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Ghost Ninelle Nsiloulou, décembre 2007.
Joyeux anniversaire Oupta, février 2008.

Une vie confisquée Ninelle Nsiloulou mai 2008.
Je suis d'elle Ninelle Nsiloulou mai 2008.

 

 

Ghost

Je cherchais désespérément un livre dans le rayon littéraire : " la marmite de koka mbala ". Un livre que je connaissais sans l'avoir lu, ma mère m'en avait tellement parlé. Elle ne cessait pas de rabâcher avec ses histoires qui ramènent dans l'Afrique ancienne où la femme n'a pas de voix et que le jeune homme est brimé. J'avais déjà acheté d'autres bouquins dans les autres rayons mais il me fallait celui là aussi. Je fis un faux pas en me retournant et tout ce que j'avais en main se retrouva par terre.
Je me mis à ramasser mes affaires qui jonchaient un peu partout, ma fameuse " marmite de koka mbala " me fut rapportée par un jeune homme fort élégant. Mon regard s'attarda sur la manche de sa veste bleu de nuit assorti à une chemise bleu marine au col bien ajusté. Je ne puis voir l'expression de ses yeux, cachés derrières des lunettes de soleil.
- " Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. Nous avons trois volontés à vous soumettre : que le Conseil des anciens soit dissous, que la marmite soit détruite, que Bitala soit libéré ", dit l'inconnu en me tendant mon livre.

Je laissais choir mon téléphone en portant mes mains à ma bouche. Mon cœur se mit à battre si vite que je cru qu'il se romprait d'un moment à l'autre. Mon sac à main glissa et j'eu même pas la force de le retenir.
- Tout va bien mademoiselle ? me demanda t-il, inquiet.
- Oui m'empressais-je de répondre, un peu gênée.
Je n'en croyais pas mes yeux. Deux personnes ne pouvaient pas se ressembler autant : la démarche, les gestes, la délicatesse, les traits du visage et même le timbre de la voix. C'était lui, j'en étais certaine. C'était Samy.
Il se retourna lorsque je marmonnai son prénom. Otant ses lunettes, il me regarda perplexe.
- Oui je m'appelle Samy mais, je ne pense pas vous connaître !
- Non, non on ne se connaît pas, répliquais-je en m'enfuyant.
Comment dire à un inconnu qu'on lui trouvait les traits d'un spectre ?

Tout avait commencé un soir. Epuisée après une rude journée, je m'écroulais comme une masse lourde dans mon lit. Une brise se mit soudain à souffler. Croyant avoir omis de fermer les volets, je m'empressais d'aller vérifier. Lorsque je me retournai la stupéfaction m'arracha un cri d'horreur : il était là au milieu de la pièce, le regard figé. Il portait une tunique blanche comme un ange. Ma mère qui avait entendu mes cris accouru.
- Y a quoi ? dit-elle dans un français vulgaire.
- Un fantôme. J'ai vu un fantôme maman.
- Un fantôme ? Tu deviens folle me dit ma mère avant de me tourner le dos.
Folle. Oui tout le monde croyait que j'avais perdu la raison. Qui pouvait bien croire à mon histoire ? Pourtant je l'avais bien vu comme je vous verrai, vous. J'avais croisé son regard si vide, si absent, si triste. Il me regardait comme s'il attendait quelque chose de moi. Je ne savais pas que cette histoire était véritable boîte de pandore.
Ma mère persuadée que je délirai me fit interner dans un hôpital psychiatrique, un endroit où je côtoyais des vrais délurés capables de faire un plongeon dans la cour sous prétexte qu'il y trouvait une belle piscine. Quant à mon homme, je n'entendu plus parler de lui et mes copines semblaient avoir disparus de la surface de la terre. J'étais toute seule, abandonné à moi-même, en proie à mon angoisse, face à mon triste sort. Il arrivait des fois où je me disais : si seulement je pouvais réellement devenir folle, cela mettrai fin ou accélérerai ma descente aux enfers.

