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Je me battrai - Chapitre 1 Lina Elric, janvier 2006.
Le marchand d'os Jean-Michel Joubert, mars 2006.
Smoke gets in your eyes Jean-Michel Joubert, mars 2006.
Un coeur pour deux Ninelle Nsiloulou, mars 2006.
Ma destinée Ninelle N'siloulou, avril 2006.
Le philtre d'amour Ninelle Nsiloulou, octobre 2006.

4 textes de Ninelle Nsiloulou, mars 2007.

4 nouveaux textes de Ninelle Nsiloulou, août 2007.
6 nouveaux textes de Ninelle Nsiloulou, septembre 2007.
La couleur du mensonge Ninelle Nsiloulou, octobre 2007.
L'ombre du passé Ninelle Nsiloulou, novembre 2007.

 

 

 

Je me battrai

Chapitre 1 (Le commencement de la fin)

Aussi longtemps qu'elle se souvienne, l'orphelinat avait toujours été sa maison.
On l'avait toujours bien accueillie mais… Elle avait toujours un creux dans son cœur.
A l'âge de 12 ans, Liz n'avait jamais connu l'amour parental.

A peine levée, déjà elle souriait. Toujours rayonnante, à croire qu'elle ne connaissait pas le malheur, qu'il n'y avait jamais eu le moindre problème dans sa vie.
Les apparences étaient bien trompeuses : elle le connaissait déjà bien et le connaîtrait bientôt mieux que personne…

Sept heures. Debout. Les études n'attendent pas. Pourtant, aujourd'hui, Liz aimerait se soustraire à cette règle. La souffrance morale, elle la vivait chaque jour, mais la douleur physique, elle n'était pas habituée.
Des sueurs froides parcouraient son corps brûlant. Ses tempes semblaient vouloir éclater d'une minute à l'autre, elle tremblait comme un démon, des larmes brûlantes l'aveuglaient et pourtant, au lieu de rester au lit comme l'aurait fait n'importe qui, elle se leva tant bien que mal, en oscillant dangereusement à chaque pas supplémentaire. Le paysage était totalement flou, mais Liz n'en tenait pas compte et essayait au maximum de le cacher au autres. Pourtant, une fois arrivée a la cafétéria, elle craqua et tomba au sol, des spasmes violents la parcouraient et la clouaient au sol.
Elle essaya de sourire pour rassurer les autres. Peine perdue. Sa bouche se crispa en émettant un hurlement de douleur qui glaça le sang de toutes les personnes présentes.
Lorsque Liz se réveilla, elle était seule, dans une pièce entièrement blanche qui ne ressemblait aucunement a sa chambre de l'orphelinat.
Lorsqu'elle se releva, elle comprit où elle était. Des perfusions étaient attachées à plusieurs endroits de son corps. L'hôpital ne lui inspirait pas confiance. Après tout, c'était bien là que se s'étaient éteints ses parents. La porte s'ouvrit, coupant court à ses pensées. Une grande femme entra.
Elle avait de longs cheveux blonds qui lui arrivaient jusqu'aux genoux et des yeux vert émeraude qui semblaient fixer un point invisible, au loin. Rien ne semblait pouvoir l'atteindre.
Elle s'approcha de la petite brune qui la fixait attentivement et s'assit sur son lit.
" - Bonjour ! Tu es enfin réveillée ! Sais-tu depuis combien de temps tu dors ? Questionna l'infirmière.
Non. Répondit Liz d'une voix si faible que l'on peinait a l'entendre.
Cela fait déjà deux semaines. (Elle dit cette phrase avec une expression de lassitude, bien que l'on n'en comprenne pas la cause.) Repose-toi. Tu as besoin de sommeil, tu as eu un malaise. Je reviendrai te voir plus tard. Au fait, ajouta-t-elle en se levant, je m'appelle Mademoiselle Brown si tu me cherches.
Liz acquiesça et s'endormit aussitôt, tout en espérant se réveiller à l'orphelinat et s'amuser de ce rêve, mais malheureusement c'était un cauchemar on ne peut plus réel qui se préparait en silence.

Lorsque qu'elle se réveilla, deux yeux verts la fixaient intensément, comme s'ils désiraient voir à l'intérieur de son corps.
Melle Brown avait l'air fatiguée alors qu'elle était rayonnante la veille. Que s'était-il passé pour qu'il y ait eu un changement aussi brutal ?
" Liz… oh… je… je n'aurais jamais voulu te dire ça… c'est si… si… inhumain ! Personne ne devrait subir une chose si abominable ! Non, non ! ! ! "
Elle prononçait ces mots en secouant la tête frénétiquement de droite a gauche et se retenait visiblement de pleurer.
Liz, de son côté, essayait de comprendre de quoi elle parlait.
De la mort de ses parents ? Mais elle le savait normalement depuis son entrée à l'hôpital et des milliers, voire des millions d'enfants étaient dans son cas. Ce n'était donc pas cela.
De toutes les douleurs et les souffrances morales qu'elle avait subies ? Impossible, elle avait toujours joué le jeu.
Alors que les pensées se bousculaient dans sa tête, Melle Brown, tremblante, sortit en courant.

" - Non, je ne peux pas le faire. J'en suis incapable, vous le savez bien ! Mon dieu, oh, mais pourquoi ai-je fait cela ? Je suis horrible, et elle, si, enfin, ce n'est pas possible …Pourquoi elle ? Pourq… Mais Melle Brown ne put finir sa phrase tant elle pleurait. A travers ses yeux embués de larmes, elle regardait le médecin devant lui.
Si, tu le dois. Il y a encore des examens à passer donc ne lui en parle pas. Pas de ça Par contre, tu dois lui dire la vérité. Il en va de sa vie ou, si malheureusement notre diagnostic devait se révéler exact, du reste de vie. Je ne peux évidemment pas vous y forcer, je veux seulement vous conseiller. Me comprenez-vous bien ? Maintenant, allez donc essuyer vos yeux et vous passer un peu d'eau fraîche. Je vous donne votre après-midi. "
Elle remercia le médecin et sortit.

Une fois arrivée a la loge que lui offrait l'hôpital, Melle Brown ne cessa pas de repenser aux précédents événements. Tout son passé qu'elle avait enfoui avait soudainement resurgi des fins fonds de sa mémoire pour la torturer.
Si seulement elle ne l'avait pas cachée, si elle lui avait tout expliqué, mais… comme elle l'avait dit précédemment, elle n'était qu'une incapable.

Lina Elric  linaelric@hotmail.fr

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Le marchand d'os

Gédémus ouvrit en grimaçant la porte de sa boutique. Les froides ondées d'avril étaient de retour et son genou recommençait à le faire souffrir. Il prit dans l'armoire à pharmacie le baume que préparait Joséphine, l'herboriste de la 12eme allée, plongea ses doigts noueux dans la pâte épaisse, retroussa la jambe de son pantalon râpé et frotta son articulation douloureuse en soupirant d'aise.

Assis sur la dalle de marbre qui longeait son échoppe, il attaqua gaillardement son quignon de pain. Elle était toujours fraîche même pendant les grandes chaleurs de septembre. Comme disait son ami Boris, le marchand d'urnes :
" Ce banc -là, mon vieux, on risque pas de te le piquer...! "
Comme d'habitude, il avait pris soin de ne pas poser ses fesses maigres sur les noms en lettres dorées.
Des vols de grives traversaient le ciel, remontant vers le nord.

Il mastiquait avec précaution, essayant de ne pas appuyer sur sa gencive douloureuse.

Les soins dentaires, et tout ce qui relevait de la chirurgie était le monopole des employés du Crématorium. Il avait de bons rapports avec eux mais préférait recourir le moins possible à leurs services. Les mauvaises langues disaient que pour arracher une dent, ils ne prenaient guère plus de précautions pour les vivants que pour les morts.

Il étira sa jambe avec précaution, disciplina ses cheveux blancs avec un peigne ébréché et accrocha son enseigne:

" GEDEMUS MARCHAND D'OS "

Une poignée de crève la faim qui s'intitulait pompeusement " fonctionnaires municipaux " arpentait les allées d'un pas traînant, dos voûtés écrasés par le poids des pelles.

Comme chaque matin, les gamins des caveaux voisins vinrent chercher leurs petits cadeaux. Il leur taillait des animaux en os et souriait derrière son épaisse moustache en entendant leurs cris de joie. Il les aimait bien, ces gosses qui grandissaient au milieu des tombes et n'avaient pour seul horizon que les vieux murs du cimetière Montparnasse.

De temps en temps, il aidait son voisin pour vider les fosses, besogne indispensable en ce lieu où les vivants disputaient aux morts chaque mètre carré. Ainsi il faisait provision d'os.
Les crânes étaient à la mode. Gédémus en avait un stock qu'il revendait avec un joli bénéfice.
Depuis que le Gouvernement avait fermé les Catacombes, les prix montaient en flèche.
Il gagnait aussi bien sa vie qu'à l'époque où il était cadre supérieur à la Direction de l'Equipement. C'était avant.... !!!!!!!

Le premier cortège arriva à neuf heures, longeant en brinquebalant le mur d'enceinte de la rue Froidevaux. Gédémus le regarda approcher d'un oeil connaisseur. La carriole était surchargée de fleurs. C'étaient de belles obsèques, assurément ! Au moins 100 personnes.
De quoi assurer un bon chiffre d'affaire.

Au milieu de la matinée, le Contrôleur des Tombes passa, accompagné d'une douzaine de séides en ray-ban. Ils s'arrêtèrent devant sa boutique, enveloppés dans leurs pardessus noirs comme des squelettes frileux.
- Bonjour Gédémus. Çà va le boulot?
- Bonjour. Je n'ai pas à me plaindre. Et dehors, c'est toujours le bordel?
- Y a pas de raison que çà change ! Les politiciens se bouffent entre eux au lieu de rétablir l'ordre. Deux bandes se sont flinguées cette nuit au Trocadero. Au moins 50 morts, mais ceux-là, c'est pour le cimetière de Boulogne. Des fois, je me demande si c'est pas vous qui avez raison. Une zone inviolable. Pas de pillards, pas d'impôts. Pas de chômage. La verdure. Le calme.. Vous êtes bien les plus heureux finalement !

Il renifla, enfouit son nez maigre dans un vaste mouchoir à carreaux. Un séide ouvrit une mallette de cuir qui avait connu des jours meilleurs. Gédémus tendit une liasse de billets graisseux auxquels il joignit un sachet fermé par une cordelette rouge.
- Pour toi et ton équipe. Çà vient d'un étudiant assassiné en 2006, pendant les premières émeutes. Les os s'écrasent comme du sucre. Tu ne trouveras pas de meilleure amulette sur la Rive Gauche.
- C'est toujours un plaisir de discuter avec toi. Comment s'est passée la réunion hier soir?

Gédémus vérifia soigneusement la quittance et la classa dans une vieille boîte à biscuit.
- J'ai été réélu délégué du secteur Ouest. On va faire une demande pour retarder la fermeture des grilles en été. En ce moment, il y a pas mal de morts à cause des épidémies. C'est du gâchis de les fourrer dans les fosses communes…. On a entendu une fusillade vers minuit, derrière le mur Ouest. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Le contrôleur ajusta son haut de forme sur sa tête maigre. Ses yeux brillaient comme des obsidiennes.
- Des têtes brûlées qui voulaient entrer. Un lieu d'asile offre bien des attraits par les temps qui courent. Comment va ton genou? Veux-tu que je te signe un laissez-passer ? Un nouveau généraliste est venu s'installer, dans l'immeuble fortifié du 12. On parle même de rouvrir une pharmacie rue de la Gaité.

Gédémus secoua la tête.
- Merci de l'intention ! C'est pas que j'ai pas confiance en toi mais je préfère utiliser
les moyens du bord.
- A ta guise ! Tu n'as pas vu de nouvelle tête récemment? On cherche un clandestin qui se planque depuis deux jours. Je ne sait pas comment il a pu franchir les barrages mais il est là. Il y a une promesse de Rédemption pour qui le livrera. On sait aussi que des pourris les aident à filer par les souterrains. On va bientôt les coincer, fais moi confiance.

Gédémus haussa les épaules.
- Y a autre chose pour ton service ?
- Non, je vais continuer ma tournée.
Il posa sa main gantée sur l'épaule du vieil homme qui frémit malgré le soleil tiède.
- Bonne continuation Gédémus! Je t'aime bien. Ne fais pas de conneries!

L'après-midi s'étirait. Des explosions retentissaient sur le boulevard. Quelques morceaux de ferraille volérent au-dessus du mur pour la plus grande joie des gamins qui improvisèrent une " Chasse au Trésor ". Des hélicoptères sillonnaient le ciel bleu.

Les nouvelles colportées par les clients se bousculaient dans sa tête comme des papillons fous. Un nouveau gouvernement d'Alliance Nationale avait été constitué. On reconstruisait le Palais-Bourbon. Des régiments venus de l'Est nettoyaient la banlieue. Assis au frais devant sa boutique, Gédémus pilait les os récupérés dans un caveau.
La vie continuait.

Boris vint s'asseoir près de lui, posa sur la dalle une bouteille de vin vieux et deux verres.
- Ca barde de l'autre côté. J'ai téléphoné à mon cousin du cimetière Saint Séverin. Toute la nuit on a fusillé des pillards. Il en a réceptionné cinq camions. On dirait que cette fois, ils sont vraiment décidés à faire le ménage. Je me demande s'ils vont nous foutre la paix encore longtemps.
- Ne t'affole pas! De nos jours, on ne respecte plus que les superstitions. Les morts nous protègent.

Dis donc, il est chouette ton portable. Qui est-ce qui te l'a donné ?
- La famille d'un flic à qui j'ai fait une remise pour une urne de luxe. Avec çà je peux appeler les collègues de Bagneux ou du Père Lachaise...

Ils burent en faisant claquer leur langue.
- Cet enfoiré de contrôleur cherche quelqu'un, on dirait….
- Ouais ! C'est un vrai chien de chasse. Il a des yeux partout. Pendant ce temps, il ne songe pas à augmenter la redevance.
- S'il pouvait se faire trouer la paillasse...
- Dis pas de mal de lui.. C'est pas le pire.
- Méfies-toi quand même! Il se doute de quelque chose....

Dimanche était le meilleur jour pour le commerce. Les allées grouillaient et donnaient au vieux cimetière un air de fête contrastant avec l'angoisse lourde qui régnait à l'extérieur.

Gédémus, blanc de poudre, était penché sur son mortier. Il referma le petit sachet et le tendit à une femme en deuil.
- Voilà ma petite dame. Vite fait ,bien fait! Un porte bonheur pour l'éternité !
Il aperçut le contrôleur de Tombes qui approchait, le visage immobile, déployant ses hommes dans les allées environnantes.

Boris approcha d'un pas traînant, une besace sur l 'épaule.
- Je crois que cette fois c'est la bonne !
Les deux hommes regardèrent un instant au-dessus de la foule.
- Tu as raison.. Cet enfoiré vient pour nous.Tu es prêt ?
- Comme toujours.

Ils entrèrent dans le caveau transformé en boutique et verrouillèrent la porte.
Une lumière grise se frayait un chemin à travers les vitraux encrassés.
- C'est là-dessous, aides-moi à pousser....
Boris s'essuya le front tandis qu'on piétinait à l'extérieur.
- Des regrets ?
- Non! A force de faire évader les opposants, çà devait arriver.
Un coup de pied brutal ébranla la porte. Gédémus glissa une bourse dans sa poche et saisit une valise aux coins râpés.
- Adieu cimetière Montparnasse ! On fera notre dernier trou ailleurs... C'est marrant comme les souvenirs de toute une vie tiennent dans pas grand chose.
- C'est plus pratique pour se barrer en catastrophe

Boris se laissa glisser dans l'étroit tunnel.
- On prend à droite ou à gauche ?
- A droite, on arrive direct au Père Lachaise. A gauche, je sais pas trop. Peut-être le cimetière de Vanves. C'est par là qu'à filé le gamin, la nuit dernière... Alors? Qu'est-ce qu'on fait ?
- On va à gauche ! C'est pas à nos âges qu'on va changer de bord.

Gédémus actionna la molette de son briquet.
- De la dynamite à l'ancienne. Cà devrait les retarder.

Il alluma la mèche au moment où la porte de la boutique volait en éclats.

Jean-Michel Joubert  joubert2@club-internet.fr

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Smoke gets in your eyes

Putain de bled ! C'est la première fois que je mets les pieds au Colorado et ça me donne pas envie d'y passer ma retraite.

OK..Je dois arriver à Grand Junction par l'Est. Le gars m'attend en face d'un motel, près de la camionnette d'une compagnie minière.
Au début, j'essayais d'imaginer à quoi ressemblaient ces types.... S'ils étaient jeunes ou vieux, moches ou beaux mecs. Certains avaient l'air francs comme des billets de 3 dollars, d'autres des gueules honnêtes à gerber. Maintenant je m'en fous... !

Le voilà..... Assis sur le capot de sa bagnole pourrie. Il bouffe un hamburger.. Je suis sûr qu'il jette ses canettes vides dans le caniveau. Il a une tête à conduire une pelleteuse.
Le samedi soir, Il joue au billard jusqu'à minuit, en se prenant pour Humphrey Bogart sous prétexte qu'il a touché le cul de la serveuse devant ses copains. Après il rentre chez lui baiser sa femme... C'est ça !…. Fais semblant de regarder ailleurs, connard..! S'il y a un seul flic dans le coin, il va tout de suite repérer ton air innocent. Files-moi l'enveloppe et retournes à ton chantier.

- J'ai c'qu'y faut..... Personne vous a suivi ..?

Avant je leur conseillais de s'asseoir sur un manche à balai. Maintenant, je me contente de les regarder. Il a du mal à avaler sa viande hachée trop cuite et reste debout comme un con pendant que je redémarre. Encore un qui va se prendre pour un soldat de la mafia.

C'est une enveloppe blanche comme pour un mariage. Les billets sont agrafés par paquets de 10.
Dans le temps, mes employeurs tapaient les instructions sur des machines à écrire fatiguées. Maintenant ils utilisent le traitement de texte. Son nom .. son adresse. Le plan de son quartier.. Ses habitudes. Tout y est. Le type sur la photo grimace un sourire. Il a le soleil en face. Qu'est-ce que ce minable a bien pu maquiller pour qu'on foute un contrat sur sa tête de petit bureaucrate ?

Je traverse des bleds. Je longe des usines. A chaque virage des panneaux vantent la Vallée de la Mort et la Texaco. Il commence à faire chaud ! Je déteste la chaleur.
J'ai moyennement confiance dans le moteur de la vieille Ford que j'ai louée à Denver, mais avec cette charrette, aucun risque de me faire piquer pour excès de vitesse. Coup de bol, la climat' est nickel. J'ai horreur de sentir la sueur dans mon dos. Depuis le temps que je rêve à une baraque en bois sous les sapins, au bord d'un torrent. Cà me déplairait pas de rejouer " Rivière sans retour " avec une Marylin qui partagerait mon radeau. Après tout, je tire mieux que Robert Mitchum.

Une maison …. Une vie peinarde……Loin des Feds, du Syndicat…. De mon ex-femme et de sa pension alimentaire. Une vie où j'aurais le droit d'en avoir marre. Un de ces jours je taillerai la route et ils pourront toujours me cavaler aux fesses.... Gino m'a dit que j'avais raison. Qu'il avait envie d'en faire autant. P'tête même qu'on pourrait se barrer ensemble.

Si j'fais le compte, à part lui, j'ai pas tellement de copains !

D'après la carte, il faut prendre à droite après l'échangeur de Glenwood et traverser une réserve de ploucs appelée Minturn. Putain ! Comment peut-on vivre ici ? Des baraques alignées avec la boîte aux lettres et le coin de gazon bien vert pour faire pisser le chien. …. Un minimarket … une église …..Un drugstore qui a l'air de déposer son bilan….

J'en profite pour acheter une ou deux cannettes. Le goudron me colle aux semelles. Près de la porte, la poubelle sent la viande pourrie à m'en faire regretter le Viêt-nam.

Un peu de musique me détendra. Au pays du western, je vais bien trouver une fréquence de Country.....

Bon, je dois plus être bien loin.. Voilà le carrefour de Leadville. Je mets mon clignotant, comme un bon citoyen américain. Une bagnole poussiéreuse me dépasse en faisant hurler ses pneus. Je me gare dans un coin d'ombre pour regarder la carte. Le fantôme de Gary Cooper doit bien se marrer. Les Colts Frontière sont de sacrés outils mais je préfère mon Magnum. Il m'a jamais trahi…. Sauf la dernière fois. J'ai dû cracher trois pruneaux au lieu d'un.

Dommage qu'y ait pas de maisons de retraite pour les tueurs fatigués...

Personne en vue à part un gros type qui approche en se tortillant, l'oreille collée à un transistor.

- Z'êtes perdu..? P'têt qu'vous allez qué'que part où j'ai envie d'aller....?

Adieu Gary Cooper ! Voilà Alien.. Qu'est-ce que c'est que ce morceau....? Le gros, c'est une grosse .. Une nana d'un quintal, encore jeune, avec des yeux d'un vert comme j'en ai jamais vu.... Des yeux de môme.. Sacrée impression je vous jure......!
A quoi ils jouent mes scénaristes ? Philippe Marlowes, lui, aurait eu droit à une gonzesse roulée comme Geena Davies. J'arrête le film !

- Désolé.. Je suis pressé.....

Non mais je rêve ! Elle s'installe....

- Faites pas cette tête. J' peux être très silencieuse si v'z'aimez pas parler, ou vous raconter ma vie pendant cinq heures de rang. 'Videmment, j'peux pas vous promettre d'me faire oublier...

C'est marrant mais la première chose que je remarque au moment où elle s'assoit, c'est sa peau très blanche qu'on aperçoit dans le col du chemisier entrouvert.
- Ecoutez ! Vous me croyez ou vous me croyez pas, mais je ne peux pas vous emmener. Alors descendez sinon......

- Sinon quoi..? Z 'allez me violer ? J'ai pas dit qu'je s'rais contre...

Bordel mais elle sourit ! Un sourire de gosse . Si je la vire maintenant, je vais me faire remarquer et c'est mauvais pour le boulot. Pas le temps de discuter. J'ai encore de la route à faire. Le petit bureaucrate doit être mort avant ce soir.
Elle l'aura voulu !
Je démarre comme les flics tarés de Miami Vice. Tu veux voir du pays ? OK …On va pas loin mais tu vas cesser d'emmerder le monde. Mon gars attendra. Il ne saura jamais qu'il a vécu un peu plus longtemps à cause de toi.

- Z'êtes pas un mauvais mec , finalement, dans le genre " Je cause pas et fais pas chier ". Elle mène où cette route ...?
- Au fond du trou du cul du Colorado...
- Excitant ! Savez parler aux femmes quand vous voulez .....

D'après la carte il y a une mine désaffectée là-haut. Juste ce qu'il me faut ..... C'est marrant, la voilà qui fredonne un vieil air. C'est quoi déjà le titre ? Elle un peu la voix de Shirley Bassey.....

- " SMOKES GETS IN YOURS EYES " .. C'est mon préféré... Z'aimez les Platters?

C'est pas vrai ! Elle va crever dans cinq minutes et elle me parle de musique. Ca lui arrive jamais de se taire?

La mine est vraiment abandonnée, pas d'erreur ! Trois cabanes pourries, une carcasse de camion qui tient debout par habitude. L'entrée est fermée par de grosses planches mais j'en vois une ou deux qui demandent qu'à tomber. C'est parfait !
… Je m'arrête à l'ombre.
- Descends, tu es arrivée ...
Je tâte la crosse du magnum dans ma poche. Ca fait une paye que j'ai pas buté de gonzesse.
Qu'est-ce qu'elle fout à tripoter dans son sac de routard? C'est pas possible, elle est quand même pas con au point de pas comprendre. Elle va essayer de se barrer. Dommage pour toi cocotte. Ici personne ne te trouvera avant la prochaine élection présidentielle.....
Elle me regarde. Qu'est-ce qu'elle peut bien s'imaginer ? Que je vais la sauter ?

- Z 'avez choisi un bon endroit.... Ici personne ne vous trouvera avant la prochaine élection présidentielle

Je suis pas le seul à apprécier les magnums. Le sien est braqué sur mon ventre. Un gentil sourire éclaire sa bouille grasse.
- Dommage, Z'étiez un bon soldat. L'Organisation vous appréciait. Gino m'a dit de faire vite et proprement.
Elle fredonne encore cet air idiot
" Smoke gets in your ........... "

Jean-Michel Joubert  joubert2@club-internet.fr

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Un cœur pour deux

L'horizon s'éclaircissait peu à peu. Des lueurs jaunes traversaient déjà les jolies maisons du quartier industriel de la ville maritime du Congo. Dehors on entendait le pépiement des oiseaux. Le chant des insectes nocturnes s'était éteint et le jour se levait lentement sur le ciel pontenégrin. Un téléphone sonna. Au bout du fil, Chafik, le Directeur des ressources Humaines avec lequel travaillait Annick comme Assistante RH.
- Bonjour Annick. Est-ce que je peux avoir les mis à jour des tableaux de bord sociaux ce matin.
- Désolée, j'allais justement te téléphoner pour t'annoncer que je ne pouvais pas être au bureau ce matin.

Cette douce voix tremblante, Chafik la connaissait si bien. C'était celle de sa collaboratrice lorsqu'un problème la bouleversait. Mais il se résigna de lui demander ce qui n'allait pas.
Reposant le combiné, Annick jeta un coup d'œil furtif vers la grosse pendule qui trônait dans le salon. Ce dernier marquait six heures du matin.
Aurore, sa fille de trois ans, dormait sur le canapé où elle avait veillé des heures durant aux cotés de sa mère avant que le sommeil n'eût eut raison d'elle. Lasse après une longue nuit sans sommeil, la jeune maman ne daigna même pas se lever pour préparer le petit déjeuner.

La nuit avait été calme, avec un ciel clair et étoilé comme toutes les nuits de pleine lune. En d'autres circonstances, Annick raffolait du merveilleux spectacle qu'offrait la nature en cette période. Pourtant cette nuit tout avait été différent. Elle avait attendu en vain le retour de Gilles, son mari. Ce dernier n'avait même pas pris la peine de la prévenir. Inutile de se demander ce qui lui était arrivé. Annick savait qu'il ne pouvait se trouver que chez Laure, sa seconde épouse.

Dehors, le temps changeait peu à peu. Il devint morose au point de faire pâlir un nouveau-né. Quelque minutes plus tard, des grosses gouttes commencèrent à tomber : il pleuvait. Prostrée devant une fenêtre en baie vitrée, Annick voyait à travers le filet de pluie qui ruisselait sur le verre, le doux passé qu'elle avait vécu avec l'homme pour lequel battait son cœur. Une larme perla sur la joue de la jeune femme. Elle l'essuya d'un revers de main en repoussant à ce qui lui disait sa meilleure amie.
- Fais attention Annick. L'homme est un loup pour l'homme et le tien ne m'inspire pas confiance. Je veux que tu sois bien sûre de ce que tu veux pour ton avenir, que tu y réfléchisses à deux fois avant de te décider. Mais, si tu prends le chemin de " je m'en fous, tu vas vite te retrouver au village de " si je savais "

Le cœur meurtri, la mort dans l'âme, Annick se traîna jusqu'à la salle de bain, se débarbouilla le visage et se regarda dans la glace. Celle-ci lui renvoyait l'image d'une femme fatiguée et aigrie. Des rides affreuses avaient volé la fraîcheur de son visage et ce macabre tableau était complété par des yeux cernés, bouffies et des lèvres pleines de gerçures. Combien même, elle était rangée par les soucis de son mariage qui ne cessait de battre l'air, Annick était la beauté et la magnificence incarnées dans un corps.

Quatre ans plus tôt ; elle avait fait la connaissance d'un homme qu'elle trouvait merveilleux plus que tout au monde : le père de sa fille. Ce fut le coup de foudre comme ces histoires à l'eau de rose des séries télévisées qui débutent et se terminent toujours bien. Au début, Gilles était réservé dans sa relation avec Annick à cause d'une fiancée parti continuer ses études en Afrique du Sud. Tant bien que mal, de rupture à réconciliation, la belle Annick avait réussi à mettre le grappin sur Gilles. Ce dernier s'avéra un ami attentionné, tendre et délicat.
Ambitieuse de nature, Annick décida de poursuivre ses études. Elle s'en alla à Poitiers, une ville bien tranquille au sud de la France. L'étudiante y découvrit un autre monde : le monde estudiantin en outre mer. Elle ne cessait de flâner dans les rues, sortait dans des endroits chics et ne manquait surtout pas d'aller retrouver ses vieilles copines à la gare du nord les week-ends. Deux mois plus tard, l'étudiante attendit en vain ses menstrues.
Gilles et elle voulaient avoir un enfant avant son départ, elle n'avait pas imaginé que cela puisse se réaliser.
- Je veux un enfant Annick, avait dit Gilles
- Un enfant ! Tu plaisantes ?
- Jamais je n'ai été autant sérieux.
- Un enfant ?
- J'ai réfléchi Annick. Les années passent et je ne rajeunis pas. Il est temps que je pense à me faire une progéniture.
- je ne doute pas du fondement de tes pensées Gilles mais, un jour tu m'as dis qu'étant issu d'une famille polygame, tu ne permettrais pas que tes enfants soient de mères différentes. Tu m'as aussi dit que tu ne pourras pas te permettre de vivre avec deux femmes ; que tu n'as pas les reins assez solides pour cela. Par ailleurs, tu n'as jamais cessé de dire que c'est ta fiancée que tu aimes. Tu me préfères à ta Laure Que c'est elle la future épouse et la future mère de tes enfants. Moi, tu m'estimes juste. Alors explique moi ce revirement car j'ai du mal à te comprendre.
- j'ai réalisé combien tu m'aimes Annick. Je crois qu'il serait stupide de ma part de chercher le bonheur au loin alors qu'il se trouve devant moi.
- Et ta fiancée ?
- Elle comprendra

Ainsi Annick avait-elle accepté de faire ce bébé. Elle se rendit compte assez tôt que ce n'est toujours pas facile de concilier études et maternités, de surcroît en pays étranger. Les premiers mois furent les plus durs avec les malaises dus à l'inadaptation du corps. Au bout de huit mois, Annick donna le jour à une splendide petite fille qu'elle baptisa " Aurore ". Ce fut la joie pour les deux parents. Pour la mère surtout car cette maternité lui avait permis d'acquérir la nationalité de son pays d'accueil.
Avec sa nouvelle nationalité, la jeune mère se casa bien vite. Elle trouva du travail dans un groupe, l'un des plus prestigieux à l'échelle internationale. Par grâce divine, le groupe avait une représentation dans sa ville natale. Elle ne laissa pas passer la chance qui se présenta à elle lorsqu'on lui proposa le poste d'Assistant au Directeur des ressources humaines. C'était une aubaine pour la jeune fille. Non seulement, elle allait retrouver sa patrie mais aussi l'homme qu'elle aimait, ses parents. Elle était toute excitée à l'idée de retrouver Gilles, de sentir à nouveau le parfum de son corps, de se blottir contre lui, de le toucher, de le regarder dans les yeux, de revivre ces doux moments passés, de partager à nouveau ces heures d'émotions…
Cependant, dès son arrivée, Annick remarqua que son Gillou avait changé. Ce n'était plus le même homme qu'autrefois. Il ne le prenait plus dans ses bras pour dormir, ne se lovait plus contre son corps et ne lui mordillait plus l'oreille sous la couette en lui disant des mots tendres. Tout cela appartenait à présent au crépusculaire monde du passé.
Les mauvaises langues ne tardèrent pas de jaser.
- Laure, la fiancée de Gilles. Celle qui était parti en Afrique du Sud est rentrée il y a six mois.
- et alors ! Rétorquait Annick. Où est mon problème dans tout ça ?
- Ton problème ? Tu m'étonnes Annick, tu me demandes où est ton problème alors que toute la ville de Pointe-Noire sait que Gilles a renoué avec sa Laure ! Ouvre les yeux ma chère car j'ai cru entendre que ton Gilles préconise même épouser cette Laure.
- Tu n'es qu'une langue de vipère, jalouse de ma réussite.

