fébrilité mais il n'y avait rien de ce qu'il cherchait.
Sur le papier était inscrit tout ce qui contenait son état civile mais il n'était pas signaler qu'il avait jamais été un jour marier.

Par contre, il y avait une ordonnance délivrer à son nom pour un produit dont le nom était effacer. Cela lui causa un choc, il ne pouvait accepter ça , il se souvenait des moindres instant avec sa femme alors comment il simple bout de papier pouvait démentir des années de vie commune ?
Tout ceci ne voulait rien dire. Il ouvrit plusieurs dossiers concernant d'autres personnes et y retrouvait pour plus de la moitié des personnes concernés, la même ordonnance avec le même produit dont le nom était toujours soigneusement effacer.

Il se martelait la tête sur le sol, espérant que tout ceci veuille bien sortir. Il voulait retrouver l'image de sa femme qu'il était certain de retrouver dans sa tête, mais rien ne semblait vouloir sortir hormis sa migraine qui n'allait pas tarder à faire sauter sa tête comme un bouchon de champagne. Mais il savait que tout ceci était inutile. Tout était inutile. Les éléments du puzzle s'imbriquaient dans son esprit. Toutes ces choses qu'il avait vues prenaient un sens puisque pour Lenny cela se résumait à 1+1. Autrement dit que ce qui passait à l'intérieur et à l'extérieur était lié par la même chose, et tout ce que cela impliquait.

Lenny eu beaucoup de mal à remonter, dans sa tête il se ressassait le moment où il avait saisit cette boîte qui avait glisser sous un placard. Cette fameuse boîte avec ces fameuses pilules qu'il prenait tous les jours depuis des années. Lui et ce qui restait de la population encore vivant sur cette terre…
Il ne savait pas exactement pas ce que c'était, ni même si cela avait une quelconque importance mais le résultat était le doux rêve d'une réalité mensongère où les choses se faisaient acceptables pour chacun.
De la même façon que Rome avait périt sous les flammes de Néron, le monde était en train de se transformer en un crématorium gigantesque.
L'humanité vivait sur le déclin, il n'était même pas certain que l'on puisse appeler ça encore l'humanité mais Lenny se contre fichait des détails philosophique.

A présent il ne lui restait rien de plus que la vérité, il ne possédait plus que ça.
Et alors il qu'il s'installait tranquillement sur une fenêtre, il y trouva une certaine satisfaction.
Le monde défilait sous ses yeux, briser par le temps et par lui-même, chacun marchait vers ses derniers jours inconscient de ce qui les entouraient. Et Lenny restait là, muet, ayant perdu tout ce qui faisait sa vie mais en étant plus serein qu'il ne l'avait jamais été. Il regardait le temps qui passe, le sourire aux lèvres et une larme perlant sur sa joue.

Sébastien FONT  sebastienfont@msn.com

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La machine à coudre.

Je suis surpris par la pénombre en entrant. La lumière est forte dans la
cour mais la cuisine reste sombre. Mémé Lucia s'en plaint souvent quand
elle ouvre sur la table le Corriere della Serra. Elle est debout devant le
poêle à charbon, son dos agité de petits mouvements saccadés. Elle râpe
un bout de parmesan sur une casserole, et le parfum de la tomate a
rempli la pièce. Dans un épais faitout noirci, des bulles viennent lentement
crever la surface de la polenta avec un bruit mat, en lâchant de courtes
fumerolles.

Mémé m'a entendu entrer mais elle ne dit rien. Elle n'aime pas
que je sois près d'elle quand elle fait la cuisine, quand elle repasse les
chemises de Pépé, ou qu'elle reprise encore une fois la poche de son
tablier noir. Quand je frappe à la porte de fer le matin, et qu'elle vient
m'ouvrir, elle me serre un moment dans ses bras en disant "Hé ! Voilà la
visite du jeudi " et un bon sourire adoucit un instant son visage. Après
c'est fini : elle ne me sourit plus jusqu'au soir, quand elle me glisse
quelques bonbons dans la poche, au moment de redescendre au village.
Ce matin, j'ai ramassé des fraises derrière le mur de l'atelier. J'entendais
Pépé travailler, et chanter un peu de temps en temps, des chansons
jamais terminées qui se perdent dans le bruit de la machine à coudre, ou
du banc de cordonnier sur lequel il vient meuler le cuir des semelles après
collage.

