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Un
ange passe Fabien, juin 2004. |
"-Je t'aime
-C'est ça! C'est pour me prouver ton amour que tu t'es jeté dans les bras de cette grosse conne!!! Eh ben, tu vois, on a pas du tout la même vision de l'Amour. Pour moi, quand on aime une personne, on ne la fait pas souffrir comme tu l'as fait avec moi. J'ai eu mal. Et, en plus, tu m'as humiliée.
-Ce n'est pas si simple. Je pense qu'il faut qu'on en parle!
-Tout a fait! C'est après la première ou la seconde ligne qu'elle a abusé de toi? Parce que c'est ça la solution. Elle t'a drogué afin d'abuser de toi. Tu n'as jamais voulu coucher avec elle! Que ce devait être dur de lui résister. Une blonde avec un 95C! je te comprend maintenant! Je pense bien que je vais t'excuser. Après tout, tu n'es qu'une victime des circonstances. Une bombe de sex a envie de toi. Pourquoi tu aurais résisté? Normalement, je pouvais pas être au courant. Eh ben, pas de chance.
-On se connaît depuis une dizaine d'années, elle et moi.
-Et tu couches avec toutes tes amies! Préviens les autres! Elles seront peut-être intéressées. Depuis qu'on est ensemble, t'arrête pas de me tromper. J'en ai marre de supporter ça depuis trois ans. Tout le monde me conseille de te quitter depuis maintenant un an. Je pense que je vais finir par suivre leur conseil. Tout est fini entre nous. Tu n'as qu'à aller rejoindre ta pétasse. Tu sais la brune avec laquelle tu as couché dans le lit de mes parents! Elle devrait pouvoir t'accepter… Je suis désolée, j'oubliais qu'elle vivait encore chez ses parents. C'est vrai que c'est souvent ainsi quand on a seize ans. Tu te rends compte que tu as vingt-deux ans!!!
-Et alors !? L'amour n'a pas d'âge!
-Non, mais il a une décence. Elle était mineure. Ses parents pouvaient porter plainte pour détournements de mineur. Et, ils l'ont fait! Mais tu devais t'en douter. Tu as dû calculer les risques de tes actions. J'espère que tu y as gagné quelque chose, car je peux t'assurer que tu vas y perdre. Un procès est toujours dur à porter. Cherche-toi un autre job!
-Pourquoi?
-Tu crois qu'on va te garder comme animateur dans une école?! Ils vont te virer, ils en ont le droit. Ce n'est qu'une question de temps. Et, le temps t'est maintenant compté.
-Tu me jettes ces deux erreurs à la figure comme si je n'avais rien fait d'autre.
-Exact! Il y a eu aussi Estelle, Virginie et Florence!
-On a vécu de bons moments!
-Mon pauvre Jean-Philippe! Ces bons moments ont existé, mais ils sont immergé sous tes tromperies. J'en peux plus! Je ne peux plus le supporter!
-Mais, Anya, mon amour…
-Va-t-en!!! "La colère est réelle. Ce sentiment est d'autant plus accentué par la déception. Déçue, Anya ne cesse de l'être. Plus le temps passe, plus elle se demande pourquoi elle n'a pas agit de la sorte plus vite. La raison est simple et évidente. Elle l'aime. Malgré tous les souffrances qu'il lui a fait subir, elle est encore amoureuse de lui. Leur première rencontre ne présageait rien de tel. La première année était tout simplement le paradis. Il s'occupait d'elle comme on s'occupe d'un être aimé. Il était un ange. Mais, le mensonge s'est vite éventé. Deux jours après leur premier anniversaire, elle l'a surpris avec une autre fille. Ils avaient emménagé ensemble depuis seulement un mois. Il l'a persuadé qu'il ne recommencerait pas. Elle l'a crue. Il en a été de même a chaque fois que cette situation se reproduisait. Peu à peu, elle s'est séparés de l'ensemble de ses amis qui lui conseillait de cesser cette relation destructrice. Elle ne voulait pas les croire. Elle voulait pouvoir se rattacher à l'idée que Jean-Philippe changerait. Aujourd'hui, elle a compris que ce n'était pas possible. Sa décision est prise. Tout est fini entre eux. Mais, l'Amour est toujours présent en eux. L'amour et moi! Moi, qui suis-je? Personne de bien important. Je suis juste ce que certains ont appelé un 'ange gardien'. Je ne suis rien de tel. Je suis juste quelqu'un qui sait reconnaître un véritable Amour quand il existe. Pour vous faciliter les choses, dites-vous que je suis un ange. Mais Dieu n'est en rien mon patron. Disons que j'agis en free-lance. Assez parlé de moi. Parlons de notre couple! C'est vrai que JP a l'air d'un salaud mais il a un bon fond. Il suffit de lui faire comprendre ce qu'il risque de perdre. C'est pour ça que je suis là. Si je lui montrais son avenir sans Anya. Je peux vous dire qu'il n'est pas glorieux. Cannabis, alcool et prostituées sont de la partie. Quant à elle, elle va regretter cet amour toute sa vie. Elle va en finir vieille fille. Quel programme! Vous comprenez mon angoisse. Je vais vous raconter comment s'est passé la première tromperie de JP.
Il y a de cela trois ans. Anya rentrait de son travail plus tôt que prévu. Un client s'était décommandé.(Elle est avocate). Elle pensait faire une surprise à JP. Elle était si heureuse d'avoir emménagé avec lui. Il était toute sa vie. Elle était donc rentré discrètement. A la place du silence attendu, elle entendit un petit gloussement féminin. Elle se demanda ce que c'était, et suivit la trace des bruits entendus. Plus elle s'approchait de la chambre, plus les bruits entendus se rapprochait de cris de jouissance. Excusez mes mots mais je ne peux rien dire d'autre. Elle hésite avant d'entrer, puis agit d'un pas décidé.
" -Oh mon Dieu!
-Anya, c'est pas ce que tu crois! (Eh, les gars! Abandonnez cette réplique! Elle est stupide)
-Donc, t'es pas en train de me tromper, de coucher avec une autre fille!… Bonjour mademoiselle.
-Je pensais pas que tu réagirai comme ça !(Euh, là! Il est en train de s'enfoncer!)
-Tu pensais peut-être que j'allais me joindre à vous!… T'attends quoi pour partir pétasse! Que je t'explose contre le mur! (La jeune fille n'a pas demandé son reste. Je comprend pas pourquoi!…) C'est qui elle? Tu l'as trouvée où?
-C'est une collègue de bureau. C'est une erreur. Je suis désolé.
