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La perte matérielle enrichit l'esprit Amel Bakkar, mai 2004.
Le plaisir des voyages Amel Bakkar, mai 2004.
La coke, mon père et moi Amel Bakkar, août 2004.
L'attente Amel Bakkar, avril 2005.
La cohabitation innocente Amel Bakkar, avril 2005.
Le rituel des âmes errantes Amel Bakkar, avril 2005.
Les fleurs d'Helena Amel Bakkar, avril 2005.
L'éclaireur Amel Bakkar, mai 2005.
La névrose du papillon Amel Bakkar, mai 2005.
Les fenêtres du voyageur Amel Bakkar, mai 2005.
Désir de vivre Amel Bakkar, mai 2005.
Echec et mat Amel Bakkar, mai 2005.
La méditation de l'acteur Amel Bakkar, mai 2005.
Zone indolente Amel Bakkar, mai 2005.
Oscar Amel Bakkar, mai 2005.
Le cristal de la vie Amel Bakkar, juin 2005.
La clef des songes Amel Bakkar, juin 2005.
Le billet pacifiste Amel Bakkar, juin 2005.
Le cabinet de curiosités Amel Bakkar, juin 2005.
L'Amour Amel Bakkar, juillet 2005.
Guide de l'optimisme Amel Bakkar, septembre 2005.
La porte de Lorianne Amel Bakkar, octobre 2005.
Le luxe de l'incertitude Amel Bakkar, octobre 2005.
La cuisine cristalline Amel Bakkar, octobre 2005.
Autopsie de l'Autre Amel Bakkar, août 2007.
Gomme Amel Bakkar, septembre 2007.
Kokina Amel Bakkar, décembre 2007.
L'incertitude du luxe Amel Bakkar, décembre 2007.

 

 

Amel Bakkar est une ingénieur commerciale le jour et conjugue sa vie avec une passion qu'elle a depuis l'âge de 19 ans : l'Ecriture.
Sa devise : Chaque être est unique et la différence enrichit. Accepter l'autre c'est comprendre comment le monde tourne.

Après plusieurs années de travail, l'aboutissement de son initiation s'en fait ressentir : primée dans de nombreux prix littéraires (Prix Calipso 2003, XYZ, prix auteurs inaperçus CLF 2004...) Des revues littéraires friandes de sa musicalité vont publier quelques unes de ses oeuvres (Ecrire Magazine.....)

Objectivité et subjectivité se mêlant dans la peinture des mots, chaque instant devient le cristal d'une vie, est figé pour enfin être partagé...

bakkaramel@yahoo.fr

 

La Perte matérielle enrichit l'Esprit

Cet objet longiligne et transparent étais transmis de génération en génération. J'étais assise là, devant lui, fascinée.
Son créateur l'avait pensé ovale et arrondi : Un de mes arrières arrières grands-parents. Aujourd'hui il habillait ma table de nuit, pour l'égayer.
De foyer en foyer, il s'était cloné. Ses jumeaux pouvaient se lover sur une table, un meuble, ou à même le sol.

Le mien, je l'avais habillé de fleurs et parfumé d'eau. Garni de roses, mon vase resplendissait. Quel magnifique bijou je possédais !
Toi, tu avais ton chat, ton ami pour te parler.
Moi, j'avais ce vase qui respirait l'Antiquité, habité de ses âmes ancêtres qu'il avait côtoyés.

Un soir, tombée la nuit noire, j'étais venue m'asseoir à ses pieds pour lui parler. J'avais rencontré quelqu'un. Un homme était venu demander ma main. J'étais enjouée, heureuse d'avoir été désirée.
À travers mon vase, je partageais ce moment passionné avec papa et maman depuis peu décédés.
En une nuit, j'étais passée : de l'ennui à la Vie. Je m'imaginais déjà telle Cendrillon enlacée dans les bras de mon prince : Sébastien.
J'étais devenue princesse de lumière.

Puis un jour, le fracas.
Un faux mouvement de ma main bascule le vase qui périt dans un lac de verre en mille morceaux. Brisée à terre, je vivais une grande perte, une souffrance indélébile. J'avais perdu un ami, mes racines, mon avenir, ma vie.
Mon objet fétiche avait quitté notre terre.
Je devenais princesse des ténèbres

A contrecœur, j'assemblais ce qu'il en restait pour le coucher dans une petite boîte. Je me rendis au pied d'un arbre pour y honorer les restes de son âme. La personne que j'avais choisie étais l'arbre le plus ancien du bois qui trônait majestueusement près de chez moi.
Besoin de me laisser aller, je me suis étonnée à rester écouter cet arbre qui accompagnait mes journées quotidiennes.
Il se rendit compte très vite qu'on vivait le même état de solitude partagée ; A sa demande, j'y blottis mon oreille.
Il me raconta son histoire :

" Mes ancêtres et moi habitons cette terre depuis des millions d'années.
Je déploie mes racines pour sans cesse rester connecté à la vie.
Dépendant des autres : le temps est devenu mon allié, la pluie mon amie, la neige mon ennemie. Quant à l'engrais, il m'embellit.
Que d'émotions j'aurai vécu, que de visages j'aurai observé, de kung-fu que j'aurai nourri de mon énergie.

Hier, une femme est venue s'asseoir à mes pieds. Elle avait besoin de se libérer. Dos posé à mon tronc, elle s'est offert le temps de déposer ses larmes. Je l'ai aidé, je lui ai permis de se confier.
Je sais aussi être terre-à-terre.
Des rêves, j'en ai eu ! De m'envoler, de voyager….
Je me suis offert cette possibilité grâce à mes cheveux que j'ai allongé et baptisé "branches". Les oiseaux, viennent s'y nicher pour une contemplation figée du monde. Je vis leur expérience par procuration.

Pour me protéger, des feuilles ont poussé et se laissent tomber à l'arrivée de l'hiver.
Un jour, on viendra me chercher comme mes anciens voisins,
Des anges urbains couperont mon dernier souffle à la hache.
Je finirais allongé en cahier ou en lit.
La cruauté des hommes fera que je n'existerais plus et que je n'aurai plus rien à raconter. "

Émue par sa vie et de ses expériences, une promesse s'évade.
Il me supplie de vivre, de goûter chaque moment. J'accepte sans hésiter.
Fatiguée, je rentre chez moi. La nuit se vie blottie dans les couvertures. Une nuit se fane, une journée s'éclore.

Le matin, volets ouverts, je contemple le paysage.
L'odeur de la rosée et des croissants briochés traversant les fenêtres closes de la boulangerie me transportent à n'en plus sentir mes narines. L'odeur nauséabonde du métro et du déodorant moisi me rappelle à la vie.

Arrivée au lycée, le professeur de langue étrangère me glisse à l'oreille
" que l'aveuglement et la surdité peuvent frapper l'esprit ". Le monde du professorat me désespérait. Ici, tout le monde le savait.
Alors très vite, le sourire commence à croiser la commissure de mes lèvres. Tête haute, je dégusterais chaque heure à étudier, à entendre les enseignants enseigner jusqu'à la fin de la journée.
Quel exploit !

Pour me récompenser, je kidnapperai dans la poche de Sofia une tablette de chocolat. Les petits carrés détachés viendront se blottir sous ma langue affamée.
Je garderai de cette journée une douce volupté, nappée d'une crème de lait.
Il est tard. Mes pieds sont fatigués à se synchroniser sans repos.
Je ne sais pas quelle heure il est. La notion du temps s'est perdue.
Une avalanche de pompiers attise ma curiosité. Mon visage pâli.
Des tuyaux arrosent la maison que j'habite.

Que de pertes matérielles en ces deux dernières journées.. J'en souffre.
Au milieu des pleurs, une voix inconnu me murmure délicatement :
"Sarah, entre vagues et marées, avance avec humilité.
Vit le temps présent, bons comme mauvais moments.
Comprends l'ordre de l'univers, et tu seras heureuse"

Ces quelques mots apaiseront mon âme que je laisserai grandir avec curiosité et réserve, tout en croquant la vie.

Amel BAKKAR, bakkaramel@yahoo.fr

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Le plaisir des voyages

Le Noble désir de découvrir le Monde.

Je remorque ma plume pour transporter mon carnet de voyages dans les sublimes délices de mes dernières vacances. Toutes les images figées et mémorisées vont maintenant s'imprimer délicatement sur le papier.

Pékin, Moscou, Tan Tan : le Désert. L'odeur de l'orient approche à grands pas.
Mon corps, inerte, s'éveille à la chaleur brûlante du soleil majestueux.
Les danseuses shéraziennes me nourrissent abondamment, m'hypnotisent et me relient à la terre. Thé à la menthe, desserts fondants réveillent mes pulsions animales.
Le poids d'une goutte d'eau vient subitement réveiller le sol endormi et me rappeler la soif inassouvie qui m'a embarquée dans la sphère du délire.
Je me réveille. Un mirage.

Mongolie, Chamonix ; le déluge.
Les regards suspendus à la glace apprennent à se conjuguer aux bâtons de skis et montagnes enneigées. L'air glacial vient se congeler facilement sur mon visage.
La Tartiflette emmitouflée se blottit tendrement dans mon ventre affamé.
La chaleur des couvertures chauffantes, l'odeur légère de l'aligot et la saveur fumée du feu de bois m'emportent.
Des pas de souliers endormis viennent me guider au paradis des rêves. Yaks et brebis se préparent à dormir. Yourtes et chalets m'ouvrent leur cœur pour m'enfanter dans un sommeil plus que chaleureux.
Je m'endors.

Guangxi, Piana ; Viva la nature.
Un panaché de cascades géantes rafraîchit mon corps desséché. Les oiseaux aux voix enchanteresses chantonnent. Mes oreilles, conditionnées par les bruits pollués de la ville, se débrident.
Le paysage verdoyant anesthésie mon regard attristé pour offrir un regard enfantin. La forêt subtropicale m'oxygène, m'offre une deuxième naissance.
Les rochers déploient leurs ailes pour me livrer une beauté montagneuse.
On s'y aventure, on l'escalade. Arrivé au sommet, on en domine le monde.
L'air pur traverse chaque membre, chaque pore, chaque parcelle infime du corps et la nettoie.
Je me sens entièrement épuré.

Il fait beau. Il fait chaud. Un besoin immédiat d'enlacer, d'aimer m'envahit.
Je suis prêt. Je m'amuse alors à butiner chaque bouche désirée, et me laisse surprendre par l'amour de vacances.
Hier, rencontres chaudes dans le désert. Aujourd'hui, rencontres fraîches en ouverture.
Le goût fruité du baiser se représente. On s'était perdu depuis un an.
Brunes, blondes dominant les plages de leurs poitrines plongeantes offrent leurs cuisses chaudes pour officialiser un contact possible.

Les rencontres se succèdent : Lina, brésilienne, aux seins bombés qui pourraient vous servir d'oreiller…, Sarah, marocaine, me fait découvrir les plaisirs inassouvis du lit…Hélène, française, me rassure et me révèle que je suis l'amant rêvé.
Je grave dans ma mémoire ses douceurs et moments partagées avec ses délicieuses beautés connues pour une nuit dans un bar ou dans un lit.
Click !
Que de saveurs, d'émotions vécues. J'en garde un délicieux souvenir jusqu'à la prochaine découverte de sens et d'odeurs : le but de mes voyages.

Maintenant, il est temps que je redevienne un ours.
Mes paupières reposées s'éteignent progressivement. Corps posé, âme libérée vont demain s'éclipser pour un retour à la quotidienneté.


Lundi Matin.

Tic, Tac, Tic, Tac.
Je baille tout en jetant un œil furtif sur la pendule. Il est sept heures.
À moitié endormi, je me laisse guider par les pieds qui se souviennent du trajet à suivre pour pénétrer dans la cuisine.
Elle m'attend. Deux longs mois qu'elle ne m'a pas vu. Hier soir, je lui ai rendu visite pour voir si elle étais toujours présente. Aujourd'hui immobile, elle n'attend qu'une chose : que je vienne l'embrasser, la caresser.
Efficace comme elle est, elle a déjà tout préparé. Je n'ai plus qu'à tendre les bras et saisir le café aromatisé. Ma cafetière, ma chère cafetière, je ne la remplacerai pour rien au monde. Je l'adore.

Assis, je déplie curieusement le journal du jour pour revenir à la vie urbaine, au monde sans espoir. Le silence s'est installé, ou presque.
Tic, Tac, Tic, Tac. Les aiguilles de l'horloge indiquent sept heures trente. Elles n'arrêtent pas de s'exciter dans un bruit finement programmé, sans comprendre.

Bon, il est l'heure que j'aille visiter ma salle de bains et sortir un de ces costumes abandonnés. Il faut vite qu'on s'habitue, qu'on se familiarise.
Eh, oui ! Je suis contraint et forcé à porter des tenues officielles pour me préparer psychologiquement à devenir un Best Commercial.
Papa a insisté pour que je rentre dans le moule assez tôt. En échange, il paye le loyer de cet appartement qui donne vue sur la Tour Eiffel, depuis bientôt 3 ans.

Huit heures. Je me suis réhabitué à mon intimité, à mon chez moi. Il est temps de retourner au lycée, revoir mes amis et tomber dans la routine.
Le métro et ses odeurs puantes. J'avais oublié. La tête inanimée des passagers me rappelle que je suis déjà entrain de tremper dans le bain du stress parisien.

Tous lobotomisés : ils ne portent aucun sourire, aucun soupir. Pas une rencontre est possible, pas un seul pet est n'est autorisé à sortir. Tous ces gens s'empêchent de respirer. Mes yeux ne sont plus ouverts sur le monde mais sur un microcosme envahi d'esprits inhabités.
Je me suis nourri de belles images, de voyages. Eux, ce sont pourris de Loft Story : une branche du bouquet des débilités télévisées. Les médias les empêchent ainsi de penser pour mieux les manipuler.

La sonnerie retentit. Arrêt Station Châtelet. Il est huit heures trente. Je descends de la rame pour me diriger vers l'entrée du Lycée Rimbaud.
J'observe, puis je pense. Je vole chaque pensée désespérée des passants qui pressent le pas.

J'aimerais les éclairer. Si je pouvais m'adresser à l'un deux, je lui dirais :

Bonjour, Monsieur. J'aimerais partager une pensée avec vous, vous qui êtes télécommandé par la monotonie, vous qui travaillez pour alimenter l'état, qui engraissez la misère du désir en consommant des crédits mirobolants, vous qui travaillez pour vous médicaliser, vous psychanalyser : Profitez de votre temps libre, échangez et Voyagez.
Voyagez pour vous rajeunir et savourer la beauté pure du monde. Voyagez pour vivre l'euphorie perpétuelle et vibrer dans les obstacles surmontables de la vie.
Faites que chaque moment soit unique, pour qu'un jour en arrivant au ciel, vous puissiez vous retourner sans regret.

Lui, hébété, me regarderait surpris. De son regard réfléchi, il me dirait qu'il ne se rendra pas au travail aujourd'hui. Il décidera enfin de ne plus être esclave de la vie et d'en devenir acteur. Il aura enfin le courage d'appeler son patron, de lui dire non et de partir en vacances. Il éviterait ainsi une dépression ou pire : un suicide. Et moi, j'aurai sauvé une vie.

La cloche sonne. Les portes s'ouvrent.
Mon esprit se ferme. J'entends une voix familière qui m'appelle : "Jules".
Kyoto, Chamonix, Guangxi, Kilimandjaro….Un jour, je ferais le tour du monde….
Je retrouve mes camarades. On partage une dernière fois nos souvenirs de vacances en attendant les premiers cours.
Les plus beaux voyages restent à venir

Amel BAKKAR, bakkaramel@yahoo.fr

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La coke, mon père et moi

Il est seul, là, flottant dans l'eau. Maki n'en peut plus. Dans le gouffre du désespoir, il ne comprend pas pourquoi son père lui en veut tant.

D'origine malienne, sa famille et lui ont traversé la Mer Méditerranée pour venir s'installer en France, il y a trente-cinq ans de cela déjà.
Il se souvient encore du jour où son père les avait préparés sa sœur et lui au changement :

- " Les enfants : nous arrivons dans un pays inconnu. Notre couleur sera un handicap. Les postes qui nous serons proposés seront destinés aux esclaves.
Je vous demande d'honorer votre famille, et de bien travailler à l'école. Je vous demande d'être des élèves brillants tout en étant fier de porter votre Nom BAKELOULI.
Faites en sorte de ne jamais rien demander à personne. J'attendrai patiemment le jour où vous réussirez, le jour où je pourrais enfin partir en paix. "

Les paroles de son père étaient restées gravées dans sa mémoire, pendant toutes ces années. Pour honorer leur père, Maki et Saya s'étaient construit à eux d'eux une forte personnalité.
Le début fut très difficile. Il fallut, à eux deux, supporter les moqueries, ricanements, et propos racistes de leurs camarades de classe. Le destin avait fait en sorte de les regrouper chaque année dans la même classe. Ils leur étaient ainsi plus facile de subir.

Leur père, Mohamed avait rapidement trouvé du travail.
Une société, Esclavon, une société de fabrication de nettoyants ménagers, était en manque d'ouvriers à l'époque.
Lina, la mère s'était vite imposée en trouvant une place de femme de ménage chez une grande famille du XVIe arrondissement.

Voilà ! Du jour au lendemain, ils passaient d'une maison de 90 m2 au Mali à une petite chambre française de 20 m2 pour quatre. Ils quittaient la sécurité pour un avenir plus qu'incertain. Ensemble, ils découvrent des appartements vétustes, insalubres du XVIIIe arrondissement : quartier de la Goutte d'or infecté de rats humides, un nid en enfer !

Le père culpabilise de jour en jour. Il n'a pas fait d'étude et n'a pas les qualités requises pour leur offrir un meilleur cadre. Il se jure de tout faire pour motiver ses enfants, ne pas finir comme lui. La mère, quant à elle, ne se soucie de rien et ne dit jamais rien. Elle abonde sans rechigner dans le sens de son mari sans aucune contestation

Les années passent, défilent à une allure et tout le monde se conjugue courageusement aux mauvaises conditions de vie.

Mali et Saya sont adultes maintenant. Dans quelques mois, ils auront vingt-huit ans.
Maki gagne son concours et rentre dans la meilleure école de la capitale pour devenir comédien . Le théâtre : la passerelle qui lui permettra de vivre pleinement sa vie, de capturer à travers les rôles joués la peau de parfaits inconnus. Une carte de jeu lui offrant un kaléidoscope d'émotions.

Parallèlement, Saya obtient son diplôme en médecine. Elle se spécialise en chirurgie réparatrice pour les grands brûlés. Elle a toujours rêvée de penser les autres, avaler leur douleur, raccommoder leur âme. Choisir ce métier, c'est s'offrir sa propre thérapie.

Papa et Maman sont de plus en plus usés par la fatigue et comme le veut la tradition, il est temps que les enfants reprennent le flambeau.
Elle a décidé de donner 500 euros de poche tous les mois à ses parents et fait régulièrement les courses. Vieux, harassés, ils arrêtent petit à petit de travailler. Elle leur trouve un appartement en location à Paris, près de Châtelet.
Seul reste à leur charge, les sorties et le lèche vitrine consommée.
Un jour prendre son envol lui traverse l'esprit. Elle s'installe avec son petit ami rencontré récemment à une soirée chez des amis.

Maki verse ce qu'il peut à ses parents. L'argent de poche va de 100 à 500 euros, selon les cachets, selon les rôles qu'on lui propose à la sortie de l'école, diplôme en poche. Il quitte le nid maternel pour se lover dans les bras de sa tendre dulcinée Laura, un ingénieur confirmé rencontré un soir de solitude au cinéma.
Ils s'aiment et décide d'aller vivre dans un chouette petit appartement à Porte Dorée.

Une nouvelle vie commence pour les deux.

Les parents sont fiers. Les enfants l'ignorent. Dans la culture malienne, on ne montre aucun sentiment, tout doit être caché pour me construire sa vie disent-ils de génération en génération.

Un jour, Maki rencontre un agent qui va basculer sa vie.
En quelques mois, la célébrité vient à lui et la presse aussi.

*

Un soir, Maki seul chez lui devant un verre de whisky, il écrit sur les feuilles orphelines d'un cahier qu'il vient d'acheter :

- Avril 2004

Papa devient avare. Il me harcèle au téléphone. Il veut encore plus d'argent de poche. 1500 euros que je lui donne depuis la sortie du film c'est bien…Non ?!
Il n'arrête pas depuis ses derniers temps. Je ne suis plus son fils. Indigne, qu'il m'appelle.
Il m'a tellement énervé que j'ai pris ma Mercedes Coupé hier et je lui ai fait un gros chèque, qu'il accepté sans broncher.
Je ne comprends pas. J'ai l'impression que papa ne supporte pas de me voir heureux. Il aurait aimé que je galère comme lui peut-être ?.
Il est jaloux. Son harcèlement dure depuis des mois.