Pendant mon séjour à l'asile, Samy venait me rendre visite. Mes médecins me regardaient avec un air compatissant.
" Tu vois ce que tu as fait de moi ? Ils doivent me prendre pour une vraie folle " lui lançais je et lui, me regardais avec son regard d'enfant innocent puis affichait un sourire qui était si désarmant que j'en perdais mes moyens.
Cependant ma rencontre avec mon fantôme ne me procura pas que des malheurs. Au-delà des regards des autres, je connu bien de joies en sa compagnie. Il était devenu mon seul ami. Entre nous s'était établi une complicité sans pareille ; une amitié sans arrières pensées, complètement désintéressée.
Samy était un esprit errant comme on en rencontre beaucoup dans mon pays. Il ne pouvait pas aller au ciel, manière de parler. Enfin un endroit où l'on va après la mort si jamais y en a un.

Des chuintements de pneus, des cris d'exaspérations m'arrachèrent à mes pensés. Une Toyota Carina rouge venait de s'arrêter devant moi. Elle avait manqué de me renverser de justesse. Le conducteur, un jeune homme à l'allure élégante en sorti, les yeux rouges de colère.
- ça ne va pas non ? gronda t-il. Vous ne pouvez pas faire plus attention ?
Je reculais d'un pas en arrière craignant qu'il ne lève la main sur moi. Puis doucement, il s'approcha de moi.
- Tout va bien ?
J'acquiesçai de la tête et contre toute attente, il me prit dans ses bras. Je me blottissais contre cette poitrine qui s'offrait à moi. Une belle odeur de Kenzo se dégageait de ses habits. Ce n'était pas une gravure de mode mais, il était bel homme. Un gentleman qui, deux fois de suite, en l'espace de quelques minutes, était venu à mon aide. Prit de compassion, il m'invita même à diner et nous fîmes plus amples connaissances.
Je lui parlai de ma " folie " et lui me raconta combien il tenait à sa famille qui lui avait été malheureusement arraché par le destin, dans un cruel accident de voiture. Seul survivant, il avait passé des mois dans le coma mais à présent, il recommençait sa vie. Enfant unique, il devait prendre en main les affaires de son défunt père. Nous discutâmes des longues heures durant comme deux vieux amis.
- Pour tout vous dire, j'ai l'impression de vous connaître. Vous me semblez si familière, conclu t-il avec un accent de sincérité. Puis timidement et ayant repris ce regard innocent que je lui connaissais bien, il ajouta : je vais vous faire une confidence : j'ai besoin d'une femme, une épouse …
Oh mon Dieu ! Inutile de vous avouer que j'eu envie lui dire " oui " tout de suite mais j'attendis que le temps s'occupe de tout. Quelques semaines suffirent pour que les choses s'arrangent d'elles-mêmes. Devant Dieu et devant les hommes, je répondais à l'ultime question.
- Mademoiselle Louma, acceptiez vous d'épouser monsieur Wamba, ici présent, de l'aimer, de le chérir dans les meilleurs moments de votre vie ainsi que dans les pires, de lui rester fidèle jusqu'à ce que la mort ne vous sépare ?
- Oui je le veux.

Oui. A présent Samy était le nouveau sens de ma vie. Mon fantôme. Il ne la hantait pas mais l'avait rendu si douce et si féérique que j'ai envie de la vivre toute une éternité.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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Joyeux anniversaire Oupta

Je bénis Dieu tous les jours de ma vie. Je le glorifie de m'avoir permis de croiser le chemin de Christophe. Je regardais mon mari. Dans ses yeux, je lisais tendresse et amour; respect et affection. Il m'aimait. Il n' y avait pas de doute à cela. Dans le silence et la douceur de la nuit, je savourais le bonheur du mariage. Blottie contre la poitrine de mon bien-aimé, je regardais distraitement un match de football qui opposait l'Olympique de Marseille à la Juventus. "Le foot c'est important " n'arrêtait-il pas de me dire. C'était un vrai mordu. Pour un match il pouvait sauter un repas ou annuler un rendez vous important.
"Il est tard, je vais me coucher"
me serrant encore plus fort contre lui, Christophe me fit un bisou sur le front avant d'ajouter "vas-y, je te rejoins tout à l'heure"
Doucement, je me levais en maintenant une main sur mon ventre rond comme si je craignais que le bébé n'en sorte avant sa maturité. Entre le crépuscule et l'aurore, ce bourgeon de vie à venir était déjà un soleil rayonnant qui donnait un nouveau sens à ma vie. A nos vies.