Malheureusement, les langues de vipère l'emportèrent. Gilles avait bel et bien renoué avec Laure et au fil des jours, le foyer de Gilles et Annick n'était plus ce havre de paix qu'ils avaient voulu en faire. Ingénieur télécoms, Gilles commença par multiplier les permanences au bureau prétextant des pannes irrémédiables, des réunions qui tiraient tout le temps en longueur, des dîners d'affaires toujours nocturnes, des soirées organisées par l'entreprise avant de découcher ouvertement au vu et au su de tout le monde. Puis un soir la décision de Gilles tomba tel une bombe qui pétrifia la jeune mère. Gilles se mariait avec Laure et comptait la reconnaître officiellement comme sa deuxième épouse.
Personne ne réussit à atténuer le flot de larmes que versa Annick ce jour là. Lorsqu'elle essaya de raisonner son homme, celui-ci lui laissa entendre qu'elle ne lui avait pas laisser le choix en le forçant de vivre avec elle ; il n'avait jamais cesser d'aimer Laure. Et le pire de tout c'était les répliques de Laure.
- " elle n'a qu'à se tenir tranquille cette pimbêche d'Annick, en plus d'être une voleuse d'homme, elle veut aussi m'empêcher de vivre le bonheur que je mérite ? "
Les nuits d'Annick n'étaient plus que des cauchemars, le bonheur qu'elle désirait tant s'était transformé en peine, en douleur, en larmes, en désespoir.
Fallait-elle rester à tout prix dans son foyer et supporter toutes les railleries dont elle faisait l'objet depuis que tout le monde savait l'existence de sa rivale tout en restant zen et sachant le cœur de son homme partagé ?
- j'ai été stupide de croire qu'il finira par m'aimer réellement. Je me suis trompée. Il tient à son enfant et se soucie de moi comme d'une guigne la preuve en est qu'il est reparti avec celle que son cœur aime.
Toute une série d'images se mis à défiler dans la tête de la jeune fille ; les images de merveilleux moment qu'elle avait passé avec Gilles, des moments qui semblaient à présent loin comme si ce passé qu'elle avait tant chéri s'était détruit et se reproduisait devant ses yeux. Elle pleurait en sanglot lorsque Aurore s'approcha d'elle, elle se tenait debout et la regardait avec un air triste. Elle se glissa dans ses bras, elle la tenait très fort, comme si elle avait peur qu'elle s'en aille, elle aussi, et elles pleurèrent ensemble.
- Ne pleure pas ma chérie, dit la dame en embrassant sa fille.
- Où est ce qu'il est papa, je veux mon papa?
- Il sera bientôt là. Il a eu un petit problème à régler. Mais, Je te promets que désormais nous n'aurons plus à nous faire du mauvais sang à cause de lui.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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Ma destinée

Une fine pluie qui tombait, des larmes, une tombe neuve, des personnes toutes émues étouffants leurs sanglots sous des pochettes, des regards croisés, des mains menottées. Autant d'images qui défilaient dans ma petite tête. Ciel ! Comme la vie pouvait prendre des bien curieux chemins.

26 ans, je n'étais pas de ce genre de fille qui avait l'habitude de tout avoir de la vie. Issue d'une famille nombreuse, j'avais sept frères et sœurs et je devais assumer mes responsabilités de sœur aînée. De revenu modeste mes parents avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour me donner l'instruction nécessaire. Mes études furent interrompues en première année universitaire faute de soutien financier. Mes parents étaient à bout de souffle, je n'avais pas de petit ami. Je n'étais pas le seul enfant de la famille me répétait ma mère. " Il faut que tu apprennes à voler de tes propres ailes et t'occuper de tes petits comme le font certaines filles de ton âge ". Les longues études ne mènent à rien renchérissait mon père. " Licenciée ou pas, tu finiras certainement comme les autres diplômés sans emplois de notre pays : vendeuse au bourg comme ta mère ".

Tout avait commencé un soir. Alors que je rentrais chez moi après une longue journée passée au bourg à aider ma mère, une valise de police m'interpella. Médusée, je restais à regarder les policiers qui d'un clin d'œil m'entourèrent alors que le plus costaud me menottait les mains.
- Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous pouviez dire pourrait être retourné contre vous devant le tribunal.

On me lisait mes droits et me parlait de tribunal, toutes ces choses dont la dernière évocation avait été faite lors de mes cours de droit pénal à l'université. J'avais l'impression de rêver mais la réalité me rattrapa lorsque le commandant du commissariat dans lequel on m'emmena me fit placer en garde à vue.
Des gens venaient et repartaient sans aucun d'autres eux ne me disent de quoi j'étais accusé. Pourtant le mépris et le dégoût se dépeignaient si bien dans l'expression de leurs regards qu'on ne pouvait pas se tromper sur leurs sentiments à mon égard. De quoi me reprochait tant ?

Quelques heures plus tard, je vis l'officier supérieur faire son entrée, l'air embarrassé, suivi par un couple somptueusement habillé. Ce fut d'après leur discussion que je compris la cause de mon arrestation : j'étais arrêtée pour vol à main armée, cambriolage et bien d'autres larcins. Je tombais de nue. De mes propres yeux je n'avais jamais vu d'armes, sinon au cinéma. Lorsque je n'étais pas au bourg pour aider ma mère, je me rendais à l'église ou j'étais à la maison ; je n'avais même pas de copines… Mes parents vinrent me rendre visite le lendemain ainsi que le couple de la veille.
- Qu'on fasse venir les suspectes, ordonnait l'officier supérieur.
Manu militari on me fit sortir de la cellule et je me précipitai vers ma pauvre mère en larmes. Puis arriva une autre fille qui était mon portrait tour craché. On se ressemblait comme deux gouttes d'eau : le même regard, le même petit nez effilé, les mêmes formes du corps. Ce qui nous différenciait c'était seulement son port de reine, tous ces bijoux et son aspect raffiné. Mes parents en firent fort émus au même point que le couple de la veille. Piqué au vif de leur curiosité, ils ne cessaient de nous regarder l'une après l'autre.
- ça suffit maintenant. Dites moi laquelle de vous deux est responsable des vols à main armée qui sont perpétré ses derniers temps et dont et pour lesquels vous êtes toutes les deux suspectées.
- Ma Meiji ne peut être l'auteur de ses affreux faits. C'est une fausse accusation, je vais porter plaine, cria le monsieur au boubou somptueux, sans doute le père de la prénommée Meiji
- Chef, est ce que vous voyez ma fille commettre de telles atrocités ? C'est une innocente jeune fille qui ne peut même pas faire du mal à une mouche.
- C'est que nous allons voir.
Puisque Meiji et moi ne disions rien pour nous défendre, l'officier se mit en colère. Il s'apprêtait à nous renvoyer dans nos cellules lorsque entra une fille sous une escorte de policier.
- Mon Dieu ! Qu'est ce que cette histoire ? Qu'est ce qui se passe ici ?
Chef nous avons arrêté cette jeune fille en flagrant délit. Ils ont dévalisé une petite banque. Elles s'apprêtaient à fuir lorsque nous sommes arrivés. Elles ont ouvert le feu et voyant que ses deux complices étaient mortes, elle s'est rendue.
Comment est ce qu'on vous appelle ?
Tyha.
Je n 'arrivais plus à en croire à mes yeux. Ce que je voyais était hallucinant. Tyha était une autre moi, une autre Meiji. On aurait cru qu'on sortait toutes les trois du même moule.

Des jours passèrent. Meiji et moi furent finalement relaxées alors que Tyha fut condamnée. Lors du procès, une femme s'était présentée devant les barreaux, belle comme il n'y en avait pas. C'était notre mère. Elle avoua nous avoir abandonné pour des circonstances que je tais mais, jamais son cœur n'avait été tranquille, où qu'elle soit ou qu'elle aille, nous lui manquions. Vous l'avez sans doute deviné : Meiji, Tyha et moi étions de triplées. Des examens génétiques l'attestèrent.

Des hourras me ramenèrent au présent. J'étais devant un prêtre en robe blanche, radieuse, en face d'un bel homme qui me souriait : Clark. Je vis mes parents nourriciers. Tyha me faisait un grand signe de main. A ses côtés, un siège était vide. J'eus un pincement de cœur en pensant à Meiji.
Des semaines s'étaient passées après ma rencontre impromptue avec mes deux jumelles. Meiji et moi partons souvent rendre visite à Tyha. Mais notre bonheur fut de courte durée car atteinte d'une maladie inexpliquée ma sœur s'était éteinte dans mes bras quelques semaines avant mon mariage. Elle avait uni mes mains à celles de Clark.

Clark, voilà une autre moi. Je vais m'en aller car je sens que je ne pourrai plus résister bien longtemps. Promets moi de prendre soin d'elle et de l'aimer jusqu'à ce que la mort vous sépare.
Je te le promets Meiji. Je te le promets avait répondit Clark en larmes.
Dahlia, il faut que tu sois forte. Désormais ta vie va changer, il faut que tu prennes soin de toutes les affaires que je vais te laisser. Pas besoin de faire un testament, tout ce qui est à moi t'appartient. Il faut que tu sortes Tyha du mauvais guêpier dans lequel elle s'est jeté et assure toi qu'elle devienne aussi sage que toi.
Sur ce elle avait rendit son âme. Mes cris et mes pleurs ne la firent revenir à la vie.
Il faut que tu sois forte Dahlia C'est ce qu'elle t'a demandé et il faut toujours honorer les dernières volontés d'un mort.

Je regardais Clark comme s'il sortait d'une autre planète. Il était beau et riche, fils d'un sénateur, il avait tout ce qu'il désirait au mot et à la lettre. Son regard croisa le mien et je fus troublée par l'intensité de celui-ci. Une sorte de courant avait passé entre nous.
Nous avions enterré Meiji la semaine d'après. Ayant retiré une somme assez importante dans le compte de Meiji, je paya la caution de Tyha qui, défendue par des avocats de grande renommée recommandés par le père de Clark, avait fini par obtenir une liberté provisoire avec sursis. Nos parents nourriciers respectifs n'eurent aucun mal à nous adopter.
Clark s'avéra un compagnon attentionné, tendre et respectueux. Il m'offrit une villa dans laquelle je m'installai avec toute ma famille, ainsi qu'une inscription en droit à la Sorbonne. Tyha ouvrit un magasin de vêtement et devint sage comme un ange.

- Mademoiselle Dahlia, voudriez vous épouser ce jeune, lui rester fidèle, l'aimer et le chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
Combien de fois le prête avait-il du se répéter pour qu'enfin je l'entende ?
- Oui. Répondit dit précipitamment en sursautant.
- je vous déclare mari et femme.
Me prenant dans ses bras, Clark m'embrassa alors que l'assistance nous acclamait. Blottit contre sa poitrine, je me sentais aimée, désirée et enfin heureuse.

J'ai peut-être halluciné pas alors que j'embrassais Clark , en regardant dans la direction de Tyha, j'ai vu dans la chaise contiguë, Meiji dans un éclat de lumière, encore plus raffinée que dans mes souvenirs.
Elle était partie afin que je vive mon rêve et que je sois heureuse ; pour que Tyha retrouve son chemin. Comme signifiait son nom, elle était une lumière.
- Merci Meiji marmonnais-je.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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Le philtre d'amour

" Je ne savais pas que tu étais une étoile noir ", m'avait-il lancé. Il lança sur moi un sac à main, j'eus juste le temps de m'écarter. C'était tout ce qui restait de moi dans sa maison. Tout ce qui était à moi jonchait ça et là dans la cour de celle que j'avais considéré comme étant notre demeure. Avait-on vraiment réfléchis à ce que l'on se devait avant de prononcer nos vœux devant le prêtre ? Je passais la journée à ressasser toutes les brides de souvenirs qui peuplaient encore mon cerveau.

Une infusion, trois pincées de muscade, une pincée de romarin, trois pincées de feuilles de menthe, trois pincées de thé, trois pincées de thym, le tout couronné de quelques cuillérées de miel sauvage et une incantation : " je t'invoque oh toi déesse de l'Amour ! Afin que David soit à compter de ce jour épris d'amour pour moi. Qu'il en soit ainsi ".

Orpheline de père depuis ma naissance, je n'avais connu de chaleur masculine comme il le faut. Ma mère, attachée à mon père, même après sa mort, n'avait jamais voulu se remarier et rapporta tout l'amour qu'elle avait pour son mari sur nous. Cependant, elle était presque toujours absente, cherchant de quoi nous tenir à l'abri du besoin et pas un seul instant nous n'avions manquer de quoi manger ou de quoi nous vêtir. Benjamine d'une famille de trois filles, j'étais la plus chouchoutée par ma mère. Cela suscitai bien évidement la jalousie de mes grandes sœurs qui ne bénéficiaient pas des mêmes avantages que moi. Nous vivions dans un modeste appartement où je partageais la même chambre que ma mère.
Ambitieuse, je voulais une plus belle maison avec un grand jardin, je voulais un homme à la maison, je voulais beaucoup d'autres choses, des caprices que notre pauvre mère ne pouvait me payer. J'étais frustrée.

La frustration de mon enfance avait fait de moi, une fille taciturne qui n'avait pour amis que ses cahiers. Mon temps libre je le passais en fourrant le nez dans tous les bouquins qui me passaient par la main ou alors je traversais bien prudemment de l'autre de la rue pour aller tenir compagnie à Mamie à l'insu de ma mère et de mes sœurs.
Septuagénaire, cette pauvre femme solitaire dont se méfiait tout le monde et dont on traitait de magicienne, de sorcière et de toutes autres méchancetés était pourtant la seule qui arrivait à dérider mon visage avec toutes les histoires qu'elle ne cessait de me conter. Elle connaissait beaucoup d'astuces que d'aucuns pouvaient traiter d'archaïque mais qui pourtant marchaient à merveilles. Il suffisait d'oser. Mamie avait remplacé dans mon cœur un peu ce père que je n'avais jamais connu, cette mère qui était toujours absente et ces sœurs qui me trouvaient encore trop jeune pour faire attention à moi ou pour me laisser faire partie de leur petit cercle.

J'obtenais quelques années plus tard une licence en Marketing et vente. Aidée par les amies de ma mère, j'obtins une très bonne place dans une société parapétrolière. Ce fut là que je rencontrais David. Il travaillait comme consultant dans la même société que moi. Bon chic, bon genre, un corps de rêve, athlétique, le sourire parfait, David avait l'air sur de lui. D'ailleurs toutes les filles pour ne pas dire les femmes de la boîte fantasmaient sur lui et le comble, il fallut que j'en tombe amoureuse. Désemparée, je courais demander conseil à Mamie.
- Il faut que tu m'aides Mamie.
- Que se passe t-il mon enfant ? Demandait-elle, inquiète.
- Mamie, je suis amoureuse d'un jeune homme.
- Je m'en doutais. D'ailleurs ça tardait à venir. Je commençais à me poser des questions.
- Mamie, j'ai peur parce qu'il est tellement courtisé par les femmes. C'est à peine s'il lève les yeux sur moi. Je voudrais qu'il m'aime et qu'il soit à moi, à moi toute seule.
Mamie eut un large sourire, découvrant des dents jaunies par l'âge, le tabac et la cola.
- C' est très simple mon enfant.
Aidée par Mamie, je fabriquait un philtre d'amour que je fut boire à David, dilué dans un café que je l'apporta un matin. Il me gratifia d'un sourire. Et rentrant à la maison, je devais réciter vingt fois l'incantation que Mamie m'avait apprise.

Ce fut la plus belle période de ma vie. Je soufflais enfin sur les premières bougies de mon indépendance. Je quittais le toit familial malgré l'opposition de ma mère pour m'installer dans un trois pièce que je meublait et décorait luxueusement. Seule, libre, indépendante, je pouvais vivre mon amour tel que je le pensais. Le philtre de ma chère conseillère ne tarda pas à faire effet. David tombait éperdument amoureux de moi et je fis tout ce qui était à mon pouvoir pour entretenir cette flamme.

Au bout de six mois, David demandait à m'épouser. C'était un bonheur inespéré. C'était du miel qu'il me faisait couler dans la gorge. Toute ma famille se mit à pied d'œuvre pour s'occuper de mon mariage. Mamie me fit découvrir toutes les infusions qu'il fallait pour adoucir l'esprit de mon futur mari, toutes les huiles nécessaires pour le massage, tous les mélanges aphrodisiaques, les mélanges pour faire briller la vaisselle, les meubles… Assise à côté de mon David, je lui faisais un grand signe de main alors que notre voiture s'éloignait sous un grand nuage de poussière de latérite. La vieille dame me souriait. Je m'en allais vers ma nouvelle vie, auprès de mon mari, dans ma maison. Une somptueuse villa avec un grand jardin. On pouvait dire que j'avais enfin obtenu ce que j'avais toujours rêvé.

Un klaxon de voiture me ramena à la réalité. J'ouvrais les yeux et regardais de l'autre côté de la rue que je traversais jadis. la porte de Mamie était fermée. Mes sœurs et ma mère étaient encore au travail. Ma montre marquait onze heures et demie. Elles ne tarderaient pas à rentrer et je n'avais toujours pas trouvé comment leur annoncer ma répudiation.
Mon mariage avec David avait duré une année. Une année de passion, de bonheur et d'espoir. Au début tout marchait sur des roulettes mais quelque mois seulement après, mon mari ne supportait plus les répliques que je lui faisais alors qu'il prenait la parole. Il ne tolérait plus de faire la moitié des corvées de la maison comme convenu au début de notre mariage ou que je contrôle ses entrées et venues à la loupe. Pourtant je faisais fi de tout ce qu'il pouvait bien penser m'appuyant chaque fois sur mes philtres et autres élixirs pour le tenir sous mon charme.

- Mamie, ou es tu ? Pleurais je
- Pourquoi pleures tu jeune fille ?
Croyant revoir Mamie après toute ces longues années, je levai les yeux et grande fut ma déception lorsque je me rendis compte qu'il ne s'agissait pas de la personne que je cherchais.
L'inconnu s'assit à côté de moi et me pris dans ses bras.
- Tu peux me dire ce qui tourmente ton cœur ma fille !!!

Comme je ne répondais toujours pas, elle me sera encore plus contre elle. Je me blottis contre cette poitrine qui s'offrait à moi et y épancha mes larmes.
- inutile de parler ma fille. Tout ce dépeigne dans tonregard0 il n'y a qu'un c peine de cœur qui peut rendre triste une aussi belle fille. Raconte moi ta mésaventure.

Devant l'instance de la vieille inconnu, je fini par cracher le morceau.
Mamie s'en est allé dans le monde des ancêtres, je suis sa sœur jumelle. Je ne blâme pas cette pauvre amie qui n'a fait qu'essayer de t'aider mais, elle a oublié de te dire qu'aucun élixir, aucun philtre, aucun aphrodisiaque n'est plus efficace et durable que la nature. Sèche tes larmes ma fille et laisse la nature faire les choses. S'il t'aime, il reviendra vers toi, dans tous les cas, il ne faut pas forcé le destin.
J'essuyai mes larmes et dis " merci " à la dame. Je venais de comprendre que le naturel est le meilleur des philtres d'amour.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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4 textes de Ninelle Nsiloulou

Les yeux du coeur

A des milliers de kilomètres à la ronde, le même horizon verdoyant, des milliers de personnes avec diverses expressions sur leurs visages. Trois races : des noirs, des blancs et de métis. Deux sexes : des hommes et des femmes. Des hommes forts, viriles et forts comme des dieux, tous menteurs. Puis des femmes belles comme des fleurs et précieuses comme des perles. Oui précieuses comme des perles.

Assise sur une banquette au bord de la route, je fumais ma septième cigarette en espace d'une demi heure cherchant à comprendre pourquoi j'étais née sous un signe noir. Un jeune couple passa devant moi en s'esclaffant. Je les toisai. L'avion que je devais prendre décollait dans une heure. J'en avais ral-le-bol de ce bled qui ne me rappelait que des malheurs. Trop heureuse de pouvoir enfin laisser derrière moi tous ces souvenirs douloureux. Je méditais sur ce que je ferai une fois arrivé à Sao Tomé. J'allais enfin faire ma " mue ", tout recommencer à zéro : des nouveaux amis, un nouveau boulot …

Ma plus grande douleur avait un nom : Stéphane.
Je le connaissais depuis deux mois seulement pourtant mon cœur était tout épris de lui. Il venait de me quitter pour une fille de la nuit rencontrée lors de l'une de ses virées nocturnes avec ses copains. Stéphane et moi travaillions ensemble. Je souffrais, il avait blessé mon amour propre et chaque jour je le croissais dans le couloir au bureau, ce qui rendait ma situation encore plus difficile à vivre. Comme un oiseau sans ailes contemple le ciel, je l'espérais toujours avec un regard lourd d'amour au point d'en perdre ma sérénité.
Le soir, lorsque je contemplais les étoiles, c'est son visage que je voyais et dans mon lit, je me retournais, les yeux embués de larmes en pensant à ce besoin d'amour inassouvi.

Notre idylle avait commencé lors d'un réveillon de noël. Ce fut le plus beau noël que je n'avais jamais passé depuis vingt cinq ans. Il avait une année de moins que moi, mais l'amour n'a pas d'âge dit-on. Nous n'avions pas eu besoin de mot. Ce que l'on ressentait l'un pour l'autre s'était glissé dans le miroir de nos âmes et se laissait transparaître dans nos yeux qui sans stratagème se hâtèrent d'annoncer ce que nos bouches hésitaient à prononcer. Je l'aimais, pas parce qu'il était blanc ou riche mais parce que c'était lui que mon cœur avait choisi.
- " Je ne sais pas ce que j'ai fais pour mériter une si adorable fille " disait-il.
- " Je t'aime Vicka. Tu es une fille merveilleuse et je suis heureux de vivre notre histoire. "
- " Tu es ce qui me soit arrivé de meilleure ma princesse. "
- " Même si je veux rester seul des fois, je tiens beaucoup à toi poupette. "

Pourtant, il a fallu si peu pour que tout ces moments de bonheur ne soient plus que de souvenirs. Ce n'était que du vent pensais je soudain avec tristesse. Hélas ! L'amour est prémisse de bonheur mais, aussi présage de malheur. Notre histoire ne dura que l'instant d'un rêve.
- J'ai réfléchis Vicka. Je pense qu'il serait mieux qu'on arrête de se voir.
- Pourquoi ? Interrogeai-je surprise.
- Il n'y a pas une raison particulière, commença t-il à expliquer. C'est un tout. Je pense que je ne suis pas prêt à vivre une relation stable. Je suis quelqu'un d'assez indépendant. Je ne supporte pas qu'on se voit tout le temps. J'ai besoin de garder mon intimité, d'être quelquefois seul, de lire, d'écouter la musique, de sortir avec les copains …
" Putain ! Jurai-je au fond de moi. Lorsqu'on n'est pas sûr de pouvoir finir quelque chose on ne le commence pas.
- En plus, j'ai du mal à rester fidèle et je n'ai pas envie de me sentir coupable. J'ai envie de m'éclater, de faire la fête. J'ai encore envie de séduire, de plaire. Ne le prend pas mal. Ce n'est pas comme si on était marié.
" Merde les hommes ! Me disais-je. Que des menteurs, des égoïstes. Incapables de résister à la tentation. "
- A cela, s'ajoute le fait qu'on travaille ensemble Vicka. Je n'ai pas envie qu'on me fasse des réflexions tous les jours. Je ne veux pas que les gens pensent que je profite de toi.
" Je … je …encore je. Lui arrivait-il de pensais un peu aux autres, à moi ? "
- Essaie de comprendre Vicka. En plus je crois qu'on aura du mal à s'adapter à cause de nos différences de cultures.
Différences de cultures, différence de couleur, différence de sexe, différence d'âge. Il était évident que Stéphane et moi étions différents. Ce qui me fut le plus mal est le fait qu'il ait pensé que il suffisait d'oser et n'importe qui pouvait sortir avec moi.
Il venait du sud de la France, du côté des montagnes vers la frontière espagnol. Moi j'étais née d'un père blanc et d'une mère noire. Emportée par le SIDA, ma mère m'avait laissé à mon triste sort, seule au monde. Je n'avais jamais connu mon père. Enfin mon géniteur !
Il était Ingénieur de travaux publics. Un expat qui avait sa vie bien à l'abri du besoin et qui traînait souvent dans les plus chics boîtes de nuit de la place. C'est comme ça qu'il avait rencontré ma mère qui était fille de joie. Elle était sa pute préférée.
Leur première rencontre fut un rapport sexe - argent mais la suite fut un échelonnement d'ébats amoureux. Cependant lorsque ma mère se retrouva enceinte, monsieur se rappela qu'il était marié et avait deux fils. Voyant que ma mère ne voulait pas avorter, il s'évinça de sa vie. Néanmoins, il envoyait de l'argent afin que nous ne manquions de rien.

Ma mère me parlait beaucoup de mon père mais je n'avais pas envie de le connaître. Je devais être un cheveu dans la soupe pour sa famille. Comment son épouse allait-elle me regarder ? Et ses fils : Mattéo et Nathan n'allaient certainement pas accepter une demi-sœur fruit d'une relation extra conjugale. Une trahison vivante de l'amour de " notre père " envers leur mère.
Dans tous les lieux que foulaient mes pieds, je rencontrais des regards souriants, attentifs, curieux mais hypocrites. Je me sentais sans racine. Pour moi le monde n'était pas ce qu'il devait. Trop d'injustices, trop de mesquineries. De questionnement en soucis en passant par des pleurs, je trouvais ma vie bien terne et morne. Pour les blancs et même pour celui que j'aimais, je n'étais pas assez blanche : j'étais caramel. Et pour les noirs, je n'étais pas assez colorée. Une putain de métisse -fille de pute, voilà ce que j'étais. C'était tout ce que les gens voyaient en moi.

Pourquoi devait-on toujours juger les autres pour telle ou telle autre raison. Pourquoi devait-on toujours payer les erreurs des autres ? Pourquoi blancs, noirs, jaunes ou rouge ne pouvaient-ils pas vivre leur amour au grand jour sans croiser des regards réticents ? Et on osait parler d'amour sans frontière ! Quelle connerie !

Je renifla un sanglot et jetai un coup d'œil à ma montre. Il fallait que j'embarque si je ne voulais pas rater mon avion. Adieu Brazzaville, adieu Stéphane. Je me levais et me dirigeait vers l'aérogare. Derrière moi, je laissais tout ce qui me brisait le cœur et qui faisait de mes nuits des supplices. Tous ces déboires pour lesquels j'avais dû sacrifier mon poste au sein de la société afin de partir. J'avançais d'un pas hésitant quand soudain j'entendis quelqu'un m'appeler.
- Vicka aaaaaaaaa !
Je me retournais.
- Attends, Vicka. Attends.
C'était Stéphane. Il se jeta à mes pieds lorsqu'il arriva à ma hauteur.
- Ne t'en vas pas Vicka. S'il te plait, restes. Je m'en veux pour tout le mal que je t'ai causé. J'ai été stupide de te traiter comme je l'ai fais. Me pardonneras-tu un jour ? Je voudrais recommencer à t'aimer, je voudrais que nous puissions oublier toutes nos différences et que nous puissions vivre avec nos cœurs.

Le voir comme ça me fondait le coeur, il avait l'air si vulnérable. Ma tête voulait lui rendre le mal qu'il m'avait fait. Je voulais blesser son cœur comme il avait saigné le mien, lui ôter la joie de vivre mais je l'aimais. L'amour qu'on avait partagé, mon cœur me dictait de lui accorder une seconde chance.
- Je t'aime Stéphane, murmurai je.
Nous nous sommes embrassés pour sceller notre réconciliation. Stéphane de nouveau à mes côtés, je suis le chemin du bonheur. J'ai finalement rencontré mon père et ma belle mère qui contre toute attente m'a adopté comme sa propre fille. Mattéo et Nathan sont heureux d'avoir une petite sœur. C'est sûr que la vie est bien meilleure lorsqu'on regarde le monde avec les yeux de son cœur.