Saya, je ne lui fais plus confiance. Hier, avant d'aller le voir, je l'ai appelé pour lui raconter.Elle m'a dit qu'il vieillissait et que je me devais de lui pardonner.
Quoi ?! Pardonner à ce vieux con qui me sucerait jusqu'à mon dernier souffle.
J'ai raccroché. Elle ne capte pas que je suis au bord du gouffre. Elle est trop dans la vague de l'amour. Il ne me reste qu'à déverser ma tristesse et mon incompréhension dans les verres généreux en whisky.

Je n'en peux plus. Ma douleur m'est insupportable. Ma femme et ma sœur ne comprennent pas que j'en suis arrivé au point d'en être rongé.
Laura fait des crises depuis trois mois parce que chaque soir, je me traîne jusqu'à la maison ivre mort. Elle me dit que je suis trop sensible et que je devrais passer au-dessus de l'attitude de mon père. Elle m'énerve.
Pour avoir la paix, je lui fais un enfant, un de ses rêves depuis notre rencontre.
Peut-être alors que père, content d'être grand père, me dira qu'il est fier de quelque chose au moins….. !

- Mai 2004

En attendant que Chiny, notre fille arrive au monde, je m'expérimente.
Dans le monde du show-biz, on se came beaucoup. Hier soir, c'était la première d'un film où je joue le rôle d'un camé. Cette fois ci, je suis passé à l'acte.
Johnny, un pote m'en a proposé.
La jouissance de ma première ligne de coke m'a plu. Je suis désinhibé de toutes émotions, je m'en sens comme sur un nuage, mes peurs sont enterrées et j'ai oublié pourquoi je prends de la coke…….Je suis toujours en extase.

- 16 Mai 2004

Je réitère, ce moment délicieux, d'extase sensorielle tous les soirs à la même heure. Ça me rappelle mon enfance, où l'on goûtait tous les jours à 16 heures.

- Novembre 2004

On est à J-2 mois de l'accouchement de Laura. Elle m'a oublié, je n'existe plus.
Elle ne se rend pas compte que je m'éloigne.
J'aurai eu une overdose, elle ne s'en apercevrait même pas.

Putain ! Je lui construis une baraque, ouvre un compte au cas où je serais plus là,

J'en ai marre.

Chiny va bientôt arriver et en face d'elle, elle verra un papa achevé, un papa indigne, un merdeux, un rejeté. Je ne pourrais pas tenir ce nouveau visage dans mes mains.

*

Une semaine après le jour de l'an, il se lève.
Il embrasse comme tous les matins sa femme et son ventre avant d'aller répéter.
Il met son plus beau costume.
Elle pense qu'il a rendez-vous avec la presse pour le prochain film.
Avec ma Mercedes coupée dernier cri, il fait quelques kilomètres jusqu'au Lac Danube. Il sort.
Il hésite, puis il plonge.

Il est là, seul flottant dans l'eau. Les images de sa vie défilent, puis un éclair, le blanc, le néant.
Un homme au visage énigmatique lui dit qu'il n'est pas sur le bon chemin, que son heure n'est pas arrivée, qu'il est un homme bon, que la jalousie de son père ne doit pas l'affecter, que ça passera, que sa femme et son enfant l'attendent.

Puis plus rien.

*

Mon corps est dans une chambre d'hôpital. Je suis pâle et mal rasé.
Le médecin vient d'annoncer à Laura, Saya, Maman et Papa que j'ai de la chance et que j'étais au bord de l'overdose, que j'ai eu beaucoup de chance qu'un chasseur passe dans le coin, que j'aurais pu y rester….
Mais je n'entends pas la fin. ..
Dans la pièce, je flotte étrangement au-dessus d'eux. Personne ne voit mon âme. Papa sort de la chambre. Je le suis dans le couloir, il s'effondre en larmes. Étonné, j'arrive à lire dans ses pensées :

- " Merde, maki va peut-être mourir. Il s'est détruit à cause de moi. Sans m'en rendre compte, je suis devenu vénale avec mon propre fils. Ma jalousie l'a tué. Comment faire pour me faire pardonner. Je pensais être un homme bon mais non. Mon âme est sèche. ".

C'est la première fois que je vois pleurer père. Maman est à côté de lui et ne dit rien, ne réagit pas comme d'habitude. Laura et Saya, perdues, culpabilisent et se soutiennent dans les bras l'une de l'autre, noyées dans les larmes.

Euuhh, qu'est ce qui m'arrive ?! Je me retrouve d'un coup aspiré vers le bas, entouré par un nid de lumière aveuglante. Je sursaute. Je suis emporté jusque dans mon corps. Je les entends parler. Je ne sens plus mes jambes. Lentement, j'ouvre les yeux. Le médecin prend mon pouls et leur annonce que je reviens comme par miracle à la vie.

C'est le soulagement pour eux et le questionnement pour moi.

Pendant une semaine, à tour de rôle chacun et chacune vont venir occuper mes journées solitaires hospitalières. Chacun va, à tour de rôle, rester à mes côtés.

Ils ont peur. Peur des séquelles que je pourrais avoir, de mon silence devenu effrayant. Je réussis enfin à sortir de ce cauchemar deux mois après, un mardi après-midi, je parle à la vue de ma petite fille qui vient d'arriver au monde.

*

Aujourd'hui après toutes ses agitations, on partage un superbe repas de famille et la vie désaccordée prend vie.

Papa a ouvert la séance du déjeuner par un : " Je suis fier de vous mes enfants ".
Il avait réussi à libérer un atome de générosité.
Nos regards se redécouvrent. Il est gêné. Je le rassure d'un sourire.
Mon père et moi étions entrain de traverser le Mékong qui allait nous permettre sur du long terme de nous retrouver.

Pour lever la curiosité, je propose de faire une prière avant de partager notre repas. Puis, je prends ma fille dans mes bras tout émus de voir un visage si angélique. Je lui parle du regard et lui promet d'être toujours présent à ses côtés.
J'embrasse ma femme, Laura, et lui glisse à l'oreille :

- " Merci Laura, merci de m'accepter tel que je suis "

Amel BAKKAR, bakkaramel@yahoo.fr

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L'attente

Un jour, j'ai entendu mon grand père dire devant toute une assemblée que l'essentiel d'une vie était de profiter du kaléidoscope d'émotions.
C'était quelqu'un que j'admirais pour son festival de mots et d'idées qui fusionnaient, égayant sans le vouloir le quotidien de chacun.

J'ai vraiment compris ce qu'il voulait dire par là, quinze ans plus tard.
C'était un 21 mars 1994. Je venais juste d'avoir vingt ans et je me dirigeais tout droit vers le chemin de la sagesse.
Angoissée par l'entretien de la veille, j'avais passé la nuit entière à me réveiller en sursaut, terrorisée par une succession de cauchemars.

L'odeur du café moulu et des brioches dorées étaient venus effleurer mon sommeil agité.
Maman se levait toujours tôt, une habitude depuis son enfance.
Consciencieusement installée à table, elle attendait patiemment mon arrivée pour me prendre dans ses bras et prendre soin de moi.

Je suis descendu, un pas après l'autre, sûr de moi priant dieu que ma mère ne remarque pas mon état.
Je viens d'arriver. Elle porte un nouveau regard sur moi, comme si elle s'était déjà rendu compte que quelque chose était entrain de changer chez moi.

En plein milieu du silence qui s'est installé, elle me dit :

- Tu as bien dormi ?
- Oui, merci
- Tu'as faim ?
- Oui

et me voilà dévorant les viennoiseries qui allaient me faire tenir jusqu'à midi.
Ma pensée resta en suspend dans le vide. Je n'osais pas lui dire que j'avais passé l'après-midi d'hier à faire le point sur ma vie, mes choix et moi.

La cafetière, que je viens de prendre, est à moitié brûlante. En faisant couler le café dans la tasse, je me rends compte qu'elle est fêlée. C'est sans doute les coups entre le lave-vaisselle et l'évier.

Le journal du jour est déposé sur la table. Sans doute papa qui l'avait oublié. Quel homme, mon père ! Il se lève tous les jours à 04h30 du matin pour partir à 05h30. À peine une heure pour se réveiller et se détendre.
Aujourd'hui, c'est faits-divers à volonté : vols à mains armés, viols et disparitions, de quoi remplir une journée entière de petites ménagères…
Ma mère, voyant mon calme s'épaissir, s'énerva :

- Quelqu'un a téléphoné ? j'attends un appel maman
- Non ! me répondit elle.

J'avais passé un casting pour un rôle dans une sitcom. Le directeur de plateau avait demandé du sang neuf. Il était prêt à tout, quitte à prendre des nouvelles recrues.
Alors, j'ai modifié mon curriculum vitae en l'aromatisant au goût du jour : quatre rôles dans des séries télés diffusées au Mali.

Comme cela, aucun risque qu'il aille vérifier. Il n'aurait pas le temps de prendre de son temps et de son argent pour ça.

***

Il est 09h30. Monsieur Bertaut n'est toujours pas passé. C'est le facteur du coin. Il passe tous les matins à 09h20. Bel homme, il profite systématiquement de son passage pour klaxonner, histoire d'attirer l'attention des femmes abandonnées par leurs hommes partis à l'usine.

Tiens, la sonnerie !
Le sourire jusqu'au coup, je me lève et me dirige vers la porte. C'est sans doute isabelle, le voisin qui m'a appelé hier dans l'après-midi pour me demander si je voulais aller au cinéma avec lui.

- Où tu vas ?
- Ouvrir
- Non. C'est Valérie qui m amène de la Maïzena pour le gâteau.
- Ah !

Quand, elle ouvrit la porte, une grosse boule de poil vint me lécher le visage et s'aggriper à mon jean Diesel que je venais juste de récupérer de mon linge propre.

Une deuxième sonnerie vint se rajouter à cette animation.
Cette fois ci, je pensais avoir isabelle.
La main tremblotante, je pris le combiné comme si je prenais mon destin entre mes mains.

- Allô, dit un homme de l'autre côté
Ma voix emprisonnée dans ma gorge et mon corps avait pris le chemin de la terreur. Je vis ma vie défiler devant moi " ma première dent, mes ébats amoureux, mon premier mensonge, mon premier vol…. "

- Allô ?

Toujours rien. Aucun son ne sortait.

- Allô ? je suis bien chez Joseph Stenton ?

À peine eu le temps de dire oui et me voilà possédé par l'émotion.
Le directeur de casting m'annonce que je suis parmi les meilleurs et que mon jeu d'acteur a beaucoup plus au réalisateur.

J'ai eu le droit à deux longues minutes de compliment avant d'entendre la nouvelle du siècle. Il avait choisi de prendre un acteur célèbre pour le rôle pour faciliter la sortie et la promotion du film.

Ils espéraient être sélectionnés pour le festival de Cannes.

Amel BAKKAR, 07 mars 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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La cohabitation innocente

Dans la salle de bains d'une chambre d'hôtel, le corps déchiqueté de la Duchesse Wintélor gisait dans la baignoire ensanglantée.
C'était Conchetta, la femme de ménage, qui avait prévenu la police. Une odeur nauséabonde commençait à se répandre devant la porte.
Elle s'était inquiétée de voir cet homme resté aussi longtemps enfermé, refusant les changements de draps et tout contact de l'extérieur.

- Je vous dis que je ne suis pas Sarki Linski !
Je m'appelle Sam LIMA.

- Enfin, Monsieur ! On vous arrête avec cette carte d'identité à votre nom
Vous avez arraché la photo pour semer le doute, n'est-ce pas ?!

- Non, non. Je vous assure que ce n'est pas moi. Je n'ai jamais vu cette
carte

- Et cette arme dans vos mains ? On l'a inventé peut être ?!
Ecoutez. Si vous avouez le crime, le juge fermera les yeux sur quelques
mois de prison.

- Ce n'est pas moi. C'est un complot, je vous dit !

Les gendarmes l'avaient interrogé pendant 48 heures. À ses côtés, on avait retrouvé une peluche d'enfant et une valise pleine de billets. C'était un super magot. L'inspecteur avait voulu savoir ce qui s'était passé. L'homme, visiblement amnésique, ne se souvenait de rien.
Le commissariat marseillais avait prévenu le mari. Sa femme avait disparu depuis une semaine. Il avait reçu un appel anonyme lui demandant de laisser une somme de 10 000 euros dans une usine désaffectée, pour pouvoir la récupérer.
Le mal au corps, il se rendit à la morgue pour vérifier si c'était bien elle.

Arrivé au poste, le Duc de Wintélor s'aperçu très vite que la moitié des billets manquait. Ils n'avaient pas pu disparaître comme ça dans la nature. L'homme avait oublié. Le monde soupçonnait un complice caché.

***

Dans le train qui l'amenait à Marseille, Sam observait à travers la vitre le paysage kaléidoscopique qui s'offrait à lui.
Pendant sa contemplation, un homme du même âge était venu s'installer à ses côtés.
Il portait un long manteau d'hermines, un chapeau noir et son pif était aussi long que celui de Pinocchio. Son visage était sombre et il n'avait pas d'odeur. Sam en fut surpris car tout le monde avait une odeur entre celle du déodorant, du parfum et la sueur de fin de journée.
Ce personnage ressemblait étrangement au diable incarné. Il s'appelait Sarki Linski. Il était roux, couleur poil-de-carotte et ivre comme jamais.
Il lui avait dit :

- Bonjour, Monsieur. Auriez-vous l'obligeance de m'écouter quelques instants ? j'ai besoin de votre aide et vous avez besoin de moi.

Sorti de nulle, il était convaincu qu'ils se connaissaient bien. Sam lui répondit :

- Vous faites erreur, Monsieur. On ne se connaît pas.

Mais l'homme ne voulait rien entendre :

- Si, si. Je vous suis depuis longtemps. Je vous ai observé. Je sais que vous êtes Sam Lima, que vous êtes venu en ville pour chercher du travail. Si vous voulez vraiment réussir, il va falloir m'écouter maintenant.

Sarki avait quitté la campagne aussi. Il y a dix ans de cela, il avait débarqué à Paris, sans un sou. De galères en mauvaises rencontres, il s'était rendu compte que seuls les riches pouvaient réussir. Alors, il bascula très vite du mauvais côté.
Il organisait des kidnappings et demandait des rançons. Pour survivre, il était plus facile de vivre sur le dos des riches. Il lui montra la liste des plus grandes fortunes de la région, leurs numéros de téléphone et leurs itinéraires journaliers.
Sarki était le cerveau, il cherchait maintenant les bras pour l'aider.

Sam sentit un tiraillement grandir en lui. Comment un individu pouvait se renverser l'âme pour vivre ? Quels progrès la nature humaine avait faits ?
Il refusa sa proposition et changea de place pour en être débarrassé.
Il s'était retrouvé assis à côté d'un homme vêtu de blanc. Cette âme pleine étais plongée dans une thèse sur " Lysines et Lytiques " de Julien Obel. C'était sans doute un professeur ou un biologiste confirmé.

À midi, le train s'arrêta. Les techniciens alimentèrent la machine pendant que les voyageurs profitaient de la verdure ou aller déjeuner au restaurant qui se trouvait quatre wagons plus loin. C'était vendredi. Le chef cuistot proposait systématiquement du poisson frais.
Aujourd'hui, c'était du germon frit accompagné de pommes dauphines.
Pour ceux qui n'avaient pas le temps, il avait préparé des sandwiches au saumon fumé. Ce fut un régal. Sam s'offrait avec les quelques sous en poche un repas de luxe. Il mangeait pour la première fois du poisson.

Puis la tombée de la nuit arriva. Le train prit congés à Marseille. Sam avait une chance inouïe. Le premier hôtel où il se présenta avait plusieurs chambres de libre. Couché dans son lit, le marchand de sable vint s'installer avec lui pour entreprendre un long voyage au pays des songes.

***

Tout le monde le considérait comme un homme mûr. À 10 ans, il avait perdu ses parents lors d'un accident de voiture. D'une rousseur extrême, d'une gentillesse débordante, il était le préféré du village.
Étant le plus jeune, il rendait souvent visite aux anciennes générations pour proposer ses services. Le samedi matin, tout le monde pouvait compter sur lui pour les courses et le ménage. L'ange roux s'appelait Sam LIMA.

Au début, quand on le rencontrait on avait l'impression de voir une âme fragile capable de tuer tellement il avait souffert. Puis de discussion en discussion, on s'apercevait très vite que derrière le masque, deux personnalités cohabitaient : le petit garçon qu'il était, déchiré par la douleur et l'homme fort qu'il devenait.

Un jour, il décida de quitter son petit patelin pour découvrir la ville. Il avait 18 ans. Il voulait devenir infirmier parce qu'il avait vu des gens mourir de maladies non soignées. Tous ses amis lui avaient dit que c'était une vie difficile qui l'attendait, et l'encourageaient à rester dans les bois à l'abri de toute violence urbaine. Lui, obstiné, n'avait rien voulu entendre.

Sam avait choisi Marseille pour son charme cosmopolite et sa mer bleue.
Il ne voulait pas être encombré, alors il avait pris le strict nécessaire qui se résumait à trois chemises, deux pantalons et un cahier de notes pour la route.
Pour occuper sa faim, sa Tante Olga Elmeyeur lui avait fait des biscuits aux chocolats.

***

Dans un asile psychiatrique du XIIe arrondissement, un homme d'une trentaine d 'années se laisse mourir dans un fauteuil en osier.
Il s'est renfermé sur lui-même. Seul un objet le ramène à la vie de temps en temps : son cahier de notes. Chaque jour que Dieu lui offre, il écrit :

Je ne suis pas Sarki Linski. Je suis Sam LIMA et je n'ai pas tué cette femme.

Cette phrase était écrite plusieurs fois sans rature.

Il était entré un 12 janvier 2003. Le 12 janvier 2004, on le retrouva dans son lit poignardé en plein cœur d'un couteau dont on ne trouva jamais la provenance.

À la main, il tenait un papier chiffonné destiné à l'infirmier qui s'occupait de lui :

Thierry,
Je n'aurai jamais dû quitter les bois.
La ville a réveillé en moi des douleurs endormies.
Ils m'avaient prévenu Il m'avait prévenu pourtant. Je n'ai pas voulu l'écouter.
J'ai fait un rêve hier soir. Icarien, je m'envolais pour partir
rejoindre mon village natal. Au fond d'une enclave, derrière l'église,
j'avais trouvé une peluche remplie de billets.
J'étais un homme riche.
Peut-être qu'un jour,
comme toi,
je serais aimé comme infirmier.
Je ne sais plus qui je suis.
Je m'en vais..

Amel BAKKAR, 07 mars 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Le rituel des âmes errantes

Je n'ai jamais su qui elle était vraiment. Tout ce que je sais c'est que le caractère de ma belle mère était bien étrange. De génération en génération, toutes les femmes de sa famille avaient pour rituel de jeter une pincée de sel à chaque recoin de pièces traversées pour la première fois. Vous vous imaginez, vous, vous promenant avec du sel en guise de gri-gri ?!..

Quand je l'ai rencontrée, cela faisait un mois que j'étais avec Marc, et, elle estimait qu'il était temps de me voir. C'était vendredi. J'avais passé toute l'après-midi à préparer le repas, son repas, de l'entrée à son dessert préféré.

Toc, Toc, Toc

- Oui ?!
- Je pense que c'est ta mère, chéri…Tu vas ouvrir ?
- Oui
- Ah, enfin ! Bonjour, mon fils !
- Bonjour, maman
- Elle est où ta chérie ? Elle ne veut pas me voir ?! Elle est sortie ?
- Elle finie de préparer le dessert. Chérie ?
- Oui, Marc
- Maman vient d'arriver. Elle a hâte de te voir.

Pour ne pas heurter sa sensibilité, je quitte la cuisine de suite pour l'accueillir.

À peine arrivée, elle me dit :

- Tiens, Annie. On va le faire ensemble.
- Ensemble ?!
- Oui, les faire partir...Marc, tu n'as rien dit ?
- Non, maman. J'ai oublié
- Où as-tu la tête, mon fils ?! Écoutes, Annie : il ne faut pas perdre de temps. Tu me suis ?
- Oui, Madame

Elle dépose dans le creux de mes mains, un petit tas de sel et le rituel commence. Je dois suivre, dans les moindres faits et gestes, tout ce qui va faire partir les mauvais esprits.