L'atelier est séparé de la petite maison basse par un large
passage couvert, presque aussi grand que les deux corps de bâtiment. Le
passage est fermé au fond, là où il a bâti son pressoir, et juste devant il y
a la trappe qui descend à la cave par une échelle si droite que Mémé ne
veux jamais me laisser descendre s'il n'est pas en bas pour me surveiller.
Peut-être parce qu'elle n'est jamais descendue elle-même. Moi, j'aime
bien la cave avec l'ampoule qui repousse un peu souterrains qui
s'enfonceraient loin dans le sol, derrière les tonneaux. J'ai ramassé des
fraises en écoutant le claquement sec de la lourde machine à coudre le
cuir que Pépé vient d'acheter. Nouvelle dans son atelier, mais sûrement
aussi âgée que lui. Tout à l'heure, il m'a pris sur ses genoux pour me
montrer comment on pousse régulièrement la pièce de cuir sous l'aiguille,
pour que la couture soit bien droite, et quand il se penchait par-dessus
mon épaule sa moustache venait me chatouiller l'oreille. J'aime bien
l'odeur de Pépé mélangée à l'odeur de la colle, et le velours de son vieux
pantalon lustré contre le bois de l'établi. Au-dessus, sous le large châssis
qui laisse entrer la lumière, il y a une étagère chargée de trésors, de
boites et de flacons, de pots à pinceaux et de petits souvenirs aux
couleurs passées.

Derrière l'atelier commence la vigne. L'année dernière,
pour la première fois, j'ai fait les vendanges avec mon frère et mes
cousins, et depuis Pépé me sert un demi-verre de vin au repas, coupé
avec de l'eau. J'ai cinq ans, Peut-être six, et la vigne est encore bien
longue devant mes pas. A espace régulier, du côté nord, il a planté des
arbres fruitiers : un pêcher, un prunier ou deux, un cerisier et même un
figuier. Plus tard dans la saison, les confitures remplaceront la polenta
dans le vieux faitout.