Il y a quelques temps si quelqu'un m'avait dit que je vivrai un tel bonheur, je lui aurais sans doute craché au visage. Pourtant, là, c'était vrai : j'étais heureuse.
Neuf mois plus tôt, Christophe et moi avions décidés de nous marier. Ce fut une cérémonie simple. Loin des caricatures actuelles : belle voiture, cortège, des milliers d'invités à la mairie centrale. Notre mariage avait été célébré à quelques centaines de kilomètres de Pointe Noire, dans le sud, dans une église modeste. Les invités étaient essentiellement constitués de nos amis les plus intimes, nos témoins et nos deux mères. Nos pères respectifs s'en étant allés au ciel. Alors que je m'avançais vers l'autel devant lequel m'attendait celui qui allait devenir mon époux, je réalisais que désormais je débutais une toute nouvelle vie. Que le destin me tendait une perche que je devais saisir sans tarder !
Bien souvent les jeunes de mon âge s'engagent sans être sûrs de leurs sentiments ou de ce qu'ils veulent réellement. Résultats : divorces, famille monoparentale, maîtresses et amants en cascade. Moi, j'avais bien ma tête sur les épaules et les idées claires.
"Mademoiselle, voudriez vous épouser cet homme ?" Oui avais-je répondu sans hésitation. Oui pour la vie. Oui pour les meilleures des moments de notre vie commune et pour les pires. Aujourd'hui ma vie était emplie de joies.

Lorsque pour la première fois, j'avais fait l'amour avec Christophe, il n'était pas question d'amour. Je pensais que cela ne pouvait pas aller au-delà d'une aventure d'un soir et j'avais de remords. C'était mon collègue de service qui jusqu'à ce fameux soir où le champagne et la vodka aidant, nous nous sommes retrouvés dans les bras l'un de l'autre. Et depuis lors, en plus du Conducteur des travaux qu'il était, je voyais en lui un " homme ". Nous travaillons dans une société d'exploitation pétrolière où la convivialité était excellente. Tous les matins, chacun de nous faisais la ronde pour souhaiter le bonjour aux autres et très vite un semblant de complicité s'ajoutait à l'ambiance existante suscitant quelquefois les ragots les plus insensés. Mais il ne fallait pas faire attention à tout cela. Pointe-Noire est une petite ville et se faire chier n'est pas la meilleure des solutions.

Notre idylle débuta le soir de l'anniversaire de Oupta.
Oupta était une vieille copine que j'avais connue à l'époque où la faculté des sciences de l'Université Marien Ngouabi avait été transféré à Dolisie. Pour nous autres Pontenégrines, c'était tout un périple. Ayant quitté notre ville natale pour continuer nos études universitaires dans la ville capitale, nous voilà repartis vers des vallées inconnues. Mais lorsqu'on a de la détermination, on peut aller jusqu'au bout du monde. Oupta travaillait actuellement dans une société d'audit et fêtait ses trente ans. La fête se termina bien entendu au MB Club, la crèche de notre amour.

Christophe était également un ami à Oupta et fut mon cavalier durant toute la soirée. Il ne me quitta pas un seul instant, ce qui n'était pas pour me déplaire. Il dansait si bien que je ne voulais pas l'échanger contre un maladroit qui me marcherait sur les pieds. Après la célèbre chanson angolaise "mwana mwana tchitcho", suivi du "fouka fouka" puis de la "Prudencia", le disk joker daigna remettre ce que moi j'appelais le vrai son : Cuento mi vida de Roberto Torres. Dans ses bras, je ne dansais pas, je m'envolais. Je me sentais si légère !
Il plongea son regard dans le mien et s'approcha plus près de moi. Bientôt ses lèvres se posèrent fébrilement sur les miennes. S'écartant, il m'étreignit de nouveau. Jamais aucun homme ne m'avait encore embrassé avec autant de fougue. Je ne m'opposa pas lorsqu'il me proposa de rentrer avec lui. Quelle légèreté ! Diriez vous. Quelle imprudence !

