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Sous
le signe du destin Ninelle Nsiloulou, septembre 2005. |
Ce jour là, le temps était maussade. L'azur était gris et une brise légère soufflait de temps en temps. On entendait des cris de lamentations, des hurlements et des rires en quelques rares cas. L'odeur de l'éther qui se dégageait des salles rappelait qu'on était dans un centre hospitalier.
Dans la chambre 17, c'était la même rengaine. Isolée des autres salles, elle était occupée par une jeune femme. Cette dernière, la trentaine révolue regardait une jeune fille assise sur les rebords du lit.
- Te sens-tu mieux maman ? demanda la jeune fille à la patiente.
- Non, répondit douloureusement la jeune femme. Sans mes souvenirs, j'ai l'impression de ne pas exister.
- Ne t'en fais pas maman, tout ira mieux après ton traitement.
Stella se jeta dans les bras de celle qu'on disait être sa mère. Yvette, la jeune patiente en eut les larmes aux yeux. La présence incessante de sa fille pleine de vie lui rappelait qu'un pion manquait au puzzle de son existence ; un pion nommé souvenirs.
Privée de passé après un accident de voiture, Yvette souffrait le martyre. Elle aurait donné n'importe quoi pour une bribe de souvenir. Yvette alla se postée devant la fenêtre, elle tira les rideau et jeta un coup d'œil dehors. Une lumière vive la fit cligner les yeux. Celle-ci fut suivit d'un grondement assourdissant. Déjà le ciel se recouvrait de gros nuages noirs : un orage se préparait.
- Tu ferais mieux de partir, je crois qu'il va pleuvoir.
- D'accord maman. Prends bien soin de toi.
Obéissante, Stella se leva et embrassa sa mère avant de s'en aller. Arrivée au seuil de la porte, elle fit vote -face. Fouillant dans son sac, elle tira un papier qu'elle remit à sa mère. On y avait noté un courriel : oliver@yahoo.fr. Qui pouvait bien se cacher derrière ce courriel se demandait Yvette tout en continuant à fixer la silhouette féerique de sa fille. Et pourquoi sa fille lui avait-elle apporté ce papier à l'hôpital plutôt qu'un autre ? La patiente se posa mille et une questions auxquelles elle ne trouva aucune réponse. Lasse, elle se résigna, se recoucha et se mit à fredonner une mélopée connue d'elle seule. Admise d'urgence dans cette clinique après un accident de voiture qui avait failli lui coûter la vie, Yvette s'ennuyait.
La porte de la salle s'ouvrit sur une blouse blanche. L'homme avait l'air aimable
- Bonjour madame MOUANDA. Comment vous sentez-vous ?
- Bonjour docteur. Je sens toujours cet horrible vide autour de moi.
- Ne vous en faites pas, votre amnésie n'est que passagère, elle n'est pas irréversible. Gardez courage, vous rentrerez chez vous très bientôt.
Le médecin procéda à quelques examens de routine avant de continuer sa série de visite aux malades. Yvette le regarda partir.
Le docteur a raison dit-elle pour elle-même. Elle était persuadée qu'un jour le destin lui rendrait tout ce qu'elle méritait, tout ce qui lui revenait de droit. Elle était certaine qu'un jour le soleil reluirait dans sa vie, dans son âme et dans son cœur.Mais pour l'instant peut-être valait -il mieux ne pas se souvenir de peur de se remémorer un passé douloureux.
Vint le jour où elle devait sortir de l'hôpital. Sa fille vint la chercher à bord d'une voiture louée pour l'occasion. Ce fut avec bonheur qu' Yvette retrouva la maison familiale. Elle respira à fond pour se calmer et se remettre d'aplomb. S'acclimater, recommencer tout à zéro était le défi que la jeune femme devait relever. Elle promena un regard autour d'elle. Un sofa en cuir était installé à côté d'une chaîne Hi-fi, un pot de fleur se trouvait dans un coin à quelques mètres de la fenêtre. Les chaises en rotin donnaient un air exotique à la pièce. Une tête d'antilope grimaçait sur l'un des murs. Sur les autres étaient accrochés toutes sortes d'objets d'art. On aurait pensé qu'il s'agissait d'une galerie d'art. Les jours qui suivirent furent les plus difficiles pour Yvette. La première manche gagnée il fallait qu'elle sache qui elle était. Elle se décida de mettre à exécution la petite idée qui trottait dans sa tête : envoyer un mail à la seule personne dont elle détenait le courriel.
" Très cher,
Je suis restée longtemps sans donner de nouvelles. Ceci est dû à tout ce qui m'est arrivé dernièrement. Daigne ne pas m'en vouloir et j'espère qu'on se reverra très prochainement.
Yvette."
Le cœur battant, elle cliqua sur " envoyer " sans pour autant avoir une idée sur le destinataire du message.Plusieurs jours s'écoulèrent avant qu'Yvette ne vérifie sa boîte électronique. Son sang se figea. Il y avait un message signé du courriel oliver@yahoo.fr.
" Cher Yvette, tu ne peux imaginer combien grande est ma joie d'avoir de tes nouvelles après un si long silence. C'est un bonheur inespéré. Je me suis toujours demandé ce que tu étais devenu après toutes ces années me résoluant à croire que tu m'avais à jamais évincée de ta vie. Tu sais lorsque le soir je regarde les étoiles dans le ciel, je me demande pourquoi le destin s'est acharné contre nous. Pourquoi ne pouvons-nous pas tout simplement vivre heureux ? J'ai récemment rencontré l'une de tes vieilles copines. Elle m'a dit que Stella était à présent une charmante demoiselle. Hélas ! Je ne puis savourer le bonheur de vivre à vos côtés. Telle une ombre j'ai été contraint de m'effacer, de disparaître sans laisser de trace. Mais au fond de moi, je vous aime toujours.
Olivier "
Complètement médusée, Yvette relu le message une, deux, trois fois. Elle en était intriguée. Ce monsieur en savait long sur elle et probablement sur Stella aussi. Peut-être par lui allait-elle trouver des réponses. Fébrilement, elle entreprit de répondre.
" Cher Olivier,
Je suis heureuse aussi. C'est le destin qui a fait en sorte que nous soyons à nouveau en contact. J'ai eu quelques problèmes de santé mais tout est rentré dans l'ordre à présent. Stella quant à elle, elle est en parfaite forme.C'est presque une jeune femme, très déterminée. Pas plus tard qu'hier soir, elle m'a confié qu'elle souhaiterait faire de la recherche médicale. Elle veut réaliser mon rêve.
Yvette. "
A compter de ce jour, les messages électroniques s'enchaînèrent au rythme de deux voire trois par jour. Ils rapprochèrent implicitement Yvette et Olivier qui chaque jour se découvrait un peu plus et bien entendu au bout de quelques semaines l'inévitable arriva. Yvette commença à éprouver un peu plus que de la simple admiration pour Olivier. Elle en fut la première surprise.
Olivier POATY, propriétaire d'une chaîne de magasin dans la ville économique du pays, était père d'un petit garçon de 4 ans. Las de devoir supporter les escapades amoureuses de son épouse, il avait engagé une procédure de divorce. Comme on dit, il était heureux en affaire et malheureux en amour. Et ces dernières années furent un vrai supplice, il avait touché le fond comme le notifiait son dernier message.
"Merci Yvette.
Sans doute te demanderas-tu pourquoi je te remercie. Eh ! bien c'est pour tout ce que tu as fais pour moi. Jamais je ne l'oublierai Yvette. Mon entourage n'a jamais prêté à moi. Ils ne voient que le richard que je suis devenu mais l'homme, le vulnérable, le sensible, ils n'en ont rien à faire. Mais durant tout ce temps, j'ai toujours eu l'impression qu'il me manquait quelque chose et j'ose croire que c'est ta présence qui me faisait défaut. Je t'aime encore Yvette. Tout ce que je te demande c'est de nous donner une seconde chance. Nous pouvons avoir le bonheur que nous méritons, il suffit de le vouloir. "
Le trouble que provoqua ce dernier message fut incommensurable. Sa fille s'en aperçut très vite. Pourtant elle niait tout en bloc. Elle se voulait sans cesse belle, charmante, désirée et élégante. Ce fut à cela qu'elle travaillait ce soir là alors qu'elle devait sortir avec Stella. Il y avait de cela quelques mois seulement si quelqu'un avait osé lui dire ce qu'elle vivait aujourd'hui, elle l'aurait traité d'halluciné. Elle vivait le jour au jour tout en espérant que tout redeviendrait normal, qu'un jour elle retrouverait cet homme inconnu, pourtant si proche, qui la subjuguait. Elle voulait le rencontrer, entendre le son de sa voix, sentir son parfum, contempler son visage, effleurer ses lèvres, frémir au contact de son corps. Cet homme qui désormais peuplait ses rêves les plus fous.
La voix de Stella la fit redescendre sur terre.
- M'man, c'est bientôt fini ce maquillage ?
- J'arrive ma chérie.
Nonchalamment, Yvette se leva. Elle était sur le point de sortir lorsque son pied glissa l'entraînant dans une chute. Sa tête faucha un coin de l'embrassure de la porte. Etendu sur le carrelage, le corps de la jeune femme était inerte. Stella qui accourut aussitôt paniqua à la vue de ce corps sans vie et du petit filet de sang qui coulait de la tête de sa mère.
- Non maman ! réveille-toi, réveille-toi s'il te plait. Tu n'as pas le droit de partir. Je n'ai plus que toi sur terre.
Stella fit appel aux services de la clinique où était hospitalisée sa mère.
Ils arrivèrent presque aussitôt et Yvette fut transportée d'urgence à l'hôpital. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, il était tard dans la nuit. Elle n'avait rien de bien méchant mais, vu ses antécédents, les médecins jugèrent mieux de la garder en observations pendant quelques jours.
- Salut toi ! dit-elle à Stella qui se trouvait à son chevet, le visage complètement dépeint.
- Maman ! s'exclama cette dernière, tu es enfin réveillée. Tu m'as fais une peur bleue.
- C'est fini maintenant, dis Yvette en essuyant d'un revers de main les larmes qui coulaient sur les joues de sa charmante fille.
- Comment te sens-tu ?
- J'ai mal à la tête mais, je crois que ça été un mal nécessaire.
- Que veux-tu dire par là ?
- Des tas de souvenirs me reviennent à l'esprit. Je crois que la chute de ce matin a été le contrecoup de ce que j'ai eu lors de mon accident, autrement dis, je crois que j'ai retrouvé la mémoire.
- Ce serait génial !
- Je te promets de sortir de cet hôpital très vite et nous referons notre dîner.
A bout de larmes, Yvette étreignît sa fille.
Quelques jours plus tard, assise à une table du restaurant bar " Noura ", Stella attendait anxieuse, sa mère qui n'arrivait pas. Elle s'impatientait en regardant de temps à autre sa montre. Soudain, Yvette apparut comme dans un songe, complètement méconnaissable. Ses cheveux défrisés et coupés étaient coiffés à la dernière mode. Elle portait un pantalon assorti à un cardigan. Un joli pendentif en forme de cœur en or vermeille perlait autour de son cou. Elle avait même remit la dormeuse sur l'aile droit de son nez. L'adolescente émerveillée écarquilla les yeux.
- Excusez-moi madame, pouvez-vous me dire ce que vous avez fait de ma mère ?
- Je ne sais pas ce qu'elle devenue mais c'est mieux ainsi, n'est ce pas belle petite étoile ?
- Oh maman !
Stella voulait bien se taire mais, c'était au dessus de ses forces. Il fallait à tout prix qu'elle pose la question qui lui brûlait les lèvres.
- Maman, est ce que tu te souviens de tout à présent ?
- Pas exactement mais j'ai des brides de souvenir, ce n'est déjà pas mal.
Elles dînèrent en silence puis rentrèrent chez elles en marchant. Ravie de retrouver ses souvenirs Yvette se fit le plaisir de faire un bond dans le passé sur le chemin de retour.
A quinze ans, elle vivait seule avec son père. Sa mère était morte en lui donnant naissance. Son père était ce qu'il y avait de plus intransigeant en matière d'homme. Egocentrique, impitoyable et tenace, il était sans cœur. Lorsqu'il apprit qu'Yvette attendait un bébé, il manqua de la tuer. Il décréta toutes sortes de loi y compris celle qui interdisait le responsable de la grossesse de sa fille de mettre les pieds dans sa parcelle, ni de fréquenter sa fille. Il alla jusqu'à la marier de force à un homme qui était de douze ans l'aîné de Yvette. Ce fut pénible à vivre pour l'adolescente qu'elle était mais cette situation fut encore plus incommode pour l'homme qu'elle aimait : Olivier.Seul le ciel savait combien la jeune femme avait souffert de cette séparation. Des années s'écoulèrent. Le père d'Yvette vint à mourir et cette dernière se retrouva sous l'emprise de l'homme auquel on l'avait marié, le père adoptif de sa fille. Elle apprit à l'aimer malgré elle. Cependant, chaque fois qu'elle regardait Stella, elle ne pouvait s'empêcher de penser à Olivier qui ne chercha pas à la joindre une seule fois en dix-neuf ans. Six mille neuf cent quarante cinq jours qu' Yvette vécut tantôt avec nostalgie, tantôt avec regret. Elle imaginait sans arrêt ce qui aurait pu être …
Nathan, le mari d'Yvette, adopta Stella et la prenait comme sa propre enfant qu'ils n'avaient jamais eu d'ailleurs. Personne ne se doutait qu'il n'était pas le géniteur, tellement, il était attentionné. Malheureusement Nathan avait beau être un merveilleux mari et un bon père, cela ne comblait pas le cœur de la jeune mère. Il dirigeait une galerie d'art avec l'un de ses amis et ils étaient sur le point de signer un contrat qui allait les propulser. Mais cela n'arriva pas car Nathan fut victime d'un terrible accident qui lui coûta la vie : des bandits armés ouvrirent le feu sur lui alors qu'il rentrait retrouver sa famille. Ce fut un moment crucial pour Yvette qui avait déjà perdu non seulement sa mère mais aussi l'amour de sa jeunesse et son père. Peu de temps une copine lui remit l'adresse mail d'Olivier, que la jeune veuve laissa traîner sur sa table de travail.Elle était encore sous le choc de la perte de celui qui l'avait guidée, protégée et aimée durant dix neuf ans.
- Ma coiffe me va bien ?
Stella toisa sa mère du regard.
- elle est magnifique maman mais, c'est la troisième fois que tu me poses la même question. Tu es sûre que tout va bien ?
- Ça va ma belle petite étoile.
En marchant, elles ne se rendirent même pas compte qu'elles étaient arrivées au seuil de leur maison.
- Ah soupira, Stella, nous sommes enfin arrivées.
- Rentre sans moi, j'ai encore envie de marcher un peu. Je te rejoindrai plus tard.
- Je viens avec toi.
- Non, je veux être un peu seule.
- C'est comme tu veux mais, fais attention à toi.
- Je serai prudente, c'est promis.
Yvette continua sa route sous la claire lune. Un frisson la parcourut. Elle se souvint d'avoir déjà emprunté ce chemin. C'était le jour de l'accident qui lui avait volé sa mémoire. Elle avait prit ce chemin quelques semaines après la tragique mort de Nathan.
Cela faisait deux semaines depuis la mort de Nathan et le contrat pour lequel son mari et lui avaient tant travaillé devait être signé ce soir là. Yvette n'avait aucune envie d'aller à ce conseil qui allait regrouper de gens très connus mais, l'associé de Nathan le pressa allant jusqu'à la menacer. Au bout de plusieurs représailles, la jeune femme se plia à la volonté de l'associé de son défunt mari. Elle venait de signer et rentrait chez eux lorsqu'une Volvo la faucha. Le corps d'Yvette était presque sans vie lorsqu'on la transporta à l'hôpital.
Nathan était parti et avec lui une partie d'Yvette. Pouvait-elle à nouveau aimer ? Pouvait-elle à nouveau connaître ce sentiment que tous les humains cherchaient éperdument sur terre ? Durant toute son existence Yvette avait recherché l'amour, ce dernier riait de ses prières et le cœur de la jeune rêveuse insatisfaite s'était endormi, se contentant de quelques doux moments. A présent, elle n'était plus adolescente. Elle n'était plus sous l'autorité d'un père intransigeant et son cœur se réveillait peu à peu avide de tendresse, à la quête de l'être qui lui ferait à nouveau prononcer les mots dont la magie ensoleillait les plus meurtris des cœurs.
Une voiture passa.
Yvette alla s'asseoir sur une banquette. Une larme perla dans l'un de ses yeux. Elle l'essuyait lorsqu'une voix masculine derrière elle la fit sursauter.
- Puis-je m'installer à côté de vous madame
Yvette se retourna perplexe. Olivier était là, juste devant elle. Un sourire illumina son regard. Ses traits étaient plus marqués et il avait quelques cernes mais, son charme était intact. Les mêmes grands yeux en amande, le même sourire espiègle… Il était plus grand, plus beau et avait l'air plus mature. Bref, il avait dix-neuf ans de plus.
- Olivier !
- Yvette.
Yvette se leva lentement, frôla sa peau pour s'assurer qu'elle n'hallucinait pas. Elle chercha en vain les mots qui ne virent pas.
- Olivier. Répéta t-elle.
- Je suis là Yvette et cette fois, je ne laisserai personne nous séparer. Seule la mort pourra nous empêcher de vivre ce que nous méritons.
Olivier se pencha vers elle et effleura sa joue.
- Le bonheur est à nos pieds. Donnons nous une seconde chance Yvette, veux-tu ?
Etait-ce une demande ? Déjà, il l'attirait vers lui. Il l'embrassa passionnément. Yvette, aux anges, se blottit contre cette poitrine qui s'offrait à elle, trop heureuse d'avoir retrouvé son premier amour, l'amour de sa vie, l'homme de ses rêves. Ses prières étaient enfin exaucées. Il avait fallu qu'elle passe par des situations difficiles, elle n'allait pas laisser ce bonheur, désormais à portée de main, même s'il fallait pour cela franchir des montagnes.
Son mari était mort depuis quelques mois. Que n'allais pas penser sa belle famille qui déjà l'accusait d'avoir profité des biens matériels de Nathan. Et les personnes autour d'elle, que n'allaient-elle pas dire ? Stella dans n'allait pas accepter d'un bloc toutes les choses que sa mère s'était bien gardée de lui dire jusqu'alors. Se retrouver dans une nouvelle famille avec une grande sœur et une nouvelle mère serait sans doute déstabilisant pour Junior, le fils d'Olivier… Autant d'obstacles à franchir pour accéder au bonheur tant souhaité. Yvette savait d'or et déjà que la partie serait rude mais, elle se sentait déjà vainqueur, car leur retrouvaille était un signe du destin et elle comptait arriver au bout de ses ambitions.
Ninelle Nsiloulou nsilouloun@yahoo.fr
Les étudiants se poussent, se bousculent, certains crient leur joie pendant que d'autres s'effondrent en larmes. Les résultats sont affichés sur de petits panneaux, par ordre alphabétique. Je bouscule deux filles qui pleurent bruyamment, l'une d'elles me refile un coup de coude dans l'estomac en me traitant de connard… Enfin, je trouve le bon tableau, je descends la liste des yeux quand… Wouha ! Je l'ai ! Je lève les bras en l'air en signe de victoire et je répète : Je l'ai ! Wouha !J'ai mon bac !
Je me mets à l'écart, sors mon portable et annonce la nouvelle à ma mère. Je la sens aussi heureuse que le jour de la naissance de mon petit frère, elle pleure de joie et ça me fait chaud au cœur. Pourtant, les études ça me gonfle ! Enfin ! Ca fait plaisir à mes parents et comme j'ambitionne une carrière de journaliste, j'ai pas d'autres alternatives. Je rentre à la maison, tout souriant, ma mère me saute au cou et mon père me félicite.
--- Pour ta réussite au bac, ta mère et moi, on a pensé te faire un cadeau, dit mon père, qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
Je les regarde l'air ébahi ; les cadeaux, c'est pas dans leurs habitudes ! Avec l'effet de surprise j'allais répondre : rien ! Mais je me ravise et réfléchis quelques secondes.
--- Un voyage en Afrique, dis-je. Oui ! Ca me ferait vraiment plaisir de connaître l'Afrique, par exemple là où tu es aller papa, à Abidjan.
Depuis le temps que mon père nous bassine avec ses souvenirs d'Afrique ! A chaque réunion de famille, à chaque fois qu'on parle de l'Afrique à la télé ! Comme ça, je connaîtrai un peu, j'aurai l'air moins … !
--- Oui, c'est ça qui me ferait vraiment plaisir ! Dis-je.Mon père interroge ma mère du regard, je vois leurs yeux qui brillent et l'amorce d'un sourire. Ma mère donne son approbation d'un signe de la tête.