Elle avait l'habitude de les faire sortir grâce à ses pêts répétés, qui avaient fini par embaumer l'appart, et cette phrase fétiche : " AU NOM DE DIEU, que ta force brûle ses âmes impures, que ta voix les rend folles, que ton odeur les tue. AU NOM DE DIEU, que le malin quitte cet endroit, que toi divin tu y règnes éternellement "

Je trouvais ça drôle au début. Mais là, c'était plus que tout. Elle s'était installée sur notre lit conjugal et avait vidé tout ce qu'il restait. La chambre ressemblait à une marée salée.
Oubliant qu'elle n'était pas chez elle, elle s'est offert le luxe d'aseptiser le lieu pendant dix minutes. Moi, de mon côté, je priais pour qu'elle finisse par se calmer…

- On mange quand, Annie ?
- Quand vous voulez, madame. Tout est prêt.
- Maintenant, c'est bien…Hein Marc ?!
- Oui, Mman
- Vous voulez un apéro ?
- Oui, bonne idée. Elle est bien cette Annie, mon fils. Je l'aime bien. J'espère que tu la garderas celle-là !

Le cauchemar a continué la semaine d'après. Elle venait tous les vendredi soir m'initier au " code de déontologie de la superstition ", un livre qu'elle portait constamment avec elle.

Tout s'est arrêté.
Il y a trois mois, elle a été renversée par une voiture : par chance une carrosserie intacte, et elle morte sur le coup.
Marc, au bord du gouffre, m'a demandé de transmettre ce rituel familial à la petite qu'y arrive dans un mois et de l'appeler Olga.

Amel BAKKAR, 07 mars 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Les fleurs d'Helena

Helena était dans l'ambulance. Elle avait eu un malaise en sortant de chez le fleuriste où elle avait acheté un bouquet de roses pour égayer son salon.
L'homme en blanc avait pris sa température. Elle avait 40 de fièvre et délirait.
Elle ne savait plus où elle étais, comment elle étais arrivé là.
Jeune cadre dynamique, elle travaillait pour une grande société américaine.
À 34 ans, elle étais une femme épanouie malgré la fatigue et l'absence de vacances depuis deux ans.
Un des infirmiers la reconnut. Elle avait déjà eu un malaise l'année dernière, et avait subi une opération chirurgicale.
L'ironie du sort voulait qu'elle revienne dans le même hôpital.

On l'amena rapidement aux urgences. Un des médecins avait diagnostiqué un pappilomaviens (un cancer de l'utérus) qui se propageait dans son temple vaginal. De temps en temps, Helena reprenait conscience. Sur un brancard, on lui faisait traverser un long couloir sombre. Elle pensait pénétrer dans le couloir de la mort. Elle entendait des voix, mais ne savait pas d'où elles provenaient : " Ne vous inquiétez pas mademoiselle, on va s'occuper de vous ". La fièvre monta rapidement et l'assomma.

****

Elle reprit ses esprits quelques minutes après, aveuglée par une lumière blanche. Helena était dans la salle d'opération ; un homme tenait son bras gauche. Il lui injecta un liquide, et, les ombres remplacèrent les visages avant qu'elle ne tombe dans un sommeil profond.
Une heure plus tard, elle se réveilla dans une chambre sombre. Elle avait chaud. C'était l'été et aucune climatisation n'avait été installée.
Relié à une poche en plastique, un fil la rattachait à la vie.

Elle réussit à lire les lettres inscrites dessus : " MORPHINE ".
À sa droite, un beau bouquet de roses et à un centimètre de sa main gauche un bouton rouge : le lien avec le monde extérieur, un appel au secours pour réveiller l'infirmière de nuit.
Elle aurait aimé quitter son corps, ce corps douloureux qui la rongeait. Ses poumons lui faisait mal à en tousser. Puis, la toux s'aggrava pour finir en sang. Helena vomit le sang comme un robinet qu'on ouvre et qui vous offre de l'eau à souhait.
Le sang débordait et se propageait petit à petit. Il envahit les draps.

Elle baignait dans une piscine colorée par la douleur.
Helena criait " Au Secours ", mais aucun son ne sortait de sa bouche. Rien.
Que pouvait-elle faire si ce n'est tenté d'appuyer sur ce bouton rouge ?!
Elle se rendit compte alors que ce simple geste de la vie quotidienne étais devenu un vrai supplice. Elle déplaça lentement son bras gauche et mentalement se donna du courage pour bouger ses doigts endormis et appuyer, appuyer, Appuyer.
C'était devenu l'exploit qu'elle réussit à réaliser au bout de cinq minutes.

Dix longues minutes se passèrent avant qu'une femme n'arrive. C'était l'Aide soignante. Elle resta au pas de la porte et n'alluma pas.

- Bonsoir, Mademoiselle. Vous avez sonné ?

Helena avait perdu sa voix. Les sons étaient prisonniers dans ce corps noyé dans la douleur. Comme Helena ne répondait pas, Madame Joely ne se rendit pas compte qu'elle baignait dans le sang et pensa qu'il s'agissait d'une erreur ou une mauvaise blague. La porte se referma aussi vite qu'elle s'était ouverte, laissant Helena dans sa solitude.

Ses doigts étaient restés figés sur le bouton. Cette fois ci, il lui fut facile de crier son désespoir. Deux minutes plus tard, de nouveau l' Aide soignante arriva. Elle alluma. Helena perdait connaissance une fois de plus. Les derniers mots qu'elle entendit avant de partir furent :

- Mais quoi à la fin ? Je vais pas faire des aller-retour pour rien…
Oh, mon Dieu ! Elle n'a pas supporté l'anesthésie générale !

***

Elle allait mieux. Elle pouvait sortir. Un homme l'attendait à la sortie de l'hôpital : son père. Il était là, celui qui l'avait tant désiré quand elle était enfant, au point de dormir avec elle une fois par semaine pour lui apprendre à découvrir son corps. C'était tout un rituel et elle aimait ce lit entouré de pétales de roses.
Il était la seule personne qui lui restait depuis le suicide sa mère. Sans un mot, il lui prit la main, l'embrassa, et lui fit traverser la rue. De l'autre côté, ils entrèrent dans un jardin. Seul le rire des enfants qui jouaient sur une balançoire lui laissait deviner qu'elle étais bien en vie.

Enfin sortie de cette chambre d'hôpital !
C'est là, que son père lui dit que pour lui changer les idées il lui offrait un voyage. Ils partiraient tous les deux en Inde.
Elle avait toujours rêvé d'aller là-bas. Deux mois de vacances tout frais payé dans le meilleur hôtel de la capitale.

C'était le paradis et la simplicité mêmes. Les gens circulaient librement dans les rues. De bonnes odeurs sortaient des cuisines. Étrangement, tous portaient le même tatouage : un sourire aux lèvres. Dans cet éden d'amour et de pauvreté, Helena était émue.
Mais son père, Richard, l'étouffait. Il contrôlait ses moindres faits et gestes.

Quel fut son bonheur lorsqu'il rencontra un soir, au restaurant " L'île aux fleurs ", sa muse indo-palestienne !Cette femme, une des serveuses, lui avait apporté une serviette pour qu'il essuie la tache qui s'était glissée sur sa chemise. Le nan au fromage avait débordé.
Elle ressemblait étrangement à l'Aide soignante.
Enfin, Helena pouvait profiter de ses vacances pendant que son père initiait Indila aux plaisirs de la chair.

Rapidement, elle trouva une couturière pour réaliser un de ses rêves : confectionner un Sari. Madame Raïki l'avait invité à prendre le thé en attendant la finition de cet ensemble traditionnel. La tailleuse avait des mains de fée et comme elle était douée, ce serait fait en moins d'une heure.
Héléna était entrain de regarder les tableaux exposés dans le couloir quand brusquement la porte de l'entrée s'ouvrit. Une ombre apparut, puis un visage : celui d'un bel homme au regard mystérieux.

Il était midi. Lagan avait faim, elle aussi. Il lui proposa un déjeuner au restaurant. Elle accepta volontiers. Elle était sur un nuage. Elle n'avait pas eu de vacances depuis deux ans, et se retrouvait propulsée dans un conte de fée. À la sortie du restaurant, des enfants s'amusaient avec un freesbee. Un des petits garçons le lança par mégarde vers eux : elle le reçut en pleine tête.
Le freesbee lui ouvrit l'arcade sourcilière. Il fallait recoudre et très vite parce que le sang coulait. Lagan l'emmena à l'hôpital sans attendre.

Elle fut accueillie comme une reine. Une blonde aux yeux bleus, ils n'avaient jamais vu ça ! Ils pensaient tous qu'elle venait du ciel. Héléna était une déesse blessée incarnée. Pendant qu'elle se trouvait dans les mains du chirurgien, Lagan en profita pour lui acheter un bouquet de roses. Elle aimait les fleurs.

***

Elle entend une voix lui dire :

- Mademoiselle ! Oh, Mademoiselle ! Vous n'avez personne qui peut venir vous chercher ?
Héléna répondit d'une voix faible :

- Non. Je n'ai plus de famille. Ma mère s'est suicidée l'année dernière…
Mon père est mort renversé par une voiture.

Elle serre dans ses mains le bouquet de roses qui était sur la table.
De sa main gauche, elle lâche petit à petit le bouton rouge.

Amel BAKKAR, 07 mars 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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L' éclaireur

Dans certains pays comme l'Egypte, on nous a accepté à bras ouverts. On a été adulé et proche des divinités. Mais chez les grecs, on nous a détesté.
Un seul pays nous marquera jusqu'à la fin de nos jours. C'était il y a des années déjà. Une tribu africaine nous a reconnus et nous a attribué un roi.
Un prêtre sorcier a souhaité que nous soyons à l'affût du mal à l'entrée du village. Ils nous avaient conditionnés à lutter corps et âmes contre les forces maléfiques. Le médium de notre nom, on s'en souvient encore.

Un jour Dieu avait dit :

- Anubis, Scylla, je vous dote de ces instincts rares aux autres bêtes : fidélité, dévotion et protection de votre maître. Vous ne posséderez pas la puissance, de peur que vous vous confronteriez agressivement à son attitude incompréhensible. Marchez à ses côtés. Protégez le. Faites que sa vie ne soit plus une solitude.

Quelques secondes plus tard, il avait envoyé sans attendre la première vague de chiens destinée à devenir le meilleur ami de l'homme.

*

Yaakov installa son pupitre sans attendre. Tout le monde était là.

- Silence !
Silence, s'il vous plait.

La foule se calma et s'installa.

- Je vous ai réunis ce soir, car j'ai quelque chose de très important à vous dire. J'ai réussi à intégrer une substance dans votre aliment principal qui va changer le monde.
Vas y, traduis Syrius.

Syrius, le chien se chargeait de la traduction pour ses acolytes qui étaient venus en nombre.

- Venez-en au fait, professeur Lizhensteïn. On a fait trois heures de route. On est fatigué. Allez droit au but s'il vous plait.

- Bien. Je vais montrer. Vous allez comprendre tout de suite.

Professeur Lizhensteïn ouvrit le coffre. Il en sortit une gamelle pleine de croquettes. Il demanda dans la salle si quelqu'un voulait se porter volontaire.
Un des amis de Syrius approcha sans hésiter.
Il lui tendit la gamelle quand soudain une voix surgit du fond de la salle :

- Quoi ?! Je rêve.

Vous nous faites venir pour leur faire manger de la nourriture pour chiens ?!
C'était le même vieux grabataire que tout à l'heure : un homme pressé de savoir et de repartir répandre la nouvelle auprès des siens.

- Chut ! Laissez le s'expliquer lança un autre.

Le volontaire redressa la tête. Il avait tout mangé.

Le professeur annonça publiquement aux journalistes et chefs d'entreprises qu'il avait travaillés pendant dix ans sur ce projet : créer une molécule capable de modifier génétiquement l'organisme d'un chien et développer son comportement.

*

Sur un quai de gare aérien, une femme attend patiemment sa voiture hélico. Son chauffeur ne va pas tarder à arriver. Il est passé récupérer sa fille à l'école. En attendant, un article de journal attire son attention :

" Un chercheur Américain a relevé un pari fou :
Intégrer une molécule bionique dans des croquettes pour chiens. La réaction chimique provoquée par certaines substances permettrait de développer en quelques minutes : l'articulation, les muscles et leurs attaches. Silone, le chien panel a permis de vérifier qu'à l'absorption de cet aliment, il était doté peu de temps après d'une force surhumaine.
Vos chiens pourront détecter le danger à plus de cent mètres à la ronde, anticiper l'arrivée des cambrioleurs, voir à travers les murs…
300 tonnes de croquettes Hélinedor, tout droit venues du laboratoire, attendent patiemment dans un hangar le tampon du CMAB (conseil mondial alimentaire bestial) pour la mise en vente. "

Laura n'en croyait pas ses yeux. Yaakov avait réussi. C'étaient des années de patience pour aujourd'hui une reconnaissance. Cynthia, sa fille, sera contente d'avoir un petit chiot pour son anniversaire qui pourra porter son cartable…

*

Les années passèrent. Le professeur Lizhensteïn gagnait toujours beaucoup d'argent. Tous les pays avaient réclamé sans attendre les croquettes hulkuniennes. Puis un jour, il reçut une lettre qui disait :

Professeur Lizhensteïn,
Au début, j'ai trouvé votre idée formidable et je ne jurais que par vous.
Un jour, j'ai oublié de nourrir Samba (ma chienne). Comme d'habitude,
Je l'ai laissée seule à la maison. Le soir, en rentrant du travail, le cauchemar avait déjà commencé. Elle était affalé par terre. Elle avait vomi partout, tout déchiré, casser la vaisselle et défoncer les portes.
J'ai pensé qu'elle était malade, alors j'ai tout simplement supprimé les croquettes et les ai remplacés par d'autres.
Voyant que son état empirait j'ai alors tenté de le redonner vos croquettes. Elle s'est calmée. Pendant dix ans, elle n'a eu aucune mauvaise réaction.
Un soir, elle a essayé de me tuer.
Comme tous les maîtres, je la maltraite un peu. Ça lui fait du bien. Mais je ne pensais pas qu'un jour lui traverse l'esprit de se venger.
En pleine nuit, j'ai été réveillé de mon sommeil par ses pattes qui me serraient la gorge. Flic, j'ai eu le réflexe de sortir mon arme cachée sous l'oreiller et de tirer.
J'aurai pu y passer. J'ai prévenu la CIA. Je doute aujourd'hui de vos bonnes intentions en créant ses croquettes miracles.

Madame Olga Feininger


C'était la fin du commencement. Avant la commercialisation, il n'avait pas pensé à étudier la possibilité d'effets secondaires.
Le lendemain, le facteur livra un sac en toile plein de lettres de réclamations.
Puis l'inimaginable arriva.

Un premier mouvement de chiens enragés prit en otage toute une ville, puis une autre. Les hôpitaux de la région étaient complets. Entre les bras arrachés, les visages balafrés, le personnel n'avait pas le temps de réfléchir à ses horreurs.
Tout le monde était dans l'urgence d'aider ses personnes en danger, oscillant entre la vie et la mort.

L'alerte internationale fut lancée et tout le matériel de Yaakov Lizheinstein réquisitionné. Le président des affaires internationales demanda à tous les pays de contribuer financièrement à l'enveloppe créée pour trouver un antidote.
Chaque pays allait à la dérive. Des quartiers, des villes entières étaient pris en otage par leurs chiens. Le dressage de l'homme allait se faire petit à petit.

Hommes et femmes qui refusent de se soumettre, se retrouvent déchiquetés ou attachés aux poteaux de la ville comme des sioux.
Nous étions en 2041. Qui aurait pensé que dix ans plus tard une molécule allait inverser la complicité homme-chien ?! Personne.

Des hélicoptères circulaient nuit et jour pour rapatrier tous les blessés. C'était la première année que personne n'avait pensée à fêter noël.
Le 24 décembre au matin, on tranferra le professeur et son chien dans un laboratoire de la CIA. Ils avaient décidé de les surveiller 24 heures sur 24. Ils avaient prévu de tout faire pour que le professeur trouve un antidote pour remédier à cette inversion.

Ce qui était étrange, c'est que Syrius n'avait jamais goûté aux croquettes.
Le soir de noël, on mis le professeur et son chien dans le laboratoire qu'on ferma à double tour. Vers 20 heures, un homme passa déposer du foie gras, une bouteille de champagne et des criquets grillés en chocolats.
Il avait dit :
- Profitez en. Demain, vous allez passer au billard. Ils vont vous brancher au détecteur de mensonges.
Yaakov lui avait répondu :
- Joyeux noël. Que dieu vous garde !

Le lendemain matin, la femme de ménage fut alertée par les aboiements du chien.
Par précaution, elle prévena les surveillants. Le chef du centre de rétention CIA vint dans l'heure qui suivit.
Le gardien ouvrit la porte. Syrius pleurait. À ses côtés, Yaakov tenait un papier écrit de ses mains :

- Je m'excuse. Je n'aurai jamais pensé que cela puisse fonctionner un jour. J'avais rêvé d'un monde meilleur, dirigé par des chiens. L'espèce humaine a maltraité son meilleur ami. J'ai voulu lui faire comprendre que si le chien avait le pouvoir, il pouvait faire aussi bien sinon mieux que l'homme.
Mon invention a été plus loin que je pensais. Ils ont tellement souffert de la maltraitance de leur maître, de leur ancêtre, qu'ils ont les outils en main pour se venger maintenant. Je n'avais pas prévu qu'ils soient si violents.
Si tout se déroule comme prévu, le mois prochain, la dixième année s'achèvera. Le second plan sera à maturation. Ils n'auront plus besoin des passerelles sensorielles. Ils pourront parler. La manipulation sera inversée.
Je ne peux pas revenir en arrière. Je ne veux pas revenir en arrière. Il est trop tard.

Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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La névrose du papillon

Comme une partition musicale, l'homme compose sa vie.
Certains moments sont intenses et d'autres plus graves.
Ça, John l'avait bien compris.
Assis sur un banc, dans le square de Newport, il observe sans retenue cette magnifique muse qui est venu s'asseoir devant lui. Comme hypnotisé par cet ange charnel, sa curiosité l'anime. Timide, il lui est difficile de se lever et de créer un lien.

Elle, belle jeune femme ne l'a toujours pas remarquée. Elle n'a pas levé les yeux une seule fois. John réussit à percevoir son visage uniquement lorsqu'un bel homme passe devant elle. À ce moment là, elle admire discrètement les torses et fesses des beaux étrangers venus se trémousser pour lui plaire.

Il aurait bien aimé faire partie de cette tribu masculine. Il en a même révé. Mais voilà, tout petit, on le pointait du doigt parce qu'il portait une énorme tache de vin sur le visage. Marquée au fer rouge, elle le suit depuis sa naissance et ne veut plus se détacher de lui. Les regards d'inconnus, similaires à ceux posés sur les objets de foire, sont devenus de plus en plus curieux avec l'âge. Avec le temps, la tache s'agrandit et son complexe s'amplifit.

Pendant son enfance, il en a énormément souffert. À l'école, au travail, personne n'a ressenti l'envie ou le besoin de lire derrière son physique désavantagé : l'homme humain et entier qu'il était.
Des moqueries ? Il en a subi. À la maternelle, quand l'institutrice faisait l'appel et arrivait à la lettre L, tout le monde riait.
L'ironie du sort avait choisi un nom de famille difficile à porter, au point d'en devenir humiliant. On l'appelle John LEBEAU.

Dans la rue, tous les regards horrifiés l'avaient catalogué sous la rubrique des laids parce que tout est basé sur la beauté et le paraître.

Malgré le fait qu'il soit tétanisé devant cette femme, il se prend en main et de tente le tout pour le tout. Il se lève. Il se dirige vers elle. Il ne sait pas encore comment l'aborder, comment la séduire. Il aimerait lui dire un mot tendre, avoir un geste amical ou mieux encore : se retrouver avec elle autour d'une table et partager un verre.

Plongée dans sa lecture, elle ne le voit pas. Suspendu dans l'inconnu, il décide alors de se lancer sans parachute :

- Euh….Bonjour, Madame, dit-il d'une voix effrayée

- Mademoiselle !, réponda t'elle d'un ton sec

Leurs regards étrangers s'observent. Il pense qu'il doit de réagir très vite, continuer à tenter d'échanger parce que sinon elle risque de le prendre pour un fou. Et elle pensera sans doute que cet abruti vient de gacher son meilleur moment : lire son roman photos.

- Voilà, Mademoiselle…cela fait vingt minutes que je vous observe et je vous trouve superbe. Vous me faites penser à un ange.

- Ça me fait une belle jambe ! T'as vu la tête que tu as. J'ai autre chose à faire que de parler avec quelqu'un comme toi !

Ses mots reçus en plein cœur ravivent sa blessure de vivre isolé de tous, dans sa différence. Sa peur disparait pour installer une honte et une tristesse indéfinissable.
Elle, insensible, a déjà baissé la tête pour retourner à sa lecture favorite : " People Mondain : le magazine qui vous dit tout sur la vie des Stars ".