-Tu crois que ça va se régler comme ça! "Eh bah, oui! Après cet épisode, une réconciliation sur l'oreiller a eu lieu. Ce schéma s'est reproduit quatre fois de suite. Il est vrai que l'amour rend aveugle, mais là elle était en plus sourde. Mais bon! Ce n'est pas notre problème dans l'immédiat. Comme je vous l'ai dit à l'instant, il faut que je les remette ensemble. L'avenir du monde en dépend. Je rigole! C'est le leur qui en dépend. Le plus dur va être de faire en sorte que leur relation recommence de leur propre volonté. Bon! Comment faire! J'ai peut-être une idée. Pour qu'elle fonctionne, il faudrait impliquer un de leur ami commun. Si j'arrive à le manipuler, j'agirais à travers lui. Le problème est qu'il ne leur reste pas beaucoup d'amis communs. Ils sont en fait au nombre de trois. Mais, je peux abandonner Eric. Il a toujours été intéressé par JP, et n'a donc jamais aimé Anya. Il me reste Franck et Diane. On va plutôt tenter l'expérience avec Franck. Diane est, comme toutes les filles, très radicale avec les mecs quand ils font du mal à une de ses amies. Et, pour mes plans, seul un garçon peut être utile. De plus, Franck est assez simple a 'infiltré'. Je sens que ce que je vais faire va être considéré comme immoral. C'est pas grave.
Cherchons notre homme. Ça y est, je l'ai trouvé. Il s'agit maintenant d'aller le voir, et d'agir. Il est devant moi. La téléportation a quand même du bon. Soyons rapide.
"-Bonjour. Je m'appelle Angus. Je suis un ange, et je dois réconcilier vos amis. Merci de votre aide.
-Hein?!…"Me voilà dans son esprit. Je vois ce qu'il voit, entend ce qu'il entend… En gros, je suis lui. Ne pensez pas que ce procédé m'enchante. Loin de là! Si vous pouviez savoir comment votre esprit est sale en général. Il est empli de pensée que vous refoulez sans cesse. Vous les considérez immorales. C'est vrai qu'elles le sont souvent. Je pourrais vous donner un bon nombre d'exemple. Mais on est pas là pour ça. Je vous explique ce qu'il en est. Maintenant que je suis là, je peux faire ce que je veux de Franck. Je suis lui, et il est moi. Je vais voir Anya, mais j'ai quelque chose à faire avant…
Me voilà en route pour l'appartement du couple maudit. Mon idée est folle mais elle devrait fonctionner. Les conséquences seront heureuses pour Anya et JP. Je suis devant la porte. Je sonne. Anya vient m'ouvrir. Les larmes sont encore là. Elle pleure toutes les larmes de son corps.
"-Bonjour Franck. Jean-Philippe n'est pas là!
-Qu'est-ce qu'il t'arrive? Qu'est-ce qu'il a encore fait? (Je rentre et la prend dans mes bras. Elle me raconte tout ce qu'il s'est passé. Elle ne m'a bien sûr rien appris, mais j'ai joué les surpris)
-C'est définitif! Tout est fini entre nous! Je ne veux plus le voir!
-Je te comprend! Et puis, tu mérites beaucoup mieux. Tu mérite quelqu'un qui sait prendre soin de toi. Je connais une personne qui ne te ferait jamais souffrir. Une personne qui t'aime depuis longtemps. Avec lui, tu seras heureuse.
-Tu me parles de qui?
-De moi. Je ne te ferais jamais aucun mal. Et puis, on se connaît bien. On connaît bien nos qualités et nos défauts. On sait à quoi s'attendre de l'autre. Enfin…
-Enfin, je vais te massacrer la tête si tu t'en vas pas de chez moi. (Eh Ben, il en a mis du temps pour intervenir. Je pensais qu'il arriverait jamais. Je me demandais jusqu'où j'allais devoir aller).
-JP!… (Elle a l'air heureuse de le voir. Voyons ce qu'il va dire. Après, je m'en vais.)
-Anya, je suis désolé. Je sais que je te l'ai déjà dit plusieurs fois. Mais, cette fois, je suis sincère. Je ne referais plus jamais de telles conneries. Je te le jures. Quand j'ai vu Franck te draguer, j'ai compris que tu étais tout pour moi. Je t'aime. Tu es le soleil de ma vie. Si je dois vivre sans toi, je préfère encore…
-Mais…
-Laisse-moi juste une chance, s'il te plaît!"Ça… C'était pas prévu. Voilà qu'elle embrasse farouchement Franck. C'est le monde à l'envers. Elle devait normalement se remettre avec Jean-Philippe mais elle préfère embrasser Franck. Presque le violer. Les yeux de JP sont rouges de colère. Je le sens mal là! Tout cette histoire va mal finir, je le sens. Qu'est-ce que j'ai fait? Qu'est-ce que j'ai fait?… Et surtout, qu'est-ce que je vais faire pour me sortir de ce pétrin. Je pourrais les laisser tout seul après tout. Ils sont censés avoir leur libre-arbitre. Mais je m'en voudrais éternellement de les avoir mis dans un tel embarras. Et je vous jure que l'éternité est longue!… Ils me saoulent les humains. Ils sont incapables de régler leurs problèmes par eux-même. Les seules fois où on les a laissé faire ce qu'ils voulaient, on l'a regretté. Tchernobyl et Hiroshima sont des bons exemples de ce qu'ils sont capables comme conneries. Leur laisser la maîtrise de l'atome… On n'a rien fait de mieux à ce niveau. Personne n'a voulu m'écouter quand j'ai proposé de donner l'intelligence aux papillons plutôt qu'aux humains. On m'a répondu qu'ils ne vivaient pas plus de vingt-quatre heures. Ils étaient donc trop éphémère. C'est justement leur qualité : ils n'ont pas le temps de détruire un peuple entier. Même pas d'y penser. J'au vu une bonne partie de l'évolution des Hommes. Je peux vous dire que c'est plutôt une régression. Mais bon… On ne peut pas revenir en arrière. Enfin pas moi!
Réfléchissons au cas de ce couple d'enfants terribles. Tout d'abord, résumons. JP l'a trompé une fois de plus. Ils ont alors rompu. Croyant arranger les choses avec la bonne vieille technique de la jalousie, j'ai essayé de rendre jaloux JP. Ça a marché mais Anya ne lui a rien pardonné. Pire, elle a roulé un sacré patin à Franck. Ce dernier comprend rien à ce qu'il se passe alors qu'il va pas tarder à se faire taper par le jaloux. Et moi, je regarde tout ça hors du corps de mon hôte. Voilà où j'en suis… Quel bordel!!! Le trompeur trompé lève le poing et s'apprête à frapper Frankie. Je veux pas regarder. Je ferme les yeux. J'attends le bruit du choc du poing sur la figure. Je n'entends rien. j'ouvre les yeux. Oh!… Ils ont l'air tous trois figés. Qu'est-ce que c'est que ça encore?