 

A pile ou face

Assise devant mon poste téléviseur, un coup sec porté à la porte d'entrée me fit levé d'un bond. Seule comme une ermite, j'étais presque ravie d'avoir enfin de la visite. Seulement cela dépendait de la nature de mon visiteur. Mon sang se figea au moment où je m'apprêtais à ouvrir. Un grognement d'homme me fit reculer.

Depuis 10 ans, je vivais dans cet appartement qui me rappelait bien de souvenirs. Vingt et huit ans, jeune et talentueuse laborantine, je vivais enfermée entre ces quatre murs. On ne me voyait presque pas dehors. Pour me distraire, j'avais installé tout un arsenal de matériel de labo chez moi pour pouvoir mes petites recherches personnelles : microscope, fiole, bêcher, erlenmeyer, burette, pipette, produits chimiques, réactifs … mon travail était la seule lueur qui subsistait dans ma vie après la tragédie que j'avais vécu. A travers ce dernier et mes aspirations, au milieu de la confusion de la vie, j'étais en paix avec mon âme.
Pour briser la routine, je sortais parfois pour rencontrer des nouvelles personnes. Cependant toutes mes liaisons ne dépassait jamais le stade de l'aventure. Je flippais lorsque je sentais que quelqu'un s'attachait vraiment à moi. Toutes mes relations se soldaient par échec. L'unique raison à mon problème était que tous mes amants avaient un nom : Landry Vembé.

J'avais vingt ans lorsque je fis la rencontre de cet homme qui tout de suite m'éblouie. Il était tout ce qu'une femme peut désirer. L'homme parfait n'existe certes pas comme dit l'adage mais lui, il l'était . il était en tout cas pour moi. Droit, courageux, protecteur, sage, surprenant, rassurant, doux, attentionné, raffiné … bref un homme à côté duquel j'avais toutes les chances de goûter au bonheur.
Etudiante à l'Institut National de la Santé et des Sciences appliquées, j'étais folle de ce cadeau du ciel. Il venait me chercher tous les jours à la fin des cours et bras dessus, bras dessous, il m'accompagnait chez moi où tout le monde le connaissait déjà. Les week-end, nous les passions à flâner dans les rues de la ville tout en faisant des projets quelque fois insensé. Notre idylle était si passionnant que je la crue éternelle.
Dès que tu auras ton diplôme, on se mariera.
Je n'attend que ça. Ce sera le plus beau jour de ma vie.
Ce sera un jour inoubliable. Je veillerai personnellement qu'il en soit ainsi. Je te le promet Carine.

Malheureusement ce jour n'arriva jamais. J'eu bien mon diplôme mais mon mariage ne pouvais être célébré.
Quelques jours seulement après que nous ayons fêté l'obtention ma réussite, quelqu'un rapporta les bijoux de Landry à ses parents. Son corps inanimé, méconnaissable avait été retrouvé à côté de ceux de quelques uns de ses amis sur la route du Nord. Un terrible accident me l'avait ôter. Terrorisée, je pleura Landry des jours et des nuits sans discontinuité.
Landry Vembé fut enterré. Ses parents avaient oublié mais moi non. Dans mon cœur, il était encore vivant. Je refusais obstinément de croire que l'homme que j'aimais était mort. La galère dura des jours, des semaines qui succédèrent les unes aux autres, des mois qui s'écoulèrent, des années.
Enfin, je me résolu de voir la réalité en face : Landry était mort, il avait quitté ce monde fou et moi je devais continuer à vivre. Pourtant à chaque tentative, l'ombre de mon défunt fiancé m'empêchait d'aller plus loin qu'une aventure sans lendemain. Ma vie n'était plus que faussetés et rêves brisés. Landry était mort et avec lui, une partie de moi.

Je fis un pas en avant. La grosse montre qui trônait à côté du living marquait 2 heures PM. De la poche de mon jean, je tirai une pièce une pièce de cent francs et me décidais de jouer à pile ou face.
A face, qui il était, je renverrai cet homme sans aucune forme de procès. A pile, je m'efforcerai à évincer le spectre Landry dans ma vie pour en recommencer une toute nouvelle. Fermant les yeux, je fis voltiger la pièce qui retomba sur la moquette. Elle était à pile. Mon cœur battait la chamade. Dans mes artères, le pool s'accélérait, mes mains étaient moites.
Fébrilement, j'appuyais sur la poignée et me retrouvais face à mon nouvel amant : Yann. Il tenait un bouquet de fleur.
C'est pour toi .
Merci, entres donc.

Yann, telle une aurore avait transformé mes larmes en perle de rosée. Rosée qui fit fleurir en moi le souvenir de Landry comme une étoile de présage. Jamais je n'ai oublié mon amour pour mon défunt fiancé ; il survivait dans l'eau vive de cette passion qui m'unissait à Yann. Ne dit-on pas que lorsqu'un amour meurt, il revient sous un autre visage !

 

Le prix de la gloire

- J'aimerai tellement passer plus de temps avec toi Katycha.
- Tu es avec moi maintenant c'est tout ce qui compte.
- Oui mais, tu passe plus de temps avec ton réalisateur que moi.
- Serais-tu en train de faire une crise de jalousie ?
- Non j'essaie juste de te faire comprendre que je n'ai plus autant de place dans ta vie qu'avant et Dieu seul sait ce qu'il en est de ton cœur.
- Arrête Chafik, tu vas me faire pleurer.
- Tu sais Katycha, j'ai longtemps réfléchi et je crois que continuer notre relation ne nous mène nul part.
- Tu plaisantes ?
- Hélas ! Non. Je suis désolé mais, je croyais avoir trouvé une perle rare. J'avais rencontré la meilleure fille du monde mais ce n'est pas toi. La Katycha que j'avais rencontré est une fille merveilleuse, simple et au cœur pur. J'ai l'impression d'avoir à faire à une étrangère. Tu n'es plus la fille que j'ai connu il y a trois ans. Je ne peux pas continuer à faire semblant ma belle, c'est au-dessus de mes forces.
- Chafik, il est de très mauvais goût, ta plaisanterie. Arrêtes.
- Ce n'est pas une plaisanterie Katy. Il faut connaître ses priorités dans la vie. Tu as fais un choix et tu dois suivre le chemin que tu t'es choisi. Au revoir Katycha m'a t-il dit en s'en allant.
Je n'y croyais pas, je ne voulais pas y croire. Non notre histoire ne pouvait pas se terminer ainsi. J'avais besoin de lui dans ma vie. Il était ce qu'il m'était arrivé de meilleur au monde. Il y avait en lui quelque chose qui me rendait heureuse et c'était mille fois mieux qu'être riche et célèbre.
- Tu n'as pas le droit de me laisser tomber. Tu n'as pas le droit de partir, disais-je en sanglotant.


Chafik avait raison : je n'étais plus la même Katycha. Je n'avais plus le temps pour personne. Les fêtes en familles, les collations à l'université, les sorties entre copines, la ronde des confiseries, les week-ends à la piscine, les vacances improvisés … tout ce bonheur, ces rires, cette joie ; toute cette complicité me manquait. Il était vrai qu'avec l'université et mon boulot, je n'avais plus de temps à consacrer aux autres. Mes parents, je les voyais un week - end sur deux. Quant à mes copines, cela faisant belle lurette que je n'avais pas passé un moment. Je ne m'étais pas rendu compte que j'étais en train de m'isoler.

J'étais jeune et l'avenir était fluorescent devant moi. J'étais belle, la gloire et la célébrité m'accompagnaient. J'étais riche au point de m'offrir tout ce que je voulais. J'étais brillante à l'université, j'excellais dans ce que je faisais. J'avais l'estime de mes employeurs, et la confiance de toutes les personnes qui me connaissaient. Loin des projecteurs, des caméras et des objectifs des photographes, je n'étais plus qu'une fille aigrie et sans vie.
Ma vie était réduite à l'état d'une morne chose au service du bénéfice et du plaisir d'autrui. Non l'argent ne fait pas le bonheur.

Je rentrais chez moi en pleurs. Je tournais la clé dans la serrure et le battant de la porte céda. Un grand désordre régnait à l'intérieur de l'appart, je n'avais même pas eu le temps de ranger. J'allumais et me dirigeai droit dans la salle à coucher. Le voyant rouge du téléphone fixe clignotait, me signifiant que j'avais des messages. La tête entre deux oreillers, je me mis à les écouter.
- Salut Katycha, c'est maman. On a pas eu de tes nouvelles depuis plus de deux semaines, j'espère que tout va bien.
- Kikoo Katy, c'est Adjanie. Brenda, moi et les autres copines de la promo organisons une randonnée dans le sud. On ira visiter les chutes de la loufoulakari demain, si jamais tu veux te joindre à nous …

Mes copines et moi avions l'habitude d'organiser des randonnées. Ce fut lors d'une d'entre elle que j'avais rencontré Ckafik. Notre voiture avait crevé et il était arrivé juste à temps pour nous dépanner. Il était beau et fier de lui. Il se savait beau et aucune fille ne résistait à son charme. Il avait un corps de rêve : pecto, abdos, muscles … impeccables. Regard charmant, sourire parfait, l'air sérieux et gentil … tout ce qu'il fallait pour faire mon bonheur.

Le dernier message était de Jean-Philippe, mon réalisateur. Il me disait que je devais me préparer pour une petite tournée à Johannesburg la semaine prochaine. Jean-Philippe, l'homme qui avait chamboulé mon existence.

Tout avait commencé un week-end. Mes copines et moi avions organisés une sortie entre filles au ram dam, la plut hot boîte de Brazza. Nous y allions tellement souvent que le vigile nous ne faisait même plus payer l'entrée. On payait la conso une fois à l'intérieur. C'était les vacances, on en profitait pour nous distraire. Il y avait du monde ce soir là : des personnes de toutes les couleurs, de tous les horizons et de tous les rangs sociaux. La musique battait son plein, sur la piste, les putes se déchaînaient. Mon regard croisa celui d'Adjanie.
- Fais-moi plaisir baby, me lança t-elle.
Elle voulait que je danse. C'était … (titre de la chanson)… de Sean Paul. Je me levai et alla danser le plus naturellement possible. Lorsque le DJ changea de disque, je me rendis compte que je n'y avais plus que moi sur la piste ainsi que quelques putes ça et là. Un jeune homme s'avança vers moi.
- Salut beauté, ton style est hot. Tu es danseuse ?
- J'ai fais des cours de danse mais, je ne suis pas danseuse.
- Pourtant tu danses bien. Je suis réalisateur et je voudrais que tu danses pour moi. Ça te dit ?
- Excuses moi, répondis-je en allant rejoindre ma bande de copine.
- Eh Katy, c'est un réalisateur !!!
- Et moi c'est Nelly Rowland ah ah. Rigolais-je.

L'autre s'avança vers nous.
- Ecoutes, je dois réaliser un clip dans deux semaines, si une audition t'intéresse…
Il me fila sa carte entre les mains.
Ce ainsi que je rentrais dans le monde du show business. Et la danse devint une passion pour moi. Je menais ma vie de danseuse parallèlement à mes études en droit. Je travaillais dure et le soutien de mon entourage m'aida à ne pas baisser les bras. J'étais toujours en train de régler tel ou tel autre détail. Examens partiels à préparer, chorégraphies à répéter sans compter les innombrables réceptions dans lesquelles je devais figurer pour l'avancée de ma carrière. En dépit de la vitesse que prenaient les choses dans ma vie, j'avais gardé mon sang froid.

Le temps passait tellement vite que j'en avais même oublié mon koala : Chafik. Je voulais lui faire la surprise. J'arrivai dans une jolie Toyota Clio, un cachet de ma dernière chorégraphie avec une artiste du hip pop sud africain. Comme je l'espérais ce fut une surprise pour mon amoureux.
- Katycha ! Tu ne travailles pas aujourd'hui ?
- Si. J'avais envie de passer du temps avec toi.
- C'est devenu tellement rare ! Alors quel est le programme ?
- Je t'emmène visiter un endroit super génial.
- Ah ! J'attends voir ça.
- On peut y aller.
- Quand tu veux.

Comme un petit garçon, je traînais l'homme que j'aimais jusqu'à la voiture. La Clio longea l'avenue de l'OUA jusqu'au pont de la rivière Djoué. Je continua à rouler droit. A quelques mètres je bifurqua à gauche, serpenta entre quelques ruelles avant de m'arrêter devant une enseigne indiquée " Chez tantine Jackie - site touristique. " Aucun mot n'est assez beau pour exprimer la splendeur du site. Nous nous étions installés à une table et un serveur vint nous servir à boire.
Je prenais les mains de Chafik dans les miennes. Ce dernier m'adressa un sourire.
- Tu me manques Fik.
Sans enthousiasme, il hocha la tête. Il n'avait pas l'air très convaincu.
- J'ai de la chance de t'avoir. Toi aussi n'est ce pas ?
- Je me le demande. N'as-tu pas l'impression de me laisser pour compte.
- Chafik, je ne peux pas faire l'impossible. Tu sais que je travaille beaucoup et je dois préparer ma Maîtrise cette année.

Il me toisa. Jamais encore il ne m'avait regardé ainsi. J'aurai dû me douter que cette conversation allait tourner au vinaigre.

La sonnerie du téléphone me tira de mes pensées. C'était Adjanie, ma meilleure amie. J'hésita de répondre. A l'autre bout du fil, mon amie laissa un message.
- Bonsoir Katy, j'ai oublié de te dire tout à l'heure que l'anniversaire de Brenda sera le samedi prochain. Que dirais-tu d'une bonne balade sur le fleuve ? Tout le jet-set de la ville y sera. Rappelle-moi.

Les balades, les randonnées, l'argent, rien de tout cela ne pouvait me faire plus plaisir que le retour de mon homme. Toute chose avait un prix et ma gloire m'avait coûté l'homme pour lequel battait mon cœur. Il fallait que je trouve une solution mais pour l'instant il me fallait dormir.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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A pile ou face

Assise devant mon poste téléviseur, un coup sec porté à la porte d'entrée me fit levé d'un bond. Seule comme une ermite, j'étais presque ravie d'avoir enfin de la visite. Seulement cela dépendait de la nature de mon visiteur. Mon sang se figea au moment où je m'apprêtais à ouvrir. Un grognement d'homme me fit reculer.

Depuis 10 ans, je vivais dans cet appartement qui me rappelait bien de souvenirs. Vingt et huit ans, jeune et talentueuse laborantine, je vivais enfermée entre ces quatre murs. On ne me voyait presque pas dehors. Pour me distraire, j'avais installé tout un arsenal de matériel de labo chez moi pour pouvoir mes petites recherches personnelles : microscope, fiole, bêcher, erlenmeyer, burette, pipette, produits chimiques, réactifs … mon travail était la seule lueur qui subsistait dans ma vie après la tragédie que j'avais vécu. A travers ce dernier et mes aspirations, au milieu de la confusion de la vie, j'étais en paix avec mon âme.
Pour briser la routine, je sortais parfois pour rencontrer des nouvelles personnes. Cependant toutes mes liaisons ne dépassait jamais le stade de l'aventure. Je flippais lorsque je sentais que quelqu'un s'attachait vraiment à moi. Toutes mes relations se soldaient par échec. L'unique raison à mon problème était que tous mes amants avaient un nom : Landry Vembé.

J'avais vingt ans lorsque je fis la rencontre de cet homme qui tout de suite m'éblouie. Il était tout ce qu'une femme peut désirer. L'homme parfait n'existe certes pas comme dit l'adage mais lui, il l'était . il était en tout cas pour moi. Droit, courageux, protecteur, sage, surprenant, rassurant, doux, attentionné, raffiné … bref un homme à côté duquel j'avais toutes les chances de goûter au bonheur.
Etudiante à l'Institut National de la Santé et des Sciences appliquées, j'étais folle de ce cadeau du ciel. Il venait me chercher tous les jours à la fin des cours et bras dessus, bras dessous, il m'accompagnait chez moi où tout le monde le connaissait déjà. Les week-end, nous les passions à flâner dans les rues de la ville tout en faisant des projets quelque fois insensé. Notre idylle était si passionnant que je la crue éternelle.
- Dès que tu auras ton diplôme, on se mariera.
- Je n'attend que ça. Ce sera le plus beau jour de ma vie.
- Ce sera un jour inoubliable. Je veillerai personnellement qu'il en soit ainsi. Je te le promet Carine.

Malheureusement ce jour n'arriva jamais. J'eu bien mon diplôme mais mon mariage ne pouvais être célébré.
Quelques jours seulement après que nous ayons fêté l'obtention ma réussite, quelqu'un rapporta les bijoux de Landry à ses parents. Son corps inanimé, méconnaissable avait été retrouvé à côté de ceux de quelques uns de ses amis sur la route du Nord. Un terrible accident me l'avait ôter. Terrorisée, je pleura Landry des jours et des nuits sans discontinuité.
Landry Vembé fut enterré. Ses parents avaient oublié mais moi non. Dans mon cœur, il était encore vivant. Je refusais obstinément de croire que l'homme que j'aimais était mort. La galère dura des jours, des semaines qui succédèrent les unes aux autres, des mois qui s'écoulèrent, des années.
Enfin, je me résolu de voir la réalité en face : Landry était mort, il avait quitté ce monde fou et moi je devais continuer à vivre. Pourtant à chaque tentative, l'ombre de mon défunt fiancé m'empêchait d'aller plus loin qu'une aventure sans lendemain. Ma vie n'était plus que faussetés et rêves brisés. Landry était mort et avec lui, une partie de moi.

Je fis un pas en avant. La grosse montre qui trônait à côté du living marquait 2 heures PM. De la poche de mon jean, je tirai une pièce une pièce de cent francs et me décidais de jouer à pile ou face.
A face, qui il était, je renverrai cet homme sans aucune forme de procès. A pile, je m'efforcerai à évincer le spectre Landry dans ma vie pour en recommencer une toute nouvelle. Fermant les yeux, je fis voltiger la pièce qui retomba sur la moquette. Elle était à pile. Mon cœur battait la chamade. Dans mes artères, le pool s'accélérait, mes mains étaient moites.
Fébrilement, j'appuyais sur la poignée et me retrouvais face à mon nouvel amant : Yann. Il tenait un bouquet de fleur.
- C'est pour toi .
- Merci, entres donc.

Yann, telle une aurore avait transformé mes larmes en perle de rosée. Rosée qui fit fleurir en moi le souvenir de Landry comme une étoile de présage. Jamais je n'ai oublié mon amour pour mon défunt fiancé ; il survivait dans l'eau vive de cette passion qui m'unissait à Yann. Ne dit-on pas que lorsqu'un amour meurt, il revient sous un autre visage !

 


Douloureuse réalité

Je n'avais pas quitté ma ville natale depuis ma naissance. Le pool malébo m'avait vu vagir, faire mes premiers pas et aujourd'hui j'étais une femme. A vingt cinq ans, j'étais mariée coutumièrement à un chauffeur de bus et tous les deux, nous vivions dans une vieille bicoque dans la commune de Ngaliema à Kinshasa. Ayant arrêté mes études très tôt, en deuxième année du cycle secondaire, je n'avais aucune qualification pour prétendre occuper un poste quelconque. Je me débrouillais tant bien que mal en vendant du poisson fumé au bourg du coin. Notre quotidien était misérable.

Lorsque notre bateau accosta au beach de Brazzaville, je me suis dis qu'une nouvelle ère avait commencé pour moi. " Adieu Ngaliema, adieu la misère " avais- je dis pour moi-même. " Fini les mpiodis et les Bitekou tekou accompagnés du foufou de maïs ", j'allais enfin devenir une vraie femme. Devant moi, Katia ma cousine, chargée de mes maigres bagages, essayait de se frayer un chemin dans la foule des commerçantes agglutinées devant l'embarcadère comme des mouches. Elle en bouscula une au passage. " Tu ne peux pas faire plus attention ? ", " Zaïroise " ajouta t-elle avec dédain.
Cette ancienne appellation des habitants de mon pays, du temps du défunt Président Mobutu Sesse Seko Kukubengo Wazabanga, était conçue comme une injure de nos jours, surtout lorsque celle-ci venait d'un compatriote de Brazza. Elle avait une connotation multi sémique : voleur, putain, personne dépourvu de morale… J'aurai bien voulu monter à cette dame de quel bois je me chauffais mais, Katia m'en dissuada.

Magnifiquement belle, ma cousine était d'une année mon aînée. Elle avait quitté Kinshasa à la mort de son défunt père, mon oncle, il y a sept ans. Revenue au pays pour rendre visite à sa mère et ses cinq frères et sœurs, Katia en avait profité pour s'acheter une parcelle. Elle était couverte de billets verts, tout le monde s'imaginait qu'elle devait être l'une des ces employés d'organismes internationaux qui ont leur vie à l'abri du besoin. Du haut de ses 1m76, Katia faisait la fierté de notre famille. Cheveux drus, teint clair, ma cousine était d'une beauté à réveiller les désirs d'un castré : une vraie Balouba du grand Kassaï.
- " Viens avec moi à Brazza Ida, laisse tomber ton vieux gaou fauché. A mes côtés, ta vie changera comme dans un compte de fée.

J'attendais voir se réaliser toutes les promesses que me faisait Katia. Après avoir roulé un quart d'heure dans un taxi climatisé, nous avions stationné devant une baraque qui n'avait rien d'un palais. Un caniveau qui n'avait pas dû être écuré depuis des siècles dégageait des odeurs nauséabondes. Les moustiques et les mouches y avaient élu domicile. Plusieurs jeunes gens étaient assis dans la cours par groupe autour d'un jeu de ludo ou de carte. Ils avaient tous l'air bizarre, on aurait dit un gang de malfrats. Quant à la maison, elle était dans un état de délabrement avancé.
- Nous sommes arrivées, me dit Katia.
- C'est ici que tu vis ? Interrogeais-je stupéfaite.
- Oui. C'est ici que je vis.
Après les salutations d'usage comme le veulent les us de la civilisation bantoue, nous entrâmes dans la maison. Le luxe de l'intérieur contrastait avec l'extérieur au point où j'en restai sans voix.

Après deux semaines, mon mentor ne me parlait d'aucun projet, ni d'aucun poste à pourvoir. Par contre elle me gavait comme une reine. J'étais méconnaissable. Des jolis habits de luxes et sexy avaient remplacé mes vieux aillons ; à mon cou, mes poignets et ma cheville droite pendaient des bijoux en or et en argent. Je comptais les bagues par centaines dans ma boite à bijoux. Quant aux produits cosmétiques, c'était l'avalanche.
Pour me payer tous ces caprices, Katia travaillait chaque soir. A la question de savoir pourquoi elle préférait travailler le soir plutôt que la journée, elle me répondit que le travail de nuit était mieux rémunéré. Ainsi partait-elle chaque soir me laissant seule à mes méditations et mes rêves. Je m'imaginais déjà le jour où j'aurai une aussi belle situation que ma cousine qui rentrait toujours au petit matin, les poches pleines de CFA.
Un soir j'en eue assez. Je me décida de crever l'abcès.
- Katia, tu ne m'as pas fais venir ici pour assurer le gardiennage de ta maison !
- Pas du tout Ida. Je ne vois pas pourquoi tu me parles ainsi.
- Je te parle ainsi parce que tu ne sembles pas te soucier de mon sort depuis que je suis arrivée. Essaie de comprendre ma chère, je ne veux pas continuer à vivre accrochée à tes jupons !
- D'ac, ce soir tu feras tes pas dans le monde réel.

Le monde réel, cela faisait des lustres que je voulais le connaître. Je me préparais donc en conséquence. Inutile de dire que ce soir là, j'étais plus jolie que je ne l'avais jamais été.
Nous avions emprunté un taxi qui serpenta pendant quelques minutes dans les ruelles de Brazzaville avant de s'arrêter devant un enseigne : "Ram dam" . Katia me fit signe de descendre. Elle m'emboîta le pas. Plusieurs personnes la saluaient au passage.
- Détends-toi ma chérie, me dit -elle une fois dans ce lieu qui me semblait être une boite de nuit. C'était la première fois que mes pieds en foulaient une.
Un peu perdue, je promenais un regard hagard sur cette foule en extase. Des filles à peine vêtues se déhanchaient sur la piste. Un couple flirtait dans un coin sans la moindre gêne. Une bande de jeunes blancs riait aux éclats autour de plusieurs bouteille de whisky. Je revis ma cousine, un bâton de cigarette à la main. C'était la première fois que je la voyais fumer.
- Depuis quand fumes-tu Katia ?
- S'il te plait, ne commences pas à me poser ce genre de question stupide et comportes toi en grande fille. Tu veux gagner de l'argent ? Considère que je t'ai donné l'hameçon, à toi de pêcher le poisson.
Je me trouva une place au comptoir. Un jeune homme m'offrit à boire. Plusieurs d'autres vinrent après lui me faire des propositions que je trouvais déplacées et que je rejetais ipso facto. Je ne revis pas ma cousine de toute la soirée, elle avait disparu aux bras d'un blanc qui pouvait être son grand-père. Je la retrouvais au petit matin, dans son appartement, couvertes de billets comme toujours et ce fut seulement à cet instant que je compris le sens des paroles de Katia. Je venais de comprendre la triste et douloureuse réalité : mon idole était une prostituée. Jamais, je ne me prostituerai pour de l'argent, jamais. Dire que j'avais quitté mari et famille pour une chimère. Comment allais-je expliquer cela à ma famille ?
- Pourquoi restes-tu cloîtrer à la porte ?
- Parce que tu me dégoûtes Katia. Tout ici me dégoûte à présent. En te voyant débarquer à Kin, je te trouvais si grande et belle ! Maintenant je te regarde et tu as l'air si petite, si mesquine et sale.
- Ce n'est que le début tu verras. On a tous eu ces sentiments au début, ça te passera. Tiens, un peu d'argent pour tes courses de la journée.
- Je ne veux pas de ton argent sale. Je ne veux plus rester dans cet endroit souillé. Je rentre chez moi.
- Rentrer à Kinshasa serait la plus grosse erreur de ta vie.
La plus grosse erreur de ma vie était d'avoir abandonné tout ce dont à quoi je tenais pour poursuivre du vent ; avoir méprisé tout ceux qui m'aimaient et qui croyaient en moi à cause de mon avidité. Je me doutais de la colère de mes parents, des railleries des voisins, de la honte qui me couvrirait mais je repartais quand même chez moi car ma mère disait toujours que lorsqu'on se trompe de route, il faut repartir à la croisée des chemins.

 


L'amour au bout des ailes

Il y a des choses qui parfois nous arrivent de façon inattendue. Lorsque notre cœur est meurtri, nous pensons que le monde est cruel et que comme une voiture usagée, nous ne sommes plus bons que pour la casse. Nous sommes tellement préoccupés à entretenir notre douleur par des souvenirs qui nous font plus de mal que de bien et souvent nous oublions que lorsqu'une porte se ferme dans notre vie, une autre s'ouvre juste à côté et attend qu'une chose : que nous franchissons son seuil !

Il y a quelques temps, je m'étais décidé de prendre des vacances, ne plus penser boulot et tout ce qui allait avec. Me reposer, me distraire et me ressourcer étaient mes priorités. J'avais hâte de découvrir Douala et toutes les beautés dont on n'arrêtait de me parler.
L'aéroport international de Yaoundé était grouillant ce jour là. Tout ce monde fourmillait vers les stands des différentes compagnies aériennes pour diverses destinations. N'ayant pas de bagages, je me faufilais dans la foule et me retrouvais dans la salle d'attente. Je choisissais un fauteuil au fond de la salle pour pouvoir méditer et savourer la lecture de " mémoire de porc-épic " du célèbre Alain Mabanckou. Ça jacassait de partout, des gens venaient et repartaient. Une fille à ma droite, l'air soucieuse fixait un point invisible. Un couple devant moi était accompagné d'une petite fille qui ne devait pas avoir plus de cinq ans. Elle me faisait des grands signes de mains en souriant. Lorsque l'hôtesse annonça notre embarquement, je me levais pour me diriger vers le Boeing comme les autres passagers.

Je m'envolais, le cœur léger vers Douala et dès que mes pieds foulèrent le sol de cette dernière, les premiers paysages me ravirent. En quête d'aventure, j'avais mis deux heures à aller ça et là avant de me rendre à l'hôtel Akwa où une chambre m'avait été réservée. Fermant les yeux, je respirais profondément en pensant à Allan, mon fiancé qui allait certainement me rejoindre d'un moment à l'autre. Lorsqu'on travaille dix heures d'affilées pendant cinq jours consécutifs sous la pression de ses collaborateurs, des moments comme ceux là sont attendus tel le repos éternel qu'espèrent les chrétiens à la fin de leur vie. Ce petit refuge était un havre de paix pour moi, un oasis qui se transforma en paradis lorsque Allan vint se joindre à moi pour déjeuner.
- Je suis heureux de te revoir Magalie, dit-il en allumant une cigarette.
- Moi aussi, répondais-je distraitement.
- Ça a dû te coûter cher de partir ainsi
- Etre à tes côtés n'a pas de prix !