S'il avait vu le nom du magazine avant, il aurait tout de suite compris à qui il avait affaire. Il n'aurait pas pris le risque de l'aborder. Sa fierté l'empêche de s'effondrer en larmes.
Sa maman, aujourd'hui décédée, lui avait toujours répété qu'un homme doit rester fort quelque que soit la situation. Il est toujours resté égal à ce qu'on lui avait transmis.

À son enterrement, il n'avait pas versé une goutte de larme, pour rester fidèle à son éducation.

Il ne comprend pas pourquoi, sur cette terre, la plupart des hommes et des femmes se fient à l'apparence. S'il était riche et beau, elle comme tant d'autres aurait succombé à son charme.
Il aurait la chance d'être entouré de bimbos siliconées. Seulement le revers de la médaille, il n'en voulait pas. Qui voudrait de femmes vénales à ses côtés, à moins d'être maso ?!…
John espère un jour ne plus penser, ne plus souffrir, juste pouvoir vivre.

On est samedi. Alors, malgré ce qui vient de lui arriver, il essaye de profiter du week-end qui lui reste. Sans état d'âme, le coeur déchiré, il abandonne cet espoir féminin pour aller se réfugier dans une salle de cinéma. Il traverse le square tout en ravalant sa peine. Quant à elle, insensible, elle se noie dans la solitude qu'elle partage volontiers avec ce banc en attendant patiemment sa proie.

À l'affiche, un film : " voyage en solitaire " d'Enzo Wiene, un super réalisateur américain doué pour ces productions très terre-à-terre et philosophique. Il s'empresse d'acheter un billet pour se retrouver, comme quand il était enfant, devant le grand écran, pop-corn à la main.

Les réclames sont finies. Le film commence. Transporté par l'histoire du héros qui profite de la vie en voyageant et s'enrichit de relations humaines, il réussit à oublier sa pseudo-rencontre matinale.
Rien est hasard. L'acteur est désavantagé physiquement autant que lui. Comme si les anges de la coïncidence étaient venus le guider jusqu'à cette salle de cinéma.

À la fin de la pellicule, Il s'interroge. Au lieu de se lamenter sur son sort, il pourrait peut-être se changer les idées et voyager.
Il rencontrerait ainsi des gens de tous horizons et serait moins centré sur lui-même.
Un marchand de glaces s'est installé à la sortie de la salle. Un petit plaisir glacé est toujours appréciable. Il choisit sans hésiter un cornet chocolaté et le déguste tout en se relaxant les jambes, dans la rue.

Après après mûre réflexion, il décide de prendre rendez-vous lundi matin avec son chef de service pour discuter d'éventuels jours de congés à poser. Il lui doit bien ça !

John est quelqu'un de bien réglé. Ses habitudes lui permettent de ne pas perturber sa vie et d'être à l'abri des mauvaises surprises. Chaque week-end, il passe au Vidéo Night pour louer des films. Aujourd'hui, pour ne pas déroger à la règle, il s'y rend. Il prend sept dvd. Le vendeur lui sourit comme d'habitude et lui pose toujours la même question : " vous avez le temps de regarder tous ses films en un week-end ?! ". Et lui, pour ne pas changer, sourit timidement à M. Willot, paye la location et s'en va.

La routine s'installe. Il rentre chez lui, s'assied devant la télé, chips pizza au menu et dévore les derniers films de science fiction.

*

On est lundi. Le week est passé rapidement. Il est six heures. John n'a pas très bien dormi. La femme du square est venu hanter sa nuit pour le maudir. Après une bonne enguelade, elle a fini par lui brûler le visage. Heureusement que ce n'était qu'un horrible cauchemar…

Pour se remettre de ses émotions, il prépare son café, lit son journal, s'habille avant d'affronter le monde cruel du conformisme.

Il est 07H30. La quotidienneté l'oblige à prendre le bus, puis le train pour se rendre au travail. En arrivant, il s'empresse de pointer, de revêtir sa tenue d'ouvrier et d'aller rendre visite à Monsieur Magneti, le responsable du service production de gants hospitaliers.

Son chef a toujours été à l'écoute de ses employés.
La preuve en est : la porte de son bureau est toujours ouverte.

Toc, Toc, Toc

- Oui ?! Ah ! Entrez, M. LEBEAU. Vous êtes bien matinal, ce matin
- Bonjour, Monsieur Magneti
- Asseyez vous, je vous prie
- Merci, Monsieur
- Que me vaut votre visite ? ça va ?!
- Oui, Monsieur
- Ce n'est pas grave au moins ?
- Non, non. Je suis venu vous voir car j'ai une faveur à vous demander. Je ne sais pas par quel bout commencer
- Eh, bien, allez-y. Dites toujours. Je vous écoute.
- Voilà ! Je travaille ici depuis longtemps. Monsieur, comme vous le savez, je n'ai pas eu beaucoup de vacances…

Pendant une vingtaine de minutes, il lui justifie la raison de sa venue.

- Vous comprenez, Monsieur Magneti ? Dans ce monde psychotrope, je refuse de me faire psychanalyser. Je préfère faire ma propre thérapie en me reposant.
- Oui, oui, je comprends. Dans ce cas, comme vous êtes un de mes meilleurs employés, je ne peux que vous accorder votre mois de congés. Vous avez prévu une date pour votre départ en vacances ?! vous voulez partir quand ?
- Euh, je ne sais pas Monsieur. Samedi prochain, par exemple.
- Très bien. Je vous accorde votre mois. Ça me laisse le temps de vous trouver un remplaçant.
- Oh, Merci, Merci, Monsieur Je ne pensais pas que vous prendriez une décision aussi rapidement.
- Bon, allez ! Toujours est-il qu'il est temps d'aller travailler.
- Merci, Monsieur
- Ma secrétaire viendra vous faire signer un papier d'absence pour votre demande de congés cet après-midi. Bonne journée, Monsieur LEBEAU
- Merci, Monsieur.

À sa grande surprise, il accepta sans hésiter.
Effectivement, John faisait partie des meilleurs employés. Dès que la quantité de travail augmentait, il était l'un des plus dévoués, toujours disponible pour des heures supplémentaires sans rien attendre en retour.

Voilà. Il avait l'autorisation de se détendre au soleil pendant un mois. Comme un enfant à qui l'on avait offert un joli cadeau, il réserva ses billets sans attendre le soir même et passa la semaine à faire des achats. Jour après jour, il quittait plus tôt son travail pour aller acheter de quoi s'habiller : sweet-shirts, jeans, pantalons et autres tenues à la mode.
La vie ne lui avait pas fait de cadeau, alors c'était à lui de s'en faire.

Cette semaine, remplie de joies, passa plus vite que les autres habituellement monotones. Et samedi, à quatorze heures, il était déjà à l'aéroport.
Parfumé au Axe et bien rasé, il fit rapidement l'enregistrement des bagages pour aller s'installer sur un siège confortable qui le transporterait vers l'éden idyllique : Cannes.

Son rêve était d' aller au pays de la gastronomie.
Il ne connaissait pas la France. Il n'avait jamais dépassé les plates-bandes des Etats-Unis. Quand il regardait la télé en plein festival de Cannes, cette ville le faisait rêver.

Pour s'occuper, il avait prévu de faire des mots croisés, observer les voyageurs qui se perdent, se retrouvent, se séduisent. Et, pour figer ces instants de vie, il écrirait toutes ses sensations à travers des notations sur un petit carnet bleu. Ça lui permettrait ainsi de se libérer de toutes ses incompréhensions et de toutes ses injustices, de ses angoisses et de ses envies refoulées.

L'avion est complet. Il est 15 heures, l'équipage a à peine le temps de présenter les conseils de sécurité que le commandant de bord annonce déjà le décollage.

Après un bon somme, il fut surpris de voir qu'il était déjà arrivé à Paris, le point de changement : l'escale avant d'arriver à bon port. Il restait maintenant la dernière ligne droite avant le rêve. Chaque passager avait son occupation pour remplir le vide. Pendant qu'il s'enfoncait dans son siège pour finir sa nuit, sa voisine finissait difficilement son rapport sur son ordinateur portable dont elle avait du mal à se détacher même pour aller faire pipi.

Quelques temps plus tard, une main féminine le réveilla pour lui proposer un plateau-repas typiquement français. Il se régala et hop replongea dans son sommeil semi profond.

*

- Mesdames et Messieurs, le commandant de bord et la Compagnie AmFrance Air Lines espèrent que vous avez fait bon voyage.L'avion va atterrir dans trois minutes. La température au sol est de 32 degrés. Il serait bon de quitter vos pulls pour vos tee-shirts et robes fleuries. L'équipage vous souhaite un agréable séjour en France et vous dit peut être à bientôt sur l'un de nos vols.

C'est la voix de l'hôtesse de l'air qui le réveilla.
À travers le hublot, il contemple savoureusement le paysage. C'est magnifique. L'avion atterrit. Dès l'ouverture des portes un panaché de bonnes odeurs et de verdures flamboyantes s'offre à lui. John traverse savoureusement ce décor et prend un taxi pour déposer ses valises à l'hôtel et se détendre.
Il a eu de la chance. Les taxis sont tous vides, chose exceptionnelle un jour d'été à Cannes.

- Bonsoir, Monsieur.
- Bonsoir. Je vais à l'hôtel Plétoune. Vous connaissez ?
- Oui, Bien sûr Monsieur.

Le chauffeur connaissait bien Cannes. Ça faisait dix ans, qu'il travaillait là.
Pour se rendre à l'hôtel, il fallait environ trente minutes. Alors, pour passer le temps John lui posa des questions sur la ville, les bonnes habitudes à avoir, les bons restaurants, histoire d'avoir déjà les bons plans en main. À l'arrivée, il lui laissa généreusement un billet de 10 euros en pourboire, parce qu'il avait prit le temps de lui parler sans attacher d'importance particulière à son physique.

Il a un mois. Un mois pour passer du bon temps et profiter du soleil et de la cuisine française. Que demander de mieux ? Le portier de l'hôtel, voyant qu'il n'était pas du coin, lui conseilla d'aller dîner chez " Frangie ", un bon restaurant Cannois situé près de la plage.

Sur la route, ca sent bon les fruits de mer, la langouste et le poisson frais. Il fait chaud à se désaltérer toutes les heures et cette chaleur devient presque insupportable.
Ce jour-là, il se rendit compte que ses 120 kilos qu'il portait l'empêcheraient s'il continuait de grossir de ne plus avancer librement.

Comme il n'avait pas idée des prix, il avait pris avec lui 8 000 euros pour passer de bonnes vacances.
La chaleur gênait son poids. Une idée lui trotta alors dans la tête. Pourquoi ne pas s'offrir une semaine en thalassothérapie ?! Demain, il prendrait le temps de regarder, de se renseigner, voir s'il existe un centre dans la région.

La plage est bleutée de galets. Il s'étonne du peu de baigneurs encore dans l'eau. La baignade a été rapide. L'eau est gelée à vous glacer le corps, même si vous avez une légère tendance à vous dilater avec plusieurs réserves de graisse.
Il est 19 heures. Il rentre rapidement se changer à l'hôtel puis s'en va se restaurer.

Sur la route, il prie le Divin d'entendre sa prière :

- "Dieu. Je vous en prie, faite que j'ai un peu de réconfort pendant les vacances même si cela reste éphémère. Faites que tout se passe pour le mieux. Amen".

Le voilà devant le restaurant familial très apprécié de tous. Tout le monde se connaît. Le serveur sait déjà qu'il n'est pas du coin.
Il a l'œil. Il lui dit que s'il venait régulièrement il se ferait rapidement des amis.

Gourmand à souhait, une envie irrésistible le prend de déguster des fruits de mer et de boire du vin rouge. Sans hésiter, il lui présente la carte, le conseille et finit par lui offrir ce plaisir gustatif. Le vin tendre et gouleyant le met très vite à l'aise. C'est un Grave de chez Fauchon. Aux Etats-unis, les vins sont fade, et le vin français est très apprécié pour son goût délicat.

À sa droite, deux tables plus loin, une femme d'une quarantaine d'année jette de temps en temps un regard curieux et séducteur. Il la devine, mais ne la voit pas, à moitié caché derrière son chapeau feutré. Mal à l'aise et intrigué, il se rassure en se réfugiant dans son carnet de notation qu'il vient de récupérer de sa poche arrière de jean.

Troublé, il se rassure en faisant vibrer ses pensées perdues pour les coucher sur ses feuilles blanches.
Quand il relève la tête, elle est entrain de commander un café tout en l'observant. John se rappelle sa mauvaise expérience, dans le square, et cette fois ci il ne fera rien.

Traumatisé, il ne bougera, ne réagiras pas. Pourtant, il trouve que ses yeux sont magnifiques. La parole de séduction le démange. Il aimerait se lever et rejouer la même scène. Mais, il a trop souffert des femmes, de sa sincérité où il n'a eu en retour qu'un refus. Jeté comme une veille chaussette, il refuse de revivre la même expérience.

Le serveur a subitement un sourire suspicieux. De ses mains fragiles, cette femme lui a glissé un mot à l'oreille puis lui a tendu un bout de papier. Un enfant récupère près de John un caramel mou que sa sœur a jeté par méchanceté. Ils ont des drôles de jeux les enfants à certain âge. Préoccupé par cette scène, il ne sait pas rendu compte que le serveur a prit le temps de déposer sous le cendrier le papier que cette inconnue lui a transmis.

Elle avait prit le soin d'écrire : " Je vous trouve trognon…Vous êtes seul ? si c'est le cas, faites un oui de la tête et je viendrais vous rejoindre ".

Cette femme mystérieuse ouvrait son cœur, et ce, avant même de le connaître. Tremblotant de peur, il leva la tête pour valider d'un signe qu'elle pouvait traverser le pont qui les séparait.

Une heure plus tard, assis au bord d'un rocher, l'un à côté de l'autre, ils contemplaient le coucher de soleil.
Diana, femme de caractère et naturelle à la fois, était un cadeau du ciel. À part sa mère, personne ne lui avait accordé autant de temps, autant d'importance. Sentant qu'il n'était pas à l'aise, elle le rassura en lui racontant un morceau de sa vie passée.

Fille de voyageur, elle révait toute petite d'être la carlingue du navire de son père, Peter Palias, pour pouvoir être à ses côtés et profiter du paysage qu'il découvrait.
Aujourd'hui, cette petite fille a grandi et est devenue photographe. À son tour, elle est en osmose avec la faune, la flore et la puissance des vagues qui l'emportent dans un univers qui l'enrichit. En échange, elle fait vivre ses moments figés derrière la pellicule, capte le meilleur instant de la vie, le meilleur de chacun.

Pour elle, sa tache de vin est un signe d'authenticité. John est unique et le plus important pour lui serait de s'accepter tel que Dieu l'a créée. Comment rester insensible à ce qu'elle lui apprenait de la vie, de l'amour de l'autre, de la différence qui construit.

John est en touché. Elle a réveillé en lui sa sensibilité profonde.
Elle aussi était venue en vacances seule, de Valenciennes, une ville du Nord de la France. Ils étaient destinés à passer des journées à échanger, à rire, à pleurer des douleurs du passé. Leurs chemins se sont croisés au même stade. Tous les deux avaient besoin de sang neuf, de changement, de quelqu'un avec qui tout partager.

Leur rencontre innatendue était plus belle qu'un joyau. Nuits et jours, elle rêvait sans limite d'être avec un Américain et lui, avec une femme entreprenante qui l'accepte tel qu'il était.

La dernière semaine de vacances, Diana lui programma un menu différent tous les jours. Elle s'était proposée en tant que coach particulier. L'an dernier, elle avait bien réussi à perdre 20 kg en suivant un régime draconien, alors il pouvait lui aussi y arriver.

Elle lui apportait l'assurance qui lui manquait. Il lui offrait ce qu'une femme cherche toute sa vie : la sincérité et la vérité d'un homme.
Les jours passent à une allure. À peine le temps de se découvrir que la fin des vacances approche. C'est bientôt la rentrée pour tous. Les rues, les magasins se vident petit à petit. Elle aimerait le suivre et tenter une vie possible avec lui. Surpris, il accepte sans hésiter.

*

Dans l'avion, main dans la main, ils attendent le décollage.
John remercie là-haut les anges et Dieu qui ont pris le temps d'écouter sa prière. Une promesse se tient : Il vivra ce qu'il a à vivre dans l'honnêteté la plus pure.

L'hôtesse de l'air vérifie un à un les ceintures de sécurité. Fatiguée, Diana s'endort sur l'épaule de John.
L'avion décolle. Leur Vie commence.

Février 2003.
Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Les fenêtres du voyageur

Devant moi, je découvre cette photo représentant une fenêtre gigantesque et des mains fragiles agglutinées aux vitres cherchant désespérément l'ouverture vers l'autre monde.
L'image des nuages qui s'y reflète m'emporte au point de basculer dans mon enfance.

J'avais deux ans. Je venais juste d'apprendre à me tenir debout et comme tous les enfants de mon âge, je voulais découvrir de nouvelles sensations. Je me souviens de ce moment où j'avais traîné la petite chaise jaune en plastique jusqu'à la table pour me rapprocher le plus possible de la fenêtre. Ma curiosité, animée par le désir de découvrir ce qu'il se passait de l'autre côté allait être comblé. Souple, à l'époque, j'avais réussi à escalader sans difficulté.

Enfin !
J'admirai à mon tour ce que ma mère contemplait tous les matins en préparant le petit-déjeuner : un immense champ verdoyant garni de pissenlits. Suivant le rythme du vent, les brins d'herbes se balançaient de gauche à droite comme bercés par le temps.
Le ciel, ensoleillé, était teinté d'un bleu clair et des papillons colorés aussi beaux les uns que les autres faisaient la course.

La peur au ventre, j'étais redescendu aussi vite que j'étais monté lorsque j'entendis au loin les pas de ma mère dans le couloir qui se dirigeait dans la cuisine.
Depuis ce jour-là, à chaque fois que je ressens l'envie de m'évader je suis les conseils de mon grand père qui me disait : Ma petite fille, pour voyager, il faut une bonne fenêtre à sa portée.

Je suis curieuse de savoir pourquoi ce photographe a choisi de figer cet instant. Qui est cet enfant ? À quoi pense t'il ?
Le thème de l'exposition est l'exil. La galerie est entièrement habillée de photos aussi belles qu'énigmatiques. Chacune à son ombre, chacune a sa morale.

La plupart des visiteurs sont restés de longues minutes à s'imprégner de cette image. À mon tour, je m'assieds imaginant la vie de ses mains, de cet enfant perdu dans le vide.

Sans doute était-ce la fenêtre d'une personne terrorisée à l'idée de sortir, de s'évader ? Sans doute était-ce la fenêtre de mon ancien voisin, enfant, que j'ai connu il y a quelques années. Il n'est plus de notre monde.

Il passait ses journées à la fenêtre. Il est parti le jour où le docteur Limenstein est venu m'annoncer qu'il souffrait d'un complexe de survie.
Un complexe de survie ?!
Au début, je n'avais pas compris. J'étais la seule à m'être inquiété de le voir toujours seul, traînant avec le peu de force qui lui restait pour faire ses courses et monter les six étages.

Ses journées ?! Il les passait enfermé chez lui, à observer les allées venues des passants. Il sortait peu. Tout le monde m'avait dissuadé de le rencontrer :

- Attention ! Ce vieux croûton grabataire passe son temps à nous surveiller de son air absent. Il observe tous ceux qui passent devant l'immeuble comme s'il attendait quelque chose ou quelqu'un.

Dans l'après-midi, vers 18h00, il sortait son violon. Derrière sa porte close, il en jouait pendant une heure. C'était le seul moment de la journée où les voisins de palier prenaient le temps de s'arrêter, l'écouter jouer son état. Sa musique nous touchait tous, d'une douceur extrême nous arrêtions volontiers de travailler, de surveiller les œufs aux plats, de repasser les dernières chemises du linge fraîchement lavé…..pour se laisser aller à rêver, transporté par ses mélodies.

À la fin, la vie de l'immeuble reprenait son court.
Le jour où je décidai d'aller le voir, la concierge avait voulu m'en empêcher. Elle m'avait dit :

- Ema, tu es folle ! C'est un vieux con Eliaz Lévy. Ne va pas le voir. Tu te mettras tout le monde à dos.

Puis, elle m'avait claqué la porte au nez, voyant que je ne changerais pas d'avis.

Je n'ai pas été surprise de voir ce vieil homme me recevoir avec sympathie. J'étais venu avec une boîte pleine de chocolat que j'avais pris le soin d'acheter la vieille, et il fut ému de voir que quelqu'un pouvait lui apporter un peu de réconfort.