"-C'est quoi cette mouise dans laquelle tu t'es mise encore? ( Il ne manquait plus que lui. Dimitri, mon grand frère. Il a deux millénaires de plus que moi. C'est à dire pas grand chose. Pourtant, il arrête pas de me faire la moral. En plus, depuis peu, il est passé lieutenant du temps. Je vous dit pas la taille de ses chevilles… Après tout, il peut peut-être m'aider. Essayons!)
-Salut Dimi! Tu pourrais m'aider? J'ai essayé de les sortir d'une énième rupture mais rien ne s'est passé comme je l'avais prévu. Du coup, je me trouve dans une impasse. Si tu remontais le temps de quelques minutes, je pourrais arranger tout ça… Et puis, personne ne saura rien. c'est dans tes possibilités, non?
-Tu sais très bien que je n'en ai pas le droit! Surtout pour un couple d'humains insignifiants!je ne me mouillerai pas pour eux. C'est hors de question.
-Allez, grand frère, tu peux bien faire ça pour ton adorable petit frère. Maman serait si fier de toi. S'il te plaît… ( J'essaie de l'attendrir avec mon air de chien battu. J'espère que ça va marcher. Il ne faut surtout pas que je lui parle de papa car, lui, il me laisserait dans cette panade. Il a toujours préféré notre sœur. Aria par ci, Aria par là. Elle faisait tout très bien. Elle était parfaite. Moi, j'ai toujours été le vilain petit canard pour lui. Mais bon! C'est pas le moment pour ces histoires. Mon très cher Dimi est en train de réfléchir à ma proposition. )
-Je veux bien mais tu me devras un service. Je peux te jurer que je n'oublierai pas. (Ça j'en doute pas…) je remonte le temps d'une dizaine de minutes, pas plus.
-Ça me suffit. Au fait, félicitations pour ta promotion. Tu es maintenant quelqu'un d'important dans la gestion du Temps.
-Oui… Mais j'aimerais que tu l'oublie un peu"Je me retrouve à nouveau devant leur porte. Je sonne. Anya vient m'ouvrir. Les larmes sont encore là. Elle pleure toutes les larmes de son corps. C'est bizarre cette impression de déjà-vue. Je ne m'y ferais jamais.
"-Bonjour Franck. Jean-Philippe n'est pas là!
-Qu'est-ce qu'il t'arrive? Qu'est-ce qu'il a encore fait? ( Comme si je ne le savais pas. Mais bon… Il faut bien jouer le jeu. La jalousie ne marche pas donc il faut tenter autre chose. La conciliation avec intermédiaire. Ça peut marcher.)
-C'est définitif! Tout est fini entre nous! Je ne veux plus le voir!
-Je te comprend mais il ne faut pas être radicale. Laisse-lui une autre chance
-Je pense que je lui en ai déjà laissé assez! ( C'est bien vrai mais leur futur en dépend. Il faut que j'arrive à la convaincre coûte que coûte.)
-Tu l'aime. Et lui aussi, il t'aime. Il a du mal à te le prouver mais je peux te jurer qu'il t'aime. Il ferait tout pour toi. Vous pourriez redonner une chance à votre couple. ( Je sors du corps de Franck. Il se débrouille très bien sans moi)."
On sonne. Décidément, elle en a de la visite cette petite. Mais, personne n'est venu tout à l'heure alors que c'est le même moment qui est censé se passer… ou se repasser. Enfin vous me comprenez! Elle va ouvrir. Je vois Frankie qui se demande ce qu'il fait ici. Il faut que j'arrange tout. Je lui apprend la situation en agissant comme s'il l'avait toujours su. Ça marche à chaque fois. Voilà, c'est fait. Allons voir qui a sonné. Euh!... Ça, c'est pas normal non plus. Pourquoi, il sonne lui? Il devrait rentrer sans frapper ni sonner. Il est chez lui après tout. Il y a quelque chose de bizarre là-dessous. Bon, c'est pas grave. Voyons comment avancent les choses. Ils sont en grande discussion et Franck attend tranquillement dans le salon. Faut qu'ils soient tous les trois dans la même pièce pour que toutes les chances soient de mon côté et que je réussisse cette mission. Influençons Anya.
"-Viens! On va discuter dans le salon. Franck est déjà là. Avoir un œil extérieur nous aidera à régler ce problème plus vite. Qu'est-ce que t'en dis?
-C'est toi qui décide ( C'est de plus en plus bizarre cette histoire. Il demande même pas ce que fait Frankie ici. Il y a quelque chose qui me turlupine. J'arrive pas à mettre le doigt dessus…) Avant de commencer, j'aimerai te dire que tout est fini entre nous pour moi. Nous installer ensemble est une de mes plus grosses erreurs. Je suis désolé mais c'est comme ça. ( Pardon?! C'est quoi ce binz encore. C'est pas lui qui parle. C'est impossible. Par contre, je connais quelqu'un qui est capable d'agir ainsi à travers lui. Et ce, rien que pour me faire chier. Elle a pas osé quand même me faire ça. Je suis sûr que c'est elle. Là, je ne vais pas la louper. Ça va pas être simple de la faire sortir de là. De toute façon, je n'ai pas le choix. Si je n'y arrive pas, je peux abandonner tout ça car elle gâchera tout...)
-Pardon. C'est toi qui me laisse tomber alors que tu viens de me tromper?! Tu crois pas que tu inverses les rôles, non?
-Tu devrais peut-être te demander pourquoi je t'ai trompée!…"
Alors là! elle va trop loin. Si je n'agit pas immédiatement, tous mes efforts auront été vains. Je vais essayer de lui parler.
"-Dis, Aria? T'en as pas marre de foutre la merde dans tout ce que je fais? Avec toi, je peux pas avoir une vie tranquille.
-Non! Pourquoi tu t'intéresse tant à ce couple si futile? C'est tellement plus drôle quand tout va mal pour eux. T'es vraiment rabat-joie!!!
-(Elle sort du corps de Jean-philippe. J'ai réussi!!! Tachons maintenant de l'éloigner de cette scène. Laisser seul quelques instants ce trio ne peut pas les tuer.) Je sais! Et c'est pour ça que je suis ton grand frère ! Pour être rabat-joie! Maintenant, tu serais gentille de me laisser travailler.