--- C'est d'accord, dit mon père, je vais contacter Bernard, il va te trouver un hôtel convenable ou autre chose, on verra bien…Bernard habite la Côte d'Ivoire depuis vingt trois ans. Mon père et lui, avaient quitté la France pour ' l'aventure africaine' à la fin de leur service militaire. Après deux années passées à Abidjan, mon père est rentré en France mais Bernard est resté au pays, il a épousé une Ivoirienne et créé une société d'importation d'appareils ménager. Quand Bernard vient à Paris, il ne manque jamais de venir nous rendre visite. Lui et mon père sont restés de grands amis, Ils passent des heures ensemble à raconter leur jeunesse, les packs de bières sur la table du salon.
Mercredi.J'écoute de la musique dans ma chambre quand mon père frappe à ma porte.
--- Tout est réglé, tu pars demain ! Dit-il, le visage égayé d'un large sourire. Bernard a insisté pour que tu t'installes chez lui, il dit que sa maison est immense et qu'il n'est pas question que tu ailles à l'hôtel. Il a même ajouté que ses enfants se font une joie de te faire découvrir leur pays.Jeudi.
Dix heures trente, l'Airbus d'Air France se pose sur l'aéroport Houphouët-Boigny. Je suis attendu par Guillaume, le fils de Bernard. Il est à peu près de mon âge, de corpulence plutôt fine et semble joviale et dynamique. Il me parle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le temps est nuageux, mais il fait déjà chaud
--- T'occupe pas tes bagages, dit Guillaume, le chauffeur de taxi s'en charge.Guillaume est bavard. Pendant le trajet, il me pose une quantité de questions et ne peut s'empêcher de commenter chaque endroit que nous traversons. Nous roulons à l'extérieur de la ville, la circulation est dense et ça klaxonne de partout. Par moment, on aperçoit la mer, la capitale économique s'éloigne et nous nous engageons dans une route étroite bordée de grands arbres. De chaques côtés, de magnifiques villas attirent mon attention ! Moi qui me croyais dans un pays sous-développé ! Encore une idée reçue qui tombe. Le taxi ralentit et emprunte une toute petite allée très ombragée.
--- Ici, c'est chez nous ! Dit Guillaume, c'est notre maison.L'allée est droite, le sol de couleur rouge et les arbres de chaques côtés sont immenses. Les murs blancs de la villa se découpent sur un ciel couleur ardoise. Ce décor me rappelle les contes qui ont meublé l'imaginaire de mon enfance. Tout me semble féerique. Le taxi s'arrête aux pieds des marches de la grande porte d'entrée, juste entre deux palmiers.
--- Viens ! Dit Guillaume, je vais te présenter à ma famille.
Je le suis, il m'entraîne dans le salon. Je reconnais immédiatement sa sœur, un foulard aux couleurs chatoyantes cache en partie ses longs cheveux ébène. Elle porte un jeans délavé et un T-shirt blanc. Elle m'accueille avec un franc sourire et me prie de m'asseoir. Métisse comme Guillaume, elle est d'une beauté à couper le souffle !
--- Je m'appelle Sabrina dit-elle. Bienvenue chez nous !Sa Mère arrive, suivie d'une jeune fille portant un plateau avec des rafraîchissements et des fruits. Je me sens un peu mal à l'aise, je ne suis pas habitué à autant de luxe. Malia, la mère de Guillaume et de Sabrina est impressionnante, au premier regard, on devine une personne de caractère. Je sais par mon père qu'elle a une quarantaine d'années, elle est encore très séduisante et ne fait pas son âge.
--- C'est donc toi le fils de Jean-Marc ? Dit Malia, j'ai bien connu ton père tu sais…mon marri et lui formaient un sacré duo.La discussion s'installe et s'anime dans une atmosphère simple et chaleureuse, je me sens vite à l'aise, j'ai l'impression d'avoir découvert une nouvelle famille. Après le repas, Guillaume vient vers moi.
---T'es d'accord pour faire un tour ? Me dit-il en me désignant le pick up rouge garé près d'une énorme touffe de bambou.
--- OK, dis-je, j'ai hâte de découvrir votre pays, on part quand tu veux.Sabrina s'installe au volant, je m'assieds sur le siège avant, Guillaume à l'arrière, et nous partons. La route est en mauvaise état et l'imposant véhicule saute à chaque trou. De plus, la clim est hors d'usage et nous roulons toutes vitres baissées.
--- Putain de poussière ! Dit Guillaume.
--- On parle pas comme ça ! Répond Sabrina.
--- Bah ! Ca n'a pas d'importance, dis-je.La conversation s'engage, je leur fais part du dépaysement que je ressens en Afrique et ils me posent des questions sur Paris. Je regarde Sabrina, son foulard et ses cheveux bouclés ondulent et volent au vent, son profile se découpe sur le défilement de la végétation. Je l'observe, elle me fait penser à une photo de dépliant touristique. A intervalle irrégulier la mer se montre, comme un puzzle, elle est tranquille et semble écrasée sous le soleil. A l'horizon, de gros bateaux aux couleurs pastel paraissent immobiles. Je me laisse aller à la rêverie lorsque soudain, Sabrina donne un coup de volant à droite et s'engage dans un petit chemin en forte pente qui conduit à la mer. De chaques côtés, des habitations précaires, faites de bois et de tôles, sont disposées au hasard. Des enfants courent en tout sens. Sabrina arrête le pick up près d'un amoncellement de grosses pierres noires et lisses. Nous descendons.
--- Allez ! Tous à l'eau dit Guillaume !
La mer est à trois cents mètres, nous enfilons nos maillots de bain et nous courons en direction des vagues. L'eau est chaude, c'est agréable. Guillaume fend les vagues de son corps fin et élancé, Sabrina m'attrape, m'entraîne dans les vagues et me projette dans le prochain rouleau. A mon tour, je la saisis et la balance de toutes mes forces dans le bouillon d'écume. Et nous recommençons, encore et encore jusqu'à épuisement.
--- On remonte ? Dit Guillaume, vous n'avez pas soif ?Je sors de l'eau et courre vers la voiture. Après quelques mètres, je me rends compte que je tiens toujours la main de Sabrina, je la regarde, elle me sourit mais ne lâche pas ma main. Nous atteignons le Pick up, une ribambelle de gamins déguerpit du plateau arrière à notre arrivée. Le sable est brûlant, nous nous installons à l'ombre, sous de petits palmiers. Sabrina s'allonge tout près de moi, sa peau brune aux reflets ambrés tranche avec la mienne. Elle se tourne vers moi, se met sur son côté, sa main ouverte soutenant sa tête. Je lui fais face dans la même position et nous parlons, études, musiques, cinéma, bref un peu de tout entrecoupées d'éclats de rires. Tout en parlant, je lui prends la main et nous parlons et rions encore.
--- Et si on allait ailleurs ? Dit Guillaume en se relevant.
--- OK dit Sabrina, je vous emmène dans 'mon petit paradis'. Vous allez découvrir la plus belle vue de toute la côte d'Ivoire.Sabrina n'a pas exagéré, cet endroit est d'une rare beauté. Au premier plan, des palmiers qui descendent vers la mer, puis cette eau turquoise rayée d'une multitude de traînées d'écume d'un blanc pur. C'est magnifique.
Quand nous rentrons à la villa, il fait nuit. Bernard, confortablement installé dans son fauteuil, lit le journal. Il m'accueille très chaleureusement et me demande mon impression sur cette première journée. Il va chercher un pack de bière au frigo, en ouvre deux, pose le reste sur la table et commence à me raconter son arrivée en Côte d'Ivoire avec mon père. J'ai l'impression d'avoir pris la place de mon père. Toutes leurs histoires, je les connais, je les ai entendues mainte et mainte fois, mais par politesse, je simule l'étonnement et l'émerveillement. Malia me sauve de cette situation.
--- Laisse un peu ce garçon tranquille, dit-elle, tu vois pas que tu le fatigues ! Allez, passez à table.Après le repas, Guillaume suggère une sortie en boite. Sabrina vient aussi, c'est vrai que c'est elle qui conduit alors…
C'est un petit local entièrement décoré de bois et de filets de pèche. L'ambiance est sympathique, j'ai l'impression que tout le monde se connaît. j'ai dansé avec Sabrina toute la soirée, uniquement avec elle. Jamais je ne me suis senti aussi bien avec une fille et en aussi peu de temps. J'en ai la tête toute retournée. Quand, vers deux heures du matin, nous rentrons à la villa, je tiens Sabrina par le cou, je nage en plein bonheur!
Guillaume pénètre le premier dans la maison, Il y a encore de la lumière à l'intérieur. Je le suis et m'engage dans le vaste salon en serrant Sabrina tout contre moi. Malia n'est pas couchée, elle regarde la télévision. A peine nous a-t-elle vu, Sabrina et moi, qu'elle nous lance un regard féroce et s'adresse à sa fille sur un ton autoritaire, presque méchant.
--- Vient, faut que je te parle ! Dit-elle à sa fille.Je reste avec Guillaume et je lui demande ce qui ce passe.
--- J'en sais rien, dit-il, j'ai jamais vu ma mère dans cet état.Je monte dans ma chambre et me mets au lit rapidement. Je ne comprends pas l'attitude de Malia ! Est-ce parce que je tenais sa fille par le cou ? Mais enfin, Sabrina à vingt ans ! Je me dis que c'est peut-être dans leurs coutumes ? Je passe une très mauvaise nuit.
Le lendemain matin, au petit déjeuné, l'ambiance est crispée.
--- Alors les jeunes ! Vous avez passé une bonne soirée ? Demande Bernard.Il n'obtient qu'un vague " wouai " et tente de briser le silence par quelques banalités, puis quitte la table. Je comprends de moins en moins ? Sabrina mange tête baissée comme si elle était honteuse ou punie, Guillaume ouvre enfin la bouche.
--- T'en fait une tête Sab ? C'est parce qu'on est rentré trop tard hier soir, maman a crié ?
--- Non, dit Sabrina, c'est pour autre chose, mais je ne peux rien dire, c'est entre maman et moi.
--- Ah, vous en faites des mystères, vous les femmes ! Dit Guillaume.Je n'ose pas intervenir, mais j'ai l'impression d'être directement lié à ce brusque changement d'attitude. Pourquoi ils me font la gueule aujourd'hui alors qu'hier ils m'accueillaient très chaleureusement ? Je veux en avoir le cœur net. Je rejoins Sabrina qui prend l'air dans le jardin.
--- Qu'est-ce qui se passe Sabrina ? Hier tout allait bien, et aujourd'hui, vous faites tous la gueule ?
--- Ma mère ne veut pas que tu me prennes par le cou comme ça ! Elle m'a dit qu'elle m'interdisait absolument d'avoir une relation avec toi.
--- Elle t'as dit ça ! Elle est quand même pas raciste ! Elle aime pas les blancs ?
--- Mais non, elle n'est pas raciste du tout, d'habitude elle ne me demande même pas qui sont mes copains, je ne comprends pas son attitude.
--- C'est dommage, dis-je, je ressens pour toi une attirance que j'arrive pas à expliquer. Jamais je ne me suis senti aussi bien qu'hier !
--- C'est étrange, dit-elle, je ressens la même chose. j'ai l'impression de t'avoir toujours connu, que nous nous connaissons depuis l'enfance… Et ma mère qui nous interdit de sortir ensemble ! De quel droit ! C'est elle qui est responsable si je ne suis rien ! Non rien ! Je ne suis ni africaine, ni européenne, ni noir, ni blanche, et cette peau à la couleur bizarre, d'un blanc sale ou d'un noir délavé !
--- Sabrina ! Tu délires ! Jamais je n'ai vu une peau aussi belle que la tienne ! Ta peau a la couleur de l'amour ! Tu es le fruit de deux êtres qui se sont aimés malgré toutes leurs différences.
--- Alors pourquoi cette interdiction ? Dit Sabrina. Comment ma mère peut-elle m'interdire d'entretenir une relation avec un Français alors qu'elle en a épousé un et qui lui a donné deux enfants ?Je suis révolté par l'attitude de Malia dont la première conséquence est de renforcer l'attirance que nous éprouvons l'un pour l'autre. En effet, sa prise de position extrême aboutit au résultat inverse à celui qu'elle espérait. Ce refus catégorique de sa part ne fait que renforcer notre attirance. Je suis décidé à voir Malia et à lui demander des explications ! Elle doit me les donner.
La situation se présente dans la matinée, Malia est seule dans le salon. Je lui demande si elle m'autorise à lui poser une question.
--- Ah ! j'attendais cette question, dit Malia. Je suppose que Sabrina t'as parlé ?
--- Oui, elle m'a parlé. Mais ni Sabrina ni moi ne comprenons ce qui motive votre décision !
--- Je comprends que vous soyez choqués tous les deux, mais je ne reviendrais pas sur ma décision.
Je sens la colère monter en moi et j'interroge Malia sur un ton ferme, presque agressif.
--- Je ne suis pas assez bien pour votre fille ? Ou alors vous préférez qu'elle épouse un africain ?
--- Non, calme-toi, dit-elle, c'est simplement pour des raisons personnelles.
--- Mais Sabrina à vingt ans, elle a le droit de choisir avec qui elle veut sortir !
--- Avec qui elle veut, mais pas avec toi ! C'est impossible.Malia en a dit trop ou pas assez, maintenant elle doit justifier ses propos.
--- Tu n'as pas une idée ? Dit-elle. Tu ne vois pas à quoi je fais allusion ?
--- Non ! Je ne vois pas, dis-je étonné.Malia me regarde fixement, l'expression de son visage change, son regard se fige.
--- Je vais te confier un secret, dit-elle, mais tu me jures de ne le dire à personne. Sabrina est ta sœur ! Enfin ta demi sœur si tu préfères. Sabrina a été conçu au moment où j'ai quitté ton père pour Bernard. Tu comprends maintenant ? Je ne l'ai jamais dit à personne. Tu es le seul à savoir, même Bernard ne sait pas.Quelle douche froide ! J'ai une sœur ! j'ai une sœur depuis toujours et je l'apprends seulement maintenant, à dix-huit ans ! Et en plus, Malia m'interdit de lui dire que je suis son frère ! Tout ça me tombe d'un coup. Moi qui étais venu ici pour passer deux ou trois semaines tranquilles, je suis servi !
Je promets à Malia de ne rien dire à personne, mais ses propos ne m'ont pas totalement convaincu. Comment est-elle certaine que Sabrina est la fille de mon père ? Bernard aussi peut être son père. J'aborde de nouveau le sujet avec Malia. A présent, elle semble moins certaine, je l'ai amené à se poser des questions, j'ai soulevé un doute et je la sens tourmenté. Elle enfouit sa tête dans ses mains, la relève en grimaçant, puis se redresse d'un air décidé.
--- Tu as raison, me dit-elle, cette incertitude me tourmente et me ronge, je dois savoir, je dois m'arranger pour faire pratiquer un test, mais à leur insu naturellement.
--- Oui, ce serait une décision courageuse dis-je, mais comment allez-vous procéder ?
--- Oh ! Rien de plus simple, dit-elle, je vais dire à Sabrina que vous et elle devez faire un test pour rechercher le virus du sida. Pour Bernard, je dirais qu'il a l'air fatigué et qu'une prise de sang est indispensable. Après, je m'arrangerai avec le patron du labo, c'est un ami.Impatient de connaître la vérité, je décide de poursuivre mon séjour en côte d'Ivoire... Je ne sais pas encore si J'aime Sabrina, c'est trop tôt pour le dire, mais je ressens une très forte attirance pour elle, ça j'en suis sûr. Comment dois-je la regarder ? Comme ma sœur ou différemment ? La réponse à cette question dépendrait donc du résultat des tests ? Tout cela est surréaliste ! Malia me dit qu'il faut deux à trois jours pour avoir les résultats.
En attendant, j'ai trouvé à m'occuper, je fais de la photo. Je me lève tôt le matin et parts à Abidjan avec Bernard. Je parcoure la ville en tous sens, je vais dans les endroits les plus retirés et je mitraille. Les rues, les marchés, les gens, tout me passionne. Cette ville renferme un véritable trésor pour qui aime la photo. Le soir, je me rends à l'entrepôt et je reviens avec Bernard.
Aujourd'hui, je reste à la villa, Malia attend les résultats des tests qu'elle a demandés. Nous sommes les seuls à connaître le véritable motif de ces analyses.Guillaume et Sabrina sont partis avec des amis, moi je reste à la villa avec Malia. Pour tuer le temps, Malia me raconte ses années de jeunesse avec mon père, Bernard et la bande de copains. La sonnerie du téléphone vient interrompre le récit de ses souvenirs. Malia se lève d'un bon, décroche.
--- Oui, c'est moi, dit-elle…Moi, je suis tendu comme je ne l'ai jamais été. Tout mon corps s'est brusquement figé, paralysé. Malia reste sereine, son visage ne trahit aucune expression.
--- Je vous remercie, madame ! Dit-elle, au revoir.Malia repose le combiné
--- Non, Sabrina n'est pas ta sœur, dit-elle simplement.Je saute de joie, je prends Malia dans mes bras et lui dis combien je suis heureux. Elle sourit, mais rien de plus. Je pense qu'elle ressent une certaine gène de n'avoir pas su avec certitude qui est le père de sa fille. A présent, l'image de Sabrina m'apparaît, comme une photo, là, devant moi, autour de moi, dans mon esprit, partout. Et je vois les portes de l'amour s'ouvrir en grand. Nous avons donc le droit de nous aimer ! j'ai du mal à y croire.
--- Je vais appeler Sabrina sur son portable et je lui dirais qu'elle peut se tranquilliser, que ni elle ni toi n'êtes séropositif, dit Malia.Une heure plus tard, Sabrina rentre avec Guillaume, elle saute du Pick-up et court dans mes bras.
--- C'est merveilleux, dit-elle, mais comment ma mère a-t-elle pu penser que tu pouvais être porteur du virus ?
--- Ah ! Les Mères tu sais, elles sont toutes pareilles, elles s'imaginent toujours le pire pour leurs enfants.
Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de s'inscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sœur, quelques jours après, je découvre l'amour ! Jamais je n'ai passé de vacances aussi tourmentés !Mon séjour s'achève, je pensais rester une quinzaine de jours, il y a plus d'un mois que je suis ici et je n'ai aucune envie de partir. Sabrina va me manquer terriblement, nous avons décidé de laisser passer quelques semaines, voir quelques mois et de faire le point ensuite. Tout cela est arrivé tellement vite. Le taxi descend mes bagages devant l'aéroport d'Abidjan, Sabrina essaie de rester gaie et s'efforce de ne pas pleurer. Elle a insisté pour porter un de mes bagages, c'est un peu comme si on partait ensemble, dit-elle. Guillaume ne nous a pas accompagné : " Je vous laisse tous les deux, a-t-il dit, cette journée est à vous seul ". Sabrina a mis sa robe rouge, celle que je préfère car je trouve qu'elle met en valeur la couleur ambrée de sa peau.
--- Maintenant, j'en suis certain, dis-je, ta peau à vraiment la couleur de l'amour.
c'est la dernière phrase que j'ai prononcée.Rentré à Paris, mon père me demande mon impression sur l'Afrique.
--- T'as certainement passé un séjour au calme, dit mon père, l'Afrique c'est pas comme ici et à la longue, on finit par s'ennuyer !BOKAY
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C'est un bel après-midi d'avril, le soleil chauffe les herbes sauvages qui envahissent le terrain inculte qui jouxte la maison. Mon ami Victor et moi en avons fait notre terrain de jeux privilégié, nous y rencontrons bon nombre d'animaux sauvages et d'arbres centenaires sur lesquels il est facile de grimper. Nous jouons aussi au ballon et Faisons des arcs…
--- Alex ! Alex ! Viens voir, il y a un gros rat sous ce tas de branche, dit Victor.Je m'approche des branchages, mais déjà Victor s'est emparé d'un gourdin et s'apprête à frapper l'animal qui semble inoffensif et endormi. Je l'arrête aussitôt…
--- Non ! Non, Victor ! Ne le tues pas, il est peut-être blessé ? Dis-je.La bête était énorme, où plus exactement, son ventre était énorme. Jamais je n'avais vu un rat avec un aussi gros ventre.
--- Fais gaffe ! Dit Victor, il est peut-être méchant ?
--- Mais non ! Tu ne vois pas que c'est une femelle qui va mettre des petits au monde ? dis-je.
L'animal semble souffrir, il nous regarde en implorant notre indulgence, je crois entendre ce qu'il veut nous dire : " Non ne me tuez pas, je vais avoir des bébés ! J'approche doucement ma main, il ne manifeste aucun signe d'agressivité. Et si je le gardais jusqu'à la naissance de ses petits ? Je pourrais le nourrir puis quand les ratons sauront se débrouiller seuls, je les remettrai dans le terrain?