Soudain, Allan regarda sa montre, repoussa sa chaise et s'en alla prétextant un rendez vous important. A cet instant, j'aurai dû me douter que je ne représentais plus grand chose pour lui. L'homme que je connaissais aurait trouver une astuce pour annuler tous les rendez vous aussi importants que pouvaient il être, pour rester avec moi, d'autant plus que j'avais fais le déplacement pour le revoir. Son affectation avait été si soudaine que nous n'avions pas eu le temps de tout mettre au point.
Je me trouvais encore au restaurant lorsque mon téléphone me signala que je venais de recevoir un message. Il était d'Allan. Je m'empressais de le lire. " Excuses moi choupette, je pense à toi et j'ai toujours envie de toi autant qu'avant mais les choses sont plus compliquées qu'elles ne paraissent. C'est mieux qu'on s'apprécie simplement, je ne peux pas continuer notre relation "

Comme toujours dans ce genre de situation, j'avais cru que je rêvais, Allan ne pouvait pas me laisser tomber ainsi, non ce n'était pas possible. Comment oserait-il me bornais-je à croire. Le chemin qui du retour me paru autant triste que le couloir de la mort. Le boulevard Ahidjo qui me plaisait tant semblait avoir perdu tout son charme. La douleur damnait mon esprit où s'égrenaient des images que je voulais oublier à tout jamais. La flamme dont je brûlais pour Allan me consumait à présent. Le soir venu, pour oublier tout ce qui venait de m'arriver, je me décidais d'aller me défouler au Blue Space et ce fut ce soir là que je rencontrai Julien. Bel homme, charmant, élégant, séduisant et sûr de lui, il m'offrit un verre de jus d'orange et nous ne nous sommes plus quittés de toute la soirée.
- Je me trompe ou, est ce que vous n'êtes pas de Douala.
- Non je suis de Yaoundé.
- Moi aussi. Je suis ici pour régler quelques affaires.
- Moi c'est pour changer d'air.
- Pourquoi pleuriez vous ?
Perplexe, je restais sans voix devant cette question inattendu, il continua.
- Je suis sûr que vous êtes plus belle lorsque vous souriez que lorsque vous pleurez
- Personne ne vous a dis que je pleurais
- Non personne ne m'a dit. Je vous ais vue à midi. Vous êtes rentré dans votre chambre comme une furie.
- Je ne vous demande pas ce qui vous arrive mademoiselle …
- Magalie.
- Enchanté. Appelez-moi Julien, JJ pour les intimes.
- JJ…

Nous avions parlé de tout et de rien. Nous avions dansé du makossa et nous sommes rentrés au petit matin à l'hôtel comme deux vieux amis.
Une fois rentrée chez moi, JJ est venu me voir et je pense qu'il s'est passé quelque chose que je ne saurai vous expliquer. Je n'ai pas assez de mots dans mon vocabulaire pour ce fait. Et vous savez quoi ? Ça fait deux semaines que je porte bague de fiançailles, une bague en argent incrustée de diamants. Ce sont des faux mais l'amour qu'il a pour moi, lui, est vrai et rien ni personne ne pourra changer cela. Comme le soleil dore une prison, tel le ciel fait la saison, voilà la façon dont il m'enjôle. Je rigole, moi qui pleurais auparavant. L'amour me rend folle, j'en suis toute étourdie.

 


Princesse Banana

" Fleurs, claires de lune, bijoux et baisers ne sont pas assez pour te dire toute la douceur de l'amour. ", C'était signé Fred.
Je vidais le paquet, un petit joyau s'en échappa. C'était une bague en or sertit de diamant. Je l'enfilais à mon doigt en repensant à ce cher Fred et à tout ce qui s'était passé entre nous.

Etudiantes à la grande université de Bassa, à Douala, mes deux meilleures copines avaient insistées pour que je passe mes vacances chez elles à Bonapriso. C'était une aubaine pour découvrir cet endroit dont mes copines n'arrêtaient de me faire des éloges.
La deuxième soirée de mon arrivée, nous allions tous déjeuner au restaurant. C'était l'un de ces endroits bien parfumés, très propres, bien décoré et fréquenté que par des VIP. Sans comprendre pourquoi, mes compagnes n'arrêtaient pas de regarder leurs montres l'une après l'autre pendant que moi, je galérais devant un plat de cuisse de grenouilles. J'aurai encore préféré une bonne partie de poulet Bamiléké des vielles dames qui vendaient dans les échoppes de mon quartier.
- " il est là "
- Qui est là ? Demandais-je innocemment.
- Le briseur de cœur de Bonapriso
Je relevai la tête. Un homme se tenait à quelques mètres de notre table. Aucun mot n'était assez bien pour décrire avec exactitude sa beauté, son élégance.
Il fait toujours cet effet lorsqu'on le voit pour la première fois, s'empressa de me dire Tressy.

Je compris plus tard pourquoi mes hôtes ne portaient pas ce fils de riche dans leur cœur. Il leur avait brisé le cœur tour à tour. Notre don juan se prénommait Fred. Il avait la réputation de changer les femmes comme il le faisait pour ses chemises ou ses chaussons s'attirant tous les courroux de la communauté féminine de Bonapriso.
Clara et Tressy n'avaient pas oublié la manière dont il les avait laissé tomber comme des vieilles chaussettes usées, comme des citrons pressés. Elles avaient juré de faire payer notre charmant séducteur et j'étais celle qui devait accomplir cette vengeance. J'étais prête à tout pour mes copines. Ces dernières se transformèrent en conseillères conjugales.
- " Tout d'abord tu dois savoir ce qu'aime Fred. Il a un faible pour les filles jolies, sexy et intelligentes ",
- "C'est quelqu'un d'assez égoïste, fais lui comprendre que le monde ne tourne pas autour de lui ",
- " Fais tout pour faire durer le jeu. Tu dois faire semblant de ne pas t'intéresser à lui, cela blessera son ego et n'oublie pas, s'il te trouve trop facile, il passera vite à autre chose ",
- " il y a trois choses très importantes dans sa vie : le boulot, la distraction et son anniversaire dans un mois ",
- " amuse toi chérie et lorsqu'on sera certaines qu'il a mordu l'hameçon, on lui fera payer tout ce qu'il nous a fais endurer. A toi de jouer Lisa. "

Ainsi donc commença notre machiavélique entreprise. Le traquenard ne dura que quelques jours, le beau gosse de Bonapriso venait de tomber dans notre piège. Il n'arrêtait pas de m'inviter au restaurant, à des spectacles … Le jeu commençait à me plaire. Après une rude cour, je cédais aux avances de Fred et je me rendis compte qu'il avait beau être un briseur de cœur, il était humain. En tant que tel, il avait lui aussi ce muscle dans sa poitrine, un muscle dans lequel existaient tendresse, délicatesse, passion et amour.
Aussi incroyable que cela pouvait paraître, Fred ne tarda pas de tomber amoureux de moi. Pendant ce temps, je continuais de faire semblant. Nous sortions bras dessus, bras dessous ; nous faisions des folies et nos ébats amoureux semblaient si vrais que personne ne se serait douté que je jouais de la comédie. Chaque soir, nous riions de lui avec mes copines. Je buvais, fumais, faisait la fête pour essayer d'oublier tous ces mensonges alors que Fred, lui, croyait à cet amour. Un soir alors que nous rentrions d'une promenade, il m'offrit une bague en or sertie de diamant.
- Epouse- moi Lisa.
- T'épouser ? c'est encore trop tôt pour parler mariage tu ne trouves pas ?
- Oui t'as raison.

A compter de ce jour, je flippais. Tout allait trop vite, on avait pas prévu qu'il me demanderai en mariage. Nous n'avions pas pensé qu'il pouvait autant s'engager. Le jour J arriva enfin, le jour où Clara et Tressy avaient choisi pour lui renvoyer l'ascenseur, le jour de son anniversaire.
- Fred tu vas enfin connaître ce mot appelé 'honte'.
- Non je vous en prie ne faites pas ça.
- Tu es amoureuse de lui ou quoi ? Il faut qu'il paye pour ce qu'il nous a fait.
- Je ne veux plus jouer à ce jeu Clara. Je ne veux plus que vous m'utilisiez afin de vous venger de Fred, Tressy.
- Dois je comprendre que tu préfères nous laisser tomber ?
- Ce n'est pas ce que vous croyez.

Je n'avais pas réussi à les dissuader, je m'en étais aperçue en voyant ces images sur l'écran géant. L'attention de tous les convives était tellement captée qu'ils ne pouvaient louper aucun mot de ce qui se disait dans ce film que mes copines avaient baptisé " négresse banana "
- " Fred, il n'y a qu'un homme qui m'intéresse dans la vie et tu n'es … "
Je me précipitais d'arrêter le film à la grande stupéfaction de l'assistance. Tout le monde me regardait avec des yeux interrogateurs. Je leur devais une explication. C'était dur mais, il fallait que je le fasse. De toutes manières, j'en avais assez de jouer à ce jeu puéril.
Je regardais tour à tout Clara et Tressy. Ces dernières haussèrent les épaules. Elles en voulaient à Fred et voulaient lui donner une bonne correction.

- Fred, commençais-je, je sais que je vais gâcher ta soirée mais, il faut que je t'avoue quelque chose. Voilà : durant tout le temps que nous sommes restés ensemble, je faisais semblant. Je ne t'ai jamais réellement aimé. Tout ceci n'était qu'une machination pour te montrer combien tu as été odieux avec toutes ces femmes dont tu as brisé le cœur. Je t'ai menti, oui je le reconnais. J'ai fais semblant de m'attacher à toi pour te faire croire à notre histoire, pour que ça fasse plus vrai. Le but de tout ceci était de te faire paraître tel que tu es : un être sensible, doté d'une fierté et d'un amour propre, capable d'écouter son cœur, ce petit muscle qui bat dans ta poitrine ; un être qui peut aimer. Il fallait que ton masque soit enlevé, que tu tombes enfin amoureux afin que tu te rendes comptes combien tu as été cruelle avec toutes ces personnes qui pourtant ont cru en toi, en ton amour. Pour que tu te rendes compte combien de vie tu as brisé en voulant tout simplement protéger ta réputation de don juan ! Il fallait que tu sentes le mal que provoque une trahison. L'impression que donne l'effet de perdre quelque chose qu'on tient dans sa main…
Je me suis plu à ce jeu, mais j'ai décidé d'arrêter. Je ne suis pas cette fille richarde de Bonapriso, sûre d'elle et tout le reste. Celle que tu as devant toi c'est la vraie moi, la vrai Lisa. Ceci dit, nos chemins se séparent ici et je te rends ta bague. Je ne peux pas la porter car je ne suis pas celle que tu croyais. Désolée Fred.
Je m'étais enfuie après ce discours à bâton rompu.

- Des problèmes avec ta conscience ?
Je me retournais, c'était Fred. Je ne l'avais pas revu depuis cette soirée. Il se tenait là devant moi.
- Je tenais à te remercier pour ce que tu as fais pour moi. Il t'a fallu beaucoup de courage. Grâce à toi, j'ai enfin compris que les aventures d'un soir, de quelques jours ne valaient pas la peine. Il me faut une relation stable. J'ai compris qu'il ne me faut pas seulement une fille belle, sexy et intelligente, il me faut une fille bien. Merci également d'avoir porté cette bague cela prouve que tu ne me détestes pas.
- Pas le moins du monde
- Avais-tu le même avis il y a quelques mois ? Et si on allait enfin suivre " négresse banana. " me dit il en prenant dans ses bras douillets et me serra contre sa poitrine où désormais je m'empresse de me blottir chaque jour après mes épuisantes journées à la fac…

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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6 nouveaux textes de Ninelle Nsiloulou

Désillusion

J'étais partie de ma ville natale depuis cinq ans, partie dans l'espoir d'acquérir un nouveau départ pour ma vie. J'étais jeune, en bonne santé et j'avais presque tout ce que je désirais. Responsable d'un modeste atelier de couture, je menais une vie presque parfaite. Mais bientôt Brazzaville vint à me manquer. Par ailleurs, je croyais que tout était rentré dans l'ordre, ainsi me décidai-je de rentrer chez moi.
J'arrivais un samedi du mois d'Avril et mes parents heureux de me revoir m'accueillirent avec ferveur. Je retrouvais alors la chaleur de ma famille telle que je l'avais laissée, toujours unie. Pendant le repas nous discutâmes de tout et de rien, chacun de nous raconta ce qu'il devenait. En ce qui me concernait, j'étais toujours moi : Valérie et pas grand chose n'avait vraiment changé dans ma vie. Ce qui me chagrinait le plus c'était le fait que malgré toutes les années pendant lesquelles j'étais partie, jamais je n'avais rencontré un homme susceptible de recoller les morceaux de mon cœur jadis brisé par mon amour d'enfance.
Mon amour d'enfance, je l'avais connu avec Erick et j'en étais heureuse. Erick fut le premier amour de ma vie et j'étais partie pour essayer de l'oublier car sa famille me détestait. Je me souvins des belles journées que nous passions sur le banc de sable des cataractes du Fleuve Congo à admirer la beauté de la nature. Nos yeux rivés sur le large où tout était couleur d'harmonie et d'espérance. Nous laissions le vent caresser nos peaux et de temps en temps les vagues venaient déferler à nos pieds d'une douce morsure. Tout cela était si merveilleux mais, le plus merveilleux était cet instant où dans un élan d'infinie tendresse, Erick me prenait dans ses bras, me regardait dans les yeux, farfouillait sa main dans mes cheveux et m'embrassait. Je l'aimais pour sa gentillesse, sa délicatesse…brève pour ce qu'il était.
- Je t'aimerais toujours Val, me disait-il.
- Moi aussi Rick ! Nous vivons la passion toi et moi…
- …et la passion, c'est quelque chose d'éternelle Val.
Je me souvenais encore de ces paroles d'Erick comme si c'était un jour à peine qu'il me les avait dite et elles résonnaient dans ma petite tête encore et encore. Les paroles d'Erick me subjuguaient tellement que je me résolu de me rendre dans cette boîte où nous allions si souvent avec Erick, juste pour renouer avec le passé. Je mis alors la plus sexy de toutes mes robes : une robe rouge framboise fendue devant avec un jeu de dentelle au dos ; mes cheveux étaient noués dans un joli chignon et mes mules rouges vinrent compléter le tableau. Je me sentais très belle et sexy. Dans ma tête quelque chose me disais que je rencontrerai Erick. En fait je ne le pensais pas seulement, je le souhaitais et je le croyais aussi.
Je n'avais pas revu Erick depuis mon départ, néanmoins nous avions gardé le contact. Chaque mois, nous nous échangions des cartes, nous donnions ainsi des nouvelles.
Quelques temps plus tard, je me retrouvais au " District Fédéral ", notre lieu de prédilection. Malgré le temps qui s'était écoulé, tout était presque comme avant, tous mes anciens amis étaient là et comme me l'avait prédit mon intuition, Erick était là aussi, assis au bar, plus beau que dans mes souvenirs.
Il était séduisant dans un jean bleu qui lui moulait ses cuisses et un tee-shirt noir. Il était coiffé à la Craig David et il y avait toujours autant de délicatesse dans ses mouvements. Sans le quitter des yeux, je me dirigeai vers Erick. Ce dernier fut plus que stupéfait de me voir, il était heureux.
Durant toute la soirée, Erick ne me quitta pas des yeux. Grâce à lui, je venais de retrouver ce qui manquait à mon puzzle : de la complicité. Un sentiment naquit en moi, un sentiment que j'aurais pu définir comme étant de l'amour. Je me rendis compte que jamais je n'avais oublié Erick ; qu'après toutes ces années, mon amour pour lui subsistait tapi au fond de mon cœur.
- Ca me fait plaisir de te revoir Val. Mais dis donc, c'est une surprise !
- Oui je voulais t'en faire une, Rick.
- Eh bien ! C'est une réussite Val chérie.
Je lisais dans les yeux d'Erick de la tendresse, de l'amour aussi et je me disais qu'avec un peu de chance, Erick redeviendrai mien, nous pourrions redevenir amoureux et heureux comme auparavant. J'avais hâte de revivre ce doux passé. Erick était le sens et le but de ma nouvelle vie, une cible à atteindre, la redécouverte du bonheur.
Différente, épanouie et plus aguerrie depuis cette soirée passée avec Erick, j'avais retrouvé la volonté de repartir finalement sur de nouvelles bases. Cependant quoiqu'une fois encore, éperdument amoureuse, je n'osais pas faire le premier pas en direction d'Erick. Nuit et jour, je priai pour que ce fût ce dernier qui le premier m'avouait son amour.
Comme il appréciait tout ce que je faisais, je l'invitai à l'ouverture de mon atelier de couture. Galant, il répondit volontiers à cette invitation. Tout était prêt et dans les moindres détails.
J'avais été guidée par le désir de lui plaire, par dans le désir que ce fût ici, dans mon atelier que notre bonheur renaîtrait. Le cœur battant, je guettais son arrivée comme un oiseau assoiffé épie le scintillement d'un ruisseau. Soudain, je le vis venir toujours aussi séduisant mais, mon cœur manqua un battement car Erick n'était pas seul. A ses bras évoluait une charmante jeune fille. Je l'abordais anxieuse en souriant et tout en priant au fond de moi que cette demoiselle eût été sa sœur ou sa cousine même.
- Bonjour Rick.
- Bonjour val, laisse-moi te dire : tu es radieuse.
- Merci
- Oh ! Je te présente Laurentia, ma petite amie.
Cette soudaine révélation me coupa le souffle. Ce fut comme si mon monde s'écroulait. Ainsi donc cette jeune fille était sa petite amie, celle qui désormais occupait la place que je voulais encore pour moi. J'étais malheureuse, car cet amour que j'avais tant espéré revivre n'était demeuré qu'un rêve, une illusion que le destin venait cruellement de m'enlever. Désormais, je ne pouvais offrir à Erick qu'une simple amitié, une amitié entachée de jalousie et de regrets. La Désillusion me brûlait comme une incision, une incision brûlante que même le temps ne pouvait refermer.
Au bout de quelques temps, je me rendis compte combien Erick était heureux avec Laurentia et qu'il serait stupide de ma part de gâcher cet amour. Tout ce qui me restait à faire c'était d'accepter la réalité et oublier Erick.
J'eu beaucoup de mal, mon cœur se refusait de l'accepter. J'avais l'impression de vivre en plein dans un cauchemar tout en espérant que quelqu'un viendrait me réveiller, et tout redeviendrait comme avant. Oublier Erick, fut comme dire adieu à une partie de mon âme et devoir vivre avec cet infini vide dans mon cœur. Oublier Erick, cet homme qui avait été la source de tant de joie pour moi, cet homme grâce auquel j'avais commencé à reprendre goût à la vie et à apprécier celle-ci à sa juste valeur. Hélas ! La vie n'est toujours pas comme l'on souhaiterait qu'elle soit. Je me résolu d'oublier Erick quoique avec un arrière goût des bons vieux temps. Je me résolue de tourner la page.
Je laissai Erick continuer son idylle aux côtés de Laurentia et moi je continuai mon chemin cette fois plus forte que jamais, aguerrie et sans l'ombre d'Erick à mon horizon.


Seule au monde

Debout, au beau milieu d'une route qui ne menait sans doute nulle part, je regardais sans entrevoir ce qui se passait vraiment autour de moi. Mon bébé dans les bras, j'étais là depuis plus d'une demi-heure, fixant un endroit fixe. J'étais comme hypnotisée.
Des larmes avaient séché sur mes joues, j'avais les yeux enflés de quelqu'un qui avait trop pleuré et le nez tout rouge à force de m'être servi ce mon mouchoir. La belle et élégante Chardyllan n'existait plus, je n'étais plus que l'ombre de moi-même, une épave de rien du tout. Depuis combien de temps étais-je là ? Que faisais-je là ? Où allais-je ? Autant de questions auxquelles je ne pouvais donner aucune réponse.
Ce bébé était le fruit des sacrifices que j'avais consenti à faire, le fruit de l'amour que je portais envers ma sœur et c'est à cause de ce bébé même que j'étais couverte de honte, froissée, rejetée. Sans pour autant en rajouter, je croyais en ma beauté et un avenir fluorescent s'offrait à moi, tout ce que j'avais à faire c'était de le saisir. Pourtant un soir tout bascula d'un revers de main.
Lorsque j'avais eu mon bébé, c'était la joie dans tous les cœurs mais seulement quelques temps après ma sœur et son mari ont décidé de me mettre à la porte comme une chippie. Ma propre sœur et dire que je n'avais qu'elle sur terre, que pour elle j'avais abandonnée tout ce qui me tenait à cœur, je me demandais comment avait-elle pu agir d'une manière aussi impitoyable.
Je me souvins du soir où un coup de téléphone m'arracha le cœur, je ne savais pas qu'il allait chambouler mon existence. A l'autre bout du fil, ma grande sœur avait l'air meurtrie.
Qu'est je fais Chardyllan pour mériter un tel châtiment ?
Qui y a-t-il Bénédicte ? enquis je de demander.
Adolphe veut me quitter parce que je suis inféconde.
Mais c'est stupide voyons ! Vous vous aimez c'est l'essentiel, les enfants c'est secondaire dans un mariage.
Tu connais ses parents…. Chardy ma sœur aide-moi.
Que veux tu que je fasse ?
Mes beaux parents veulent trouver une autre femme à Adolphe pour qu'elle lui fasse des enfants. Je ne veux pas qu'une autre femme vienne habiter ici…

Bénédicte n'avait même pas fini sa phrase que tout était clair dans ma tête, elle voulait tout simplement faire de moi la mère des enfants de son mari. C'était inconcevable, le sang ne fit qu'un tour dans ma tête, je lui raccrochais au nez mais, comment ne pouvais je pas venir en aide à la seule personne qui j'avais sur terre ? Lorsque nos parents avaient trouvé la mort dans un cruel accident de voiture, je devais avoir 2 ans, Bénédicte en avait 7. A la mort de la cousine qui prenait soin de nous, ma sœur aînée était la seule personne qui me restait au monde. C'était elle qui s'occupait de moi, elle subvenait au moindre de mes besoins et acceptait toutes mes caprices de petite fille, d'adolescente. C'était elle qui me consolait lorsque j'étais en pleur et qui m'aidait à trouver des solutions à mes problèmes. Elle était tout pour moi : ma maman, ma sœur, mon amie et ma confidente. Comme une fille, elle me faisait voir les choses toujours du bon côté ; elle me faisait croire même quand il n'y avait pas d'espoir ; elle disait qu'elle m'aimerait toujours qu'importe le prix à payer.
Elle avait eu de la chance cette sacrée Bénédicte. Ingénieur Télécoms, elle gagnait bien sa vie et le ciel devint plus bleu pour elle lorsqu'elle se maria à Adolphe, un jeune diplomate. Mais sa chance tourna, elle n'arrivait pas à donner de la progéniture à son mari.
J'aimais ma sœur de tout mon cœur et ce fut par amour pour elle que je me donnai à son mari afin que celui-ci ait un enfant et qu'il ne puisse pas prendre une autre femme. J'avais dû arrêter mes études pour cela, ma sœur et son mari me promirent que je n'allais pas regretter mon choix pourtant il a fallu si peu pour que toutes ses promesses se volatilisent comme par un coup de bâton magique. Ma sœur tomba enceinte et elle décida de me mettre à la porte car selon elle j'étais une rivale. Je me demandais où était passé la Bénédicte que je connaissais. Celle qui aurait tout fait pour me protéger. Hélas, " malheur à l'homme qui se confie en l'homme " disais les saintes écritures et c'était ça la triste réalité. On a beau faire confiance en un homme, on ne sait toujours jamais ce dont il peut être capable. Bénédicte ne voulait plus de moi et je me retrouvais seule au monde en proie à sa méchanceté et à sa cruauté.
Les cris de mon bébé, me firent revenir à la réalité et une fois encore le désespoir et la tristesse m'envahirent. Ce fut à ce moment qu'un garçonnet passa à mes côtés fredonnant une mélopée : " Alors on vit chaque jour comme le dernier, et vous ferez pareil si seulement vous saviez, combien de fois la fin du monde nous a frôlé, alors on vit chaque jour comme le dernier parce qu'on vient de loin "
Le garçonnet une fois passé, je me mis à réfléchir, je me fit une petite image de la tragédie qu'avait vécu le chanteur qui s'était retrouvé complètement seul au monde, moi au moins j'avais mon bébé et finalement je tira la conclusion que dans la vie, il ne faut jamais désespéré car la valeur d'une personne ne change pas combien même on est froissé, souillé, rejeté par les personnes autour de soi et par les événements. Je me décidai de recommencer car en effet ma valeur intrinsèque n'avait pas changé.


A cause de mon père

La maison familiale l'avait tout l'air d'une maison de réinsertion pour débiles mentaux pour ne pas ainsi dire un asile. Cloîtrée dans la minuscule pièce qui désormais faisait partie de moi, je regardais pour la nième fois chacun des murs qui formaient ma chambre. Une bougie posée sur la commode éclairait faiblement la pièce. Dans un coin, se trouvait une armoire sur lequel était posé un bouquet de fleur dont l'odeur me paraissait curieusement insupportable. Le lit occupait la quasi-totalité ou tout au moins un peu plus de la moitié de la pièce. C'était sur ce lit aux draps parfumés que je passais le clair de mon temps à contempler ce petit monde qui autant que ma vie m'avait tout l'air d'être morose.
Bien qu'obstinément, je refusais de céder à cette lourdeur et ce vide qui soudain m 'envahissaient, mes paupières s'alourdirent m'offrant ainsi un laps temps de repris, un petit moment où j'oubliais toute ma douleur ; un moment où je m'efforçais à ignorer la vérité dans toute sa cruauté et pendant lequel je retrouvais un semblant de paix. La vérité était que j'avais perdu la raison où tout au moins mes facultés à raisonner. Je venais d'avoir ma troisième piqûre de la journée, un sédatif pour pallier mes douleurs. Je n'aurai jamais cru quelques années plus tôt que je serai réduite à une étape pareille : un vrai légume.
Il y avait de cela quelques mois seulement, je regorgeais de santé. A vingt-six ans, je me sentais un peu seule car je me trouvais loin de toutes les personnes qui m'étaient chères mais, la vie ne me paraissait pas pour autant sans issu comme aujourd'hui. Ce soir là, je me trouvais dans la cuisine lorsque mon téléphone portable sonna, je me pressai de répondre.
-Allô ! , Angéla LOUMINGOU, j'écoute.
-Bonjour Angéla, dit-on à l'autre bout du fil, c'est Richard.
-Richard, m'exclamais-je.
Je regardais autour de moi s'il n'y avait pas une oreille indiscrète pour écouter ma conversation. Je me souvins alors que je vivais seule dans ce trou et que la seule personne qui partageait ma galère était la femme de ménage qui s'en était allé faire ses dernières courses. J'allais néanmoins m'enfermer dans la salle de bain comme une adolescente craignant d'être surprise. Je ne voulais prendre aucun risque, personne ne devait entendre ma conversation avec Richard.
Je tremblais comme une feuille, mon cœur battait la chamade, mes paupières se dilataient peu à peu, dans mes artères la tension augmentait et mes mais devenaient moites. Je n'en croyais pas mes oreilles. Richard ! J'avais remué ciel et terre pour le revoir en vain. J'avais tout essayé sans succès, me retrouvant à chaque fois confrontée au mutisme et au caractère téméraire de mon cruel père.
Richard et moi avions été fiancés. Nous avions passé ensemble six heureuses années durant lesquelles j'étais véritablement comblée. Plus le temps passait, plus nous avions envie de fonder une famille Richard et moi. Enfin mon rêve allait se concrétiser pensais-je. Je rêvais d'une petite maison dans laquelle nous allions élever nos enfants avec amour et tendresse. Mais, mon père s'y mêla, il s'opposa catégoriquement à notre union. Il avait un tel don de dissuasion. Il castrait moralement tous les amoureux de ses filles à tel point que rupture s'en suivait presque toujours. Je ne lui en voulais pas de vouloir nous protéger, d'ailleurs c'était là le rôle d'un père mais, le mien en faisait un peu trop. A l'instar de ce qu'il avait fait pour les fiancés de mes sœurs, il envoya promener Richard sans penser une seule minute à moi, à ce que je pouvais bien penser et à ce que je pouvais ressentir. Puis comme si cela ne suffisait pas, il m'envoya dans ce trou pour s'assurer que je n'allais pas tenter de revoir l'homme pour lequel mon cœur battait.
Cette année là, je fis successivement des crises de dépression qui commencèrent à menacer ma raison mais, mon père resta de marbre. Il disait que tout cela passerait et que je finirai par le remercier un jour. Que je méritais mieux qu'un " vulgaire chauffeur de taxi " d'après ses propres termes. J'avais pleuré mon Richie tous les soirs, autant que je le pouvais et ce soir là comme si le Seigneur avait enfin exaucé mes prières : un coup de fil inopiné de Richard.
-Richie chéri, comment te portes-tu ?
-Je me porte bien Angéla, et toi ?
-Je me porte bien merci.
-J'ai entendu dire que tu as eu des problèmes de santé et j'ai tout fait pour te joindre.
-C'est gentil mais, il n'y a aucune raison de se faire du sang d'encre, je suis tirée d'affaire maintenant. Quoi de neuf Richie ?
- pas grand chose a changé, seulement….
-Seulement !
-J'ai quelque chose à t'annoncer Angéla
-Je t'en prie.
-Je me marie dans deux semaines.
Je laissais choir l'appareil qui roula sur le carrelage. Richard allait se marier, mon Richie se mariait avec une autre femme ; une femme étrangère qui désormais allait occuper la place que j'avais toujours espérée mienne. Ce fut comme si je recevais un poignard en plein cœur. Je reculai d'un pas et alla m'adosser au mur mais mes pieds ne supportaient déjà plus le poids de mon corps. J'aurai tant voulu feindre être heureuse pour Richard, j'aurai tellement voulu lui adresser mes félicitations mais je n'y arrivais pas. Le son refusait de franchir mes lèvres, c'était comme si le souffle me quittait, je m'évanouis.
Quelques temps après, rentrée de ses courses, Olga, la femme de ménage retrouvait mon corps inerte mais encore chaud dans la salle de bain. Aidée par les voisins elle me transportait à l'hôpital dans les minutes qui suivaient et grâce à elle j'avais retrouve le souffle de vie ; elle avait réussit à sauvé ma vie mais, pas ma raison, je devins folle.