-Travailler?… Parce que tu travailles là? T'es d'un drôle! Je le dirai à papa que tu ne me laisse pas m'amuser avec mes jouets!
-(Quelle gamine capricieuse) Eh ben! Dis-lui! Tant que tu y es, n'oublie pas de lui dire aussi ta mauvaise évaluation en cours d'Influence. Tu verras, il sera content.
-C'est du chantage?…
-Non! Une mise en garde! Faut pas confondre…Ça y est! Elle est enfin partie. J'ai même réussi à la vexer. Je suis content de moi. voyons voir les trois autres. Mais… Où est-ce qu'ils sont? Cherchons Franck! Il est rentré chez lui. Le problème doit être réglé entre les deux tourtereaux. Faut que je vérifie tout de même. Je suis dans leur appartement. Je les vois tous les deux dans le salon en train de discuter. La discussion est animée. JP explique qu'il ne comprend pas ce qu'il vient de lui arriver. Il ne parvient pas à expliquer ce qui lui a pris de parler comme ça à Anya. Moi, je sais ce qu'il s'est passé mais je peux pas leur dire. Ils ne me croiraient pas. Je cherche une solution. Pendant ce temps, le silence s'est installé entre les deux interlocuteurs. Anya est parti à le cuisine préparer du café. Je ressens très nettement une envie de croire son homme. Elle l'aime plus que tout. Je vais les laisser. Maintenant, seul le temps peut améliorer les choses. Mais je peux vous avouer que je ne comprendrai jamais les humains. Au premier abord, ils sont cruels et avide. Ils ne donnent pas envie de les aider. Toutefois, quand on vous connaît, on vous apprécie et vous aime. C'est très complexe comme relation mais aussi très plaisant. Si je pouvais faire comprendre ça à mes congénères
Fabien, sontag.fabien@wanadoo.fr http://frenchie.spirit.free.fr
Quand le sable s'écoule (drame humain)
Chapitre 1
"-Tu crois vraiment que je dois aller lui parler? Eric hésite. Il ne sait plus très bien quoi faire, il est venu demander de l'aide à son amie. Il la connaît depuis leurs six ans. Depuis cet âge, ils sont aussi proches qu'un frère et une sœur. Elle se nomme Claire, elle l'a toujours écouté et conseillé. Leur confiance est réciproque. Leur amitié est plus forte que tout. Aujourd'hui, il est venu la voir parce qu'il en a besoin. Depuis peu, il a connu une fille qui s'appelle Céline. Il a toujours été plus que timide envers les filles. A quinze ans, il se demande encore s'il va trouver la perle rare. Selon lui, il existe une fille pour chaque homme, il suffit de trouver la bonne. Dès l'age de dix ans, il a commencé à la chercher en vain. Il pense que Céline est la bonne. En fait, il l'espère de tout son cœur. Il regarde Claire avec un regard plein d'espérance. Elle n'ose pas lui dire ce qu'elle pense vraiment. Elle lui répond qu'il faut tenter sa chance. Elle n'y croit pas un seul instant. Au fond de son cœur, elle sait très bien qu'elle le veut pour elle. Elle ressent envers lui un sentiment d'amitié mais elle le veut seulement pour elle. Elle est jalouse de toutes les filles qui s'approchent de lui. Elle a toujours été comme cela. Son caractère est très possessif. Tous ses amis sont pour elle et pas pour les autres. Elle sait que cette attitude n'est pas saine mais elle n'y peut rien. Elle essaie de se contrôler, mais elle a peur de perdre ses amis. Elle s'efforce de lui parler le plus sincèrement possible.
- Qu'est-ce que tu as à perdre? Elle risque de dire que tu ne l'intéresses pas. Et alors?! Il y a plus grave. Qu'en penses-tu? Personnellement, je pense qu'elle te répondra de manière négative pour la simple raison qu'elle a un an de plus que toi. On est au lycée, tu es en seconde alors qu'elle est en première. Ca peut te paraître idiot, mais je la connais un peu plus que toi et je pense avoir raison. Je vais être franche avec toi. L'idée que tu sortes avec elle ne me plaît pas du tout. Je pense que ce n'est pas une fille pour toi. Alors, je te conseillerais de faire ce que tu veux, ce que tu désires. Mais quoi que tu fasses, je te soutiendrai.
-Ah! Tu sais que tu m'aides vachement? Ils rient tous les deux. Qu'est-ce que je vais faire maintenant, moi? Je viens toujours te demander conseil car tu es pour moi plus que tout. Tu es la première et la seule amie que je connais depuis autant de temps. Tu sais dix ans, ça fait long. Tu comptes énormément pour moi. Donc, tes conseils sont essentiels. De plus, tu connais assez bien le genre féminin puisque tu en fais partie, apparemment. Tu me diras... .les apparences sont souvent trompeuses et je n'ai jamais vérifié mais je te fais confiance sur ce point. Je vais te le dire sincèrement, je n'ai aucune envie d'aller vérifier.
-Et je n'ai aucune envie que tu ailles vérifier non plus. Ils se sourient mutuellement. Ils ont une complicité qui étonne toujours le monde. Ils sont constamment en train de rire pour des raisons qu'eux seuls connaissent. Alors, qu'est-ce que tu vas faire?
-Je vais tout de même aller la voir. Je n'ai rien à perdre, et tout à gagner. Si elle m'envoie balader, ça ne fera qu'une fois de plus. Je commence à être habitué. Je vais lui dire bonjour, et lui demander si elle veut bien sortir avec moi. Je sais que c'est un peu brut comme attitude mais, comme ça, je serai fixé rapidement. Si elle dit oui, je suis heureux. Si elle dit non, tu devras me supporter encore un peu.