Quelques jours plus tard, je commençais à voir le conducteur des travaux de l'autre bout du couloir autrement. Il avait été mon amant et je le détestais comme je haïssais tous les hommes. En ce temps là, il n y avait que de la rancœur dans mon cœur, du mépris pour la gent masculine. Pour moi, les hommes étaient synonyme de cruauté, de mensonge, de trahison, de …. Toutes les mauvaises choses que l'on pouvait rencontrer dans la vie. Après être passé par ce que j'avais vécu, on devient une autre personne. Lorsqu'on a saigné votre cœur comme avait été blessé le mien, vous voyez la vie différemment. Vous tuer le prince charmant que vous vous êtes créé, vous oubliez les contes de fée et moi d'ailleurs, je m'étais promis de ne plus jamais m'attacher à un homme, lui confier mon cœur. Le seul qui le méritait s'en était allé au ciel : mon père.
Je ne l'avais pas connu. Il était mort alors que je n'avais que trois ans. Cela provoqua un besoin manifeste d'amour masculin. Lorsque je rencontra David, je lui confiais mon cœur et le laissait prendre sans réfléchir cette place qui trop longtemps était restée vide. Il représentait ce père qu e je n'avais jamais connu et le frère que je n'avais jamais eu. Amoureuse ? Je l'étais sans doute trop. Je m'en rendis compte à mes dépends.

C'était lors du réveillon du nouvel an. Nous étions invités par une amie qui avait une maison au bord de la plage à Mvassa, dans le sud de Pointe Noire. La soirée était superbe hormis le fait que mon cher copain avait disparu au bras d'une jeune femme avec laquelle, il n'avait pas arrêter de flirter durant toute la soirée me laissant avec des inconnus, bien entendu me créer des nouvelles connaissances n'était pas une mauvaise chose mais bientôt tout le monde commença à me demander où était passé David. " Comment peut-on laissé une aussi jolie fille toute seule, ton copain n'a t-il pas peur de te perdre ", me demandèrent certains. " Tu es sûre que ton copain n'est pas rentré ? " me questionnèrent d'autres. Les plus directs allèrent jusqu'à dire que s'il n'était pas avec moi, c'est qu'il était avec une autre.
J'avais envie de pleurer. Le jour de l'an était censé être le premier où on passait les meilleurs moments de l'année, pour moi, il s'était vite transformé en cauchemar. Assise dans la pénombre sous un espèce de parasol en chaume, je vis mon copain dans les bras de la fille avec laquelle il flirtait pendant la soirée. J'eu envie de débouler, de les foudroyer ou de les désintégrer jusqu'à la dernière de leur molécules. J'avais envie de les étrangler de mes mains, d'ôter leurs yeux de leurs orbites et d'y mettre des sauterelles mais une voix au fond de moi me demanda de me calmer et m'aida à passer la nuit durant laquelle, je pleura toutes les larmes de mon corps. Je n'avais qu'une seule envie, rentrer chez moi et mettre une croix sur David. Ce qu'il venait faire n'était pas seulement une preuve d'égocentrisme ais c'était aussi une humiliation. Cela suffisait largement pour me faire comprendre qu'il n'avait aucun respect pour moi et je ne pouvais continuer à faire bon gré contre mauvaise fortune. J'avais fait de David une priorité mais je venais de comprendre que pour lui, je n'étais qu'une option.

Une porte claquée me ramena à la réalité. Christophe venait de me rejoindre . je l'aimais. De nouveau amoureuse, mes mauvais souvenirs semblaient à présent bien loin et ça, je le devais à Oupta.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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Une vie confisquée

Brazzaville ma ville natale. Congo mon pays. C'est avec un cœur serré que je descendais les dernières marches de la passerelle de l'avion qui me ramenait chez moi. Ce tas de fer était pour moi tel un phœnix qui me ramenait à la vie. Ma vie.
Epuisée après sept heures de voyage, j'avançais d'un pas indécis, mes maigres bagages à la main. J'avais peur de ce qui m'attendaient ici. Cependant c'était mieux que l'enfer dans lequel je vivais depuis douze ans.

La providence avait cessé d'être bonne pour moi comme si le destin avait été clément ne serait ce q'un seul jour de ma vie. Tous les malheurs que je vivais m'avaient donné le courage d'oser. Oser c'était partir du merdier dans lequel on m'avait jeté et rentrer enfin chez moi. Retrouver les miens. Cela faisait belle lurette que je caressais ce projet mais jamais je n'avais eu le cran de me bouger. M'éloigner de ce coin malsain qui m'avilissait du jour le jour.