--- Hé, Victor ! Va me chercher un carton à la maison, mais ne dis pas à ma mère pourquoi, elle a les rats en horreur !Victor revient avec un grand carton, je dépose des herbes sèches au fond pour former un matelas et je pousse délicatement notre animal à l'intérieur. Il se cale dans un coin et ne bouge pas. L'idée de le mettre à la cave me traverse l'esprit, j'en parle à Victor mais il me répond qu'il n'aime pas les rongeurs et surtout les rats. Moi, j'imagine déjà plein de petits tout rose, recouverts d'un léger duvet et s'allaitant, serrés contre le ventre de leur mère. Mais, le plus difficile reste à faire, à savoir rentrer dans la maison et aller à la cave s'en éveiller l'attention de ma mère. Je retourne à la maison et demande à Maman si elle n'a pas du vieux pain pour les oiseaux. Elle m'en donne et dit qu'elle doit se rendre au bourg pour faire quelques courses. Belle aubaine, j'en profite pour aller à la cave avec mon carton et ma rate à l'intérieur. Je la mets dans la deuxième partie de la cave, celle où nous n'allons jamais.
Depuis trois jours, je lui donne à boire et à manger. Ce matin, j'arrive avec du pain et des biscuits, j'allume la lumière et… surprise, onze petits ratons grouillent tout contre leur mère, ils se bousculent, se poussent pour atteindre une mamelle et tètent goulûment. Je n'ai pas pu cacher longtemps mon secret à ma mère, étonnée de me voir descendre plusieurs fois par jour à la cave, elle me questionna et je dus avouer la vérité. " Dès qu'ils seront un peu plus grands, tu me mets tout ça dehors ! Me dit-elle. J'ai répondu : " oui Maman ".
Trois mois plus tard, mes onze rats et leur mère sont toujours dans ma cave. Le soir, j'en prends deux ou trois avec moi et je m'amuse à les apprivoiser. Je les fais marcher sur un manche à balais, les fais rentrer dans des tubes en plastique, je les appelle et ils me suivent. Avec des lacets de chaussures, je les attelle comme un cheval et leur fait tirer des jouets à roulettes comme des voitures ou des camions. C'est de plus en plus passionnant. Ma mère m'a demandé combien j'avais de rats mais je n'ai pas osé dire la vérité, j'ai répondu trois.
Noël approche, mes rats me donnent de plus en plus de satisfaction, je leur fais faire une quantité de choses. J'ai lu dans un livre ramené d'une brocante qui s'appelle : " Rats, intelligence supérieur " qu'il était possible de les dresser à attaquer, c'est à dire d'en faire de véritables animaux de défense. J'ai appliqué les instructions de ce livre à la lettre, j'ai fabriqué un mannequin avec de la paille et des vieux vêtements et il suffit que je dise : " Attaquez ! Et ils se jettent sur le mannequin, déchirent le tissu et arrachent la paille. Alors, je crie : " Stop ! Ici ! Et ils reviennent tranquillement se serrer contre moi. Je n'ai rien dit à Maman, mais les petits ont fait des petits qui à leur tour ont donné naissances à d'autres petits. J'ai actuellement cinquante six rats, sans compter les tous petits. Je me demande si cela ne tourne pas à la folie.Quinze février ; c'est l'anniversaire de ma mère, elle a trente huit ans, elle est encore très jolie, je suis seul avec elle car mon père travaille en Indonésie où il dirige la construction d'un pont. Plusieurs personnes sont venues souhaiter bon anniversaire à ma mère. On frappe de nouveau à la porte, Je vais ouvrir. C'est Monsieur Maillet, un fort gaillard réputé pour être particulièrement malhonnête avec les dames. Il a même eu des histoires de meurs qui l'ont mené en la justice. Dans le village, certains l'appellent : " L'obsédé ". Il dit qu'il vient souhaiter bon anniversaire à ma mère. Il s'approche et l'embrasse comme tout le monde, mais brutalement, il la prend par la taille et la serre. Ma mère se débat, elle tombe à terre et l'homme se jette sur elle. Alors, comprenant ce qu'il se passe, je m'approche et tire l'homme par le bras…
--- Toi sale Mioche tu vas pas m'emmerder ! Dit l'homme.Et il m'attrape par le bras, ouvre la porte de la cave et me jette dans les escaliers, je dévale toutes les marches et me cogne contre un casier de bouteilles. Je suis en furie, j'ai la haine, je dois faire quelque chose pour maman! Un éclair me traverse la tête : Et si j'utilisais mes rats ? Je trouve l'interrupteur, allume et ouvre la porte où sont réunis tous mes rats. J'ai l'impression qu'ils ressentent le danger, ils dressent leurs oreilles et se tiennent raides, presque debout sur leurs pattes arrières. Je leur crie : Allez ! Attaquez ! Allez ! Et je monte les escaliers à toutes jambes suivis de mes cinquante six rats. J'ouvre la porte de la cave, je crie à nouveau : " Attaquez ! Attaquez ! Et les cinquante six rats se jettent sur l'homme qui tentent des coups de pied pour se défendre, mais ils reviennent férocement à la charge. Trois rats déchiquettent la manche de son pull-over et attaquent la chaire, le sang coule. Comme il avait le pantalon baissé, les rats longent et mordent ses jambes. Ils sont fous de rage et dès qu'ils saisissent un morceau de chaire, impossible de leur faire lâcher prise. L'un d'eux a saisi l'homme au cou, celui-ci le tire par la queue pour lui faire prise tout en hurlant de douleur… Ma mère qui s'est relevée intervient…
--- Alex ! Fais-les arrêter, ils vont le tuer.Je ne me presse pas, je prends presque du plaisir à le voir souffrir, mais ma mère se répète alors je crie…Stop !Stop !
Tous les rats lâchent leurs prises instantanément et viennent tourner autour de mes jambes. L'homme se relève, il saigne au visage et aux mains, il hurle tous les jurons de la terre et prend la porte en courant. Ma mère me regarde médusée, elle ne réalise pas encore ce qui c'est passé !
--- T'as vu Maman ? T'as vu comme ils nous ont défendu ?
--- Oui, je te remercie mon garçon, dit ma mère en sanglots….Mais dis-moi, mais comment tu as fait et d'où viennent tous ces rats ? Ils sont à toi ?
--- Oui maman, ils sont à moi, et s'ils le désirent, je vais leur rendre la liberté, mais avant pour les remercier, je vais leur donner à manger.
J'ouvre le réfrigérateur et prends tout le fromage que nous avons ainsi que du pain et des gâteaux, puis j'ouvre la porte d'entrée et la porte de la cave et je dis: " Allez ! Allez ! Choisissez, où vous rentrez dans la cave ! où vous prenez votre liberté et vous partez dehors dans les champs ! Ils restent quelques instant à tourner en rond, ne sachant que faire, puis l'un d'eux se dirige vers la porte d'entrée, puis un second, un troisième et tous les autres suivirent.J'ai perdu mes amis, mais je pense que l'amour que j'ai pour eux ne m'autorise pas à les garder avec moi contre leur gré. Leur vie est ailleurs, dans la nature rude et hostile où ils devront apprendre à se battre.
BOKAY
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Enfant, je passais mes vacances près d'une immense forêt qui s'étendait par delà la Belgique, cette région s'appelle ''Les Ardennes''. Nous formions une petite bande de cinq copains dont l'un nommé Lucas, était simple d'esprit. Nous profitions de ses faibles facultés pour nous livrer à des jeux à caractère douteux. C'est ainsi que l'un d'entre nous inventa le jeu du ''mort''. Il subtilisa le fusil de chasse de son père ainsi qu'une vingtaine de cartouches dont il enleva délicatement les plombs. Il expliqua à Lucas qu'il n'y avait aucun risque et que l'on pouvait jouer à la guerre sans danger avec la sensation de tirer de vraies balles. Nous prîmes le fusil chacun à notre tour. Le dernier à tirer était Lucas et nous lui avions réservé une surprise. Je devais simuler le mort, tomber en faisant semblant d'agoniser et laisser du sang couler de ma bouche qui en fait n'était autre que du jus de betterave rouge. Les autres devaient se précipiter sur moi et constater qu'effectivement, une vraie balle m'avait mortellement touché. Nous fûmes tellement persuasifs que Lucas, croyant m'avoir tué partit se cacher dans la forêt pour échapper disait-il, aux gendarmes et à la prison. Mais Lucas ne revenait pas et nous l'avons recherché jusqu'à la nuit sans succès. Les jours suivant la gendarmerie, avertie des conséquences de notre mauvaise plaisanterie entreprit des recherches qui ne donnèrent aucun résultat. Lucas avait complètement disparu.
L'année suivante, revenant en vacances au même endroit, je demandais des nouvelles de Lucas. On me répondit qu'on ne l'avait jamais revu. Certains prétendaient qu'il était mort, d'autres disaient qu'il s'était installé de l'autre côté de la frontière en Belgique. Mais cette année-là, j'avais trouvé une nouvelle occupation : j'allais à la rivière pour attraper des truites à la main. Je plongeais ma main le plus loin possible sous les grosses pierres puis immobilisais et saisissais l'imprudente qui s'y réfugiait.
Un jour qu'il faisait lourd et orageux, je remontais la rivière en amont, toujours plus loin ! Jamais je ne m'étais aventuré aussi profondément dans cette forêt, jamais je n'avais vu ces énormes rochers qui se positionnent de chaque côté de la rivière. J'avais déjà attrapé quatre truites et je continuais à visiter méticuleusement chaque pierre quand je sentis quelques grosses gouttes d'eau sur ma main suivis d'un violent coup de tonnerre. Je me suis relevé et en quelques secondes l'eau se mit à tomber en trombe dans un vacarme infernal ! Je me suis précipité vers le premier abri, un rocher qui semblait s'enfoncer comme une grotte. Mes yeux s'étant habitués à la demie obscurité, j'avançais vers le fond car une tache bleue attirait mon attention. C'était une grosse veste d'hiver mais il y avait aussi d'autres vêtements, des chaussures, des gants et bien d'autres choses. Brusquement, mes yeux se posèrent sur un T-shirt jaune et rouge. Je le reconnus immédiatement, c'était celui que portait Lucas l'année dernière quand il a disparu. Continuant ma prospection, je découvris une sorte de matelas fait de feuilles de fougères et de bruyère. J'étais de plus en plus persuadé que j'avais découvert la cachette de Lucas.
La pluie tombait avec moins d'intensité, je me tenais légèrement à l'intérieur de la grotte, invisible de l'extérieur lorsque j'entendis des craquements de brindilles et de feuilles. Je m'avançai hors de la grotte pour voir ce qui se passait quand tout à coup, je vis en face de moi Lucas, il portait de vêtements en haillon, une longue chevelure sale et noueuse, une barbe clairsemée et tenait un fusil à la main. Dès qu'il m'aperçut, son corps se raidi et il se mit à crier :
--- Au secours, au secours ! Au fantôme
--- Mais non dis-je, ne crains rien Lucas, c'est moi ton copain !
--- Non ! C'est pas toi, je t'ai tué, c'est ton fantôme ! Au secours !Lucas partit à toute jambe en suivant la rivière qui à cette saison laissait une bande de sable de chaque côté.
--- Attends Lucas ! Ne part pas, je vais t'expliquer… !Mais Lucas courait de plus belle et me refusant de le laisser ainsi dans sa folie, je me suis mis à courir derrière lui. La poursuite semblait interminable, il était habitué à courir dans de telles conditions et je peinais à garder la distance. Soudain, une petite colline rocheuse se dressa devant moi ! La rivière s'arrêtait net, où plutôt, elle sortait de cette sorte de caverne d'environ un mètre de hauteur. Lucas s'y était introduit, je l'avais vu se baisser puis disparaître. Je me suis mis au bord et j'ai crié :
--- Lucas ! Lucas, reviens, c'est moi ton copain !Mais Lucas ne donnait aucune réponse. J'ai recommencé à crier mais sans succès, Lucas ne voulait pas répondre. Il s'obstinait à ne pas répondre. Je pris le parti d'attendre et je me suis assis sur un rocher…
Un coup de fusil raisonna de l'intérieur, j'ai crié:
--- Lucas ! Lucas ! Lucas !
Lucas ne répondit pas, il ne répondra plus jamais, la rivière se colora, la pluie se remit à tomber, le tonnerre à gronder. La rivière devint rouge vif, son débit augmenta, doubla, tripla puis ce fut un déferlement se rempli d'un immense flot rouge sang que venait fouetter une pluie d'une extraordinaire d'intensité. Une multitude d'éclaires jaunes et bleues déchirait la forêt, le ciel s'obscurcit jusqu'à devenir pareil à la nuit. Puis, peu à peu les forces se calmèrent, la rivière reprit son cours et sa couleur normale, le ciel retrouva ses nuages d'orages, la pluie cessa de tomber et je retrouvai ma lucidité.BOKAY
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Nous habitons un appartement cossu situé au quatrième étage d'un immeuble du quatorzième arrondissement. C'est là que j'ai grandi avec celles que je considère comme mes sœurs mais qui en réalité sont mes cousines. Mes parents, décédés dans un accident de la route n'ont pas eu la joie de me voir grandir. C'est mon Oncle André et ma tante Marie qui m'ont recueilli et m'ont élevé. Propriétaire d'un grand magasin de vêtements, les revenus de mon Oncle sont conséquents et je n'ai jamais manqué de rien. La venue de deux filles dans leur foyer a quelque peu modifié leur comportement à mon égard, surtout celui de tante Marie. Lorsque j'étais plus petit, elle se montrait parfois méchante avec moi, mais mon oncle André est un brave homme et il prenait souvent ma défense.
Sur le même palier, habite une vieille dame, Madame Eulalie. C'est une ancienne voyante, une plaque en laiton fixée à sa porte atteste de son ancienne profession, on peut lire: " Madame Eulalie, voyante extralucide ". J'aime beaucoup cette vielle dame, elle est très sympathique et m'attire par son côté mystérieux et sa grande connaissance des sciences occultes. Des jambes douloureuses ne lui permettant plus de descendre les quatre étages, j'ai pris l'habitude de lui faire quelques courses et en échange, elle me glisse un billet ou quelques pièces dans la main, c'est toujours appréciable lorsque l'on est lycéen…
Ce jeudi de décembre, je sonne à sa porte.
--- Entre petit !Comme chaque semaine, je dépose ses courses sur la grande table encombrée puis me laisse glisser dans le profond fauteuil de cuir craquelé. Madame Eulalie se dirige alors vers la commode et en sort un billet qu'elle maintient de deux doigts. Elle se dirige ensuite vers le réfrigérateur, sort une bouteille de jus de fruits, m'en sert un verre et me tend le billet. Puis, elle s'assoit sur une chaise, et me prie de bien l'écouter. Elle commence ainsi :
--- Tu vois petit, je suis vieille, voilà déjà bien longtemps que j'ai fêté mes quatre vingt ans, bientôt je vais m'en aller. Tu es le seul à t'occuper de moi depuis des années et aujourd'hui, en retour, je vais t'offrir un cadeau, le plus extraordinaire des cadeaux. Une chose dont les hommes rêvent depuis les temps les plus reculés.Je tends mes oreilles dans sa direction, immobilise des yeux tout rond et ouvre légèrement la bouche. Elle saisit un petit coffret en bois posé sur la table et poursuit :
--- Ce qu'il y a à l'intérieur de ce petit coffre s'appelle une règle à remonter le temps. Je la tiens de la personne qui m'a enseigné l'art de la voyance. Cet objet unique permets à celui qui le possède de voyager dans le temps, à condition bien sûr de respecter les règles que je vais t'apprendre. En premier lieu, tu dois savoir que cette règle te permet d'effectuer un seul voyage par an et pas n'importe quand, le premier janvier à zéro heure précise.
Elle sort l'objet de sa boite, il ressemble à une règle épaisse à l'intérieur de laquelle tournent huit petits cylindres en bois comportant neuf chiffres plus un zéro. Il suffit de tourner les cylindres pour composer l'année désirée dit-elle.
--- Par exemple, tu veux te rendre le 02 février 1991, tu composes :02021991, un premier janvier à zéro heure, tu rentres dans un ascenseur de ton choix, tu appuies sur le bouton " rez-de-chaussée " et lorsque tu ouvriras la porte du rez-de-chaussée, tu seras au pied de l'escalier le 02 février 1991. Quand tu voudras revenir, tu procéderas de la même façon et tu constateras que tu te trouves à la même place et à la même seconde devant l'ascenseur, comme si tu n'avais effectué aucun voyage. As-tu compris ?C'est pas encore très net dans ma tête, mais en gros j'ai compris, ce n'est pas très compliqué. Cependant, j'ai quelques questions à poser :
--- Et si je perds la règle Madame, qu'est-ce que je dois faire ?
--- Tu seras prisonnier du temps, il te sera impossible de revenir dans le présent, dit-elle.
--- Et si par exemple l'immeuble a été démoli, que l'ascenseur a disparu ?
--- Tu choisiras un autre ascenseur, n'importe lequel fera l'affaire.
--- Combien de temps puis-je rester dans le passé ?
--- Aussi longtemps que tu le désires, mais sache que ce temps est une parenthèse dans le temps actuel et que personne ne s'apercevra de ce voyage puisqu'il est hors du temps.
Je me demande si je dois prendre cette histoire au sérieux ou si Madame Eulalie n'est pas victime de son grand âge ? Mais, la connaissant depuis longtemps et je décide de lui faire confiance et de jouer le jeu. Soudain, je réagis :
--- Mais… Nous sommes le trente et un décembre Madame ! Je peux donc…
--- Oui Petit dit-elle, tu peux utiliser cette règle ce soir même.A onze heures et cinquante neuf minutes, la porte de l'ascenseur s'ouvre, j'ai choisi la date à laquelle je désire me rendre, le vingt janvier 1986, une semaine avant l'accident qui coûta la vie à mes parents. La descente dans l'ascenseur me paraît interminable et je me dis que je suis vraiment naïf de croire à de telle baliverne. L'ascenseur s'arrête et je pousse la porte.
Je n'en crois pas mes yeux, j'ai vraiment changé d'époque ! Je reste planté là, ébahis, devant l'ascenseur comme si j'étais face à des Martiens. Non qu'il y ait beaucoup de changements, le couloir est le même, les escaliers aussi, mais la couleur est différente. Des personnes entrent dans l'immeuble, je leur dis "Bonjour ", mais je m'aperçois de suite que ma voix ne porte pas et par conséquent qu'ils ne peuvent pas m'entendre. Je trouve cela bizarre et je me dirige vers la porte pour sortir dehors. Nouveau fait bizarre, je pousse la porte mais elle ne bouge pas, je passe au travers et me retrouve de l'autre côté. Sur le parking, un enfant court, tenant son chien en laisse, je m'écarte pour les laisser passer, mais ils changent d'itinéraire au dernier moment et au lieu de me bousculer, le garçon passe au travers de mon corps sans que je ressente le moindre choc. Je dois bien me rendre à l'évidence, Madame Eulalie ne m'a pas tout dit. Je voyage en fait dans une sorte de corps virtuel, je vois tout ce qui se passe, mais je suis dans l'impossibilité d'agir. L'accident de mes parents s'étant passé en Savoie, peu de temps après ma naissance, je décide de m'y rendre. Je vais à la gare et comme personne ne me voit, il m'est facile de monter dans un train. Je reviens sur cette sensation étrange, moi, je vois mon corps mais personne d'autre ne le voit et si je tends mon bras dans la rue, tous les passants le traversent comme on traverserait un faisceau de lumière. J'ai choisi cette date dans un but bien précis, je veux savoir comment mes parents sont morts, pourquoi cet accident qui m'a enlevé ceux qui m'ont créé et que j'aime plus fort que tout sans même les connaître, juste quelques photos. Par chance, je connais l'adresse où mes parents habitaient, il me suffit de regarder un plan de la ville pour m'y rendre. Arrivé devant la porte d'entrée, j'hésite un instant, puis n'y tenant plus, je passe au travers de la porte et me retrouve dans l'appart de mes parents. Ma mère est assise à une table, elle trie des vêtements de bébé. Je regarde son ventre, il est bien rond, c'est vrai que je dois naître dans une semaine. J'ai envie de lui dire "ne t'en fais pas maman je deviendrai un beau garçon ". Papa n'est pas encore rentré de son travail. Je regarde ma mère avec admiration, qu'elle est belle ! Encore plus belle qu'en photo ! On sonne à la porte d'entrée, c'est papa qui rentre. Je trouve son costume démodé, mais c'est normal, par contre, il est plus grand que je ne l'imaginais. Il demande à maman si le bébé va bien et si elle n'a pas de contraction. Maman répond qu'elle se sent fatiguée et qu'elle voudrait bien être accouchée.
