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Comme un miroir brisé Nathalie Bucher, août 2004.

  

 

Sloane, Nathalie Bucher est étudiante en Histoire. Elle a la passion d'écrire depuis l'âge de 12 ans et souhaite devenir écrivain. Incitée par ses amis et ses professeurs à exprimer son talent, elle publie ici son premier "long métrage" (!): "Comme un miroir brisé". Une histoire qui dit combien il est difficile mais nécessaire, même dans la souffrance, d'arriver à pardonner pour se libérer soi-même du poids qui alourdit notre existence.

"Etre en paix avec soi-même, c'est ce que le jeune Anthony cherche en vain de faire, il n'a que huit ans lorsque sa vie bascule et qu'il doit affronter les souffrances de la vie. Issu d'une famille heureuse mais dont le bonheur s'éteint subitement, il apprend à vivre avec sa mère dans sa ville natale, loin de son père qui, sans aucune raison apparente, fuit le domicile familiale, laissant à sa femme la dure responsabilité d'élever seule leur fils. Ainsi Anthony et sa mère connaissent la dure réalité de la vie, ils apprennent à compter l'un sur l'autre pour pouvoir survivre et garder leur place dans ce monde parfois trop cruel. Leur vie s'améliore mais les choses se compliquent lorsque son père revient, marié à une autre femme avec laquelle il a eu deux enfants. Anthony ne sait plus où il en est, il n'accepte pas la nouvelle famille de son père, il ignore s'il doit lui pardonner ou continuer à mener la vie qu'il n'a pas choisi mais qu'il essaie désespérément d'améliorer..."


Comme un miroir brisé

CHAPITRE I

Cette histoire se déroule dans une ville où il fait bon vivre, où l'air pur nous envahit, cette sensation que nous ressentons lors des moments paisibles, lorsque nous sommes allongé sur l'herbe, devant le lac des Arcades et que nos pensées s'éloignent pour nous transporter comme si nous étions sur un bateau, au milieu de nulle part.
C'est le genre de sensation qu'Anthony cherchait à vivre sans cesse, désespérément, il luttait pour trouver un endroit où ses pensées ne seraient pas remplies de peine, où son esprit se laisserait emporter mais, il avait beau chercher, fermer les yeux, respirer l'air pur, il se sentait toujours aussi mal. Il n'avait que huit ans lorsque sa vie changea considérablement, il vivait avec son père et sa mère, Thomas et Jessica Sloane, dans un pavillon depuis sa naissance, ils formaient une famille heureuse et unie mais, un soir, tout bascula. Car, son père décida de quitter la maison pour mener une vie différente. A l'époque, il ignorait pourquoi son père ne l'avait pas emmené avec lui, il avait juste entendu des cris et des pleurs ainsi que la porte d'entrée qui s'était brusquement fermée. Il était dans son lit, il s'apprêtait à dormir, mais les bruits l'avaient empêché de s'endormir. Il s'était précipité à la fenêtre de sa chambre qui donnait sur l'allée pour voir ce qui se passait. Il vit son père monter dans sa voiture, il la suivit du regard s'en aller au loin. Sur le moment, il ne comprit pas ce qui venait de se produire entre ses parents pour qu'il décide de partir mais, lorsqu'il ne vit pas la voiture de son père revenir, au bout de quelques instants, il commença à s'inquiéter, se demandant s'il allait revenir. Des larmes coulèrent de son visage, il était persuadé que son père reviendrait d'une minute à l'autre mais, il ne pouvait pas s'empêcher de pleurer car il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Sa mère était restée dans l'entrée, Anthony entendait ses pleurs de l'escalier où il s'était assis, il n'osait pas s'approcher d'elle, il avait peur, il ne savait pas ce qu'il devait faire. Il n'avait jamais entendu ses parents se disputer de cette façon, eux qui s'aimaient tant, comment pouvaient-ils en arrivés là ?

Ils s'étaient mariés à 20 ans. Deux ans plus tard, Anthony vint au monde. C'était un enfant aux yeux verts et aux cheveux bruns, un enfant ordinaire avec une petite tête d'ange, celle que tous les enfants ont à leur naissance, mais qui change parfois au cours de leur vie. Ses parents s'étaient installés dans un pavillon à sa naissance, car le studio dans lequel ils vivaient était trop petit pour accueillir un nouveau-né. Là où ils vivaient était le plus bel endroit qu'ils aient connus, il faisait bon y vivre, les maisons étaient disposées de telle sorte qu'aucun enfant ne puisse courir de risque à cause des voitures. Autour d'elles, il y avait un champ et un parc, c'était pour cela qu'ils avaient décidé d'y emménager car ils étaient convaincus qu'Anthony pourrait y grandir en toute sécurité. Ils avaient beaucoup de projets d'avenir, tout un avenir qu'ils construisaient ensemble et qu'ils espéraient vivre un jour. Ils avaient eu Anthony assez jeunes mais, ils s'étaient habitués à leur nouvelle vie car ils voulaient avoir cet enfant, cela n'était pas une erreur. Et, même si personne n'est préparé à ce genre de situation, ils n'eurent pas de mal à s'y habituer car ils affrontaient toutes les épreuves ensemble, avec le soutien de leur deux familles respectives.

Les premiers années d'Anthony furent difficiles, comme celles de tous les bébés, il tombait souvent malade, il était assez fragile, il avait besoin d'être protégé et qui d'autre que ses parents pouvaient le faire au mieux ? Lorsqu'il eut sa première angine, ils le veillèrent toute la nuit, ils ne le quittèrent pas des yeux, sensibles au moindre de ses mouvements, ils ne pouvaient pas dormir en ayant l'esprit tranquille tant qu'il ne serait pas guéris. Des nuits blanches, ils en passèrent beaucoup, avoir un enfant représente un certain engagement important qui est censé durer toute une vie, mais ces nuits blanches ne représentaient rien comparé à tout l'amour qu'il leur apportait. Lorsqu'il découvre ses premières dents, à quoi sert ses mains, qu'il apprend à marcher et à parler, tous ces moments sont uniques et ils ne s'échangeraient pour rien au monde. Car, rien n'est plus beau que d'aimer et d'être aimé en retour, que cela soit la famille, la personne que nous aimons ou tout simplement un ami.

Anthony commença à marcher à un an et demi, il ne cessait de marcher à quatre pattes puis, un jour, il s'appuya sur le canapé du salon, il se mit sur ses jambes et il marcha, comme s'il avait décidé de se montrer en spectacle. Ses parents furent stupéfaits et heureux de le voir enfin marcher, car ils se demandaient s'il allait continuer encore longtemps à marcher à quatre pattes. Ils le filmèrent afin d'immortaliser le moment, ils durent en même temps le surveiller de près car il ne savait pas où il allait, c'était la première fois qu'il marchait ! Anthony ne comprenait pas trop pourquoi ses parents le regardaient comme s'ils ne l'avaient jamais vu, il souriait sans savoir qu'il venait d'accomplir une nouvelle étape de sa vie. Ce jour-là, ils fêtèrent un moment inoubliable, toute la famille fut mise au courant, ils étaient tous content pour eux. C'était sur cette photo, où l'on pouvait voir la famille réunie autour du jeune Anthony sur ses jambes, que le regard de Jessica s'était arrêté. Elle s'était assise sur une chaise du salon, elle avait pris l'album de photo qui retraçait les premières années d'Anthony, tous ces souvenirs revenaient à elle, comme un message qu'on lui aurait envoyé. Toutes ces photos lui rappelaient à tel point elle avait été heureuse, elle n'aurait jamais imaginé que les choses puissent se dérouler ainsi. Mais si à chaque fois que nous tentons de construire notre vie, nous craignons le pire, nous finissons par ne plus attacher d'importance à ce qui compte vraiment. Alors, elle avait fait ce que n'importe qui aurait fait à sa place : elle avait écouté son coeur.

Elle tourna la page et, elle vit une autre photo, elle avait une signification particulière pour elle car, on pouvait y voir Anthony sur son premier vélo. Son père se tenait debout à côté de lui afin qu'il ne tombe pas. Cette photo faisait ressortir d'elle beaucoup d'émotions car on pouvait voir à tel point Thomas aimait Anthony, et cela rien qu'en y jetant un coup d'oeil. C'était un magnifique vélo rouge, il l'avait eu pour ses trois ans, il était impatient de l'avoir, car à chaque fois qu'il passait devant lorsqu'ils faisaient leur courses, il n'arrêtait pas de dire à son père que c'était celui-là qu'il voulait et pas un autre. Parfois, son père le taquinait en lui disant qu'il n'y avait plus de vélos au magasin ou en lui demandant plusieurs fois de lui répéter ce qu'il voulait pour son anniversaire. Mais il aurait tout fait pour lui offrir ce qu'il voulait vraiment et le jour de son anniversaire arriva enfin. Son père avait laissé le vélo dans le garage, Anthony avait des yeux émerveillés lorsqu'il le vit. Sur son visage, on pouvait voir à quel point il était heureux de l'avoir et la seule chose qu'il dit à son père c'est : " papa, dis, je peux en faire ? ". Alors, Thomas ouvrit la porte du garage et il sortit le fameux vélo qu'Anthony avait tant désiré. Anthony monta dessus, Jessica prit l'appareil photo pour immortaliser ce moment qui serait inoubliable, Anthony commença à pédaler, son père marchait à côté de lui afin de le rattraper s'il tombait et ils firent le tour de l'allée.

C'était toute une série d'images qui défilaient dans sa tête, comme si ce passé qu'elle avait tant chéri s'était détruit et se reproduisait devant ses yeux. Elle pleurait en sanglot lorsqu'Anthony s'approcha d'elle, il se tenait debout, à regarder avec un air triste les larmes qui continuaient de couler sur son visage qui était resté celui d'un ange. Il se glissa dans ses bras, il la tenait très fort, comme s'il avait peur qu'elle s'en aille, elle aussi, et ils pleurèrent ensemble.

 

CHAPITRE II

Les jours suivants furent durs à vivre, Jessica ne cessait de pleurer, elle restait assise à côté du téléphone car elle espérait que Thomas l'appelle. Anthony ne savait pas quoi faire à part rester près d'elle, il ne lui avait pas encore demandé pourquoi son père était partis, il savait juste qu'elle avait reçu des papiers et, qu'elle avait pleuré en ouvrant l'enveloppe, sans doute, il lui avait envoyé les papiers du divorce mais, elle ne voulait pas croire que leur couple était bel et bien fini car cela s'était terminé trop vite. Etant donné que la situation ne s'arrangeait pas, Anthony demanda de l'aide à une des amies à sa mère, elle s'appelait Michèle, elles se connaissaient depuis le lycée et, elles étaient restées amies, ce qui est parfois rare. Michèle était l'amie de Jessica qu'Anthony préférait car elle avait gardé son âme d'enfant, lorsqu'Anthony voyait les amis de sa mère, ils s'amusaient bien ensemble mais, avec Michèle, c'était autre chose car, ce qu'elle réussissait le mieux c'était quitter son corps d'adulte pour se mettre dans la peau d'un enfant et, Anthony remarquait la différence lorsqu'ils étaient en présence d'autres adultes. Car, il y en avaient qui s'amusaient avec lui pendant quelques instants mais, qui après préféraient discuter et, ne lui prêtaient plus aucun intérêt mais, Michèle ne lui aurait jamais fais cela, elle était en quelque sorte comme une deuxième maman à ses yeux, donc, il était tout à fait normal qu'il s'adresse à elle. Elle se doutait que Jessica allait mais, elle refusait d'en parler avec elle, elle niait sa souffrance mais, lorsqu'Anthony lui demanda de l'aide, elle vint à son secours car elle ne voulait qu'Anthony n'en souffre encore plus, il avait déjà assez de mal à accepter le fait que son père était partis. D'ailleurs, il ignorait ce qui s'était passé, sa mère lui avait seulement dis qu'il ne reviendrait pas mais, pourquoi ?
Michèle entra dans la chambre de Jessica où elle la trouva bien évidemment près du téléphone, elle était en larmes, ses yeux étaient gonflés tellement elle avait pleuré. Jessica ne voulait pas que sa meilleure amie la voit dans cet état, elle n'acceptait pas que les autres sachent qu'elle allait aussi mal mais, qui aurait pu être en pleine forme à sa place ? Michèle conduisit Anthony dans sa chambre, elle le rassura en lui disant que tout irait mieux maintenant qu'elle était là mais, qu'elle devait parler seule avec sa mère, Anthony la comprit et, il lui obéit.

- Qu'est ce qui se passe, Jessica ? Pourquoi ne m'as-tu pas appelé ?
- Je m'en sors très bien.
- Tu as vu dans quel état tu es ? C'est ton fils qui m'a prévenu. Je suis quand même ta meilleure amie, je ne comprends pas que tu n'aies pas voulu de mon aide...
- Ce n'est pas cela. C'est juste que je ne savais pas quoi faire.
- Est ce qu'il t'a donné de ses nouvelles ?
- Il m'a envoyé les papiers du divorce.
- Alors, c'est fini, il n'y a rien à faire ?
- Non, il a dis que cela faisait un moment que notre couple ne marchait plus, on s'était donné une seconde chance mais, là non plus ça n'a pas marché. Les choses ont changées mais, pour moi, elles sont restées les mêmes...
- Il faut que tu te ressaisisses, pour Anthony, il a besoin de toi.
- Je le sais mais, je me sens si faible...
- Si tu veux, je peux rester avec vous pendant quelques jours, j'emmènerai Anthony à l'école, je vous soutiendrai car je doute que tu réussisses à t'en sortir seule.
- Tu ferais vraiment cela ?
- Je suis ta meilleure amie, non ?
- Je te remercie, Michèle...

Anthony avait désobéit pendant un instant et, il était sortis de sa chambre pour écouter à la porte la conversation de Michèle et sa mère qui finit par le surprendre.

- Tu peux entrer, Anthony, lui dit-elle.
- Je sais que je devais rester dans ma chambre mais...
- Ce n'est pas grave. Tu as le droit de savoir.
- Savoir quoi ?
- Pourquoi ton père est partis. Tu sais, quelquefois, il arrive que les personnes ne s'entendent plus, je te l'avais déjà expliqué.
- Oui, Peter aussi m'en a parlé.
- Qui est Peter ? demanda Michèle.
- C'est son meilleur ami, ses parents sont divorcés, ils pratiquent la garde alternée. Tu sais, Anthony, parfois, lorsque ces personnes ne s'entendent plus, elles ne peuvent plus vivre ensemble et...
- C'est ce qui vous est arrivé à papa et à toi ?
- Oui, mon chéri.
- Mais, où il est papa ? Peter, il voit toujours son père, pourquoi pas moi ?
- Parce que...je ne sais pas...ton père est partis et...

Elle ne trouvait pas les mots pour lui faire comprendre pourquoi son père était partis, comment aurait-elle pu lui expliquer ? Elle-même ne comprenait son acte, Anthony était son fils et, il agissait comme s'il ne l'avait jamais été. Anthony se sentait abandonné, il n'avait plus de père alors qu'il n'avait rien fais. Il avait souvent entendu ses parents s'engueuler mais, il n'avait jamais pensé que cela pouvait être grave, il pensait que ses parents seraient toujours ensemble car ils avaient l'air bien trop heureux pour se séparer mais, à son âge, comment pouvait-il comprendre que le bonheur n'est pas forcément éternel ?
Michèle resta plusieurs jours chez eux pour les aider à surmonter cette épreuve qui était difficile à vivre pour Anthony et Jessica, bien qu'elle était sa mère, elle avait un peu de mal à jouer son rôle car elle était très affectée par le divorce. Ils devaient apprendre à vivre sans Thomas, ce qui semblait impossible à faire pour eux deux car, cela était déjà difficile pour une femme de vivre sans son mari mais, cela l'était encore plus pour un enfant de vivre sans son père. Mais, Michèle était là, elle emmenait chaque matin Anthony à l'école, elle revenait aussi le chercher, elle l'aidait à faire ses devoirs, elle faisait en sorte que Jessica passe moins de temps devant le téléphone, en bref, elle essayait de leur faire reprendre le cours normal de leur vie. Jessica avait de la chance que Michèle ait bien voulu les aider car d'autres personnes auraient pu la dénoncer aux services sociaux et, ils auraient pu lui enlever la garde d'Anthony, comme si cela ne lui suffisait pas de devoir vivre sans son père, il aurait fallut qu'on lui enlève sa mère. Parfois, certaines personnes nous voient une fois dans leur vie et, sous prétexte que nous agissons différemment d'eux, elles cherchent à savoir ce qui ne va pas et, elles aggravent les choses, ce qui fait de notre vie un cauchemar, c'est à croire qu'elles essaient désespérément d'éliminer tous ceux qui ne sont pas comme elles. Mais, en quoi le fait d'être triste est anormal ? Chacun d'entre nous a ses faiblesses, nous ne pouvons pas toujours tenir le coup et, surtout lorsque notre vie s'effondre sous nos yeux sans que nous puissions la contrôler. Ce n'était pas comme si elle avait elle aussi abandonnée Anthony, elle lui prêtait simplement moins d'attention, elle était plus fragile mais, elle était toujours là. Elle avait pris quelques semaines de congés pour se rétablir, elle travaillait comme secrétaire dans une agence de publicité, elle avait 28 ans, elle était brune aux cheveux longs et bouclés, elle avait un visage fin qui avait cessé soudainement d'exprimer autre chose que de la peine. Elle avait pu se rétablir grâce au soutien de sa famille et de ses amis qui n'avaient pas arrêtés de l'appeler pour lui demander comment elle allait, ses collègues de travail lui envoyaient même des cartes où ils écrivaient : " rétablis-toi vite, tu nous manques ". Petit à petit, elle reprit goût à la vie et, elle accepta de sortir pour faire autre chose que des courses, elle alla dîner au restaurant avec Anthony et Michèle pour fêter son rétablissement. Elle était un peu effrayée de se retrouver dans des endroits où il y avait beaucoup de monde car cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas quitté sa chambre mais, à chaque fois qu'elle avait peur, Anthony lui prenait la main et, il lui disait : " maman, ne t'inquiètes pas, je suis là ". Alors, elle se sentait rassurée et, cela lui faisait comprendre qu'elle devait reprendre sa vie en main et, qu'elle ne devait en aucun se laisser abattre car, sans elle, Anthony serait perdu. Les mauvais jours allaient enfin s'éloigner pour laisser place aux bons jours, même si les choses ne seraient plus les mêmes, elle devait aller de l'avant.

Malheureusement, Anthony souffrait en silence, il se cachait souvent pour pleurer, sa mère l'avait vu peu de fois en larmes depuis que son père était partis, à vrai dire, c'était comme s'il avait préféré se cacher des autres et, de sa mère en particulier, car il pensait qu'elle ne devait pas encore plus se faire du soucis, ou peut-être le fait de la voir constamment pleurer lui avait empêcher de pleurer à son tour. A l'école, il n'était plus le même enfant, il n'était plus aussi joyeux, avant, il avait toujours une histoire à raconter sur son père et les moments qu'il passait avec lui mais, maintenant qu'il était partis, qu'allait-il bien pouvoir raconter ? Il avait perdu sa joie de vivre ainsi que sa source d'inspiration et, s'il ne la retrouvait pas au plus vite, il sombrerait sûrement dans l'oubli. Le seul qui pouvait le comprendre était son ami Peter car, lui aussi était un enfant de parents divorcés. Alors, il savait ce qu'Anthony pouvait ressentir, à huit ans, nous ne pouvons pas encore tout comprendre mais, ce désastre avait créé un lien entre eux car, ils ne connaissaient pas beaucoup d'autres enfants qui étaient dans le même cas qu'eux. Peter aussi n'avait pas compris pourquoi ses parents s'étaient séparés, pour des enfants, la vie est toujours synonyme de bonheur, les moments tristes n'existent pas ou ils sont de courte durée, ils vivaient dans un monde merveilleux et, ils étaient protégés de leurs parents de tout ce qui pourrait leur faire du mal. Mais, que se passait-il lorsque l'un des parents faisait du mal à son enfant ? C'est ce qui était arrivé à Peter et Anthony, ils avaient franchis trop tôt la ligne qui les séparait du monde protégé du monde réel, c'est ce qui les différenciait des autres enfants. Car, lorsque nous subissons un choc d'une grande intensité émotionnelle, quelque chose change en nous et, nous voyons les choses différemment. Ils s'en rendaient compte lorsqu'ils entendaient les autres enfants parlé de leurs parents ou lorsqu'ils voyaient ces mêmes enfants avec leurs parents qui venaient les chercher à la sortie de l'école.
Seul Peter était le moins touché par ce qui se passait car, lui, il voyait souvent son père, c'était l'avantage de la garde alternée et, cela lui permettait de se sentir moins triste même s'il ressentait un vide lorsqu'il dormait et que ses parents n'étaient pas tous les deux pour le réconforter quand il faisait un cauchemar. Peter et Anthony étaient assis sur un banc de la cour lorsque Peter l'interrogea sur son père.

- Et toi, tu le vois quand ton père ?
- Quand je le vois ?
- Oui, tu le vois quelquefois, non ?

Anthony resta sans voix, il essayait de se souvenir de la dernière fois où il avait vu son père mais, la seule image qui lui revenait tout le temps en tête était celle de la voiture de son père qui s'en allait au loin. Il commença à pleurer et, il lui répondit tout simplement :

- Je ne sais pas.

Peter resta à côté de lui, ils regardaient les autres enfants s'amuser à des jeux auxquels ils jouaient chaque jour mais, auxquels ils n'avaient plus envie de jouer à présent. Ils auraient pu se joindre à eux pour oublier leur peine mais, ils préféraient les regarder et rêver à une vie qu'ils leur semblaient lointaine et, qu'ils n'auraient probablement plus l'occasion de connaître.