Mais pour l'instant, Mémé a tiré le faitout de côté et c'est la polenta qui
refroidit doucement, comme de la lave au fond d'un cratère. Elle a sorti le
large plat carré dans lequel la polenta sera étalée pour durcir avant d'être
découpée en portions de la taille d'une grosse boite d'allumettes. Il y a
longtemps que je me demande pourquoi il faut attendre avant de la verser
dans le plat, mais je n'ai jamais osé lui poser la question. Mémé n'aime
pas les questions inutiles. Aujourd'hui pourtant, je sens grandir en moi
une petite révolte. Contre cette grand-mère si intimidante, à laquelle on
ne sait pas parler, et contre moi-même… contre ma peur. Alors soudain la
question est lâchée, brutale : "Mémé, pourquoi tu attends avant de verser
la polenta ?" Je vois passer une vague contrariété dans son regard. Mémé
ne répond pas tout de suite et je suis pris d'une terrible frayeur : et si elle
ne savait pas… si elle faisait ça depuis toujours sans jamais avoir su
pourquoi, et que ma question l'oblige à le reconnaître… Peut-être va-t-elle
se mettre en colère, ou pire, à pleurer… L'intensité de son regard me fait
baisser les yeux. Pourtant je n'ai rien à me reprocher, je dois tenir bon.
Après tout, ce n'est pas mon problème si elle n'a jamais osé demander à
sa mère. "Le plat pourrait casser si la polenta est trop chaude" dit Mémé,
et elle me met son torchon dans les mains : "essuie donc les verres et
met la table". Les verres sont à l'égouttoir, à côté du bac de ciment gris
qui sert d'évier. Au-dessus, il y a une vieille pompe avec un grand levier
qui couine peu à chaque fois qu'on le descend. L'eau ne coule pas tout de
suite, il faut l'actionner quatre ou cinq fois avant qu'un gargouillis venu
des profondeurs invite à ralentir le geste et s'éloigner un peu du bac.
L'eau est fraîche toute l'année. Une fois les verres essuyés, j'ouvre la
porte du buffet de bois peint, et je choisis trois assiettes au même décor.
Des arabesques vertes sur une bande ocre en fond le tour. La troisième
est ébréchée mais je n'aime pas dépareiller. Pour les couteaux, il n'y a pas
le choix, il n'y en pas deux identiques, mais tous sont des petits couteaux
de cuisine à manche de bois. Un bruit de moteur approche, puis s'arrête
dans la cour. C'est la mobylette d'un voisin venu chercher quelques paires
de chaussures ou un cartable en réparation. Il frappe en poussant la porte
et s'arrête sur le seuil : "oh ! Mémé " s'exclame-t-il " ça sent bon la
polenta ". "Je peux pas t'en donner" répond-t-elle "elle est pas refroidie,
repasse donc tantôt. Tu trouveras Luigi à l'atelier. Il a une nouvelle
machine à coudre" ajoute-t-elle gravement. Je l'ai toujours entendue
appeler Pépé par son prénom, plutôt sèchement. Lui l'appelle Mémé, et il
y a de la douceur dans sa voix. L'homme tourne la tête vers la cour : "elle
n'a pas de jeu la machine, ça s'entend d'ici" dit-il en repassant la porte.
J'ai fini de mettre la table, et je sors la cruche sur laquelle s'étale une
grappe de raisin vernie. "Dis Mémé, je peux aller chercher le vin ?" "Alors
demande à ton Pépé d'ouvrir la trappe et de passer devant" Je bondis
dehors pendant qu'elle crie : "Et va doucement pour descendre"
Pépé discute encore avec le voisin qui tient sous le bras un paquet
emballé de papier journal. Ils parlent de la machine : "C'est Maurice qui l'a
vue chez Emmaüs" dit Pépé "une sacrée affaire" ajoute-t-il en clignant de
l'œil, "mais si Eugène n'était venu nous aider, on n'aurait pas pu la
rentrer. C'est lourd comme un cheval mort avec ce bâti en fonte", et il
pose dessus sa main forte aux doigts courts, aux ongles cassés et durcis
par le travail et les coulures de vernis. On voit qu'il est content de sa
machine. Le voisin montre la cruche que je tiens devant moi : "C'est toi
qui l'a vidée ou c'est la Mémé" dit-il en riant, et Pépé rit avec lui. "Attend
un peu" ajoute-t-il "je t'accompagne à la cave" Il pose son paquet et
s'avance vers le pressoir tandis que Pépé remet sa machine en marche.
L'homme lève la trappe et s'avance prudemment vers ce puits d'où monte
une fraîcheur un peu âcre. Il se retourne et pose le pied sur la première
marche : "Pépé finira par s'y rompre le cou" bougonne t'il en s'enfonçant
dans le sous-sol. Quand seul le torse dépasse, il s'arrête pour chercher
l'interrupteur à sa main gauche, et ajoute "où alors il se fera électrocuter".
Puis il me tend le bras et, sans comprendre, j'attrape sa main. "Non, tu
descendras tout seul, mais donne-moi d'abord la cruche" Une fois que
nous sommes tous les deux au fond, il s'avance courbé vers le premier
tonneau. Il n'y en a pas beaucoup : cinq ou six sont couchés au sol, calés
par des coins de bois, et autant sont debout au fond, là où le sol est plus
haut, sous l'atelier. Au-dessus, on entend le claquement assourdi de la
machine à coudre. "Tourne doucement le robinet" me dit-il, et le vin d'un
rouge presque violet s'écoule lentement dans le pichet. Il prend un verre
posé sur une petite étagère et me fait un clin d'œil : "tu diras rien, hein, la
Mémé serait pas contente…" Le pichet rempli, il ferme le robinet et
approche le verre qui n'a pas du être lavé depuis longtemps. Il le remplit à
demi et me le tend : "juste pour tremper les lèvres, hein, tu m'en laisses"
Le vin est acide mais je ne le sais pas. Je n'en n'ai jamais goûté d'autre. Il
finit le verre et fait une grimace : "bon dieu, c'est le purgatoire pendant la
messe une piquette pareille, allez, on remonte".

La mobylette s'est éloignée dans un panache de fumée bleue. La polenta
gratine dans le four et la salade du jardin attend dans un grand bol de
verre. Mémé s'impatiente et va jusqu'à la porte "Luigi, tu viens ou tu veux
manger tes chaussures ?" crie-t-elle à pleine voix pour couvrir la distance
et le bruit de la machine. La voix de Pépé revient en écho : "je termine…
j'arrive"… et soudain un énorme fracas et un cri désespéré nous clouent
sur place. Le silence qui suit immédiatement est terrible, effrayant comme
la mort, mais tandis que nous nous précipitons vers la cour monte un rire
dément entrecoupé de hoquets. Je commence à rire aussi tandis que
Mémé me bouscule et se précipite à la porte de l'atelier. Là, le plus
étonnant spectacle nous attend. La machine à coudre a disparu dans un
énorme trou de plancher effondré, et la tête de Pépé est au niveau du sol.
Assis sur un tonneau il rit à gorge déployée en se tenant les côtes.

BEAUMIER Jacques  jacques.beaumier@laposte.net

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