Je les suis partout, je partage leur vie. Je me sens vraiment faisant partie de la famille. J'ai même suivi mon père à son travail, il est responsable du rayon électroménager d'une grande surface. Mon oncle André travail également dans ce magasin, c'est incroyable ce qu'il a changé, il était menu à cette époque. Souvent ils reviennent ensemble et passent boire un verre au café.Maman ressent des douleurs, elle appelle une ambulance pour la conduire à la maternité. Une heure après, je me vois naître, quelle sensation étrange ! Je suis certainement le premier humain à connaître cette expérience. J'ai mal au cœur de voir maman souffrir ainsi, je n'imaginais pas qu'un accouchement était aussi douloureux. Papa arrive avec mon Oncle André, ils ont l'air content de moi, papa me prend même dans ses bras. Ensuite, ils descendent tous les deux arroser l'événement au café P.M.U. Pour marquer l'événement, les deux frères décident de prendre ensemble pour deux cent francs chacun de billets de loto. Tu te rends compte si on gagnait le gros lot, dit mon père, ça ferait un sacré pactole à nous partager. Ah ! Rêve pas dit André, en mettant les billets dans sa poche, j'ai jamais rien gagné. Moi, je retourne à la maternité pour voir maman et le bébé.
Aujourd'hui, je suis chez mon oncle André. Il est jeune marié, mais n'a pas encore ses filles. Confortablement assis dans son fauteuil, André regarde le tirage du loto.
--- 2, 3, 4, 5, j'en ai cinq ! Tu te rends compte Marie, j'ai les cinq numéros ! Et il se relève de son fauteuil et saute comme un cabri, Il se calme quelques secondes, scrute l'écran et saute encore plus haut, J'ai le complémentaire aussi ! Whouah ! On est riche, Marie ! Enfin, la moitié de la somme puisque j'ai joué avec mon frère.Marie saute au cou de son mari, tous deux se demandent ce qui leur arrive, ils se regardent, rient, sautent, s'embrassent encore, mais non ils ne rêvent pas, ils ont bien gagné le gros lot du loto !
--- C'est formidable mon Chéri, mais…Tu dois donner la moitié de ton loto à ton frère ? Ce prétentieux qui te critique toujours ! Qui te méprise au plus haut point ! C'est bien toi qui a acheté le billet ?
--- Oui, c'est moi, mais nous avons payé tous les deux, il en a donc la moitié.
--- Pourquoi tu ne dis pas a ton frère que tu as perdu le billet ou que tu as oublié de l'acheter ? Ou encore mieux, tu dis que ce billet, tu l'a acheté tout seul ?
--- C'est pas correct, c'est mon frère et en plus c'est impossible, une somme pareille ! Tout le monde va être au courant, je ne pourrai pas lui cacher !
--- Pour l'instant, écoute-moi, ne dis rien. Je vais réfléchir, mais il faut trouver une solution, pas question que ce prétentieux touche la moitié de notre loto !Moi, je trouve l'attitude de ma Tante dégueulasse et révoltante ! C'est pas une façon de se comporter, Mais j'ai l'impression que ma Tante a du remords car elle invite mon père et ma mère à manger demain midi. Je l'ai peut-être mal jugée, trop hâtivement ? C'est vrai que devenir riche comme ça d'une minute à l'autre, ça doit faire un sacré choc !
Le lendemain, mon père, ma mère, moi bébé et moi aujourd'hui partons chez tantes Marie. Papa conduit prudemment car la route est sinueuse et enneigé par place et nous frôlons de profonds ravins. Tante Marie nous accueille avec une extrême gentillesse, elle n'arrête pas de faire des éloges sur le bébé. J'en suis même gêné, je trouve qu'elle en fait trop, enfin personne ne me voit. Le repas se passe bien, mon père demande à mon Oncle s'il avait regardé le tirage du loto.
--- Oui, dit André, mais comme d'habitude, on n'a rien gagné.
--- C'est pas grave, répond mon père, le principal, c'est que le petit soit en bonne santé.J'observe tante Marie, et je la trouve bizarre, je la sens comme gêné, elle se dirige seule dans la salle de bain, je la suis. Elle se retourne pour s'assurer qu'il n'y a personne derrière elle et ouvre la porte du meuble de salle de bain. Elle sort une boite de pilules, en prends quatre, remet tout en place et se rend dans la cuisine. Là, elle prépare quatre coupes de fruits, je la vois laisser tomber deux pilules dans deux coupes ! Je pressens une malveillance mais je ne peux rien faire.ensuite, elle dispose les deux coupes avec les pilules devant mon père et ma mère. Je leur crie : Non ! Ne buvez pas ! Mais personne ne peut m'entendre. Mon oncle n'a rien remarqué, il continue à raconter des blagues et semble apprécier la coupe de fruits. Puis, ma tante offre un café et nous nous préparons à repartir.
--- Bon retour ! A le culot de dire tante Marie.
--- Merci ! Répond ma mère, nous avons passé une bonne journée !Je me mets à l'arrière, c'est vrai que de toute façon je ne prends pas de place, je peux me mettre où je veux. Après quelques kilomètres, ma mère dort déjà et mon père lutte pour maintenir ses paupières ouvertes.
--- Mais arrêtez-vous, Je leur crie ! Vous allez vous tuer !
Je frappe mon père de toutes mes forces pour le maintenir éveillé, mais rien n'y fait, mon corps virtuel est sans effet. La voiture commence à faire de légers zigzags et mon père la récupère de justesse. Cette route n'est qu'une succession de pièges et à la sortie d'un virage nous nous retrouvons face à un camion. Mon père donne un coup de volant pour l'éviter, mais ses gestes sont imprécis et la voiture file droit dans le ravin. Le bébé tombe et se cale sous le siège avant. Ma mère heurte le pare-brise, un éclat de verre entaille son cou et le sang coule abondamment. Ma mère se meurt devant moi, et je suis totalement impuissant. Elle se vide de son sang sous mes yeux ! C'est horrible ! Je regarde mon père, sa tête cogne le volant à plusieurs reprises avant de venir s'encastrer dans le montant du pare-brise. Il meurt sur le coup. La voiture arrête son infernale descente contre le tronc d'un pin. Sous le choc, une quantité de neige se détache des branches et recouvre partiellement la voiture. Le bébé pleure, il a été ballotté mais semble intact. Après quelques minutes, j'entends des cailloux et des blocs de neige dévaler le ravin. Se sont les premières personnes qui arrivent pour porter secours. Je n'arrive pas à détacher mes yeux de mes parents, c'est cette dernière image que je garderai d'eux. Je maudis Madame Eulalie ! L'ignorance était bien plus confortable, elle laissait place au rêve. Maintenant, je dois affronter la mort de mes parents et la trahison meurtrière de ma Tante !Je suis revenu dans le temps présent du plus vite que j'ai pu. Du passé j'ai ramené la haine, mais la vie continue…
BOKAY
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Paris le 13 décembre 1999.
Me trouvant sans emploie depuis plusieurs mois, j'accepte le stage d'informatique que l'ANPE me propose. Un an, rémunéré au SMIG avec des perspectives d'embauche à l'issu du stage. La proposition me parait intéressante et j'accepte. Les cours sont dispensés tous les jours. Dans les débuts, je me sens seul, mais rapidement, je me fais un ami : " Frank ". Nous sommes toujours ensemble, nous avons le même âge, vingt trois ans et beaucoup de points communs. Frank est bosseur et nous parlons souvent de notre avenir. Il a une ambition, pour ne pas dire une obsession, il veut créer une petite entreprise à la fin de son stage. Une boite à lui, dit-il. Il me fait part de son projet, nous en parlons souvent et un jour, il me dit :
--- Alex, faut qu'on fasse un truc ensemble ! J'ai bien réfléchi, mon projet de création, nous devons le faire à deux. Je ne suis pas très enthousiaste, mais le tempérament fougueux de Frank réussit à me convaincre et à la fin du stage, nous nous mettons à la cherche d'une affaire à reprendre.
Une boutique d'informatique est à vendre dans le douzième. Nous l'avons visité, c'est assez grand, ça parait bien placé et le prix n'est pas trop élevé. Nous nous rendons dans divers banques pour solliciter un emprunt. Premier problème, Frank viens d'acheter une voiture à crédit et aucune banque n'est disposée à lui accorder un second prêt. Pour moi, la situation est différente, je n'ai aucun prêt et je possède un peu de bien, une maison de campagne, donation de ma grand-mère. Moyennant une hypothèque sur la maison, j'obtiens un crédit suffisant pour l'achat de la boutique. Frank me remboursera chaque mois.Les débuts sont difficiles, les journées interminables et les bénéfices maigres, mais après trois mois la boutique se remplit et je réussis à convaincre Frank d'embaucher 'Claire', mon amie. Elle reçoit les clients, prend les commandes… Enfin elle nous est très utile, seul problème, une incompatibilité d'humeur avec Frank ! Ils se chamaillent constamment, et à propos de rien. Je dois sans cesse intervenir pour mettre fin aux disputes interminables. Je m'en accommode car le travail augmentant, je suis souvent parti chez des clients.
Paris juin 2000.
Les affaires marchent de mieux en mieux, le chiffre d'affaire augmente chaque mois, Claire et Frank ont l'air de mieux se supporter. Moi, je livre le matériel la journée et fais des réparations tard le soir. Je suis claqué, nous bossons comme des fous, mais ça marche ! L'idée de Frank était géniale, jamais je n'avais vu autant d'argent, même si le temps pour le dépenser me manque. Frank est vraiment un gestionnaire de grande qualité. Il s'occupe de toute la partie comptabilité, commandes de matériels, cotisations… C'est bien d'avoir quelqu'un comme lui, ça me permet de me consacrer à la partie technique.
Paris Septembre 2000.
J'arrive à la boutique le premier, je suis seul car Claire s'est rendu auprès de sa mère qui a fait un infarctus hier. Je remarque de suite que le rideau métallique a été fracturé. De toute évidence, Nous avons été victime d'un cambriolage. J'appelle Frank sur son portable, pas de réponse. J'entre dans la boutique et je regarde ce qui manque. C'est simple, il ne reste rien de valeur, ils ont tout emporté. Et dire que Claire est chez sa mère et ne se doute de rien, la pauvre, si elle savait ! C'est déprimant de voir cette boutique qui d'habitude regorge de marchandise, complètement vide ! Plus rien ! On se demande comment ils ont fait ? J'essaie encore de joindre Frank, toujours personne ! Ca commence à m'inquiéter, mais qu'est-ce qu'il fait, lui qui est toujours à l'heure ! Après hésitation, je décide d'appeler Claire, ça m'ennuie ne la déranger alors que sa mère est malade mais ce qui nous arrive est grave. Claire non plus ne répond pas ! Décidément… Enfin je dois relativiser, connaissant Frank, il a très certainement pris une bonne assurance, mais quand même, ça fiche un rude coup de voir la boutique vide !
Je me rends au commissariat pour faire ma déclaration de vol, ça me prend presque tout l'après-midi. En sortant, j'appelle Frank, une, cinq, dix sonneries, pas de réponse ! Mais que ce passe-t-il ? J'essaie d'appeler Claire, aucune réponse non plus ! Je me sens seul et désemparé, comment se fait-il que c'est précisément je jour où il y a un gros problème que je me retrouve seul sans personne à joindre ? Je me rends chez Frank, il est peut-être malade, hospitalisé ou bien il a été victime d'un accident ? Je ne sais plus quoi penser ! Je frappe à l'appart de Frank, pas de réponde ! J'appelle les parents de Claire, sa mère me dit qu'elle n'a pas vu sa fille depuis quinze jours et qu'elle n'a jamais fait d'infarctus! Pour quelle raison claire m'a raconté cette histoire, je comprends de moins en moins. Je me rendre à la boutique et prendre des documents.Une autre surprise m'attend à la boutique, les tiroirs contenant les papiers importants sont complètement vides ! Plus rien ! Je me demande dans quel intérêt les voleurs se sont emparés des papiers. Tout est de plus en plus flou. Mais comment vais-je faire, c'est Frank qui s'occupait de tout, moi, je ne connais même pas le nom de notre compagnie d'assurance ! Enfin, me dis-je calme-toi, Frank va bien se manifester… Et claire qui se trouve au près de sa mère…
Le soir, je m'efforce de fermer le volet roulant qui a été forcé lorsque le voisin passe avec son chien.
--- Ca y est, dit-il, vous avez terminé votre déménagement ?
--- Mon déménagement ? Ah non, c'est pas vraiment un déménagement, j'ai été cambriolé durant la nuit !
--- Cambriolé ! Je ne comprends pas dit l'homme, hier soir quand j'ai sorti mon chien, après le film, j'ai vu votre associé et votre vendeuse qui chargeaient les ordinateurs dans une camionnettes, j'ai pensé que vous déménagiez ! Vous, par contre, je ne vous ai pas vu.
--- Comment ! Ah, les salopard ! Tout s'explique maintenant, ils sont partis tous les deux avec la caisse et le matériel de la boutique !
--- Pas possible ! Dit l'homme, ils avaient pourtant l'air bien tous les deux.
--- C'est ce je pensais aussi jusqu'à présent !Le lendemain, toujours aucune nouvelle de Frank et de Claire. Je passe à ma banque et demande à voir le directeur.
--- Vous arrivez bien, dit-il, je voulais justement vous appeler. Vous êtes dans une situation financière désastreuse !
--- Comment ça, dis-je ?
--- Votre associé a retiré tout l'argent de votre compte commun et nous ne pouvons régler votre dernière facture. Il vous faut approvisionner votre compte au plus vite.
La suite n'est qu'une chute vertigineuse. Frank avait prémédité son coup et n'avait même pas souscrit d'assurance ! J'avais réussi au prix d'un travail acharné à monter une petite affaire qui marchait bien et à présent c'est la grande descente, je m'enfonce toujours, je n'ai pratiquement plus rien. La vente de ma maison de campagne doit tout juste suffire à combler le gouffre financier dans lequel me laissent Frank et Claire.Comme dit le directeur de ma banque, on ne se méfie jamais assez.
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Cyril laissa tomber à terre le mégot qui pendait à l'extrémité de ses lèvres, le recouvrit de la pointe de sa chaussure et le réduisit en miette. Puis, il leva la tête vers le quai et scruta de chaque côté. Les derniers passagers atteignaient la sortie, tous légèrement vêtus à cause de la chaleur torride. Je ne la vois pas, se dit Cyril ? C'est étrange, Elle devrait être là ! Doucement, le train se remit en mouvement et le quai se vida. Des yeux, Cyril refit le tour de la gare, s'attardant à chaque endroit pouvant la dissimuler, mais en vain, elle n'était pas là ! Il arpenta la gare en tous sens, jeta un œil au dehors puis regarda une dernière fois sur le Quai. Claire ne viendra pas ! Comment aurait-il pu la manquer dans cette petite gare de province ? Vidé et las, le regard absent, il se laissa tomber lourdement sur un banc. Pour quelle raison ne m'a-t-elle pas prévenu, se demande Cyril ? Il sortit son portable de sa poche et se prépara à composer le numéro de Claire lorsqu'une jeune fille s'approcha de lui et l'interpella.
--- Pardon ! Dit-elle vous êtes Cyril ?
--- Oui, c'est moi !
--- j'ai un message à vous transmettre de la part de 'Claire', nous avons voyagé dans le même compartiment depuis Paris. Nous avons rapidement sympathisé, elle m'a fait votre description et m'a chargée de vous dire qu'elle ne viendrait pas et qu'il était inutile de l'appeler, que c'était fini. Elle ne m'a donné aucune autre explication. Arrivé à Lyon, elle m'a dit : moi, je descends là, au revoir. Voilà, je vous ai tout dit.Cyril reçut une douche cinglante, glacée et inattendue ! Collé à ce banc de bois, incapable de se relever, le visage de Claire lui apparut, il imagina son sourire, sa façon de remettre ses cheveux à l'arrière, sa démarche. Non, ce n'est pas possible ! Nous nous aimons trop! Pratiquement jamais une dispute ! Je ne comprends rien et j'exige une explication, dit-il à haute voix.
--- C'est inutile, dit la jeune fille elle m'a bien précisé : c'est inutile qu'il m'appelle, c'est fini !
--- Elle a rencontrée quelqu'un ? C'est ça ? Oui c'est ça et elle vous l'a dit, vous savez !
--- Je ne sais rien dit la jeune fille, pendant tout le trajet, nous avons parlé uniquement de cinéma, Claire était comme moi, elle adorait le cinéma. Enfin, je veux dire qu'elle est cinéphile.Cyril écoutait mais ne comprenait rien, ' Claire était comme moi' ? Pourquoi parle-t-elle au passé ? Décidément, tout s'embrouille !
--- Vous avez l'air désemparé, dit la jeune fille, venez je vous offre un verre, nous allons parler un peu, faut vous changer les idées… Enfin, si vous voulez.
--- Oui, dit Cyril, cela ne peut pas me faire de mal, mais je ne veux pas abuser de votre gentillesse.
--- A propos, je m'appelle Laura, dit la jeune fille.Cyril et Laura s'installèrent à l'intérieur d'un petit café, il y faisait moins chaud. Lui commanda une Chimay, elle un Perrier.
--- Elle est bien fraîche, dit-il pour briser le silence. Puis, laissant passer quelques secondes il enchaîne : vous comprenez ça ! Vous ?
--- On peut se dire ''tu'', nous avons à peu près le même âge, dit Laura, non, je ne comprends pas, peut-être que ses sentiments pour vous ne sont pas sincères ?
--- Mais on s'adore!Cyril laissait parler Laura, elle lui racontait sa première année de fac, ses vacances en Croatie l'année dernière, ses cours de théâtre. Il lui fit remarquer que Claire aussi faisait du théâtre. N'y tenant plus, Cyril sortit son portable, je dois l'appeler, dit-il, il le faut ! La sonnerie retentit plusieurs fois, le silence qui suivit devint de plus en plus pénible, jusqu'à devenir insupportable. Répond ! Mais répond enfin ! Dit-il à haute voix dans le café. Quelques clients se retournent vers lui. Cyril renouvela son appel. En vain !
--- Je vais rentrer, dit Cyril. J'ai ma voiture, tu veux que je te dépose quelque part ?
--- Si ça ne te dérange pas, tu peux me laisser à mon hôtel, j'envisage de rester ici une semaine.
Ils échangèrent leurs numéros de portable et se séparèrent. Cyril ne rentra pas directement à la villa, il quitta la ville, s'engagea dans un petit chemin, trouva une place à l'ombre et s'arrêta. Il posa ses deux bras sur le volant, recula le siège et laissa tomber lourdement sa tête. Je dois faire le point, se dit-il. Claire ne veut plus me voir et refuse même de me parler ! C'est insensé ! Et il imagina divers scenari tous plus improbables les uns que les autres.Il était près de vingt heures quand Cyril rentra à la villa. Ses parents, assis dans le canapé en rotin, semblaient attendre, ou plutôt l'attendre. L'expression de leur visage était tendue et figée. Un événement malheureux c'était produit, il pensa de suite à son grand-père, malade en phase terminale, Cyril l'aimait beaucoup.
--- C'est grand-père ? Dit Cyril, c'est fini ?
--- Non ! Dit la maman de Cyril, il est arrivé quelque chose à Claire.
--- A claire ?
--- Oui mon garçon, sa mère nous a averti que Claire se trouvait à l'hôpital après une tentative de suicide. Elle a tenté de se suicider en se jetant hors du train. Elle a plusieurs fractures.
--- Claire se suicider ? Mais enfin maman, c'est pas sérieux ! Tu la connais, toujours gaie, une plaisanterie en réserve !
--- Justement mon garçon, nous disions avec ton père que les personnes que l'on voit toujours gaies, sont souvent de grands dépressifs !Cyril n'y croyait pas, c'était un garçon de caractère. Un caractère que des circonstances particulières avaient formées et développées. Il s'était forgé une force mentale qui prenait racines dans sa maladie. Pendant plus d'une année, il luta contre une mort quasi programmée. Il en réchappa à force de volonté, s'accrochant à la vie comme l'alpiniste à sa corde. C'est ainsi qu'il apprit à connaître les limites de ses ressources tant mentales que physiques. Cyril se savait rescapé, les extraordinaires progrès de la médecine l'avaient sauvés et c'est pour cette raison qu'après son bac, il décida de faire médecine. Il était à présent en cinquième année, ce qui donnait une certaine crédibilité à son jugement, du moins le pense-t-il, car il ne partageait pas du tout l'opinion de ses parents. Claire, dépressive ? Allons donc ! Quelle idée, se dit Cyril.