Les jours passaient mais, pour eux, ils étaient semblables, le temps pouvait passer, cela leur était d'aucune importance, c'était comme si quelque chose avait changé en eux, ils ne voyaient plus les choses de la même façon, ils ressentaient une immense tristesse qu'ils ne pouvaient expliquer et combattre. Jessica commença à se rétablir, elle ne restait plus assise près du téléphone à attendre que son ex-mari ne l'appelle, elle avait remarqué qu'Anthony souffrait alors, elle se montrait plus présente. Elle lui avait fais comprendre que s'il avait besoin de parler, elle serait toujours là pour l'écouter mais, Anthony intériorisait trop souvent sa peine. Alors, elle prévoyait des sorties pour qu'il puisse oublier pendant quelques temps ce qu'il ressentait, elle voulait lui redonner la joie de vivre. C'est pourquoi elle allait le chercher à la sortie de l'école à chaque fois qu'elle le pouvait, ils allaient à la patinoire, ils faisaient de longues promenades en vélo. Anthony se sentait revivre car bien que l'absence de son père marquait un grand vide dans sa vie, il n'était pas seul à se battre contre ce mal, sa mère était bel et bien présente...

 

CHAPITRE III

Quelquefois, lorsque nous sommes très attaché à quelqu'un et, que nous en sommes séparés car elle doit partir loin de nous, nous espérons toujours qu'elle ne nous oublie pas et, qu'elle nous donne de ses nouvelles. Lorsque le facteur arrive, nous nous précipitons à la boîte aux lettres pour voir si cette personne ne nous a pas écrit mais, nous n'avons rien. Nous nous disons que si elle nous a pas écris aujourd'hui, elle le fera le lendemain ou un autre jour. Puis, les jours passent et, nous avons toujours pas de lettres. Nous commençons à ne plus y croire mais, nous gardons en nous un espoir incertain, nous continuons notre vie en acceptant l'absence de cette personne mais, qu'est ce qui nous arriverait si cette personne revenait dans notre vie au moment où nous nous y attendions plus ?
Depuis le départ de son père, Anthony n'avait cessé de lui écrire, il ne savait pas où il vivait à présent alors, il avait envoyé des centaines de lettres à toutes les personnes qui portaient le même nom de famille que son père. Car, il espérait que son père lui écrive, à chaque fois, qu'une lettre lui était réexpédiée, il en envoyait une à celles qui ne l'étaient pas. Comme sa tentative n'avait donné aucun résultat, il écrivait de moins en moins mais, il continuait toujours, même si cela faisait quatre ans que son père était partis, il était persuadé qu'un jour, il le retrouverait. Puis, un jour, Anthony reçut une lettre de son père. Il la tenait dans ses mains sans oser l'ouvrir, il se demandait ce qu'elle pouvait réellement contenir, il craignait que son père ne le rejette. Sa mère s'approcha de lui et lui demanda ce qu'il avait, lorsqu'il lui tendit la lettre, elle comprit. Elle lui fit comprendre qu'il devait l'ouvrir car cela pouvait être quelque chose d'important et, qu'il avait attendu si longtemps pour avoir une lettre alors, maintenant qu'il l'avait eu, il devait faire face à sa peur. Alors, il l'ouvrit, son père y avait écrit que quelques mots, il lui disait qu'il allait bien mais, le plus dur à supporter pour Anthony était qu'il lui faisait comprendre qu'il ne voulait plus faire partis de sa vie. Il lui disait qu'il avait reçut toutes ses lettres mais, il lui demandait de ne plus en envoyer. Il ne donnait aucune explication, simplement ces quelques mots. Anthony avait les larmes aux yeux, il ne voulait pas pleurer, au fond de lui, il se demandait à quoi cela avait servit qu'il attende tout ce temps une lettre de son père si c'était pour qu'il le rejette. Il déchira la lettre, sa mère tenta de le consoler mais, il lui fit comprendre qu'il se doutait que son père ne voulait plus le voir et, qu'il avait maintenant douze ans donc, il était assez grand. Après tout, si son père ne lui avait pas donné de nouvelles pendant quatre ans, pourquoi aurait-il bien voulu revenir dans sa vie ? Anthony voulait faire croire à sa mère qu'il ne souffrait pas mais, elle savait très bien à tel point cette lettre avait de l'importance pour lui et, elle était consciente des conséquences que cela pouvait avoir dans sa vie, si son père le rejetait.
Les jours qui suivirent, Anthony changea de comportement, jusqu'à ce qu'il reçoive la lettre de son père, il avait fini par accepter son absence mais, sa vie qu'il essayait de reconstruire s'était effondrée en l'espace d'un instant. Et, ceci le poussa à prendre une autre voix, il ne rentrait plus à l'heure chez lui, il sortait sans prévenir sa mère, il ne mangeait plus chez lui, cela lui arrivait même de découcher sans que sa mère soit au courant. Il n'avait plus les mêmes amis, il préférait la compagnie d'autres garçons qui étaient plus âgés que lui, ils étaient dans sa classe mais, ils avaient deux ans de plus que lui. Ils n'étaient pas ce que nous pouvions appeler des personnes fréquentables, le seul point qu'ils avaient avec Anthony était qu'ils se sentaient abandonnés comme lui. Jimmy qui était considéré comme le chef de leur petite bande avait incité Anthony à le rejoindre en lui disant qu'avec eux, il se sentirait moins seul. Jimmy était en quelque sorte le grand frère de leur bande, il prétendait connaître tout de la vie et, ses amis y croyaient, y compris Anthony. La seule chose qu'il connaissait parfaitement c'étaient les juges pour enfants, les maisons de correction, il y allait souvent pour mauvaise conduite ou pour des vols qu'il était fier de commettre. Anthony s'était laissé influencé par Jimmy et ses histoires, il se voyait trop différent des autres pour faire partis de leurs amis, il avait même laissé tomber Peter car, il ne supportait plus de le voir avec ses parents. C'était sa façon à lui d'oublier la peine que son père lui faisait subir, à vrai dire, il était simplement perdu et, il n'avait plus conscience de ce qui était bien ou mal, il ne voyait plus l'intérêt de vivre sa vie étant donné qu'elle était déjà détruite.
Sa mère faisaient des heures supplémentaires pour payer le loyer qui devenait relativement cher pour elle seule alors, elle était moins présente, ce qui laissait plus de liberté à Anthony. Un soir, elle put rentrer plus tôt, elle voulut lui faire la surprise mais, il n'était pas à la maison. Il était 20h, elle resta dans sa chambre en se demandant où il pouvait être, elle l'attendit pendant trois heures et, il rentra comme si l'heure à laquelle où il rentrait était normale.

- Où étais-tu ?
- Avec des amis.
- Tu n'es pas censé rentrer aussi tard.
- Tu rentres à la même heure, toi.
- Mais, je suis ta mère.
- Ecoute, tu ne vas me faire une histoire parce que je suis rentré plus tard que prévu.
- Je suis rentrée plus tôt pour toi, mon patron m'a laissé sortir en avance et, tu n'étais pas là à mon arrivée, je me suis beaucoup inquiétée.
- Eh bien, si tu n'étais pas sortis en avance, tu n'aurais même pas remarqué mon absence.
- Comment peux-tu me dire des choses comme celles-là ? Je ne te reconnais plus.
- Les gens changent, maman.
- Est ce que c'est vrai que tu ne vas plus en cours ?
- Je n'ai plus de raison d'y aller.
- Et, que fais-tu de tes journées ?
- Je traîne avec ma nouvelle famille.
- Ta nouvelle famille ?
- Mes amis, ils sont beaucoup présents que toi, ils sont comme ma famille et, eux au moins, ils me comprennent car ils sont comme moi !
- Ces jeunes ne remplaceront jamais ta famille, ils passent leur temps à traîner dans les rues, ce sont des délinquants, c'est à eux que tu veux ressembler ?
- Au moins eux, ils ne m'abandonnent pas.
- C'est à cause de ton père que tu dis ça ? A cause de la lettre que tu as reçu ? Je sais que tu es triste, ton père nous a abandonné mais, ce n'est pas pour cela que tu dois abandonné, tu as réussi à remonter la pente, ne gâche pas ta vie à cause de ton père.
- J'ai l'impression de ne plus avoir de famille.
- Mais, je suis là moi...
- Depuis que papa est partis, tu n'es plus la même, tu t'es éloigné de moi comme si tu me reprochais son absence.
- Tu te trompes. Cela m'a aussi affecté, j'ai eu du mal à l'accepter mais, j'ai su me ressaisir et, tu n'y es pour rien pour ce qui est de ton père. Et, ce n'est pas parce qu'il t'a abandonné que je le ferai aussi. Crois-moi alors, reprends-toi et cesse de traîner avec ces jeunes, ils ne t'apporteront que du mal.
- Pourquoi devrais-je aller en cours ? Les gens comme moi ne réussissent pas dans la vie !
- Qui dit cela ?
- Tout le monde le dit. Je vois bien que dans ma classe, les bons élèves, ils ont des parents qui sont toujours là pour eux mais, je n'ai personne à part mes amis.
- D'abord, les bons élèves ne sont pas toujours ceux qui ont des parents car, ils ont d'autres problèmes que tu ignores peut-être. De plus, arrête de dire que tu n'as personne car, je suis là. Tu crois que parce que ces enfants vivent avec leurs parents, ils sont plus heureux que toi ? Il y a des parents qui vivent ensemble mais, ils ne supportent plus.
- En tout cas, ils forment toujours une famille. La mienne, je n'ai même pas eu le temps d'en profiter.
- Je suis désolée que cela t'empêche de continuer ta vie mais, sache que c'est à toi seul de changer les choses mais, il faut que tu le veuilles car cela ne se fera pas tout seul, il faut que tu te battes.
- J'en ai assez de me battre ! C'est ce que je fais depuis que j'ai huit ans, est ce que tu crois que c'est un âge pour ce genre de choses ? Papa est partis, la vie continue, c'est comme ça ? !
- La seule chose que je peux t'apporter c'est mon amour, je l'ai toujours fais et, je continuerai à le faire alors, je serai plus présente, j'essayerai de rentrer plus tôt du travail mais, en échange, je veux que tu me promette de ne plus traîner avec ces jeunes.
- Comment tu vas faire ? Tu n'arrives même pas à payer le loyer...Tu trouves ça normal que papa ne nous aide pas ? Il est partis sans rien dire, il m'écrit quatre ans plus tard et, il nous laisse nous débrouiller seuls, comme si nous avions les moyens de payer un pavillon nous-mêmes...
- On se débrouillera, ne t'en fais pas, Anthony.
- Et comment ?
- On trouvera une solution, je te le promets, si on est solidaires et, qu'on respecte notre promesse, on y arrivera mais, il faut que tu retournes en cours. C'est trop important pour que tu abandonnes maintenant car, tu risquerais de le regretter toute ta vie...
- D'accord, maman...

 

CHAPITRE IV

Anthony retourna en cours, comme sa mère le voulait, il voyait moins Jimmy et sa bande,. Sa mère avait aussi tenu sa promesse mais, elle ne pouvait plus payer le loyer car elle avait perdu son travail : l'entreprise où elle travaillait avait fermée. Alors, Anthony et sa mère durent déménagés dans un studio, c'était tout ce qu'ils pouvaient s'offrir avec le peu d'argent qu'ils leur restaient. Elle n'arrivait pas à trouver d'autres emplois mais, elle continuait à en chercher, elle n'abandonnerait pas. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle se serait peut-être laissée aller mais, pour Anthony elle devait trouver une solution. Il était sa force et, c'est peut-être ce qu'il manque à ceux qui se laissent aller et qui finissent dans la rue, ils ont sombré dans l'oubli, ils n'ont plus personne sur qui compter, personne ne se soucie d'eux alors pourquoi s'efforceraient-ils à vivre dans un monde qui ne veut plus d'eux ?
Anthony dormait dans la même pièce que sa mère, ils partageaient un grand lit, il avait tout juste la place pour travailler. Cette situation était difficile à vivre pour eux mais c'était mieux que de vivre dans la rue. En attendant qu'elle trouve un autre emploi, sa famille lui avait envoyé un peu d'argent, quelquefois, ils savaient être bons et se rappeler qu'Anthony et Jessica existaient. Jessica voyait de moins en moins sa famille car ils habitaient loin et, il y avaient eu quelques disputes entre eux. Elle n'aimait pas être dépendante des autres, en particulier de sa famille qui lui faisait constamment des reproches sur sa façon d'élever Anthony, comment auraient-ils pu faire face à la situation ? Elle avait besoin d'argent alors, elle avait oubli ces disputes et, elle avait accepté cet argent qu'elle espérait rembourser vite pour pas qu'ils n'aient l'occasion de lui faire d'autres reproches. Elle avait juste le nécessaire pour payer le loyer, nourrir et payer des vêtements à Anthony qui pour lui, la situation s'aggravait. Il essayait pourtant de faire de son mieux pour tenir sa promesse mais, au collège, des mauvaises langues se mirent à se moquer de lui lorsqu'elles remarquèrent qu'il portait souvent les mêmes habits. Il n'avait pas d'autre choix car sa mère ne pouvait pas toujours lui payer des affaires neuves, il devait faire avec ce qu'il avait mais, il n'appréciait pas qu'on se moque de lui. Et, bien sûr, les personnes vers qui il se tourna ne furent que Jimmy et sa bande, il recommença à traîner avec eux, pour avoir de nouveaux habits et que les autres ne se moquent plus de lui, ils lui apprirent à en voler ! A chaque fois qu'il rentrait chez lui, il enlevait ses nouveaux habits et, il remettait ses anciens pour ne pas qu'elle les remarque. Et puis, il commença à voler de plus en plus pour avoir de l'argent, il rackettait des enfants à la sortie de l'école. Sa mère ne s'en rendait pas compte, elle avait trouvé un emploi en tant que caissière dans un supermarché et, elle en était heureuse car, elle allait enfin pouvoir acheter des nouveaux habits à Anthony, si elle avait su ce que faisait Anthony, elle aurait été très déçue.
Un soir, pendant qu'Anthony s'apprêtait à voler un commerçant avec Jimmy et sa bande, la police les arrêtèrent. Jimmy et sa bande étaient connus de la police alors, ils furent envoyés chez le juge pour enfants une seconde fois. Quant à Anthony, il fut raccompagné chez sa mère étant donné que c'était son premier délit, le commerçant n'avait pas porté plainte contre eux, ils durent rendre ce qu'ils avaient volés. Lorsque la police le ramena chez lui, sa mère fut stupéfaite, au début, elle crut que quelque chose de grave lui était arrivé mais, lorsque la police lui dit ce qui s'était passé, elle ne pouvait pas y croire. Les policiers tentèrent de la réconforter en lui disant que beaucoup de parents étaient dans son cas mais, en quoi cela pouvait-il la réconforter ? Ce n'étaient pas des enfants des autres qu'il s'agissait mais du sien et, contrairement aux autres, elle l'élevait seule. Les policiers s'en allèrent et, Anthony rentra chez lui.

- Depuis quand tu t'es mis à voler ?
- Tu ne le sais pas ?
- Pourquoi ? Je fais tout pour m'occuper de toi et, tu ne trouves rien d 'autre à faire que de voler ? ! Nous avions une promesse, tu l'as oublié ?
- Non.
- Mais, pourquoi alors ?
- Parce que j'en ai marre que tout le monde se moque de moi car je ne porte que des vieux habits troués.
- Ce sont des habits qui t'ont forcés à voler ?
- C'est important, tu ne sais pas ce que c'est d'être rejeté.
- Tu sais bien que je n'ai pas assez d'argent, j'aurais ma paye à la fin du mois, tu aurais pu attendre que je t'en achète d'autre ou m'en parler.
- Et tu aurais fais quoi ? tu sais, ce qui nous différencie c'est que moi, je gagnes plus d'argent que toi et que je n'ai pas besoin de travailler pour !


Jessica le gifla tellement il l'avait mise en colère, elle était hors d'elle, elle ne savait plus quoi faire, au lieu de la soutenir, il la détruisait et, il ne se rendait même pas compte qu'il se détruisait lui-même. Sa mère n'arrêtait pas de crier, elle pleurait et, elle se demandait ce qu'elle avait bien pu faire que sa vie devienne un cauchemar, comme si cela ne suffisait pas qu'elle doive élever Anthony toute seule. Elle était désespérée, elle était assise sur une chaise de la cuisine, elle ne parlait plus comme si la situation était devenue si grave qu'il n'y avait rien à dire. Anthony tenta de la réconforter, il avait l'impression de se revoir lorsqu'il avait huit ans et, qu'il veillait sur sa mère même si cette fois, c'était lui qui lui avait fais du mal.

- Maman, écoute, je ne recommencerai plus, je te le promets.
- Comment pourrais-je te croire ? Tu n'as cessé de me mentir, tu n'as pas tenu ta promesse. Il va falloir que tu te rattrapes pour que tu retrouves ma confiance. A partir d'aujourd'hui, je te mets à l'épreuve.
- Qu'est ce que je dois faire ?
- Tu connais déjà la réponse. Si tu as su t'en sortir une fois, tu peux le refaire, il suffit que tu le veuilles au plus profond de toi et, que tu t'en donnes les moyens. N'oublies pas que ce n'est pas ce que les autres pensent de toi qui détermine ce que tu es, c'est toi qui choisit ta façon d'être et de mener ta vie. Peu importe si nous n'avons pas d'argent, l'important est que nous ayons un toit au-dessus de nos têtes, de quoi manger et des habits et, même s'ils sont troués, ils te sont utiles. Je t'avais dis qu'on se débrouillerait et, on y arrivera alors maintenant, il faut savoir ce que tu comptes faire. Vas-tu continuer à gâcher ta vie ou vas-tu essayer de l'améliorer ?

Jessica se leva et elle partit se coucher, elle voulait laisser Anthony seul pour qu'il réfléchisse, elle espérait qu'il prenne la bonne décision. Elle ne voulait pas le punir car cela ne lui aurait pas servit, elle voulait qu'il trouve lui même la solution et, lui donner une chance car jusqu'à présent, personne ne l'avait encore fais. Elle pouvait se tromper en ne le punissant pas, mais elle devait le faire car c'était quand même son fils...Et, ce qu'il lui arrivait n'était pas de sa faute, il n'avait pas choisi d'être rejeté, il s'était malheureusement encore une fois égaré de son chemin et, le punir l'aurait sans doute éloigner d'elle car, il aurait pu se sentir rejeté par sa mère alors, c'est pourquoi elle avait décidé de lui faire confiance...

 

CHAPITRE V

Quatre années passèrent, Jessica n'avait toujours pas trouvé d'autres emplois, elle ne gagnait pas assez d'argent mais, elle avait préféré garder cet emploi plutôt que de ne pas en avoir car sinon, Anthony et elle se seraient retrouvés à la rue et, elle ne voulait pas qu'Anthony connaisse cette vie. Elle avait déjà du mal à s'en occuper seule alors elle ne voulait pas que les choses s'aggravent.
Anthony avait changé, il avait su regagner la confiance de sa mère, il lui avait montré qu'il avait mûrit et qu'il savait corriger ses erreurs, il avait repris les cours. Tout ce qu'il leur manquait était un nouvel endroit où ils pourraient vivre car partager la même pièce que sa mère lorsque nous avons seize ans, ce n'est pas évident, Jessica avait au moins pu acheter deux petits lits pour qu'ils ne dorment plus dans le même. Mais, Anthony ne lui en voulait pas, il savait que sa mère faisait de son mieux pour lui rendre la vie agréable, elle essayait de renouveler ses habits de temps en temps et, il apprenait à en prendre soin pour qu'ils durent plus. A l'inverse, ses amis (qui n'étaient plus Jimmy et sa bande) avaient de nouveaux habits presque tous les mois, ils n'y faisaient pas autant attention qu'Anthony, à croire que seuls ceux qui ont le peu de choses sachent vraiment apprécier leurs valeurs.
Anthony avait eu son brevet et, il était entré au lycée Descartes, cela le changeait du collège, il se sentait prêt à rencontrer de nouvelles personnes et à apprendre encore plus. Il n'avait pas vraiment gardé de contact avec ses amis du collège, à vrai dire, sa période des " habits trouées " l'avaient beaucoup marqué et, pour lui, il n'y avait aucune raison qu'il sympathise avec eux si le simple fait de porter des habits différents les dérangeait. Néanmoins, il était redevenu ami avec Peter qui était toujours resté son meilleur ami, même si leur amitié avait connue des mauvais jours, Peter était dans la même classe qu'Anthony, ce qui les rapprocha à nouveau. Anthony avait coupé ses cheveux, cela était fini la période où sa mère décidait de la façon dont il devait se coiffer mais, elle n'aimait pas trop le voir avec si peu de cheveux, c'est à peine s'il lui en restait assez pour couvrir sa tête. Quant à Peter, il était toujours aussi grand, il ne passait jamais inaperçu. Ils avaient tous les deux pris plus d'assurance en eux, leurs professeurs avaient l'air compétent, ils étaient sympathiques, ce qui leur donnaient l'envie d'apprendre et de progresser. Anthony voulait que sa mère soit fière de lui, il voulait la remercier d'avoir toujours été là pour lui et, c'est pour cela qu'il s'invertissait vraiment dans son travail. Et, elle fut comblée lorsqu'il lui annonça la bonne nouvelle. Ce soir-là, il l'avait prévenu qu'il rentrerait tard car il avait quelque chose à faire en quittant le lycée, il lui avait dis qu'il devait faire des courses mais, lorsqu'il rentra, il n'avait rien acheté, ce qui la surprit.

- Tu n'avais pas dis que tu avais des courses à faire ?
- Euh, il n'y avait pas ce que je voulais.
- Mais, alors pourquoi rentres-tu si tard ?
- J'ai une bonne nouvelle à t'annoncer.
- Laquelle ?

Anthony avait l'air tout excité à l'idée de lui annoncer cette nouvelle.