- J'espère qu'elle va répondre oui. Ainsi, je serais enfin débarrassé de toi. Je serais enfin en
vacances. Va vite la voir !"Il y va. Il se dit qu'il connaît assez bien Céline maintenant. Il lui parle depuis près de trois mois. Il repense à ce qu'il va dire. Il y réfléchit très attentivement car il connaît le pouvoir des mots, il sait combien un mot peut blesser, ou tout gâcher, lorsqu'il est mal employé. Le couloir lui paraît plus grand que d'habitude. Il en rigole intérieurement car il remarque qu'il attache trop d'importance à cette entrevue. Il croise de nombreuses personnes. Un de ses camarades de classe lui serre la main. Ils discutent un court instant du contrôle de Biologie que leur professeur leur a rendu quelques minutes avant la fin du cours. Il essaie d'expédier la conversation, il prétend une envie d'aller aux toilettes. Il se rend aux cabinets. Il s'arrête au lavabo pour se rafraîchir. Il a vraiment l'impression qu'il va demander la lune au père Noël pour la donner au soleil. Il a l'impression qu'il va essayer de faire une chose impossible. Il se regarde dans le miroir. Il y voit un jeune garçon de quinze ans dont les yeux verts éclairent son visage. "On ne peut pas dire que tu sois le garçon le plus beau du lycée." La modestie de son physique est en décalage avec son caractère. En effet, il est généreux et donne toujours sans compter à ses amis. Il est toujours prêt à aider les autres. Il dit souvent qu'autrui est plus important que lui-même. Le bonheur de ses amis fait son bonheur. Il s'attache très vite. Cette rapidité lui a valu de se faire trahir impunément de nombreuses fois. Claire lui a souvent conseillé de se forger une carapace. Mais cela lui est impossible car il n'en a jamais eu vraiment besoin. A chaque fois qui lui arrivait quelque chose, ses amis étaient proches de lui. Quant à sa situation familiale, il n'a jamais eu de problèmes de ce côté-ci. Il vit avec ses deux parents et sa sœur, Aurore. Il reste immobile devant le miroir pendant une minute sans rien, faire. Il se demande ce qu'il va faire si elle répond oui. "Je n'ai jamais connu ça ! lnch'allah, j'y vais et je verrai bien comment ça se passe!" Il sort des cabinets. Il la cherche du regard. Il se dirige en sa direction.
Extrait du journal intime d'Eric:
09/02/97Bon! Par quoi, je vais commencer. Il faut dire que la journée a été dure. Le plus important, c'est quand même la veste que je me suis prise par Céline. Elle m'a dit gentiment que j'étais très sympathique, et que j'étais devenu pour elle un ami. Je lui ai évidemment rétorqué que l'un n'empêchait pas l'autre. Elle ne semblait pas d'accord. En fait, je m'en tape un peu, car c'est une fille très sympathique donc je ne pense pas qu'il y ait de répercussions trop graves. Elle m'a proposé que l'on reste amis. J'ai dit oui, mais je sais très bien qu'elle va d'elle-même arrêter de discuter avec moi. Après tout, je ne suis qu'un petit seconde. Elle est vraiment très belle. Elle a les yeux d'une couleur assez peu commune. Ils sont marrons avec une légère clarté verte. Ses longs cheveux bruns lui arrivent sur les épaules... Il faut que je pense au fait que je n'ai que quinze ans. J'ai encore toute la vie devant moi. Si on peut rester ami, c'est tellement mieux. Après tout, je ne vais pas rester sur un truc comme ça. Je vais parler d'autre chose. J'ai commencé à discuter avec une fille qui s'appelle Anne. Elle est très sympathique, je pense qu'on va vite devenir de véritables amis.
Toutefois, je me sens mal dans ma peau. Je ne veux en parler à personne. L'attitude de Claire risquerait de changer si je lui dis ce que je ressens. Depuis, maintenant près de trois ans, ma sœur est très malade. Les médecins ne sont même pas capables de nous dire exactement ce qu'elle a. Je ne peux rien faire pour ça, je me sens inutile. Mes parents font mine de ne rien ressentir mais, moi, je n'y arrive pas. Qu'est-ce que je peux bien faire? J'en suis arrivé au point que j'écris sur un papier ce que je ressens au lieu d'en parler à une personne. Je ne sais même pas pourquoi j'écris ces mots sur ce papier. En fait, je le sais parfaitement, mais je me leurre. J'ai besoin d'écrire ces choses. Si je ne les écris pas et que je les garde en moi, je risque d'éclater au grand jour. Si ce jour arrive, je n'ose pas y penser. Mon cœur et mon âme saignent malgré moi. Cette saignée n'est pas totalement mauvaise car cela me permet de rester moi-même. En fait, le mot "saignée" est peut-être mal utilisé dans ce cas-là. Mais cette image reflète bien ce que j'essaie de faire. Quel égoïsme! Ecrire est ma thérapie alors qu'Aurore est en train de crever dans un hôpital. Et pourtant, je sors ces mots du plus profond de mon être, ce sont mes pensées. Ma sœur va mourir à sept ans d'une maladie dont on ne veut rien nous dire. J'ai quinze ans, et je me demande si je trouverais un jour mon âme sœur. La vie est tellement courte que je n'ai pas le droit de penser à des choses si futiles. Je promets sur ce que j'ai de plus cher que je ferai tout pour soulager les gens qui sont malades. S'il le faut, j'y passerai ma vie. Il ne reste plus qu'à m'appliquer dans mes études pour pouvoir avoir toutes les capacités requises pour réaliser mon rêve...
Il s'endort sur ses notes. Son ordinateur est allumé, une phrase est écrite en caractère gras. Elle fait office de fond d'écran. Une simple phrase qui en dit long sur son état d'esprit du moment. Une phrase pleine de sens alerte parfois des personnes sur les problèmes et sur le mal de vivre de son auteur. "Qu'est-ce que la vie si ce n'est le début de la mort ?". Catherine est la mère d'Eric. Elle s'est toujours demandée quelles étaient les répercussions de la maladie d'Aurore sur son fils. Il ne se livre jamais, elle s'en inquiète. Elle ne veut pas qu'il fasse une bêtise irréparable. Elle se dit qu'il ressemble trop à son père. Ils sont tous deux des personnes qui ne s'accordent jamais une minute de répit dans ce qu'ils font. Ils vont toujours au bout des choses. Leur principal défaut est qu'ils n'acceptent qu'ils puissent être malheureux comme les autres. A chaque fois qu'ils se sentent mal pour une raison ou pour une autre, ils restent seuls avec ce mal-être. Catherine ne sait pas quoi en penser, elle ne sait jamais comment réagir à une telle situation. Avec son mari, elle a compris que cela ne servait à rien de vouloir le changer car il est trop tard. Toutefois, elle ne veut pas que son fils devienne comme lui. Elle se dit qu'il est encore temps de le changer. Il est près de onze heures, elle va se coucher car, demain, elle doit se rendre à l'hôpital. Elle passe devant la chambre de son fils, elle voit encore de la lumière donc elle rentre pour lui dire de se coucher. Elle le voit endormi devant son ordinateur. Elle lit la phrase avant de l'éteindre. Elle réfléchit au sens de cette phrase."Voilà donc ce que tu penses de la vie. L'état d'Aurore t'a plus affecté que je ne le pensais. Qu'est-ce que je dois penser de cette phrase? Je ne pense pas que tu feras une erreur comme te suicider car tu as compris que la vie était courte. Tu as compris que ça ne servait à rien de la gaspiller. Tu as grandi beaucoup trop vite. Tu as mûri d'un coup en voyant ta sœur allongée dans un lit d'hôpital. Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma fille souffre à ce point? Si seulement, la mort pouvait m'emporter plutôt qu'elle. Je te jure, Eric, que la mort ne t'emportera pas si tôt. Tu es si jeune, mais tu as déjà pris conscience de la vie et de la mort. Tu es à mon goût trop jeune mais on ne choisit pas. Le destin est écrit, et il est de notre seul ressort de se contenter de ça. Dors, tu le mérite bien." Elle réveille doucement Eric.