Frasques

Comme à l'accoutumée, j'étais assise au resto, en face du laboratoire où je travaillais, devant une bouteille de sire de Florimond et un plat de poisson salé frit. J'étais présente en ces lieux mais mes pensées, elles, étaient loin, très loin ; on pouvait dire que j'étais perdue dans le vague. A quoi pensais-je ? A moi-même sans doute.
J'avais réussi ma carrière professionnelle, je faisais partie d'une équipe de recherche médicale. A 26 ans, j'en étais le plus jeune élément, certains disaient que j'en étais même le plus brillant. Lorsque, je me lassais de toutes ces burettes, tubes et microscopes, je me réfugiais dans ce resto. C'était ma seule récréation. Après le boulot, je retrouvais toujours avec plaisir mon appartement : un "trois pièces" très modeste mais, j'avais toujours l'impression qu'une pièce manquait au puzzle de ma vie. Qu'était-ce ?
Ce fut alors que quelqu'un me tira de mes pensées.
-Bonjour, puis-je me joindre à toi ?
Je tournai la tête et je vis un jeune homme que je connaissais fort bien, c'était l'un de mes collègues de travail.
-Bien sûr Ruben, répondis-je sans trop d'intérêt.
-Dany, je voudrais te remercier très sincèrement, le geste que tu as fait m'a profondément
touché. Le directeur vient de me dire que tu lui as demandé d'utiliser ta subvention pour financer mon projet. Tu ne peux savoir combien je te suis reconnaissant Dany.
-Ce n'est rien, ce n'est pas comme si j'avais sauvé l'humanité d'un terrible accident. Je ne veux pas que tu aies une dette morale envers moi Ruben, dis-toi bien que tu ne me dois rien.
Je me levai aussitôt et me dirigeai vers le labo, j'entrai dans le bureau que je partageais avec Ruben, je refermai la porte à clé et je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps, je me sentais si malheureuse. Ruben frappait de toutes ses forces à la porte pour que je l'ouvre, il me suppliait de le laisser entrer mais, je ne l'écoutais plus ; mes pensées m'avaient emporté dans le passé.
Il y avait de cela 7 ans déjà, Ruben et moi avions eus une liaison, une liaison qui s'était terminée sur une note assez dramatique. Je l'aimais mais, lui, m'aimait-il ?
Au bout d'un an, je me retrouvais au bord de la déprime, Ruben était odieux avec moi. Je décidais de partir avec le premier venu, je savais que ce n'était pas la meilleure solution pour résoudre mes problèmes. J'annonçais à Ruben que je le quittais pour un autre; pourtant je ne voulais qu'une seule chose au fond de moi : qu'il me retienne et me demande de rester. Je m'étais trop bercée d'illusions, Ruben était trop imbue de lui-même pour oser me demander une chose pareille.
-Ruben, je te quitte, avais-je commencé à dire, j'en aime un autre.
Je m'attendais à ce qu'il monte sur ses grands chevaux mais, à ma grande surprise, il resta de marbre, c'était comme si je ne lui avais rien dit. Il me dévisagea à peine et afficha une totale indifférence qui me laissa perplexe et lorsque enfin il se leva pour me regarder, ses yeux étaient dépourvus d'expression. Etait-il triste, content, malheureux ? Je ne saurai le dire.
-d'accord, finit-il par dire, ta décision est prise, je n'ai plus qu'à te souhaiter " bonne chance.
Nous nous séparâmes ainsi et chacun de nous mena sa vie à sa guise sans s'occuper de l'autre. Nous avions voulu rompre le contact mais, le destin en avait décidé autrement, il nous avait réunis de nouveau dans ce laboratoire et le comble était que Ruben faisait partie de mon équipe. Oui, il était mon partenaire. Je savais que nous avions les mêmes ambitions mais jamais je n'aurais pu imaginer qu'il deviendrait mon partenaire.
Lorsque que le directeur me présenta mon nouvel équipier, j'eus la surprise de ma vie, je me sentis soudain anxieuse, contente, une multitude de sentiments se mêlaient en moi.
-Danielle, je vous présente votre nouveau partenaire : Ruben MOUSSONGO.
-Je suis ravie de faire votre connaissance monsieur, j'espère que nous formerons une bonne paire
-Une paire d'as très chère, avait reprit Ruben, à nous deux, nous allons conquérir le monde et nous serons les meilleurs, avait-il complété en me fixant droit dans les yeux.
Ce fut ainsi que je repris contact avec Ruben après tant d'années de séparation et depuis nous nous voyons souvent. Pendant les week-ends, Ruben m'emmenait au cinéma, en boîte et dans les restos les plus chics de la ville. Tout ce qui arriva après était presque inévitable vue la fréquence de nos rencontres, Ruben voulait en quelque sorte se racheter et moi, tout ce que je voulais était qu'il m'accorde un peu de son temps. Cela parut vrai un moment puis après, je me rendis compte qu'il s'agissait d'une chimère. Ruben était trop égocentrique pour faire attention aux autres.
Un soir, nous nous sommes violemment disputés et Ruben a décidé de mettre fin à notre relation.
Je t'en prie Ruben, tu ne vas tout de même pas recommencer ! Tu n'as pas le droit de faire ça.
-Et pourquoi donc ? Tu ne vas tout de même pas me dicter ce que je dois faire ou pas. Pourquoi est ce que je ne peux pas te quitter Dany ? Donne-moi une raison et une seule pour m'en dissuader.
-Je t'aime Ruben et je tiens à la réussite de notre relation. Nous n'avons pas le droit de sacrifier notre relation par orgueil, pour une dispute idiote.
-Il n'y a plus de " nous " Dany, tu ne comprends donc rien ?
-Est ce vraiment ce que tu veux Ruben, repris-je presque en larmes.
-Arrête de me casser les pieds. Qu'est ce que tu ne comprends pas, tu voudrais peut-être que je te fasse un dessin ! Je ne t'aime plus, va t-en Dany, va t-en ! Nous resterons bons amis, pas davantage.
Je n'arrivais pas à le croire, c'était comme si j'étais en plein cauchemar, pourtant je ne rêvais pas. Je me résignais à l'évidence : Ruben ne pouvait penser qu'à lui-même. La vie continuait, sans Ruben. Je souffrais en le voyant au labo, pire encore, je devais malgré tout continuer à travailler avec lui. C'était un véritable supplice ; un supplice auquel je décidais de mettre fin.
Puis j'entendis derrière la porte le voix de Ruben, il parlait avec un autre homme.
-Ouvre Dany, c'est le directeur, il a quelque chose à te remettre.
Après avoir séché mes larmes, j'ouvris au directeur auquel je m'efforçai de sourire.
-Bonjour monsieur le directeur.
-Bonjour Danielle, voilà votre lettre de mutation. J'ai tenu particulièrement à vous l'apporter moi-même car je voulais vous souhaiter " bonne chance ".
-Une lettre de mutation ! S'étonna Ruben.
-Oui, lui répondit le directeur, Danielle a demandé à être mutée pour des raisons personnelles qu'elle n'a pas voulu me donner et je ne lui en ai pas tenu rigueur parce que je l'estime beaucoup. Mais Ruben, laissez moi vous dire : vous venez de perdre une équipière remarquable et exceptionnelle.
Le directeur s'en alla me laissant seule avec Ruben. Mes affaires étaient déjà rangées dans un carton que je pris dans mes bras. Lorsque je voulus m'en aller, Ruben me bloqua le passage.
-Tu ne peux pas faire ça Dany.
-Ah non ! Pourquoi ? J'ai le droit de faire tout ce qui me passe par la tête et en ce moment tout ce que je veux c'est quitter cet endroit au plus vite et comme tu as su bien le dire " nous restons bons amis ".
Oublie-moi Ruben.
-Dany attend !
-C'est fini Ruben, F-I-N-I.
Ruben me regardait m'en aller, foudroyé comme si le ciel venait de lui tomber dessus.
Je m'en allai loin de cette ville qui me rappelait tellement des choses, loin de Ruben, je m'en allais recommencer une toute nouvelle vie.


Si seulement…

Le visage baigné de larmes, je regardais, le gros bœing d'Air France s'élancer sur la piste jusqu'à devenir aussi miniscule qu'une peluche. Je le regardais s'envoler le cœur serré de chagrin, de répréhension et d'amertume… Derrière un hublot, j'imaginais celui que j'avais toujours considéré comme mon frère : Yvon. Il devait avoir les larmes au yeux et le cœur meurtrie par une séparation qui était devenu la condition sine qua non de notre bonheur. Puis je sentis la main de Tom se poser sur mon épaule. Tom était l'un des copains de Yvon.
Vient c'est fini, on rentre à la maison.
Non, laisse la, riposta Hugor, le meilleur ami de Yvon. C'est à cause d'elle que Yvon est parti, elle ne vaut pas mieux qu'une sorcière.
Ne prend pas garde à ce qu'il dit, il est tout simplement sous l'effet de l'émotion.
Il a raison Tom, je suis un monstre. Comment ai-je pu … ?
Je me souvins que souvent Yvon, pour me faire peur, se cachait souvent derrière quelque chose durant un long moment, puis comme un diable, il surgissait, me serrait dans ses bras tout en me chuchotant " je t'ai eu soeurette ".
Je regardai une dernière fois la piste vide cherchant désespérément une vague silhouette. De tout cœur j'espérais qu'Yvon allait bondir d'un coin pour me dire que ce n'était qu'une plaisanterie comme il avait l'habitude de le faire. Mais, il n'y eut pas de surprise in extremis, mon meilleur ami était bel et bien parti et le pire c'était que je ne savais rien de sa destination. C'est alors que je me souvins de ce qu'il m'avait dit un soir.
je t'aime Carène. Je t'aime plus qu'un homme ne t'ait jamais aimé auparavant ni ne te t'aimerai à l'avenir. Mais tu ne m'aimes pas, j'aurai tout fait pour que tu puisses me donner ne serai qu'une vaine partie de toi mais tu ne m'aimes pas. Seulement n'oublie jamais ce que je ressens pour toi car autant que je vivrai, une partie de moi t'aimera toujours.
Ne dis pas cela Yvon, je suis ton amie, ta confidente, c'est mieux que tout.
Jusqu'à quand Carène ? Jusqu'à quand vais-je continuer à faire bon gré contre mauvaise fortune ? Un jour j'en aurai assez et lorsque ce jour arrivera, je m'en irai d'ici pour toujours.
Pour toujours….
Ces mots résonnaient dans ma tête comme le son d'une grande cloche. Je me bouchais les oreilles et criait un " non " inaudible avant de m'effondrer en sanglot. Je venais de réaliser que l'on ne s'aperçoit réellement de la valeur d'une chose que lorsqu'on la perd.
Yvon était un vrai amour. Toutes mes copines en étaient folles. La vingtaine à peine révolue, il était de ces hommes dont on dit être bien né. Allemand de par son père, il était l'incarnation de la beauté. Son corps bien sculpté par des exercices de body building lui donnait l'aspect d'un mannequin. On aurait dit Schemar Moore. Il avait un regard sombre, impénétrable ; un regard auquel aucune fille ne pouvait résister excepté moi ; il avait des lèvres comme on les aime : pas trop grandes ni trop petites, juste le stricte milieu et son nez effilé au milieu de son beau petit visage rappelait qu'il était mulâtre.
Beau, intelligent, séduisant, charmant…, Yvon était un homme presque parfait doté d'un grand sens de l'humour et de bonté.
Il était mon meilleur ami depuis toujours, mon confident de tous les jours, il était en quelque sorte un autre moi même. J'avais de l'admiration et de la sympathie pour lui mais lui, m'aimait. Il m'aimait d'un amour incommensurable au point qu'il pouvait me donner tout ce qu'il avait sans attendre de retour. Yvon m'offrait tout ce dont j'avais besoin et se pliait au moindre de mes caprices. Pour moi, il aurait donné son âme au diable. Devant moi, son cœur était un livre ouvert où je pouvais lire sans entrave mais, j'avais fais de lui un navire solitaire couvert de fleurs du mal.
" Si l'amour recherché est aussi vieux que toutes choses, me demandait-il, pourquoi ne vient-il pas à moi ? Que dois-je attendre de toi Cary ? Ce visage dans tes yeux, c'est le mien que l'anxiété accueille. On pourrait parcourir l'éternité sans trace de la vérité. Si ma tendresse t'outrage, je m'en irai plein de rage, les yeux remplis de larmes que l'on voile et la tête dans les étoiles avec comme soulagement qu'un jour, tu comprendras que je t'ai réellement aimé… "
Je mes souvins de tous les instant de bonheur que nous avions passé ensemble ; tous les projets que nous avions pour l'avenir… Je ne m'étais pas rendu compte combien je le faisais souffrir, combien je l'avais blessé dans son âme et dans son amour propre. Sans m'en rendre compte, j'avais gâché nos vies par mon égocentrisme et maintenant il était sans doute trop tard pour faire quoi que ce soit.
Puis ce soir là, je reçu un coup de fil impromptu. A l'autre bout du fil, c'était Yvon :
Bonsoir Carène
Bonsoir Yvon.
Je t'appelle pour te dire adieu, je rentre chez moi. Puisse Dieu là haut veiller sur toi.
Yvon…
Il avait déjà raccroché. J'hélai un taxi au passage et je me rendis à l'aéroport espérant voir mon ami une toute dernière fois au moins pour lui dire au revoir. Hélas ! J'étais arrivé trop tard. Yvon était parti la mort dans l'âme. Je savais qu'il souffrait autant que moi. J'avais été pour lui un monstre d'égoïsme.
- Si seulement il pouvait me pardonner un jour. Si seulement je pouvais changer le cours du temps, repartir dans le passé ...
- Viens Carène, rentrons. Il y a des choses qu'on ne peut pas changer. Yvon est parti, il faut l'admettre.
Au moment où j'écris cette nouvelle bien d'années ce sont écoulées depuis le départ de Yvon. J'étais restée sans nouvelles de lui pendant deux ans et récemment il m'a envoyé un courrier m'annonçant qu'il s'était marié et avait une petite fille qu'il avait baptisée Carène. Je suis heureuse pour lui mais, Je n'arrête pas de me dire si seulement j'avais fais un peu plus attention à lui, si seulement…


Au prix d'un cœur

Pourquoi vivre une vie qui si difficile ? Pourquoi continuer à faire bon gré contre mauvaise fortune ? Pourquoi est-ce si difficile de consoler un cœur meurtri ? Pourquoi est ce que le monde est-il aussi méchant ? Autant de questions que je me posais en tournant les pages de mon album. Mon regard s'attarda sur l'une d'entre elles : un jeune couple, l'air amoureux, assis sur une banquette. Le garçon un peu plus grand que la jeune fille l'embrassait dans le cou et la jeune fille, heureuse de cette manifestation d'amour souriait. Qui aurait cru que cela ne serait qu'un feu de paille ?
J'allais avoir 24 ans dans quelques mois et lui 31 ans, je l'aimais plus que tout autre chose, peut-être un peu plus que moi-même. Je travaillais à l'époque comme standardiste dans une agence de téléphonie, c'est là que j'avais rencontré Sam qu'était l'ami de l'un de mes collègues de travail. Ce jour là, Il appelait pour s'enquérir des nouvelles de ce dernier lorsqu'il tombait sur moi. Il fut immédiatement séduit par ma voix douce, câline, bref angélique. Tout de suite, il chercha à me rencontrer par le biais de son ami et quand nous commençâmes à nous fréquenter, ce fut le coup de foudre. Ma prière était que cela puisse durer aussi longtemps que nous vivrions. Depuis on ne pouvait nous voir l'un sans l'autre. Sam avait des yeux sombres, un regard impénétrable, une petite barbiche naissance ; celle qu'ont souvent les hommes de son âge.
Nous vivions l'amour passionné. Il était le soleil qui éclairait mes jours et la lune qui dirigeait mes pas lorsque mon âme sombre s'aventurait dans les parvis de l'oublie. Sa présence était ma raison de vivre, la force qui me donnait le courage de continuer même quand les difficultés se dressaient tel un mont. Lorsqu'il était loin de moi, j'avais l'assurance qu'il m'aimait quel qu'était l'endroit où il se trouvait. Aussi vrai que la terre est ronde, j'étais persuadée qu'on se retrouverait et que personne ne pouvait nous séparer. Je savais garder, toujours, au fond de mon cœur un peu d'espoir pour attendre ce bonheur que nous méritions tant. Je me demandais même si jamais j'avais déjà aimé un homme d'une telle façon. Je voulais cet homme plus que le soleil au dessus de ma tête au point d'en oublier qu'il n'était qu'un homme et que parfois de nos plus grands ennemis, les pires sont ceux dont nous sommes amis, ceux que nous aimons.
Mon visage était baigné de larmes, je luttais désespérément pour trouver un recoin de mon cœur où mes pensées seraient à l'abri de la peine mais j'avais beau prendre toutes les bonnes résolutions du monde, ma meurtrissure était toujours là, immuable. J'avais beau fermer les yeux, chercher de toutes mes forces une image pour me remettre d'aplomb, elles étaient toutes ternies par la douleur. J'avais beau faire toutes les prières du monde, je me sentais toujours aussi mal dans ma peau et tous les jours j'étais au bord de larmes. J'étais inconsolable. Toutes les richesses du monde, toutes les beautés de la terre n'auraient rien changé à mon sort, je ne voulais qu'une seule chose : qu'on me rende mon Sam. Cet homme dont j'étais follement amoureuse et que le destin venait cruellement de m'arracher. Les choses s'étaient passées tellement vite que je n'arrivais même pas à admettre ce qui m'arrivait. Dans mon cœur l'incision était tellement forte que je ne pouvais plus voir les choses de la même manière.
Comme tous couples, nous avions nos petits différends mais, rien que nous ne puissions régler puis un soir tout bascula. Sam m'appela, à l'autre bout du fil sa voix était menaçante.
il faut absolument que je te vois ce soir.
Pas de problème répondis-je.
C'était toujours un plaisir pour moi lorsqu'on se retrouvait.
Nous nous étions retrouvés dans un petit bistrot et là, il me dit quelque chose qui me brisait le cœur en mille petits morceaux. Il me quittait pour une autre. Une autre femme avec laquelle, il préconisait se marier. Il n'avait pas tenu compte du choc que cela pouvait faire en moi. Je ne lui avais rien fait de mal, je m'étais toujours plier en quatre pour lui faire plaisir. Jamais je n'avais imaginé que pour lui je n'étais qu'une chose indésirable. Pour lui, j'étais une belle femme avec laquelle, il avait passé des bons moments et point. Il n'avait même pas un brin d'estime pour moi parce que si tel étais le cas, il aurait prit des gants pour me dire de telles choses. Sans stratagèmes, il me demanda de le laisser tranquille. Rien n'avait pu le retenir. Mes larmes n'y firent rien et encore moins mes cris. Il avait trouvé le chemin de son cœur au prix du mien.
Je refermais l'album tout en demandant au ciel d'être mon seul justicier.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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La couleur du mensonge

Le véhicule roulait. Je ne me souvenais pas depuis combien de temps nous roulions. C'est à croire que j'avais perdu toutes notions de temps. Tout ce dont je me rappelais c'était une course effrénée. J'avais couru comme si j'avais le diable à mes trousses sur quatre kilomètre sans m'arrêter. D'habitude cet exercice me procurait un sentiment de bienfait ; c'était une manière de me sentir libre de mes mouvements. Pourtant ce jour là, tout était différent.

Partir le plus loin possible et oublier, c'était la seule idée que j'avais en tête. Sans réfléchir je montais dans le premier véhicule qui se présenta en direction de Brazzaville. On voyageait coincés les uns contre les autres comme des sardines. Le véhicule, une vielle Mercédès roulait en dégageons une nuée de fumé sombre. A l'intérieur, les senteurs des fruits en décomposition entassé mêlées à l'odeur des corps d'hommes mal lavés me donnaient la nausée. A chaque minute écoulée, je m'éloignais du village, du passé.
Il arrive des fois, on aimerait bien oublier son passé, l'effacer, le gommer à tout jamais mais quoi qu'il en soit ces redoutables moments que nous voudrions ôter de nos souvenirs sont toujours là, tapis au fond de notre conscience, prêts à nous rattraper. Parfois ils font parti de nous. Ils sont nous.

Cela faisait six mois que nous allions aux mêmes cours à la fac. C'était le meilleur ami de mon cousin. Il s'asseyait toujours à la même place dans l'amphi : la troisième rangée de droite. Cela faisait six mois que je l'observais à la dérobée. Chaque jour, je le cherchais du regard et mon cœur était comblé de joie lorsqu'il me souriait. Il avait des grands yeux noirs légèrement bridés, une barbe naissance et un corps athlétique. Il attirait bien de fille, pourtant rien ne semblait l'intéresser plus que la biologie organique pour laquelle il était passionné.
Quelquefois nos regards se croisaient et mon monde s'illuminait. Par moment, j'avais envie d'aller le voir, de lui parler et de lui exprimer ce que je ressentais mais, mon orgueil et ma morale me l'interdisaient. Après tout que pouvais-je espérer d'un homme dont je ne savais rien. J'ignorais jusqu'à son prénom.

Des jours passèrent, des semaines s'écoulèrent, les mois se succédèrent les uns aux autres et mon bel inconnu semblait être de marbre. J'en fus amené à me questionner. Etais-je trop laide ou trop idiote pour attirer son attention ? Peut être n'étais-je pas son genre de femme.
La fac de sciences avait deux amphithéâtres : l'amphi Dojo qui donnait sur le long couloir qui conduisait à la fac de droit et l'amphi Latiméria, sur la gauche du hall d'entrée. Nous discutions dans le second à la sortie des cours avec des copines.
- Vous savez les filles, le prof de géodynamique m'a fait peur avec toutes ses histoires de diminution de couche d'ozone, du réchauffement climatique et de l'augmentation des eaux de mer…
- Il a raison ma chère, c'est une menace réelle. Moi je me demande ce qui arrivera si tout ceci n'est pas stoppé.
- Ce sera la fin du monde répondais-je en rigolant.
- La fin du monde c'est lorsque tu laisses passer la meilleure chose qui te soit arrivé tout en ayant conscience que c'était ton unique chance.

Je me retournais pour mettre un visage à cette voix qui me semblait si familière. Il était là, assis derrière nous, un bouquin de Biologie cellulaire et moléculaire à la main. Il me fit son plus beau sourire. Quelque chose me disait que le moment était venu d'affronter la vie en face. Il m'aimait en cachette m'avoua t-il à notre premier rendez vous. Ce fut comme ces retrouvailles de jeunes adolescents timides qui devant l'être aimé et tant désiré donnent leur langues au chat. Nous n'eûmes pas besoin de vaines paroles. Nos cœurs parlèrent à notre place. Notre histoire y était écrite. Ce tramway nommé Amour était le sceau de notre alliance. Avant lui, je n'avais connu aucune histoire mais, j'avais confiance en lui et en son amour. Je croyais à l'Amour vrai et droit qui rend l'esprit musicien et poète.

Fils unique, une crise d'asthme avait emporté sa mère. Quant à son père, il ne l'avait jamais connu, il n'avait aucun souvenir de lui hormis ce médaillon que lui avait remis sa mère avant de s'éteindre. A présent j'étais tout pour lui : l'amie qui l'aimait, la sœur qu'il n'avait jamais eue et la mère qu'il avait perdue. Nous vivions notre idylle en cachette. Mon cousin m'aurait étranglé s'il découvrait notre liaison. Il vouait une amitié sans pareille à mon amoureux pourtant étrangement ces deux là n'avaient aucun point commun.

Quelques mois plus tard, je me retrouvais enceinte. J'eus peur au premier abord. De la jeune fille insouciante que j'étais, j'allais devenir mère et responsable. J'appréhendais la fureur de mon père, qui comme le font tous les hommes de notre pays lorsque les enfants commettent des bêtises, rendrait ma mère responsable. Mon cousin me proposa l'avortement. Trop heureuse de sentir cette vie grandir en moi, je rejetai sa proposition et me décidai d'assumer les conséquences de mes actes.

Le père de mon futur enfant m'accompagna. Retraités, mes parents avaient quitté la ville pour élire domicile à Louingui, l'un des districts du département du Pool dans le Sud du Congo. Dans ce lieu un peu perdu, nous retrouvâmes la convivialité et cette solidarité africaine que les citadins avaient perdue au profit du modernisme. Vin de palme de palme, cola et tubercule de manioc furent au rendez vous pour notre accueil. On père s'était fait construire une espèce de " Mbongui ", une paillotte en gaulette et chaume où jadis se prenaient les grandes décisions. Un lieu cérémonial où primait la sagesse. Un lieu d'écoute et de transmission orale de la culture. Allongé sur une chaise longue, mon père n'arrêtait pas d'agiter son chasse-mouche en queue de buffle.

A la tombé de la nuit, nous nous retrouvâmes tous autour d'un grand feu. Chacun raconta une histoire et ce fut le moment que je choisi pour annoncer la nouvelle. Mon père me toisa. Ses yeux étaient rouges de colère. Il fit un long discours sur la morale et la dépravation des mœurs avant de s'en prendre à ma mère comme je m'y attendais.
Les yeux de mon cousin faillirent sortirent de leurs orbites lorsque j'annonçai que son ami était le responsable de mon état.
- Damnation ! Ce n'est pas vrai Linda. Il ne peut être le père de ton enfant.
- Et pourquoi donc, questionna mon père au bord de l'exaspération.

Pour toute réponse, mon cousin arracha le médaillon du cou de son ami et le tendit à son oncle. Ce dernier dû prendre appui sur moi pour ne pas vaciller. Son regard allait du médaillon à Duval et vis versa.
- Où as-tu eu ce médaillon fiston ?
- Je le tiens de ma défunte mère. Avant de mourir, elle m'a laissé entendre que ce médaillon appartenait à mon père.

Trainant les pieds, mon père disparu derrière sa case sans aucune autre explication, le médaillon de Duval à la main. Personne n'y comprenait rien. Akim, mon cousin, refusait de nous dire quoi que ce soit. Durant toute la nuit, je ne réussi pas à fermer l'œil. Au petit matin, père nous annonça une terrible nouvelle : le médaillon que portait Duval lui appartenait….

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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L'ombre du passé

Chapitre 1

Personne ne comprenait ce qui soudain arrivait à Eurêka. Nathalie et Floryn se faisaient du sang d'encre. Jamais encore ils avaient vu leur fille aussi déprimée. Elle s'enfermait dans un cocon et refusait de parler à qui que ce soit. Pour la première fois même Milliny, sa meilleure amie, n'y put rien. Elle refusait de se nourrir depuis plusieurs jours et s'enfermait dans sa chambre, elle passait plusieurs heures à pleurer toutes les larmes de son cœur. On ne reconnaissait plus la jeune fille ambitieuse et extrêmement courageuse qu'elle était. Fraîchement rentrée au pays après des brillantes études de stylisme, elle projetait d'organiser, avec le concours de sa charmante mère, un défilé de mode de grande renommée. Enthousiaste de nature, elle voulait que ce soit un événement qui marquerait la culture de son pays d'un sceau, un événement dont tout le monde parlerait. Pourtant ce soir là lorsque son téléphone sonna, elle ne manifesta aucun intérêt à la conversation.
- Bonsoir Eurêka !
- Bonsoir Milliny !
- J'ai une bonne nouvelle pour toi. On peut désormais dormir tranquille. Tout est prêt pour le défilé.
- Oublie le défilé Milliny. Il n y en aura pas.
- Quoi ? Mais qu'est ce qui te prend Eurêka ?
- Tu as bien entendu, j'ai dit " oublie le défilé ".
La jeune demoiselle raccrocha au nez de son amie. Elle caressa un instant le verre de whisky qu'elle tenait et bu le contenu d'un trait. Elle avait les yeux enflés de quelqu'un qui avait trop pleuré et le nez rouge à force de s'être servi de son mouchoir. Elle avait pleuré de colère, de chagrin et d'orgueil. Ce qui lui arrivait était inimaginable.
A son côté plusieurs mégots de cigarettes jonchaient par terre non loin d'une bouteille de stolichnaya à moitié vide.
La jeune femme tenta de se lever. Elle tituba et alla s'adosser au mur. Fermant les yeux, des brides de souvenirs lui revinrent à l'esprit ; des souvenirs d'une conversation qu'elle avait eue avec sa mère.
- Eurêka ma chérie, tu sais que tu es une merveilleuse jeune fille.
- je sais maman et ce n'est pas prêt de changer. Je resterai ta merveilleuse petite fille.
- Je l'espère bien ma chérie et je sais que personne ne pourra changer ce que tu es réellement. La vie t'a grandement ouverte les portes. Regarde toi, tu es jeune, jolie et plein d'avenir
- Tout ça c'est grâce à toi maman !
- Grâce à moi et à toutes les personnes qu'il t'a été donné de rencontrer jusqu'alors. Mais j'ai un drôle de pré sentiment pour toi. Ce n'est pas pour te faire peur, mais je voudrais seulement que tu fasse attention aux personnes que tu fréquente.
- Penses tu que l'une d'entre elles veuille me faire du mal ?
- On ne sait jamais ce qui peut se passer dans le cœur d'un homme.
Titubant encore la jeune femme voulu se diriger vers la sortie mais elle réussit juste à se jeter dans le grand lit qui s'offrait à elle.
De son côté, piquée au vif, Milliny voulut savoir pourquoi Eurêka ne voulait plus de ce défilé pour lequel elle avait tant investi. Elles se connaissaient depuis toujours et Eurêka n'était pas le genre de fille à tout envoyer sur les roses du jour au lendemain. Il y avait certainement anguille sous roche.
A peine avait-elle appris à dessiner que Eurêka se considérait déjà comme la plus talentueuse grande de tous les stylistes du moment. A la fin de son cursus secondaire, son père voulu l'orienter dans le management afin de la préparer à une éventuelle succession à la tête de l'entreprise qu'il avait mise sur pied mais, d'or et déjà Nathalie savait que sa petite fille n'était pas faite pour rester dans un bureau climatisé à parfouiller dans des papiers à longueur de journée. Elle savait que leur fille avait de l'or dans les mains. Dès lors que ses parents lui accordèrent leur aval pour faire du stylisme, l'adolescente qu'elle était ne rêvait plus que de défilés de mode, des belles filles aux tenues splendides, soyeuses, raffinées se déhanchant sur un stand, le sourire au lèvre sous le flot d'une musique à couper le souffles et sur les applaudissements du public. Elle ne pensait plus qu'aux séances de photographie, de tournage, de caravane, de conférence de presse. Bref Eurêka se voyait déjà au devant de la scène.
- Dès que j'aurai fini mes études Milliny, j'organiserai un grand défilé de mode. Le plus grand et le plus réussit qu'on ait jamais organisé dans notre pays…
La jeune styliste état du genre à vouloir toujours obtenir ce que désirait son cœur. Au bout de deux ans, elle décrocha un Brevet de Technicien Supérieur en stylisme et mode. Major de sa promotion, elle n'eut pas du mal à trouver un stage dans une maison de couture où elle fit ses premières preuves en participant à la création d'une collection dont on parla pendant longtemps : une vrai réussite.
- Ce ne sont encore que les prémices de la gloire Milliny. Un jour j'organiserai mon propre défilé, avec ma collection. Ce sera tellement réussit que plein de modèles voudront travailler avec moi. J'organiserai des caravanes et je serai aussi réputée qu'Alphady.
Dieu savait que ce n'était pas des paroles en l'air. A la fin de sa formation, alors qu'elle refoulait le sol de sa patrie elle dit à son amie.
- Je suis de retour Milliny et j'ai dans mes valises le plus beau de mes rêves : le projet de mon prochain défilé.