- Nous allons bientôt pouvoir déménagés, maman !
- Comment ça ? Tu sais bien que nous n'avons pas assez d'argent.
- Ce n'est pas grave, nous allons pouvoir nous en sortir, j'ai trouvé un emploi à mi-temps dans un fast food, c'est pas ce qu'il y a de mieux mais, cela pourrait nous aider. Tu avais raison, maman, nous avons trouvé une solution !
- Est ce que tu le veux vraiment ? Comment tu vas t'en sortir avec tes cours ?
- Je me débrouillerai, ne t'inquiète pas, j'ai déjà tout prévu. Je suis sûr qu'avec nos deux payes, au bout de quelques mois, nous aurons réunis le maximum d'argent pour vivre dans un appartement. Je sais que je n'aurais plus de temps libre mais, maman, si cela peut nous permettre de vivre dans un endroit meilleur, je suis prêt à faire ce sacrifice.
- Si tu savais à tel point je suis fière de toi, Anthony, tu as grandi si vite que j'ai l'impression de ne pas en avoir profité. J'ai cru que cela serait trop dur de t'élever sans père mais, je me suis trompée, j'y suis arrivée...
- Car, tu es restée, tu ne m'as pas abandonné, j'ai été dur avec toi mais, tu ne m'as pas rejeté. Jimmy n'a pas cette chance d'avoir des parents qui s'occupent de lui comme tu le fais avec moi et, je pense que c'est pour ça qu'il est comme ça, au fond, je ne pense pas qu'il soit si méchant...
- Alors, tu peux peut-être l'aider.
- Tu crois qu'il est capable de retrouver son chemin ?
- Je crois que c'est à lui de décider, tout ce que tu peux faire c'est le lui montrer et, s'il refuse de le prendre, tu auras au moins essayer, donne lui une chance.
- J'espère simplement qu'il la prendra. Il vient d'avoir dix-huit ans, tu crois qu'il acceptera les conseils d'un jeune de seize ans ?
- Tant que tu n'aurais pas essayer, tu n'en sauras rien...


Anthony se mit à réfléchir à la façon dont il pourrait aborder Jimmy et tenter de l'aider, cela aurait été plus facile si c'était Jimmy qui lui avait demandé de l'aide, là, il devait aider quelqu'un qui refusait d'accepter ses problèmes. Toute la nuit, il y pensa et, le lendemain, il trouva une façon qui lui semblait convainquante. Après les cours, il décida de parler à Jimmy, il était toujours avec sa bande qui ne ratait jamais une occasion de provoquer les autres par plaisir. Anthony s'approcha de lui, il hésitait à lui parler ouvertement, il craignait que Jimmy ne fasse le malin car il était avec ses amis.

- Jimmy, je peux te parler ?
- Tiens, Anthony, un revenant, qu'est ce qui me vaut le plaisir ?
- J'aimerai te parler en privé.
- Je n'ai pas que ça à faire, peut-être que tes amis agissent comme ça mais, moi j'ai rien de privé à partager avec toi. Et puis, je croyais que tu étais trop bien pour traîner avec un gars comme moi.
- Tu sais bien que c'est faux.
- Alors, pourquoi tu fais comme si tu ne m'avais jamais connu ?
- J'ai simplement pris un autre chemin que le tien.
- Ces jeunes t'ont rendus fou, c'est comme ça que tu parles maintenant ? Tu devrais aller voir ailleurs, je crois que c'est mieux pour toi, au revoir, Anthony.

Jimmy s'en alla, Anthony n'avait même pas pu tenter de l'aider, il ne désespérait pas, il voulait arrivé à ses fins. Alors, il profita de chaque occasion qu'il avait pour lui parler mais, Jimmy ne l'écoutait jamais, sous prétexte qu'il était trop occupé pour ça. Anthony ne savait plus quoi faire, il ne lui restait qu'une seule solution, il décida de se comporter comme Jimmy pour tester sa réaction. Après son travail, il partit dans un quartier où Jimmy et sa bande allaient souvent, ce n'était pas un endroit fréquentable, beaucoup de jeunes s'y faisaient prendre leur argent. Jimmy et sa bande s'en prenaient déjà à des enfants lorsqu'Anthony arriva, il s'approcha d'eux et, il bouscula l'un des enfants, il l'attrapa par son manteau et, il lui ordonna de lui donner son argent. L'enfant était effrayé, il espérait pouvoir remonter dans le temps et prendre un autre chemin ou que ses parents accourent à son secours. Jimmy fut surpris par son attitude, il intervint entre Anthony et l'enfant qui se demandait ce qu'il allait devenir.

- Mais, qu'est ce que tu fais là ? Rentre chez toi ! Retourne avec tes amis, tu n'as rien à faire ici !
- Pourquoi ? Si toi, tu es à ta place, j'y suis aussi !
- Qu'est ce que tu racontes ?
- J'aime ce que tu fais, j'ai envie d'être comme toi, pourquoi je pourrais pas ? C'est toi qui va m'en empêcher ?
- Arrêtes tes conneries ! Tu n'es pas comme moi et, tu ne le seras jamais, tu aurais pu l'être si...
- Si je n'avais pas changé !
- Mais, qu'est ce que tu attends de moi ?
- Que tu arrêtes de faire ce genre de choses !

Anthony tenait toujours l'enfant qui était toujours aussi effrayé pendant qu'ils parlaient. Il craignait qu'Anthony et Jimmy ne lui volent ses affaires.

- Tu crois que c'est un gamin de seize ans qui va me faire la morale ?
- J'essaie simplement de t'aider.
- Qui te dit que j'en ai besoin ?
- Je ne sais pas, tout ce que je sais c'est que moi, ma mère m'a aidé et j'ai su m'en sortir.
- Tant mieux pour toi ! J'ai pas envie de changer, je suis très bien comme je suis.
- Parce que ça te plaît de passer ton temps dans les rues à racketter des jeunes ? C'est à peine si tu vas régulièrement en cours....
- Ecoute, ce ne sont pas tes affaires alors va t en et laisse ce gamin tranquille.

Anthony lâcha l'enfant qui fut content mais, il se demandait ce que Jimmy allait faire de lui, Anthony s'en alla. Lorsqu'il se retourna, il vit Jimmy laisser partir l'enfant, Anthony fut surpris par son attitude, il espérait que cela marquait le début d'un changement. Ce n'est pas facile de changer lorsque nous sommes habitué à être d'une certaine façon, les gens gardent en eux la même image mais, il ne voit pas ce qui se cache réellement en nous.
Anthony rentra chez lui, il espérait que Jimmy penserait à ce qu'il lui avait dis. Quelques heures plus tard, Jimmy sonna à la porte d'Anthony, sa mère lui ouvrit et, alla prévenir Anthony.

- Qu'est ce que tu fais là ?
- Pourquoi tu as agis comme ça tout à l'heure ?
- Je te l'ai dis.
- Crois-tu vraiment que je peux changer ?
- Pourquoi pas ?
- Tu n'es pas comme moi, tu ne peux pas comprendre.
- Nous avons quand même traîné ensemble, tu m'as appris à voler...
- Quel exploit ! Ecoute, je ne sais pas où j'en suis. Mes parents n'arrêtent pas de répéter que je dois travailler mieux à l'école car sinon, ils me mettront à la porte, je ne sais pas s'ils disent ça pour me faire peur mais, je n'ai pas envie de me retrouver à la porte de chez moi.
- Ils ont peut-être simplement marre de te voir gâcher ta vie. Si tu veux, je peux t'aider en cours, je peux essayer.
- Ce n'est pas comme ça que je changerai.
- Cela te permettra juste d'avoir un toit où dormir et d'avoir une chance de faire quelque chose de ta vie. Ces choses que tu fais, ça te regarde, ce qui compte c'est que tu ne les fasses pas toute ta vie car à la fin, tu verras que tu seras seul car tes amis auront sans doute pris un autre chemin.
- Pourquoi tu m'aiderais ? C'est vrai, je t'ai influencé à faire ces conneries, faudrait vraiment être bête pour vouloir aider quelqu'un comme moi.
- C'est vrai, faudrait être bête mais, quand j'avais besoin d'aide, j'en ai trouvé et, toi tu n'as personne alors, si personne n'est prêt à t'aider, moi, je le suis.
- Alors, je veux bien, ça risque d'être dur, pas vrai ?
- On y arrivera.
- Au fait, c'est vrai ce qu'on raconte ? Tu dors dans la même chambre que ta mère ?
- On est dans un studio, il n'y a pas de chambres...
- Cela doit être dur ?
- Au début oui, mais on s'y fait. Et, puis, avec l'argent que je vais gagner, on pourra louer un appartement, encore quatre mois et on aura le compte.
- Vous comptez aller où ?
- On ne sait pas encore, là où c'est le moins mais confortable.
- Eh bien, bonne chance et merci de me proposer ton aide...
- De rien, je sui là pour ça.

Jimmy rentra chez lui, Anthony était content de sa visite, il était fier de lui et, il espérait que son aide lui serait bénéfique. Il trouverait un peu de temps entre ses heures de libres et son travail pour aider Jimmy dans ses devoirs. Pour une fois, il se sentait utile car il pouvait aider quelqu'un, en plus, cette personne était plus grande que lui. Les jours suivants, Anthony et Jimmy se retrouvèrent deux fois par semaine pour travailler, les débuts furent difficiles car Jimmy avait beaucoup de mal à se concentrer et à comprendre certaines choses mais, Anthony savait être patient, il se doutait bien que Jimmy ne ferait pas de progrès en une seule journée. Au lycée, Jimmy passait toujours son temps avec sa bande mais, sa discussion avec Anthony l'avait fais prendre conscience du fait qu'il ne voulait pas finir mal, il voulait être quelqu'un dont les gens se souviendraient, et pas comme une mauvaise fréquentation. C'est pourquoi il commença à s'invertir de plus en plus dans son travail, il décommandait même parfois des rendez-vous avec ses amis pour travailler avec Anthony car il savait qu'il devait changer d'attitude, ses parents l'avaient déjà menacés de le mettre à la porte, il ne pouvait plus continuer comme ça et, heureusement pour lui, Anthony était là pour l'aider...

 

CHAPITRE VI

Au bout de six mois, Anthony avait réunit assez d'argent pour qu'avec celui de sa mère, ils puissent louer un appartement. Ils avaient déjà trouvés l'endroit idéal pour eux qui se situaient pas très loin de chez eux, mais dans un autre quartier, proche de celui où ils vivaient à l'époque. L'appartement donnait la vue sur le parc, lorsqu'Anthony eut sa paye, ils partirent signer les papiers, on leur remit les clés et, ils allèrent dans leur nouvel appartement. Pour la première fois depuis qu'ils avaient quittés le pavillon, Anthony allait avoir sa chambre, il était heureux rien qu'à l'idée de s'imaginer dedans. Il avait demandé à Peter et Jimmy de les aider à déménager. Michèle était venue aussi avec son fils pour les aider, il avait donné à Anthony un vieux lit qui convenait très bien à Anthony jusqu'à ce qu'il ait les moyens de s'en acheter un autre. Ils installèrent quelques meubles, ils sortirent des cartons les affaires dont ils avaient besoin et, ils laissèrent le reste dans les cartons, ils étaient trop épuisés pour continuer à tout ranger. Ils commandèrent des pizzas pour ne pas avoir à faire à manger, ils étaient enfin assis dans un salon où ils pouvaient manger, leur bonheur pouvait se voir sur leurs visages, ils n'avaient même pas besoin de parler pour l'exprimer. Lorsqu'ils finirent de manger, Michèle, son fils, Peter et Jimmy rentrèrent chez eux, quant à Anthony et sa mère, ils se couchèrent directement. Bien qu'Anthony était content d'avoir sa chambre, cela lui faisait bizarre de ne plus dormir avec sa mère car, il avait pris l'habitude et, il y avait comme un vide dans sa chambre et, sa mère s'en rendit compte.

- Tu sais, Anthony, tu peux toujours venir dans ma chambre si tu en as envie.
- Je le sais, maman mais, j'ai attendu si longtemps avant d'avoir ma chambre que je ne raterai pas l'occasion d'y dormir même si ça fait un peu bizarre, je m'y habituerai. L'important c'est que nous y sommes enfin arrivés.
- Sans toi, nous vivrons toujours dans ce studio misérable.
- C'est parce que tu as toujours été là pour moi, rien de tout ça ne serait arrivé si papa ne nous avait pas abandonné mais, nous nous en sommes sortis sans lui, finalement, nous n'avons pas besoin de lui...Je vais me coucher, à demain, passe une bonne nuit.
- Toi aussi.

Jessica était triste de savoir l'opinion qu'Anthony avait de se son père, bien sûr, elle la partageait mais elle aurait tant aimé pouvoir lui offrir une vraie famille ou au moins, que son père garde le contact avec lui. Il l'avait laissé tombé comme on se débarrasse des objets dont on ne sert plus. Elle n'avait pas réussi à avoir d'autres hommes dans sa vie car beaucoup d'entre eux étaient déçus lorsqu'ils apprenaient qu'elle avait déjà un fils de seize ans. Anthony, lui, avait eu quelques petites amies mais il n'avait jamais vraiment eu de relations durables, pas parce qu'à son âge, c'est parfois rare mais parce que la perte de son père l'avait si affectée qu'il ne voulait plus s'attacher aux autres, à part sa mère et ses amis fidèles en qui il avait entièrement confiance. Anthony était fier de lui car l'aide qu'il apportait à Jimmy lui était bénéfique : il arrivait mieux à suivre les cours, il s'entendait même plus avec ses parents, il n'avait rien d'un élève brillant ou d'un fils modèle, il était simplement lui-même et, il arrivait à s'en sortir.
Anthony était allongé sur son lit, il regardait sa chambre de tous les côtés, sur son bureau, sa mère avait déposé l'album photo de famille, elle l'y avait mis car elle voulait qu'il garde des souvenirs de son père car elle savait qu'un jour, il le regretterait s'il n'en avait plus aucun. Cela faisait un moment qu'Anthony n'avait pas regardé cet album, il en voulait énormément à son père, cet album lui rappelait trop de mauvais souvenirs et, malheureusement, il était incapable de les oublier car, ils faisaient partis de lui. Anthony n'en avait pas voulu à sa mère d'avoir déposé dans sa chambre l'album, il savait qu'elle s'inquiétait pour lui et que son attitude était normale. Il eut du mal à dormir ce soir-là, il se sentait perdu dans cette chambre dont il avait tant rêvé. Il l'avait fini par l'avoir et, il était d'autant plus fier d'y avoir contribué. Bien que c'était difficile pour lui de travailler dans un fast food et de s'investir dans son travail en même temps, il avait su s'organiser. Vivre seul avec sa mère n'avait pas été évident pour lui au début car, elle pleurait souvent mais, ils avaient su s'entraider, ils étaient proches et, ils se comprenaient. Jessica espérait qu'elle serait toujours aussi proche d'Anthony car elle craignait qu'un jour lorsqu'il aurait sa propre vie, il ne l'oublie et qu'il n'ait plus de temps à lui accorder. Elle s'en voulait parfois de ne pas avoir refais sa vie car elle sentait parfois qu'Anthony avait besoin d'un homme dans sa vie, bien que cet homme ne pourrait jamais remplacer son père et, bien qu'Anthony aurait désiré avoir un autre père que celui qu'il avait. Elle voulait profiter de chaque moment qu'elle pouvait passer avec Anthony car le temps était passé vite ces dernières années alors, elle se fixait sur les moments présents plutôt que sur l'avenir. Ce qui comptait vraiment pour elle c'est Anthony soit heureux et, cela lui faisait plaisir de voir à tel point il se plaisait dans leur nouvel appartement. Si elle ne pouvait pas lui donner un père ou le remplacer, rien ne pouvait lui empêcher de jouer son rôle de mère.
Ce qui plaisait le plus à Anthony dans leur nouvel appartement était de pouvoir enfin inviter ses amis dans sa chambre, être tranquille lorsqu'il avait besoin d'être seul. Il n'avait plus trop d'argent pour ses loisirs mais, il ne manquait de rien, il avait sa mère et ses amis, elle lui avait toujours appris à vivre avec ce qui leur était nécessaire et puis, avec tout ce qui leur était arrivé, ils n'avaient pas eu le choix. Lorsqu'ils payaient le loyer et, qu'il restait un peu d'argent à Anthony, il s'achetait ce dont il avait besoin pour que sa mère ait aussi un peu d'argent pour elle. Car, elle s'était beaucoup sacrifiée pour lui, quelquefois, il s'en voulait car il pensait que c'était de sa faute si elle n'avait pas refais sa vie. Il pensait aussi que si son père ne lui avait pas donné de nouvelles et, s'il l'avait rejeté, c'était parce qu'il ne l'aimait pas et lorsqu'on lui demandait à chaque début d'année, de remplir des fiches d'informations, il écrivait " père inconnu ". Il ne voulait plus rien savoir de son père, pour lui, il ne faisait plus partis de sa vie, après tout, c'était lui qui l'avait abandonné. Il ne l'avait même pas appelé pour ses anniversaires, ni même pour Noël, il ne l'avait même pas envoyé de cartes postales.
En grandissant, Anthony avait intériorisé sa peine, il voulait aller de l'avant mais surtout, il ne voulait pas qu'on le plaigne. Les nouveaux amis qu'il se faisait n'étaient pas au courant de son passé et, il ne voulait pas qu'ils le soient, tout ce qu'ils devaient savoir c'est que son père était partis pour une nouvelle vie dont il n'avait pas voulu qu'Anthony fasse partis...

 

CHAPITRE VII

Nous étions au mois d'août, Anthony, Peter et Jimmy avaient eu leurs bacs, ils allaient avoir dix huit ans à la fin de l'année. Jimmy avait laissé un moment de côtés sa bande d'amis pour réviser avec Anthony et Peter. Passer tout ce temps avec eux lui avaient permis de mieux se connaître et, il avait acquis de nouvelles valeurs, il savait qu'il ne voulait rester dans la même situation toute sa vie, c'était pourquoi il avait tant travaillé, ses parents étaient fiers de lui, comme ceux d'Anthony et de Peter, ils avaient fêtés leurs réussites ensemble dans un restaurant. Jimmy était le seul de ses amis a avoir eu son bac, il n'y croyait pas, il était le seul à avoir réussi car il avait fournis les efforts nécessaire et, cela lui donnait confiance en l'avenir. Il avait même décidé de travailler pendant l'été, Anthony et Peter partirent en vacances dans le Sud avec sa mère afin de profiter du peu de congés qu'ils pouvaient avoir. Cela faisait plusieurs années qu'ils n'étaient pas partis et, ils avaient bien mérités leur semaine au soleil. Anthony ne savait pas si son père vivait dans le Sud car il n'avait plus eu de nouvelles mais, il avait insisté pour aller dans le Sud car, ce n'était pas son père qui allait gâcher ses vacances, il avait déjà fais assez de dégâts en gâchant sa vie.
Ils prirent le train en direction du Sud, là où ils avaient loué un appartement qui était assez petit mais, c'était suffisant pour qu'ils y passent la semaine. Peter et Anthony dormaient dans la même chambre, dans des lits superposés. Dès leur arrivée, ils s'empressèrent de ranger leurs affaires et, ils allèrent se baigner. C'était comme s'ils éprouvaient à nouveau cette sensation de liberté que nous éprouvons lorsque nous nous sentons vraiment bien. C'était la première fois qu'Anthony partait sans son père mais, cela n'avait aucune importance, il était là pour passer du bon temps et, il comptait bien le faire. Il faisait chaud pendant cette période, l'eau était si bonne qu'ils ne voulaient pas en sortir. C'est ainsi que se déroulèrent leurs vacances, ils passaient de bons moments, ils se baladaient et, ils allaient chaque jour, à la plage, que pouvaient-ils demandé de plus ?
Mais, des vacances comme celles-là passent bien évidemment trop vite, sans que nous prenions le temps d'en profiter pleinement. Parfois, il arrive que le bonheur que nous vivons soit perturbé par quelque chose d'inattendu. Peter et Anthony était comme d'habitude sur la plage lorsque le regard d'Anthony fut troublé par ce qu'il aurait qualifié au début, d'une vision. Car, ce qui croyait voir ne pouvait pas être vrai.

- Qu'est ce que tu regardes ? lui demanda Peter.
- Tu vois cet homme qui joue avec ses enfants ?
- Oui, ils ont l'air de bien s'amuser, cela me rappelle la fois où j'ai fais un concours de château de sable mais, cela ne m'explique pas pourquoi tu les regardes comme ça.
- Cet homme, c'est mon père.
- Ton père ? Parce que tu as des frères et soeurs ?
- Comment peux-tu être aussi stupide !
- Excuse-moi mais, j'ai été un moment troublé mais, comment peux-tu être sûr que c'est bien ton père ? Tu ne l'as pas revu depuis que tu as huit ans, il a dû changé.
- Je ne pourrai jamais oublié son visage, c'est quand même mon père, du moins, en apparence.
- Tu ne veux pas aller le voir ?
- A quoi beau ? Il m'a abandonné...maintenant, je sais pourquoi il n'a pas chercher à me revoir, il est bien trop occupé avec ses enfants pour s'occuper de moi.

Anthony se leva puis, il partit, il ne restait plus que deux jours à passer ici mais, ses vacances étaient déjà gâchées, sa mère l'avait prévenu qu'il risquerait de voir son père s'il allait dans le Sud, il avait insisté en pensant qu'il ne serait sûrement pas au même endroit que lui. Peter le suivit de loin car il se doudait qu'il préférait rester seul. Ils entrèrent dans l'appartement où Jessica nettoyait la maison, Anthony entra directement dans sa chambre sans dire un mot dans sa chambre.

- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Euh...
- Dis-moi, il ne va pas bien ?
- Il a vu son père...
- Ici ?
- Oui, il était sur la plage avec ses enfants.
- Ses enfants ? !

Jessica alla dans la chambre d'Anthony pour essayer de le consoler, elle s'assit à côté de lui et, elle tenta le dialogue.