"-Eric... Il faut que tu ailles au lit, il est tard.
-Oui, maman. Bonne nuit.
-Bonne nuit.
-Dis maman... Tu crois qu'Aurore s'en sortira? Elle hésite à répondre. Doit-elle dire la vérité ou mentir pour apaiser un petit peu son fils. Elle finit par choisir et elle répond.
-Oui, elle s'en sortira. Tu verras.
-Merci, maman... "Il s'endort bien qu'il sache parfaitement que sa mère lui a menti. Il sait qu'elle a fait cela pour le soulager mais aussi parce qu'elle avait envie d'entendre ce mensonge. Cette fausse vérité soulage tout le monde, alors pourquoi pas s'en contenter. Pour l'instant, il s'en contente avec plaisir. Il plonge dans les bras de Morphée. Pour la première fois depuis longtemps, ses rêves ne sont pas agressifs. Ils sont doux. Il est entouré de ses amis et de ses parents et ils fêtent le rétablissement d'Aurore. Elle est revenue parmi le siens totalement guérie. On n'en sait pas plus de sa maladie. Mais, peu importe, puisqu'elle est bien vivante et parmi sa famille. Ils sont à nouveau tous réunis. Ils se promettent d'oublier toute cette terrible histoire. Eric sourit de bonheur, il a longtemps voulu une telle fin. Toutefois, il sent bien que tout cela est une illusion éphémère du même type que le mensonge de sa mère. Il s'en moque et choisit de vivre au moment présent. Aurore s'approche de lui pour lui parler. Plus personne ne fait attention à eux. Ils se retrouvent seuls dans une toute autre pièce. Il a même l'impression qu'ils sont dans une autre ville. Le principal est qu'il se trouve enfin avec sa sœur. Ils discutent. Aurore le remercie pour tout ce qu'il a fait lorsqu'elle était alitée. Ils s'étreignent. Aurore se prépare à partir malgré les protestations de son frère. Elle lui dit une dernière chose. "Vis selon tes rêves... Pour moi, s'il te plait" Elle disparaît dans une clarté qui l'aveugle durant un court instant. Lorsqu'il recouvre la vue, il est à nouveau seul dans une pièce qui ressemble à sa chambre. Il regarde attentivement sur son bureau la photographie de sa sœur. Tout lui échappe. L'image s'effile. "C'est fini" se dit-il. Il se réveille dans sa chambre. Il se lève et regarde cette photographie, seule ancre à la réalité de ce songe. "Si tu disparais, je vivrai selon mes désirs les plus chers...Pour toi". Il repose le cliché sur son bureau. Il se recouche. Il est cinq heures et demie. Il se lève dans deux heures pour se rendre au lycée mais il n'arrive pas à se rendormir.
Chapitre II
Plus de deux ans ont passé. Eric a obtenu son baccalauréat. Sa sœur, Aurore, est morte mais il n'en a jamais parlé à aucun de ses amis. Il a toujours considéré qu'ils avaient assez de problèmes dans leur vie sans y ajouter les siens Quant à ses parents, il préfère ne pas en parler car il ne sait pas du tout comment la discussion tournerait. Il a décidé de partir afin de pouvoir soulager ses amis et de pouvoir continuer à vivre selon ses rêves comme il l'avait promis à Aurore. Il veut tout faire pour devenir médecin afin de soulager les malades autant qu'il le peut. Trop d'enfants meurent sans avoir pu vivre une vie digne de ce nom. Pour lui, rien n'est plus important que l'enfance. Ils sont notre futur, et nous n'avons pas le droit de laisser mourir notre avenir. Il a écrit une lettre à Anne pour lui expliquer tout cela. Elle est devenue une de ses meilleures amies. Ils s'entendent à la perfection tous les deux. Rien ne pourrait les séparer sauf une trop longue distance. Il sait qu'il risque de la perdre, mais il sait également qu'il n'a pas le choix. Pour le bien de tout le monde, il faut qu'il s'en aille. Il s'est inscris à la faculté de médecine de Toulouse. Là-bas, il va vivre avec son cousin. Ils ont pris un appartement. Il ne sait pas s'il va revenir un jour sur sa ville natale, mais il espère juste que tous ses amis comprendront le sens de son départ.
Lettre de Eric à Anne:
Salut Anne,Est-ce qu'on a vraiment le droit de dire que la vie est mieux que la mort? La vie apporte des malheurs. Il est peut-être bizarre de dire que la mort est source de liberté. Pourtant, c'est de savoir qu'on va mourir qui nous donne l'envie de faire tout ce qu'on fait. Le meilleur moyen de pousser quelqu'un à faire ce qu'il désire véritablement est de lui faire voir la Fin de tout. Imaginez un instant qu'on vous menace d'un revolver. A cet instant, je peux vous jurer que vous pensez à tout ce que vous avez manqué et à tout ce que vous n'avez pas eu le temps de faire. J'ai vécu quelque chose de ce genre. J'ai perdu une personne qui était plus que tout pour moi. Ma sœur est morte alors que j'avais à peine seize ans d'une maladie dont on ignorait tout.