Avec le temps, on a appris à se connaître et lui à se livrer. Un soir, il m'ouvrit la porte de son histoire : rescapé de la Shoah, il avait perdu toute sa famille retrouvée cristallisée dans un four à Varsovie. Je comprenais mieux maintenant le fait qu'il aimait bien rester à la fenêtre. C'était sûrement pour profiter de sa liberté et voyager.
Un jour son esprit à quitter notre terre pour retrouver les siens.

Il est 19 heures 30. La galerie ne va pas tarder à fermer. J'aimerais laisser un mot à l'artiste qui a pris ces photos. Il n'a pas pu être présent au vernissage. Sa femme, m'a gentiment apporté le livre d'Or, mémoire des suggestions de chacun.
J'ai mis du temps à chercher mes mots pour finir par lui dire :

Monsieur Licoln
J'ai été très touché par votre exposition photo. Celle qui m'a bouleversé c'est la numéro 3 " fenêtre du plein dans le vide ". Elle ouvre sur un autre monde, réel ou imaginaire et séduit par son somptueux mélange de concret et d'abstrait : nuages en contraste aux mains par exemple...
J'ai pu grâce à vous m'évader sans limites
Bravo !

Ema

Mars 2004.
Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Désir de Vivre

Un jour, j'ai entendu mon grand père dire devant toute une assemblée que l'essentiel d'une vie était de profiter du kaléidoscope d'émotions.
C'était quelqu'un que j'admirais pour son festival de mots et d'idées qui fusionnaient, égayant sans le vouloir le quotidien de chacun.

J'ai vraiment compris ce qu'il voulait dire par là, quinze ans plus tard.
C'était un 21 mars 1994. Je venais juste d'avoir vingt ans et je me dirigeais tout droit vers le chemin de la sagesse.
Angoissée par l'entretien de la veille, j'avais passé la nuit entière à me réveiller en sursaut, terrorisée par une succession de cauchemars.

L'odeur du café moulu et des brioches dorées étaient venus effleurer mon sommeil agité.
Maman se levait toujours tôt, une habitude depuis son enfance.
Consciencieusement installée à table, elle attendait patiemment mon arrivée pour me prendre dans ses bras et prendre soin de moi.

Je suis descendu, un pas après l'autre, sûr de moi priant dieu que ma mère ne remarque pas mon état.
Je viens d'arriver. Elle porte un nouveau regard sur moi, comme si elle s'était déjà rendu compte que quelque chose était entrain de changer chez moi.

En plein milieu du silence qui s'est installé, elle me dit :

- Tu as bien dormi ?
- Oui, merci
- Tu as faim ?
- Oui

et me voilà dévorant les viennoiseries qui allaient me faire tenir jusqu'à midi.
Ma pensée resta en suspend dans le vide. Je n'osais pas lui dire que j'avais passé l'après-midi d'hier à faire le point sur ma vie, mes choix et moi.

La cafetière, que je viens de prendre, est à moitié brûlante. En faisant couler le café dans la tasse, je me rends compte qu'elle est fêlée. C'est sans doute les coups entre le lave-vaisselle et l'évier.

Le journal du jour est déposé sur la table. Sans doute papa qui l'avait oublié. Quel homme, mon père ! Il se lève tous les jours à 04h30 du matin pour partir à 05h30. À peine une heure pour se réveiller et se détendre.
Aujourd'hui, c'est faits-divers à volonté : vols à mains armés, viols et disparitions, de quoi remplir une journée entière de petites ménagères…
Ma mère, voyant mon calme s'épaissir, s'énerva :

- Quelqu'un a téléphoné ? j'attends un appel maman
- Non !, me répondit elle.

J'avais passé un casting pour un rôle dans une sitcom. Le directeur de plateau avait demandé du sang neuf. Il était prêt à tout, quitte à prendre des nouvelles recrues.
Alors, j'ai modifié mon curriculum vitae en l'aromatisant au goût du jour : quatre rôles dans des séries télés diffusées au Mali.

Comme cela, aucun risque qu'il aille vérifier. Il n'aurait pas le temps de prendre de son temps et de son argent pour ça.

********

Il est 09h30. Monsieur Bertaut n'est toujours pas passé. C'est le facteur du coin. Il passe tous les matins à 09h20. Bel homme, il profite systématiquement de son passage pour klaxonner, histoire d'attirer l'attention des femmes abandonnées par leurs hommes partis à l'usine.

Tiens, la sonnerie !
Le sourire jusqu'au coup, je me lève et me dirige vers la porte. C'est sans doute isabelle, le voisin qui m'a appelé hier dans l'après-midi pour me demander si je voulais aller au cinéma avec lui.

- Où tu vas ?
- Ouvrir
- Non. C'est Valérie qui m amène de la Maïzena pour le gâteau.
- Ah !

Quand, elle ouvrit la porte, une grosse boule de poil vint me lécher le visage et s'aggriper à mon jean Diesel que je venais juste de récupérer de mon linge propre.

Une deuxième sonnerie vint se rajouter à cette animation.
Cette fois ci, je pensais avoir isabelle.
La main tremblotante, je pris le combiné comme si je prenais mon destin entre mes mains.

- Allô, dit un homme de l'autre côté

Ma voix emprisonnée dans ma gorge et mon corps avait pris le chemin de la terreur. Je vis ma vie défiler devant moi " ma première dent, mes ébats amoureux, mon premier mensonge, mon premier vol…. "

- Allô ?

Toujours rien. Aucun son ne sortait.

- Allô ? je suis bien chez Joseph Stenton ?

À peine eu le temps de dire oui et me voilà possédé par l'émotion.
Le directeur de casting m'annonce que je suis parmi les meilleurs et que mon jeu d'acteur a beaucoup plus au réalisateur.

J'ai eu le droit à deux longues minutes de compliment avant d'entendre la nouvelle du siècle. Il avait choisi de prendre un acteur célèbre pour le rôle pour faciliter la sortie et la promotion du film.

Ils espéraient ainsi être sélectionné pour le festival de Cannes.

Décembre 2004.
Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Echec et Mat

De curieux évènements se sont produits dans ce bar peu fréquenté de la capitale. Ils n'eurent que peu de témoins. Je fus le seul pour l'un deux. J'ai hésité longtemps avant de prendre une décision. Devais-je retranscrire ce qui s'était passé ? Je ne voulais pas qu'il tombe dans l'oubli sans éclairer son histoire. Ma femme, malade à l'époque, m'avait demandé de ne rien dire. Partie aujourd'hui, je peux enfin tout vous dévoiler.

Le jeu ? Divertissement intéressé où l'on risque de l'argent. Tout le monde le sait, mais en devient très vite dépendant malgré tout.

C'est ce qui t'est arrivé, à toi : John Malto.
On s'était rencontré, il y a deux ans, dans ce bar. Tu étais avachi sur ce comptoir.
Tu sortais du travail, abattu par le stress de ton chef. Il t'avait ridiculisé devant tout le monde ce jour-là. Il t'avait pointé du doigt en disant :

- Monsieur Malto. Je reconnais que je n'ai jamais vu un commercial aussi nul. Vous n'utilisez même pas le quart de vos capacités intellectuel. Vous êtes le plus NUL du mois.

Toi, t'avais tout accepté sans broncher de peur d'être viré.
Je t 'avais dit que c'était une manière à lui de motiver son personnel, et qu'il fallait apprendre à avoir du recul par rapport à ce genre de comportement. Mais tu n'étais pas en état d'entendre.

Ta femme ne travaillait pas. Elle n'avait jamais touché à un tailleur de sa vie. Trop occupée à faire rire les enfants, elle ne savait pas entendre ta souffrance et le harcèlement quotidien que tu subissais. Baigné dans ton whisky irlandais, tu te noyais.
Et moi qui étais passionné de jeu, je t'avais conseillé de jouer pour te changer les idées. J'étais devenu ton Pygmalion.

Tu n'avais jamais mis les pieds dans un casino. Je t'y avais amené.
Tu ne connaissais pas les courses de chevaux, je t'avais ouvert les portes de l'hipprodome. Mais je te défendais de jouer aux échecs, de peur que tu sombres dans l'alcool à en perdre la tête.
Alors, tu m'as oublié pour miser seul.
Se noyer dans sa solitude, c'était mieux que de se tenir par la main.
Je t'en ai voulu.

Les mois passaient et ton compte se vidait. À la maison, le frigo souffrait de ne plus être alimenté. Elle n'en pouvait plus. Elle t'avait quitté pour retourner chez sa mère. Les enfants aussi.
Le soir, assis devant ta télé, tu passais la soirée à vider les canettes de bière ou à manger tes restes de pizzas.
Le matin, devant la glace, tu voyais un homme gras et mal rasé.
À l'intérieur, tu découvrais l'homme qui cohabitait avec toi : un homme déchiré par la vie.

Ton patron t'a licencié le lendemain de ton anniversaire. Tu venais d'avoir 32 ans. Tu avais oublié de t'habiller correctement ce jour-là. Tu t'étais rendu au travail en pyjama. Il avait détesté le pyjama rose que ta fille Sarah t'avait choisi pour noël. Pour la première fois, tout le monde riait, même le directeur du département. Tu avais réussi à les dérider. Sans le vouloir, tu avais construit une âme provisoire à cette entreprise.

Et puis, tu as très vite sombré. Tu as gagné très vite le jackpot mais le casino n'a pas voulu de toi en pote. Pourquoi ne pas réponds-tu à mes messages ? Pourquoi refuses-tu mon aide ? Je peux t'aider.
Un matin, en allant au cabinet, j'ai acheté le journal du jour. Pendant le déjeuner, je suis tombé sur ta photo dans les faits-divers. Trois phrases de l'article m'ont poignardé en plein cœur :
" ….Brûlé vif…….retrouvé devant sa porte…..un bidon d'essence à ses pieds… "

Je m'en souviens comme si c'était hier. J'ai pleuré. J'ai pleuré, même si ma mère me disait tout petit que les hommes ne pleurent jamais.
J'ai déversé mes larmes sur mon déjeuner parce que j'avais mal au corps. J'ai pris mon après-midi et décalé tous mes rendez-vous au lendemain.
Pour honorer ton départ, je me suis occupé des funérailles sans que ta famille le sache.

Quelques mois après, j'ai provoqué la rencontre avec Linda ta femme.
Son visage n'avait pas changé depuis l'enterrement. Elle portait la tristesse et la douleur comme on porte un viol à vie.
Pour l'aider, je lui ai proposé de venir consulter au cabinet. Je lui offrais une présence, elle m'offrait son malheur.

Elle se demandait si elle aurait pu t'aider. Je lui répondais que non et que si un jour elle rencontrait quelqu'un, il fallait qu'elle apprenne à être à l'écoute de l'autre pour l'équilibre du couple.

Linda a rencontré un jeune cadre. Ils se marient le mois prochain.
Sarah et Kévin ? Ils l'adorent. Tu me manques.
Tu es parti aussi vite que tu es rentré dans ma vie.
Toutes les personnes désespérées que j'ai touchées, je les ai tués sans le vouloir.
Mon père buvait beaucoup. Je n'en pouvais plus de le voir se détruire.
Mon métier, je ne l'avais pas choisi par hasard. Je suis le meilleur psychologue de tous les états réunis.

Il y a trois semaines, j'ai voulu tuer un patient qui étais venu me dire qu'il arrêtait et préférais aller dépenser son argent dans les jeux. Je n'avais pas supporté.
On me surveille. Un homme vient ouvrir ma cellule. Il m'attachera les bras et les pieds comme un animal. Il me demandera : " avez-vous un dernier souhait ? ".


Un : " Non " sortira de ma bouche.
Je ne suis plus seul. Il m'est difficile de continuer…
À mon tour de disparaître.

Décembre 2004.
Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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La méditation de l'acteur

Vous aviez toujours rêvé d'être là et vous y étiez.
La maquilleuse était venu faire les derniers raccords. On avait demandé le silence sur le plateau. Jacques, le metteur en scène avait souhaité que la scène du viol se déroule dans la chambre. Laura était habillée de blanc. Elle portait une robe de lin que sa mère lui avait offerte à son anniversaire.

Vous ? Vous étiez dans l'attente. Cela faisait deux mois que vous l'aviez rencontré au restaurant " l'île aux fleurs " : un bar-restaurant du quartier.
De son regard de braise, elle avait su vous séduire sans un mot. Des étincelles s'étaient installées dans vos yeux pour briser le silence et pouvoir vous offrir une ouverture vers la parole.

C'était magique. Vous vous en souvenez, comme si c'était hier. Le seul hic dans l'histoire, c'est que vous ne supportiez plus ce désir inassouvi. Elle vous faisait attendre, encore et encore :

- Écoutes John ! Je ne suis pas une fille facile. Je ne peux pas faire l'amour avec toi. On se connaît à peine.

Elle vous laissait là, tout penaud, suspendu à cette dernière phrase qui vous enragez. Comme un chien, vous attendiez qu'elle vous offre un jour les plaisirs de sa chair. Un jour de solitude vous fit boire et aujourd'hui vous décidez que vous la visiterez.

- Tom, dit le metteur en scène
- Oui, répondez-vous
- J'ai oublié de te dire : tu tourneras entièrement nu. Ton personnage a perdu le contrôle. Caché dans l'armoire, il attendra patiemment la venue de Laura…Pour la violer.
- Y a pas de problème Pascal. Je suis comédien. Et un comédien épouse la peau de son personnage, les yeux fermés. Quand je joue c'est toujours moi qui vais au personnage et non le personnage qui vient à moi.

Peu de temps après, le plateau se libère et on entend Action…

On est lundi soir. Le film est fini. Seul le filage reste à faire. Vous avez reçu vos cachets. Pour revenir à la réalité, vous proposez à Magali de prendre un verre. Elle accepte volontiers et en profite pour vous présenter son mari : Edouard.
Il est 20 heures. Les techniciens sont déjà partis en voiture. Seuls restent les comédiens qui se quittent sur le quai d'une gare. Vous en faites partie. Vous partagez les derniers aux revoirs. Puis chacun reprend son chemin, oublié le temps d'un tournage.

Mardin matin, le réveil sonne. Il est 07 heures. Anna dort encore. J'avais oublié qu'elle était aussi belle. Ma femme m'avait manqué. Ma maîtresse et confidente qu'elle est, aussi. Je suis arrivé à 04 heures par le train de nuit. Ça fait trois heures que je vois mon ange dormir.
Maintenant que j'ai cumulé plusieurs cachets, j'ai les moyens de lui offrir ce qu'elle souhaite : Un bébé. Elle en désire un plus que tout au monde et moi aussi.
Anna est la seule personne qui a cru en moi avant que je devienne une Star du Cinéma.

*

Mes années de galère ? Ce n'est pas si loin que ça !
Il y a deux ans, comme un couloir impénétrable et inhabité, je me sentais seul et entouré à la fois. J'étais vide et libre comme l'air. Je baignais dans ces contradictions depuis que j'avais choisi ma vocation.
Je faisais partie des pieds nickelés de la société. J'étais de ceux qui n'entrent pas dans les cases de l'administration. Au fur et à mesure que le temps passait, le gouvernement nous coupait les vivres pour exterminer les individus de notre espèce. Seulement les gens comme nous font tourner le cinéma. Sans nous la détente n'existerait pas.

Le marginal, c'était moi : Tom Enchélo, russe d'origine et français d'adoption.
Artiste de profession, je fais partie aujourd'hui de l'élite des acteurs, des banckebulls comme on dit dans le métier. Si un réalisateur veut vendre son film, il me paye grassement pour le rôle attribué que j'ai accepté de jouer. Aujourd'hui j'ai ma place. Mais, je n'oublierais jamais les années de galère avant d'en arriver là.

Sept ans. J'avais mis sept longues années pour me construire, me blinder, me protéger, m'entraîner de pièces en pièces, de rôle en rôle. Puis, un jour une lueur d'espoir traversa mon esprit : celle de prendre mon courage à deux mains et d'aller rencontrer le meilleur agent de Paris, Monsieur Blinéo.

C'était l'année dernière et j'étais encore timide. J'avais peur d'être maladroit alors je m'étais dit que le mieux serait de connaître son itinéraire, afin de l'aborder dans un moment de tranquillité. Et au bout d'une semaine, enfin, j'avais réussi à me retrouver devant lui. Il faisait chaud. Les parisiens étaient sortis en Tong pour profiter des rayons de soleil qui passaient par là.
Je m'en souviens comme si c'était hier.

Il était assis là, derrière son journal et devant son café. J'étais à un mètre de lui, habillé en bleu des pieds à la tête. Anna, mon amie, avait insisté pour que je porte cette couleur. Elle disait qu'en portant des couleurs claires, on touchait l'inconscient dynamique de la personne en face de soi. M. BLINEO interpréterait déjà, sans échange, que j'étais quelqu'un de dynamique et ce malgré ma timidité.
Alors, j'avais suivi ses conseils pour mettre tous les atouts de mon côté.

Curriculum vitae à la main, j'avais hésité un long moment à rentrer dans ce café du XVIe arrondissement. Comme je me disais toujours qu'on naît de lumière et qu'on finira poussière, il était temps pour moi que je provoque les rencontres pour avancer. Je n'aurai pas de regrets ainsi.
En rentrant dans le bar, il remarqua ma présence. Nos regards s'échangèrent et un sourire vint confirmer le cocon que nous avions formé.

Je m'étais présenté et lui avait dit :

- Bonjour, Monsieur Blinéo. Je suis comédien. Avez-vous quelques minutes à m'accorder ?

Il m'avait fit signe de la tête que je pouvais venir m'installer à ses côtés.
Avec ma sincérité et ma timidité, je lui avais tracé pendant une heure mon parcours de comédien. J'avais besoin d'un agent et d'un coatch pour me prendre en main et me guider.
Il fut toucher par ma présentation, ma personnalité vraie. Et c'était rare dans le métier. Il garda mon CV et promis de me rappeler après ses vacances dans une semaine.

C'était un homme très sollicité alors sept jours d'attente c'était bien.
J'ai vécu l'enfer toute la semaine suivante. J'ai fait des cauchemars à répétition où je le voyais me dire non. Et puis Anna m'annonçant qu'elle me quittait. Elle abandonnait la vie commune pour trouver la stabilité avec quelqu'un d'autre. Travailler avec lui ? C'était une porte ouverte vers un bonheur sans galère et une demande en mariage.

La semaine fut longue, les nuits très courte. Le vendredi suivant, vers 10 heures, le téléphone sonna. J'étais encore dans mon lit. Pensant que c'était Anna, j'avais dit en prenant le combiné :

- Bonjour, ma chérie

À l'autre bout du fil, c'était une voix d'homme. La voix, c'était celle de Monsieur Blinéo en personne. Il m'appelait pour me demander si j'étais disponible dans les 15 jours à venir. Il avait besoin d'un comédien pour un tournage. Il m'offrait la chance de ma vie avant même de m'avoir vu jouer.
Je devais préparer mes bagages et me présenter vendredi prochain à son bureau avec mon passeport à jour. J'étais dans un état second. Je n'en croyais pas mes yeux.

Au long de toutes mes expériences ratées, dieu m'avait offert la patience pour me construire. Ce jour-là, il me récompensait par ce miracle.
J'avais appelé Anna pour lui annoncer la bonne nouvelle. Elle m'avait dit :

- Je suis fier de toi Chéri. Maintenant, il te faudra mettre de l'argent de
côté pour ne pas revivre les moments de galère.

Elle avait raison.

Peu de temps après, M. Blinéo devenait mes rails et moi le train. Grâce à lui, j'ai pu me faire connaître. C'est allé vite. Ma carrière a explosé sans que je prenne le temps de m'arrêter.
Des soirées mondaines j'en faisais beaucoup. Maintenant ? Je préfère m'effacer petit à petit de cette bulle de star pour laisser une part de mystère à ma personnalité. Les gens me reconnaissent dans la rue. Ça fait plaisir, je l'avoue. Je n'ai pas du tout la grosse tête. Et je nourris quotidiennement ma modestie. Peut-être qu'un jour, je pourrais comme le dit M. Blinéo devenir le James Steward du siècle.

*

Il est 08 heures. J'ai eu le temps de préparer le petit-déjeuner et l'ai déposé à ses pieds. Elle se réveille. J'ai la bague dans ma poche.
En baillant, je relève la tête et tombe sur une phrase que j'ai découpée et collée au-dessus du lit. Juste un bout de phrase qui dit : " ….Hommes et Femmes n'y sont que des acteurs. Ils ont leurs sorties et leurs entrées. Et chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer " de William Shakespeare.

Ma petite femme m'en avait voulu de couper le début de la phrase. Je lui avais répondu que ce qui est valable pour le théâtre l'est aussi pour le cinéma.
Pour elle, j'étais un original. Moi, je suis un icarien du cinéma et un "Bourvil " de la vie. Mes rôles au cinéma, je les ai. Je m'éclate dès que je peux quand je suis sous les feux des projecteurs. Mais, je garde le plus important en tête. Pour garder mon pied dans la réalité, je construis mon bonheur sur une seule entrée : celle que je partage avec elle.