- Ecoute, je sais ce que tu peux ressentir.
- J'aurais dû t'écouter, nous n'aurions jamais dû venir ici...
- Tu ne pouvais pas savoir.
- Mais, toi, tu le savais mais, j'ai voulu insisté.
- C'était un hasard...
- Je n'arrive pas à croire qu'il a pu m'oublier et avoir d'autres enfants.
- Il ne se rend pas compte.
- Comment ? Pourquoi ? Il ne m'a jamais aimé sinon, il ne m'aurait pas abandonné. Je sais que tu essaies de me réconforter mais je n'ai plus huit ans, je sais la vérité, je préfère que tu me laisses tranquille un moment, s'il te plaît, maman.
Jessica le laissa, elle était furieuse de voir son fils si triste, il était quand même venu ici pour passer du bon temps, pas pour se rappeler de la peine que son père lui avait faite. Elle partit aussitôt à la plage pour parler à son père. Il n'avait pas beaucoup changé, il avait toujours ses cheveux courts, il n'avait pas bien grandi, d'après ses souvenirs. Il était avec ses enfants, il avait un fils qui devait avoir deux ans de moins qu'Anthony, il était brun aux yeux marrons et, une fille qui devait avoir six ans qui avait de longs cheveux blonds et yeux verts. Elle les regardait tout s'approchant d'eux comme une furie, pendant un instant, elle s'était imaginée qu'ils auraient pu être ses enfants.

- Ecoute, il faut qu'on parle !
- Jessica ? Mais, que fais-tu là ?
- Je dois te parler, viens avec moi !
- Papa, qui c'est ? lui demanda sa fille.
- Ce n'est rien, Elsa, reste avec ton frère, je n'en ai pas pour longtemps.

Ils s'éloignèrent des enfants pour discuter, ils rejoignirent leur mère qui se demandait à qui son mari pouvait bien parler.

- J'ai accepté que tu partes de la maison, que tu refasses ta vie mais, que tu fasses souffrir notre fils, je ne l'accepte pas. Il vous a vu, depuis qu'il a huit ans, il n'a cessé d'espérer que tu reviennes dans sa vie et, tu l'as rejeté, pourquoi ?
- Je voulais refaire ma vie.
- Qu'est ce qui t'empêchait de l'avoir dans ta vie ? C'est ton fils ! Tu l'as oublié ? !
- Non.
- Et, l'avenir de ton fils ne t'a jamais inquiété ? Il a traversé de dures épreuves à cause de toi, il a traîné avec des délinquants, je ne savais plus quoi faire.
- En quoi est-ce de ma faute ?
- Il avait besoin d'un père et, tu n'étais pas ! Tu as fuis tes responsabilités !
- Je suis sûre que tu as su lui trouver un père parfait.
- Détrompes-toi, je n'ai pas refais ma vie et, cela n'aurait rien changé, tu es son père ! Il n'arrêtait pas de dire depuis quelques temps qu'il n'avait plus besoin de toi, maintenant, je comprends pourquoi. Il a réussi à s'en sortir, il a un travail, il m'aide à payer le loyer, il aide les autres, ton fils est devenu quelqu'un de bien et, tu n'y es pour rien ! Sois heureux avec ta nouvelle famille !

Elle rentra à l'appartement, elle haïssait Thomas, comment pouvait-il être aussi égoïste envers son fils ? Elle se demandait s'il agirait ainsi si son couple ne marchait plus. Thomas expliqua à sa femme ce qui s'était passé, il lui avait déjà parlé d'elle et d'Anthony, elle avait tenté de lui faire comprendre qu'il ne devait pas agir ainsi avec son fils mais, il en avait toujours fais qu'à sa tête.
Les deux derniers jours n'étaient plus comme les premiers, Anthony ne voulait plus sortir, il n'avait qu'un seul désir, celui de rentrer chez lui. Pour lui, il était clair que son père l'avait remplacé par d'autres enfants mais, il n'arrivait pas à comprendre son attitude, rien ne pouvait l'expliquer, il refusait de lui parler car, il ne pouvait pas lui pardonner tout le mal qu'il lui avait fais. Ils repartirent chez eux un samedi matin, personne ne parla de la rencontre d'Anthony et de son père, ni de l'intervention de sa mère. Peter rentra chez lui, Anthony et sa mère firent de même et, ils reprirent le cours normal de leur vie. Peter et Anthony avaient encore un mois et demi de vacances avant d'entrer à l'université mais, Anthony ne comptait pas profiter de ses vacances et puis, il devait bientôt reprendre le travail. Il voyait les choses différemment, le fait d'avoir vu son père l'avait perturbé, il était mal dans sa peau, il n'aurait pensé que son père ait pu avoir d'autres enfants, il ne voulait voir personne, il passait ses journées enfermées dans sa chambre, il ne sortait que pour aller à son travail. Peter et Jimmy insistaient à chaque fois pour qu'il sorte mais, il refusait toujours. Il avait enlevé de sa chambre l'album de famille, il l'avait regardé tant de fois en repensant aux bons moments qu'il avait vécu mais, à quoi cela pourrait-il bien lui servir à présent ? Il n'avait plus de père, il n'en avait jamais eu, c'était la conclusion à laquelle il était venu, de retour de vacances...

 

CHAPITRE VIII

Il restait deux semaines avant la rentrée, Anthony s'était enfin décidé à sortir de chez lui, Peter et Jimmy avaient trop insisté pour qu'il refuse éternellement. Néanmoins, il gardait toujours une certaine distance avec ses amis et sa mère car, il avait besoin de se retrouver seul pour découvrir qui il était. Il passait souvent des moments au bord du lac, il y allait seul et, il aimait y aller la nuit car, il y a beaucoup de moins de monde dans les rues, ce qui leur permettait d'être tranquille. Quelquefois, Jessica le rejoignait pour lui tenir compagnie, elle ne pouvait pas faire grand chose pour lui, elle pouvait juste être présente puisqu'elle ne pouvait pas lui apporter ce qu'il manquait. Il ne voulait pas parler de son père, Jessica voulait l'appeler pour qu'ils discutent calmement mais, elle préférait qu'Anthony décide de lui-même de lui parler. Sa mère était furieuse contre son père mais, elle savait qu'il devait donner une explication à Anthony et, malgré toute la colère qui étaient en elle, elle savait qu'Anthony avait besoin de son père. C'est lorsqu'elle avait vu Thomas avec sa nouvelle famille qu'elle l'avait compris, elle ne lui pourrait jamais lui apporter cela, elle devait le protéger mais, en même temps, elle ne pouvait pas le séparer de son père et, elle devait pas laisser son fils haïr son père sans savoir ce qu'il l'avait vraiment poussé à l'abandonner. Car, en les voyant, elle se demandait comment réagirait Anthony dans plusieurs années avec ses enfants, comment pourrait-il les élever si lui-même n'avait pas eu de père dans sa vie ? Et, ce qu'elle craignait le plus, c'est qu'Anthony refuse de fonder une famille de peur de faire les mêmes erreurs que son père, ou même, qu'un jour, il ait besoin de parler à son père mais, qu'il soit trop tard.
Le plus dur pour Anthony était d'accepter qu'il avait eu d'autres enfants mais, il se doutait bien que son père avait refais sa vie mais, il ne pensait pas que cela aurait pu arrivé. Ils n'y étaient pour rien, ils n'avaient pas choisi de naître mais, le simple fait de connaître leur existence le rendait à la fois furieux et malheureux. Anthony se demandait si son père leur avait parler de lui, il se pouvait qu'ils ignorent son existence. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi son père l'avait rejeté de sa vie et, seul son père avait la réponse à cette question. C'est pourquoi, au fond de lui, il avait besoin de parler à son père, il avait beau lui en vouloir mais, il voulait savoir, il devait savoir car, ce n'était pas comme s'il était tombé sur un simple ami pendant ces vacances, c'était son père qu'il avait vu et, pendant toutes ces années, il avait espéré ce moment alors devait-il laisser passer sa chance de dire à son père tout ce qu'il avait sur le coeur ou devait-il la prendre ?
Un soir, pendant qu'Anthony rentrait du travail, il rencontra son père sur le chemin. Il ne l'avait pas remarqué, il avait dû attendre qu'il quitte son travail et le suivre. Son père s'approcha de lui, leurs yeux se croisèrent, Anthony eut un choc et, il s'arrêta brusquement.

- Qu'est ce que tu fais là ? !
- Je suis venu te parler.
- Je ne veux pas te parler alors retourne voir ta famille que tu aimes tant.
- Tu en fais partis.
- Ah oui ? Alors, pourquoi m'as-tu abandonné ? Pourquoi ne m'as-tu rien dis quand tu m'as vu à la plage ?
- Ecoute-moi, t'abandonner a été la plus grande erreur de ma vie. Je l'ai comprise quand je t'ai vu. Je m'étais disputée avec ta mère, je suis partis chercher un endroit où vivre mais, je n'avais pas assez d'argent, des amis m'ont accueillis chez eux pendant plusieurs mois. Après, j'ai rencontré Anne que tu as vu avec mes enfants, en les voyant, j'ai eu envie de te revoir mais, j'avais peur que tu me rejettes. Si je t'avais envoyé cette lettre c'est parce que je ne m'aimais plus assez pour aimer les autres, je pensais ne rien pouvoir t'apporter de bien. Alors, j'ai refais ma vie, je pensais ne plus souffrir mais, tout a changé lorsque je t'ai vu. Je me suis rendue compte que tu avais changé et que je n'avais pas été là pour te voir grandir. Tout ce que je souhaite, c'est qu'un jour, tu me puisses me pardonner et, me laisser une place dans ta vie.
- Tu crois qu'il suffit que tu me donnes des excuses pour que je te pardonne ? J'ai passé les dix dernières années de ma vie à me demander ce que j'avais fais pour que tu me laisses. J'ai espéré chaque jour que tu reviennes, j'ai veillé maman lorsqu'elle pleurait car tu n'étais pas là mais, quand je t'ai vu avec ta femme et tes enfants, j'ai compris que tu m'avais effacé de ta vie. Alors, je n'ai aucune envie de discuter avec toi, tu ferais mieux de partir...
- Je te comprends. Nous avons emménagé à deux rues de chez toi, tu es le bienvenue lorsque tu seras prêt.
- Pourquoi vous avez quitté le Sud ?
- C'est Anne qui me l'a conseillé, elle a fini par me faire comprendre que je devais toujours être présent pour toi alors, nous avons décidé d'emménager ici. J'ai discuté avec ta mère et, elle est d'accord avec moi, il faut que je répare mes erreurs.
- Alors, tes enfants savent qui je suis ?
- Oui, ils le savent et, eux aussi étaient d'accord pour venir ici, ils aimeraient te connaître.
- Me connaître ? Je n'en ai pas envie, c'est beaucoup trop facile, au revoir.

Anthony s'en alla, il rentra chez lui, sa mère avait préparé à manger.

- Heureusement que j'avais laissé le repas encore un moment dans le four, tu es en retard.
- Je le sais. C'est vrai que tu as parlé à papa ?
- Oui, il m'a téléphoné.
- Pourquoi ne m'as-tu rien dis ?
- Parce que tu devais attendre d'être prêt pour lui parler, si tu l'avais su, tu aurais été furieux.
- Je l'ai été lorsque je l'ai vu.
- Et, qu'est ce qu'il t'a dis ?
- Pas grand chose, il veut soit disant réparer ses erreurs et, c'est pourquoi lui et sa famille vivent ici.
- Peut-être qu'il s'en veut beaucoup et, qu'il essaie de revenir vers toi, de rattraper le temps perdu.
- Mais, comment est-ce possible ? Il a passé dix ans à m'ignorer, il disait qu'il avait peur que je le rejette alors que j'ai toujours espéré qu'il revienne.
- Il avait simplement peur que tu ne veuilles plus de lui dans ta vie. C'est pas facile d'adopter la bonne attitude. Je t'ai vu affronter cette épreuve, je t'ai soutenu, je sais par quoi tu es passé mais, je sais aussi que tu souffriras si tu ne lui parles pas. Je ne te demande pas de lui pardonner, simplement de lui parler et, d'essayer de le connaître car les choix que tu fais maintenant seront déterminants dans ta vie.
- Il t'a aussi abandonné, tu ne lui en veux pas ?
- Nous avons divorcés, c'est ton bonheur qui compte à présent. Nous ne pouvons plus être une famille unie mais, tu as le droit d'avoir des parents.
- Oui, comme les parents de Peter, vous allez faire la garde alternée...
- Seulement, si tu es d'accord.

Anthony partit se coucher sans manger, il ignorait ce qu'il devait, il en voulait terriblement à son père mais, en même temps, il ressentait un énorme vide dans sa vie, il voulait connaître son père, savoir ce qu'il avait fais pendant toutes ces années. Toute la nuit, il y pensa, le lendemain, il ne travaillait pas, il avait téléphoné à Peter qui lui avait conseillé de laisser sa chance à son père car, maintenant qu'il était là, ils devaient reconstruire leur vie mais, Anthony n'était pas vraiment convaincu, du moins, il avait surtout peur de ce qui se passerait s'il laissait une chance à son père, allait-il encore l'abandonner ou agirait-il enfin comme un père ?
L'après-midi, il resta seul chez lui, en regardant par la fenêtre de la cuisine, il vit les enfants de son père qui jouaient au parc. Il les regardait s'amuser, ils jouaient à la balançoire, il décida d'aller les rejoindre. Pour lui, c'était plus facile de leur parler qu'à leur père. Il marchait lentement vers eux en se demandant s'il ne faisait pas une erreur. Il s'approcha d'eux et, ils le reconnaissèrent.

- Salut, Anthony, lui dit Elsa.
- Tu connais mon nom ?

Il était soulagé de savoir que son père ne lui avait au moins pas menti en parlant de ses enfants.

- Oui, tu es notre demi-frère, lui dit-elle.
- C'est ça, et, toi comment tu t'appelles ? demanda-t-il à son demi-frère.
- Fabien. Nous avons presque le même âge, si je ne me trompe pas.
- J'ai bientôt dix huit ans et toi ?
- Je viens d'avoir quinze ans.
- Vous avez emménagé ici ?
- Oui, nous en avons parlé avec notre père et, nous avons décidé de venir ici. Cela change beaucoup du Sud mais, nous avions très envie de te connaître.
- Me connaître ? Pourquoi ?
- Parce que tu es notre frère, j'ai toujours voulu avoir un grand frère ! lui dit Fabien.
- Je n'avais jamais vu les choses de cette façon.
- Nous sommes désolés qu'il t'ait abandonné, tu as dû te sentir seul et, tu as dû croire qu'il t'avait remplacé lorsque tu nous as vu.
- Oui, c'est ce que j'ai cru.
- Mais, maintenant, il est là et, tu as en plus, un frère et une soeur.
- Tout est confus dans ma tête, vous savez, ce n'est pas à vous que j'en veux mais à notre père.

Son père s'approcha d'eux, il était venu les chercher pour les emmener faire des courses.

- Je te comprends, Anthony. Je suis content que tu aies accepté de rencontrer mes autres enfants.
- Oui, je voulais savoir qui ils étaient, après tout, nous avons le même sang qui coule dans nos veines.
- Comme le mien.
- Pour ce qui est de toi, je ne suis pas encore prêt à te pardonner, il me faudra beaucoup de temps.
- Nous avons tout le temps, lorsque tu seras prêt, tu viendras me voir et, nous discuterons, j'ai tellement de choses à te dire, j'ai tellement envie de te connaître.
- Moi aussi, j'aimerai bien connaître enfin mon père...
- Alors, sache que tu seras toujours à ta place chez moi, tu pourras y venir quand tu le voudras, je ne partirai pas, je ne recommencerai pas la même erreur, je t'ai fais souffrir ainsi que ta mère, mais, je me suis fais du mal à moi-même...
- L'important c'est que tu sois enfin revenu...

Jessica rentra pendant qu'ils étaient en train de discuter, elle les vit ensemble mais, elle préféra les laisser entre eux, elle était heureuse de les voir, elle sentait que les choses allaient enfin s'améliorer pour Anthony, il allait enfin connaître son père et, cela l'aiderait à comprendre qui il est. Il resta l'après-midi avec son père et sa famille, il était content d'avoir un frère qui avait presque son âge.
Il était aussi content d'avoir retrouvé son père, même si cela allait être dur, il apprendrait à le connaître, il ne voulait pas le rejeter, il avait déjà perdu dix ans de sa vie, une nouvelle chance s'offrait à lui alors, il ne la laisserait pas passer, à présent, les morceaux du miroir allaient pouvoir se recoller. Seulement, avant tout, ils devaient faire face à toutes ces années où ils n'avaient pas vécus ensemble, accepter tout ce qui avait changé pour reformer une famille...

 

L'ENVOL (suite)

CHAPITRE IX

Revoir son père fut l'une des choses les plus difficile qu'Anthony dû faire. Car, il avait été absent durant dix années de sa vie, il s'en était lui-même effacé et, il espérait pouvoir la réintégrer. Anthony avait eu beaucoup de mal à accepter le fait qu'il agisse comme s'il ne présentait plus rien pour lui car, ce n'était pas comme si son père était mort et qu'il avait tout fais pour passer les dernières heures qu'il lui restait à vivre au près de son fils. Son père était bien vivant et, il avait lui-même décide de partir, personne ne l'y avait forcé car son mariage s'était brisé mais, pourquoi a-t-il fallut que son fils en subisse les conséquences ? Il aurait suffit qu'il parte vivre ailleurs et, qu'il se partage la garde d'Anthony avec sa mère, ils auraient même pu opter pour la garde alternée, Anthony aurait moins souffert, puisque bien que son père n'aurait pas été présent à chaque instant de sa vie, comme il l'avait été auparavant, Anthony aurait pu compter sur lui s'il en avait eu besoin. Il n'aurait eu qu'à traverser la rue pour le rejoindre, pour que son père se comporte réellement comme un père. Et, même s'il aurait préféré vivre ailleurs et ne pas opter pour la garde alternée, Anthony aurait toujours pu le voir régulièrement, son absence se serait fais quand même ressentir mais, elle aurait été moins intense car, son père aurait toujours fais partis de sa vie, il n'aurait pas fuis les responsabilités qu'il avait encore envers lui.

Anthony dû apprendre à affronter les souffrances de la vie, sans l'aide de son père, il n'avait que le soutien de sa mère qui resta près de lui jusqu'au bout et, qui serait toujours là lorsqu'il aurait besoin d'elle. Toutes les épreuves qu'ils affrontèrent, qu'ils le firent ensemble ou seuls, elles les rendirent plus forts et, particulièrement Anthony qui s'était plusieurs fois égaré de son chemin, lorsqu'il n'en pouvait plus de se battre contre quelque chose qui semblait avoir pris possession de lui-même. Ce n'avait pas toujours été facile pour lui, il devait garder espoir pour s'en sortir et, bien évidemment, cela aurait été plus facile de prendre un autre chemin que celui qu'il devait prendre mais, quelles en auraient été les conséquences ? Que se serait-il passé si Anthony s'était réellement égaré de son chemin ? Sa mère aurait sans doute pu le sauver car, il arrivait à un âge où il était plus facile pour lui de rejeter l'autorité de ses parents. Il aurait pu partir de chez lui et s'installer avec d'autres jeunes qui se seraient eux-aussi égarés de leurs chemins et, il aurait fallut peu de temps pour qu'ils en viennent à un point où ils ne pourraient plus revenir en arrière et, il leur aurait été si difficile de réparer leurs erreurs qu'ils auraient sombrés dans l'oubli.

Mais, Anthony avait survécu, sa mère, ses amis ainsi que ses professeurs l'avaient soutenu, ils avait été là pour l'aider et, il avait su accepter leur aide et, tenir compte de tout ce qu'ils lui donnaient comme conseils. Beaucoup de ses professeurs l'avaient vu pleuré durant ces dix dernières années, ils avaient essayé de l'aider mais, ils n'avaient jamais su s'y prendre avec lui. Un seul d'entre eux avait su le faire réagir, à lui faire prendre conscience de ce qui se passait dans sa vie réellement et, lui faire réfléchir sur la façon de la mener pour qu'il survive. Et, s'il avait su s'y prendre, c'est sans doute parce que les autres professeurs ne voyaient qu'en lui, un enfant malheureux, il avait beau grandir sous leurs yeux, la seule image qu'ils gardaient de lui était celle d'un enfant de huit ans qui avait été abandonné par son père. Alors, que Monsieur TURNER, voyait en lui la personne qu'il avait en face de lui et celle qui serait plus tard car, il attachait plus d'importance à son avenir qu'il construisait petit à petit. Mais, pour qu'il se construise, Anthony devait être en paix avec lui-même et, ces problèmes du passé ne devaient plus avoir d'influences sur lui.
C'est pourquoi ce jour où il avait vu par la fenêtre de sa chambre, les enfants de son père jouer à la balançoire, aux arcades du lac, il avait décidé d'aller vers eux. Dès l'instant où il alla leur parler, il fit un choix qui le pousserait à en faire d'autres pour le conduire vers un autre chemin que celui qu'il avait décidé de prendre quelques mois plus tôt : celui de la réconciliation. Le plus dur pour lui serait de pardonner à son père, de devoir lui faire à nouveau confiance, de tirer un trait sur tout ce qu'il l'avait fais subir et, d'aller de l'avant mais, pouvait-il vraiment accepter son pardon ? Car, il ne suffit pas de demander le pardon à quelqu'un pour qu'il nous pardonne et, il ne suffit pas non plus de dire que nous pardonnons à quelqu'un tant que nous n'agissons pas en tant que tel. Et, nous sommes les seuls à pouvoir décider de la manière dont nous souhaitons agir, ceux qui nous accompagnent durant cette épreuve ne sont là que pour nous guider ce sont nous qui décidons de pardonner mais, sommes-nous vraiment prêt à le faire ?