Au début, je ne voulais me confier à personne. Je pensais que mes ennuis ne concernaient personne. J'avais gardé mon chagrin et mon mal-être pour moi. Mais, tout garder pour soi est trop dur. Souvent, j'ai voulu en parler avec quelqu'un Tu as été celle à qui je pensais mais je ne voulais pas que la pitié domine ton regard qui est si joyeux à l'habitude. Je t'ai connue, il y a deux ans. Notre amitié est née rapidement. Très vite, tu es devenue quelqu'un d'important à mes yeux. Tu as constitué avec Claire une source de soulagement. Vous avez réussi à me faire tenir jusqu'à mon bac. Maintenant que j'ai eu mon bac, je pense qu'il est temps que je m'en aille. Je vous ai assez fait vivre un calvaire avec ma perpétuelle mélancolie. Tu sais à présent d'où elle provient. Mon cœur me dit de rester, mais mon âme me soutient le contraire. Je préfère, pour le bien de tous, écouter et suivre le conseil de mon âme. Nous sommes le sept juillet. Tu liras cette lettre le huit, je serai déjà dans l'avion en direction de ma destination. Je ne te communiquerai pas cette destination car j'ai envie que tu m'oublies. Je ne veux plus vivre parmi vous. Toi, Claire, Céline et Frédéric... Vous me manquerez mais je ne dois plus penser à vous pour votre bien. Aurevoir. Ce mot est plus dur à écrire que prévu. Et pourtant, j'ai ce désir depuis la disparition d'Aurore. Je n'en dirai pas plus, car je veux avant tout que tu ne ressentes pas de la colère envers moi. Je t'aime, et je t'aimerai toujours de la plus pure amitié. Je finirai juste en te demandant de vivre en suivant tes rêves: la vie n'est rien si tes rêves ne deviennent pas réalité. Ce sont les paroles d'une personne qui m'est chère
Bises.
Eric Storda, ton ami.Anne lit cette lettre trois fois de suite. Elle ne comprend pas pourquoi Eric a voulu partir et la quitter. Dans un premier temps, elle ressent de la colère envers lui pour avoir écrit une telle lettre. Elle veut lui téléphoner mais, toutefois, elle hésite. Que faire? Doit-elle lui demander des explications ou le laisser aller? Elle décide de le laisser faire. Elle se résout quand même à téléphoner à Claire pour savoir ce qu'elle en pense. Elle compose son numéro sans hésiter une seconde. Si une personne sait si cette lettre est un mensonge, c'est elle. "C'est bien dans son humour" pense t'elle. En fait, elle essaie de se persuader qu'elle n'a pas lu qu'il voulait partir pour ne plus les voir. Ses yeux commencent à verser des larmes qu'elle ne peut plus retenir. Elle se demande ce qu'elle a fait de mal. Il est le premier garçon avec qui elle s'est liée d'une amitié si forte et si importante. Elle se souvient s'être disputée avec lui deux semaines avant le baccalauréat, mais ils s'étaient raccommodés. Elle ne sait plus quoi penser. Elle s'abandonne à l'explication prochaine de Claire. Cette dernière répond.
"-Allo.
-Bonjour. Excusez-moi de vous déranger mais est-ce que Claire est là, s'il vous plaît?
- C'est elle-même.
-Salut, c'est Anne. Je viens de recevoir une lettre d'Eric. Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
-De quoi tu parles? J'avoue que je ne pige rien à ce que tu dis. J'ai seulement compris qu'Eric t'a envoyé une lettre. Pourquoi t'as t'il envoyé une lettre alors qu'il aurait pu te la donner de main à main puisqu'il n'est pas encore parti en vacances? Je l'ai encore vu hier discuter avec Frédéric à propos de leurs vacances.
- Tu n'es donc pas au courant de son départ.
-Si, mais il n'est prévu que pour le 14 août. Il doit partir avec Frédéric et Céline en vacances chez sa grand-mère car elle leur laisse sa maison pendant un mois. Pendant ce laps de temps,
elle vient chez les parents d' Eric. Elle sent qu'Anne n'est pas bien. Elle devine des sanglots dans sa voix. Qu'est-ce qui ne va pas? Qu'est-ce qui se passe?
-Tu ne mentais donc pas tout à l'heure. Tu ne sais vraiment rien.
-Si je te le dis!
-Je vais tout t'expliquer. Comme je te l'ai déjà dit, j'ai reçu une lettre d'Eric où il m'explique qu'il s'en va... sans me dire où. Il m'explique qu'il préfère partir pour qu'on vive mieux. Il m'a aussi parlé de sa sœur qui est morte quand il avait seize ans.
-Quelle sœur? Depuis quand il a une sœur?
-Tu ne savais pas pour sa sœur? Il n'en avait donc parlé à personne. J'ai le malheur de t'apprendre qu'il avait une sœur qui s'appelait Aurore. Elle est morte d'une mystérieuse maladie dont on a rien pu lui dire. Je n'en sais pas plus.
-Arrête de pleurer. Il doit exister une bonne explication à toute cette histoire. Je te propose quelque chose de simple. Tu viens à la maison et on va voir la mère de Eric. Je pense qu'elle pourra nous expliquer tout ça de façon très simple. T'es d'accord?
-Oui... Je ne sais pas. Elle hésite. Elle ne sait pas si elle veut vraiment savoir si Eric est parti ou non. Elle ne veut même pas savoir si elle le reverra un jour. Elle a peur de découvrir la réalité sur son avenir: elle va le vivre sans son ami le plus cher. Elle ne va plus revoir son ami de la vie. Je t'avoue que je ne sais plus du tout quoi faire. Et si Eric était parti à cause de moi? Et si on n'avait pas su l'aider? Et si on n'avait pas su entendre ses appels au secours?
-Et si tu n'étais pas née? -Quoi ?!
- Tu ne vois pas que tu te poses trop de questions? Il faut que tu arrêtes de culpabiliser. Je ne sais pas du tout ce qu'il t'a écrit dans sa lettre, mais je suis sûre qu'il ne voulait pas que tu te sentes coupable. Je le connais assez pour te jurer cela. Il voulait certainement juste que tu le comprennes dans sa démarche. Il m'a toujours dit que tu étais celle qui le comprenait le mieux. Ce que je vais te dire, il m'a juré de ne jamais te le dire mais je pense qu'il faut que je te le dise. Voilà... Lorsque vous vous étiez brouillés, il m'avait dit que tu lui avais manqué à chaque minute. Tu es pour lui plus que tout. Le sentiment d'amitié que tu ressens envers lui est totalement réciproque. J'avoue que je ne m'explique tout de même pas son départ, s'il est vraI.
-Tu penses que c'est une blague?
-Une blague, je ne pense pas. J'attends quand même de lire sa lettre pour te dire si c'est vrai. -Je peux te la lire si tu veux.
-Si tu veux. Comme ça, on ne perd pas de temps.