Décembre 2004.
Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Zone Indolente

Pendant sept ans et d'autres jours, elle attendit avec une patience extrême son retour. Comme souvenir, il ne lui restait plus que Tom et cette horloge, un cadeau d'exception que Marc lui avait offert pour leur dix ans de mariage.

Ils avaient passé toute l'après-midi chez les antiquaires de la région pour tenter de lui trouver ce magnifique cadeau.
Enfants, ils avaient passé toute l'après-midi à jouer et depuis ce jour-là ils étaient devenus inséparables.

Tout allait bien dans leur couple, sauf les retards répétitifs d'Helena qui était incapable d'arriver à l'heure. Elle trouvait toujours un prétexte pour être retardé d'une demi-heure ou plus.
C'était devenu un rituel pour elle : prendre systématiquement son temps avant l'heure fatidique.

Quant à Marc, il préférait choisir le silence et la patience plutôt que de s'énerver. Très patient, il ne lui faisait aucun reproche. Malgré tout, les années passèrent et leur amour se conjugua à merveille. Pour sceller leur union, un bébé arriva : Tom. Un bébé bien joufflu qui de jour en jour devenait de plus en plus calme et de plus en plus mince. L'évidence était bien là, Tom avait le caractère de son père.

Pour profiter des joies de la vie, ils avaient choisi de travailler tous les deux pour offrir à Tom tout ce dont il aurait besoin pour son épanouissement personnel.
Une semaine avant de reprendre le travail, interrompu par son congé maternité, elle alla présenter son fils à la crèche et le confia une à deux heures par jour pour qu'il s'habitue aux mains et visages inconnus.

Tout se passa à merveille jusqu'au jour où elle oublia d'aller récupérer son fils.

C'était un mardi 09 décembre. Il était 19h30. La directrice de la crèche affolée avait essayé de joindre Helena sans succès. Heureusement que sur la fiche d'inscription, elle avait précisé les coordonnées du Papa.

Aussitôt prévenu, Marc alla récupérer Tom qui s'était noyé dans les larmes. Pendant ce temps-là, Helena, heureuse de retrouver une amie d'enfance à l'arrêt de bus en avait oublié son rôle de mère.

Deux jours plus tard, elle arriva en retard au rendez-vous que Marc lui avait donné pour fêter leur 10 ans de mariage. Elle s'était arrêtée en route pour s'acheter une paire de collants. Comme d'habitude, Marc ne dit pas un mot et elle passa une soirée de rêve, entourée de deux bouquets de roses rouges qui lui avait tendrement offert.

Le lendemain matin, à 06H30, Helena fut réveillé par les pleurs plaintifs de Tom.

- Mon chéri, tu veux bien préparer le biberon et t'occuper de lui ? Je suis fatiguée.

Pas un mot

- Marc ?!

Quand elle se retourna, Marc n'était plus là. À sa place, sur l'oreiller était déposée une enveloppe avec un mot à l'intérieur:

Ma chérie,
Ma parole, pendant toutes ses années, a été mon silence. Sans doute n'ai-je pas compris que tu voulais reprendre ta liberté, être plus libre.
Aujourd'hui, je n'en peux plus, je m'en vais.
J'en ai marre.

P.S : dans le salon, j'ai laissé un cadeau qui t'aidera à avancer.

Tom continue de pleurer comme s'il sentait ce qu'il était entrain de se passer.
La maison est bien vide, pas une seule odeur de lui. Il ne restait plus que sa légèreté et au milieu de la salle à manger, une énorme horloge fixée au mur, comme si le temps avait trouvé sa place.

Aujourd'hui, sept ans ont passé.
Ça fait sept longues années qu'elle regarde cette horloge chaque matin, lui permettant ainsi d'arriver à l'heure au travail.
Ça fait sept longues années qu'elle apprend à gérer son temps et son absence.

Décembre 2004.
Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Oscar

- Ferme la bouche, quand tu manges !

Aujourd'hui, c'est ma première semaine de vacances. Pour fêter ça, j'ai préparé un super brunch.
Il me regarde avec son grand sourire gourmand. Il découvre, déguste mes plats puis les dévore un à un.
De ses gros doigts, il arrose le pancake de sirop d'érable.

- Ça va maman ? me demande-t'il.

Il avale tout ce qu'il trouve devant lui.

- Oui, chéri. Et toi tu te régales ?

Il a déjà fini les crêpes, les pancakes, la brioche. Il a encore faim.
Je lui propose le bacon fumé.

- C'est délicieux. Mais, je pense que j'aurai encore faim.
Tu n'a pas assez fait. Tu le vois bien ! La table n'est pas pleine.

- Écoutes, finit déjà tout ça. Après on verra.

En vingt minutes, son ventre affamé est satisfait. Il a tout mangé.
Pendant que je débarrasse les assiettes vides, il aspire les restes du jus d'orange avec la paille qui s'est déformée.
Oscar a fini. Je peux enfin me reposer. En me dirigeant vers le salon pour me détendre devant la télé, j'entendit sa voix qui me soudainement :

- Maman ? Où vas-tu comme ça ?
- Je n'en peux plus chéri. Je suis fatiguée de ma semaine.

Puis, il continue à mastiquer bruyamment le bout de rôti resté collé aux dents. Pour me prouver qu'il a bien mangé, il rote.

Subitement, son visage change et s'énerve.

- Comment ça t'est fatigué ? Ce n'est pas mon problème. Jm'en fou ! Il te reste que moi, maintenant. À nous deux, on forme une vraie petite famille. Alors, occupe toi de moi, sinon je m'en vais. Je disparaitrais de ta vie et tu finiras seule jusqu'à ta mort.

- Oscar, Mon Chéri : il fait chaud. Je suis fatiguée. C'est
mon premier jour de congés et il faut absolument que je me repose. Sinon, je vais craquer. Tu vois bien que j'ai les jambes gonflées, les mains usées par le ménage et le dos en compote.

Quelqu'un frappe à la porte.

Je me dirige pour voir qui c'est. Ah, Oui c'est le facteur ! C'est l'heure.
Il est treize heures.

- Qui c'est ? demande Oscar

- Le facteur. C'est une lettre de Tante Valmy.

- Valmy ? Qu'est ce qu'elle veut celle-là. Je ne l'aime pas. Je la déteste même depuis le jour où elle m'a dit que c'était honteux
de ne pas travailler à 30 ans. Quelle conne celle-là !

- Écoutes Oscar : ta tante Valmy te veut du bien, alors arrête de
parler d'elle ainsi.

Il crie :
- Je la déteste.

Énervés, 120 kilos de chaire fraîche montent pas à pas les escaliers jusqu'au dernier étage. J'entends un claquement de porte. Il est parti se réfugier dans sa chambre. Je vais enfin pouvoir m'asseoir et ouvrir cette enveloppe.

Sur le canapé feutré, je déplie lentement la lettre pour découvrir :

Chère Olga,
Je viens aux nouvelles. On ne s'est pas vu depuis la mort de John. Je t'ai appelé plusieurs fois, t'ai laissé trois messages sur le répondeur, et toujours pas de coucou de ta part. Je m'inquiète.

Je n'ai reçu aucun coup de téléphone de sa part. Et le répondeur, Oscar la cassé par mégarde il y a deux semaines de cela.

Mon frère me manque. Dis- moi, Oscar a commencé à chercher du travail ou se laisse t'il vivre parce que sa gentille maman est là !? Il serait peut-être tant qu'il grandisse. Non ?!
Secoues-le, Olga. Il en a bien besoin. Et un régime aussi.
Réveilles-toi, Olga. Tu te rends pas compte qu'il a tout fait pour t'isoler.

L'année dernière, Laura, ta fille est morte noyée dans une piscine. Seul Oscar étais là. Au mois de janvier, le 12, John ton mari meurt d'une balle en pleine tête pendant la chasse. Encore une fois, il était là !
Moi, il me fait peur ce gamin avec ses yeux globuleux et son regard vitreux. Avec sa graisse qui s'étale d'année en année, il devient aussi léger qu'une bulle de champagne.
Tu connais ma franchise Olga, alors j'espère que tout ce que j'écris là ne te choqueras pas.

Ouvre les yeux, ma chéri ! Sinon, je le ferais pour toi. J'irais voir la police pour demander une ouverture d'enquête sur ces décès camouflés. Pauvre petite Laura et pauvre John.
Je m'excuse de réveiller ces douleurs endormies, mais je pense que c'est nécessaire.
Je t'embrasse

Valmy Olmeyeur

L'enveloppe est datée du 22 juin. Elle l'a écrite la semaine dernière.
Je lui répondrais à tête reposée, plus tard. Là je n'ai vraiment pas le temps. Je déchire ses mots en petits morceaux et les mélange aux ordures ménagères. Je sors déposer devant la porte le sac en plastique qui dégage une odeur forte de fromage moisi et saucissons périmées.
Une équipe de nettoyage va passer récupérer les ordures.

Comme toute bonne mère, je retourne en cuisine lui préparer de bons steaks et des frites.
À la radio, une émission sur France Inter sur les mères possessives, animée par un psychologue de renom Monsieur Secoutar. Je ne comprends rien à leurs conversations psychologiques. Sans hésiter, je cherche une station musicale.
Tiens, c'est bien ça ! Radio Eva, la radio qui vous dit tout sur le jazz.

Mon Dieu, quelle soif !
Je me prépare un petit apéritif : whisky, glaçons, tequila.

Les frites sont prêtes. Les steaks aussi. Il est 14 heures.

- Oscar ! Descends.
Je t'ai préparé à manger.

Un gros boom retentit dans le couloir du haut, puis mon fils descend à gros pas les escaliers.

- C'est prêt, maman ?
- Oui, Chéri
- Qu'est ce que t'as fait de bon ?…Mmh des frites et des gros steaks. T'es un amour, Maman.

Puis, il rajoute :

- Rajoute moi du ketchup comme ça tu seras une maman
Parfaite.

Je vais au frigo chercher son ketchup et lui remplit la moitié de son assiette. Il sourit, ses yeux aussi.
Je suis heureuse de voir mon fils heureux. Je donnerais tout pour ça.

- Oscar, je vais regarder les feux de l'Amour. Bon appétit, mon
Poussin.

Je me dépêche d'aller dans le salon, avant qu'il n'ouvre la bouche.
Je m'installe devant la télé, prends la télécommande et voyage.

Le temps est passé vite. Je ne m'en suis pas rendu compte.
Il est 14 heures trente.
J'ai du temps pour lire. Et par chance, un silence règne dans l'appartement. Enfin, un silence ou presque :
Un léger bruit derrière moi… .Celui de chips qui croustillent dans sa bouche.

Amel BAKKAR, mai 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Le Cristal de la Vie

Je vis l'inconnu d'un monde qui m'est étranger, je vis la nécessité de le connaître pour exister. Je vis le détachement, la séparation : cette coupure du lien qui me rattache à la vie…ma mère.

Je vis ses regards curieux puis joyeux d'entendre mes cris : ouf ! elle est en vie !

Je vis leurs regards perdus qui tentent en vain de s'éveiller au monde aseptisé par leurs lois. Je vis leur souffrance de la conformité, du paraître et de la loi du silence conjugué.

Je vis l'espoir et le désespoir, la maîtrise et l'abandon. Je vis la matrice endormie du chaos de l'infini.

Je vis mon image, cette image qui est la mienne et qui ne me montre pas du tout. Je vis l'apparence de quelqu'un qui n'est pas moi.

Je vis le désir, le goût de l'autre, d'un visage certain où assurance et douceur se mêlent à en perdre toute trace d'authenticité.

Je vis le cœur de la douleur, ses enfants engloutis, ses maisons dévorées par la faim interminable d'une nature qui devient monstre, d'une nature qui ravage tout pour nous rappeler que notre existence est un Trésor.

Je vis la vie, la découverte de nouvelles sensations, expériences, dans des plaisirs inconnus. Je vis l'envie, le délice puis l'amour. Je vis l'ivresse qui m'hypnotise.

Je vis la prison, ses prisons…de ses toiles qui m'emprisonnent, qui m'aveugle, qui me vident à en perdre mon âme.

Je vis la persévérance de l'amour dans toute son alchimie, sa lumière qui me berce. Je vis l'arrêt, le goût du Toboggan qui me noie dans la perdition, dans l'illusion…Vers la fin.

Je vis la VIE

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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La clef des songes

Je n'aurai jamais imaginé vivre ça un jour. C'était un mardi soir. Tom était parti se coucher. Insomniaque, j'avais choisi de rester devant la télé. Je comptais sur les programmes divers et variés pour m'endormir.

C'était le calme complet jusqu'au moment où il y eut un bruit dans la cuisine.
Au début, j'avais pensé au chat qui avait sans doute trébuché sur un des vases. Puis, ce fut le deuxième bruit qui m'inquiéta.

Je me suis levée aussitôt pour aller voir. En m'approchant, je reçus une bouffée de chaleur qui traversa sous la porte. Dessous, de l'autre côté, une boulle de lumière allait et venait dans la cuisine. C'était étrange.
Ma curiosité l'emporta pour finir par ouvrir délicatement la porte.
Je fus stupéfaite de voir un homme tout vêtu de blanc qui souriait. Il me souriait.

Ma première réaction fut de crier au secours, mais il m'en empêcha.
Il fut plus rapide que moi et, de son doigt, il me scella la bouche.
Au début, j'ai cru à un rêve. Mais non, il était bien là.

Puis, il me dit :

- Bonjour, Anna. N'aie pas peur. Je suis venue t'aider.

M'aider ? je n'avais rien demandé !
Je ne pouvais rien dire et n'avait d'autre choix que celui de l'écouter.

- Comme tu le vois, tu as plusieurs portes devant toi. Tu es arrivé à un âge comme les tiens où il te faut choisir ton futur. Je sais que ta maman avant de partir t'a laissé le journal des fées et celui des sorcières. De là-haut, je t'ai vu les lires. Aujourd'hui, comme le veut la tradition tu dois choisir. Prends ton temps et choisis bien. Après cela, je partirais et te laisserais assumer ton choix.

Qui était-il ? Il ne s'était pas présenté. Pour me débarrasser de lui, je commença à observer ses portes et à penser à celle que j'allais bientôt ouvrir.
Sur ma gauche, une porte flottait. Elle était entièrement faite de savon. Plusieurs savonnettes de couleur rouge ou noire avaient été collées une à une. C'était une belle porte.

Quand je déposa ma main sur la poignée, des flammes commencèrent à danser tout autour de cette porte et le savon commença à fondre. Derrière cette entrée, j'entendais des voix au loin qui criaient au secours et demander de l'aide.
Ma première réaction avait été de leur porter secours mais au risque de me blesser.
Soudain, une odeur nauséabonde sortit de la serrure : l'odeur qui vous suit dans un deuil, dans une perte : celle de la mort. Elle m'effraya, je m'en éloigna.

À ma droite, j'avais une porte généreuse. Habillée de rose, elle respirait la jeunesse et les vacances. Sur les bords, quelqu'un avait sculpté des petits anges qui souriaient. Leurs yeux étaient remplacés par des morceaux de cristal qui donnait encore plus de vie à cette belle porte. Elle était fixée au sol comme l'on s'accroche à la vie.
Au toucher, elle avait étrangement la douceur que l'on a au contact d'un morceau de soie ou de satin. Elle n'avait pas de poignet, pas de serrure. C'était juste une simple porte et pleine à la fois.

La dernière, devant moi, était d'une couleur jaunâtre et orangée. Elle était aussi transparente qu'un vase. Elle n'avait aucune odeur. Quand je la toucha, un miroir apparu.
J'avais le reflet de moi-même avec dix ans de moins. Tiens, c'est étrange. Moi qui suis nostalgique et qui aimerais tellement revivre ma jeunesse.

- Bon, alors ! j'ai d'autres personnes à voir !

C'était ce monsieur si calme et posé qui devenait impatient.

- J'ai d'autres clients à voir avant le lever du jour. Vite !

Je lui fis signe de la main sur la porte rose. Il me dit : " Bon choix "
Et il est reparti aussi vite qu'il était venu. Je me suis retrouvée seule dans la cuisine autour de ma cafetière, mon frigo, ma table, et mon mari qui me secouait le bras, pour me réveiller.

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Le billet pacifiste

Le monde entier est un jeu. Au travail, au tiercé, dans la vie, tout le monde joue.
Seul la mort vous arrête, l'arrête.
Alors ce samedi-là, en plein milieu du Centre Commercial, j'ai décidé de faire comme les autres : remplir moi aussi le bulletin de participation qui me permettrait peut-être de gagner l'aventure.

Juste avant les vacances d'été, ils proposaient une loterie avec à la clé un voyage de rêve dans le Pacifique.
Quel rêve ! de se retrouver ainsi au milieu des lagons, les pieds dans l'eau, sirotant un cocktail de fruit, gommant ainsi la grisaille quotidienne dont j'étais imprégnée.

Ils offraient pour deux personnes une pension complète dans un hôtel quatre étoiles, prenant en charge tous les frais pendant trois belles semaines.
Le plateau d'évasion ? C'était le paradis de l'Inde, peu connue de tous : LE KERALA, la terre aux immenses plages qui déroulent ses vagues chaudes comme on délivre ses paroles qui rassurent.

Seul gagnante à la clé., je me voyais déjà à visiter cette origine du monde, traversant Munnor, Kashmir de l'Inde pour une découverte des plus beaux parcs. Je me suis empressée de remplir vingt bulletins pour être certaine d'avoir le maximum de chances de mon côté.

Au moment où ma main se rapprochait de l'urne, le téléphone sonna. C'était mon mari. Un hold-up venait d'arriver à Paris, dans l'angle de la rue Lepic. Le coffre-fort de la Banque SAOPOL venait d'être vidé par quatre malfaiteurs toujours en cavale.
Son chef lui a demandé de se rendre immédiatement sur les lieux afin de prendre les empreintes encore fraîches et d'aller voir au centre PJ s'ils étaient déjà fichés.

Mon devoir de femmes m'appelait. Je devais rentrer le plus rapidement possible pour ne pas laisser trop longtemps les enfants seuls.
J'ai laissé mon caddie en plein milieu de l'allée. Je me suis dépêchée de prendre la sortie, descendre les marches qui me donnaient accès au métro.

En attendant le train, je m'aperçois en éternuant que j'ai une mauvaise haleine. Ça pourrait casser le mythe de la féminité, ça !
J'ai pris un bonbon mentholé caché au fond de mon sac à main, histoire de ne pas avoir une haleine de bouc, comme dit mon mari. J'ai vidé mes poches des papiers qui n'avaient pas lieu d'être : prospectus, tickets périmés et mémoires d'achats et je suis monté tranquillement dans le métro.

Un homme, toujours sur le quai, me fait signe de revenir. Il est déjà trop tard, les portes se referment. Son doigt pointé à terre, à l'endroit où j'attendais le métro, me met hors de moi. Je réalise le drame : j'ai laissé le Pacifique derrière moi, là, sur le quai, juste dessous le papier de bonbon.

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Le cabinet de curiosités

Elle m'a toujours défendu d'y aller. Moi qui avais pour coutume de braver tous les interdits, j'avais du mal à résister.
J'ai attendu qu'elle referme la porte d'entrée derrière elle pour aussitôt me précipiter à la cave. Je voulais absolument savoir ce qui se cachait derrière cette grande porte verrouillée depuis des années.

En arrivant, je fus surprise de voir que pas une ombre de poussière ne flottait. Moi qui l'imaginais pleine d'objets, comme toutes les caves que j'avais pu voir jusqu'à maintenant, je fus bien déçue.
Seuls deux objets en plein milieu de la pièce régnaient silencieusement attendant patiemment d'être découvert.

Un grand miroir triangulaire été déposé au pied de l'armoire.
Des pierres précieuses avaient été une à une collées, à un centimètre l'une de l'autre. Des sculptures représentant dieux et déesses laissaient deviner que c'était un objet d'une grande importance.

En m'avançant, une chose étrange arriva. Chaque partie de mon corps qui s'y reflétait renvoyait des images ou des musiques, comme si mon corps avait enregistré à chaque moment important ce que j'avais vécu. Un petit livre était collé au dos du miroir. C'était un carnet de route avec en première page une petite notice d'utilisation et quelques explications sur son origine :
" Miroir du toi " était utilisé par des moines tibétains pour les nouveaux venus.
On enfermait pendant une journée entière l'élève dans une salle entièrement peinte en blanc et ce miroir pour se nourrir de leur identité, apprendre à se connaître avant de rapprocher de la voie spirituelle.