--- On l'a retrouvé sur le bord de la voie ferrée, une centaine de kilomètre avant Lyon, dit sa mère.Cyril se remémora les paroles de Laura : Elle est descendue à Lyon ! Si Laura n'a pas menti, Claire n'a pas pu sauter du train cent kilomètres avant Lyon ! Cyril se pose aussi des questions à propos d'un autre détail, Laura avait dit : " elle adorait le cinéma. " Cela lui parut étrange qu'elle parle de Claire au passé. Je dois revoir Laura se dit Cyril, son témoignage est important pour moi. Il l'appela sur son portable et lui dit que Claire avait voulu se suicider en se jetant du train et qu'elle avait quelques fractures. Laura avait répondu qu'elle l'attendait dans le hall de l'hôtel.
Cyril gara sa voiture presque devant l'hôtel et pénétra à l'intérieur comme convenu. Laura n'y étant pas, il demanda au réceptionniste, celui-ci lui répondit que la jeune fille était partie précipitamment sans donner de raison. Cyril trouva ce comportement étrange. Partir ? Mais pourquoi et pour aller ou ? Et si elle avait décidé de repartir, de reprendre le train ? Cyril se rendit à la gare le plus vite qu'il put. Laura était là, assise sur le banc où ils étaient cet après-midi, à la même place. Voyant Cyril, elle sursauta, son visage trahit l'étonnement. Pendant une fraction de seconde, Cyril crut qu'elle allait partir en courant tant son étonnamment était grand, mais non, elle ne bougea pas du banc.
--- Pourquoi es-tu partie comme ça, tu devais m'attendre dans le hall de l'hôtel ? Dit Cyril.
Laura ouvrit son sac à main, en sortit une lettre et la donna à Cyril.
--- Toutes les réponses à tes questions sont dans cette lettre, dit Laura. Je te demande une seule chose c'est de l'ouvrir après mon départ.Elle prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer, puis à sangloter. De plus en plus fort.
--- Pardonne-moi, pardonne-moi…Laura leva une dernière fois ses yeux mouillés vers Cyril, se dirigea vers le quai, emprunta le passage souterrain et disparut. Le train entrait en gare quand elle arriva sur le quai et Cyril ne pouvait la voir, il ne la reverrait plus jamais.
Mon cher Cyril, Mon grand AMOUR,Je viens de rentrer à l'hôtel et dans cette lettre je vais te dire ce que je n'ose t'avouer. Je connais Claire depuis deux ans, nous faisons du théâtre ensemble et nous ne nous aimons pas. La première fois que tu es venu la chercher, tu ne m'as pas remarquée, j'étais habillée en paysanne pour les besoins de la pièce. Mais moi, je t'ai vu et dans la seconde même, j'ai ressenti comme un violent courant dans tout mon être, j'étais paralysée. Tu avais le visage de l'homme dont j'étais amoureuse dans mes rêves, je t'ai reconnu immédiatement. Depuis ce jour, je passe mes jours et mes nuits à ne penser qu'à toi. Chaque soir, quand tu venais chercher Claire, je t'attendais, je n'étais là que pour toi. Je te voulais à tout prix ! C'est alors que j'ai imaginé de voyager avec Claire, de la jeter hors du train et d'entrer en contacte avec toi pour que tu comprennes que c'est moi qui t'aime, que nous sommes faits l'un pour l'autre. Mais si tu lis cette lettre, c'est que mon plan a échoué, que Laura n'est pas morte et je vais donc mettre en place mon plan de substitution : mon propre suicide ! C'est moi qui vais sauter du train lorsqu'il sera en pleine vitesse. Tu dois me comprendre, je ne peux envisager de vivre sans toi.
Pardonne-moi, toi mon unique et seul grand amour, si je t'ai fait du mal, mais personne ne t'aimera jamais comme je t'ai aimé.Ta Laura qui t'a aimé comme personne d'autre ne t'aimera.
Laura
BOKAY
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A sa retraite, Appolinaire s'est installé au Crotoy, une petite ville situé au Nord de la baie de Somme. Marin de haute mer, il a navigué sur tous les océans du globe, indifféremment sur des bateaux de commerce ou de pêche, selon l'opportunité du moment. C'est un brave homme, mais une réputation lui colle à la peau; il est "radin". Pas économe, ni regardant à la dépense, mais "radin comme pas un"! Une avarice maladive. Ce n'est pas par hasard qu'il a choisi de s'installer dans cette petite ville, mais pour une raison bien particulière. En effet, la plage du Crotoy est réputée pour l'abondance et la qualité de ses coques. A marées basses, la mer se retire très loin, si loin qu'elle semble disparaître de l'horizon et se mélanger avec le ciel. Pour Appolinaire, ces coquillages, omniprésents, représentent une véritable fortune. De la nourriture de qualité près de chez lui et surtout gratuite! Ainsi, chaque jour que la marée le permet, Appolinaire prend le chemin de la plage, un seau en plastic dans une main et une petite fourche dans l'autre.
Ce jeudi matin, un jour comme les autres, il se rend à la plage. Le ciel est gris en cette fin septembre et un léger crachin donne une note automnale à l'immense plage. La mer est pratiquement absente, elle s'est reculée très loin, laissant une multitude de petites mares peu profondes dont le fond est tapissé de coquillages. Les yeux vissés sur le précieux butin, Appolinaire choisit et ramasse les plus belles. La position courbée lui fait mal au dos, il se redresse et balaie la plage d'un mouvement de tête. Soudain, une masse noire, posée sur le sable, attire son regard. Il s'en approche: "Bon sang, mais c'est une valise"! Se dit-il. Une valise noire! Pas une valise de voyage, non! Une petite valise comme celles qu'utilisent les hommes d'affaires et que l'on appelle "attaché case". Il essaie de l'ouvrir, mais la petite serrure résiste! " Toi je t'aurai à la maison"! Dit-il, puis il regarde son seau:" Bah! Ca me suffit pour un repas, faut que je voie ce que cette valise renferme". Il remonte la plage d'une traite, serrant bien la valise contre son corps, emprunte de petites rues pour éviter toute rencontre curieuse et rentre chez lui. Sa maison est située un peu à l'écart de la ville, c'est une vieille bâtisse au crépi blanc et écaillé avec un petit jardin sur le devant. Les fenêtres et volets sont peints de couleur bleu. Appolinaire referme la porte à clef, rapproche la table de la fenêtre et pose délicatement la valise dessus. Il examine la fermeture et essaie de l'ouvrir à l'aide d'une petite clef passe partout, puis d'un ciseau pointu. Mais rien n'y fait, elle résiste, alors il emploie la manière forte; de grosses tenailles aux mâchoires coupantes qui sectionnent net la serrure récalcitrante. Anxieux et impatiens, Appolinaire soulève le dessus de la valise: "Bon dieu, des billets"! Ce qu'il voit dépasse l'imagination, son cœur s'emballe, sa respiration marque un temps d'arrêt et ses gros yeux globuleux s'arrondissent: La valise est pleine de billets de banque! Des dollars en plus! Jamais Appolinaire n'a vu autant d'argent. Il jette un coup d'œil rapide par la fenêtre au cas ou quelqu'un le regarderait; on ne sait jamais? Non, personne, mais par précaution, il décide de fermer ses volets, "compter tout cet argent va me prendre du temps et je ne veux pas être dérangé" se dit-il. Tant pis j'allumerai la lumière, pour une fois! Il s'assoit à la table, d'un geste rapide et sec il pousse les divers objets qui l'encombrent et sort la première liasse de la valise. Il commence à compter. "Je vais faire des tas de dix", se dit-il. Il mouille bien ses doigts tous les deux ou trois billets, au cas où certains seraient collés. Mais bientôt la table est remplie de petits tas de dix, alors il va chercher une grande planche, la pose à cheval entre la table et l'évier, mais celle-ci est rapidement recouverte de billets à son tour. Il reste encore deux grosses liasses à compter, mais il ne sait où aligner tous ces paquets de dix? Il les mettrait bien à terre, mais cela ne ce fait pas, mettre des billets à même le sol! Une idée lui vient: il prend dix paquets de dix et en fait un paquet de cent. Cela revient au même pour tout le monde, mais pas pour Appolinaire, ainsi réunis en grosses piles de cent, il a l'impression d'avoir moins d'argent. Le bonheur qu'il ressent à la vue et surtout au touché de tous ces billets est d'une telle intensité qu'il en oubli même de manger. Le soir tombe et Appolinaire n'a pas encore compté tous ses billets, mais pas question de laisser tout cet argent ainsi sur la table, toute la nuit! Alors, il les remet tous dans la valise, la referme solidement à l'aide d'une grosse ficelle et la place dans son lit, juste sous son oreiller.
Le lendemain, Appolinaire se lève tôt. Il a de l'ouvrage! Il doit recompter tous ses billets, faire une évaluation de sa fortune et être certain de la somme. A midi, c'est chose faite, il a compté 99859 dollars. "Dommage que je n'atteigne pas les 100000," se dit-il, dommage! Il a remis les billets dans la valise, a posé celle-ci sur la table, ouverte bien sûr, et contemple son trésor. Son imagination n'a jamais été aussi fertile qu'aujourd'hui, il imagine ce qu'il pourrait faire avec cette somme. En premier, lui vient l'idée d'acheter de la terre. " Avec la terre, pas de risque, se dit-il, ça ne s'abîme pas, ça ne brûle pas et ça garde toujours sa valeur. Oui, mais j'aurai plus mon argent", et il tend sa main, soulève un billet d'une liasse et le froisse légèrement. Il jouit du doux contact de ses doigts avec le précieux papier. " Ou alors, je le mets à la banque", se dit-il. Mais il se ravise, Appolinaire n'a jamais eu confiance aux banques. "Tous des voleurs"! Avait-il coutume de dire. "Et si j'achetais une maison? Je pourrais la louer, ça me rapporterait". Mais le problème, c'est le notaire! " Je ne vais quand même pas donner une partie de mon argent à un notaire! Ah non! Ca pas question! Appolinaire a choisi, il gardera son argent chez lui, avec lui. "Comme cela, dit-il si un jour j'en ai besoin, je l'aurai". A présent, il lui faut trouver une cachette, pensez donc une somme pareille, et si quelqu'un se doutait...Finalement, il se détermine pour le grenier. Il place la valise en dessous d'une pile de vieux vêtement de marin et quitte sa maison, le seau en plastic d'une main, une petite fourche de l'autre. Les coques sont belles et nombreuses, mais Appolinaire a son esprit ailleurs, à la maison dans son grenier. Subitement, un sentiment de panique l'envahit: "et si sa maison brûlait? La valise ne résisterait pas et à dieu les dollars! Et si des rat ou des souris attaquaient la valise avec leur dents! Non, ;e dit-il, je ne suis pas prudent, je dois garder ma valise avec moi! C'est plus sûr"!
Depuis plus d'un mois maintenant, Appolinaire emmène sa valise partout où il va. Pour ne pas éveiller les soupçons, il la met dans un sac de plastic aux poignées solides. Et même pour aller ramasser ses coques! "Il faut être prudent de nos jours", dit-il.Ce vendredi, il fait froid, Appolinaire se rend sur la plage, il faut bien manger! La mer remonte, vite, mais son seau n'est pas plein. Comme il est seul à des centaines de mètres à la ronde, il a posé son sac plastic contenant la valise sur le sable. Soudain, il pousse un cri: "un porte monnaie"! Il est ouvert et des pièces sont éparpillées sur le sable. Il se met à genoux et commence la précieuse récolte. Elles sont dispersées sur plusieurs mètres carrés et, pas question d'en laisser! Tout son esprit accaparé par cette extraordinaire trouvaille, Appolinaire perd la notion du temps. Lorsqu'il se rend compte que l'eau lui arrive aux chevilles, il pense à sa valise et tourne la tête dans sa direction. Diable! Elle n'y est plus! le sac plastic nage à la surface de l'eau, mais la valise a disparu, emportée par le courant de la marée montante. Affolé, il court à droite, puis à gauche, puis devant, mais aucune trace de la valise. Pendant ce temps, la mer monte toujours et l'oblige à reculer. Il a de l'eau jusqu'à la ceinture, mais il ne renonce pas, ses yeux scrutent inlassablement le mouvement des vagues dans l'espoir de la voir flotter. La mer monte encore, mais Appolinaire ne renonce pas, il reste là, ses yeux balayant la mer sans cesse. Puis, la nuit tombe, on y voit plus rien, Appolinaire, se résigne et rentre. Découragé et en colère contre lui-même, il ne dort pas de la nuit, il ne pense qu'à ses billets, il les imagine, il les voit, là, devant lui! Appolinaire va-t-il se résigner? Non, chaque jour il se lève tôt et arpente la plage de long en large jusqu'à la nuit tombée...à la recherche de sa valise. Et il recommence le lendemain, et tous les jours suivants.
Appolinaire ne lit pas le journal, pensez? à ce prix. C'est pourtant dommage car il aurait pu lire ceci dans le journal local, trois jours après la disparition de sa valise:
Un homme à trouvé une valise noire sur la plage du Crotoy, elle contenait plusieurs liasses de billets, des dollars. Après vérification à la banque, il s'avère que se sont de vulgaires copies utilisées lors du tournage d'un film le mois dernier et que la marée a emporté.BOKAY
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--- Quel hiver ! Dit Laure en écartant les rideaux de sa chambre.
La cour de la ferme et les pâturages forment une surface uniformément blanche qui s'étend jusqu'à la lisière de la forêt. Trois jours qu'il neige sans discontinuer ! Une neige glacée, fine et sournoise qui s'engouffre dans les moindres interstices. Des congères, formées par le vent du nord, se sont dressées le long des hangars et des bâtiments annexes. Le chemin empierré qui traverse la propriété a presque disparu sous l'épaisse couche de neige et seuls le haut des piquets de clôtures et quelques arbustes délimitent grossièrement son tracé. Laure aime cette vie rude, ces longs hivers rigoureux, l'odeur du foin et le soleil qui brûle la peau en été, le contact permanent avec les animaux, cette étrange sensation d'appartenir à un monde oublié, ou plus exactement préservé. Tout cela fait partie de sa vie, c'est son univers. La ferme est isolée, aucune habitation à moins de cinq kilomètres à la ronde et plus de vingt kilomètres à parcourir chaque jour pour conduire Julien son petit garçon de six ans à l'école. En ce moment, c'est Jérôme, son mari, qui conduit le petit ; Laure attend son deuxième enfant dont la naissance est attendue d'un jour à l'autre.
--- Comment te sens-tu ce matin ? Demande Jérôme en préparant le petit déjeuné. Des contractions ?
--- Non pas encore, mais ce temps m'inquiète, Quelle hauteur de neige avons-nous dans le chemin ?
--- quarante à cinquante centimètres, rien d'alarmant, avec le 4x4 on passe sans problème et la météo prévoit une accalmie pour cette nuit.
--- Ne me cache pas la vérité, dit Laure, je vois bien que tu es inquiet, tu n'arrêtes pas de scruter le ciel et je t'ai vu jauger la hauteur de neige avec un bâton.
--- Te fais pas de souci ma Chérie, si la météo annonce de nouvelles chutes de neige, je te conduis à la maternité, tu y seras en sécurité.
Jérôme ne veut pas alarmer son épouse, mais la météo prévoit de nouvelles chutes de neige pour cette nuit. Pensif, il Regarde le ventre de sa femme et se remémore les paroles du médecin lors de la dernière échographie : " Tout semble parfait pour cette petite fille ! Comment allez-vous l'appeler ? Nous l'appellerons Marie avaient répondu ensemble Laure et Jérôme. Les parents de Laure ont proposé leur aide au jeune couple, ils habitent une maison séparée juste à côté de la ferme. Quant au petit Julien, depuis ces fortes chutes de neige il reste à la ferme. Il suit son grand-père partout de l'étable à la porcherie. Pour lui, cette neige est bienvenue.Le lendemain matin, Jérôme se lève de bonne heure, il descend l'escalier sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller son épouse, prépare le café et dispose fromages et saucissons sur la longue table. Le sifflement du vent dans les volets l'incite à regarder dehors, mais à peine a-t-il déverrouillé la porte d'entrée que le vent s'engouffre avec force dans la maison, laissant pénétrer un tourbillon de neige glacée.
--- Quel sale temps ! Dit Jérôme.Il tourne l'interrupteur extérieur, la neige défile devant l'ampoule comme une avalanche de confetti blancs. Lentement, inexorablement la tempête monte. Jérôme connaît bien ce phénomène : le vent s'oriente au nord, la température baisse, une neige fine balaie terre et bâtiments, puis le vent se renforce et se transforme en tempête.
--- Quel con je fais ! Dit-il à voix haute comme s'il attendait un démenti. J'aurais dû conduire Laure à la maternité hier !Jérôme enfile ses bottes, décroche sa grosse parka du portemanteau et s'aventure dans la cour. Peu à peu, ses yeux s'habituent à la demi-obscurité et il constate que la situation s'est considérablement aggravée pendant la nuit. Les congères ont presque doublé de hauteur et dans la cour la neige monte jusqu'aux genoux. Il réalise alors qu'il serait insensé de conduire Laure à la maternité dans de telles conditions. La meilleure solution est que je prévienne le SAMU pour un transport en hélicoptère se dit-il. Recouvert de poudreuse et les bottes remplies de neige, Jérôme rentre dans la grande cuisine, se saisit du combiné, et nerveusement compose le numéro du SAMU.
--- Allô ! Allô ! Merde, Merde ! Pas de tonalité, la ligne est coupée !
Prenant conscience de la gravité de la situation, Jérôme remonte dans la chambre à l'étage. La présence de sa femme le rassure, elle lève les yeux vers lui, le regarde et lui sourit.
--- Bientôt nous aurons une jolie petite fille dit-elle, je commence à ressentir les premières contractions.
--- Tu veux que je te conduise à la maternité ? Demande Jérôme.
--- Non, je pense qu'on peut encore attendre un peu répond Laure. Et la météo ? Comment est-elle aujourd'hui, ça souffle dehors !
--- Bah ! Pas terrible, mais te fais pas de souci ça ira, nous prendrons le 4x4, tu le connais il passe partout. Ah ! J'entends ta mère qui arrive, je te laisse ma Chérie, je vais m'occuper des bêtes.Jérôme descend rapidement au rez-de-chaussée et conseille discrètement sa belle-mère de ne pas alarmer sa fille.
--- Qu'allons nous faire Jérôme, vous avez vu le temps ? Je crois qu'il faudra appeler l'hélicoptère dit-elle.
--- Oui, vous avez raison belle maman, dit Jérôme, nous appellerons l'hélicoptère.Jérôme s'habille chaudement, traverse la cour dans le creux des congères et rejoint son beau-père dans la porcherie. Ils examinent tous deux la situation et s'efforcent de trouver une solution.
--- Je vais essayer de sortir le 4x4 dit Jérôme, je verrai comment il se comporte dans une telle hauteur de neige.Le bruit du gros diesel résonne dans le hangar pendant quelques minutes, puis Jérôme recule pour prendre de l'élan et tente une avancée dans la cour. Les phares font naître un ballet de flocons qui limite la visibilité à quelques mètres, mais le véhicule avance dans la poudreuse sans difficulté. Rassuré par ce premier essaie, Jérôme s'aventure dans le chemin. Le 4x4 continue sa progression, mais la difficulté est de rester sur la partie ferme du chemin car on le distingue à peine des pâturages. Jérôme parcourt une centaine de mètres puis fait demi-tour et gare le véhicule juste devant la porte d'entrée. Je ferai un nouvel essaie dans une heure ou deux, quand il fera jour, se dit-il.
Laure a encore des contractions, ça se rapproche. Pour tuer le temps et calmer son stresse, elle ouvre sa valise, glisse quelques affaires, en retire d'autres, s'assied, se relève. Elle ne tient plus en place.
--- Tu ne crois pas qu'on devrait appeler l'hélicoptère du SAMU ? Lui dit sa mère.
--- Non maman, je vais encore attendre, à la naissance de Julien, j'ai eu ça pendant trois jours, inutile de se… Aie ! Aie !
--- Oh ! Ne bouge pas Laure, je vais chercher ton mari !Elle ouvre la porte extérieure, une bourrasque de neige en profite pour s'engouffrer dans la grande cuisine et elle crie de toutes ses forces :
--- Jérôôôôme !
--- Oui, j'arrive !
--- Laure a ses contractions qui se rapprochent, il faut appeler le SAMU, le temps qu'ils envoient l'hélicoptère…
--- C'est pas possible belle maman, le téléphone ne fonctionne plus, la ligne est certainement cassée quelque part.
--- Mon Dieu ! Qu'est-ce que nous allons faire ?
--- Il ne reste qu'une solution : conduire Laure à la maternité avec le 4x4, ça va secouer, mais je n'ai rien d'autres à proposer.Laure descend de sa chambre, une main sur la rampe et l'autre tenant son ventre. Julien la suit.