 

CHAPITRE X

Anthony était resté toute l'après-midi en compagnie de son père et de ses enfants, cela était nouveau pour lui car non seulement, il devait s'adapter à son père mais aussi, à ses enfants dont il avait appris l'existence quelques mois avant. Pour eux aussi, cela était difficile de devoir " partager " leur père avec un autre enfant. Eux non plus n'avaient jamais entendu parlé d'Anthony jusqu'à ce qu'ils se retrouvent au même endroit pour passer leurs vacances. Seule leur mère savait que Thomas avait un autre enfant, elle l'avait su par hasard lorsqu'elle l'avait surprise en train de pleurer et, il avait fini par lui avouer le secret dont il avait si honte. Mais, la décision d'en parler à leurs enfants communs ne revenaient qu'à lui. Il ignorait comment ils réagiraient s'ils savaient qu'ils avaient un demi-frère, comment auraient-ils pu le prendre ? La petite Elsa aurait été ravie de savoir qu'elle avait un autre frère mais, est ce que Fabien aurait partagé sa joie ? Cela aurait pu lui faire un choc car, il a toujours cru qu'il était l'aîné de la famille et, il n'aurait peut être pas compris pourquoi son père lui avait caché l'existence de son demi-frère pendant tant d'années. Ce que Thomas craignait le plus c'était que ses enfants veuillent voir Anthony, comment aurait-il pu leur expliquer qu'il y avait peu de chances pour qu'ils le voient ? Quelle excuse aurait-il pu leur donner pour justifier son acte puisqu'il y en avait aucune ? Il avait aussi peur que le fait qu'il soit au courant ne change leur opinion sur lui-même, que penseraient-ils d'un père qui abandonne lâchement ses enfants ? Ils auraient pu s'imaginer qu'il allait un jour les abandonner eux-aussi, qu'est ce qui aurait pu garantir qu'il ne recommencerait pas ? Il avait reconnu ses erreurs mais, nous sommes à l'abri de rien, il aurait pu avoir une dispute entre sa femme et lui et, il aurait pu décidé de partir, du moins, c'est ce que leurs enfants auraient pu s'imaginer à chaque nouvelle dispute qu'ils auraient eu.

Alors, c'est pour cela que Thomas avait décidé de ne pas leur en parler jusqu'au jour où il ne pouvait plus se cacher. Mais, Claire lui conseilla de leur parler puisqu'il devait trouver le moyen de revenir dans la vie de son fils, il devait préparer ses autres enfants à sa venue car, il n'allait pas les emmener devant lui et leur dire " voici votre frère ". Alors, il les avait réunis pour leur parler, à première vue, la nouvelle n'avait pas choqué Elsa, elle était heureuse de l'apprendre mais, cela n'était pas aussi évident avec Fabien, comme l'avait pressentis son père. Il eut du mal à l'accepter, cela lui fit un choc car il ne comprenait pas pourquoi son père lui avait caché un si lourd secret, lui qui ne cessait de lui dire qu'il était son seul et unique fils, le seul qu'il aimait, Anthony eut du mal à y croire, il avait l'impression de ne plus le connaître. Il lui en voulait beaucoup, il se sentait trahis et pour lui, il n'était pas question qu'il rencontre un jour Anthony. Cependant, son avis était partagé, autant l'idée d'avoir un frère l'enthousiasmait mais, d'un autre coté, cela lui faisait peur et, c'est pourquoi il était tant en colère. Car, il avait grandi seul, sa sœur n'était venue au monde que neuf ans plus tard, il ignorait qui était Anthony, il se demandait s'ils avaient des choses en commun et, si Anthony voudrait le rencontrer, il craignait qu'il ne le rejette car, après tout, c'était Anthony qu'il avait abandonné et, c'étaient Fabien et Elsa qu'il avait décidé de garder. Mais, ses parents avaient su le réconforter et le rassurer pour qu'il puisse s'adapter au mieux à leur nouvelle situation de famille car, ce que Thomas souhaitait avant tout, c'est qu'Anthony refasse partis de sa vie. Ils se mirent d'accord sur la décision de quitter Sainte-Marie pour vivre dans les Yvelines et, ils déménagèrent bien que cela fut plus facile pour leurs parents que pour leurs enfants de quitter leur ville natale.

Durant cet après-midi, Anthony discuta avec Fabien et Elsa, il fit leur connaissance mais, le contact passait mieux avec Elsa qui mourrait d'envie de savoir tout sur lui, Anthony et Fabien avaient l'air un peu perdus lorsqu'ils discutaient ensemble comme s'ils ignoraient ce qu'ils faisaient ici. La communication était encore plus délicate avec son père car, lorsqu'il le regardait en face, la seule image qu'il avait en tête était celle de sa souffrance. Son père savait que cela prendrait du temps pour qu'il s'adapte et, cette fois-ci, il ne partirait pas, c'est ce qu'il s'était promis, il avait perdu trop de temps, il avait manqué dix ans de la vie de son fils, il regrettait de ne pas avoir été là pour lui durant toutes ces années et, cela lui était souvent arrivé de penser à lui en voyant Fabien grandir. Maintenant qu'il avait la chance de rattraper le temps perdu, il sera là pour lui sans pour autant qu'il néglige ses autres enfants mais, surtout Fabien avec qui il pourrait avoir des problèmes face à leur nouvelle vie. Mais, il espérait qu'un jour, ils seraient proches car, lorsqu'Anthony regardait Fabien, ce qu'il voyait en lui n'était pas un ami, ni un membre de sa famille mais, c'était une personne qui avait pris sa place dans la vie de son père.

Lorsque la journée s'acheva, Anthony rentra chez lui, son père lui proposa de le raccompagner mais, il refusa, il préféra rentrer seul. Sa mère l'attendait dans le salon assise sur le canapé. Elle entendit la porte se refermer et, elle s'apprêtait à écouter les confidences de son fils sur sa première discussion avec sa nouvelle famille mais, Anthony passa devant elle sans lui dire un mot. Il monta dans sa chambre mais, sa mère ne pu s'empêcher de l'y rejoindre pourquoi comprendre son silence.

- Qu'est ce qui se passe, Anthony ?
- Rien, maman, tu n'as pas à t'inquiéter.
- Il a fais quelque chose de mal ?
- Non, maman, il n'a rien fais de mal.
- Tu n'aimes pas ses autres enfants ?
- Je ne les connais à peine, comment voudrais-tu que j'ai un jugement sur eux ?
- Alors, pourquoi es-tu énervé ?
- Le problème, maman…
- Parle-moi.
- Le problème, c'est que papa croit qu'il peut revenir dans ma vie comme s'il ne s'était rien passé. Il débarque comme ça avec ses autres enfants, il ne faut pas oublier qu'il les a eu après m'avoir abandonné, il n'a pas eu de remords à en refaire et, il croît que tout peut redevenir normal.
- Je doute qu'il le pense vraiment, il sait bien que le mal qu'il t'a fais et que cela ne sera pas facile de revenir dans ta vie.
- Savoir ne change à rien, ce que j'ai vécu, personne d'autre que moi ne l'a vécu. Oui, il a souffert mais c'est lui seul qui a pris la décision de m'abandonné et, c'est moi qui me suis retrouvé à huit ans sans père. J'ai réussi à m'en sortir et, il revient sans avoir la moindre idée des changements que cela peut causer dans ma vie et de leurs conséquences.
- Est ce que tu lui en as parlé ?
- Il est trop fier de sa nouvelle famille pour que je lui gâche ce plaisir. J'ai voulu rencontrer ses autres enfants pour savoir ce qu'ils avaient de plus que moi, je voulais comprendre pourquoi il avait choisi de m'abandonner moi et pas eux mais, je n'ai trouvé aucune raison, je sais simplement que je ressens une immense colère envers eux, surtout Fabien car, il l'a eu à peine trois ans après m'avoir abandonné. Je crois que j'aurais du mal à me faire à l'idée que nous faisons partis de la même famille.
- Pourtant, il faudra bien un jour que tu l'acceptes.

Anthony se leva brusquement de son lit et, il se dirigea vers sa fenêtre, il tourna le dos à sa mère et, il s'arrêta de parler un instant.

- Pourquoi ? lui demanda-t-il. Je n'ai rien avoir avec eux, ce n'est parce que nous avons le même père que nous sommes de la même famille.
- Je crois que tu aurais beaucoup de choses à apprendre de lui car, toutes ces années où il a été absent, il les a passé avec lui. Comment s'appelle-t-il déjà ?
- Fabien…tu te rends compte, maman ?

Anthony se retourna vers elle, il la regarda avec des yeux remplis de larmes et, il continua à lui parler, sa voix sanglotait.

- Comment a-t-il pu m'abandonner et faire d'autres enfants ?
- Ecoute, Anthony, si cela te blesse autant de voir ton père et ses autres enfants, nous pouvons tout annuler, tu n'es pas obligé de les revoir.
- Je le sais mais, je ne peux pas revenir en arrière, tu comprends, je veux que cette souffrance s'apaise et, si pour y arriver, je dois affronter papa et ses autres enfants, je le ferai.
- Et, je serai là pour te soutenir.
- Comme tu l'as toujours fais. Des moments, je me demande pourquoi il t'a quitté, qu'est ce que cette femme a de plus que toi ?
- Tu ne la connais pas et puis…
- Je n'ai pas besoin de la connaître pour savoir qu'il a eu tord et, je n'en ai pas envie, il manquerait plus qu'elle se comporte comme ma propre mère.
- Parles-en à ton père.
- Cela peut attendre et puis, je doute que cela serve à quelque chose.
- N'oublis pas que tu entres à l'université dans quelques semaines, il faut que tu te stabilises, que tu remontes la pente sinon tu n'arriveras pas à suivre en cours.
- Je le sais, maman, c'est que Monsieur TURNER n'arrêtait pas de me répéter. Il me disait sans cesse de faire la part des choses et, même s'il m'est arrivé de perdre le contrôle de moi-même, j'ai toujours su remonter la pente alors, ne t'en fais pas, j'y arriverai.
- Tu n'es pas allé le revoir depuis la fin des cours ?
- Non, je n'en a pas eu l'occasion et, je doute qu'il ait du temps à me consacrer, c'est vrai, je ne suis plus au lycée alors, pourquoi il continuerait à s'inquiéter pour moi ?
- Tu ne le sauras pas en restant ici devant moi. Tu devrais y aller, cela lui ferait plaisir de te revoir et, il pourra t'aider à…
- Maman, je n'ai besoin d'aucune aide, si tu veux bien me laisser, je dois sortir, Peter et Jimmy m'attendent pour manger au bar " la providence ". Je n'aime pas trop y aller mais, c'est un des endroit favoris de Jimmy et puis, il y a un billard alors, cela nous arrive quelquefois d'y passer du temps. Tu n'avais rien prévu pour ce soir ?
- Non, je me débrouillerai, amuses-toi bien mais, ne rentre pas trop et, n'oublis pas que je suis là si tu as besoin de parler.
- Oui, je le sais et, arrête de croire que j'ai toujours un problème, je vais bien.

Anthony partit rejoindre ses amis, sur le chemin, il rencontra Kévin, le fils de Michèle, ils n'étaient pas vraiment amis, ils avaient été dans le même lycée mais, ils se parlaient rarement.

- Salut, Anthony, lui dit-il.
- Salut.
- Tu vas bien ?
- Oui, pourquoi ?
- J'ai appris que ton père était revenu, il a emménagé pas loin de chez toi.
- Oui et ?
- Cela doit te faire bizarre, non ? Après tout ce qu'il s'est passé, il a quand même du culot de revenir.
- C'est tout ce que tu voulais me dire ?
- Euh, oui, tu sais, si tu veux parler…

Anthony s'arrêta de marcher et, il le regarda fixement.

- Et, pourquoi aurais-je besoin de te parler ? Toi et moi, la seule chose que nous avons en commun, c'est l'amitié de nos mères. Nous n'avons jamais fais quoi que ce soit ensemble et, tu veux me faire croire que parce que mon père est revenu, que tu te fais du soucis pour moi ? Arrêtes un peu, je n'ai pas besoin de ton aide, tu ne m'en as jamais donné et ce n'est pas aujourd'hui que cela va commencer, au revoir.

Anthony reprit le chemin vers " la providence ", il était à 20 minutes de chez lui, Peter et Jimmy étaient déjà là lorsqu'il y arriva.

- Tu en as mis du temps, lui fit remarquer Jimmy.
- Oui, j'ai rencontré Kévin sur le chemin, il m'a retardé.
- A voir ta tête, cela n'a pas dû te faire plaisir, lui dit Peter.
- Je ne le supporte pas. Il est comme tous ces gens qui font semblant de se soucier de moi alors que pas un seul d'entre eux n'est venu me voir lorsqu'il m'avait abandonné.
- Oui, nous comprenons ce que ça peut te faire mais bon, nous, nous sommes là et, moi, je suis là depuis le début. Comment cela s'est passé avec ton père ?
- Franchement ?
- Cela fait un moment que nous nous connaissons alors, je pense que tu peux nous dire la vérité, lui dit Jimmy.
- D'un côté, je sus content de le revoir mais, d'un autre, je lui en veux encore trop pour réellement lui pardonner.
- Oui, je le sais, moi aussi, quand mes parents ont divorcés, je leur en ai voulu mais, j'ai compris plus tard, que cela n'en valait pas la peine, la vie est trop courte pour que tu perdes ton temps à essayer de comprendre ce que tu ne pourras jamais expliquer car, ces choses, tu les as subis mais, tu ne les a pas vécu, souviens-toi de ce que te disais Monsieur TURNER, lui dit Peter.
- C'était un de vos profs ? leur demanda Jimmy.
- Le seul et unique qui avait réussi à le faire réagir, depuis que je le connais, il avait parlé à presque tous les profs qu'il avait eu, tous l'avaient au moins une fois vu pleurer et, avaient tenté de les aider mais, aucun n'y avait réussi et, j'ignore pourquoi.
- Peut-être parce que c'est le seul qui avait pris la peine de m'écouter, qui m'a fais comprendre la réalité des choses plutôt que de me dire que cela irait mieux dans quelques années.
- C'est exact, tu devrais aller le voir à la rentrée, il doit sûrement enseigner encore au lycée.
- Oui, je crois.
- Eh bien, vas-y, en plus, il ne sait pas que ton père est revenu, pas vrai ?
- Non, mais comme je l'ai dis à ma mère, je pense qu'il a d'autre chose à faire que de s'occuper de moi.
- Qui te parle de s'occuper de toi ? lui dit Peter. Va simplement lui parler car, apparemment, tu n'écoutes que lui.
- Au fait, si ça se trouve, il aura ton frère comme élève cette année, leur dis Jimmy.

Anthony et Peter s'arrêtèrent brusquement de parler, aucun d'entre eux n'avaient pensé à ce détail. Fabien pourrait vraiment être un des élèves de Monsieur TURNER et, Anthony ne le voulait pas.

- Demi-frère, répliqua Anthony.
- Si nous allions faire une partie de billard, l'histoire de détendre l'atmosphère, proposa Peter.
- Oui, cela vaut mieux, répondit Anthony.

Entre quelques parties de billards, ils prirent la peine de manger puis, ils rentrèrent chez eux durant la nuit. Anthony habitait le plus loin du bar, c'est pourquoi il rentra seul chez lui. La maison de son père était sur son chemin, il vit de la lumière dans le salon, il éprouva en lui le besoin d'y aller mais, il n'était pas encore prêt. Un jour, il sera capable de regarder son père en face sans éprouver de la colère et, il sera enfin en paix avec lui-même. Il pourra enfin aller de l'avant, avoir confiance en l'avenir puisque jusqu'à maintenant, sa vie avait été faite pratiquement que de mauvais moments, il en avait connus aussi des bons mais, ils avaient été trop courts pour qu'il en profite réellement.

Lorsqu'il rentra chez lui, sa mère l'attendait encore dans le salon, assise sur le même canapé comme si elle ne pouvait pas faire autre chose que l'attendre, tant elle était inquiète pour lui.

- Tu rentres un peu tard.
- Désolé, nous n'avons pas vu le temps passé.
- Tu as passé une bonne soirée ?
- Oui et toi ?
- J'aurais pu passer une meilleure soirée si je n'avais pas reçu un coup de fil de Michèle.
- Qu'est ce qu'elle t'a dis ?
- Que tu avais parlé à Kévin. Tu ne devrais pas rejeter ceux qui veulent t'aider, il n'a rien fais de mal, il t'a simplement offert ton aide, tu aurais pu refuser gentiment. Qu'est ce qu'il t'arrive, Anthony ?
- Parce que tu crois vraiment qu'il voulait m'aider ? Mais, qu'avez-vous tous à croire que j'ai besoin d'aide !
- Calme-toi, Anthony, tu ne vas pas continuer à être en colère contre tout le monde.
- Pourquoi devrais-je me calmer ? Vous êtes tous là derrière mon dos à me dire ce que je dois faire alors que vous n'avez aucune idée de ce que je peux ressentir.
- Je le sais mais, comprends que c'est pour ton bien, nous voulons t'aider.
- Et, pourquoi je devras écouter les conseils des personnes comme lui ?
- Parce que Michèle nous a aidé alors, Kévin le veut aussi, c'est tout à fait normal, tu aurais fais pareil à sa place.
- Je crois que si j'étais son fils, j'agirais d'une manière différente. Tu crois tout savoir alors que tu n'as pas la moindre idée de tout ce qui peut se passer sous tes propres yeux.
- De quoi parles-tu ?
- Tu crois que parce que Kévin est le fils de ta meilleure amie, qu'il est un ange ? Tu crois que parce que vous êtes amis que Kévin et moi, nous le sommes aussi. Tu connais Kévin depuis son enfance mais, as-tu vraiment un jour pris la peine de le connaître ? Sais-tu qui il est ?
- Qu'est ce que tu sais à son sujet, toi ?
- Tu veux vraiment le savoir ?
- Si cela peut m'aider à comprendre l'attitude que tu as envers lui.
- Je me souviens qu'à l'école, papa était déjà partis, à l'époque, il me manquait beaucoup, je n'arrêtais pas de pleurer dans mon coin. Kévin venait souvent à la maison avec Michèle, quand vous étiez là, nous jouions ensemble mais, nous faisions semblant de bien nous entendre car, lorsque nus étions à l'école, il passait son temps à se moquer de moi, à me frapper pour un rien, à m'humilier avec ses amis parce que je passais mon temps à pleurer alors, que je ne lui ai jamais rien fait, tout ce que j'étais c'était un enfant qui n'avait pas de père, voilà la raison qu'il avait trouvé pour me traiter ainsi et, après tout ce qu'il m'a fais, tu voudrais que je me confie à lui ?
- Je suis désolée, j'ignorais qu'il t'avais fais autant de mal mais, pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?
- Parce que Michèle est ta meilleure amie et, qu'elle est comme une deuxième mère pour moi, je ne voulais pas briser notre amitié.
- Mais, nous aurions pu trouvé une solution.
- Tu crois que vos rapports n'auraient pas changé si elle avait été au courant ?
- Si cela aurait été le prix à payer pour que Kévin cesse de s'en prendre à toi, j'en aurais pris le risque. Est ce que tu veux que je m'en occupe ?
- Non, merci maman mais je suis assez grand pour me défendre seul maintenant et puis, c'est du passé, il ne s'en prend plus à moi depuis un long moment, seulement, ne me demande pas de l'apprécier, je ne le pourrais pas et, n'en parles pas à Michèle, cela ne servirait à rien de mettre votre amitié en péril pour quelque chose de révolu.
- Si tu y tiens mais, s'il recommençait, je n'hésiterai pas à m'en charger.
- Je le sais, maintenant, j'aimerai aller me coucher, je crois que j'ai besoin de beaucoup de sommeil.
- Anthony ?
- Oui ?
- Tu as pensé à ce que je t'ai dis à propos de ton prof ?
- Ancien prof…oui, maman, j'y ai pensé.
- Et, qu'est ce que tu comptes faire ?
- Je l'ignores, cela ne fait partis de mes préoccupations pour le moment mais, si cela peut te faire plaisir, je te promets que je passerai lui rendre visite un jour.
- Cela n'est pas pour mi que tu devrais le faire mais, parce que cela pourrait te faire du bien de parler à quelqu'un qui a su t'aider.
- Tu ne sais pas le faire toi ?
- Si, mais je suis ta mère, j'ai su jouer mon rôle même si cela a été parfois difficile et, je sais qu'il est parfois plus facile de prendre en considération les conseils qui nous vienne d'une personne extérieure à la famille car, elle a une autre vision des choses, ce qui pourrait t'aider à y voir plus clair.
- Je vais me coucher, bonne nuit, à demain.
- Bonne nuit, Anthony.

Anthony monta dans sa chambre se coucher, sa mère resta dans le salon, depuis que le père d'Anthony était revenu, elle avait du mal à trouver le sommeil, elle était inquiète pour lui, d'autant plus qu'il rejetait même l'aide de ceux en qui il avait eu confiance. Elle ne pouvait pas rester sans rien faire, à regarder son fils se détruire, s'il ne voulait pas accepter l'aide des autres, elle le ferait pour lui, elle ne pouvait pas aller voir Monsieur TURNER à sa place car, c'était à lui de le faire. Mais, elle pouvait aller au cœur du problème, elle devait s'entretenir avec le père d'Anthony pour qu'il ait conscience du mal dont souffre son fils et, qu'ils trouvent ensemble une solution, ils avaient beau être divorcés mais, Anthony était toujours leur fils, il était la seule chose qui les liait encore…

 

CHAPITRE XI

Une semaine s'était écoulée, Anthony n'avait toujours pas parlé de son problème à son père, il refusait d'aller le voir en prétextant qu'il n'avait pas le temps à cause de son travail. Mais, ce que son père ignorait c'est qu'Anthony n'avait toujours pas repris son travail. Sa mère ne savait pas que son père voulait passer du temps avec lui donc, elle ne pouvait pas intervenir. Jusqu'au jour où son père partit le chercher à son travail et, il fut bien évidemment surpris de ne pas l'y trouver. Alors, il passa chez lui pour voir s'il y était et, seule sa mère était présente, elle le fit entrer puis, elle comprit de suite qu'Anthony ne l'avait pas écouté.