Mes parents m'avaient prénommé Paule à ma naissance. Les personnes que je côtoyais m'avaient trouvé mil et un substituts à mon prénom. J'avais une sœur jumelle : Dominique. Enfin c'est ainsi que nous l'appelions dans mes souvenirs. Peut être avait-elle conservé ce joli prénom parce que c'était à peine que je me souvenais du mien. C'est elle qui vint m'accueillir. Malgré les longues années de séparation, je reconnu les traits de son visage dans la foule. Se faufilant non pas sans peine, elle vint au devant de moi.
- Paule ma chérie. Paul, tu es enfin de retour.

Paule. Je ne savais pas à quand remontait la dernière fois qu'on m'avait appelée ainsi. J'en eue les larmes aux yeux. Me prenant par la main, Dominique m'attira vers une Clio grise dans laquelle, elle m'invita de monter. Ma jumelle n'avait rien à voir avec les filles que j'avais l'habitude de fréquenter. Elle portait une robe en coton de couleur bleu. Elle était tellement simple qu'elle me fascinait. De temps en temps, elle me regardait et souriait. Par son seul regard, son sourire, j'étais heureuse.
Hormis le fait que je demandais des nouvelles de la famille de temps en temps. Dominique était une inconnue pour moi ? Nous étions séparées pendant trop longtemps. Je me demandais si j'arrivais à me réintégrer dans ma vie. Mais quelque chose me disait que ma famille me portait dans le cœur. Je pouvais le lire dans les yeux de Dominique avec sincérité et franchise.

Nous ne nous quittions jamais lorsque nous étions enfants. Notre mère trouvait du plaisir à nous habiller toujours pareille. Nous avions les mêmes copines, les mêmes centres d'intérêts. Les souvenirs de ces journées ensoleillées où nous jouions à cache-cache ou au ndzango me fit sourire. Lorsqu'on est enfant il suffit si peu pour être heureux : des bulles de savon, un sourire, des jeux sur une pelouse… A présent tout cela n'existait plus. Le temps était passé, nous avions grandit et tout ce bonheur appartenait au passé. Le destin m'avait arraché à mon pays, séparé de ma famille et confisqué ma vie.

Une jeune tante installée à Londres proposa à mes parents de me prendre avec elle. Tout le monde salua l'initiative. Dans la vision de tous, mon départ à Londres était l'assurance d'une réussite sans pareille : bonnes études, bonne situation financières et surtout un bon mari. C'était ce que je m'évertua à faire croire à ma famille durant tout le temps que je vécus en europe. Personne ne se doutait de l'origine de tous ces billets que je transférais au pays chaque fin du mois. Par le biais de ma sœur, j'avais acheté des parcelles, fais construire des belles maisons. Les photos que je leur envoyais étaient retouchées sous toutes les coutures pour masquer les bleus sur mon corps ainsi que la fatigue des longues heures de supplices. Les lettres qui leur parvenaient ne faisaient aucune mention de ma douleur, de mes pleurs, de ma rage. Maintes fois je m'étais résolu à me suicider mais une main invisible, une force surnaturelle m'empêchait de passer à l'acte.

Rentrer au pays et tout avouer à ma famille. Ce n'était pas facile. Comment regarder mon père dans les yeux et lui dire que je n'avais fréquenté aucune école anglaise, que je n'avais obtenu aucun diplôme ? Comment dire à ma mère que je ne lui avais pas trouvé le gendre qu'elle désirait tant sans pouvoir lui briser le cœur, que je n'étais pas prête à lui donner des petits enfants ? Comment vivre à côté de ma sœur tout en ayant conscience que j'avais échoué ? Et qu'allais-je faire comme métier pour subvenir à mes besoins sans oublier l'effet de manque que j'allais devoir endurer. Ce fut difficile mais ma décision était prise : je rentrais.

Ma tante n'était qu'une ordure qui vivait de la prostitution. Elle faisait venir plusieurs copines, enfants des copines et même de simples connaissances avant de les revendre à l'industrie de la prostitution. A mon arrivée, je fut bonnement vendu comme une vulgaire marchandise à des pédophiles qui me ballottaient entre eux puis j'avais été obligée de faire du trottoir pour une organisation. Je ne pourrais avoir le courage de dire toutes les choses qu'on m'avait fait faire. C'était dégelasse, bestiale, inhumain. J'étais droguée la plus part de temps pour ne pas ressentir la douleur et dépasser mes ressentiments. Oui je gagnais beaucoup d'argent, oui j'avais beaucoup voyagé mais à quel prix ?