- Je donnerai mon âme au diable pour savoir ce qui se passe dans la tête d'Eurêka car je ne comprend pas pourquoi un tel revirement, dit Milliny en hélant un taxi.

Pendant que Milliny cogitait, Nathalie rentrait chez elle après une longue et dure journée de travail. Esthéticienne de formation, Nathalie était propriétaire d'une chaîne de boutique de cosmétique et d'accessoires esthétiques. Elle tenait également un salon de coiffure que ne fréquentaient que des hautes personnalités ou des personnes qui étaient prêtent à payer leur beauté au prix des yeux de leurs têtes. La quarantaine révolue, la dame éprouvait toujours une incroyable quiétude lorsqu'elle rentrait chez elle. Pourtant, ce soir là, c'était différent.
- Eurêka ! Appela t-elle sans succès tout en refermant la porte du vestibule derrière elle. Un gigantesque lustre éclairait le hall d'entrée ; une gâterie que Floryn s'était faite lors de son dernier voyage tandis que d'autres lumières plus discrètes mettaient en valeur quelques uns des tableaux qui dénonçaient le penchant qu'avait la maîtresse de maison pour l'art.
Une moquette couleur pastel étouffait le bruit des pas. Tous ces objets étaient ses chouchous, ses trésors. Nathalie s'engageait à présent dans l'escalier qui menait au premier étage où se trouvaient les autres appartements. Seul celui d'Eurêka était au rez de chaussée. Elle l'avait préféré parce qu'en plus de la véranda, cet appartement était le meilleur endroit où l'on pouvait se trouver dans l'enceinte de la demeure pour admirer le merveilleux spectacle d'un coucher de soleil.
Nathalie se passa une main au front pour essuyer une coulée de sueur quand soudain un détail attira son attention : les portes de l'appartement de leur fille étaient ouvertes, chose qui n'était pas courante. Elle s'apprêtait à y rentrer lorsque son portable sonna.
- Allô Nathalie, c'est Milliny !
- Salut Milliny, ça va ?
- Moi oui, c'est plutôt Eurêka qui m'inquiète, il faut que tu lui parles.
- Pourquoi donc ? Que se passe t-il ?
- Elle veut annuler le défilé.
- Annuler le défilé ! C'est complètement stupide. Elle ne ferait jamais une chose pareille.
- Je l'ai appelé tout à l'heure, elle m'a raccroché au nez.
- Calme toi ma chérie, je vais parler à Eurêka tout à l'heure. Je suis sûre que c'est encore un caprice de petite fille trop gâtée. Je sais que faire pour la remettre d'aplomb.

Nathalie entra dans la chambre de sa fille avec une telle discrétion qu'on aurait cru qu'elle voulait la surprendre. Elle passa un cri effroyable en découvrant étendu dans le lit une jeune femme de haute stature à l'abondante chevelure teint en blond, les bras en croix. Sa fille était presque sans vie.
- Eurêka !

L'autre ne bougeait pas.
- Que t'arrive t-il ma chérie ? Pourquoi…
Sa phrase resta en suspend lorsqu'elle remarqua le verre de whisky qui avait rouler par terre. Le débardeur que portait la demoiselle était complètement souillé d'alcool.
- Que vais-je faire mon Dieu ? Il faut que j'appelle notre médecin.
Malheureusement par la pire des damnations, le médecin de la famille était injoignable.

Au même moment à l'autre bout de la ville.
- Sil te plait Farida, tu ne vas tout de même pas remettre cette histoire sur le tapis !
- Pourquoi ne le ferai je pas ? Donne moi une raison, une seule pour m'empêcher de le faire.
- J'ai fais une bêtise, je l'admet. Personne n'est à l'abri de l'erreur ma chérie.
- Ces genres de cochonneries on les fait lorsqu'on le veut. Personne ne t'avait forcé à le faire Jason. Tu es un homme libre à ce que je sache.
- Tu oublies que je suis fait de sang et de chair et qu'à ce titre je ne suis non seulement pas libre mais faible aussi.
- Et moi je suis faire de marbre peut être ! Est-ce que j'ai couché avec le monde entier moi ?
- Arrête, ça ne sert à rien de nous disputer.
- Tu l'as cherché Jason.
- Que veux-tu finalement Farida, je ne te comprends plus. J'ai fais tout ce que tu as voulu : j'ai admis mon erreur, j'ai plaqué l'autre, j'ai imploré ton pardon. Tu veux des excuses en plus ? Eh bien tu les as.
- Eh bien c'est parfait !
Farida prit son sac, héla un taxi et s'en alla. Jason prit sa tête entre ses mains et se souvint des paroles de son père : " Fils, les femmes ne sont jamais satisfaites. Tu auras beau faire tout ce qu'elles veulent, ils te traiteront toujours de bon à rien. Quand bien même tu lui paies monts et vallées, ciel et paradis, la femme trouve toujours le moyen de geindre, de se lamenter. La femme est un être insatiable ".
Farida avait fait un voyage en Suède pour une formation professionnelle. Elle était rentrée depuis quelques semaines et une bouche malveillante lui avait parlé de l'autre liaison qu'avait eu son fiancé et la jeune fille avait mal prit les choses. Elle était d'un tempérament très impulsif, une déformation professionnelle sans doute. Elle voulait toujours avoir le dernier mot mais cette fois ci Jason savait que s'il y avait quelqu'un à blâmer, c'était lui.
Il s'assit sur une banquette. L'air frais lui fouetta le visage. Une jeune fille à peine pubère passa devant lui en lui faisant un grand sourire auquel l'autre resta de marbre. La sonnerie de son téléphone le tira de sa torpeur. Croyant avoir à faire à sa fiancée, Jason décrocha immédiatement.
- Il faut que vous m'aidiez Jason, dit une voix tremblante à l'autre bout du fils.
- A qui ai-je l'honneur s'il vous plait.
- C'est Nathalie, la mère de Eurêka. Venez vite je vous en prie.
- Calmez vous Nathalie et dites moi ce qui se passe.
- Je ne sais pas trop ce qui s'est passé mais, j'ai retrouvé ma fille dans un drôle d'état.
- Qu'a-t-elle exactement ?
- Je ne sais pas. Bon Dieu Jason, je ne suis pas médecin.
- Ok j'arrive dans quelques minutes.

Jason arriva presque aussitôt. Il retrouva Nathalie au chevet de sa jeune fille presque inerte. Il l'examina et en conclu que cette dernière n'avait rien de bien méchant. Après lui avoir administré des vomitifs, Jason attendit que la jeune fille ait ressorti tout de qu'elle avait dans le ventre avant de prendre congé.
- Ne vous en faites pas Nathalie, elle s'en remettra très vite. Elle a prit une forte dose d'alcool mais, le pire est passé. Elle sera très fatiguée pendant un moment mais après elle ira mieux.
- Je vous en remercie Jason.
L'expression du regard de Jason était étrange. Il ne semblait pas du tout affecté par ce qui arrivait à son amie. Il avait l'air absent, hagard. Debout devant la porte, Nathalie renifla des sanglots. Elle tressaillit à l'idée de perdre le seul enfant que le ciel lui avait accordé. Tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait entrepris jusqu'alors, c'était pour que sa fille ne manquât de rien. Elle la regarda une dernière fois. Sa fille était d'une de ces pâleurs de cire, ses yeux enflés étaient affreusement cernés et les larmes avaient laissé des coulées blanches sur ses joues. Pourquoi une jeune femme aussi forte que son Eurêka se laissait-elle soudain aller, se demanda Nathalie avant de disparaître derrière la porte de la chambre où elle se trouvait.

Les jours qui suivirent ne furent pas les plus heureux pour Eurêka. Son état empirait du jour au jour. Elle passait son temps à boire et à fumer. Pourtant auparavant, elle ne pouvait laisser une seule journée sans concevoir un nouveau modèle. Tout cela lui paraissait bien flasque et sans intérêt à présent. Ses journées, elle les passaient prostrée devant un poste téléviseur, l'air maussade. L'état d'Eurêka inquiétait ses parents d'autant plus qu'elle refusait l'aide qu'ils lui offraient. Le plus effrayant était l'approche du défilé. La date approchait alors que celle qui était au centre de tout restait froide comme un serpent, complètement insensible. C'était comme si plus rien n'existait en dehors de sa personne.

Le jour J arriva enfin. Comme l'avait stipulé Milliny, tout était prêt pour le défilé dans les moindre détail pourtant Eurêka ne s'était toujours pas préparer à se rendre à ce grand événement dont elle avait toujours rêvé durant toute sa vie. Elle tournait en rond dans sa chambre, faisant des efforts surhumains pour ne pas céder aux pleurs puis son regard s'attarda sur quelque chose : une photographie. Elle s'en saisit et la balança contre le mur. Le cadre se brisa en mille petits morceaux. Secouée par un étrange spasme, elle sortit un flacon de cachet duquel elle sortit deux, trois cachets qu'elle avala pour se calmer. Elle ne fit pas attention à la porte qui s'ouvrit sur son père.
- Papa ! S'étonna t-elle.
- Est-ce que je peux entrer ?
- Oui bien sûr que tu peux, dit Eurêka confuse. Elle eut juste le temps de glisser la boîte de Prozac qu'elle venait de prendre sous le lit et se mordit la lèvre ne sachant pas quelle attitude adopter devant cet homme qui depuis toujours lui inspirait respect et confiance.
- C'est un grand jour aujourd'hui. N'est ce pas ma chérie ?
- Oui. Tout comme y en a eu biens de meilleurs encore.
- Te voilà soudain sceptique ma chérie. Je te reconnais plus Eurêka. Que t'arrive t-il ?
- Des choses qui arrivent dans la vie papa !
- Soit mais, pourquoi refuses tu de nous parler à moi et à ta mère ? Pourquoi tu te renfermes en toi comme si autour de toi le monde était désert ? Pourquoi refuses tu notre aide ?
- Parce que qu'il n'y a rien à faire pour m'aider.
- Je respecte ton intimité mais, je ne veux seulement pas que ce qui t'arrive te ôte la joie de vivre.
- Comment puis je avoir la joie de vivre papa ? Tu n'as aucune idée de ce que je vis.
- Chérie, écoute moi. Peu importe ce qui t'arrive. Aujourd'hui c'est le jour où va se passer ton défilé. C'est un événement pour lequel tu t'es donné corps et âme. Fais moi plaisir, prépare toi et on y va.
- Je ne peux pas papa. Tu me traiteras peut être de folle mais, je ne peux pas aller à ce défilé. Je sais combien j'ai investi, combien je me suis battu pour que enfin arrive ce jour et qu'il soit une réussite. Je voulais que le monde entier me regarde et que toutes les personnes qui de près ou de loin me connaissent soient fières de moi. Mes rêves, toutes mes entreprises, papa, avaient pour objectif principal la réussite de ce défile. Cependant qu'il n'y a pas que la gloire dans la vie.
- Chérie ! Tu ne vas tout de même pas tout laisser tomber si prêt du but.
- je n'ai plus de but papa.
- Eurêka !
- Je suis désolée papa. Je ne peux pas me rendre à ce défilé. C'est au dessus de mes forces.
Eurêka tira un pardessus de sa penderie et sortit de son appartement en toute vitesse comme si elle avait le diable à ses trousses sous le regard ahuri de son père. Ce fut à cet instant que Nathalie apparu dans l'embrasure de la porte, resplendissante de beauté. Elle prit son mari par l'épaule.
- Ne t-en fais pas ce n'est qu'une passade. Elle retrouvera ses esprits.
- Je ne supporte pas la voir dans cet état.
- Moi non plus mais, c'est une grande fille à présent. Je sais qu'elle saura se dépasser et surmonter ses problèmes.
- J'espère que c'est toi qui a raison.
- Bien partons. Milliny doit déjà nous attendre. Je vais devoir prendre les rennes et sauver la face de ma chère Eurêka.
- Merci Nathalie. Je t'en vaudrais ça.
- Ce n'est pas seulement ta fille Floryn, c'est aussi la mienne. Alors s'il faut que je me sacrifie pour elle, je le ferai.
Dehors on entendit des vombrissements de moteur, ensuite des grincements de pneus. C'était Eurêka qui sortait à bord de sa corolla pour aller Dieu seul savait où.

Chapitre 2

Au bord de sa voiture, Eurêka roulait à vive allure, donnant de temps à autre un coup de pied énergétique à l'accélérateur. Elle provoquait l'exaspération des passants qui n'avaient le temps que de parjurer alors que la voiture disparaissait sous une grande nuée de poussière. Cela lui rappelait les folies estudiantines lorsque pour se marrer avec les copains, ils organisaient un rallye de voiture en douce dans les zones désertes des banlieux. A cette époque, le jeu donnait un sentiment de bien être et de liberté à la jeune styliste.
A chaque respiration, Eurêka ressentait une sorte de brûlure dans la cage thoracique. On aurait dit la douleur que provoque une incision. Elle était spontanée et intense, durait quelques minutes puis disparaissait quelque temps après. Pour la calmer, la fille prenait une ou deux gorgées d'alcool de temps à autre.
Une flotte commença à tomber. Les équipes météorologiques l'avaient bien prévus la veille mais Eurêka s'en fichait complètement. Elle continuait à rouler droit. Ses yeux étaient embués de larmes qui commencèrent à brouiller sa vue et l'air frais de la flotte fouetta le visage de la jeune fille de plein fouet, la forçant à cligner les yeux. Eurêka sentit que l'un des pneus de sa voiture avait crevé. Prévoyante, elle entreprit de changer la roue non sans mal. Ce qui l'obligea de faire une petite pause au bord de la route. Elle cogna sa tête contre le volant de sa voiture par colère et éclata en sanglot.
- Pourquoi est ce que la vie est-elle cruelle avec moi ? Qu'est ce que j'ai fais au monde pour mériter tout ce qui m'arrive ? Toute ma vie est fichue. Comment pourrai je encore me regarder dans une glace ? Je ne suis qu'une vieille fille aigrie, désemparée, hantée par le destin. Aujourd'hui j'allais pouvoir regarder toutes ces filles défiler pour moi et j'aurai été le centre de tous les regards mais, comment m'y rendre dans un état pareille ? Je ne pourrai pas feindre être heureuse et mentir à toutes ces personnes qui seraient venu m'assister.
Instinctivement, Eurêka relança le moteur et recommença sa course effrénée. Des souvenirs lui revinrent encore à l'esprit, des voix s'entremêlaient dans sa tête. Elle repassa en revue tous les projets qu'elle avait élaborés pour son avenir.
Il y avait de cela seulement quelques mois, elle était la jeune femme ambitieuse, souriante, sans soucis majeurs qui passait son temps à travailler mais aussi à s'amuser avec ses amis. Ensemble avec ceux-ci, ils discutaient amour, gloire et beauté. Elle croquait la vie à pleines dents. Qui aurait cru que le destin lui arracherait aussi cruellement toutes ces joies ? Aujourd'hui elle était là, à bord de sa voiture, le cœur meurtri, au milieu d'une route déserte. Elle se décida néanmoins de demander à son amie comment se déroulait le défilé.
A l'autre bout du fils, ce fut une voix masculine qui répondit, une voix si familière qu'elle l'aurait reconnu parmi mille autres. Elle raccrocha aussitôt.
Comme si elle venait de recevoir une dose d'adrénaline, la styliste accéléra de plus belle. Des grosses gouttes de pluie commencèrent à marteler le capot de la voiture et l'acuité de la conductrice déjà amorcée par l'effet de l'alcool devenait de plus en plus faible.
- C'est vraiment idiot de ma part d'être sorti sous ce mauvais temps.
Au bord du chemin, un jeune homme faisait de l'auto- stop. La demoiselle qui par excès de vitesse alla s'arrêter plus loin, lui fit signe de monter.
- Tenez, dit Eurêka en tendant la bouteille de whisky au jeune homme, ça vous réchauffera un peu.
- Merci mademoiselle.
- Où allez vous ?
- En ville.
En bonne samaritaine, Eurêka entreprit de faire demi-tour. Allumant une cigarette, elle en proposa une à son passager.
- Non merci. Je ne supporte pas l'odeur de la cigarette.
Pour faire bonne figure, l'autre jeta sa cigarette par-dessus le pare-brise. Le jeune homme ne put s'empêcher de la regarder avec un brin d'admiration. Lui non plus ne manquait pas de charme.
- On m'appelle Rock, dit le jeune homme rompant ainsi le silence. J'étais allé rendre visite à mes parents et ne trouvant pas d'occasion pour rentrer, j'ai décidé de marcher en faisant de l'auto-stop. Mais je n'ai vraisemblablement pas eu de chance avant que vous m'en accordiez.
Les belles filles généreuses, on ne les croise pas tous les jours sur son chemin.
- Vous pouvez m'appeler Eurêka. Je ne suis pas de très bonne compagnie ces derniers temps.
- J'ai remarqué ! Vous avez des coulées de larmes sur vos joues, dit -il d'un air amusé.
- Vous ne manquez pas d'humour on dirait.
Roulant toujours à vive allure, les deux jeunes gens se retrouvaient à présent à un niveau où la route traversait une petite forêt secondaire.
- Vous conduisez toujours aussi dangereusement ?
- Non, seulement lorsque je suis en compagnie d'un charmant jeune homme.
- Attention mademoiselle, je pourrai le prendre pour un compliment !
- Mais ç'en est un ! Puis reprenant sérieusement elle dit : peu importe comment je conduis, l'important est de sortit de cette galère en un seul morceau. Il suffit de ne pas paniquer. J'ai la situation en main.
- Super. J'aime les filles qui ont du cran.
A certains endroits, la route bitumée contenait des nids de poule. La voiture y faisait des bonds avant de se relancer.
Il continuait à pleuvoir et à faire de plus en plus froid. La conductrice détacha son abondante chevelure qui lui retomba sur le dos accélera. La minute qui s'en suivit, Eurêka perdait le contrôle de la voiture. Elle essaya de garder son sang froid mais, la voiture alla finir sa course contre un tronc d'arbre. Le choc était tel que les deux passagers en perdirent connaissance. Eurêka était coincée entre son siège et le volant de la voiture et elle devait vraisemblablement avoir les deux jambes fracturées. Un grand filet de sang coulait de sa tête et avait teint sa belle chevelure blonde en rouge vif. Lorsque les secours arrivèrent, trois heures plus tard, ils eurent du mal à sortit la jeune fille de la voiture. Tant bien que mal, les deux accidentés furent transportés d'urgence dans le centre hospitalier le plus proche.

Pendant ce temps Floryn avait fait un crochet à son bureau, juste avant la fin du défilé pour régler des petits détails urgents. Il sursauta lorsqu'on décrochant son téléphone, on lui annonça que sa fille venait d'avoir un accident de voiture et qu'une transfusion sanguine était urgente pour sauver sa vie. Au comble des malheurs, la banque de sang de la structure sanitaire dans laquelle étaient transportés les accidentés était complètement vide. Comment une banque de sang pouvait -elle manquer du sang à transfuser envoyant les ayant besoin droit à la morgue, se demanda Floryn exaspéré. Lorsqu'il arriva à l'hôpital, deux femmes en blouse blanches vinrent l'accueillir et le conduire dans une salle aménagée pour les dons de sang. Quelques centilitres de sang lui firent retirés avant qu'il ne soit installé dans ce qui paraissait être une salle d'attente. L'attente fut très longue et Floryn n'arrêtait pas de tourner en rond comme une toupie durant les trente longues minutes que cela dura. Trente minutes au bout desquelles quelqu'un vint l'appeler : le médecin voulait l'entretenir.
Le bureau du médecin se trouvait au fond d'un couloir d'où montait une odeur d'éther. L'homme qui le reçu était trapu avec une calvitie naissance. Il avait des yeux ronds, tellement qu'on aurait dit des billes derrières ses grosses loupes. Ce dernier demanda à Floryn de prendre place en face de lui. L'autre s'exécuta.
- Bonjour Monsieur !
- Bonjour docteur !
- Vous êtes le père de mademoiselle Eurêka ?
- Oui docteur.
- Ce sera vous mentir si je vous disais que votre fille se porte bien.
Il ôta ses lunettes et en mordilla une monture avant de continuer. Mais je peux dire que le pire est passé.
- Merci docteur.
- Ne me remercier pas si tôt monsieur.
Nous avions fais des examens et je dois vous dire que je suis désolé du fait qu'on a pas pu transfusé votre sang à mademoiselle Eurêka. Il y a incompatibilité.
- Attendez docteur, si vous n'aviez pas pu transfuser du sang à ma fille…
- Rassurez vous monsieur, des personnes de bonne volonté ont bien voulu donner de leur sang pour sauver la vie de votre fille.
- Je leur en suis reconnaissant. Mais, dites docteur, comment se fait-il que mon sang soit incompatible à celui de ma fille ?
- Votre fille représente un cas très particulier en médecine. Elle est du rhésus négatif tandis que vous êtes du rhésus positif. Si on lui transfusait votre sang, elle développerait des anti-gènes anti-rhésus positif. Vous comprenez sans doute que cela serait nuisible pour votre fille. C'est tout comme si on l'envoyait droit à la morgue.
- Votre théorie tiens bien debout mais, je ne comprends pas comment… Comment est ce possible docteur ?
- Il n' y a qu'une explication plausible à cela. Vous n'êtes pas le père génétique de mademoiselle Eurêka.
- Vous faites erreur docteur.
- Les résultats sont irréfutables, monsieur.
Floryn se leva lentement, traîna les pieds jusqu'à la chambre où avait été installé sa fille. Etendu dans le lit, la vie de cette dernière tenait à quelques perfuseurs placés ça et là. Eurêka était méconnaissable dans l'uniforme du centre hospitalier, avec ses deux pieds plâtrés et ses cheveux coupés au ras lui donnait un aspect un peu masculin. On les lui avait coupé pour faire des bandages sur sa tête. Elle n'avait même pas ouvert les yeux pour regarder son père.
Floryn la regarda une dernière fois et le cœur serré, il tourna les talons pour s'en aller les yeux embués de larmes.
Sur le chemin de retour, Floryn ne décoléra pas. Plusieurs sentiments s'entremêlaient dans son cœur. Comment un si grand intellectuel avait-il pu être berné par la machinerie d'une femme ? La femme qu'il aimait, en laquelle il avait mit une confiance aveugle ? Comment pouvait-on prétendre aimer quelqu'un en le trahissant ? Eurêka cet enfant unique qu'il chérissait de tout son cœur, cette jeune fille en laquelle il avait placé toute son espérance, cette jeune femme pour laquelle il était prêt à sacrifier même sa propre vie, cet enfant qu'il avait couvert d'amour, qu'il avait élever vingt cinq ans durant n'était pas sien…
Il l'avait vu marquer ses premiers pas. Il l'avait entendu prononcer ses premiers mots. Il lui avait appris à écrire ses premières lettres. Il l'avait accompagné à l'école à toutes les rentrées scolaires. Il l'avait aidé à choisir la tenue de son premier rendez vous amoureux. Il avait été son confident. C'était sur son épaule qu'elle était venue épancher les larmes de sa première déception amoureuse. Tous ces souvenirs revenaient dans la mémoire de Floryn les uns après les autres. Il avait beau fermer les yeux et penser à quelque chose de plaisant, il n'y arrivait pas. Tout son cœur était rempli d'amertume. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à Eurêka ; à cette jolie petite fille aux yeux sombres avec une touffe de cheveux noirs.
C'était une enfant avec une petite tête d'ange, celle qu'ont tous les bébés à leur naissance et qui changent parfois au cours de leur vie. Il aimait la prendre dans ses bras et la bercer. Tous les deux, ils étaient si proches…. Aujourd'hui, on lui apprenait que cette douce et innocente Eurêka avait un géniteur qui traînait dans la nature.
Comment allait-il désormais se comporter avec cette jeune fille tout en sachant qu'elle n'était pas vraiment sa fille ? Comment pouvait-il continuer à vivre avec Nathalie en ayant découvert cette trahison, ce mensonge si bien caché ? Arrivé enfin chez lui, il traversa le vestibule et se rendit dans la salle de réception. Nathalie était assise dans le sofa, encore toute excitée da la réussite du défilé et heureuse de toutes les entrées qu'elle avait pu faire grâce à cette manifestation.
- Floryn, tu aurais dû finir la soirée, notre fille a eu une idée de génie en organisant ce défilé.
- C'est bien.
Nathalie s'interrompu dans son élan en remarquant la mauvaise humeur de son mari. Elle n'avait encore jamais vu son époux dans un état pareil. Son inquiétude s'accrut en remarquant la manche de la sa chemise retroussée et la bande collante sur l'avant bras de Floryn. Ce dernier se dirigea droit vers le bar, s'assit sur un tabouret et se servit un verre de J&B.
- Que t'arrive t-il chéri ?
- Rien du tout.
- Et cette bande sur ta main ?
- Je viens de te dire que je n'ai rien, ça ne te suffit pas non ?
- Tu as l'air bizarre, tu peux au moins me dire ce qui se passe !
- C'est plutôt moi qui devait te poser cette question.
- Je ne comprends pas où tu veux en venir mon amour.
-" Mon amour ". Ecoutez donc moi ça, on en croirait une épouse parfaite.
- Tu me reproches de quelque chose ?
- Non, bien sûr que non ma chère Nathalie.
La dame se leva de son sofa et se dirigea vers le bar.
- Ne t'approches surtout pas de moi Nathalie.
- Floryn, me diras-tu enfin ce qui ne va pas ?
- Je ne dois des explications à personnes et surtout pas à toi.
- Depuis quand est ce que nous avons des secrets l'un pour l'autres ?
- Bonne question. Tu peux aussi me donner la réponse pendant que tu y es.
- Je ne sais pas ce que tu as mais, c'est idiot de se comporter comme tu le fais.
- Idiot, stupide, oui. J'ai été stupide depuis vingt cinq ans. Vingt cinq ans durant j'ai cru former une famille solide et de sang alors qu'il n'en est qu'un simulacre de famille. Dis moi comment est ce qu'on doit se comporter lorsqu'on apprend une telle chose hein Nathalie ?
- J'avoue que c'est du chinois ce que tu me dis. Je ne comprends absolument rien.
- Ok, madame ne comprend pas. Je vais devoir lui expliquer. Je viens de découvrir que Eurêka n'est pas ma fille. Alors si tu as un tant soit peu d'estime pour moi dis moi la vérité, qui est son père ?
Nathalie sursauta. Floryn se leva et fit un pas vers sa femme.
- Alors Nathalie, je t'écoute.
- Je ne sais pas où es ce que tu es allé ramassé de telles élucubrations mais ça ne fera que nous pourrir la vie.
- Je divague alors ?
Tu as joué à la maligne mais c'est fini Nathalie, je veux connaître toute la vérité. Qui est le salaud avec lequel tu m'as trompé ?
Emporté par la colère, Floryn empoigna sa femme et la maintint ainsi contre le mur. Ses yeux étaient rouges de colère.
- Je ne t'ai jamais trompé !
- Bonté divine ! Même après tout ce que je sais, tu oses nier les faits, dit Floryn en relâchant Nathalie de son emprise.
- Je t'aime Floryn et je n'ai jamais souhaité te faire du mal. Je te jure que je ne t'ai jamais trompé.
Elle vint s'agenouiller devant son mari qui l'avait remplacé dans le sofa. Il commençait à faire chaud dans la pièce en dépit de l'air conditionné.
- Arrête. Arrête tout de suite ces niaiseries Nathalie. Je n'ai plus que faire de ta franchise au rabais. Je n'ai nul besoin de tes larmes de crocodile et je ne suis pas Dieu pour que tu t'agenouilles devant moi. " Tu ne m'as jamais trompé " alors explique moi s'il te plait comment est ce possible que mon sang et celui d'Eurêka soit génétiquement incompatible ?
- C'est tout simplement impossible. Tu le sais tout autant que moi.
- Impossible ? C'est sans doute donc le médecin qui s'est trompé. Mais oui j'y pense. Ils sont tellement stupides qu'ils ne peuvent pas faire leur boulot comme il faut, dit Floryn ironique.
- Je ne te suis pas.
- C'est normal très chère. C'est tout à fais normal que tu ne comprennes rien à mon raisonnement. Dire que j'ai cru en toi durant toutes ces années.
- ça suffit maintenant Floryn. Est-ce que tu vas enfin m'expliquer ce qui se passe ici, cria la dame. Floryn lança la bouteille qu'il tenait dans sa main contre le mur. Les mains crispées, il s'avança vers son interlocutrice et se saisit d'elle.
- Eurêka n'est pas ma fille vrai ou faux ?
- Floryn, tu me fais mal !
- Excuse- moi ma chérie, dit l'autre en passant sa main autour de la taille de son épouse. Essais au moins d'être un peu honnête. Si tu ne le fais pas pour moi, fais le pour ta fille qui en ce net moment lutte entre la vie et la mort.
- Qu'est ce qui est arrivé à Eurêka ? Dis-moi s'il te plaît.
- Elle a eu un accident de voiture.
- Mon Dieu ! Elle se porte bien au moins ?
- J'étais à l'hôpital pour une transfusion sanguine. On m'a fait appel parce que j'étais la personne mentionnée dans les papiers d'Eurêka. Il fallait du sang pour la sauver et la banque était vide. Ils m'ont demandé de donner mon sang croyant que j'étais le père de la malheureuse accidenté malheureusement je ne le suis pas et ça tu le sais depuis toujours.
- Non, non, réussit à dire la dame.
- Et le comble c'est que je n'ai pas pu donner du sang à Eurêka parce que mon sang est incompatible au sien.
Croyant au pire, Nathalie porta ses mains sur sa tête et s'effondra en sanglot.
- Non mon Dieu, pas ma petite fille.
- ça ne sert à rien de pleurer.
- Ma petite fille est morte, je n'avais qu'elle sur terre. Seigneur qu'ai-je fais au monde pour mériter un tel châtiment ?
- Le seigneur n'en est pour rien. C'est ton mensonge qui t'a perdu. J'avais confiance en toi Nathalie et tu m'as poignardé dans le dos.
- Ce n'est pas ce que tu crois Floryn.
- Alors pourquoi ne pas dire la vérité ? Tu veux suivre le chemin du mensonge, saches que ce n'est que le début de tes maux.
Nathalie se roulait à présent par terre. Elle pleurait toutes les larmes de son corps. Sidéré, Floryn la regardait sans dire mot.
- Elle n'est pas morte ta fille. Elle est hospitalisée au centre universitaire.
- Il faut que je la voie.
- Vas-y, il s'agit de ta fille mais je te préviens que je ne veux plus te revoir foulé de ton pied le seuil de cette maison tant que lumière ne serait pas faite sur cette affaire.
Nathalie ne fit même pas attention à la menace de son époux. Elle prit les contacts de sa voiture et s'en alla. Tout ce qui comptait pour l'instant c'était d'être au chevet de sa fille. Elle s'y retrouva au bout de quelques minutes.
Devant le spectacle funeste que lui présentait sa fille étendue dans ce lit d'hôpital, Nathalie eut des larmes aux yeux. Les souvenirs de son passé lui revinrent.
Elève à l'époque, elle avait quinze ou seize ans. Elle préparait son Brevet d'Etudes du Premier Cycle lorsqu'elle fit la connaissance de celui qui fut son premier amour. Si on lui posait la question, elle serait incapable de dire ce qui l'attirait chez ce jeune homme. Etait ce de l'amour, de l'estime, de l'enthousiasme ? Sa mère les avait quitté à la naissance de son petit frère qui d'ailleurs ne survécu pas. Son père s'étant remarié un peu plus tôt ne prêtait pas trop attention à l'orpheline qu'il laissa aux bons soins d'une marâtre pire qu'une sorcière. Ainsi l'adolescente porta tout son attachement à son jeune compagnon qui lui manifestait estime et sympathie.
Ils faisaient quelques fois l'école bouissonière pour passer plus temps en amoureux ensemble, s'embrassaient. Un jour, Nathalie accepta de l'accompagner chez lui. En dépit des protestations de l'adolescente, l'autre abusa d'elle. Le mois qui s'en suivit, Nathalie attendit ses menstrues qui ne vinrent pas. Elle redouta la colère de son père, le jour où celui-ci découvrirait qu'elle était enceinte et se dérobait au moindre regard de sa belle mère. Toute malheureuse, Nathalie garda ce secret jusqu'au jour où sa belle mère la réveilla dans un bain de sang.
- Maman, c'est toi ?
Eurêka venait d'ouvrir les yeux. Nathalie accourut et sera la main de sa fille dans la sienne.
- Oui ma chérie, c'est maman. Je resterai avec toi. Est ce que tu te sens mieux ?
- Non j'ai très mal à la tête et je ne sens pas mes pieds.
- T'en fais pas les médecins vont bien prendre soin de toi. Tu t'en sortiras.
- Papa n'est pas avec toi ?
- Non chérie mais il ne va pas tarder à venir, mentit -elle en se pinçant la lèvre inférieur. Elle savait pourtant que leur famille ne trouverait pas si tôt la quiétude et la sérénité et la sérénité qu'avait toujours été sienne même si elle se décidait de révéler au grand jour ce secret qui était tapis au fond de son cœur, cette ombre du passé qui désormais menaçait l'horizon de l'avenir de chacun d'entre eux. Son mariage volerait en éclat pensa Nathalie. Ce mariage si chèrement acquis.
La première fois que Floryn s'était présenté chez ses parents, timide et heureuse à la fois, elle présenta l'homme qui partageait sa vie à ses parents. Ceux-ci ne se doutaient pas de la nouvelle que leur apportait ce visiteur impromptu. Lorsqu'ils leurs annoncèrent leur prochain mariage, le père de Nathalie s'y opposa sans autre forme de procès. Nul n'était le sang froid et la patience dont furent preuve Floryn, ç'aurait été un fiasco. Floryn réussit à convaincre le père de Nathalie de lui accorder la main de sa fille.
On peut dire que ce fut un mariage réussi.
Même après vingt cinq ans de mariage, Nathalie se souvenait encore de cette douce musique qui montait du temple et qui l'invitait à aller rejoindre son futur mari. La robe qu'elle portait était la plus belle qu'elle ait vu de toute sa vie. Floryn l'avait spécialement commandé pour lui faire plaisir. Alors qu'elle s'avançait lentement vers sa destinée, accompagnée par son père, le sourire satisfait, la jeune mariée jetait des œillades et guettait toute ces personnes qui étaient venu pour elle. Elle s'engageait dans le chemin de son futur où une nouvelle vie allait éclore pour elle. Eurêka vint agrandir la famille quelque temps après. Retrouverait-elle ce jour?