--- T'as mal maman ?
--- Mais non mon Chéri, je vais partir quelques jours et je reviendrai avec ta petite sœur.
--- Je vais chercher ta valise, dit la mère de Laure.Jérôme regarde son épouse. Il essaie de cacher son anxiété par des banalités et des paroles apaisantes mais Laure n'est pas dupe, elle comprend la gravité de la situation. Dehors, le jour se lève et la tempête s'installe, le grand thuya secoue ses branches dans tous les sens et les volets cognent contre le mur.
--- Vous voulez conduire ma fille à la maternité par ce temps ? Dit la mère de Laure.
--- Je ne vois pas d'autres solutions Belle maman ! Je vais mettre le moteur en route, ainsi nous aurons plus chaud dans le 4x4.Jérôme sort, le vent glacé lui cingle le visage et la neige fine pénètre dans son cou. A l'intérieur du véhicule, tout est froid, Jérôme tourne la clé de contact, Le bruit du moteur rassure mais l'air soufflé par les buses de chauffage est glacé. Il sort du 4x4 et à l'aide d'un gros racloir, dégage la neige sur quelques mètres. Ce sera plus facile pour Laure se dit-il. Dans la cour, une masse blanchâtre se déplace, c'est le beau-père de Jérôme qui arrive, il marche courbé pour se protéger du vent, le col de sa grosse veste remonté au maximum, on ne distingue pas son visage.
--- Espérons que tout se passera bien ! Dit-il en secouant ses habits, partir à la maternité avec cette tempête…Ah si j'avais su… !
--- Allez ma chérie on y va dit Jérôme, tu as toutes tes affaires ?
--- Je pars avec vous dit Raymond, le père de Laure.Laure s'installe à l'arrière, cale son dos avec un coussin et le 4x4 décolle en écrasant la poudreuse. Dans l'habitacle, la température s'est un peu élevée et la neige agglutinée contre les vitres masque toute visibilité vers l'extérieur. Le début du parcours est facile, Jérôme roule dans les traces de son premier essaie.
--- Surtout, restes bien sur le chemin, dit Raymond.La neige tombe à l'horizontale, par bourrasques. Elle frappe le pare-brise et se fait éjecter violemment par le va et vient des essuie-glaces. Dans le chemin, la progression est convenable, mais maintenant, le 4x4 s'engage sur la petite route communale qui traverse la forêt. C'est certainement la partie la plus difficile du trajet, certes il y a moins de neige, mais le tracé est sinueux et comporte de fortes pentes. Laure ne dit rien, pour le moment ses contractions se sont arrêtées. Jérôme ne prononce pas une parole, concentré, le nez collé contre le pare-brise, il n'a qu'un but : bien rester sur l'étroite bande de macadam, situé quarante centimètres en dessous. Aucun véhicule n'est passé depuis les fortes chutes de neige et la petite route n'est qu'une succession de pièges.
--- Ca ne secoue pas trop ? Demande Raymond à sa fille.
--- Non pas trop, mais je voudrais bien être arrivée à la maternité, dit Laure.
--- Le plus difficile, c'est de traverser la forêt, dit Raymond, après, sur la route nationale, le chasse-neige est très certainement passé.
--- Accrochez-vous ! Dit Jérôme, je prends de l'élan pour monter le raidillon.Jérôme accélère, le 4x4 part sur le côté, Il braque tout à gauche pour le rattraper, mais trop tard, les roues droites glissent dans le fossé et le lourd véhicule se couche sur le côté.
--- T'as pas de mal, ma chérie ? Demande Jérôme.
--- Non, ça va, mais qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? Demande Laure.
--- Toi, tu restes à l'intérieur dit Jérôme, Ton père et moi allons remettre le 4x4 sur ses roues et nous repartons.Jérôme sort le premier, il prend la neige en plein visage. Raymond s'extirpe à son tour en lançant des jurons. La tempête fait rage, le vent siffle dans les arbres et forme des congères qui semblent coupées au couteau. Le sol est d'une blancheur absolue, uniforme. Comment repérer l'emplacement de la route dans de telles conditions ? Et comment remettre le 4x4 sur ses roues et franchir la côte ? Les deux hommes unissent leur force et tirent le véhicule pour le remettre sur ses roues, ils essaient une fois, deux fois, trois fois… mais le 4x4 ne bouge pas, alors exténués, ils s'adossent contre un gros hêtre et prennent de profondes inspirations.
--- Regarde là-bas ! Dit Raymond, on dirait une personne qui marche dans la forêt !Jérôme regarde son beau-père avec étonnement et se demande s'il n'a pas des visions.
--- Mais si Jérôme ! Regarde !
--- Vous avez raison Raymond ! Moi aussi je vois une personne ! Je vais essayer de l'appeler, à trois on pourrait certainement remettre le 4x4 sur ses roues !
Jérôme s'enfonce dans la forêt, se prend les pieds dans des branches d'arbres tombées à terre, trébuche à plusieurs reprises mais se relève aussitôt. Il s'efforce de garder les yeux fixés sur cette forme humaine qui s'éloigne. La neige tourbillonne dans les arbustes squelettiques. Brindilles et neige attaquent Jérôme au visage. Il saigne. La progression devient extrêmement pénible et Jérôme sent ses jambes se tétaniser. Cette forme humaine existe-t-elle ou n'est-ce qu'un mirage ? Jérôme doit savoir, il accélère encore puis, se croyant à bonne distance, il s'arrête, place ses deux mains de chaque côté de sa bouche et crie de toutes ses forces :
--- Oh ! Oh ! J'ai besoin d'aide ! Vous m'entendez ?Surprise, la personne se retourne brusquement, c'est un homme. ! Il ne répond pas mais se cache derrière un arbre. C'est étrange se dit Jérôme, un homme dans cette forêt par cette tempête ! Et pour quelle raison se cache-t-il, il a peur de quoi ?
--- N'ayez pas peur ! Répète Jérôme en plaçant ses deux mains en porte-voix, je conduis ma femme à la maternité et ma voiture est dans le fossé ! J'ai besoin d'aide !L'homme ne répond pas, Jérôme fixe l'arbre et après une minute, il voit une tête s'avancer, doucement, prudemment.
--- Vous dites que votre femme est sur le point d'accoucher ? Demande l'homme.
--- Oui, c'est ça, dit Jérôme, je ne peux pas appeler l'hélicoptère car le téléphone est coupé.
--- J'arrive dit l'homme en sortant de derrière son arbre.L'homme rejoint Jérôme en faisant de grandes enjambées dans la neige.
--- Allons-y, Je vous suis dit l'homme.Il est de forte corpulence, son visage rouge violacé semble raidi par le froid. La neige, accrochée à ses sourcils lui donne un regard inquiétant, voir menaçant, ses yeux noirs paraissent fixes, comme soudés. L'homme suit Jérôme, Il ne dit rien, ne pose aucune question et progresse dans l'épaisse couche de neige avec une facilité déconcertante. Arrivé, l'homme regarde à l'intérieur du 4x4 puis se joint aux deux autres et tire de toutes ses forces en grimaçant. On a l'impression qu'il déploie une force hors du commun, le véhicule vacille et retombe sur ses roues.
--- Vous permettez ? Dit l'homme en ouvrant la porte arrière du 4x4, je regarde où en est votre femme.
Sans attendre la réponse, l'homme s'introduit à l'arrière du véhicule. Jérôme et Raymond se regardent, perplexes.
--- Vous le connaissez ? Demande Jérôme.
--- Non, jamais vu, il est pas de la région, dit Raymond et je me demande bien ce qu'il fait en pleine forêt par cette tempête !
--- Un braconnier ? Avance Jérôme.
--- Non, je connais tous les braconniers de la région, il n'en a pas l'allure et à sa façon de s'exprimer, on dirait quelqu'un de cultivé.
--- Je me demande ce qu'il fait ! Dit Jérôme en regardant par les vitres enneigées.Jérôme et Raymond n'osent intervenir. Si l'homme regarde Laure ainsi, c'est probablement qu'il s'y connaît ? Peut-être un médecin ? Les secondes passent, quelques minutes… Et enfin l'homme sort du 4x4.
--- Combien de temps pour retourner chez vous ? Demande l'homme.
--- Une vingtaine de minutes répondent ensemble Jérôme et Raymond.
--- Alors on retourne chez vous, mais il faut faire vite dit l'homme, le travail a déjà commencé.
--- Vous êtes sûr…Demande Jérôme.
--- Soyez sans crainte, c'est pas mon premier accouchement dit l'homme.Ces dernières paroles rassurent Jérôme et son beau-père, certes ils n'ont aucune certitude sur les capacités médicales de cet homme, mais à vrai dire, ils n'ont pas d'autre choix. Ils accrochent tous leurs espoirs à cet homme, sorte de vagabond solitaire qui prétend avoir pratiqué de nombreux accouchements. Jérôme fait demi-tour et s'efforce de rouler dans les traces laissées à l'aller. Le 4x4 prend de la vitesse.
--- Vous faites trop de secousses ! Dit l'homme, Vous voulez qu'elle accouche ici, dans la voiture ? Ralentissez !Jérôme obtempère. Il n'a pas l'habitude d'obéir ainsi aux ordres d'un inconnu, mais la situation est exceptionnelle. De plus, il est trop concentré sur sa conduite pour entamer une discussion, alors il ralentit et demande si ça va mieux ainsi. L'homme ne répond pas, il est penché sur Laure, une main posée sur son ventre, l'autre lui prenant le pouls au poignet.
--- On n'aurait jamais monté la côte ! Dit Raymond, non, c'était impossible !Mais Raymond ne reçoit aucune réponse, il comprend que ce n'est pas le moment de se lamenter et d'émettre des hypothèses. Faut que je laisse Jérôme concentré sur sa conduite se dit-il. Et il se tu jusqu'à la ferme.
Le 4x4 se place juste devant la porte d'entrée, La mère de Laure ouvre et demande ce qu'il se passe.
--- Préparez vite la chambre du rez-de-chaussée ! Dit Jérôme… Laure est sur le point d'accoucher.Laure descend doucement du 4x4 et s'assied sur une chaise dans la cuisine en attendant que sa mère prépare le lit, juste à côté. L'homme rentre dans la grande cuisine, ôte son manteau, le pose sur le dossier d'une chaise, et demande à voir l'armoire à pharmacie. Il demande ensuite de préparer de l'eau bien chaude, installe Laure sur le lit et demande à rester seule dans la pièce avec la mère de Laure. La porte de la chambre se referme.
Jérôme et Raymond tournent en rond dans la cuisine, Julien pose une quantité de questions.
--- Est-ce que ma petite sœur va venir ici ? Demande-t-il.
--- Oui, répond son père, bientôt tu auras une belle petite sœur.Julien fait le tour de la table en courant et chante : " J'aurais une petite sœur, la, la, la.
--- Tais-toi ! Dit son père, tu vas fatiguer ta mère à crier comme ça !
La mère de Laure sort de la chambre, elle vient chercher des serviettes.
--- C'est pas facile, dit-elle, le bébé est bien avancé mais les contractions ne sont pas encore assez fortes.
--- Et l'homme ca va, il s'en sort bien ? Demande Jérôme.
--- Oui, dit la mère de Laure, très bien.
--- Je retourne donner à manger aux cochons, dit Raymond, s'il y a du nouveau, tu viens me chercher.
--- Vas avec ton grand-père ! Dit Jérôme en regardant Julien, mais couvre-toi bien.Jérôme reste seul dans la grande pièce, il tourne, se rassieds, mais n'ose pas pénétrer dans la chambre. Heureusement que nous avons rencontré cet homme pense-t-il, Qu'est-ce que j'aurais fait moi ? Pourtant, avec les animaux de la ferme, je me débrouille plutôt bien. Mais un bébé ! Et en plus le mien ! Non, là c'est au-dessus de mes forces ! La présence de cet homme, en pleine tempête au milieu de la forêt intrigue Jérôme. Et s'il transportait de la drogue ? Se dit-il, la frontière est tout proche ! Ou alors c'est un vagabond ? Un pauvre type brisé par le chômage ou une déception amoureuse. Oh ! Et puis qu'il soit ce qu'il veut ! Qu'est-ce qui me prend à vouloir le juger ? Un cri met fin aux pensées de Jérôme, il se redresse, tend l'oreille et s'approche de la chambre.
--- Poussez ! Poussez ! Poussez ! Dit l'homme… Respirez ! Voilà, allez, on recommence…C'est long, se dit Jérôme, j'espère que tout va bien, voilà plus de deux heures que le travail a commencé et toujours rien. Jérôme rumine, il s'interroge : Ai-je bien agi ? Ne suis-je pas inconscient de laisser cet inconnu prendre en charge l'accouchement de Laure ? Puis, il se justifie, qu'aurait-il fait lui sans cette rencontre providentielle ? Mais les tourments de son esprit s'arrêtent brusquement. Un cri !
--- Ca y est, vous êtes papa à nouveau ! Dit la mère de Laure en ouvrant la porte de la chambre ! Une belle petite fille, exactement le portrait de sa maman quand elle est née.Jérôme se précipite dans la chambre, l'homme fixe le bébé, un large sourire barre son large visage. Jérôme ne croyait pas qu'il put sourire !
--- Je ne sais comment vous remercier dit Jérôme en levant les yeux vers l'homme ?
--- C'est simple, vous ne dites rien ! Rien ! Vous ne m'avez pas vu ! Alors vous m'aurez remercié !Personne ne compris ce que l'homme voulait dire, mais peu importe, Laure était accouchée, la petite Marie était là, que demander de plus. Mais Jérôme se sent redevable, cet inconnu accepterait bien un petit cadeau !
--- Tenez dit Jérôme en tendant une enveloppe à l'homme, acceptez ça, c'est bien normal, c'est de bon cœur !L'homme ouvre l'enveloppe, regarde. Elle contient quelques billets de banque. L'homme ne les compte pas. A cet instant, Raymond et Julien rentre dans la maison. L'homme se dirige vers le gamin.
--- Tiens petit ! Dit-il en remettant l'enveloppe à Julien.
Maintenant je dois partir, dit l'homme en enfilant son manteau. Il esquisse un dernier sourire, ouvre la porte extérieure et part. Jérôme regarde cette imposante silhouette marcher à grands pas dans le chemin. D'où vient-il, où va-t-il ? La tempête s'est calmée, la neige tombe avec douceur, comme si le temps à sa façon, voulait saluer la venue de la petite Marie.Le lendemain, la tempête a cessé, la cour de la ferme, le chemin, les pâturages, ne forment plus qu'une immensité blanche, immaculée, silencieuse. Jérôme dégage la neige devant la porte du garage lorsqu'un bruit de moteur attire son attention, c'est un hélicoptère. Il se rapproche, se stabilise au-dessus d'une pâture, à côté de la ferme, puis descend doucement. C'est l'hélico de la gendarmerie. La poudreuse voltige et souffle un nuage blanc dans un vacarme infernal. Deux hommes en uniforme sortent du tourbillon de neige et se dirigent vers la ferme.
--- Bonjour monsieur ! Dit l'un d'eux, nous recherchons un homme de forte corpulence, il s'est évadé de sa prison il y a trois jours et a été aperçu dans la région.
--- Non ! Répond Jérôme, on n'a vu personne. Il est dangereux ?
--- Non, je ne pense pas répond le gendarme, c'est un faux médecin, il est condamné pour exercice illégal de la médecine avoir pour avoir pratiqué des avortements hors du cadre légal.Jérôme comprend toute l'importance des paroles de l'homme : " C'est simple, vous ne dites rien ! Rien ! Vous ne m'avez pas vu ! Alors vous m'aurez remercié !
--- Non messieurs, je suis désolé, mais je ne peux vous en dire davantage, personne n'est venu ici.Jérôme regarde l'hélicoptère décoller, à son emplacement, un vaste trou circulaire s'est formé dans la neige, le bruit faiblit et l'hélicoptère disparaît au-dessus de la forêt.
BOKAY
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Une amie m'a raconté une mésaventure peu commune qui lui est arrivée sur la toile. Avec son accord, et à condition de changer son nom, elle m'autorise à vous la raconter.
'Marie' ! C'est sous ce pseudo que mon amie s'est inscrite pour publier ses poèmes et ses nouvelles sur un site bien connu et de bonne réputation. Voici quelques mois qu'elle envoie régulièrement ses œuvres et poste des commentaires sur les textes des autres. Avec certains internautes, le ton est bref, voir assez froid, tandis qu'avec d'autres s'installent progressivement des relations que l'on pourrait qualifier d'amicales. Surtout avec : ' Janus', c'est le pseudo d'un internaute qui comme elle poste régulièrement ses poèmes. Un climat de confiance s'est créer entre elle et ce garçon. Elle apprend, au fil des conversations laconiques qu'il est étudiant comme elle, et dans la même ville, à Nantes. Ils partagent souvent les mêmes idées et leurs goûts se rejoignent souvent. Désireux d'approfondir leurs relations, ils s'envoyèrent quelques courriels auxquels s'ajoutèrent bientôt des messages instantanés. Mais, 'Janus' prenait de plus en plus de place dans la vie de mon amie. Toujours d'une grande courtoisie et d'une politesse exemplaire, il était devenu l'ami que chacune rêve d'avoir, il n'était qu'à elle, il ne semblait s'intéresser qu'à elle seule. Pourtant, elle ne l'avait jamais vu, même pas en photo. Elle se l'imaginait. Grand et beau bien sûr. Il était une espèce nouvelle, apparue avec le développement de l'informatique et d'Internet, il était esprit, enveloppe corporelle virtuelle. Sa voix également lui était inconnue. Leur relation était intense, mais uniquement par clavier interposé.
Deux mois passèrent, leur relation était devenue si forte que chacun sentait peser sur lui le jugement de l'autre. Cependant, chacun ne connaissait rien ni du corps ni de la voix de l'autre. Ils l'avaient décidé ainsi d'un commun accord. La fascination qu'il exerçait sur mon amie ne faisait qu'amplifier et bientôt, elle n'eut plus qu'une seule idée en tête : rencontrer 'Janus'. Elle aborda le sujet avec beaucoup de précaution, testant ses intentions. Peut-être était-il lui aussi rongé par ce même désir ? Ils s'étaient mis d'accord de ne jamais se téléphoner et de communiquer uniquement en utilisant le mode 'texto'. Le champ de leurs discutions s'élargissait toujours davantage, à tel point que tous les sujets furent abordés. Tous ? Non, les sujets à caractères sexuels n'étaient jamais abordés alors que, tapis dans l'ombre, ils occupaient la place centrale, riche en sous-entendus, en allusions à peine voilées, mais jamais abordés de face avec franchise. N'y tenant plus et devinant son ami incapable d'aborder ce problème, 'Marie ' décida de prendre les choses en mains et demanda à 'Janus' si le temps n'était pas venu de se rencontrer et d'envisager un autre type de relation ? 'Janus' ne parut pas particulièrement désemparé et répondit :
--- oui ! Oui ! Bien sûr, mais à une seule condition et je suis presque certain que tu refuseras !
'Marie' répondit qu'elle se plierait à ses exigences. Probablement simples broutilles d'une personne timide pensa-t-elle.
--- Et que sont ces conditions ? Demanda 'Marie '.
'Janus' partit dans un long discours dont voici le résumé :
--- Nous avons fait connaissance et lié une relation forte d'une façon unique, notre relation doit se poursuivre dans le même esprit et pour cela, nous devons franchir une nouvelle étape. Voici ma condition : Je vais me rendre dans un hôtel que je t'indiquerai, un soir lorsqu'il fait nuit, tu demanderas le numéro de ma chambre à la réception et je t'attendrai. Tu entreras, la porte ne sera pas fermée à clef, tu n'allumeras pas la lumière, une ampoule très faible te permettra de te diriger jusqu'au lit. Tu te déshabilleras complètement et tu te glisseras dans le lit où nous ferons l'amour sans dire un mot, sans se parler. Ensuite, j'allumerai la lumière et enfin nous découvrirons nos visages et nos corps.
Cette condition parut étrange à mon ami, son premier réflexe fut un refus catégorique puis, elle se reprit et se dit qu'après tout leur relation aussi, était étrange. Alors pourquoi ne pas essayer, se dit-elle. Cette exigence 'particulière' ajoutait même du piment à cette première rencontre tant attendue.
Oui ! 'Marie ' se rendrait au rendez-vous.
'Janus' avait choisi un bel hôtel du centre ville. 'Marie' pénétra timidement dans le hall d'entrée et bredouilla son nom, presque en s'excusant.