Dans la grande armoire en fer forgé étaient stockés une centaine de bocaux refermant un liquide visqueux avec pour certains des insectes, des fleurs, des morceaux de photos ou encore des reptiles.

Qui avait bien pu les remplir et pourquoi ?
Quelle étrange collection. C'était sans doute grand père que je n'ai jamais connu, qui plusieurs fois par an allais se ressourcer en Asie ou en Afrique.

***

Elle venait juste de finir les courses. J'ai à peine eu le temps de refermer la porte quand j'ai senti ses mains me saisir pour m'amener jusqu'à ma chambre avec quelques fessées pour me complimenter d'avoir une fois de plus désobéit.
Elle m'a dit que je n'avais pas à rentrer dans son cabinet de curiosité, que c'était tout ce qu'il lui restait depuis qu'il était devenu fou, avant de partir violemment en claquant la porte.

Encore un secret à éclaircir.

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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L' Amour

Profiter des moments présents
Goûter chaque instant
Se laisser engloutir par l'ivresse

Conjuguer curiosité et rencontre
Surprendre la magie de l'alchimie
Libérer ses peurs
Effrayer ses frayeurs

Scinder l'âme et l'esprit
Leur donner vie
Savourer les baisers rêvés

Se laisser happer par les bonbons mensongers
La tendresse amère rompt la quotidienneté
Découvrir la grâce de l'union brisée
Tout casser

Solidifier
Installer une confiance apprivoisée
Tout accepter, pardonner

Rêver d'une deuxième naissance
L'imaginer
La réaliser
Transcender meilleur et pire

Aimer, Détester
Tout orchestrer
Ce sont les délices et supplices de l'Amour
que l'on murmure à chaque instant

© Amel Bakkar


Désirs

Deux regards étrangers se croisent
Le temps s'offre à eux
Une montagne se déploie
Libérant le son de l' Union

Un mot, une parole
Les voilà partis pour une aventure
Une découverte futile étoilée de roses
Une étincelle de baisers volés

Deux étoiles se rencontrent
Laissant en suspend leur quotidienneté
Pour ne faire qu'UN
Éclairant de leur lumière intérieure le monde entier

Le ventre affamé de curiosité
Elle se donne
Pour que l alchimie prenne vie
Pour que l'odeur de leur animosité crée leurs libertés

La boucle bouclée
Un corbeau vient les visiter
Leur offrant caprice et jalousie
Jusqu'à en laisser une trace marquée

Rassasiées,
Les enveloppes charnelles prennent leur envol
Quittant derrière elles les plaisirs dévorés
Qu'elles ont fini par oublier

© Amel Bakkar

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Le guide de l'optimisme

Il arrive parfois que les jours se succèdent sans une onde d'espoir, sans une étoile à l'horizon.

En sortant de chez vous, vous trébuchez sur un livre abandonné devant l'immeuble.... :
Le Guide de l'optimisme...
Drôle de coïncidence, vous dites vous, comme si quelqu'un avait voulu que ce guide vienne à votre rencontre

1 - Se lever le matin
devient un vrai plaisir lorsque vous savez apprécier le rayon de soleil qui vient effleurer votre sommeil….gardant quelques gouttes de sa luminosité de l'autre côté de la vitre pour vous inciter à venir les voir…

2 - Le petit-déjeuner
un duo caféïné et brioché se conjugue merveilleusement bien à votre état cotonneux pour réveiller avec douceur votre palais cotonneux.

3 - La douche
des perles d'eau se laissent guider dans les creux de votre enveloppe charnel quelques minutes, le temps de parcourir toutes les odeurs de sueur qui seraient venues s'y installer.
L'eau devient votre royaume, une essence du réveil matinal

4 - Vous au milieu des autres
vous voilà enfin prêt (e) pour le grand plongeon ! Bien armé(e), vous traverserez le monde avec clairvoyance. Votre lumière intérieure vous apprend à rester vide de toutes pensées,
à vous faufiler au milieu de ceux qui sont aveuglés par la réussite et l argent, rêvant de succès et de compétition à outrance en oubliant par-dessus tout le plus important : L'Amour.

Le sourire devient votre seconde peau, et prendre sur soi un combat de tous les jours.

5 - Traverser ses journées
Traverser ses journées devient comme la liberté que vous avez à nager au milieu des vagues. On ne sait jamais si la vague vous emportera ou vous épargnera.
Le plus important reste alors de savoir nager à chaque étape de la vie. …
de Vivre chaque instant comme si c'était le dernier.

Se dire que beaucoup partent avec la maladie et qu'ils donneraient tout pour rester en vie….. et ce quelle qu'en soit la donne.

Amel BAKKAR (août 2005), bakkaramel@yahoo.fr

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La porte de Lorianne

Elle est là, la porte de l'Orient, celle qui me fait rêver et qui soulage à la fois.
J'en rêve depuis toujours. Dans les moments de solitude, je m'imagine héritière de ce royaume, entourée de servantes et d'hommes passant leur temps à me satisfaire entre gourmandise orientale et luxure charnelle.

Aujourd'hui, le trousseau de clés à la main, je vais enfin pouvoir passer de l'autre côté et en profiter. Tout ça, grâce à elle qui a eu la bonté de me prêter sa demeure, le temps pour moi d'ouvrir cette nouvelle parenthèse.

Cette envie d'évasion ?! Elle m'est venu, il y a un mois...et dieu sait que j'en avais bien besoin.

*

Tout a basculé un soir de décembre.
Il fait froid. Assise au fond du jardin, je viens de me resservir un verre de Gamet. Derrière moi, le monde continue de tourner pendant que je m'égare. Quelques minutes s'écoulent avant qu'une silhouette apparaisse et me fasse sursauter…

- " Y a quelqu'un ? Qui c'est ?!
- Lorianne, c'est moi : Marine. …Je peux ?
- Tu m'as fait peur, Marine. Oui, viens.
- Qu'est ce que tu fais toute seule dans le noir… ?
- J'en peux plus ..
- Tu pleures ?! qu'est ce qu'il y a ?
- T'en veut une ?
- Je veux bien, c'est gentil…mais j'ai pas de feu
- Attends.. Tiens, il me reste quelques allumettes
- C'est Ritchy ? c'est ça ?!
- Je n'en peux plus de ses mensonges
- Ses mensonges ?!
- Oui. Regardes ce que j'ai trouvé dans notre chambre
- C'est quoi ?!
- Des papiers qui traînaient. Au début, je pensais que c'était le début d'un roman ou d'une nouvelle…..Mais, tiens…lis, tu comprendras.

Marine déplie hâtivement un tas de feuilles froissées et reconnaît l'écriture de son frère Ritchy.

" C'est un samedi de novembre. Il fait froid et la nuit vient juste de tomber. Hésitante, elle reste quelques minutes devant le bistrot qui fait l'angle, à faire des allers-retours répétitifs comme si elle voulait s'assurer, se rassurer que personne ne l'a suivi jusqu'à maintenant.

Cachée derrière son imper et son chapeau noir, elle traverse lentement la rue, s'arrêtant au moindre bruit, la main droite prête à sortir une arme si l'utilité le demande. Dix minutes…dix longues minutes s'écoulent avant qu'elle n'atteigne le numéro 58 de la rue traversière, une des rues les plus visitées en journée qui devient déserte la nuit tombée.

Je l'imagine espion ou détective, à un détail prêt…un accessoire qui manque immanquablement : le parapluie, l'outil lourdement conseillé en filature…une arme d'appoint utilisé en cas de légitime défense.

Quelques minutes plus tard, le vent se lève laissant deviner l'odeur de son parfum : élixir de muscat et de menthe poivrée qui m'aiguille. C'est bien un homme.

Qui est-il ? pourquoi redoute-il tant d'être surpris ?!
Tant de questions restant sans réponse jusqu'au moment où, devant l'hôtel, un homme distingué d'une quarantaine d'années vient l'accueillir.

L'homme effleure son visage comme pour lui dire bonjour….un bonjour qui me semble bien déplacé vu les circonstances. Avant d'entrer dans le hall, il ôte son chapeau bien trempé, libérant de longues boucles dorées. Il se retourne. Elle attire les regards comme la lumière attire les papillons. ..
Mon dieu, qu'elle est belle ! "

Intriguée, Marine demande des explications…

- Je ne comprends pas…..

- Ton frère a passé ses soirées de libre à surveiller une ombre qui est devenue en quelques jours sa muse, sa maîtresse si tu préfères…

- Enfin, Lorianne ! Tu vis avec un écrivain, ce n'est peut-être tout simplement que le début d'un roman..Demandes lui des explications. C'est sans doute un malentendu…Tu t'imagines quand même pas...

- Au début, je pensais que c'était ça jusqu'à hier soir. Hier, il a reçu un appel pendant qu'il était sous la douche. Quand j'ai vu que c'était un prénom que ne connaissais pas, j'ai écouté le message laissé sur le répondeur. Une femme le remerciait pour le cadeau qu'il lui avait offert la veille, une merveille qui mettait bien en valeur ses cheveux blonds. Elle attendait sa confirmation pour qu'il se décommande aujourd'hui et passe la nuit avec elle...

- C'est absurde cette histoire ! Tu lui en as parlé ?

- Non. Comme tous les hommes, il fait semblant que tout va bien. Quand je pense qu'il n'arrêtait pas de me parler de confiance ! que notre amour était plus important que tout…. ! Je ne me sens pas capable de faire face à tout ça. Je crois que le mieux c'est de le quitter.

- Mon frère t'aime, y n'a pas de doute là-dessus. Essaye de voir ce qui ne va pas. Comme beaucoup d'hommes, il a sans doute envie que vous partagiez certains fantasmes. Qui sait ?!

- Tu remets ça ? On en a déjà parlé. Les trucs à plusieurs, c'est vraiment pas ma tasse de thé …

- Essayes, tu verras bien. Regardes Antonin et moi, on le vit bien. Finalement quand on y pense, c'est toujours à cause d'aventures conjugales que les couples se séparent la plupart du temps… .Pour moi, la fidélité c'est accepter l'autre tout en étant avec, et faire bloc… .Le reste, je ne devrais pas te le dire dans ses circonstances, mais c'est du superflu.

- Tu as toujours ta villa à Marrakech, marine ?

- Oui.

- Tu peux me prêter les clefs quelques jours ?

- Oui…Tu veux changer d'air, toi. Ça te fera du bien.

- Y a du monde ?

- Non, tu seras tranquille. Pour faire le point y a rien de plus calme, une villa au milieu de nulle part

- Marine ?

- Quoi ?!

- Pas un mot à Ritchy

- Promis. "

*

À la villa D'orient, Marrakech---- 19 h - heure locale, la porte s'ouvre et un homme sportif d'une trentaine d'années apparaît

- " Bonjour. Je suppose que vous êtes Lorianne ? la belle sœur de Marine, c'est ça ?

- Oui.

- Je suis de passage. Elle m'a demandé de préparer votre arrivée. J'ai aéré la maison et enlevé tous les draps qui prenaient la poussière. Elle est top.

- Ah ? Elle ne m'en a pas parlé

- J'ai un peu de retard. Je devais passer à 17 heures, c'est pour ça. Si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas. J'habite juste à côté

- Merci

- Au fait, je m'appelle Dan. Dan Lambri

- Merci Dan

- Vous voyez la rue tout au bout sur la droite ? Ben, je suis là…Passez me voir, si le cœur vous en dit. J'ai un restaurant sur la place qui s'appelle " chez Issa… "

- D'accord. Si j'ai un petit creux dans les alentours….j'y penserais

- N'hésitez pas, je vous ferais goûter le couscous royal, le vrai de vrai des marocains. C'est Fatima, une amie de la famille qui prépare les menus de la semaine, une vraie fée… .Bon, je suppose que vous êtes fatiguée et que vous n'avez qu'une hâte…..vous poser ?

- C'est exact. Je vais me rafraîchir et me coucher.

- Eh bien, bonne nuit.

- Merci

- J'oubliais : bonne année et plein de bonnes choses

- Oui, c'est vrai. Bonne année, Dan et merci encore… "

Quel bel homme ce Dan ! Dommage qu'il soit parti aussi vite, laissant derrière lui la porte de l'entrée grande ouverte et l'odeur sensuelle d'un homme sensible et charmeur à vous couper le souffle…Au point où j'en ai oublié quelques secondes que j'étais mariée.

La première chose que je fis en rentrant c'est de me déchausser pour sentir la fraîcheur des dalles en mosaïques qui habillaient le sol.
Marine et Antonin avaient construit cette pure merveille, il y a vingt ans.

Une grande fontaine trônait au beau milieu de l'entrée laissant refléter à travers le bassin d'eau les derniers rayons du soleil qui s'y projetaient. Chaque pièce avait ses rideaux, carrelage et meubles associées…Comme s'ils avaient voulu qu'à l'intérieur de leur villa, chaque identité est sa place tout en étant un ensemble.

À peine eu le temps de visiter le premier étage que le téléphone retentit. Au début, je pensais que c'était une erreur car personne n'était censé être là au mois de janvier. Puis, la sonnerie retentit de plus belle comme pour me dire qu'il me fallait descendre, traverser tout le patio pour aller récupérer le combiné qui se trouvait près de la porte.
C'était sans doute un appel pour Dan…un de ses employés qui attendait son retour.

- " Oui ?

- Salam Saïda, je vous passe un appel en PCV de France

- Merci

- Allo ? Lorianne ?

- Oui, c'est qui ?

- Marine

- Tu m'as fait peur. Je me demandais qui appelait à cette heure ci…

- Ça va ? tu as fait bon voyage ?

- Oui, merci. Je viens de croiser un ami à toi

- T'as vu Dan ?! Je l'ai appelé ce matin et je lui ai demandé de préparer la maison avant ton arrivée. Il est mimi..hein ?!

- Je n'en doute pas…Il m'a proposé de passer dans son resto.

- Eh bien ! À peine descendue de l'avion et déjà du succès !

- Bon, t'es venue pour te ressourcer et te changer les idées alors j'espère que tu vas sortir et en profiter.

- On verra

- On ne verra rien du tout. Ton garde du corps se chargera de ton bien-être. Bon je te laisse parce que ça coûte cher le PCV. Bon séjour au pays des Milles et Une nuit, miss.

- Merci, marine. Et merci pour le bouquet de roses que tu as fait livré à l'entrée. Elles sont belles.

- De rien ma grande…Mais pour les roses, c'est pas moi. "

Voilà, ma belle sœur est aussi rapide que l'éclair. Elle donne autant de chaleur que de rapidité dans ses actes faisant en sorte que tout le monde autour d'elle aille bien. Qui a bien pu déposer ce joli bouquet. Sûrement pas Dan, sinon il m'en aurait touché un mot…À moins que…

*

15 jours plus tard

À la terrasse d'un café de l'aéroport Charles De Gaulle, Lorianne attend son mari tout en dégustant son café et quelques croissants.

- " Bonjour, chérie.

Ritchy m'embrasse tendrement comme si nous venions de nous rencontrer

- Ça fait longtemps que tu es là ?

- Dix minutes

- Désolé, j'ai mis du temps pour trouver une place libre. Tu m'as manqué, ma lolette. Alors ton séminaire, c'était bien passé ?

- On avait un programme bien chargé

- C'est pour ça que tu m'as appelé une fois par semaine…Je m'en doutais

- Oui

- Je te trouve changé…

- Oui, le bronzage me donne bonne mine

- Non, non... y a quelque chose de différent, c'est comme si…

- Comme si quoi ?!

- Comme si je retrouvais une autre femme. Tu es rayonnante

- Ah ?! je t'aurais manqué à ce point là

- Ben oui, évidemment. Je suis devenu fou …Surtout la semaine dernière. J'ai failli appeler ton boulot pour avoir l'adresse de ton hôtel et débarquer… .je t'aurais sorti le grand jeu, et puis on aurait passé le week-end dans la villa de ma soeurette…

L'espace d'un instant, j'ai paniqué. J'espère qu'il n'a pas osé faire ça…

- T'inquiètes pas. Je ne l'aurais pas fait…T'étais dans ton cadre professionnel…Et comme tu dis le travail c'est le travail. Eh, Merde….

- Qu'y a-t-il ?

- Des pervenches. La voiture. Vite. Je me suis garé en double file. On y va ?

- Je finis mon café et on y va.

- Donne, je prends ta valise, j'y vais et je t'attends devant. À tout de suite.

- Ça va aller. J'ai eu le temps de faire du sport, là-bas. Je me suis musclé les bras. Vas y, j'arrive.

- T' es vraiment bizarre ma lolotte.

- J'arrive.

Quelques minutes plus tard, dans la voiture.

- Dis- moi, ta sœur et Antonin seront là ce week-end ?

- Oui, je crois

- J'aimerais les inviter à dîner samedi soir. Tu seras là samedi soir ?

- Ce samedi ? mais tu viens juste d'arriver. Je pensais qu'on passerait le week-end...

- Ensemble ? On est ensemble, là. Alors, samedi…C'est ok ?. Tu seras là, ricth ? dis-moi, tu seras là ?

- Ouais, je serais là… Qu'est ce qu'il y a, Loriane ? Pourquoi Ritch, avant tu m'appelais chéri ?

- Ritch, je trouve que c'est mignon. Je trouve que ça te va bien, même. Tu ne trouves pas ? Et puis au diable les habitudes. Alors pour ta sœur et Antonin, on dit samedi 19 heures ?

- Samedi soir 19 heures

- J'appellerais Marine demain, alors. Au fait j'ai pris une journée

- Quand ?

- Demain

- Ça te dit qu'on passe la journée ensemble ?

- J'ai rendez-vous chez l'esthéticienne le matin et l'après-midi chez le coiffeur. Et puis faut que je pense à m'acheter un téléphone portable aussi

- Je pensais que tu étais contre

- Quoi ? le téléphone portable…

- Non. Dépenser de l'argent sur des soins que tu peux faire toi-même.

- Y a que les imbéciles qui ne changent pas. Et puis se faire bichonner, y a rien de mieux dans la vie d'une femme "

*

Deux jours plus tard, dans le jardin après un dîner bien arrosé Marine me rejoint près du lac

- " Ça te va super bien
- Merci. J'en avais marre du châtain clair. Ça me donnait mauvaise mine. Le roux avec mes yeux bleus me donne un visage plus vivant… ! Enfin, c'est ce que dit le coiffeur
- Tu me donnes envie de changer. C'est vrai, après tout, les Italiennes sont toujours brunes.
- Oui, essaye. Je te donnerais l'adresse de mon coiffeur visagiste. Il est vraiment bien.
- Alors ?
- Alors, quoi ?
- Tes vacances ? Racontes….
- C'était bien
- Tu es sortie ?
- Ben, oui
- Tu as visité ?
- Oui
- Tu as revu Dan ?
- Oui
- Enfin Lorianeraconte…
- J'ai profité comme tu me l'as conseillé. Ses vacances m'ont fait énormément de bien, Marine
- C'est quoi ce mystère ?
- Quel mystère ?
- T'en dit pas plus sur tes vacances ?
- Ben, que te dire de plus ? j'ai fait le point…
- Alors ?
- J'ai pensé à ce que tu m'as dit avant de partir. Et puis j'ai fait une belle rencontre
- Un homme ?
- Oui
- Tu as eu une aventure ? C'est ça ?!
- Mieux que ça…J'ai rencontré quelqu'un qui m'a beaucoup appris sur moi, sur les hommes… un sage du désert

Marine se demande qui est cet homme qui avec ses paroles bénéfiques a pu en quelques jours me transformer …

Puis voyant que je ne souhaite pas en dire plus…

- Et pour Ricthy, t'as pris une décision ?
- J'ai prévu de lui parler ce soir. Je lui dirais que je suis au courant de son aventure…Je lui demanderais comment il conçoit notre couple ? et après je verrais.
- Il a la trouille en ce moment
- Ah, bon ?!
- Il te trouve bien mystérieuse depuis ton retour. Tout à l'heure, dans la cuisine, il n'a pas arrêté de me poser des questions. Il voulait savoir si j'étais au courant de quelque chose.
Il se demande si tu as rencontré quelqu'un, coquette et distante comme tu es. Pourquoi tu ris ?
- Je devrais voyager plus souvent
- Il tient à toi, ça se voit. Comment tu vois votre avenir après cette coupure ?
- Soit on s'accorde, soit chacun continue son chemin
- Tu l'aimes toujours ?
- Oui……Je l'aime toujours

© Amel Bakkar

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Le luxe de l'incertitude

Debout, devant cette vitrine qui m'intimide, j'hésite. Rentrer chez moi ou prendre mon courage à deux mains et dépenser mon dernier billet ?

Seule à sa table, les regards inquisiteurs se fondent. Ils se font de plus en plus curieux. Pourquoi, depuis son arrivée, ne cesse t-elle de se déplacer, cherchant en vain la chaise qui saura l'accueillir ?