Chapitre 3

Les jours se succédèrent les uns aux autres, les semaines passèrent, deux, trois mois s'écoulèrent. Eurêka s'était rétabli. Après ce long moment où elle avait broyé du noir, la styliste refaisait à présent surface. Aidée par son amie Milliny, elle mettait au point le projet de leur agence de mannequinât. Plus personne ne doutait d'elle après le succès qu'avait eu son défilé. Son nom était à la une des journaux, elle passait à la télé. Elle était une vraie star à présent. Elle aurait tellement voulu partager tout ce bonheur avec sa mère, lui raconter tous les détails de ses journées, seulement, elle devait prendre son mal en patience car sa chère mère avait pris des " vacances ". Quant à son père, il était tellement préoccupé par ses affaires qu'il passait plus du temps dehors qu'avec sa fille : voyages, dîner d'affaire, réunion in extremis, rencontre avec des clients….loin d'être dupe, Eurêka était persuadée qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. C'était comme si son père faisait tout pour l'éviter. Eurêka avait l'impression qu'elle était la cause de la tristesse de sa mère.
De son côté, Nathalie réfléchie à la stratégie qu'elle allait mettre au point pour révéler la vérité à son mari et sa fille. Assise sur une chaise longue, elle feuilletait l'album familial qu'elle avait emporté avec elle. Cette famille qui paraissait si soudée, si heureuse. Elle savait que désormais rien ne serait comme avant quoi qu'il en soit. Si Floryn la répudiait, elle ne s'en remettrait pas. Quand bien même il ne la répudiait pas, pouvait-il encore lui faire confiance, la regarder avec la même tendresse, la même délicatesse qu'autrefois ? Et Eurêka, qu'allait-elle bien devenir. Elle n'avait jamais connu d'autre père que celui qui l'avait vu grandir. Durant toutes ces années, personne ne s'était jamais douté du secret qu'elle traînait au fond de son cœur et à cause duquel tous ces malheurs lui arrivaient. Elle avait trahi tout le monde à commencer par elle-même.
Empoignant son sac, Nathalie se mit en route.
Ce fut avec grande satisfaction qu'elle retrouva la demeure familiale si bien qu'elle eut l'impression d'être partie pendant longtemps. Rien n'avait changé, tout était disposé de la même manière qu'avant son départ. Elle avait au préalable téléphoné son époux pour l'aviser de son arrivée. Ce dernier ne devait pas tarder d'ailleurs.
Nathalie monta dans la chambre à coucher et se mit à ranger ses vêtements. A peine eu t-elle fini que son mari arriva. Son regard était tellement inexpressif qu'on ne pouvait dire s'il était heureux ou pas de revoir celle qui depuis toujours partageait sa vie. Il toussota en dénouant sa cravate.
- Tout s'est bien passé avec Eurêka ? Demanda la dame.
- Oui, elle ne se doute de rien.
- A propos, où est-elle passé.
- Elle m'a laissé entendre qu'elle aurait une concertation avec Milliny au sujet de leur agence de mannequinât. Elle ne sera pas de retour avant longtemps.
- Cela nous laisse le temps de causer tranquille.
Nathalie voulait en finir une bonne fois pour toute avec ce mensonge qui empoisonnait leur vie. Floryn la pria de manger d'abord.
A table, Nathalie parla plus qu'elle ne mangea. Elle passait son temps à jouer avec sa fourchette.
Lorsque enfin arriva le moment de la vérité, Floryn et Nathalie s'installèrent sur le sofa pour discuter.
- Alors je t'écoute Nathalie.
- Je sais que je t'ai fais du mal Floryn. Implicitement j'ai cassé notre famille sans que je ne le veuille. Je suis peut être responsable de tout ce qui vous est arrivé à toi et Eurêka. Pourrais tu me pardonner un jour ?
- Comment veux tu que je te pardonne si je ne sais pas exactement à quoi m'en tenir.
Ayant entendu le son de la voix de sa mère, Eurêka qui était rentrée plus tôt que prévu voulait se diriger dans le salon lorsque quelque chose l'arrêta net. Elle marcha sur la pointe des pieds et se mit dans un coin où ses parents ne pouvaient la remarquer et d'où elle pouvait entendre tout ce que ceux-ci se disaient.
- Si nous en sommes arrivé à ce point, c'est parce que tu ne m'avais jamais dit que Eurêka n'était pas ma fille. Nul n'était l'accident qu'elle avait eu, je ne l'aurait certainement jamais su. Tu aurais sans doute emporté ton secret dans ta tombe.
La styliste tressaillit : " Floryn n'était pas son père " comment était ce possible ?
- Tu as raison. Les médecins ont raison. Eurêka n'est pas ta fille.
Dans son coin, Eurêka eut l'impression d'avoir reçu un poignard dans le cœur. Ses pieds faiblirent sous le poids de son corps. Elle s'accroupit et s'adossa au mur pour ne pas vaciller.
- Te voilà au moins franche alors dis-moi qui est son père.
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas. Tu te paies ma tête ou quoi ?
- Je te jure que je ne connais pas le père d'Eurêka, répéta Nathalie en larmes.
Ce fut le comble pour Eurêka, qui se mit à pleurer elle aussi en silence. Pourquoi le malheur n'arrivait qu'à elle, s'interroge la jeune fille. Nathalie sa mère, sa chère mère ; cette femme toujours souriante, généreuse et forte était son modèle. Elle était son repère. Elle l'avait toujours considéré comme pieuse et vertueuse. Non seulement, elle l'admirait, elle avait aussi beaucoup d'estime et de respect pour cette femme qui l'avait couvé de tout l'amour dont elle avait eut besoin. Jamais elle se serait imaginé qu'elle ait eu une relation avec un autre homme que Floryn ; jamais même dans les plus fou de ses cauchemars, Eurêka n'aurait pensé que sa mère eut été aussi irréfléchie au point de donner la paternité d'un enfant à un monsieur qui n'en était pas le père biologique ?
- Non seulement tu as été infidèle mais tu as été aussi irresponsable ! Bravo, quel palmarès !
- Si tu me laissais m'expliquer.
- Je ne demande que ça très chère.
Nathalie se leva lentement du sofa et se mit à tourner en rond.
- Lorsque j'ai perdu ma mère, je n'étais encore qu'une gamine. Je ne savais rien de la vie. J'étais inexpérimentée, fragile, vulnérable…. J'avais besoin que quelqu'un prenne soin de moi, j'avais besoin que l'on m'entoure de tout l'amour possible. Je me sentais si seule surtout lorsque mon père s'était remarié. Ma belle mère m'a fait vivre tous les supplices possibles. Elle m'a fait voir la vie de toutes les couleurs. Dieu seul sait combien j'en ai bavé. Nuits et jours je priais le ciel pour que je puisse sortir de ce cauchemar.
Lorsque je me suis attachée au premier homme de ma vie, je me suis complètement confiée à lui. Il était mon père, mon frère, ma mère, mon ami ; il était ma nouvelle famille mais, un ami n'est que la moitié d'un traître. Un ami n'est qu'un ennemi déguisé. Je l'ai su à mes dépends et j'en ai payer le prix. Je me retrouva enceinte. C'était dur à vivre, le responsable de ma grossesse n'était qu'un élève tout comme moi, de famille modeste. Mon père m'aurait renié s'il l'avait su. Quant à ma belle mère, elle m'aurait tué de ses propres mains. Aussi gardai je le secret en prenant des absorptifs en cachette pour interrompre cette grossesse puis un soir, ma belle mère me réveilla dans un bain de sang. Non seulement, j'avais perdu le bébé, je faisais une hémorragie. Transportée dans une clinique, on me donna quelques cachets à avaler mais mon cas se compliqua et infection s'en suivit. Mon père avait voyagé pour mission de service. Laissée aux bons soins de ma belle mère, je m'éteignais à petit feu. J'étais mal traitée. Lorsque mon état s'empira, ma belle n'eut d'autres solutions que de me transporter dans un centre hospitalier. Je m'en suis sortis mais j'avais perdu à tout jamais la possibilité de connaître un jour la joie de la maternité.
- Qu'est ce que tu veux dire par là ?
- Tu as très bien compris Floryn. Jamais je ne peux mettre au monde, jamais tu entends.
La blouse de Nathalie était trompée de larmes. Floryn se déboutonna, il transpirait à grosse goutte. Secouée par des violentes spasme, Eurêka continuait à pleurer. Ce qu'elle venait d'entendre était incroyable. Personne ne connaissait son père biologique et Nathalie ne pouvant mettre au monde ne pouvait être non plus sa mère. Qui étaient ses parents alors ?
- Seigneur, tu ne peux pas mettre au monde ?
- Non Floryn.
- Et tu ne me l'as jamais dit.
- J'avais peur de te perdre.
- Parce que tu croyais que tu es une machine à faire les enfants ? Tu croyais que je t'avais épouser seulement pour que tu me fasses des enfants ? Et Eurêka dans tout ça ? Est ce que tu as pensé à ce qu'elle va devoir endurer à cause de ton ego ? Tout ça parce que tu ne penses qu'à toi, rien qu'à toi.
- Je ne voulais voir personne souffrir. Je ne voulais pas que ça se passe ainsi.
- Oui tant que ton petit secret était bien au chaud. Tu aurais du te douter qu'un jour, la vérité referait surface.
Mais, dis moi alors, si tu ne peux pas mettre au monde, Eurêka n'est donc non plus ta fille.
- Eurêka est la fille que je n'ai jamais eu et nous sommes les seuls parents qu'elle n'ait eu. Je l'aime de tout mon cœur et je ne laisserai personne me séparer d'elle.
Lorsque je t'ai connu, j'ai vu en toi une bouée de sauvetage. Avec tous les déboires que j'avais connus dans ma vie, te rencontrer était comme un signe du ciel, c'était un peu comme si le destin me tendait une perche, je l'ai saisi. Je me suis dis que si je te donnais un enfant, jamais tu ne t'éloignerais de moi. La seule fausse note était que je ne pouvais malheureusement pas t'en donner. J'ai simulé une grossesse et j'ai pris des vacances.
En effet, tout fraîchement mariée, Nathalie, âgée de dix neuf ans à l'époque avait demandé à ce qu'elle prenne des vacances. Le jeune époux, tout galant qu'il était ne le lui refusa pas. Méticuleuse, elle avait tout planifié dans les moindres détails. Elle était partie pendant dix mois. Aidée par une vieille amie, elle était allée prendre des renseignements dans un foyer d'accueil pour enfants abandonnés. Elle voulait un bébé, un nouveau né de quelques jours seulement. Par grâce, le jour même un monsieur avait apporté un bébé à faire adopter, une mignonne jolie fille. Elle la baptisa Eurêka. Personne ne s'était douté qu'elle n'avait jamais été enceinte et que ce bébé n'était pas d'elle. Personne à commencer par son propre mari.
- J'ai adopté Eurêka.
- On aurait pu le faire tous les deux d'un commun accord et tu nous aurais évité tout ce qui nous arrive aujourd'hui. Tu as fais plus que me décevoir Nathalie.
Floryn sortit du salon, traversa le vestibule et se rendit dans le jardin. Quelques minutes plus tard, Nathalie entendit un bruit de moteur. C'était son époux qui ressortait.
- Maman !
L'esthéticienne se retourna pour découvrir Eurêka toute en larme. Elle avait des bagages à la main. Rien qu'en voyant sa mine, Nathalie compris qu'elle avait tout entendu.
- Ton père m'a dit que tu étais avec Milliny.
- C'est ce qu'il croyait. Je suis rentrée plus tôt que prévu.
- Ma chérie, qu'est ce que tu fais avec tous ces bagages.
- Je m'en vais.
- Où est ce que tu vas ? Je viens de rentrer et nous devons discuter toutes les deux.
- Inutile de te redire, j'ai tout entendu.
- Je suis désolée Eurêka mais, je te promets que nous allons nous en sortir. On trouvera une solution, tous ensemble.
- Maman, Nathalie, je ne sais même pas comment t'appeler maintenant. Il faut que je m'en aille d'ici.
- Eurêka, tu es encore toute convalescente, tu ne peux pas faire ça.
- Désolée. Je ne peux pas rester.
Impuissante, Nathalie regardait Eurêka s'en aller.
- Dis-moi au moins où tu vas !
- Lorsque j'aurai besoin de toi c'est moi qui chercherais à te voir.
Alors que Eurêka s'en allait, Nathalie s'effondra en larmes en regardant la photo de famille accroché au mur.

Pendant ce temps, Jason était en pleine conversation avec son père. Il voulait coûte que coûte épouser Farida et le plus tôt possible.
- J'adore Farida papa, je veux l'avoir pour épouse.
- Es tu bien sûr de ce que tu dis. Un mariage ne se décide pas sur un coup de tête mon fils.
- Il n' y a pas de soucis à se faire papa.
- N'as-tu plus de penchant pour l'autre fille que tu fréquentais ?
- C'est une histoire ancienne, papa. Une erreur qui ne se reproduira pas.
- C'est une fille de caractère l'autre fille que tu as laissé tombé tout comme Farida. Elle est de ce genre de fille qui ne lâche pas facilement prise ou qui n'aime pas être vaincue. Par moment j'ai l'impression qu'elle ressemble un peu à Farida.
Jason était gêné du fait que son père fasse une telle évocation. Cependant il n'avait pas du tout tord. Le caractère n'était pas le seul point commun qu'avaient les deux jeunes filles de sa vie. L'autre avec laquelle il avait eu une liaison ressemblait terriblement à sa fiancée à quelques différences près. C'était peut être pour cette raison qu'il était séduit. Les deux femmes avait les mêmes yeux, le même regards, le même petit nez effilé, le même sourire. Ce rapprochement embarrassa le médecin.
- Je ne veux plus penser à cette autre fille. J'ai frôlé la rupture avec Farida et je ne veux plus que ça se reproduise.
-Très bien vu fils. Tu aimes Farida, qu'il en soit fait selon ton désir.
Les deux hommes trinquèrent à leur projet et continuèrent leur conversation.

Chapitre 4

Plusieurs semaines s'écoulèrent et toujours pas de nouvelles d'Eurêka. Nathalie de plus en plus inquiète ne mangeait plus, elle n'arrivait plus à faire quoi que ce soit d'ailleurs. Elle était paralysée par l'idée d'avoir perdu sa fille, rangée par le sentiment d'avoir trahi toutes les seules personnes qu'elle avait sur terre et qui l'aimait. Elle avait l'impression d'être une bonne à rien. Floryn ne faisait rien pour l'aider, plongé lui aussi dans ses pensées et ses soucis. Il se dépensait dans son travail pour essayer d'oublier tout ce qui lui arrivait. Il se levait en premier et s'en allait sans prendre même son petit déjeuner. A midi, il ne rentrait plus pour ses pauses déjeuner et le comble, il rentrait très tardivement la nuit. Les week-ends, ils sortait faire de la pêche avec des amis pendant Nathalie n'avait rien pour se consoler. Elle était de plus en plus malheureuse. Croyant que sa fille était peut chez elle, Nathalie fit appel à Milliny. Celle-ci arriva presque aussitôt.
- Il faut que tu m'aides Miliny.
- Tu sais que tu peux toujours compter sur moi Nathalie !
Que puis-je faire pour toi ?
- Je voudrais que tu puisses parler à Eurêka. Il faut absolument que je puisse la voir pour que je lui explique ce qui s'est réellement passé. Elle doit me détester après tout ce qui s'est passé mais je suis toujours sa mère.
- J'ai du mal à te suivre Nathalie. Je ne comprends rien à ce que tu me dis. Tu me parles de voir Eurêka et ensuite, tu me parles des explications. Quelques choses ne marcherait-il pas entre vous deux ?
- Elle ne t'a donc rien dit ?
- Non. Eurêka ne m'a rien dit. D'ailleurs la dernière fois que nous nous sommes vu c'était le jour où tu rentrais de ton voyage.
- Miliny ! Tu veux dire que ma fille n'est pas chez toi ?
- Non pas du tout. Mais de quoi tu parles Nathalie ?
Epuisée, Nathalie s'assit dans le sofa et pris sa tête entre ses deux mains.
- Qu'est ce qu'il y a Nathalie ? Qu'est ce qui se passe ?
- Eurêka est parti ?
- Parti ? Comment ça, parti ?
- Je ne sais pas ce que j'ai fais au monde pour mériter une telle punition.
- Franchement, je ne comprend pas ce qui se passe dans la tête d'Eurêka, dit Miliny. Elle n'arrête pas de s'entourer de mystères. Mais, ce n'est pas le moment de se poser des questions, il faut qu'on la retrouve.
- Tu as raison Miliny, il faut qu'on la retrouve.

***

Ramassant ses affaires éparpillées çà et là dans son bureau, Jason faisait ses derniers paquets. Son bailleur ne lui avait pas laissé le choix, il fallait qu'il libère les lieux le plus vite possible. Piqué par Dieu seul savait quelle mouche, ce dernier avait décider de tripler le prix du loyer après certaines réparations et ne pouvant pas payer, le jeune médecin n'avait d'autres choix que de plier bagages.
Une enveloppe kraft posée sur son bureau attira son attention. Il ne se souvenait l'avoir posé là. Il l'ouvrit et manqua de faire une crise d'hypertension. Ce qu'il y avait vu était criard. Même le plus idiot du monde aurait compris sans avoir eu d'explications préalables. C'était clair et net : des photos de sa chère fiancée avec un autre homme. Il n'y avait aucun doute que ce dernier était son amant.
On les voyait entrelacés, se regardant les yeux dans les yeux, s'embrassant…cela expliquait bien les petits mensonges de Farida ces derniers temps, ses haussements de ton, ses comparaisons interminables sur tel ou tel autre point. Tout était à présent clair dans la tête de Jason.
- Qu'est ce que c'est que ça ?
Un petit mot accompagnait les photos.
" Tu veux tout savoir, rendez vous au Mont Fleuri à 19 heures "
Le Mont Fleuri était un restaurant chic, à quelques kilomètres hors de la ville. Un endroit fréquenté par des personnes en quête de quiétude ou voulant se défaire un moment du brouhaha de la grande ville. C'était à peine à quelques trois quarts d'heures de voiture. Jason regarda sa montre, il était 18 heures. Il n'avait aucune idée rien de la personne qui avait mis ce paquet là, mais ce dernier avait réussi de semer le doute dans son cœur. Aller jusqu'au bout de l'histoire fut la solution qui parut la plus plausible à Jason. Abandonnant là ces autres paquets, Jason prit les photos avec lui et mis sa voiture en marche en direction du Mont Fleuri.
A peine était-il installé, qu'il vit arrivé un jeune couple visiblement très amoureux. Dans le prénombre, le jeune couple ne fit pas attention au monsieur au trait tiré assis sur une banquette. Jason n'en crut pas ses yeux. Il venait de voir Farida et son amant sous ses propres yeux.
Ceux-ci s'assirent dans une paillote et se mirent à jouer à tous les jeux amoureux. Jason resta là à les regarda jusqu'au moment où il en eu assez. Il sortit de sa cachette et fonça droit sur le couple.
Prise de court, Farida sursauta tandis que Jason se ruait sur l'autre qui prit la fuite.
- Jason attend, je vais tout t'expliquer.
- Tout m'expliquer ? Tu te moques ouvertement de moi ! Dire que j'étais sur le point de faire de toi mon épouse alors que tu es une étoile noire.
- Jason, ce n'est pas ce que tu crois.
- Ce n'est pas ce que je crois alors explique moi mademoiselle " je sais tout ". Je te prie de m'expliquer ce que je viens de voir sous mes yeux et dis moi que ce n'est pas toi non plus sur ces photographies.
Jason jeta l'enveloppe des photos sur la table et s'en alla. Farida ahurie se mit à les regarder avec un pincement de cœur et un soudain dégoût pour son amant. Elle venait de tout perdre pour une histoire sans lendemain ; pour un homme sorti de nulle part et qui l'avait séduit avec ses airs de grand sportif, son sourire espiègle et tous les mots doux qu'il lui disait. Elle s'était jetée sans réfléchir dans une relation sans penser à Jason et au risque que cela représentait pour leur couple.

Jason furieux, n'avait aucune envie de rentrer chez lui et de retrouver tous ces souvenirs qui lui rappellerait la femme qu'il avait aimé et qui l'avait lâchement trahi. Il se décida de passer la nuit dans le cabinet médical où il travaillait. Un petit filet de sang coulait de sa tête. Il s'était blessé lors de son petit accrochage avec son rival.
Il entra dans l'immense pièce qui lui avait servit d'office de bureau et se mit à fouiller quelque chose d'imprécis dans ses cartons lorsque la pièce s'éclaira sur Eurêka. Elle était magnifique dans une robe noire moulante assortie à des sandales nacrées. Souriante, elle releva la tête pour défier l'autre.
- C'est ça que tu cherches ? demanda celle -ci en montrant une bouteille d'alcool au médecin.
- Eurêka ! Qu'est ce que tu fais là ? Tes parents te cherchent partout.
- Je suis une grande fille Jason et je sais où mettre les pieds. Mes parents n'ont pas à s'inquiéter pour moi.
Tu saignes Jason, laisse moi t'aider à nettoyer ça.
En bonne amie, Eurêka fit un petit pansement à Jason qui dépassé par les événements n'arrêtait pas de tourner en rond.
- Qu'est ce que tu fais là Eurêka ? Je t'ai déjà dis que je ne voulais plus te voir.
- Je ne te force pas la main très cher. Loin de ce que tu imagines, je ne suis pas là pour toi.
- Alors dis moi ce que tu fais dans mon bureau.
- Ton bureau ? Redescends sur terre chéri, ce n'est plus ton bureau Jason. Tu as jusqu'à demain matin aux premières lueurs du jour pour déguerpir d'ici. Ce sont les locaux de mon agence de mannequinât désormais.
- Quoi ?
- Ne fais pas semblant de ne pas avoir entendu ce que je viens de dire. Ici c'est chez moi désormais, j'ai racheté les lieux.
- Comment as-tu pu me faire ça Eurêka ? Comment ?
- Ce n'est rien comparé à ce que toi, tu m'as fais. Mais tu n'as pas à te faire du mauvais sang. Je t'offre là, le moyen de pouvoir prendre quelques jours de vacances avec Farida.
- Laisse la en dehors de ça s'il te plait. Je ne sais pas ce qui me retiens pour t'en coller une.
- C'est parce que tu sais que tu aurais tord de le faire. Je t'ai offert tout ce dont tu avais besoin sur un plateau d'or. Tu m'as remercié en monnaie de singe parce que tu ne penses qu'à toi. Tu es la personne la plus vile et la plus égocentrique qu'il m'a été donné de rencontrer. J'ai perdu mon temps à vouloir te faire plaisir. Je me suis leurrée à vouloir conserver quelque chose qui déjà n'existait pas. Il est temps que je pense à moi aussi. Je n'ai fais que te renvoyer l'ascenseur Jason. Mais quand je pense à tout ça, je devais plutôt te remercier de m'avoir aider à comprendre quel genre d'homme tu es exactement. Excuses- moi, je dois rendre visite à une amie. Au revoir Jason !

Farida, effondrée dans un fauteuil, en voulait au monde entier. Jason la pardonnerai t-elle ? Un coup sec porté au battant de sa porte la tira de ses pensées. Ayant essuyé hâtivement ses larmes, elle ordonna à son visiteur de rentrer. Le visage de la journaliste se crispa et son sang se figea en voyant la personne qui se trouvait maintenant en face d'elle. Cette dernière souriait, rayonnante, à croire que tout était rose dans sa vie ; comme si elle n'avait pas le moindre problème.
- Bonsoir Farida !
En dépit de la douleur qui la martyrisait, Farida fit l'énorme effort de se lever. Elle regarda la jeune femme dans les yeux mais les larmes brûlantes de ses yeux l'aveuglaient ; tout autour d'elle était flou.
- A en croire les coulées des larmes sur tes joues, on dirait que quelque chose ne va pas. Je me trompe ?
- Tu n'as rien à faire ici.
Devant le spectacle qu'offrait Farida en larmes, l'autre eut le cœur tellement serré qu'elle du se retenir pour ne pas se mettre à pleurer elle aussi.
- C'est comme ça que tu traites tes invités ?
- Tu n'es pas mon invitée et tu ne le seras jamais. Tu n'es pas la bienvenue Eurêka, alors je te demande de sortir de mon bureau.
- Oh ma belle, garde toi d'utiliser le terme " jamais ".
- Je n'ai pas de conseil à recevoir de toi.
- Je n'ai pas non plus besoin de t'en donner. J'étais juste passé voir les résultats du travail de Rock.
- Rock ?
- Farida, tu vas pas me dire que tu l'as déjà oublié ! Tu peux rester avec lui maintenant que tes fiançailles sont rompues.
- Salope. J'aurai dû m'en douter. Tu étais derrière tout ça.
Ayant perdu son contrôle, Farida balança le vase qui se trouvait à sa portée à la figure de Eurêka qui, heureusement s'écarta de justesse.