--- Chambre 54 dernier étage ! Dit l'employé.L'ascenseur n'en finissait pas de monter. Cinq étages peuvent sembler extrêmement longs. L'ascenseur lança son dernier cri et s'arrêta. 'Marie' poussa doucement la porte de l'ascenseur de peur de rompre le lourd silence qui envahissait l'étage. La chambre 54 se situait à l'extrémité droite. Elle fixa le numéro avec une intensité extraordinaire et posa sa main sur la poignée de porte. Celle-ci n'était même pas accrochée, 'Marie' la poussa avec précaution et se retrouva dans une chambre dont la très faible lumière permettait à peine de s'orienter. Elle trouva le lit aisément et distingua même une masse sombre sur le dessus. C'est lui ! Se dit 'Marie ', il est là, à deux mètres de moi. Son cœur battait d'une telle intensité qu'elle sentait ses vêtements trembler. Elle jeta un dernier regard sur la masse sombre et, toute tremblante se déshabilla du plus vite qu'elle put. Complètement nue, elle souleva l'épaisse couette et se glissa dans le lit. Ils restèrent quelques minutes sans bouger puis, dans un silence pesant se touchèrent la main et progressivement le reste du corps. Mais, alors que tout semblait suivre une logique préparée, 'Marie' poussa un cri de terreur qui résonna dans la chambre. Elle se releva d'un bond, sauta hors du lit et se dirigea vers l'interrupteur le plus proche. Une femme ! Ce n'était pas possible ! 'Janus' était une femme ! 'Marie' alluma la lumière, 'Janus' était assise sur le lit, sa tête enfouie entre ses bras, ses jambes repliées et ses longs cheveux blonds posés en désordre sur ses épaules.
--- Excuse-moi, dit 'Janus' sans montrer son visage, j'aurais jamais dû te faire ça ! Je m'en veux, je m'en veux ! Mais pour tout t'avouer, il était trop tard et j'ai pas eu le courage de faire marche arrière. Oui, j'aime les femmes et je t'aime, j'y suis pour rien, je suis née comme cela !'Janus' montrait son visage, elle était très belle, un visage fin, une bouche sensuelle. Marie' la regardait d'un air gêné,
--- Tu te rends compte de ce que tu me fais ? Dit 'Marie' Moi qui avais une confiance sans limite en toi, pourquoi ce monstrueux mensonge ? Tu me croyais incapable de comprendre ? Tu as tout gâché, tu as balayé toutes mes illusions en quelques secondes ! Ah oui, ' Janus', je t'en veux vraiment ! Mais au faite ? Tu me dis : " Je t'aime " ? C'est absurde ! C'est mensonge ! Tu ne connaissais ni mon visage ni mon corps ?
--- Mais si 'Marie'… Je connais ton visage et ton corps, j'ai réussi à trouver ton adresse par plusieurs recoupement et beaucoup de chance, Il y a de ça deux mois. La première fois que je t'ai vue, j'ai ressenti une énorme décharge électrique parcourir tout mon corps et tu t'es installé dans mon cœur contre ma propre volonté. Je me disais : " arrête, c'est insensé, elle te croit un garçon " ! Mais mon amour pour toi était plus fort que tout, plus fort même que la plus élémentaire logique. Je te suivais partout où tu allais, je me suis même acheté un appareil photo muni d'un zoom puissant pour te photographier à ton insu. Mais tu as raison, je me suis laissée dominer par ma passion et j'ai été d'un égoïsme monstrueux.'Janus' sortit du lit, enfila sa chemise de nuit bleu ciel et alla chercher son sac à main, posé sur la commode. Elle l'ouvrit et en sortit une épaisse enveloppe tout usée. Elle la tendit à 'Marie'.
--- Regarde ! Que des photos de toi, toi à la fac, toi dans un square, à la terrasse d'un café ! Toi, toi, que toi !
'Marie' regardait les photos, ébahi. Elle se sentait transportée sur une autre planète où tous ses repaires se seraient effacés. Son monde intérieur venait de s'écrouler dans sa totalité, là, ce soir dans cet hôtel.
--- Tu veux que je te prouve que je t'aime plus que tout ? Dit 'Janus'. Et elle sortit un cran d'arrêt de son sac, fit jaillir la lame brillante d'une pression du pouce et l'appliqua contre le tissu de sa chemise de nuit au niveau de son ventre.
--- Ordonne-moi de l'enfoncer ! Dit 'Janus' et pour te prouver mon amour, je l'enfonce jusque dans mon cœur !Pressentant le danger, 'Marie' se précipita sur 'Janus', lui attrapa le bras et tira de toutes ses forces, mais 'Janus' était plus forte, elle résistait. Les deux jeunes filles utilisaient toutes leurs forces, 'Marie' pris l'avantage et réussit à éloigner la lame de dix centimètres, puis quinze. Mais, à bout de force elle lâcha prise, la main de 'Janus' partit comme un ressort et le couteau alla se planter entre deux côtes. Le sang se répandit aussitôt sur sa chemise de nuit qui prit une teinte foncée augmentant à grande vitesse. Affolée, 'Marie' sortit sur le palier et cria : au secours ! Au secours ! Elle vit des personnes sortir de leurs chambres puis, plus rien. Elle tomba évanoui sur le sol.
Quand elle se réveilla, allongée sur le lit de la chambre d'hôtel, 'Janus' était partie. Emmenée d'urgence à l'hôpital, elle en sortit le lendemain, sa blessure étant sans gravité.
'Marie' ne la revit jamais, ni sur le site, ni ailleurs, mais partout où elle allait, elle sentait peser sur elle le regard de ' Janus'
'Janus' ne la quitterait jamais plus complètement.BOKAY
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Chamincourt connaît une animation exceptionnelle; c'est jour de fête. Les
manèges et stands prennent possession de la grande place et de la rue
principale. De tous côtés, des musiques à la mode hurlent et se chevauchent.Le froid et le vent glacial qui sévit en cette journée hivernale ne
découragent pas les habitants de la région. Ils s'y retrouvent nombreux,
tous chaudement vêtus et décidés à passer un agréable moment. Dès le début
d'après-midi, les jeunes se précipitent dans les autos tamponnantes, tandis
que les petits, sous le regard émerveillés de leurs parents, tournent et se
dressent pour décrocher le fameux pompon. Ne perdant pas de temps, les plus
gourmands, ont déjà le nez tout collant de barbe à papa.Laure, quatorze ans, habite une coquette maison à la sortie
du village. Ce dimanche, elle ne traîne pas à table, elle a hâte de
retrouver ses copines. Un passage obligé dans la salle de bain, un coup
d'oil dans la glace pour vérifier tenue, maquillage, coiffure et en route...
--- J'y vais M'man!
--- Rentre pas trop tard, tu sais ce que ton père a dit! Et prend pas froid!
--- Promis m'man, à ce soir!Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du
Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des
manèges. Les musiques fortes, les rires et les cris donnent à cette petite
fête locale un accent joyeux et agréable. Laure est heureuse, elle se dirige
vers les autos, monte sur le plancher surélevé qui entoure la piste et
balaie la foule d'un regard circulaire, à la recherche de quelques copines.
Hélas, les groupes de garçons et filles se sont déjà formés et Laure se
retrouve seule. Elle se dirige alors vers un autre manège, une grande roue
verticale équipée de petites cabines multicolores. Elle se place près d'une
imposante baffle qui crache une musique de mauvaise qualité. De l'autre
côté, près de l'autre baffle, un homme se tient debout et regarde les
personnes qui montent et descendent des cabines. Il est corpulent, très
grand, plutôt mal habillé et le cou enroulé dans un horrible cache-nez
rouge. Le type d'individus, solitaire ou marginalisé et que l'on reconnaît à
l'allure gauche et à l'accoutrement bizarre. l'homme semble appartenir à
cette catégorie; il la regarde. La première fois, elle n'y prête pas garde,
mais le surprenant une deuxième puis une troisième fois, elle s'interroge.
" Qu'est-ce qu'il me veut, ce type"? Se dit-elle. Laure n'aime pas son
regard, "encore un vicieux", pense-t-elle.Elle a l'impression qu'il la déshabille des yeux. Puis, elle se
ravise, se dit qu'elle s'inquiète peut-être pour rien, que la fête est à
tout le monde. La grande roue s'arrête, Marion, une copine du collège
descend de la cabine.
--- Salut, Laure! t'es toute seule?
--- Oui, je devais prendre Anaïs, mais elle est malade.
--- Moi, je suis seule aussi, dit Marion, tu viens faire un tour d'auto?Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux
copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets
chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti...La musique est forte, il faut presque crier pour se faire
entendre. Les deux copines s'éclatent à fond, elles prennent plaisir à
tamponner deux garçons du collège qui ricanent bêtement. Laure fonce sur
eux, mais plus rapides les garçons réussissent à s'échapper et Laure vient
cogner sa voiture contre le rebord de la piste. Elle tourne plusieurs fois
le volant, mais la voiture ne bouge pas, elle est bloquée. Un homme, debout
sur le bord de la piste, se baisse et la dégage avec force. Alors que Laure
relève la tête pour le remercier, un cache-nez rouge glisse sur le capot de
l'auto, c'est l'homme de la grande roue. Il regarde Laure, esquisse un léger
sourire, détourne la tête et part.
--- Encore lui! Lance Laure.Marion ne réagit pas et la voiture repart. Les garçons
reviennent droit devant et percutent les filles de front.
--- Mais ils sont c.o.n.s! Dit Marion, ça fait mal! Il y en a marre! Viens,
Laure on s'arrache!Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord
de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu.
--- Tu cherches quelqu'un? Demande Marion.
--- Oh! Non, je croyais avoir vu un copain.
--- Ca te dit, un tour de chenille? Dit Marion, paraît que c'est super!
--- Pourquoi pas! OK!Le soleil a disparu derrière les hautes maisons
bourgeoises qui entourent la place et le vent du Nord se renforce et glace
les visages. Les deux filles pressent le pas pour se réchauffer. Passant
devant un stand de tir, elles remarquent Bob, un garçon un peu grassouillet
et pas trop futé, Marion le connaît bien, elle lui fait souvent des farces.
Il a enfoncé son bonnet de laine bleu sur sa tête. La tentation est trop
forte ! Marion tend son bras, arrache le bonnet et les deux filles
déguerpissent à toutes jambes. Le temps que Bob réagisse, les deux filles
ont disparu dans la foule compacte.
--- Tu lui rends pas? Demande Laure, il va avoir froid.
--- Bah! Un gros comme lui, ça n'a jamais froid, dit Marion, je lui rendrai
demain au collège. Viens! On va aux chenilles.Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son
siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit
en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des
squelettes et des personnages aux visages terrifiants.
--- Ouah! C'est génial! Dit Marion en agitant le bonnet de Bob. Et cet
abruti qui se les gèle!
--- Fait attention, tu vas l'accroch...Laure n'a pas le temps de finir sa phrase, le bonnet de Bob
s' accroche à un morceau de plastique. Au tour suivant, Marion veut le
récupérer, mais le bonnet n'y est plus.
--- Il est pas perdu, dit Marion, il est tombé à terre, on le récupérera en
partant.Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à
chercher le fameux bonnet.
--- Ca devrait se voir une couleur pareille! Dit Marion. Il peut pas être
loin!Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit,
mais pas le moindre bonnet bleu.
--- C'est ça que vous cherchez? Mademoiselle.Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante
inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout,
immense, le bonnet bleu à la main.
--- Je vous ai fait peur? Dit-il l'air étonné.
--- Non! Non! Merci monsieur.L'homme s'éloigne, se perd dans la foule et Laure reste
debout, tenant ce ridicule bonnet bleu à la main.
--- Ah! Tu l'as retrouvé! Demande Marion, où il était?
--- Là!
--- T'en fait une tête! Tu me fais la gueule ?
--- Non!
--- Oh !Je vois bien que tu me fais la gueule ! Si s'est ça, j' me casse!
Dit Marion.Laure se retrouve seule à nouveau, et cet homme qui
l'intrigue. En plus, ça tombe mal, elle a remarqué qu'un beau gars, plus âgé
qu'elle la suit et semble s'intéresser à elle.
"S'il n'y avait cet homme qui me suit partout, j'amorcerais une conversation
avec ce beau mec, se dit-elle, peut-être même qu'il m'aurait dragué? Qui
sait? Je fais plus que mon âge" .Elle baisse la tête et regrette que son anorak fermé cache sa
poitrine.
"Oui, j'ai quatorze ans, mais j'en fais bien quinze, seize peut-être ?Puis, apercevant quelques copines du collège, Laure se joint à
elles. Le groupe la rassure.
"Comme cela, si l'homme m'importune, je ne serai pas seule", se dit-elle.Par contre, pour le beau garçon, cela contrarie ses plans. C'est
la première fois qu'un garçon de cet âge s'intéresse à elle.
" Il est très beau! Si je pouvais le draguer, se dit-elle, mes copines en
seraient malades de jalousie".Mais l'homme au cache nez rouge gêne considérablement la
réalisation de son projet. Elle a l'impression qu'il la suit partout, qu'il
épie ses moindres gestes. Justement, il est encore derrière elle!
" Je le maudis ce type ! Et en plus il m'inquiète.La nuit est tombée, l'homme au cache-nez rouge a disparu. Ouf
! Quel soulagement pour Laure? D'ailleurs que faisait-il sur cette fête?
Quant au beau gars, il vient encore de la regarder et de lui sourire, elle
sent son petit cour s'affoler et elle lui répond par un léger sourire. Déjà
dix-neuf heures, le petit groupe de copines se réduit, elles ne sont plus
que trois. Laure se regarde dans le reflet d'une vitrine, ses cheveux sont
tout défaits, de la main elle les arrange grossièrement, en pensant à ce
beau jeune homme, bien sûr. Mais, derrière elle à quelques mètres,
l'imposante stature de l'homme au cache-nez rouge! Encore lui! Pour la
première fois, Laure prend vraiment peur.
"Quel dommage que je n'ai pas pu aborder ce beau gars plus tôt, se dit-elle
! Lui au moins, il m'aurait défendu "!Le froid est de plus en plus vif et bientôt Laure va rentrer,
seule, évidemment; Ses deux autres copines habitent le centre ville. Ce
qu'elle appréhende le plus, c'est le passage de ces ruelles, sorte de
coupe-gorge moyenâgeuse. Mais, il faut bien rentrer...Laure regarde autour d'elle, Il n'est pas là!
C'est le moment se dit-elle, j'y vais.La première petite ruelle est bien éclairée et plusieurs
personnes marchent par petits groupes, c'est rassurant. Par précaution,
Laure presse le pas. Personne ne la suis.
" Je ne serais pas un peu parano? Se dit-elle. Je suis jolie! Après
tout, c'est normal que les hommes me regardent, on dit que certains aiment
les jeunes filles!Tout en marchant, Laure essaie de se rassurer. La deuxième ruelle est
déserte et les lampadaires ne sont pas tous allumés. Elle sent sa poitrine
se serrer, la panique s'empare d'elle, elle se prépare à courir. Mais,
subitement, devant elle, le beau gars sort d'une ruelle transversale et
l'interpelle.
--- Eh! pourquoi tu cours comme ça, t'as peur? dit-il
--- Ah! c'est vous! Vous m'avez surpris, j'ai eu peur.
--- C'est vrai que c'est pas prudent une belle fille comme toi, toute seule.Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se
sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi
se retrouve devant elle!
"Quelle heureux hasard" se dit-elle ?
--- Tu veux que je te raccompagne? Demande le jeune homme.
--- Si vous voulez, dit Laure émue.
--- Si ça ne te dérange pas, je peux même te prendre par le cou, par ce
temps, on aura plus chaud.
--- Si vous voulez, dit Laure, surprise mais ravie de la proposition.
--- Tu sais, t'es drôlement jolie, dit le jeune homme.La ruelle tourne à angle droit, aucune lumière,
l'obscurité est presque totale. Le jeune homme parle de la fêtes, dit des
banalités et tient des propos décousus. Laure l'écoute et rie, mais soudain
d'un geste brutal et inattendu, le jeune homme saisit Laure par la tête,
l'appuie contre le mur et tente de l'embrasser.
--- Eh! Doucement dit Laure! Je ne vous connais même pas.
--- Ca c'est pas grave dit le jeune homme on va faire connaissance.Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de
l'espace d'une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la
taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande
d'arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en
sort un couteau.
--- Tu vas être bien gentille dit-il, sinon je te balafre le visage. Et tu
cries pas!
--- Non! Laissez-moi, je ne veux pas!
--- T'as pas compris? T'as pas le choix ma belle, aller laisse-toi faire.Laure tente de se débattre, mais que faire sous la menace de
d'un couteau?
--- Baisse ton pantalon! Aller, vite!Le jeune homme pose la lame de son couteau à plat sur le
front de Laure. Laure ressent l'acier glacé sur sa peau. Le jeune homme
s'énerve, s'excite, et ne se contrôle plus. Il pose son couteau sur le sol,
soulève violemment le pull-over de Laure et s'acharne sur son pantalon avec
fougue.
--- Laissez-moi, ou j'appelle "au secours" dit Laure.
--- La ferme petite salope, ou je te plante!Le jeune homme est comme fou, il tire de toutes ses
forces sur le pantalon de Laure. Décuplant ses forces Laure résiste, le
repousse, le frappe. Mais vite, le combat devient inégal, après quelques
minutes de lutte, le jeune homme reprend le dessus. Laure est à bout de
force, ses membres ne répondent plus et elle trouve à peine la force de
crier. Elle réalise alors qu'elle n'échappera pas à cette brute, ce malade.
Elle est arrivée au bout du possible, elle relâche tous ses muscles et se
laisse choir sur le ciment glacé.Le jeune homme se positionne sur Laure, baisse la
fermeture éclair de son pantalon, s'immobilise une ou deux secondes, puis.un
bruit sec et lourd raisonne dans le porche. L'agresseur tombe sur Laure
comme une masse. Il ne bouge plus.
--- Je vais te soigner moi! Espèce d'ordure!La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide
comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre
d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever,
mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il
retombe sur le sol.
--- Prends ça! Espèce de salop! Dit l'homme de sa voix puissante.Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le
visage de Laure.
"C'est l'homme au cache-nez rouge"!
Cet homme qu'elle croyait menaçant venait de la sortir des griffes de
ce violeur. La pauvre fille est complètement perdue, ses nerfs lâchent, elle
tremble et sanglote tout en remettant ses vêtements.
--- Ca va aller? Demande l'homme, puis il ajoute: je crois que je suis
arrivé à temps!Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille
peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard
méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci
reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui
balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.
--- Ca c'est en plus, tu sais pourquoi? Dit-il.L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.
--- Venez! Je vais vous raccompagner chez vous, dit l'homme, avec cette
ordure, c'est plus prudent!
--- Heureusement que vous êtes arrivé! Quelques minutes de plus...Le vent glacial souffle dans la ruelle, Laure marche à côté
de l'homme, elle a remonté le col de son anorak et s'efforce de contenir ses
derniers sanglots.
--- Je ne voudrais pas que mes parents....
--- Inspirez profondément, dit l'homme, ça apaise.
--- Je vous dois vraiment beaucoup, quelle chance que vous n'étiez pas loin!
--- Ce n'est pas de la chance, dit l'homme.
--- Mais pour quelle raison vouliez-vous me protéger? Je ne vous connais
pas!
--- J'ai tout de suite remarqué la façon dont ce salop te regardait. J'ai
une fille de ton âge qui a été victime de cette ordure, l'année dernière,
dans les mêmes conditions, quand j'ai compris que tu serais sa prochaine
victime, je ne pouvais pas le laisser faire.BOKAY
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Jean Schlesser regarde sa toile avec fierté. Il se recule de deux pas, Ferme un œil puis se rapproche et colle son nez contre la peinture encore fraîche. Il tourne la tête et crache le mégot éteint qui pend de ses lèvres.
---Ouais ! Pas mal! Encore quelques retouches et c'est bon! Dit-il à haute voix, comme s'il voulait prendre à témoin son atelier minable et encombré.
--- La vieille sera contente et c'est le principale! Ajoute-t-il.Elle est passionnée de peinture la vieille, surtout les impressionnistes et plus spécialement Pissarro. Cette modeste reproduction d'un bord de Seine, n'a qu'un but en fait: éviter l'expulsion. Les temps sont difficiles pour Jean. Deux mois sans vendre une seule toile, ça creuse les finances! A sec, complètement raide! Le peu d'argent qui lui reste passe dans l'achat de tubes de peinture, de toiles... et aussi d'alcool. Trois mois de retard dans le paiement du loyer, ça fait beaucoup, surtout que la vieille est à ses sous. Jean voulait baratiner la vieille, lui faire croire qu'il avait déniché une reproduction de Pissarro dans un de ces vides greniers qui fleurissent un peu partout en ce moment. Ensuite, il lui laisserait en gage pour le loyer impayé. Il avait peint de nombreuses reproductions de tableaux impressionnistes et était même devenu expert dans l'art de les vieillir artificiellement. Sa méthode : de l'huile très chaude et un sèche cheveux. Sans ses deux démons que sont les femmes et l'alcool, jean Schlesser serait aujourd'hui un peintre reconnu et riche . Mais, l'homme de talent qu'il était, s'est peu à peu métamorphosé en épave, une sorte d'éponge sans ambition. Le voici réduit, lui peintre de talent, à amadouer une vieille pour éviter la rue! A quarante deux ans!