Dans quelques heures, le monde entier fêtera la nouvelle année. Pintade, foie gras, champagne sont de la partie et elle aussi. Sa belle mère lui a demandé de s'occuper du dessert.
Il est 16H30. Les tensions grondent, les chuchotements s'impatientent.
Seulement, voilà : le temps presse. Il serait temps de choisir. Une petite voix la réveille : " Allez, Madame ! décidez-vous… "

Elle remerciera toujours sa mère pleine de vie pour sa qualité dont elle a hérité elle aussi. D'autres la considèrent comme un défaut.
Quelle joie d'avoir rencontrée John en vacances à l'île Maurice, il y a quatre ans déjà. Un cadeau d'avoir trouvé Antonin, il y a dix mois au cours de dessin.
Elle s'accapare tous les plaisirs sans en souffrir : la cerise sur le gâteau.

Debout, devant cette vitrine, la question s'installe et prend place : doit elle partir ou au contraire se laisser happer par l'envie de dévorer cette religieuse au chocolat.

Elle ne sait pas. Elle ne sait jamais.
Un jour, elle sombre dans l'alcool pour l'oublier. Le lendemain, elle se lève à 08H, fait son footing consciencieusement et passe la journée à se détendre, histoire de se dire qu'elle peut tout surmonter.

Elle rêverait de pouvoir choisir au moins une fois dans sa vie pour ne plus souffrir.

Tomber, se relever, choisir de continuer pour se brûler ou changer de chemin pour se libérer ?
La dualité l'amuse et donne un sens à sa vie.
Le rêve commence enfin…

3 janvier 2005.

© Amel Bakkar

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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La cuisine cristalline

Faire la cuisine n'a pas l'air aussi facile qu'on le croit. Malgré les recettes simplifiées, les photos détaillant une à une les différentes étapes, il est indispensable d'avoir la main légère et une concentration de fer.

Il faut d'abord bien choisir les ingrédients : les légumes pour ainsi dire ; les peser un à un, les toucher, les soupeser de nouveau, les sentir puis faire le tri avant de les rassembler dans un sachet plastique qui les protégera des mains indélicates à la caisse.

La cuisine n'est rien sans les épices, le plus difficile étant de savoir les conjuguer.
Si vous choisissez de les accompagner d'une viande ou d'un poisson, il vous faudra prendre le soin de vérifier la fraîcheur pour être certain de ne pas basculer le lendemain dans une intoxication alimentaire.

Tâche quotidienne pour certains, elle est devenu pour moi une véritable création.
Dès que je rentre du travail, je déballe les sacs, laissant la cascade colorée échouer sur mon plan de travail, et récupère tous les ustensiles dont j'ai besoin : couteaux fraîchement aiguisés, casseroles bien récurées, spatules attendant patiemment la fin de la journée pour êtres utilisés.
Puis, je me mets au travail comme un peintre après avoir choisi ses couleurs.

Selon le repas que j'aurai décidé de faire, certains légumes seront garnis avant de passer au four. D'autres seront nettoyés, vidés de leurs pépins, découpés en petits morceaux avant de finir dans un bain d'huile d'olive légèrement parfumée à l'ail et aux petits oignons.
Si c'est du poulet, il sera au préalable mariné dans une sauce au miel délicatement assaisonné au citron vert. Le tableau prêt, je finirais les dernières retouches.

Voilà ! Toutes ses étapes sont d'une précision exemplaire pour obtenir une bonne cuisson.
Seulement, quelques fois, certaines choses vous échappent comme dans la vie : un gâteau raté, un magret de canard trop cuit…..
Tout ça parce que vous aurez choisi de vous laisser à rêver pendant que votre mixture mijote, tout ça que vous n'aurez pas su dire non à un(e) ami(e) au téléphone, tout ça que vous aurez fait la queue une demi-heure à la boulangerie pour acheter une baguette.

Aujourd'hui, je fais comme dans la vie, je vis chaque instant, chaque moment de la préparation à la dégustation.

Avril 2005.

© Amel Bakkar

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Autopsie de l'autre

Je ne sais plus exactement dans quelles conditions je suis partie, mais je suis bel et bien partie.
De mes bijoux d'ancêtres, aux photos souvenirs jusqu'à la cuisine qui était encore le seul endroit où la création m'était possible, j'ai tout laissé.
J'ai cédé toutes ses années accumulées, tous ses comptes bancaires bien garnis qui ne demandaient qu'à profiter du temps qui leur restaient.
J'ai tout quitté, tout donné, tout délaissé.

Tout droit venu d'une planète qui m'était inconnu, UmoBong est venu me chercher.
UmoBong appartient à cette peuplade avancée qui n'a pas besoin de penser pour agir. Il vient d'une communauté qui d'un claquement de doigt traverse des années lumières d'espace temps pour visiter nos civilisations.
Pour venir, il a choisi une de leur création intemporelle appelée générateur de temps ou plus communément connu chez nous comme " soucoupe volante ". Tout le monde connaît leur invention source d'inspirations pour de nombreux écrivains, réalisateurs, dessinateurs ou scientifiques.

C'était un 25 juin 2012 à 05h55. Un jour précis pour une heure précise.
Il s'était porté volontaire comme ceux qui se portent volontaire pour expérimenter la vie…un volontaire bien choisi que je pouvais observer comme une gourmandise, prête à tout dévorée. Des volontaires comme lui ? J'en ai connu plus d'un, en particulier mon meilleur ami qui a préféré le parachute à ses amis. Un jour, en pleine évasion, il en a payé le prix.

Ma mère, elle aussi, était une adepte du volontarisme. Elle donnait de sa personne, de son temps, distribuant sourires, bribes d'espoirs à souhait pour aider ses visages qu'elle ne connaissait pas. Elle donnait son cœur à des corps en transit. Elle donnait ses mots à des ombres, à des organes à fleur de peau.

Mon frère s'est lui aussi ouvert aux autres. Il a sacrifié sa propre personne pour aller dans la peau de l'autre, dans la peau de celui qu'il voulait être l'espace d'un instant. Un texte, un visage, une image, la caméra et hop le voilà se lançant corps et âme dans une nouvelle vie pour quelques jours ou quelques heures …le temps de figer son autre dans l'objectif.

Et, il y a eu Stéphanie Stendhal ma conseillère financière, Guy Cartouche mon meilleur ami spécialisé dans les redressements judiciaires, Laurent Wolf mon compagnon de vie et policier et Guy mon fils. Tous ont choisi d'être quelqu'un d'autre jusqu'au jour où l'image qu'ils reflétaient dans la glace ne leur plaisait plus. Rongés par la vie, ils ont fini par abandonner leur façade et apprendre à être eux-mêmes.

Moi ? J'ai passé ma vie à avoir peur de l'autre, des autres. J'ai passé mes journées à autopsier tous les mots, tous les souffles, tous les gestes, tous les regards, toutes les démarches qui se dessinent dans la rue. Je ne voulais surtout pas prendre le masque de l'autre, celui qu'on demande de porter en société.


Un tort, me disaient certains: " tu ne comprends pas que la vie c'est toi, c'est lui, c'est moi et que nos vies passent leur temps à se chercher dans le mensonge, l'envie et la vérité… "

J'ai lutté. J'ai résisté. Et, j'ai fini par me fermer comme une huître, comme une forteresse blindée à plein nez. Je me suis vu mourir à petit feu. Je n'avais plus personne, plus aucun ami autour de moi. Je me suis mis le feu toute seule, et, il s'est répandu aussi vite qu'un éclair.

Le feu ? Ne m'en parlez pas ! Mon père en a fait sa passion.
Enfant, disait-il, je m'amusais souvent à dompter le feu, parce que les autres en avaient peur, parce que les autres craignaient ses étincelles qui en une fraction de seconde dévastaient tout. Il a fini par faire la une des journaux avec une médaille de l'honneur qu'il n'a jamais eu l'occasion de porter.

Depuis cette fâcheuse journée, chaque année, le 28 juillet on évoque sur la grande place St Charles son courage, toutes ses grandes actions et toutes ses familles nombreuses qui auraient pu finir définitivement englouties.

Et toi, papa ? Que serais tu devenu si tu n'avais pas passé toute ta vie à te chercher dans le regard de l'autre ?
Et moi, qui serais je, si je n'avais pas vécu tout çà ?

Je ne serais peut être pas liée à ce fauteuil roulant, aujourd'hui.
Mathilde ne me dirais pas tous les jours que je peux progresser si je ne passais pas mon temps à dépenser le peu d'énergie qui me reste. Mathilde ne me dirais pas que si je continue de faire la course avec mes vieux camarades, elle sera contrainte et forcé d'en référer au médecin chef, parce que les fauteuils roulants çà coûte cher…
Mathilde ne me dirais pas qu'elle en a assez. Mathilde ne serait pas Mathilde et ce serait tant mieux pour moi !

Eh, bien maintenant elle n'aura plus ce plaisir, parce qu'UmoBong est là.
Il me regarde. Ses yeux lagon bleu m'emportent en moins d'une seconde dans un cyclone de bonheur réveillant toutes mes envies, toutes mes folies comme un premier baiser au petit matin.
Il me voit, il sait qui je suis. Il me tend la main.
Un sourire aux lèvres, l'air serein, il propose que je ferme les yeux. Il dit que ce sera plus facile pour moi.

Il dit qu'il est venu me soulager, qu'il sait que je vais enfin devenir une autre, que mon autre m'attend déjà et qu'elle a hâte de me connaître. Chouette, j'aurais bientôt une nouvelle conscience et une nouvelle âme.
Je vais croiser des ondes radios imperceptibles à l'œil nu, entendre les vents orphelins, voir toutes ses vies sans attaches et tous ses corps éteints qui ont leur place dans l'autre monde. Comme d'autres, je vais voir des choses que les autres ne voient pas. Comme d'autres, je vais murmurer à l'oreille de celles et ceux qui suivent mon chemin, les visiter pour nourrir leur curiosité.

Je vais retrouver l'âme que j'étais au tout début, à la naissance. Le parfum de la fragilité et de la pureté se souviendront et reviendront.

Je vais retrouver ma famille et oublier tout ce que j'ai vécu ici bas. Au fil du temps, je verrais des choses, j'apprendrais des choses.
Au fil du temps, j'attendrais toujours que quelqu'un m'attende quelque part. Jusqu'au jour où Umo Bong sera au rendez-vous.

Et, UmoBong est là. Il m'attend.

- " On y va ? , me dit-il
- C'est l'heure ? !
- Oui, Anna. C'est l'heure. "

Son générateur de temps s'active. Les portes s'ouvrent. Main dans la main, on franchit l'entrée. Les portes de l'ascenseur se referment et moi avec.

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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GOMME

JE SUIS NE UN JOUR DE DECEMBRE,
AU BEAU MILIEU D UNE ALLEE REMPLIE DE CARTONS.
DEHORS, IL FAISAIT FROID, LES ARBRES ETAIENT DENUDES et LES MAGASINS BIEN PLEIN.

JE M EN SOUVIENS COMME SI C ETAIT HIER. APRES EMBALLAGE, NOUS VOILA MES SŒURS ET MOI A QUELQUES HEURES DU REVEILLON RANGEES COTE A COTE DANS LE COFFRE D UN CAMION POUR UNE DESTINATION INCONNUE….TOUT CE DONT JE ME SOUVIENS C EST LES BLAGUES QU ON SE RACONTAIT ET CE SOURIRE..LE SOURIRE DE CE MONSIEUR QUI A OUVERT LE COLIS EN NOUS REGARDANT EBAHI ET IL A DIT : " Mmmh… encore une nouvelle livraison pour Birmingam. Qu'est ce qu'elles sont belles !"

PUIS ARRIVEES A BON PORT, NOUS AVONS TRAVERSE DEUX LONGS COULOIRS POUR ATTERIR DANS UN LOCAL …DANS LE NOIR…FERME A DOUBLE TOUR.
QUINZE JOURS PLUS TARD, UNE FEMME APPELE "MAITRESSE" NOUS A ANNONCE :
" les enfants, aujourd'hui pour fêter la nouvelle année, je vais vous distribuer un à un une suprise !" " Oh !…" à dit un enfant. " Chouette ", dit un autre, " de nouvelles gommes!"

DENUDEE DE MON EMBALLAGE,
AUSSI BLANCHE QU UN GRAIN DE NEIGE AU PREMIER JOUR…QUELQUES ANNEES ONT SUFFI POUR QUE JE SOIS SALIE… DEVENANT AU PASSAGE LA MEILLEURE EQUIPIERE D ECOLIERS ET D' ECOLIERES DANS LEUR PREMIER PAS…. JUSQU AU JOUR OU J AI ATTERI PAR HASARD SUR TON BUREAU.

T'AS D ABORD REAGI COMME TOUT LE MONDE : UN COUP DE CRAYON ET HOP !
ET PUIS, APRES UNE SEMAINE D UTILISATION TU AS SU VOIR EN MOINS LA MAGIE QUE JE POUVAIS TE DONNER….
DERRIERE MON APPARENCE BIEN ABIMEE, BIEN USEE PAR LES FAUTES, LES RATURES ET TOUT LE TINTOUIN DE TES CAMARADES, T AS DECIDE DE ME GARDER ET DE PRENDRE SOIN DE MOI.

APRES TOUT, TU T ES DIT : " CETTE GOMME EST ELLE COMME LES AUTRES, MAIS A PARTIR D AUJOURD HUI CE SERA MA GOMME ET JE LA GARDERAIS TOUTE MA VIE SI C EST POSSIBLE ".

DIX ANS PLUS TARD, ME VOILA USEE , RABIBOCHEE MAIS TOUJOURS LA.
J'EN AURAIS FAIT DES VOYAGES A TES COTES….LE COSTA RICA, L EGYPTE, L ITALIE et L OLDORADO….TOUT CA BIEN BLOTTIE DANS TON SAC A MAIN ET TOUJOURS PRETE A TE RENDRE SERVICE DES QUE TU ME FAISAIS SIGNE.

MAINTENANT, LE TEMPS EST ARRIVE POUR MOI DE PARTIR… DE PASSER A LA POUBELLE PUISQUE TES ENFANTS T ONT DEMANDE DE TE DEBARASSER DE MOI….JE LES ENTENDU HIER TE DIRE : MAMAN ; CA FAIT 27 ANS QUE TU AS LA MEME GOMME….TIENS MAMAN, ON T A ACHETE UN LOT ENTIER DE GOMMES BICOLORES…EN PLUS, Y EN A AU GOUT FRAISE, AU CHOCOLAT…..

ALORS ADIEU MANUELLA et MERCI….MERCI POUR TOUS SES MOMENTS PASSES A TES COTES.
MERCI POUR TA FIDELITE….

SI UNE GOMME POUVAIT PARLER
JE TE DIRAIS DE ME GARDER
MAIS JE NE PEUX PAS

J ESPERE QUE TU SERAS LA MEME AVEC TES NOUVELLES AMIES….

AH, SI SEULEMENT UNE FEE POUVAIT PASSER PAR LA MAINTENANT
JE LUI DEMANDERAIS UNE DEUXIEME CHANCE : CELLE DE RENAITRE CETTE FOIS CI
EN GOMME A MACHER….AUTANT DE FOIS QUE JE LE SOUHAITE
COMME CA JE POURRAIS AVOIR PLUSIEURS VIES.

AMEL BAKKAR/ 11 JUILLET 2007

Amel BAKKAR, juin 2005, bakkaramel@yahoo.fr

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Kokina

Je suis quelqu'un d'unique…comme vous, me direz vous.
A la seule différence prêt, c'est que je suis né avec deux esprits dans le ventre.
Le bien et le mal se sont retrouvés sans le vouloir sur le même terrain , au même pied d'égalité et ce depuis ma naissance tentant chacun de m'influencer dans mes choix quotidiens, allant jusqu'à me maîtriser quelque fois.

Je m'appelle Kokina, un prénom qui porte l' "enfant partagé" en nigalé…une langue africaine disparu depuis des siècles qui reste malgré tout préservé dans certaines familles aux traditions ancestrales.

Si, je vous disais que chaque matin, je sais exactement ce qui va m'arriver, qui je vais rencontrer, ce que je vais faire ou ne pas faire….? Me croyez vous?! Non? ! ! !
Et bien pourtant c'est bien vrai.

Un exemple : Hier, j'ai traversé toute la rue de Washington pour me rendre à mon travail. Jusque là rien d'exceptionnel. Sous un super beau soleil parisien , une femme me bouscule pour traverser la rue et entamer le trottoir d'en face sans aucune excuse. Jusque là rien de surprenant. Cette attitude est devenue une réaction quotidienne et toléré dans les mœurs parigo. Sauf, que là un sourire ironique se dessine avec quelques paroles supplémentaires qui viennent éveiller mes oreilles endormies :
"bouge conasse…j'ai pas que çà à faire….retourne dans ton pays, microbe…".

L'air surpris, le sang froid glacé, je la traverse des yeux me demandant au passage comment une femme de notre époque peut réagir de la sorte, de si bon matin, avec une agressivité hors du commun.
Je pense tout bas. J'espère qu'elle se souviendra toute sa vie de ses mots qu'elle vient de prononcer. J'espère qu'elle regrettera d'avoir agi ainsi. J'espère la rencontrer bientôt et qu'elle n'ose plus me parler ainsi.
Cela dure quelques secondes, le temps que je traverse également, atteignant l'autre trottoir et que j'atteigne la rue de Berri.

Ce matin, il était 08h45.

Deux jours plus tard, un matin de grand froid parisien m'amène dans l'angle de la rue de Ponthieu, je recroise cette même personne avec un plâtre au bras droit et un œil au beurre noir.

Elle a payé pour ce qu'elle a dit.
Comment ?
Je ne sais pas.
Par qui ? cela ne m'intéresse pas. L'essentiel est qu'en croisant mon regard, elle rougit et un petit bonjour accouche difficilement de la commissure de ses lèvres.


Voilà, ce que je vis au quotidien …
Voilà, ce qui m'arrive au jour le jour.
Sans ce que je le veuille, sans que je le souhaite… des évènements extérieurs interfèrent et prennent place.

Toutes celles et ceux qui me font du mal de prêt ou de loin se retrouvent de l'autre côté du miroir…du collègue de travail qui a flirté avec un recouvrement caché des impôts à l'amie fourbe qui a fait une fausse couche après m'avoir trahie. La voisine…largué quelques jours après…...

Une accumulation qui me fait croire que Kokina est bien là, qu'elle ne maîtrise plus rien.

Dans mon village, on m'appelait l'intouchable.

Ici, personne ne sait qui je suis vraiment.

Amel Bakkar  bakkaramel@yahoo.fr

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L'incertitude du Luxe

Debout, devant cette vitrine qui m'intimide, j'hésite.

Rentrer, passer devant ou prendre mon courage à deux mains et dépenser le dernier billet qui me reste en poche ?

A l'intérieur, les regards inquisiteurs se fondent…se font de plus en plus curieux.
Pourquoi, depuis son arrivée, ne cesse t-elle de se déplacer, cherchant en vain la chaise qui saura l'accueillir ?

Dans quelques heures, le monde entier fêtera la nouvelle année. Pintade, foie gras, champagne sont de la partie et elle aussi. Sa belle mère lui a demandé de s'occuper du dessert.

Il est 16H30. Les tensions grondent, les chuchotements s'impatientent.
Seulement, voilà : le temps presse. Il serait temps de choisir. Une petite voix la réveille : " Allez, Madame ! décidez-vous… "

Elle remerciera toujours sa mère pleine de vie pour sa qualité dont elle a hérité elle aussi. D'autres la considèrent comme un défaut.

Quelle joie d'avoir rencontrée John en vacances à l'île Maurice.
Un cadeau d'avoir trouvé Antonin, il y a dix mois au cours de dessin.
Elle s'accapare tous les plaisirs sans en souffrir : la cerise et le gâteau.

Debout, devant cette vitrine, la question s'installe, prend place :
doit elle partir ou au contraire se laisser happer par l'envie de dévorer cette religieuse au chocolat.
Elle ne sait pas.
Elle n'a jamais su.
Elle ne veut pas choisir.

Un jour, elle sombre dans l'alcool pour l'oublier.
Le lendemain, elle se lève à 08H, fait son footing consciencieusement et passe la journée à se détendre, histoire de se dire qu'elle peut tout surmonter.

Elle rêverait de pouvoir choisir au moins une fois dans sa vie. Ne plus souffrir.

Tomber, se relever, continuer, se brûler ou changer de chemin pour se libérer ?
Une dualité qui l'amuse.

Une incertitude qui donne un vrai sens à sa vie.

Un rêve qui commence et qui ne finit plus.

Amel Bakkar  bakkaramel@yahoo.fr

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