Rock. Ce prénom résonnait dans la tête de la journaliste tel le son d'une cloche. Elle se souvint de la manière dont elle avait fait sa fameuse rencontre avec lui.
Il avait débarqué un soir au journal avec un ami qui travaillait dans l'édition des journaux pour lui proposer une prestation de service. En regardant les échantillons que ces deux visiteurs lui avaient apportés, Farida avait trouvé que l'offre était alléchante. Elle ne la laissa pas passer. Cependant l'un des sous traitants s'en allait conclure d'autres affaires, seul Rock devait rester sur place.
A leur seconde rencontre, Rock l'invitait à dîner au Mont Fleuri. Il usa de tous ses atouts de gentleman pour la séduire. Les mots doux succédèrent aux clins d'œil qui flattèrent la jeune femme. Il lui apportait des fleurs et se montrait attentionné. Il ne tarda pas de plaire à Farida qui ne su résister à son charme et encore moins à l'envie de partager un baiser.
Il comblait le vide que laissait Jason qui était tout le temps entre le centre hospitalier et son cabinet médical au point de manquer du temps pour elle. Farida n'hésita pas lorsque Rock l'invita chez lui. Il avait préparé pour elle. Jamais encore elle n'avait passé une aussi merveilleuse soirée. Elle ne s'était pas doutée que pendant qu'elle savourait le plaisir de partager son intimité avec Rock, un œil guettait leurs ébats les plus farouches pour en faire les preuves de sa trahison.
Elle avait cru en l'amour de Rock et lui avait donné non seulement l'opportunité de pouvoir collaborer avec elle mais aussi une partie de son cœur ainsi que tout son corps.

- Dire que j'ai cru en cette mascarade.
-Tu as perdu. Tu te souviens de ce soir où nous sommes croisés au super marché ? Je t'avais prévenu que tu regretterais d'avoir ris de moi.

Maintenant qu'elle en parlait, Farida se souvint également de ce fameux soir. Elles s'était rencontrés au super marché où elles faisaient toutes les deux leurs emplettes. Elle s'était ouvertement moqué des déboires que connaissaient Eurêka. Cette dernière lui avait juré de la faire payer.

- Tu n'es qu'une insatisfaite, une sangsue, une fille aigrie qui trouve du plaisir à torturer l'esprit des autres.
-Traites- moi de tout ce que tu veux n'empêche que ce n'est pas moi qui t'ai aidé à te retrouver dans le lit de Rock.
- Je ne sais pas ce que Jason a pu trouver à une fille comme toi.
- J'ai du respect pour lui. J'ai à son égard un grand sens de l'honneur et je ne l'ai jamais trahi. On ne peut pas en dire autant de toi.
- C'était un piège que tu m'as tendu.
- J'ai payé Rock pour qu'il te séduise, point. Vous vous êtes occupé de tout le reste.
- Une fois que Jason saura ce que tu as fais, il ne voudra plus jamais te voir.
- J'en n'ai que faire de lui maintenant. Tu peux le garder de toutes façons il ne veut plus me voir depuis longtemps.
Maintenant que tu connais toute l'histoire. Que feras-tu Farida ? Appeler Jason et lui dire " Pardonne moi Jason, c'est Eurêka qui est derrière tout ça ". D'après ce que je viens de voir, ça ne m'étonnerait qu'il daigne te pardonner. Oui, j'ai payé Rock. Oui j'ai mis à vos trousses un photographe professionnel mais toi tu as trahi un homme qui était sur le point de faire de toi son épouse. Tu as trahi son amour, c'est tout ce qui compte.
A bout de force, Farida dû reconnaître que l'autre avait raison.
- Je te prie de t'en aller maintenant.
- Ah ! Te voilà soudain bien polie. C'est mieux ainsi, tu ne trouves pas Farida ?
Une dernière chose : je détiens toujours les clichés des photographies et j'ai le pouvoir de te briser, te détruire complètement. Il suffit que je les vende à tes collègues de la presse à scandale. Imagine la joie que cela fera ! Bye.

***

- Bonsoir maman !
- Eurêka ma chérie. Qu'est ce que tu nous as fais peur ! Où est ce que tu étais passé ?
- Cela n'a aucune importance.
- Je suis contente que tu sois là ma chérie.
- Il faut que je te parle maman.
- Pas de problème ma chérie. Je range mon bureau, on rentre à la maison. Je vais te préparer ton plat préféré, ensuite on pourra discuter tranquillement de femme à femme.
- Je n'ai pas du tout envie de rentrer à la maison maman, je veux juste connaître la vérité.
- Il n' y a plus aucune vérité à découvrir ma chérie, c'est fini.
- Si je suis venu au monde, c'est que comme tout enfant j'ai bien des parents géniteurs !
- A force de trop regarder le lait de près, on fini par y découvrir des poils noirs.
- Je suis déterminée à aller jusqu'au bout et tu dois m'aider dans mon entreprise.
- Qu'auras tu Eurêka à aller chercher des géniteurs qui n'ont jamais voulu de toi ? Sinon pourquoi ne t'ont- ils pas garder avec eux ?
- Je saurai enfin la vérité. Peut être l'ont-ils fait par contrainte, en estimant que c'était la meilleure chose à faire pour moi ou alors c'était par égoïsme. Dans tous les cas, je veux savoir ce qui s'est réellement passé.
- Qu'est ce que tu attends de moi ?
- Que tu me donnes un indice par lequel je pourrais commencer.
- Et si je refusais.
- Tu es libre de faire ce que tu veux, tu sais !

Quelques jours plus tard, Eurêka se retrouvait à des milliers de kilomètres de chez elle. Là où parait-il que tout avait commencé. Il n'arrêtait pas de pleuvoir depuis qu'elle était là et l'argile dont étaient constitués les terrains de la localité n'arrangeait rien au problème. Il y avait des marres d'eau partout au point qu'à peine sortit de sa voiture, la jeune fille manqua de glisser.
- Quel bled ! Parjura t-elle, à peine arrivée, je n'ai pas envie d'y passer la vie.
Devant elle se dressaient deux bâtiments qui devaient dater d'au moins un siècle. Une petite dame blanche s'avança vers elle, le sourire aux lèvres.
- Bienvenu dans notre humble demeure madame.
- Merci. Dit Eurêka. Je ne suis encore qu'une demoiselle.
- Mais vous avez tout l'air d'une véritable dame. Dieu sait qu'un jour vous trouverez votre âme sœur. Car j'ai le sentiment que votre cœur est bon ma fille. Entrez donc.
Les deux femmes entrèrent dans une sorte de cabane en terre battue. Il faisant sombre à l'intérieur. La vieille dame dû allumer une bougie pour voir. Eurêka fut immédiatement impressionnée par l'ordre avec lequel étaient classés touts les documents qui s'y trouvaient. Des vieilles photographies couvraient les murs de la cabane d'où sortait une belle odeur d'infusion de menthe.
L'autre pria la jeune fille de prendre place sur une grande natte, on aurait dit celle dont se servent les musulmans dans leurs mosquées, avant de disparaître derrière un rideau en bout de bambou. Lorsqu'elle réapparut, elle tenait deux verres.
- Tenez, ça fait du bien. C'est une infusion de menthe.
- Merci.
- Je dirige cet établissement depuis plus de 40 ans. Lorsque je suis arrivée ici, j'étais beaucoup plus jeune que vous. Cet orphelinat toute ma vie et tous ses enfants sont ma famille. Y en a de ceux qui partent mais y en a toujours qui restent.
- C'est une bonne œuvre. Vous avez bon cœur vous aussi. Ce ne sont pas toutes les femmes qui sont prêtes à se sacrifier pour la cause d'autrui.
La vieille dame fait une grimace qui amusa Eurêka.
- Ma fille, le vrai bonheur est si simple que l'on passe souvent à côté. Tu vois, cette galère fait mon bonheur. Il y a un adage qui dit que le fou cherche le bonheur au loin mais le sage le cultive à ses pieds. Aujourd'hui je suis heureuse parce que j'ai cru en ce que je faisais car l'important pour moi, ce n'étais pas ce que je faisais mais plutôt ce qui étais dans ce que je faisais.
Elle se tut un instant, porta son verre à ses lèvres et regarda fixement son interlocutrice.
- On m'appelle Eurêka, dit cette dernière.
- Joli prénom qui doit sans doute venir de votre mère n'est ce pas ?
- Exact.
- Moi c'est Mathilde. Votre mère doit être beaucoup attachée à vous à en croire l'explication de votre prénom. Pourtant vous paraissez bien triste. Vous cherchez des réponses ?
- Oui et vous pouvez m'être très utile.
La jeune fille se lança, raconta toute son histoire à la dame qui n'arrêtait pas de soupirer en écoutant Eurêka. Puis se levant lentement, elle se dirigea vers sa bibliothèque d'où elle retira un dossier jauni par les années. Dans les quelques minutes qui suivirent Eurêka en su un peu plus que lorsqu'elle était venu. Elle prit le soin de faire des copies avant de remercier la bonne dame et prendre congé.

L'histoire remontait à plusieurs années mais, Mathilde se souvenait bien de cette demoiselle qui était venu pour adopter un enfant et justement on lui avait apporté une jolie petite fille la veille. La jeune femme s'en était allée heureuse toute avec sa jolie petite fille dans ses bras. Et depuis Mathilde n'avait plus eu de nouvelle jusqu'à cette visite inattendue.

Le soir venu dans sa chambre d'hôtel, la styliste n'arrêtait pas de tourner les papiers que Mathilde lui avait remis dans tous les sens. Elle savait d'or et déjà qu'un monsieur était venu à l'orphelinat de Mathilde il y avait de cela 25 ans pour y mettre en pension un bébé qui avait été adopté par Nathalie. Ce monsieur était-il son père géniteur ? Rien ne l'attestait et la partie n'était pas gagnée d'avance. Tout ce qu'elle avait sur lui c'était un nom, une adresse et une fonction.

Un nom, une fonction et une adresse, répéta Eurêka assise devant un verre de jus de fruit. Une serveuse passa devant elle avec un plat de ngoulou mu manko bien fumant (une sauce de viande de porc aux bananes plantains le tout dans une soupe de pâte de noix de palme écrasés).
- Redescend sur terre mademoiselle !
- Annabelle !
- Bonsoir ma chérie.
- Les recherches ont-elle été fructueuses ?
- Deux semaines de recherches, je pourrais te dire que j'en sais plus sur ton monsieur que sa propre mère.
- Qu'est ce que tu sais Annabelle ? Dis moi s'il te plait, mon cœur bat la chamade.
- Ce que je sais, Monsieur " ton inconnu " va te le dire de vive voix ". Veuillez vous joindre à nous monsieur je vous en prie.
Eurêka eu juste le temps de détourner son regard. Elle entrevit un homme, sexagénaire, ravi de voir toutes les belles jeunes filles qu'il y avaient autour de lui.
- Je vous présente ma copine Eurêka. Eurêka Monsieur " ton inconnu "
- On m'appelle Daniel.
-Ravie de vous connaître monsieur. Prenez donc place.
Les deux jeunes filles échangèrent des œillades complices qui n'échappèrent pas au vieil homme qui après quelques bières se mit à cracher le morceau.
- J'en avais assez de garder ce secret qui depuis 25 ans pèse sur ma conscience et j'ai commencé à désespérer ne sachant pas vers qui me confesser.
Il n'était pas visiblement pas heureux d'avoir participer à un plan aussi machiavélique que celui d'abandonner un enfant à son triste sort. Pendant que Daniel lui contait son histoire, Eurêka avait les larmes aux yeux. Elle n'arrivait pas à comprendre comment un homme responsable peut faire un enfant pour l'abandonner par la suite. Elle n'arrivait pas à s'imaginer qu'une femme puisse porter son enfant neuf mois durant pour le faire élever dans une pension et ce, par égoïsme, pour préserver ses intérêts.
- Que serai-je devenu si on ne m'avait pas adoptée ?
- N'y pensez plus ma fille, l'essentiel est qu'à présent vous connaissez toute l'histoire et en plus de cela, vous avez des parents qui vous aiment.
- Ne te tortures pas l'esprit comme ça ma belle, c'est fini maintenant.
- Non Annabelle. J'ai quelques mots à dire à mes géniteurs. C'est loi d'être fini.
Monsieur Daniel s'il vous plait, pourriez vous venir avec nous. Il faut que j'aie le dernier mot de cette histoire.
Aussi longtemps que se souvenait Eurêka, Nathalie et Floryn avaient toujours été ses seuls parents. Nulle n'avaient été tous ces événements, personne n'aurait jamais su la vérité. Nathalie s'était toujours bien occupée d'elle comme le font toutes les mères responsables et soucieuses de leur progéniture. Elle lui souriait lorsqu'elle la voyait traverser le vestibule, toujours sereine, à croire que tout tournait rond ou que tout était rose. Les apparences étaient bien trompeuses car au fond de son cœur Nathalie devait supporter le poids de ce terrible secret. Pourtant ne dis t-on pas que quelle que soit la durée de la nuit, le soleil fini toujours par apparaître ?

Chapitre 5

Toute la famille était autour d'une dame-jeanne de vin de palme comme on le faisait pour toute réconciliation. Farida assise aux côtés de sa mère, guettait Jason de temps en temps. Ce dernier faisait des énormes efforts pour ne pas croiser le regard de sa fiancée chaque fois qu'il devait répondre à une question. Toute la famille tenait à leur réconciliation, le père de Jason en particulier.
- Fiston dans chaque histoire d'amour, il y a toujours des hauts et des bas. C'est tout ça qui fait l'amour. Souviens toi on dit que l'amour supporte tout et pardonne. Je suis sûr que Farida a tiré les leçons de son erreur. Vous vous êtes égaré tous les deux, il est temps de repartir sur des nouvelles bases.
- Pardonner n'est malheureusement pas synonyme d'oubli. Chaque fois que je la regarderai, je me souviendrais toujours de sa trahison.
- Vous êtes jeunes, sujets à des tentations auxquels vous succombez la plupart des temps. Ce n'est pas une excuse mais, rappelles toi que tu l'as également trahi !
Jason toisa son beau père tout en sachant qu'il avait raison en ce qui concernait leur réciproque trahison. Il secoua la tête, se leva pour se diriger vers la sortie. Quelque chose l'arrêta dans son élan. Eurêka avait apparut dans l'embrasure de la porte d'entrée, accompagnée de son amie Milliny, de sa mère et d'un vieil homme.
- Qu'est ce que tu fais là toi ? L'interrogea t-il.
- Excusez moi d'interrompre votre réunion familiale mais je crois que ce que nous avons à vous dire tiens également du domaine familial.
- Vous l'avez bien dis : vous nous avez interrompu et je crois avoir été très clair avec vous mademoiselle. Vous n'avez rien à faire ici et je ne veux plus vous voir approcher mon fils.
- Qui est ce, demanda le père de Farida à sa fille.
- C'est la fille avec laquelle m'a trompé Jason.
- N'avez donc vous pas aucune honte mademoiselle ? Après tout ce qui s'est passé, vous osez encore revenir dans cette maison, renchérit la mère de Farida.
Il eut un vif remue-ménage auquel la jeune fille répondit par un surprenant silence. Cependant dès qu'il aperçut son vieil ami approché, Vincent se tut pour l'accueillir.
- Daniel mon ami, quelle surprise ! Entre donc très cher fais comme chez toi.
- Merci et j'aimerai que tu en fasses autant pour ces dames. Je t'assure que ça ne sera pas long.
- Qu'est ce que c'est que ce scénario Daniel ? Cette jeune fille que tu vois, c'est le diable en personne. Je ne sais pas ce qu'elle a encore manigancé et j'ignore pour quelle raison tu es mêlé à tout ça mais, cette fille ment comme elle respire. Si aujourd'hui nous sommes en palabre ici, c'est bien à cause d'elle.
- Qu'à cela ne tienne, est ce qu'on peut prendre place ?
- Si tu insistes. Je te le permets au nom de notre amitié. Faites vite et partez, nous avons plus urgent à faire.
Et tout le monde pris place. Ce fut Daniel qui brisa le silence.
- Excusez notre intrusion. Personne ne peut prévoir les choses naturelles. Je suis ici pour la cause de cette pauvre petite.
- Pauvre petite ! Tu ne sais ce que tu dis s'exclama Vincent, le père de Jason.
- Je sais bien ce que je dis Vincent et à sa place j'aurai aimé que vous vous montriez un peu plus aimable, toi surtout mon ami car cette belle demoiselle est ta fille.
Vincent eut un sourire amusé.
- Je me doutais qu'elle avait manigancé quelque chose de ce genre et là c'est la meilleure. Mon Dieu !
- Eurêka ? Repris Jason, où est ce que tu es allé cherché une telle chose. C'est pathétique. Tu es décidée à briser ma famille ou quoi ?
- Franchement, tu n'as pas trouvé mieux ? Renchérit Farida.
- C'est une traînée, il fallait s'y attendre.
-Retirez ce que vous venez de dire, dit Daniel en s'adressant à la mère de Farida, vous risquez de le regretter bien vite.
- Je vous interdis de parler ainsi à ma femme.
- Je vous prie de m'excusez monsieur.
Vincent, dit Daniel, en s'adressant à son ami, j'ai passé vingt cinq ans avec un poids sur le cœur. Aujourd'hui j'ai décidé d'en finir.
- Qu'est ce que tu veux dire par là ?
- Tu te souviens de la fille que tu m'as chargé de placer en pension ? Eh bien la voilà en face de toi : Eurêka.
- Tu as fais une fille avec une autre femme Vincent ? Demanda l'épouse de ce dernier.
- Il est fou, je ne sais pas de quoi il parle.
- C'est ton ami, pourquoi mentirai t-il ?
- Pourquoi, racontez vous de telles choses sur mon père ? Combien vous a-t-elle offert pour une telle infamie ?
-Rien mon fils seulement le rachat de ma conscience. Durant toutes ces années où j'ai gardé ce secret j'ai menti à toutes les personnes que j'aimais. Je t'ai trahi Christine, j'ai menti à mon épouse aussi. Il est temps d'assumer les responsabilités de nos actes Vincent.
- Je n'ai aucune responsabilité à assumer Daniel. Si c'est tout ce que tu as à me dire, vous pouvez partir, toi et ta suite.
- Regarde la bien Vincent, Christine regarde cette fille que ton mari est en train de traité de tous les noms, n'a-t-elle rien de lui ?
La mère de Jason se mit à détailler Eurêka de l'ongle aux cheveux et vis versa, secoua la tête et avoua n'avoir jamais vraiment fait attention à toutes ses ressemblances que Eurêka avait avec Jason ou sa sœur Elior.
- Qu'est ce que tu sais à propos de cette enfant Daniel ? demanda t-elle enfin.
- Il y a 25 ans, j'ai hébergé dans mon humble demeure la maîtresse de Vincent que j'ai fait passé pour une cousine éloignée aux yeux de mon épouse. C'était une femme mariée qui, fuyant son mari, proche ami de Vincent également s'était réfugiée chez moi. Elle avait prétexté une maladie pour partir du foyer conjugal et ainsi cacher sa grossesse. Tout ce passa bien et au bout de neuf mois, Eurêka vint au monde. Vincent ne voulait pas que qui que ce soit se doute de l'existence de cet enfant. Il m'a demandé de placer le bébé dans une pension et depuis je n'ai jamais plus eu de nouvelle. Vincent, sa maîtresse et moi, allions certainement emporter notre petit secret dans nos tombes si Eurêka n'était pas tombé amoureuse de ton fils, son demi frère : Jason, rien n'aurait été découvert et si elle n'avait pas eu cet accident à partir duquel tout a commencé…
- Mon Dieu ce n'est donc pas une mise en scène ? Interrogea Christine, la mère de Jason.
- Non, répondit Daniel, ce n'est pas une mise ne scène.
- Eurêka, ma sœur ? Interrogea Jason. Papa, dis moi que ce n'est pas vrai. Comment une chose pareille peut-elle être vrai ?
- Qui préférez vous croire, s'énerva Vincent, ce charlatan ou moi ?
- Vous n'avez qu'à faire un test génétique pour tirez tout cela au clair, suggéra Milliny.
- Excellente idée.
- Je ne ferai jamais de test génétique. Cette fille est plus que maléfique. Je suis certain qu'elle a tout prévu. Ce sera des examens truqués. Je ne tomberai pas dans son piège.
- Papa …
- Ne vous laissez pas distraire ainsi dit Bruno en se raclant la gorge. Puis s'adressant à Daniel, il dit : Monsieur nous vous avons écouté. Je vous prie de nous laisser continuer notre réunion.
- Vous êtes autant concerné par cette histoire que tout le monde ici.
- N'importe quoi, et comment ?
- La maîtresse de Vincent, c'était votre femme.
- Vous délirez. Ma femme ne m'a jamais trompé et encore moins avec mon meilleur ami.
- Clémence, est ce vrai ce que dit ton mari ?
La mère de Farida sursauta. Depuis un bout de temps elle semblait avoir perdu ses moyens. Elle regarda Eurêka et des larmes coulèrent de ses yeux.
Elle se souvenait de cette terrible journée.
Habituée à se lever de bon matin, elle était déjà débout avant le levée du soleil. Rien de plus qu'une petite prière chaque matin pour remettre sa journée aux bons soins de Dieu. Pourtant, ce jour là, elle préféra se soustraire à cette règle. Porter un enfant c'était facile, bien que déjà mère, elle ne supportait toujours pas les douleurs de l'enfantement. De plus elle se sentait malade : des sueurs froides parcouraient son corps brûlant. Le sang cognait fort dans ses tempes qui semblaient vouloir éclater d'une minute à une autre. Elle appela la maîtresse de la maison mais sa voix ne portait plus. Tant bien que mal, elle se leva de son lit et s'avança vers la porte en oscillant à chaque pas. Pourtant une fois hors de sa chambre, elle craqua. Lorsqu'elle se réveilla, elle était allongée dans son lit, une perfusion à la main. Elle ne se souvenait de rien, tout était flou dans sa tête. La porte s'ouvrit sur Daniel qui lui annonça la terrible nouvelle.
- Elle est morte Clémence. Nous n'avons pas voulu t'infliger une douleur supplémentaire. Nous avons pris l'initiative de l'enterrer. C'était une fille.
- Que vais-je dire à Vincent ?
- Je suis là ma chérie, avait dit Vincent qui venait de rentrer dans la pièce. Je suis au courant de tout. Il ne faut surtout pas t'en vouloir. Peut -être est-il aussi mieux ainsi pour tout le monde.
- vous n'avez pas le droit d'incriminer des gens ainsi, s'opposa Farida.
- Monsieur, je vais porter plainte contre vous pour fausse accusation à l'encontre de ma femme.
- Farida allons nous en, je ne reste pas une minute de plus ici.
Farida et son père se leva tandis que Clémence semblait être dans les nuages.
- Maman allons nous en.
Clémence regarda tour à tour Farida et Eurêka.
- Ils m'avaient dit qu'elle était morte.
- Qui ça ils ? demanda Farida. Qui est ce qui était morte ?
- Ma fille, ils m'avaient dit qu'elle était morte et j'ai toujours cru à cela.
- C'est donc vrai que tu as eu une liaison avec mon meilleur ami ? Comment as-tu osé Clémence ?
- Je suis désolée mon amour, c'était une erreur.
- Une erreur ? Tu as couché avec mon meilleur ami et tu parles d'erreur ? Je t'ai épousé madame, devant les hommes et devant Dieu. Tous les vœux que tu as eu à prononcer ne valent donc rien à tes yeux ? Tu m'as trompé et avec qui ?
Ok ! C'est ce que tu avais trouvé de mieux à faire, ce n'est pas grave. De ce pas, je m'en vais. Je ne te ferai rien. Tu n'as qu'à venir récupérer tes affaires. Je vais demander le divorce.
- Attends Bruno. Ne t'en vas pas.
Elle le retint par la manche de la veste mais, Bruno, fâché la repoussa avec dédain. Clémence alla choir sur le sol et se mit à sangloter.
- Ce sont des larmes de crocodile Clémence, dit Christine en prenant le relais. Seigneur ! C'est incroyable. Vous devez avoir honte de vous, de ce que vous avez fais et dire que durant tout ce temps, tu m'as joué la carte des bonnes copines. J'aurai pu imaginer toutes les bassesses de ta part ma chère mais pas jusqu'à ce point. Vous n'avez rien en moins que les criminels.

- Trente ans de mariage Vincent, dit Christine en se tournant vers son mari, tu viens de foutre en l'air trente ans de vie commune. Tu as fais un enfant avec la femme de ton meilleur ami et tu es resté sans remords durant 25 ans. Je sais maintenant pourquoi tu n'arrêtes pas de traiter tes amis de sorciers : c'est parce que tu en es le chef.
- Christine, je vais t'expliquer.
- Il n'y a rien à expliquer Vincent. Tout est parfaitement clair. Si tu es capable d'une chose pareille c'est que tu peux aussi me tuer. Je ne reste pas une minute de plus dans ta maison. Je te quitte. Que Clémence me remplace. Si elle a bien pu le faire une fois, elle peut toujours recommencer. Je vous souhaite bonne chance.
L'un après l'autre Bruno et Christine s'en allèrent suivi d'Elior, la jeune sœur de Jason. Vincent et Clémence, mouillés ne relevaient même pas le regard.
- Papa, tu te rends comptes de ce que tu as fais ? Dit enfin Jason.
- Maman, c'est ma rivale. Faudra t-il aujourd'hui que je la considère comme ma sœur ? Tu peux me dire qui est Eurêka pour moi aujourd'hui ? Le même sang coule dans nos veines, le même sein nous a porté mais tu es sans ignorer que nous n'avons pas arrêté de nous jeter des peaux de bananes. Si je me mariais à Jason, qui sera-t-elle pour moi ? Une sœur, une belle sœur, une rivale ? Comment as-tu pu me faire une chose pareille maman, comment ? Sais tu ce que tu viens de me faire maman ? Tu as volé mon bonheur et c'est comme si tu venais de me planter un couteau dans le dos. Jamais je ne le pardonnerai. Tu entends, jamais.

Dans son petit coin, Eurêka, réconfortée par Nathalie et Milliny regardais la scène un peu à l'écart de tout le monde. Des souvenirs lui revinrent en brides.
Elle portait une robe en soie verte opale et avait l'air d'être la plus belle de tous les invités. Elle se faufilait dans la foule pour aller remplir son verre de champagne lorsque quelqu'un la bouscula. Le verre de l'autre se renversa sur sa jolie robe. Relevant le regard, elle croisa celui d'un bel homme qui la regardait, l'air déçu.
- Je m'excuse mademoiselle, je suis vraiment maladroit.
Elle lui sourit.
- Ce n'est rien. Je voulais me resservir mais c'est ma robe qui l'a emporté sur moi. Je vais devoir rentrer mais il y aura bien d'autre fête.
- Je n'arrive pas à croire que vous ne me griffiez pas le visage à cause de votre robe. Vous êtes si aimable. A cause de moi, vous allez devoir rentrer. Permettez moi au moi de vous raccompagner.
- Merci. Je ne peux qu'accepter.
-Excuse moi encore, on m'appelle Jason.
- Moi, c'est Eurêka.
Il l'avait raccompagné. Au seuil de la porte de leur parcelle, il avait coupé le moteur. Ils étaient resté silencieux et se regardaient les yeux dans les yeux sans rien dire. Conscients que quelque chose se passait implicitement entre eux, ils ne voulurent pas briser la magie de cet instant. Puis dans un élan d'infini tendresse, Jason approcha son visage du sien, ses lèvres frôlèrent celles de la jeune fille. Ce fut leur premier baiser.
- Je...
- Ne dis rien.
Ils s'échangèrent les coordonnées et commencèrent à se voir régulièrement jusqu'au jour où pour la première fois, elle se donna entièrement à lui en lui offrant sa virginité.
Elle était toute heureuse de pouvoir partager ses sentiments avec un homme qui lui semblait sérieux, responsable et objectif. Elle avait plein de projets en tête : son défilé, l'amour, le mariage, les enfants, elle avait même aidé l'homme pour lequel battait son cœur à monter un cabinet médical… Pourtant son bonheur ne dura que l'instant d'un rêve. Un soir pendant qu'elle faisait ses répétitions pour le défilé, un monsieur lui rendit visite.
- Je cherche à voir mademoiselle Eurêka.
- Vous l'avez trouvé monsieur. Qu'est ce que je puis faire pour vous ?
- On m'appelle Vincent. Je suis le père de Jason. Cela vous dit-il quelque chose.
- Bien sûr. Prenez place monsieur je vous en prie. Je suis ravie de pouvoir faire votre connaissance.
- Je serai bref.
Vincent sorti une enveloppe qu'il remit à la styliste qui l'ouvrit avec enthousiasme. C'était des photos de Jason avec une autre femme. Ce que la jeune fille y avait vu ne laissait aucun doute, elle avait compris.
- Je vous épargne le commentaire mademoiselle. Tout ce que j'ai à vous dire c'est que mon fils a déjà une femme. Il s'est bien amusé avec vous, ce dont je ne doute pas mais, ça n'ira pas plus loin que ça.
Eurêka ne voulut guère croire que cela était possible. Pourtant elle remarqua bien un changement en Jason. Il s'énervait pour rien, il lui trouvait mille et un défauts. Chacune de leurs retrouvailles se terminait par une chamaille. Pour lui parler, Jason qui était au début l'homme le plus tendre du monde employait des mots durs, il ne l'appelait plus, même pas un simple message etc. Puis un soir, il l'appela pour lui annoncer qu'il ne voulait plus d'elle. Qu'il aimait sa fiancée et que l'avoir trahi était une erreur. Elle l'avait supplié de toutes les façons mais ses prières ne trouvèrent point d'exaucement. Une note dramatique pour la jeune styliste qui marqua la fin de leur histoire d'amour et lui ôta le plaisir de continuer à faire ce qu'elle avait commencé à entreprendre. Ce qui fit le plus mal à la jeune fille ce n'était pas le fait d'avoir perdu Jason mais, la dureté des mots utilisés par ce dernier pour le lui faire comprendre.

Une dernière fois, Eurêka regarda tour à tout, Jason, son demi frère. Cet homme qu'elle avait aimé et qui n'avait fait que se servir d'elle.
Clémence et Vincent, ses parents biologiques, hautains et sans cœur, ils n'avaient pas eu le moindre égard pour elle. Puis Farida, sa demie sœur, sa rivale …
Nathalie sera sa fille bien fort dans ses bras. Milliny les rejoignit puis le trio alla retrouver Floryn qui les attendait au coin de la rue.

Ninelle Nsiloulou   n.nsiloulou@sogeco.etde.fr

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