- Bonjour, Jessica.
- Bonjour, Thomas.
- Je suis désolé de te déranger mais je ne le ferai pas si ce n'était pas à propos d'Anthony.
- Il n'est pas encore venu te voir ?
- Non. Tu sais pourquoi ? Je suis passé le chercher au travail mais, il n'y était pas.
- Il est en vacances.
- En vacances ? il est partis ?
- Non, mais il n'a pas encore repris son travail.
- Alors, il m'a menti.
- On dirait que tu ne t'y attendais pas.
- Je devrais ?
- C'est toi qui a tenu à refaire partis de sa vie, tu pensais qu'il allait t'accueillir à bras ouverts ?
- Pourquoi tu t'en prends à moi ?
- Parce que pendant dix ans, je n'ai fais qu'essuyer ses larmes car, il souffrait trop de ton absence et où tu étais ? Est ce que tu l'as une seule fois appelé ?
- Non.
- Tu lui as redonné espoir en venant ici, il désespérait de te voir revenir mais, tu dois prendre en compte son opinion, tu ne peux pas lui demander de faire partis de ta nouvelle famille du jour au lendemain. Car, tout cela le perturbe et, je ne serai pas étonné de savoir que Fabien l'est aussi.
- Comment pourrais-tu le savoir ?
- Parce que c'est évident. Imagine-toi à sa place, il doit être perdu, tu lui annonces comme ça qu'il a un demi-frère alors qu'il l'ignorait depuis son enfance.
- Tu es en train de me dire que j'ai eu tord de revenir, tu aurais préféré que je reste à Sainte-Marie, que je continue à ignorer notre fils ?
- Non mais, tu devrais aller jusqu'au bout de tes actes et, le laisser prendre son temps. Aussi, tu ne dois pas ignorer tes autres enfants car, si tu consacrais trop à Anthony, ils pourraient t'en vouloir et, ils s'éloigneraient de toi.
- Je ne pensais pas que cela serait si difficile de revenir…
- Tout n'est pas toujours si simple dans la vie mais, une fois qu'il t'aura pardonné, les choses seront beaucoup facile et, tu retrouveras ton fils.

Au même moment, Anthony rentra chez lui, il fut surpris de voir son père.

- Qu'est ce que tu fais là ?
- Je suis venu parlé à ta mère, je voulais comprendre pourquoi tu m'avais mentis.
- Mentis ?
- Pourquoi tu ne m'as pas simplement dis que tu n'étais pas prêt à faire partis de ma nouvelle famille ?

Anthony enleva son manteau et, il le jeta brusquement sur le canapé.

- Tu m'aurais écouté ?
- Pardon ?
- Anthony, calme-toi, lui dit sa mère.
- Que je me calme ? Mais, je n'en ai pas envie, pourquoi devrais-je le faire,
- Parle à ton père.
- Pour lui dire quoi ? Tout ce que je veux lui dire c'est que j'ai envie qu'il s'en aille, il ne vit plus avec nous, il n'a donc rien à faire ici.
- Tony, ne me parles pas comme ça.
- C'est Anthony, personne ne m'appelle Tony, en tout cas, pas toi.
- C'est toujours comme ça que je t'ai appelé.
- Oui, avant, maintenant, beaucoup de choses ont changées.
- Ecoute, j'aimerai que tu viennes manger demain soir à la maison, je dois aller à une réunion au lycée de Fabien, tu viendras m'y rejoindre à la fin, cela ne t'engage à rien, tu passeras juste la soirée avec nous. Et, puis, au lycée, tu auras peut être l'occasion de voir des anciens amis ou des profs.
- Et pourquoi je le ferai ? Je ne suis plus au lycée, je n'y ai plus rien à faire.
- Eh bien, viens juste manger à la maison.
- Va-t-en, s'il te plait, je n'ai aucune envie d'aller chez toi, au revoir.

Anthony le regarda partir de la manière qu'il l'avait fais lorsqu'il était partis en voiture et, qu'il n'était plus revenu jusqu'à ce jour. Il monta dans sa chambre mais, sa mère l'arrêta, il pouvait lire dans son regard sa déception.

- Tu ne devrais pas être si dur avec lui.
- Pourquoi ?
- C'est ton père, ne l'oublies pas, tu pourrais le regretter si un jour, il n'était plus là et que vous n'aviez pas résolu vos problèmes.
- C'est ce que tu crois ? Pendant dix ans, il était absent, je ne savais même pas s'il était encore en vie alors, tu crois vraiment que cela me ferait quelque chose s'il n'était plus là ?
- Tu devrais aller te coucher, tu ne sais plus ce que tu dis.
- Oui, tu as raison, bonne nuit.
- Bonne nuit et, demain, tu iras rejoindre ton père à ton ancien lycée et, tu dîneras chez lui.
- Tu n'as pas le droit de me faire ça !
- Je suis ta mère et, peut être que ton père est trop perdu pour te faire comprendre tes erreurs mais, moi j'en suis encore capable alors, monte et ne discute pas.
- J'ignorais qu'un jour tu serais contre moi.
- Je ne suis pas contre toi ni contre père d'ailleurs, je fais ce qu'il y a de mieux pour toi et, que tu le comprennes ou pas, tu n'as pas le choix, tu iras chez ton père.

Anthony monta dans sa chambre, il était en colère contre sa mère et, c'était la première fois qu'il lui en voulait autant, il n'avait jamais vraiment été en conflit avec elle et, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Il ignorait la raison pour laquelle sa mère prenait la défense de son père et non la sienne. Il refusait d'aller à ce dîner mais, il craignait que sa mère ne se mette encore plus en colère.

Le lendemain arriva, il passa la journée chez lui à réfléchir puis, aux alentours de 18h, il partit rejoindre son père dans son ancien lycée. Le lycée " Descartes " était à cinq minutes de chez lui, il y alla donc à pied. La réunion touchait à sa fin lorsqu'il y arriva, il passa devant la salle pour voir si son père et Fabien y étaient encore et, ils virent en train de discuter avec…Monsieur TURNER. Son regard s'arrêta brusquement, il était heureux de le revoir mais, il était aussi énervé de savoir que Fabien l'avait comme professeur. Monsieur TURNER ignorait que Fabien était son demi-frère, il aurait pu faire le rapprochement avec leur nom de famille mais, il avait eu un doute car, il savait que son père avait disparut alors, il n'y avait pas vraiment prêté attention. Et puis, même s'il avait su, qu'aurait-il pu faire ? C'est Anthony qu'il avait aidé et, il n'était pas venu le voir donc, il pensait que Fabien n'avait rien avoir avec lui mais, il espérait tout de même savoir s'il allait bien. En observant Fabien, il sentait que quelque chose n'allait pas, qu'il cachait un grand secret en lui mais, tant qu'il n'était pas sûr de qui il était, il ne pouvait faire que des suppositions.
Lorsqu'ils finirent de discuter ensemble, son père et Fabien vinrent les rejoindre, Monsieur TURNER s'attendait à ce qu'Anthony vienne lui parler mais, il eut un moment d'hésitation et, il n'y alla pas, il se dirigea vers son père et Fabien.

- Bonjour, Anthony, je suis content que tu sois venu.
- Je n'avais pas le choix.
- Oui, je sais.

Ils sortirent de la salle, Anthony s'en voulait de ne pas avoir été voir Monsieur TURNER, il n'avait cessé d'espérer qu'un jour, il le reverrait pour qu'il puisse lui parler de tout ce qui s'était passé depuis qu'il ne l'avait pas revu. Mais, c'était comme s'il était bloqué entre l'envie d'y aller et la peur…une peur qu'il ne pouvait pas définir mais, qui l'empêchait d'agir comme il l'aurait souhaité. Il préféra prendre la fuite, Monsieur TURNER fut surpris de son attitude mais, en même temps, il comprit que ses suppositions étaient vraies, il ne pouvait y avoir qu'une seule raison pour qu'il ne vienne pas lui parler et, c'était parce que son père était revenu avec deux enfants. Ils ne quittèrent pas directement le lycée car son père rencontra dans le hall un des professeurs de Fabien avec qui il n'avait pas pu s'entretenir. Anthony les attendit sur un banc, au même moment, Monsieur TURNER s'apprêtait à partir du lycée lorsqu'il l'aperçu. Anthony le vit venir vers lui, pendant un moment, il eut envie de fuir mais, il ne pouvait pas comme s'il sentait qu'il devait resté, il n'avait qu'une envie, c'était de se soulager de tout ce qui le tourmentait.

- Bonjour, Anthony.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi content d'entendre quelqu'un prononcer son prénom, quelqu'un qui n'avait rien avoir avec ses problèmes et, avec qui il n'était pas en conflit.

- Bonjour, lui dit-il, comme un enfant qui parle pour la première fois à quelqu'un.

Anthony était incapable de le regarder en face, il ne voulait pas qu'il voit en lui à tel point il était perdu mais, comment pouvait-il lui cacher ?

- Tu es venu voir quelqu'un ?
- En quelque sorte.
- Cela fait un moment que j'attendais ta visite, je savais qu'un jour ou l'autre, tu viendrais me voir.
- Comment vous pouvez savoir ça ?
- Tu es là, non ?
- Mais, qui vous as dis que je voulais vous voir ?
- Personne. C'est vrai, je ne vois pas comment j'aurais pu le savoir, j'ai été ton prof pendant un an, je t'ai aidé, je t'ai peut-être plus aidé que ton propre père mais, je n'ai aucune raison de penser que tu viendrais un jour me voir pour me dire que tu vas bien. A moins, que ça soit le contraire, tu crois que je suis incapable de savoir quand tu vas mal ou pas ? Il me suffit de te regarder pour le comprendre mais, j'aimerai t'entendre me dire comment tu vas.

Anthony ne pouvait pas lui répondre, il ne voulait pas lui mentir mais, il ne voulait pas non plus qu'il sache ce qu'il se cachait en lui. De toute façon, il n'avait pas besoin de lui dire pour qu'il le sache, il le connaissait bien et, comme il lui avait dis, il le connaissait peut-être même mieux que son père.

- Tu sais, Anthony, tu n'es pas forcé de me parler si tu n'en as pas envie.

Monsieur TURNER s'apprêtait à lui dire au revoir lorsqu'Anthony finit enfin par réagir, son regard se dirigea vers son père et Fabien.

- Vous savez qui sont ces personnes ?
- Oui, c'est Fabien, un de mes élèves, il est avec son père et, un autre de ses profs. Qui sont-ils pour toi ?
- Qu'est ce que vous dis qu'ils ont un rapport avec moi ?
- Je l'ignore, laisse moi réfléchir. D'abord, vous avez le même nom de famille mais, tu vas me dire qu'il peut y avoir beaucoup d'enfant sur terre qui portent comme nom de famille SLOANE. Alors, je te dirai que je le sais grâce à ton comportement, tu t'es rendu compte au moins de la manière dont tu as agis lorsque tu m'as vu parlé avec eux ? J'ai tout de suite compris.
- Vous ne changez jamais, vous lisez toujours aussi bien ce qui se cachent en nous.
- Je lis peut-être en toi mais, je ne te force pas à me parler, je suis venu vers toi mais, tu n'es pas partis.
- Je voulais vous parler.
- Eh bien, je t'écoute.
- C'est…mon…c'est mon père. Vous le saviez déjà, je sais.
- Eh oui et, c'est pour ça que je savais que tu viendrais me voir, je savais que tu n'arriverais à t'en sortir seul, que tu aurais besoin d'en parler pour ne plus te sentir seul face à ce problème bien que la seule aide que je t'ai toujours apporté fut mon écoute.
- Vous savez, Fabien, il ne représente rien pour moi.
- Mais, c'est ton demi-frère, il fait partis de ta famille à présent.
- Je ne sais plus ce que c'est une famille.
- Qu'est ce qui te préoccupe autant ?
- Vous vous souvenez de la première fois où je vous ai parlé de mon père ?
- Oui.
- Qu'est ce que je vous ai dis ?
- Qu'il t'avait abandonné, que tu n'espérais plus qu'il revienne.
- Mais, maintenant, il est là.
- Tu devrais être content, non ?
- Comment pourrais-je l'être ?
- Eh bien, c'est quand même pour toi qu'il est revenu, c'est ce que tu attendais alors, tu devrais rattraper le temps perdu.
- Oui, ils ont quitté Sainte-Marie pour moi mais, ce n'est pas pour autant que je vais revenir comme ça vers lui, je lui en veux trop et, je déteste son fils.
- Parce que tu penses qu'il a pris ta place ?
- Oui, il n'avait pas le droit d'avoir d'autres enfants.
- Je doute que Fabien y soit pour quelque chose, tu ne peux pas lui en vouloir d'être venu au monde.
- Il aurait pu attendre plus longtemps.
- Est ce que tu crois vraiment que cela aurait changé quelque chose s'il avait eu Fabien cinq ou dix ans plus tard ?
- Je ne sais pas.
- Et puis, tu crois pas que Fabien aussi, il a peur de toi. Tu crois pas qu'il est perturbé et, qu'il ressent ta colère. Imagine-toi à sa place : tu vis tranquillement à Sainte-Marie et, du jour au lendemain, tu apprends que tu as un demi-frère et, que parce que ton père veut se réconcilier avec lui, tu dois quitter la ville où tu vis depuis 15 ans, pour aller dans une ville dont tu n'as jamais entendu parlé, tu crois pas que cela fait beaucoup à supporter en même temps ? Et, comment tu ferais si tu n'avais personne à parler ? Car, toi, tu as tes amis, tu as moi mais, lui, il a des amis ici ? Il vient d'arriver, tu crois qu'il a eu le temps de s'en faire, tu crois qu'il a quelqu'un à qui il pourrait parler de ses problèmes, des personnes qui feraient ce que j'ai fais pour toi ?
- Déménager, ce n'est rien à côté de ce que j'ai vécu.
- Tu ne peux pas comparer tes problèmes à ceux des autres et, ce n'est pas à cause de Fabien que tu les as vécu.
- S'il n'avait pas eu d'enfants, il serait revenu.
- C'est ce que tu crois ? Qui te l'as dis ? Ton père te l'a dis ?
- Non.
- Ton père a choisi de vous abandonné, après, il a décidé de faire des enfants avec une autre femme mais, cela n'a aucun rapport avec toi. Tu ne peux pas en vouloir à cet enfant, à ton père, oui, tu lui en voudras sans doute toute ta vie mais, regarde l'état dans lequel tu es, tu crois que tu supporteras longtemps la situation ? Il faut que tu parles à ton père, avant, il n'était pas là, tu n'avais que moi et tes amis à qui parler, maintenant, il est là, c'est à lui que tu dois t'adresser, tu peux enfin avoir les réponses à tes questions, tu peux enfin comprendre pourquoi il a agis ainsi et apaiser tes souffrances. Je sais que tu ne pourras jamais les oublier, elles feront toujours partis de toi mais, c'est à toi de décider de l'importance qu'elles doivent prendre dans ta vie, soit tu décides de les laisser te la gâcher, soit tu les affrontes pour qu'elles n'appartiennent qu'au passé. Et puis, essaie un peu de voir les choses d'une manière différente, tu n'as jamais eu envie d'avoir un frère ou une sœur ?
- Si.
- Eh bien, tu en as deux alors qu'est ce que tu attends de plus ? Je suis sûr que tu as beaucoup de choses à apprendre de lui, n'oublies pas qu'il a vécu quinze ans avec ton père.
- Je le sais, ma mère me l'a déjà dis.
- Alors…pourquoi tu ne l'écoutes pas ?
- Parce qu'avec vous, c'est différent, vous m'avez toujours écouté.
- Et, les autres ne le font pas ?
- Ils ne sont pas comme vous, vous avez su me faire réfléchir, vous avez trouvé les mots justes, ne me demandez pas de vous l'expliquer, je ne peux pas.
- Alors, j'espère que ce que je t'ai dis t'aidera et, que la prochaine fois que je te verrai, tu m'annonceras une bonne nouvelle. Et, si tu as besoin de me parler, n'attends pas d'être au bord de la déprimer pour le faire, tu peux venir me voir au lycée, ce n'est pas interdit.
- Mon père m'a proposé de venir manger chez lui.
- Et, j'espère que tu vas y aller, non ?
- Je ne le voulais pas au début mais, j'irai quand même, on verra bien ce qui se passera.
- Prends ton temps, tu ne viendras pas à bout de tes peines du jour au lendemain mais, tu dois aussi prendre le temps de vivre, tu as déjà manqué dix ans de ta vie avec ton père, tu crois que ça fait déjà beaucoup ?
- Si, c'est vrai.
- Alors, va le rejoindre. N'aies pas peur de lui parler, dis lui tout ce que tu ressens, vous n'avancerez jamais sinon.
- Merci.
- Tu me remercieras lorsque tu seras en paix avec toi-même, c'est tout ce qui m'importe.

Anthony partit les rejoindre, ils venaient juste de discuter.
- C'était un de tes anciens profs ? lui demanda son père.
- Oui.
- C'est celui à qui on a parlé tout à l'heure, n'est ce pas,
Fabien ?
- Oui, c'est lui.
- Et, qu'est ce que tu en penses, Anthony ? lui demanda son père.
- C'est le meilleur prof que j'ai eu.
- Si je ne me trompe pas, c'est lui qui t'a aidé pendant mon absence ?
- Comment tu pourrais le savoir ?
- Ta mère me l'a dis, j'aurais préféré que tu le fasses toi mais, ce n'est pas grave, je suis content qu'il t'ait aidé.
- Il fallait bien que quelqu'un le fasse…pardon, c'est pas ce que je voulais dire.
- Je sais, je comprends. Faut qu'on y aille sinon, maman et Elsa vont s'inquiéter…euh, je voulais dire Elsa et…
- C'est pas grave, je comprends.

Ils sortirent du lycée et, ils rentrèrent, Anthony allait passer sa première soirée chez son père, il était inquiet, il ignorait si cela se passerait bien, il ne savait pas comment il devait agir avec eux, tout cela représentait beaucoup de choses nouvelles auxquelles ils devaient faire face mais, grâce à Monsieur TURNER, il était prêt à les affronter, même s'il savait que cela prendrait beaucoup de temps et, que cela serait dur. Et, il savait que s'il perdait le contrôle de lui-même, Monsieur TURNER se ferait passé pour sa conscience pour le rappeler à l'ordre. Il était heureux de l'avoir revu, pas seulement parce qu'il avait eu besoin de lui parler mais, aussi parce que c'était avant tout son professeur préféré. Et, après tout ce qu'il lui avait auparavant confié, il s'en voulait un peu de l'avoir fuis mais, nous agissons tous parfois bizarrement, il ne faut pas chercher à comprendre, l'important c'était qu'il lui avait parlé. Maintenant, il devait regarder devant lui et, ce qu'il voyait était un premier pas dans sa nouvelle famille, un premier pas vers la réconciliation…

 

CHAPITRE XII

Lorsqu'Anthony arriva devant la maison de son père, il fut troublé car bien qu'il avait été longtemps absent, il ne l'avait jamais vu vivre ailleurs que dans leur maison. Anne et Elsa les attendaient, Elsa était heureuse qu'Anthony passe la soirée avec eux mais, Fabien était aussi perdu qu'Anthony. Thomas le présenta à Anne qui n'avait pas encore eu l'occasion de le voir puis, ils lui firent visiter leur appartement. Elsa et Fabien avaient chacun leur chambre, celle de Fabien était la plus grande, sans doute, son père avait décidé que la sienne serait la plus grande si Anthony désirait y vivre, il y aurait sa place. Mais, il n'en parla pas à Anthony, il ne voulait pas précipiter les choses, il craignait qu'Anthony ne lui échappe encore. Elsa voulut montrer tous ses jouets à Anthony, Thomas et Anne commencèrent à préparer le repas, Fabien resta en retrait, il ne voulait pas entrer dans la chambre de sa sœur, il restait immobile devant la porte. Anthony sentait qu'il était embarrassé, s'il s'était écouté, il n'aurait rien fais pour le mettre à l'aise, tout ce qu'il voulait c'était qu'il parte et qu'il ne soit jamais venu au monde. Alors, il aurait fais semblant de bien s'entendre avec lui pour que leur père et sa mère ne lui fassent plus de reproches sur son comportement. Mais, les paroles de Monsieur TURNER lui revinrent à l'esprit et, il fit ce qu'il devait faire.

- Tu n'entres pas ? lui demanda Anthony.
- Oh, tu sais, mon frère, il passe son temps dans sa chambre à jouer aux jeux vidéos alors…lui dit Elsa.
- C'est vrai ?
- Oui, pourquoi ?
- Avec des copains, on va souvent à la salle d'arcades de la " Sourderie ", tu connais ?
- Oui, j'y ai jamais été mais, on passe souvent devant avec des amis.
- Il y a une table de billard et des jeux d'arcades, si tu veux, un jour, on pourra y aller.
- Si mes parents sont d'accord.
- Je pense que notre père sera ravie de voir qu'on s'entend bien alors, il nous laissera y aller. Tu veux pas me montrer les jeux que tu as en attendant ?
- Et moi ? Je croyais que tu jouais avec moi ? lui demanda Elsa.
- On continuera à jouer tout à l'heure, de toute façon, je reste toute la soirée ici donc, on aura tout le temps de jouer.
- D'accord, tu vois, lui au moins, il joue avec moi, il n'est pas comme toi, dit Elsa à Fabien.

En temps normal, c'est-à-dire si Anthony n'existait pas, les remarques de sa sœur n'auraient pas affectées Fabien mais là, il avait peur qu'Anthony ne prenne sa place alors, si sa sœur lui faisait comprendre qu'elle préférait Anthony à lui, cela ne pouvait qu'aggraver les choses, c'est pour cela qu'il décida de partir sans rien dire. Il rejoignit sa chambre et, il s'y enferma jusqu'à ce qu'on l'appelle pour manger. Anthony était déçu de l'attitude d'Elsa, elle ne lui avait pas fais ces remarques dans le but de le blesser mais, c'était l'effet que cela avait eu sur Fabien. Alors, Anthony avait l'impression de se retrouver en face de Jimmy lorsqu'il voulait l'aider mais, qu'il refusait de l'écouter. La seule différence qu'il y avait entre Fabien et Jimmy c'était qu'Anthony était concerné par le problème qui perturbait Fabien et, lui aussi en souffrait. Anthony se demandait comment Monsieur TURNER aurait réagis s'il avait été à sa place, lui qui avait toujours su trouver les mots pour parler à ses élèves, il aurait bien eu besoin de son aide mais, il n'était pas alors, il devait faire avec ce qu'il lui avait appris et, se débrouiller seul. Mais, il savait par expérience, qu'il ne devait pas le forcer à parler s'il ne le voulait pas car, c'était comme cela qu'il s'était éloigné de son père alors, il décida qu'il valait mieux qu'il reste jouer avec Elsa et laisser Fabien venir de lui-même. Leur père vint les chercher pour manger et, il fut surpris de voir que Fabien n'était pas avec eux, il tenta alors de lui parler après qu'Anthony et Elsa décidèrent.