--- la vieille sera ravie! Dit-il tout seul! Elle est tellement folle de " Pissarro" ... Alors je lui en ferai cadeau et j'espère qu'en échange elle effacera un ou deux mois de loyer.
Jean travaille à sa toile toute la semaine, il la peaufine, la bichonne, puis la fixe sur un vieux châssis à l'aide de clous piqués par la rouille et l'accroche au mur.
--- Ouais, ouais, je l'ai bien réussi celle-ci! Dit-il.
Puis, il regarde par la fenêtre; la vieille est là, elle arrose ses fleurs dans la petite cour intérieur. Tenant sa toile à bout de bras, il contemple une dernière fois son œuvre et la pose délicatement sur la table. D'un geste précis, il coupe une feuille de papier kraft, enveloppe sa peinture et sort de chez lui.
--- Bonjours Madame Eugènie, regardez ce que j'ai trouvé, dit Jean.
--- Fais voir! Dit la vieille.La vieille rentre chez elle avec le tableau, arrache le papier de ses mains maigres et noueuses.
--- Non de Dieu! Un Pissarro! Ou qu't'as eu ça p'tit?
--- Au vide grenier d'ourzie la ville! Vous vous rendez compte! Une sacrée bonne reproduction!La vieille sort ses lunettes de la poche de sa blouse, les pose sur la pointe de son nez et parcours le tableau de gauche à droite, comme une lecture. Quand elle a terminé, elle se retourne vers Jean.
--- T'y connais rien, p'tit! C'est pas une reproduction ça, c'est un vrai Pissarro! Ma tête à couper! Dit la vieille.
--- Vous êtes sûre?
--- Eh! p'tit! Tu connais quelqu'un toi, qu'est capable de peindre comme ça! Non, crois-moi, c'est un vrai!
--- Vrai ou faux, moi je m'en fiche, j'aime pas Pissarro, dit Jean. Tenez, je vous le donne contre deux mois de loyer, Vous êtres pas perdante?
La vieille détend son bras comme droit un ressort, et ouvre sa main.
--- Allez p'tit, tape là... et marcher conclu!
--- J'ai votre parole?
--- Tape j'te dis!Jean tape dans la main de la vieille qui pose aussitôt le tableau sur le buffet envahi de bibelots. Elle se plante devant.
--- Bon Dieu qu'il est beau! A soixante quinze ans, je viens de faire l'acquisition de ma vie! Et toi p'tit, tu viens de faire la plus grosse conne..rie... de ta vie! T'as pas idée de ce que ça vaut un Pissarro!
--- Maintenant, faut me faire un papier pour le loyer, dit Jean.La vieille sort un bloc-notes bleu tout écorné, arrache une feuille à la hâte et écrit:
"Je m'engage à loger Monsieur Jean Schlesser gratuitement et toute ma vie durante. En contre partie, Monsieur Schlesser me donne un tableau signé Pissarro qui représente les bords de Seine avec des arbres sur la droite."
--- Maintenant que j'ai le papier signé, je peux vous le dire Madame Eugènie...
--- Tu peux m' dire quoi? Que tu viens d' faire la plus grosse conn...rie... de ta vie p'tit?
--- Non Madame Eugénie, je veux vous dire que c'est moi qui ai peint ce tableau, c'est pas Pissarro!
--- Espèce de p'tit salo...Sors d'ici tout de suite! J'veux plus te voir! J'vais aller à la police, tu vas voir! Rends-moi ce papier !
La vieille garde le tableau et Jean Schlesser le papier et il sort de chez elle, contrarié mais heureux de pouvoir occuper le logement aussi longtemps que la vieille vivra. Pour fêter l'événement, il se verse quatre ou cinq whisky en suivant, tourne en rond en regardant ses toiles qui tapissent ses quatre murs, et sort en ville. Il rentre tard, ivre comme d'habitude.
Une semaine s'est écoulée, la vieille n'adresse plus la parole à Jean et le climat est tendu. Ils s'ignorent totalement, comme un vieux couple en chamaille.
Ce mardi matin, Jean traverse la petite cour et se rend à la boulangerie acheter son pain. Quand il revient, la vieille l'attend. Elle se tient debout, bien droite dans son tablier bleu à pois blanc.
--- P'tit, Faut qu'on s'parle, ça peut pas durer, aller vient, entre! J' te fais chauffer un café!C'est bien la première fois que la vieille me parle comme ça, se dit Jean, bizarre!
La discussion commence par des banalités, la vieille se montre subitement intéressée par la peinture de Jean, elle qui habituellement le traite de "barbouilleur". Finalement, elle en vient à évoquer le véritable motif de ce brusque changement d'attitude.
--- Tu sais p'tit, j'ai pensé un truc: nous deux, faut qu'on fasse des affaires!
--- Ah! Et quelles genres d'affaires? Dit Jean étonné de la proposition.
--- P'tit, tu peins comme un dieux, t'as d'l'or dans les pattes et t'en sais même rien! Ton Pissarro? Faut un vrai spécialiste pour s'apercevoir que c'est une reproduction. Alors voilà ce qu'on va faire: Tu sais que dans mon grenier j'ai plus de cent toiles, la plupart sont des vieilles croûtes sans aucune valeur. C'est mon mari qui les a achetées. A chaque fois qu'il m'en ramenait une à la maison, il me disait: " Tu vois cette toile, Eugènie " ? Eh bien un jour elle vaudra une fortune!" Mais le pauvre a englouti tout l'argent du ménage et toutes ces toiles ne valent rien!
Ton Pissarro, je vais le monter au grenier, le mettre parmi les miennes...
Eh! Tu m'écoutes?Fin août. Il fait chaud, une foule compacte se bouscule dans les allées étroites du vide grenier. Ca sent le vieux et la sueur. Jean prospecte. Pas les objets, non, lui ce qu'il recherche c'est les amateurs de tableaux. Il s'est posté près d'un brocanteur qui expose de vieilles croûtes, il y en a de tous les genres, mais elles ont toutes un point commun: la laideur et le mauvais goût. Jean feint s'intéresser à ses toiles quand quelques grosses gouttes martèlent le sol.
--- Manquait plus que la flotte! dit le brocanteur en levant la tête vers l'épais nuage qui s'avance.En quelques secondes, les gouttes tombent drues et une pluie torrentielle frappe le sol dans un vacarme épouvantable. Le brocanteur ouvre les deux portes de sa camionnette et s'empresse de mettre ses toiles à l'abri.
--- Un coup de main? Demande Jean.
--- C'est pas de refus! Cette put.... de flotte va mouiller toutes mes toiles!
Jean et le brocanteur s'activent sous la pluie battante.
--- On range que les peintures, dit l'homme, le reste ça séchera!
Le brocanteur remercie Jean et l'invite à s'abriter avec lui à l'arrière du fourgon.
--- Si ce temps-là continue, on va rien faire, dit le brocanteur.
--- Les affaires marchent bien en ce moment? Demande Jean.
--- C'est pas terrible, dit le brocanteur, après les vacances, les gens sont fauchés et la rentrée des classes, ça coûte cher!
--- Tiens! Au fait, vous qui vendez des tableaux, je connais un vieille qu'a des toiles plein son grenier! Je suis certain qu'elle s'en débarrasserais pour pas cher, ça vous intéresse?
--- Eh comment que ça m'intéresse! C'est où?
--- N'y allez pas seul, la vieille à ses têtes, je vous y conduirai.
Le lendemain, Jean se rend chez le brocanteur et le conduit chez la vieille. Après de rapides présentations, elle ouvre la porte qui donne accès au grenier. Arrivé en haut de l'escaliers, l'homme s'immobilise, écarquille ses yeux et pousse un " Oh ! ". Le grenier est rempli de tableaux de toutes dimensions, il y en a partout, un vrai bric-à-brac.
--- J'ai jamais vu ça! Il y en a combien? Crie le brocanteur pour que la vieille entende.
--- J'en sais rien et je m'en fou, répond la vieille, vous savez, les tableaux.... C'est mon mari que ça intéressait.Le brocanteur regarde chaque toile avec attention, dès qu'une semble l'intéresser, il l'examine de près sous la fenêtre de toit et la met de côté. Jean regarde le brocanteur avec intérêt, il attend la réaction de l'homme à la vue du Pissarro. En bas des marches, la vieille lève la tête à s'en tordre le cou. Notre homme a trouvé le Pissarro, il colle son nez sur la signature. Ca y est, se dit Jean, il l'a trouvé!
Le brocanteur tourne le Pissarro dans tous les sens, s'attarde sur certaines partie, puis le tient d'une main bras tendu. Il le pose, le reprend et l'incline pour le mettre à contre-jour, puis son inspection terminée, il le pose très délicatement sur un vieux meuble démantibulé.
--- Vous trouvez votre bonheur? Demande Jean, Il y en a hein! Je vous l'avais dit?
--- Je m'en suis mis quelques uns de côté, dit le brocanteur, j'espère que la dame ne va pas me les vendre trop cher!
--- Vous en faites pas pour le prix, j'en fait mon affaire, dit Jean.
Le brocanteur passe en revue toutes les toiles du grenier. Une heure plus tard, il redescend tenant à la main cinq toiles, dont le "Pissarro" bien sûr. Puis, lui et Jean se rendent dans la cuisine où la vieille prépare un café.
--- je vois que vous avez trouvé, dit la vieille. Faites voir un peu!
La vieille regarde chaque toile que le brocanteur lui montre.
--- Celle-là, cent balles; celle-là, cent balle aussi, celle-là pareille, même prix.
Le brocanteur affiche un large sourire... jusqu'au "Pissarro"
--- Ah non! Dit le vieille devant le pissarro, celle-là je la vends pas, c'est un souvenir de ma grand mère. La toile ne me plaît pas tellement, mais vous savez ce que c'est... Un souvenirs on s'y attache.
--- Et si je vous donne cent mille francs! Dit le brocanteur, comprenant que la vieille en était restée aux anciens francs.
--- Non! C'est trop cher pour vous, vous n'avez pas les moyens, dit la vieille. Il faudrait me donner... dix millions pour que je la vende.
Le brocanteur réfléchit, ça fait quand même quinze mille euros! Un Pissarro à ce prix-là, c'est donné, se dit-il, mais si c'est un faux... Catastrophe. Alors il reprend la toile, scrute la signature avec une grande minutie, passe son indexe sur la peinture. La vieille le regarde, épie tous ses gestes et attitudes et lance son va-tout, comme pour achever sa proie.
--- Ca vient de famille, dit la vieille, c'est le père d'un ami de ma grand mère qui l'a peinte, je sais même qu'il s'appelait... Attendez... Ca va me revenir, il s'appelait Camille, paraît qu'il a peint beaucoup.
Entendant le prénom " Camille ",Le brocanteur sent son cœur s'emballer. Pas de doute, c'est bien un "Pissarro"! La fortune à coup sûr, se dit-il, l'affaire de ma vie. Faut pas que je laisse passer ça... Mais quinze mille euros! Non la vieille est trop gourmande.
--- Cette toile me plaît beaucoup et je suis prêt à monter jusqu'à huit millions, mais pas plus.
--- Vous avez dit:" huit millions"?
--- Oui, mais pas un sous de plus!
--- D'accord, dit la vieille, mais je veux du liquide.
--- Vous l'aurez, je reviens demain avec l'argent, dit le brocanteur.Le lendemain, le brocanteur revient, il balance un attaché case à l'extrémité de sa main droite.
--- J'ai l'argent, dit-il, ça fait: douze mille euros!
--- Ca fait même un peu plus, dit la vieille mais bon, marcher conclu.
Le brocanteur repart tout joyeux avec son Pissarro et les quatre autres toiles sans valeur.
--- T'as vu P'tit? Qu'est-ce que t'en penses de mon idée? Quatre millions chacun! Et tu sais ce qu'on va faire du fric? On va acheter des bijoux qu'on placera dans un coffre à la banque. Tu sais un coffre qu'on n'ouvre qu'avec deux clefs. Une chacun. Ca te paraît correcte?
--- Ouais, c'est honnête, dit Jean.
Convaincu que l'idée de la vieille est géniale, Jean à commencé un autre "Pissarro".
Une semaine plus tard, le tableau est terminé. Il procède de la même manière, contacte un autre brocanteur, et empochent cinq milles euros.
Les semaines passent, maintenant Jean peint des "Sisley". Les faux "Pissaro", faut mieux arrêter, des bruits circulent dans le milieux, la petite escroquerie continue, mais avec d'autre signatures. Encouragé par des affaires qui rapportent, Jean a même délaissé la bouteille, pour un temps. Il peint toute la journée, jusque tard le soir. Les bijoux accumulés représentent une petite fortune. Jean a une confiance limité dans l'honnêteté de la vieille, mais comme il faut être deux pour ouvrir le coffre, il est confiant.
L'hiver se termine, les arbustes de printemps commencent à fleurir, et déjà les premiers vides greniers font leur apparition. La vieille et Jean ont optimisé leur petite entreprise crapuleuse. Chaque après-midi, Jean conduit la vieille en ville, elle s'est découvert une nouvelle passion, elle collectionne des bijoux sans valeur, à peu près les même que ceux qu'elle place à la banque, mais c'est du toc. Jean trouve ça bizarre, mais enfin… Elle fait ce qu'elle veut !Nous sommes en avril, 15 heures trente, Jean rentre de prospection, il a noué le contacte avec des acheteurs potentiels américain et la bonne humeur se lit sur son visage. La vieille est dans sa cour, elle balaye le trottoir en brique qui longe le mur de sa maison. Dès qu'elle aperçoit Jean, elle l'interpelle.
--- P'tit! On a un problème, j'ai eu la visite des gendarmes.
--- Et qu'est-ce qu'ils veulent? Demande Jean.
--- Ils te cherchent, un acheteur a porté plainte pour "escroquerie" et ils disent qu'ils sont sur ta trace depuis deux mois. Ils disent aussi que tu risques plusieurs années de prison et une forte amende. Ils vont revenir te chercher demain, ils ont dit. Il faut que tu te sauves au plus vite, sinon, tu vas te retrouver en tôle.
--- Ca alors! Comment ils ont pu savoir ?Je vais filer, mais je ne partirais pas sans la moitié des bijoux.
--- Bien sûr P'tit, t'auras la moitié, comme convenu, on va même aller à la banque tout de suite et on fera le partage.
La vieille et Jean se rendent à la banque et retirent le coffret à bijoux, ainsi que les factures correspondantes.
--- Moi, je vais faire le partage en me servant des factures, dit la vieille, comme ça on aura chacun la même somme.
--- OK, dit Jean, pendant ce temps, moi je prends quelques bagage et dans un quart d'heure… Chao! Je ne vais pas attendre les poulets!
--- C'est mon avis aussi, dit la vieille, ils avaient l'air drôlement intéressés.
Jean bourre à la hâte un sac de voyage, traverse la petite cour pour la dernière fois et rentre chez la vieille. Sur la petite table encombrée, elle a fait deux tas.
--- Tu choisis, tu prends le tas que tu veux, ils ont exactement la même valeur, j'ai regardé les factures.
Jean regarde les deux tas. Apparemment tout est là, mais avec la vieille faut se méfier.
--- Je prends celui-ci! Dit jean.
La vieille va chercher une grande enveloppe et met les bijoux dedans
--- T'as des sous pour le voyage? Demande la vieille. Tu vas aller où au fait?
--- Je n'en sais rien, dit Jean, vous avez une idée?
--- En tout cas, faut pas rester en Europe, le plus sûr c'est le Brésil, là-bas tu risques rien, tu vends tes bijoux et t'es peinard. Le plus urgent, c'est de quitter la France au plus vite, avant que les poulets ne donnent ton signalement aux frontières. Faut qu't'ailles en Belgique, de là tu prends l'avion pour Rio, crois-moi, c'est le mieux.
--- J'te demande si t'as des sous? Répète la vieille.
--- J'ai mille euros, dit Jean.
--- T'as pas assez! Tiens prend ça, dit la vieille, ça te fera deux milles, comme ça, t'en auras assez pour l'avion.Jean en a le souffle coupé! Jamais la vieille ne s'est montrée aussi généreuse. "Je l'ai peut-être mal jugée, se dit-il, elle me laisse le choix des bijoux, puis elle me donne de l'argent! A l'avenir, j'éviterai de porter un jugement hâtif sur les gens, c'est dans les situations difficiles que l'on se rend compte de leur valeur.
Rio est en vue, l'airbus commence les manœuvres d'atterrissage, le ciel est dégagé et le pain de sucre se découpe sur les hauts immeubles de la mégalopole. Jean arrive au terme de son voyage, pendant le vol, il n'a pas arrêté de ruminer. " Eh si les douanes découvrent les bijoux " ?se dit-il. Puis il pense à la vieille : " une arnaqueuse certes, mais au grand cœur. Me faire cadeau de mille euro, comme ça"!
Mais c'est surtout l'avenir qui préoccupe Jean. Il a fait son planning: "En premier, je vends les bijoux. Pas au premier venu, non je fais plusieurs bijouteries. Ensuite, je loue un appart assez grand pour me faire un atelier. Je me mets à peindre sérieusement, je me fais connaître, j'expose! Whoua! Une nouvelle vie" ! Il y a bien longtemps que Jean n'a pas connu un tel enthousiasme. "La roue tourne pour moi, se dit-il, et du bon côté! Fini les galères de fin de mois!"
Jean a pris une chambre dans un hôtel de la périphérie, pas question de dilapider. Le lendemain matin, après une mauvaise nuit de sommeil, il se rend dans le centre de Rio et arpente la rue où sont présentes les plus grandes bijouteries de la ville. Pas facile quand on vient ici pour la première fois, il y a du monde partout et ça vous tourne la tête. Une grande bijouterie lui inspire confiance et après quelques hésitations, il se dirige vers la grande porte dorée. Une hôtesse au corps de rêve l'aborde en anglais.
--- Vous parlez français? Demande Jean qui n'a aucune envie de faire de la gymnastique linguistique matinale.
La jeune femme appelle une collègue.
--- Bonjour Monsieur, bienvenue dans notre établissement, que puis-je faire pour vous?
--- J'ai un lot de bijoux de grande valeur à vendre, dit Jean, je peux vous les montrer?
--- Mais bien sûr, dit la jeune femme suivez-moi.
Jean suit l'employée jusque dans les sous-sols du magasin. Sur la droite, une vingtaine de personnes travaille, la tête baissée sur un ouvrage qui semble minuscule. A gauche, un bureau tout en verre où un homme rondouillard classe du courrier. L'hôtesse frappe, l'homme fait signe d'entrer.
La jeune femme donne quelques explications en portugais et l'homme tend la main.
--- Vous voulez bien montrer ...
Jean plonge sa main dans sa sacoche, sort la grosse enveloppe grise et la pose sur le bureau.
--- Voilà, dit-il.L'homme ouvre l'enveloppe, étale précautionneusement les bijoux sur son bureau, pose un collier dans sa main et le soupèse. Il le repose et fait de même avec une grosse bague. Il reste pensif, ne dit rien, rassemble la totalité des bijoux et les remet dans l'enveloppe. Puis, il se lève de son fauteuil, quitte son bureau et dépose l'enveloppe sur l'établi d'un ouvrier. Celui-ci ajuste son microscope et examine chacune des pièces, quelques secondes, pas plus. Arrivé à la dernière, l'ouvrier prononce quelques mots en portugais et remet les bijoux dans l'enveloppe. Jean est inquiet, l'air interrogatif il se tourne vers l'hôtesse.
--- Désolée...Monsieur mais vos bijoux n'ont aucune valeur.
L'homme rend l'enveloppe à Jean qui la fourre dans sa sacoche.
--- C'est la vieille! Cette saleté m'a roulé! Dit-il à voix haute.
--- Vous dites, Monsieur? Demande l'hôtesse.
--- Non rien! Je me suis fait avoir, comment j'ai pu... Je comprends maintenant pourquoi elle m'a donné mille euros, pour que je quitte la France! Cette vieille garce m'a fait choisir entre deux tas de faux bijoux! Et son manège en ville l'après-midi ? Quel C.O.N. je fais ! Me voilà bien maintenant...
--- Vous désirez autre chose, Monsieur? Dit l'hôtesse.
--- Oui, surtout qu'on me foute la paix!BOKAY
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