A présent, j'étais enfin rentré chez moi et lorsque j'eue fini de narrer ma triste histoire, je regardais tour à tour mon père dont le visage était complètement décomposé, ma mère qui se tordait de douleur et dont le visage était baigné de larmes puis Dominique qui essayait de la consoler.
- Voilà ce que je suis devenu. Voilà ce que ma tata a fait de moi. Je ne travaille dans aucune administration d'Europe papa. Il n'y aura pas de gentil homme qui viendra m'épouser maman, ma vie est une déchéance Dominique. J'ai l'impression d'être une loque humaine. Maintenant que mes pieds ont refoulé le sol de mes aïeux, maintenant que mes yeux ont revus les miens, je préfère mourir.

Tout le monde sursauta. Et Dominique s'approcha de moi.

- Tu n'as pas le droit de mettre fin à tes jours ainsi. Tu es encore toute jeune. Tu peux encore refaire ta vie à vingt cinq ans. La bible dit " si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passé et toutes choses deviennent nouvelles ". Nous ne pouvons pas changer ce qui est arrivé mais ton futur oui. Qui sommes nous pour te juger ?
- Ta sœur a raison ma chérie. Tu es jeune et nous t'aimons. Je suis certaine que tu trouveras quelque chose à faire et tu t'en sortiras.
- Pardonne-moi ma fille. Je ne savais pas qu'en t'envoyant à Londres, je t'envoyais en enfer mais qu'à cela ne tienne. Nous allons nous serrer les coudes et nous t'aiderons tous.
- Merci de me soutenir. A vos côtés, ma vie semble avoir un nouveau sens, je l'ai toujours cru confisquée par le monde où l'on m'a jeté pieds joints mais, elle renaît grâce à vous tous. Merci.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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Je suis d'elle

Un peu timide, je rentrais dans cette chambre qui désormais serait mienne. Une pièce spacieuse dans la majeure partie était occupée par un lit dont les couleurs des draps me rappelaient des souvenirs marins. Une garde robe flambant neuf m'avait même été offerte. J'avais droit à des sanitaires avec une grande baignoire. Ma vie avait un nouveau sens. Ok, je l'acceptais.
Posée sur la table à chevet, la photo de mes parents me rappelait mon passé. "C'est impressionnant, comme la vie peut parfois prendre des bien curieux raccourcis " me dis je en la regardant. Et dire qu'il y a quelques mois j'étais traitée moins que rien dans cette même maison.

-Ecoute-moi Stella, je sais que tu n'auras jamais une maison comme celle-ci mais je t'ordonne de bien prendre soin de ma maison pendant mon absence.
Il faut éteindre toutes les lumières le soir.
Ce n'est pas la peine que tu t'aventures dans la pièce du fond. C'est mon sanctuaire.
Ne t'approche jamais de mon vase en céramique. C'est une pièce authentique d'une collection chinoise. Elle vaut plus d'argent que tu n'en gagneras toute ta vie.
Des méchancetés. Ma patronne était une personne très méchante. Depuis que je travaillais là, je n'ai jamais reçu d'elle aucun geste d'affection, ni entendu une seule parole encourageante. Toujours des plaintes à longueur de journée. Mon quotidien était fait d'humiliation et d'insultes.
" Stella tu n'as pas bien fais ceci ", " Stella, je veux que tu fasses cela ", Stella … Stella et encore Stella. Dans ses yeux, je lisais beaucoup de mépris à mon égard. Devant elle, je n'avais pas plus de valeur qu'un verre de terre qu'elle pouvait écraser sans remords. Je n'avais jamais connu une personne aussi cruelle de toute ma vie. Elle était sans cœur.
Chaque semaine mon corps était couvert de bleu. A qui pouvais- je faire recours, pauvre orpheline que j'étais. Je me trouvais dans l'obligation de supporter toutes les peines, les humiliations et les injustices qu'elle me faisait subir. Heureusement qu'elle n'avait pas d'enfant. Quel genre de mère aurait-elle été ?

Je n'avais toujours pas vécu dans cette maison, aux côtés de cette jézabel. J'avais été heureuse avec des parents qui auraient pu tout sacrifier pour mon bien-être et j'avais des rêves.
Ayant réussi avec brio à l'examen d'Etat, je voulais continuer mes études à l'Unikin. Mon ambition était de devenir médecin. Neurologue. Je me surprenais quelques fois en train de m'imaginer des années dans le futur, habillée en blouse portant les inscription " Stella Tuluka - service de Neurologie. " Malheureusement toutes ses aspirations n'étaient restées qu'à l'état de rêve.