- Tout va bien, Fabien ?
- Pourquoi ça n'irait pas ?
- Pourquoi tu n'étais pas avec Anthony et Elsa ? Tu devrais être content qu'il passe la soirée avec nous, non ?
- Tu n'arrêtes pas de me dire ce que je devrais faire mais, t'es-tu seulement préoccupé de ce que je voulais, moi ? Tu ne peux pas me forcer à lui parler si je n'en ai pas envie.
- Je le sais mais, ce n'est pas facile non plus pour lui et, il faut que vous fassiez chacun un effort pour vous entendre.
- Et, si je n'ai pas envie de m'entendre avec lui ?
- Pourquoi tu ne le ferais pas ? Il t'a fais quelque chose ?
- Non mais, je n'en ai pas envie. Il m'a proposé d'aller avec lui à la salle d'arcades de la " Sourderie ".
- Eh bien, pourquoi tu n'irais pas ? Cela vous donnerait l'occasion de vous connaître, t'en penses quoi ?
- Je ne sais pas, peut-être que j'irai, on va manger ?
- Oui, descendons, ils doivent tous nous attendre.

Fabien et son père rejoignirent le reste de la famille. Ils étaient tous autour de la table, Elsa était assise à côté d'Anthony et Fabien était assis entre ses parents comme si Elsa et Fabien avaient choisis eux-même de se placer de sorte qu'Elsa ne soit pas à côté de son frère et, que Fabien ne soit pas à côté d'Anthony. ? Durant le repas, Fabien et Anthony ne se parlèrent pas, leur père essayait d'établir le contact mais, ils n'avaient pas l'air d'être prêt, plus particulièrement Fabien car, ce qu'Anthony cherchait désespéramment c'était connaître Fabien, même s'il avait des préjugés envers lui. Anthony arriva à passer une bonne soirée, bien qu'il ne voulait pas y aller, il n'avait pas été déçu car son père n'insistait plus autant pour qu'il lui parle, ils avaient passé leur première soirée ensemble depuis dix ans. Le plus dur pour Anthony c'était d'accepter que les choses changeaient et, que sa famille s'était agrandie.
Son père le raccompagna chez lui bien qu'il vivait à deux rues de chez eux, sur le chemin, ils discutèrent ensemble, son père essayait de reprendre sa place dans sa vie. Quant à Anthony, il essayait de gérer la situation du mieux qu'il le pouvait puis, ils arrivèrent devant la porte d'entrée.

- Tu ne voudrais pas revenir un autre jour à la maison pour manger ?
- Je ne sais pas, ça dépend.
- De moi ?
- Non, de Fabien. Je doute qu'il m'apprécie beaucoup, j'ai essayer de lui parler mais, ça n'a rien donné.
- Je le sais, il m'a dis que tu voulais l'emmener à la " Sourderie ".
- Oui, j'ai pensé que ça serait une bonne idée vu qu'il aime bien les jeux vidéos, c'est surtout pour ça que j'y vais souvent.
- Tu as bien fais de lui proposer mais, je pense qu'il lui faut encore du temps.
- Alors, j'espère qu'il finira un jour par m'accepter.
- Ne t'en fais pas.
- Je vais rentrer, maman doit m'attendre, au revoir, papa.

Il avait bien dis " papa " et, ce mot les surprit tous les deux, Anthony l'avait dis sans s'en rendre compte, cela lui avait échappé car en temps normal, c'est ce qu'il lui aurait dis mais, cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas appelé " papa ". Quant à son père, ce mot lui fit chaud au cœur et, il espérait qu'il le referait sans se retenir à l'avenir.

- Au revoir, Anthony.

Il ouvrit la porte d'entrée et, la referma, sa mère l'attendait dans le salon, comme elle le faisait toujours depuis quelques temps lorsqu'elle s'inquiétait pour lui, surtout que pour la première fois, ils s'étaient engueulés.

- Bonsoir, maman, tu sais, tu n'es pas obligé de m'attendre à chaque fois.
- Je le sais, Anthony mais, je me faisais du soucis pour toi. Je veux que tu saches que si je t'ai forcé à aller chez ton père, ce n'était pas contre toi.
- C'est rien, maman. Tu n'avais jamais été aussi dur avec moi avant, je n'ai pas compris sur le coup mais, j'ai fini par comprendre en parlant avec mon prof.
- Tu as pu lui parler alors ?
- Oui mais…Fabien est un de ses élèves.
- Et, cela te pose problème ?
- Pas vraiment, c'est juste que Fabien est mon demi-frère et, il me déteste, j'aurais préféré qu'il y ait une bonne entente entre nous, surtout s'il a le même prof que j'ai eu. J'ai tenté de lui parler mais, ça n'a pas marché, il en fait qu'à sa tête, il est comme Jimmy.
- Tu avais déjà remarqué avec lui que ce n'était pas toujours facile d'aider les autres, tu ne peux pas le forcer à te parler.
- Oui mais, c'est mon frère.
- Il y a à peine une semaine, tu le détestais toi aussi, tu ne le considérais même pas comme un être humain, il ne représentait rien pour toi et, maintenant, tu t'es habitué à lui, c'est bien mais, tu dois lui laisser le temps de s'habituer à toi aussi.
- Et, si papa partait ?
- Pourquoi il le ferait ? Il est revenu pour toi, tu le sais bien.
- Oui mais, qu'est ce qu'il l'empêchera de partir si Fabien ne m'aime pas ? Si un jour, il lui demande de rentrer à Sainte-Marie parce qu'il ne supporte pas de vivre ici et, que sa mère décide de partir, tu crois qu'il va laisser sa famille pour moi ?
- N'oublies pas que tu fais aussi partis de sa famille, c'est mon père, c'est tout, sa famille a lui, c'est sa femme et ses enfants, je ne représente rien face à eux.
- Ne dis pas ça. Arrête de t'en faire autant, ton père n'ira nul part, maintenant que tu te sens mieux et que tu arrives à parler plus ou moins à ton père sans voir le mal en lui, laisse les choses se faire et, prépare-toi à reprendre les cours.
- Oui, je sais, faudra bientôt que je dise à mon patron si je démissionne ou pas.
- Je pense que tu devrais te consacrer à tes études maintenant et, puisque ton père nous paie une pension alimentaire, tu n'as plus autant besoin de travailler. Commence à vivre ta propre vie, ne te soucis plus de ces problèmes, tu as passé trop de temps à t'en occuper, je préfère que tu te libères de tout ça et, que tu prennes ton envol. Je ne veux pas que plus tard, tu ais l'impression d'être passé à côté de certaines choses parce que tu auras passé plus de temps à t'occuper de moi que de toi.
- C'est marrant, j'ai l'impression d'entendre mon prof me parler…
- C'est bien si je commence à te faire réfléchir aussi.
- J'espère que tu as raison pour papa et Fabien, je vais me coucher, tu n'as pas besoin de moi ?
- Non, vas-y, ne t'en fais pas, ça va aller.

Anthony monta dans sa chambre, il y réfléchit un moment , il n'arrivait pas à s'endormir, il était trop préoccupé pour dormir. Il avait peur que son père ne s'en aille car il sentait que Fabien ne l'aimait pas. Ou peut-être il était préoccupé par le fait que son père veuille se réconcilier avec lui et, qu'il soit présent car il avait eu l'habitude qu'il ne le soit pas. En plus, cela lui avait demandé beaucoup de courage pour parler à Fabien et, il s'était senti rejeter alors, il ne savait plus trop ce qu'il devait faire. Il passa donc la nuit à réfléchir puis, lorsqu'il fut épuisé, il s'endormit.

Cinq jour plus tard, il entra à l'université de Versailles à Saint Quentin en Yvelines. Peter était avec lui en DEUG d'histoire tandis que Jimmy avait préféré faire études courtes alors, il ne suivit pas leurs traces. Peter et Anthony avaient la chance d'aller à une université qui n'était pas loin de chez eux contrairement à l'école de Jimmy qui se trouvait dans une autre ville, ce qui leur empêchait de se voir souvent. Ils avaient de bonnes horaires mais, ils leur arrivaient d'avoir des journées chargées, ce qui n'aurait pas permis à Anthony de continuer à travailler donc, il suivit les conseils de sa mère et, il démissionna. Un jour, lorsqu'Anthony et Peter rentrèrent des cours, ils rencontrèrent Fabien, sur le chemin du retour. Sur le moment, Anthony voulut l'éviter car, il avait peur qu'il le rejette mais, il alla quand même lui parler.

- Salut, lui dit-il.
- Salut.
- C'est un ami, Peter.
- Salut, Fabien alors, c'est toi son demi-frère, content de pouvoir mettre enfin un visage à ton prénom. A ce qui paraît, tu as Monsieur TURNER comme prof ?
- Oui.
- Tu sais que c'était notre prof l'an dernier.
- Non, enfin oui, j'en ai entendu parlé.
- Tu verras, c'est un bon prof, c'est plus Anthony qui pourra t'en dire plus sur lui car, ils parlaient beaucoup ensemble. Tu vas aller le revoir, au fait, Anthony ?
- Plus tard, je pense.
- Alors, qu'est ce que tu vas faire maintenant ? Tu vas rentré chez toi ou ? demanda Peter à Fabien.
- Je pense, pourquoi ?
- Tu pourrais venir avec nous à la " Sourderie ", on va jouer aux jeux vidéos, qu'est ce que tu en dis ?
- Je ne sais pas.
- Je ne te force pas à venir si tu ne le veux pas mais, tu sais que tu es le bienvenue.
- Alors, pourquoi pas ?

Ils partirent ensemble à la " Sourderie ", Anthony était content de pouvoir partager un moment avec Fabien, ils eurent du mal à se parler au début mais, ils réussirent à passer une bonne après-midi grâce à leur passion commune pour les jeux vidéos. Anthony apprit à Fabien à jouer au billard puis, la journée s'acheva alors, ils durent rentrer, Peter le premier, Anthony tenu à raccompagner Fabien chez lui. Au moment ils arrivèrent devant la porte de sa maison, leur père et sa mère rentrèrent du travail, ils furent surpris de les voir ensemble.

- Vous étiez où ? leur demanda Thomas.
- Je l'ai emmené à la "Sourderie", ça ne te gêne pas ?
- Non, du moment qu'il n'y va pas seul et puis, ça me fait plaisir de vous voir ensemble. Vous vous êtes rencontré où ?
- Je rentrais avec Peter de la fac et, je l'ai vu sur le chemin.
- Ah oui, c'est vrai que tu as commencé les cours, ça se passe bien ?
- Pour l'instant, on verra plus tard.
- Vous vous êtes bien amusé alors ?
- Oui, répondit Fabien.
- Alors, vous remettrez ça une prochaine fois ?
- Oui, un autre jour quand j'aurais le temps, répondit Anthony.
- Si tu veux, tu peux rester un moment à la maison, lui proposa Anne.
- Comme ça, je pourrai enfin te montrer mes jeux, lui dit Fabien.
- Oui, mais..
- Tu pourras appeler ta mère pour la prévenir, je ne pense pas que ça la dérangerait.
- Moi non plus.
- Alors, tu restes ? lui demanda Fabien.
- Oui mais, je ne devrais pas rentrer tard.
- Tu n'es pas loin, ça ira.

Anthony entra chez eux puis, il suivit Fabien dans sa chambre, leur père était content de les voir ensemble car, il y avait à peine une semaine, ils ne s'entendaient pas et, maintenant, ils avaient l'air d'être inséparables. Mais, Anthony avait le sentiment de mal agir, si un jour, on lui avait dis qu'il ferait passer son père avant sa mère, il ne l'aurait pas cru. Pour lui, il devait rester avec elle comme il l'avait toujours fais mais, c'est à croire que nous n'avons pas toujours conscience des conséquences de nos choix. Car, maintenant, il était partagé entre sa mère et son père, chose à laquelle il n'avait jamais encore été confronté auparavant et, le fait qu'il avait beaucoup de choses à apprendre de son père, influençait son choix, ce qui paraissait être compréhensible étant donné qu'il avait passé dix ans sans lui. Si nous avions l'opportunité de connaître quelqu'un qui nous tient à cœur, laisserons-nous passer cette chance ? Il est évident que nous voudrions en profiter mais, le problème c'est jusqu'à quel point pouvons-nous le faire ? Devons-nous agir différemment, changer qui nous sommes ? Comment pouvons-nous nous adapter à cette nouvelle situation et, contrôler tout ce qui se passe autour de nous si nous sommes tant préoccupé par cette envie de connaître l'autre, que nous n'avons pas conscience d'aller au-delà des limites ? Anthony commençait à accepter la nouvelle famille de son père, il voulait l'intégrer mais, quand était-il de sa vraie mère ? Elle était heureuse de savoir qu'ils s'entendaient bien ensemble mais, comment réagirait-elle si un jour, Anthony lui annonçait qu'il voulait vivre chez son père ? Il lui dirait sûrement que cela n'était que pour en apprendre plus sur lui mais, pourrait-elle l'accepter ? Si Anthony décidait de vivre seul ou avec quelqu'un pour une raison quelconque, cela serait tout à fait normal et chaque parent se prépare un jour ou l'autre à cette éventualité. Mais, il s'agissait de son père, lorsque nous passons dix ans à protéger quelqu'un et que cette personne nous quitter pour vivre avec celui dont nous la protégions, comment pouvons-nous l'accepter ? Comment ne pouvons-nous pas nous sentir trahis après tout ce que nous avons enduré à ses côtés ? Pouvons-nous en vouloir à notre enfant parce qu'il fait un choix qui ne nous convient pas ou devons-nous l'accepter parce que c'est notre fils et que si c'est ce qu'il veut vraiment, nous devons le soutenir ?
Toutes ces questions ne représentaient rien à l'époque pour Anthony car il n'était pas conscient des risques qu'il prenait en prenant un chemin qu'il n'aurait jamais pris auparavant. Mais, toutes ces questions, seraient présentes dans son esprit et celui de sa mère, s'il laissait les choses se faire d'elles-mêmes. Que deviendraient-ils alors si la situation leur échappait ? Comment l'affronteraient-ils ?

 

CHAPITRE XIII

Ce soir-là, Anthony commença à changer car non seulement, il passa la soirée chez son père mais, il y dormit. Il hésita longtemps avant de prévenir sa mère, il ne savait pas comment lui dire qu'il voulait dormir ailleurs alors, il prétexta que son père l'avait presque forcé à rester chez lui pour qu'il s'entende mieux avec Fabien mais, il lui fit comprendre qu'il était contre cette idée. Sa mère tenta de le soutenir en lui disant que ce n'était que pour une soirée mais, elle n'imaginait pas que son fils lui mentait autant et, ce n'était peut-être que le début. Peut-être qu'à ce moment précis, Anthony aurait dû lui dire la vérité car, il était évident que cela n'allait pas être son dernier mensonge et, plus il en dirait, plus elle serait blessée lorsqu'elle finirait par s'en rendre compte. Mais, en même temps, comment Anthony pouvait-il lui dire ? Il sentait que cela lui ferait du mal mais, dans les deux cas, il lui aurait fais du mal, la seule différence c'est que s'il avait eu le courage de lui parler, ils auraient pu s'y préparer ensemble. Il dormit dans la chambre de Fabien, son père n'avait pas encore prévu d'y aménager un deuxième lit alors, Anthony dû dormir sur un matelas jusqu'à ce qu'il en achète un. A vrai dire, son père fut très surpris de voir qu'Anthony tenait à passer la nuit chez lui, personne ne lui avait proposé, il l'avait lui-même décidé et, bien évidemment, personne ne s'y était opposé. Il avait ressentis comme un vide dans sa vie, le besoin d'aller chercher ailleurs ce qu'il lui manquait alors, c'était pourquoi il avait décidé de partir mais, devait-il pour autant trahir sa mère ? Fabien était content d'accueillir Anthony dans sa chambre, Elsa était jalouse qu'Anthony ne dorme pas dans sa chambre mais, cela n'était qu'un simple détail comparé aux erreurs qu'Anthony était en train de commettre. Le jour suivant, aucun d'eux n'avait cours, le week-end commençait à peine alors, Anthony voulut rester chez son père jusqu'au lendemain. Sa mère commençait à trouver étonnant le fait qu'il veuille tout d'un coup y passe tant de temps. Durant ce week-end, Fabien et Anthony passèrent leurs temps à la " Sourderie ", Anthony en profita aussi pour faire quelques balades autour du lac seul avec son père. Pour la première fois, ils avaient l'air de faire partis de la même famille, son père reprenait peut à peu sa place dans sa vie mais, au détriment de sa mère qui ne l'avait pas vu du week-end sauf lorsqu'il était passé prendre des affaires. Lorsqu'il rentra chez lui, elle était en train de discuter dans le salon avec Michèle. Sur le coup, il crut que sa mère lui avait dis ce qui s'était passé avec Kévin mais, il comprit qu'elle l'avait gardé pour elle et puis, Kévin était partis étudié à l'étranger alors, il ne pouvait plus lui faire de mal.

- Bonjour, Michèle, lui dit-il.
- Bonjour, Anthony, tu as passé un bon week-end ?
- Oui, j'étais chez mon père.
- C'est bien que vous vous entendiez bien. Je dois vous laisser maintenant, à bientôt.
- Au revoir.

Michèle partit puis, Anthony remarqua que sa mère avait l'air triste.

- Tout va bien, maman ?
- Oui.
- Cela n'a pas été trop dur sans moi ce week-end ?
- Non, c'est vrai que ça a fais un vide car j'ai l'habitude que tu dormes ici mais, je suis contente que tu ais pu profiter de ton père.
- Oui, ça m'a beaucoup plu.
- Mais, tu sais, Anthony, tu as le droit de passer du temps avec ton père si tu le veux, tu n'as qu'à me prévenir avant.
- D'accord, je vais dans ma chambre.

Sa mère resta seule dans le salon, elle avait l'impression qu'elle était en train de perdre son fils, elle ne pouvait pas l'empêcher de voir son père même si cela lui faisait du mal mais, elle était loin d'envisager le fait qu'Anthony puisse partir pour son père. L'idée lui avait déjà traversé l'esprit mais, elle ne pensait pas que cela pouvait arrivé. Et, ce qu'Anthony craignait c'est que son père s'en aille, c'est pourquoi il passait autant de temps avec lui. Les cours reprirent et, les week-end qu'Anthony passait chez son père devinrent plus fréquents, il lui installa un lit dans la chambre de Fabien et, il commença à y dormir même en semaine.
Un soir, pendant qu'Anthony et Fabien s'apprêtaient à dormir, Fabien eut envie de lui parler de son père.

- Je suis désolé, lui dit-il.
- Pourquoi ?

Anthony se demandait de quoi il pouvait bien lui parler.

- D'avoir pris ta place. Enfin, je n'ai jamais voulu la prendre, je n'étais même pas au courant que j'avais un frère quelque part et, je sais que ça n'a pas été facile pour toi d'apprendre que j'étais né trois ans après toi.
- Oui mais, tout s'est arrangé maintenant, c'est pas la peine de t'excuser.
- Tu l'aimes bien Monsieur TURNER,
- C'était mon prof préféré et, ça le restera toujours, on peut dire qu'il m'a marqué à vie.
- Alors, c'est vrai ce que papa dit, il t'a aidé à t'en sortir ?
- La seule chose qu'il a fait pour moi c'est m'écouter et, on ne peut pas dire que beaucoup de personnes l'ont fais. Mais, il n'a pas passé son temps à m'aider, la plupart du temps, je me débrouillerai seul, je l'ai toujours fais alors pourquoi ça devrait changer ? Monsieur TURNER, il a été comme un repère pour moi, il m'a donné une autre vision des choses, il m'a fais comprendre que la vie valait la peine d'être vécue, qu'il ne fallait pas être triste lorsqu'on avait des raison d'être heureux et, surtout j'ai pris conscience qu'il existait encore des bonnes personnes sur terre, des personnes qui te communiquent leur joie de vivre rien que par leur présence. J'ai compris aussi qu'il y avait de la place pour moi dans ce monde même si j'ai souvent eu l'impression qu'il ne voulait plus de moi. Tu ne lui as jamais parlé ?
- Non, à part pour les cours.
- J'ai mis beaucoup de temps à lui demander de m'aider en maths ou même à lui parler tout simplement.
- Pourquoi ? Si c'était ton prof préféré ?
- Il faut dire qu'au début, il m'effrayait un peu dans le sens où je n'avais jamais eu de prof comme lui et puis, je me suis habitué à lui mais, il m'arrive parfois maintenant que je ne suis plus au lycée, de regretter de ne pas lui avoir parlé avant car l'année est passée beaucoup trop vite.
- Mais, tu pourras toujours passer le voir au lycée.
- Oui mais, je ne serai plus son élève les choses seront différentes maintenant.
- Et bien, je suis son élève, pendant une année, ça te donne toujours l'occasion de le voir.
- Merci, n'hésites pas à lui parler si tu en as besoin, ne fais pas comme moi, ne gâches pas es chances de connaître une fois dans ta vie quelqu'un de bien, de profiter au maximum des choses qu'il peut t'apprendre que ça soit en tant que prof ou en tant qu'adulte.
- Je m'en souviendrai mais…je m'attendais à ce qu'il me parle de toi, vu que tu lui as dis qui j'étais, non ?
- Oui mais, il préfère sans doute me laisser faire face à la situation seul car il sait que je peux m'en sortir et que si j'y arrivait pas, que je saurai trouver de l'aide autour de moi. Si on dormait ? A moins que tu ais d'autres choses à me dire ?
- Non, ça m'a fais plaisir de parler avec toi.
- Eh bien, on pourra remettre ça mais pas avant demain car je suis trop fatigué pour continuer à discuter.

Ils n'eurent pas de mal à s'endormir tant ils étaient épuisés par leur journée, ils avaient eu leur première discussion sérieuse, une discussion qui leur fit à chacun du bien car, il n'y avait plus de colère entre eux, c'était comme s'ils s'étaient pardonnés les erreurs qu'ils n'avaient jamais commise mais dont ils avaient été victimes. Anthony ne lui en voulait plus d'avoir Monsieur TURNER comme professeur, il voyait les choses d'une autre façon et, il était heureux se savoir qu'il avait un bon professeur et, il espérait qu'un jour, ils se parleraient, que les choses qu'il lui dira lui serviront autant qu'elles lui ont servis et, qu'elles continueront à le faire tout au long de sa vie.

Mais alors que les choses s'arrangeaient entre Anthony et la famille de son père, elles s'aggravaient avec sa mère car, ils n'arrivaient plus à communiquer comme ils le faisaient avant. Ils étaient sans cesse en conflit pour une quelconque histoire, ils n'avaient aucune raison de s'en vouloir mais, il ne se passait pas un jour sans qu'ils passent un mauvais moment. Anthony était souvent énervé lorsqu'il était chez lui, à table, il ne prenait plus le temps de manger, prétextant qu'il avait trop de devoirs à faire, il rentrait tard le soir car il passait son temps libre à la " Sourderie " avec Fabien et Peter. Puis, il attendait toujours que son père rentre du travail pour lui parler, il n'en avait pas forcément besoin à tout prix mais, il avait simplement envie de profiter de son père. Mais, sa mère ne supportait plus de le voir agir ainsi vis-à-vis d'elle, c'était comme si elle avait cessé d'exister, comme si elle ne représentait plus rien pour lui et, que ces années où elle avait été près de lui, il ne les avait jamais vécues. Elle souffrait intérieurement et, elle partageait sa peine avec Michèle qui lui conseillait de lui parler mais, elle ne savait pas comment s'y prendre, elle avait peur de s'emporter et, de lui dire des choses qu'elle ne pensait pas ou peut-être qu'elle avait besoin de laisser sortir d'elle des choses qu'elles ne pouvaient plus cacher en elle et, qu'Anthony avait besoin qu'elle le laisse libre de ses actes, c'était sans doute pour cela qu'ils n'arrivaient plus à communiquer car, ils enfouissaient au fond d'eux même tout ce qu'ils avaient besoin de se dire et, que tout ce qu'ils n'arrivaient à sortir d'eux même, c'était de la colère.

Cette colère fut plus intense lorsqu'Anthony décida de partir vivre chez son père, pas seulement parce qu'il éprouvait le besoin d'être avec lui mais aussi parce qu'il ne supportait plus l'ambiance qui régnait entre sa mère et lui. Il mit deux semaines à se décider de lui avouer et bien sûr, le choc fut immédiat pour sa mère. Il était dans sa chambre lorsqu'elle y passa pour lui amener des affaires, elle fut surprise de voir qu'il ne lui restait presque plus d'habits dans son armoire.

- Pourquoi ton armoire est pratiquement vide ?
- Il faut que je te parle.
- Qu'est ce qu'il y a ? Tu pars en voyages avec ces sacs ?

La question lui parut si stupide, Anthony l'aurait sûrement prévenu s'il devait partir en voyage à moins qu'il ne voulait lui en faire la surprise mais, ce n'était pas le cas.

- J'ai décidé d'aller vivre quelques temps chez papa, ce n'est pas définitif, c'est juste que j'ai besoin d'être avec lui.
- Tu n'es pas bien avec moi ?
- Ce n'est pas ça, je veux juste le connaître.
- Mais, tu n'as pas besoin d'y vivre pour ça.
- Cela m'aidera et, je pense que ça sera mieux pour nous aussi.
- Nous aussi ?
- Oui, on passe trop de temps à se disputer, j'ai besoin de changer d'air.
- Et, tu reviendrais dormir quand même ici quelquefois ?
- Oui, bien sûr, je ne pars pas loin, ne t'en fais pas.
- Alors, si c'est vraiment ce que tu veux.
- Oui et, je dois y aller, papa doit m'attendre en bas.
- Tu t'en vas déjà ?
- Oui, j'ai pas pu te prévenir avant, je suis désolé.
- Qu'est ce qui t'en aurais empêché ?
- Nous passions notre temps à nous disputer, ce n'était pas le moment.
- Mais, tu aurais pu au moins me prévenir avant !
- L'important, c'est que je ne parte pas sans te le dire, c'est ce que tu aurais préféré que je fasse ?
- Ne me parles pas comme ça, Anthony.
- Je sais, sinon on va encor s'engueuler, c'est pour ça que je pars d'ailleurs.

Anthony prit ses affaires et, il partit rejoindre son père qui l'attendait dans sa voiture, il n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de faire, il était partis de chez lui sur une dispute et, il n'imaginait pas les conséquences que cela pourrait avoir sur sa vie. Il pensait que les choses seraient faciles, qu'il vivrait mieux chez son père et qu'il n'avait plus besoin de sa mère mais, comment ferait-il s'il voulait revenir vers elle ? Plus il laissait passer le temps sans tenter de se réconcilier avec elle, plus cela serait dur mais, il n'y pensait pas encore sur le moment, il pensait qu'à sa nouvelle vie. La famille de son père était heureuse de l'accueillir chez eux, son père était encore plus heureux qu'Anthony lui ait proposé de l'héberger mais, il ignorait que la situation s'était autant aggravée avec sa mère. S'il l'avait su, il aurait sans doute tenu à ce qu'Anthony ne s'explique avec sa mère avant de l'accueillir mais, c'était à croire qu'Anthony les avait tous manipulé pour qu'aucun d'eux ne l'empêche d'aller vers son but. Cependant, sa façon d'agir était la meilleure façon de s'écrouler et de s'éloigner de son but car il n'était plus lui-même. Peu à peu, cela se ressentirait autour de lui et, il ne pourrait plus les manipuler, il devrait faire face à ses problèmes. Sa mère aurait pu en discuter avec Thomas mais, on aurait dis qu'elle tenait à se débrouiller seule, à croire que c'est d'elle qu'Anthony tenait cette volonté de tout garder pour lui. C'est ainsi qu'il entama sa nouvelle vie dans une nouvelle maison, une vie qui semblait lui convenir où il se croyait à l'abri d'une dispute familiale ou de n'importe quel problème qu'il avait dû affronter avec sa mère. Il croyait surtout que son père ne partirait pas s'il vivait avec lui mais, il vivait déjà avec lui la première fois qu'il l'avait abandonné alors qu'est ce qui l'empêcherait de recommencer s'il le voulait ?
Anthony était si heureux de revivre avec son père et d'avoir un frère qu'il ne souciait même plus de sa mère. Depuis son départ, il n'avait pas pris la peine de lui parler, il regrettait sans doute ce qu'il lui avait dis alors, il ne savait pas comment revenir vers elle ou peut-être qu'il ne s'était pas encore passé quelque chose qui l'aurait fais réagir ou peut-être encore qu'il avait si bien caché à son entourage la vérité, que personne ne pouvait lui dire que ce qu'il faisait était mal. Il s'entendait de mieux en mieux avec Fabien, il passait parfois des après-midi ensemble, il lui donnait des conseils lorsqu'il n'en avait besoin, il était un peu une sorte de Monsieur TURNER, en plus jeune mais, beaucoup moins expérimenté pour comprendre ses erreurs.
Un jour, Anthony partit chercher Fabien au lycée, Fabien sortait du cours de Monsieur TURNER et, Anthony se dirigea vers eux. Sur le moment, il n'eut aucune idée de ce qu'il pourrait lui dire s'il lui demandait s'il allait bien, il lui dirait naturellement qu'il était heureux de vivre chez son père, en pensant que Fabien lui en avait déjà parlé. Mais, pouvait-il aussi mentir à Monsieur TURNER, pouvait-il trahir la confiance qu'il avait en lui ?

- Bonjour, Anthony, lui dit-il.
- Bonjour, Monsieur, ça va Fabien ?
- Oui et toi ?
- Je suis un peu fatigué, on aurait pas dû se coucher si tard.
- C'est vrai.

Anthony comprit au regard de Monsieur TURNER qu'il ignorait qu'il vivait chez son père et là, il sentait que cela serait difficile de tout lui expliquer sans lui mentir.

- Je vis chez mon père, lui dit-il avec une voix hésitante comme s'il tentait de s'excuser pour quelque chose qu'il avait fais.
- C'est bien pour toi, c'est ce que tu voulais, non ? Etre proche de ton père, je t'avais dis que tu finirais par y arriver.
- Oui, ça a été dur mais ça va maintenant.
- Tant mieux, je suis au moins content de le savoir, tu ne parles pas beaucoup comme Anthony, Fabien.
- Non, j'ai pensé que c'était plus à Anthony de vous lui dire vu qu'il vous en avait déjà parlé.
- Et toi, tu es content qu'il vive avec toi ?
- Oui, on partage la même chambre, on s'entend bien.
- Et ta mère, Anthony ?
- Ma mère ?
- Oui, comment elle le supporte ? ça doit pas être facile pour elle de te voir partir chez ton père mais, je suppose que tu fais tout pour la soutenir.

Anthony ne lui répondit pas, il sentait que s'il lui mentait, il le découvrirait, il aurait même pu savoir les erreurs qu'il avait faîte rien qu'en l'observant.

- Fabien, tu veux bien aller attendre Anthony dans le hall, je dois lui parler.
- D'accord.

Fabien partit sans chercher à comprendre ce qu'il avait à lui dire de si important pour qu'il ne doive pas l'entendre.

- Alors, Anthony, qu'est ce qu'il y a ?
- Rien.
- Eh bien, pourquoi tu ne me réponds pas ?
- Je…je me suis disputé avec ma mère.
- Va lui parler, ça s'arrangera. C'est vraiment pour ça que tu ne me parles pas ?
- Je ne l'ai pas vu depuis deux mois…depuis que je suis partis vivre chez mon père.
- Et, vous êtes resté sur votre dispute ?
- Oui.
- Et ton père, il en pense quoi ?
- Il ne le sais pas.
- Tu veux dire que tu es partis chez lui comme ça ?
- Oui, il croit que je la vois régulièrement.
- Et, tu trouves pas ça normal ? Il n'y a pas quelque chose qui te choque lorsque tu me dis ça ? Tu crois pas que tu aurais dû lui dire la vérité et soutenir ta mère ? Dans quel état tu crois que tu l'as mise ?
- Elle va bien.
- Qui te l'as dis ?
- Personne mais je m'en doute.
- Donc, tu n'en es pas sûr.
- Non mais, pourquoi voulez-vous qu'elle aille mal ?
- Je ne le veux pas mais je veux que tu comprennes que tu ne peux pas rester une dispute, tu ne sais ce qui peut se passer.
- Il ne se passera rien.
- Même en grandissant, tu ne changes pas, tu es toujours aussi têtu, pourquoi tu as décidé de vivre chez ton père ?
- Parce que j'en avais envie.
- Non, pourquoi ? Je veux que tu me dises la vraie raison, je ne suis pas ton père, tu ne peux pas me faire croire autre chose que ce que je sais déjà.
- Qu'est ce que vous savez ?
- Si c'est vraiment parce que tu avais de vivre avec ton père que tu l'as fais, pourquoi je ne suis pas au courant ?
- Fabien ne vous connaît pas assez pour vous parler ?
- Je te parle pas de toi, Fabien n'est pas concerné. La dernière fois que je t'ai vu, tu m'as appris que ton père était revenu et, tu ne m'en avais pas parlé avant car tu étais gêné que je découvre la vérité alors tu veux maintenant me faire croire que ce n'est pas pour la même raison que tu ne m'as pas dis où tu vivais ? Tu as toujours tenu à me parler et après notre discussion, je m'attendais à ce que tu me dises au moins que tu allais bien alors maintenant, dis-moi pourquoi tu vis chez ton père ?
- Parce que je ne veux pas qu'il parte, je veux rattraper le temps perdu et…parce que j'en ai marre de m'engueuler à chaque fois avec ma mère.
- Tu crois vraiment que c'est en vivant avec lui qu'il restera et puis, je ne vois pas pourquoi il le ferait. Pour ta mère, tu crois que ça arrangera les choses si tu fuis tes problèmes ? Tu crois que des disputes tu n'en auras pas avec ton père ? Que tu vives avec ton père ou ta mère, ça ne changera rien, c'est la personne avec qui te sens le mieux pour vivre qui fait la différence et, c'est à toi de savoir chez lequel de tes parents tu te le sens le mieux car, tu ne peux pas partir à chaque dispute, tu seras toujours en conflit avec eux et tu passeras ton temps à fuir, tu ne seras jamais en paix avec toi-même.
- Je crois que la situation m'a échappé.
- Va falloir que tu te débrouilles pour reprendre le contrôle de toi-même.
- Vous ne cessez jamais de donner des leçons ?
- Pas tant que tu ne n'arrêteras pas de faire des conneries et puis, c'est toi qui veut toujours me parler, lui dit-il en plaisantant.

Anthony partit rejoindre Fabien, il ne lui posait pas de questions sur leur discussion, Anthony était malgré tout préoccupé par une des choses que tu lui avais dîtes Monsieur TURNER, qu'avait-il voulu lui dire lorsqu'il lui avait demandé ce qui pourrait se passer pour sa mère s'ils ne se réconciliaient pas ? Anthony avait un mauvais pressentiment, il craignait que quelque chose ne lui soit arrivé, il était persuadé qu'on l'aurait mis au courant si cela avait été le cas mais, si personne n'avait pu le joindre, s'il ne cherchait pas à la voir, comment pouvait-il le savoir ?
Lorsqu'ils rentèrent chez eux, leur père était déjà là, il était rentré plus tôt du travail, ce qui surprit Anthony mais, il comprit lorsqu'il demanda à lui parler seul.

- Est ce que tu as parlé à ta mère dernièrement ?
- Oui.
- Ne me mens pas Anthony. Je viens d'avoir Michèle au téléphone, elle m'a dis que tu t'étais disputé avec ta mère, que ça faisait un moment que vous vous disputiez et, que tu ne l'avais pas revu depuis ton départ. C'est vrai ?
- Oui.
- Pourquoi tu ne m'as rien dis ?
- Je ne voulais pas que tu me forces à rester avec elle.
- Tu es libre d'aller où tu veux mais tu n'as pas à nous mentir.
- Je ne voulais pas que tu parles encore une fois.
- Pourquoi tu m'es mis cette idée stupide dans la tête ?
- Je ne sais pas, quand j'ai vu que Fabien ne m'aimait pas, j'ai eu peur.
- Et c'est pour ça que tu es venu vivre ici ?
- Au début, oui mais, maintenant, je me sens bien avec vous, je veux y rester.
- Tu n'as pas été honnête avec moi, ni avec personne d'ailleurs, je ne te demande pas de partir mais, je veux que tu réfléchisses à ce qui est le mieux pour toi, je veux que tu décides toi-même de l'endroit où tu veux vivre.
- Je ne sais plus.
- Tu auras le temps d'y réfléchir sur le chemin.
- Où on va ?
- A l'hôpital, ta mère a eu un accident de voiture, elle était préoccupée, elle a perdu le contrôle de la voiture. Elle va bien, elle n'a que des blessures légères mais, elle est surtout choquée, je crois qu'elle a besoin que tu sois près d'elle.
- C'est de ma faute, pas vrai ?
- Non, ça aurait pu arriver pour n'importe quelle raison mais, il va falloir que tu prennes tes responsabilités et que tu répares tes erreurs.

Ils partirent avec Fabien à l'hôpital, Anthony était anxieux rien qu'à l'idée de voir sa mère, il s'en voulait d'avoir mis tant de temps à revenir vers elle, il n'arrivait pas à comprendre ce qui l'avait poussé à s'éloigner d'elle durant ces deux derniers mois. Il n'y avait aucune raison qui justifiait son acte, comme son père n'avait eu aucune raison de l'abandonner. Cet accident le fit revenir à la réalité, il comprit qu'il ne devait plus continuer de jouer avec ses proches et, qu'il devait soutenir sa mère comme elle l'avait toujours fais pour lui. Sa mère était consciente lorsqu'ils arrivèrent dans sa chambre, elle était heureuse qu'Anthony soit là. Ils parlèrent seuls un long moment ensemble, comme s'ils ne s'étaient pas vu depuis des années, Anthony s'excusa de l'avoir négligée mais, elle lui fit comprendre que l'important était qu'à présent, il soit là. Il tenu à rester à ses côtés durant la nuit, les médecins ne s'y opposèrent pas. Il passa la nuit près d'elle comme il l'avait fais lorsque son père était partis. Elle resta une semaine à l'hôpital, Anthony passa son temps entre l'université et l'hôpital. Le jour où elle en sortit, il était venu la chercher avec son père. Avant qu'ils n'y aillent ? Anthony tenu à parler à son père pour lui dire qu'il avait réfléchis à l'endroit où il se sentait le mieux et, il comprit que c'était chez sa mère. Car, ils avaient encore besoin l'un de l'autre et, ce n'était pas comme ça qu'il devait partir, les choses avaient voulu qu'il grandisse avec elle, il n'avait pas de raison de partir chez son père alors qu'il vivait juste à côté de chez lui. Son père comprit qu'il avait besoin de revenir chez elle, il le laissa partir et, il était fier qu'Anthony soit venu lui parler sans lui mentir. Il les ramena chez eux, sa mère ne voulait pas qu'Anthony se sacrifie pour elle, elle ne voulait pas l'empêcher de faire ce qu'il voulait mais, Anthony avait fais son choix et, c'était aussi pour lui qu'il voulait revenir chez elle. Il avait compris qu'il ne pourrait pas retenir son père s'il voulait partir mais, aussi qu'il ne partirait pas maintenant. Quant à Fabien, il était un peu déçu qu'Anthony s'en aille mais, ils continueraient à se voir. Il savait qu'il aurait d'autres disputes avec sa mère mais, il ne voulait plus fuir, il voulait profiter de sa vie, sans avoir à se cacher, les choses allaient pouvoir s'arranger, il pourrait enfin être en paix avec lui-même.

Quatre mois plus tard, il revint voir Monsieur TURNER au lycée, il n'avait pas de raison particulière, il voulait simplement lui parler.

- Bonjour, vous vous attendiez à me voir ?
- Je devrais ?
- Vous avez toujours eu l'air de savoir ce que j'avais à vous dire.
- Non, ça fait quatre mois que je ne t'ai pas vu et, aujourd'hui, j'ignore pourquoi tu es là.
- Fabien ne vous a pas dis que j'étais revenu chez ma mère ?
- Il m'en a vaguement parlé.
- Vous m'avez dis que l'important c'était que je vive avec la personne avec qui je me sentais le mieux et, j'ai fais mon choix.
- Qu'est ce qui te fait dire que c'est le bon choix ?
- Rien, je sais seulement que c'est ce que je veux et, que c'est à ses côtés que ma place se trouve pour l'instant, après je m'adapterai, je n'y suis pas encore, on verra bien ce qui se passera.
- Alors, tu es en paix avec toi-même et ta famille, tu vas pouvoir enfin prendre ton envol, vivre pleinement ta vie et ne plus baisser les bras lorsque tu auras des problèmes, car tu sais bien que si tu ne les affrontes pas, tu ne cesseras de fuir, tu n'avanceras pas dans ta vie et, tous tes rêves ne se concrétiseront pas car, je suppose que tu as pleins de rêves, non ?
- Oui, j'ai un tas de projets mais, je ferai tout pour y arriver.
- Alors, j'espère que ça marchera et, je suis content que tu sois enfin en paix avec toi-même et, j'espère que tu le resteras.
- Maintenant, je peux vous remercier pour m'avoir aidé. Car, vous m'aviez dis que je devais le faire quand je serai en paix avec moi-même et, je le suis alors, je vous remercie.
- Je n'ai fais que te guider, c'est toi qui as su prendre les bonnes décisions pour revenir dans le droit chemin, tu as fini par te débrouiller seul, tu n'as même pas eu besoin de moi pour savoir où était ta place.
- Alors, ça veut dire que je ne vous reverrez plus ?
- Tu as besoin que je t'aide à résoudre un problème pour me voir ? Il me semble bien que tu es là et tout va bien pour toi.
- Oui.
- Et puis, tu crois vraiment qu'avec tous tes projets, tu auras le temps de penser à tout ça ? Ne t'arrêtes pas sur ces choses-là, continue d'avancer.
- J'ignore si je vous reverrez un jour mais, en tout cas, je sais que je ne pourrai jamais vous oublier et, ce ne sont pas mes projets qui pourrant m'empêcher de me souvenir de vous car, il y aura toujours un peu de vous dans la façon de gérer ma vie.

Anthony resta discuter avec Monsieur TURNER, comme si c'était la dernière fois qu'ils avaient l'occasion de se parler, que les choses seraient différentes une fois que leur discussion toucherait à sa fin. Anthony était triste de devoir lui dire au revoir car, il avait cru en lui autant qu'il ne croyait en lui-même mais, il savait que les choses devaient se passer de cette façon, même s'il aurait voulu qu'elles soient différentes. Il reviendrait sûrement le voir au lycée en allant chercher Fabien ou à d'autres occasions.
Anthony grandirait, il gérerait sa propre vie, il se souviendrait des paroles de Monsieur TURNER et, peut-être que quinze ans plus tard, il irait le voir pour lui dire qu'il avait su rester en paix avec lui-même, qu'il avait survécu alors, Monsieur TURNER serait fier de lui et, il pourrait constater que tout ce qu'il lui avait dis lorsqu'il était jeune l'avait accompagné durant sa vie, et l'avait aidé à la gérer du mieux qu'il le pouvait…

Sloane, sloane01@hotmail.com

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