Mon père, agent des forces armées congolaises fut tué à Goma par des rebelles. C'était un homme bon. Gentil, il ne pouvait faire du mal à une mouche. Quand bien même son corps n'ai pas été retrouvé et enterré, je savais son âme en paix. Ma mère hyper sensible ne survécu pas à la douleur que lui infligea cette soudaine disparition. Un infarctus du myocarde l'emporta dans le pays des nos ancêtres. A partir de cette tragédie, ma vie ne fut qu'une succession de malheurs. Ma famille paternelle me mit à la porte en me jetant des pierres et me traitant de ndoki (sorcière). Ils m'accusaient d'avoir tuées mes parents. Je ne fut pas la bienvenue chez les parents de ma mère non plus. Ils me laissèrent entendre que je n'étais qu'un enfant adoptif. Tout ce qui me restait, c'était la rue.

Recommandant à Dieu mon sort, je vivais à la belle étoile. Je tais le nom de tout ce que j'ai connu dans la rue. Un soir, je fis réveillée par des bruits de pas de jeunes gens en fuite. Effrayée, je prenais la fuite à mon tour sans savoir pourquoi. Mais, un projectile arrêta net ma course. Tout ce qui se passa après m'est inconnu. J'avais perdu connaissance.
Je me réveillais dans un lit d'hôpital.
Un bon samaritain m'avait ramassé dans la rue après qu'on m'ait tiré dessus. Il payait mes frais médicaux et lorsque je lui raconta mon histoire ; il me proposa d'aménager chez lui et y travailler comme ménagère.
Il était bon avec moi, un vrai père à l'opposée de sa femme qui me faisait voir la vie de toutes les couleurs.

Lorsque je me sentais faible, je revoyais ma mère moribonde, me serrant la main et bredouillant " il faut que tu sois forte Stella ". Ce n'était que ces paroles qui m'aidaient à survivre. Je vivais mon enfer avant ma mort. Il durait des mois avant que tout soit chamboulé.
Je repassais le linge de ma patronne en préparant le dîner. Je courais dans la cuisine en sentant une odeur de brûlé sans prendre garde à la position dans laquelle je laissais le fer à repasser. Ce fut à ce moment précis que rentra ma patronne. Elle trouva l'un des ses habits en feu. Cruelle, cette envoyée du démon se saisit du fer brûlant et me l'appliqua dans le dos. La douleur me fit évanouir et lorsque je me réveilla, j'étais allongée sur un lit d'hôpital.
- Où suis-je ?
- Dans un hôpital. Je m'assurerai que tu reçoives les meilleurs soins afin que tu te rétablisses vite.
- Pardonne-moi Stella. Pardonne-moi, pleurait ma patronne.
Cette Jézabel me suppliait de la pardonner alors que le seul fait de la voir penchée sur mon lit me donnait envie de mourir. Plutôt mourir que de revivre ma damnation sous le toit de ma patronne. Je ne comprenais pas pourquoi elle pleurait. C'était contrastant avec ses habitudes. Elle me serrait les mains comme si elle éprouvait une quelconque compassion pour moi. Pourquoi une femme aussi cruelle qu'elle me demandait de la pardonner comme si soudain elle venait de réaliser à quel point elle avait été cruelle, comme si elle venait d'avoir une révélation divine. Je ne le compris que plus tard.

Quelques semaines plus tard, seule dans ma chambre confort du grand hôtel de Kinshasa, une coupe de champagne à la main, je pensais à ce passé chaotique et à l'avenir . A cette perche que me tendait le destin.
C'est fou mais, ces personnes que j'ai toujours considérées comme mes patrons : la Jézabel et son mari étaient en fait mes parents, mes géniteurs. Ma famille de ma défunte " mère " avait raison j'étais une enfant adoptive. C'est une autre longue histoire que je conterais une autre fois.
La porte s'ouvrit sur une splendide femme.
- Bonjour Stella.
- Bonjour.
- Tout est prêt en rentre à la maison.

Je la regardais et me demandais comment seraient nos rapports, comment me comporterai- je avec elle. Et si c'était vous à ma place?

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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