Anne lit la lettre à voix haute. Par moments, Claire sent et entend sa voix trembler. Elle
désire lui dire de s'arrêter mais elle sait que cette lecture lui est nécessaire pour se convaincre qu'elle existe vraiment, pour se convaincre que tout ça n'est pas un rêve. Elle-même, elle ne sait pas quoi croire. Elle repense à la sœur de Eric. Elle se questionne sur le fait qu'il ne lui ait rien dit. Ils se connaissent depuis plus de douze ans. Elle n'a jamais su qu'il avait eu une sœur. "Pourquoi ne m'a t-il rien dit ?" Elle se sent nerveuse. Elle tremble. Ses pensées se mêlent, il en résulte une émotion proche de la colère. Elle ne s'explique pas son geste. Elle murmure quelque chose à sa propre attention. "Je te savais faible de caractère mais, à ce point, je ne l'aurais jamais imaginé. Partir pour ne pas nous révéler ton secret, je te reconnais bien dans ce geste. " La lecture se termine. Elle décide de garder ses réflexions pour elle-même. Elle attend qu'Anne brise le silence. Elle finit par lui proposer de passer. Leur conversation se finit ainsi sur la proposition de Claire. Après avoir raccroché, elle conclu qu'il est important d'appeler Céline et Frédéric pour qu'ils viennent eux aussi afin d'élucider tout cela avec la mère d'Eric.
Anne est de nouveau seule. Les larmes coulent. Ses yeux sont rouges. Ce rouge fait immédiatement penser à la terreur. Elle a peur, elle est même terrorisée. Et pourtant, elle ne risque rien. Elle pense perdre un ami, mais il a lui-même écrit qu'il serait à toujours son ami. Elle doute de l'aide qu'elle lui a offert. Il a tout fait pour elle. Il a toujours déclaré qu'il ferait tout ce qu'elle lui demandait. Une fois, il a déclaré qu'il sauterait du haut de la Tour Eiffel si elle lui demandait. Il se donnait entièrement à ses amis. Ils constituaient un noyau dur de cinq amis. Ils vivaient dans une amitié pure et hors de tous problèmes. Bien évidemment, ils vivaient parfois des périodes de frictions mais c'était toujours pour mieux se retrouver. Elle s'est toujours sentie au mieux avec ces quatre personnes. Eric est venu la voir un jour de son année de seconde. Il a commencé à discuter avec elle afin de mieux la connaître. C'étaient ses propres paroles. Au début, elle en a douté. Elle pensait qu'il tentait de la draguer. Mais elle s'est vite aperçue qu'elle s'était trompée. En fait, Eric a compris dès le début qu'il était préférable d'abandonner l'idée de sortir avec elle car il existait la possibilité qu'ils deviennent de très bons amis. Lorsqu'on lui demandait s'il désirait sortir avec elle, il a toujours répondu par la négative. Il lui a tout de même avoué au cours de leur année de Terminale. A ce moment, il s'est rendu compte qu'il avait une véritable amie. Elle repense à tout cela avec nostalgie. Elle se remémore leur première rencontre. Un jeudi, durant un cours d'anglais, ils se sont mis à discuter. Cette discussion s'est prolongée jusqu'au cours suivant. Ensuite, il lui a présenté ses amis. Ainsi, elle a connu Claire et Frédéric. Elle était tout heureuse d'enfin connaître des personnes car elle ne s'était liée avec personne depuis son arrivée. Céline est arrivée après. Malgré leur différence de caractère, ils se sont tous attachés l'un à l'autre. Elle, elle est plutôt tendre et s'emporte vite alors que Céline est plutôt une personne calme et posée. Claire s'emporte très vite également mais sa colère subsiste souvent avec le temps. Elle est rancunière. Anne se rend compte que Frédéric est celui dont elle en connaît le moins. Ses souvenirs lui reviennent. Elle se convainc de stopper ses réflexions afin d'aller rejoindre Claire. Elle écrit un mot pour prévenir sa mère de son départ. Elle prend les clefs de la voiture que sa mère a laissées au dernier moment. "On aurait dit que tu le sentais, maman. Serais-tu devin ?" pense t'elle en souriant. Elle sourit car elle s'est persuadée que tout cela est un vulgaire malentendu. Elle ferme toutes les portes à double tour. Sur ce point, elle est maniaque. Elle ne se sent bien que si elle sait que tout est en sécurité chez elle. Elle démarre. Sur le chemin, elle décide de s'arrêter pour se rendre dans l'église. Elle n'est pas croyante mais on lui a toujours dit que Dieu importait peu de le savoir lorsqu'il savait qu'une personne est en peine. Elle entre. Elle n'attend pas que quelqu'un ou quelque chose lui vienne en aide. Elle veut seulement rester dans un lieu simple et silencieux durant quelques instants. "Je t'aime... " Ces mots se répètent dans son esprit. Ils résonnent comme un écho infinissable. Elle réfléchit à ce que serait son existence si elle ne revoyait plus Eric. Elle se dit que nous ne sommes rien d'autre qu'une poussière d'étoile dans une Immensité d'âmes. Alors elle prie et demande le pardon pour ce qu'elle a pu faire de blessant envers Eric. Elle se damnerait pour le retrouver.
La mort est proche pour tous. Elle attaque tout le monde sans aucune pitié et sans aucune différence. On naît tous égaux, et notre mort est notre seconde égalité. En fait, l'inégalité est créée durant notre vie. Prenez le cas d'Eric Storda. Il est né alors que ses parents venaient de se marier. Ils ont vécu tous les trois pendant près de huit ans. Eric a eu une petite sœur qui a été appelé Aurore. Ils l'ont nommée ainsi car Catherine a dit que sa naissance serait le début d'une vie différente. Elle n'avait pas totalement tord car elle devait naître pour vivre en étant malade. En effet, Aurore était malade. Son mal était encore inconnu. Quoiqu'on fasse, sa vie n'aurait pas duré plus de dix ans. Elle est morte alors qu'elle n'avait que neuf ans. Cette disparition a affecté son frère à tel point qu'il a choisi un parcours qu'on comprend lorsqu'on connaît cette expérience. Il n'a que dix-sept ans mais il a déjà quitté sa famille et tous ses amis de son plein gré Il les a quittés pour pouvoir se retrouver seul. Il veut aussi leur cacher la vérité sur son état et sur ses secrets les plus profonds. Il a écrit une lettre qui semble donner des réponses mais, en fait, elle ne donne pas la principale réponse, la véritable raison de son départ. Catherine le sait. Elle a promis de ne jamais le dire à personne. Elle sait aussi pourquoi il préfère qu'on ne dise rien. Elle comprend parfaitement ce choix et le respecte. Toutefois, elle a mal car elle a perdu un autre de ses enfants. Il est parti loin d'elle. Elle se dit que c'est pour son bien. Cette rupture sera une bonne chose pour tous. Elle vient de poser le téléphone. Claire vient de l'appeler pour lui demander si elle pouvait passer. "Eric n'est pas là ! ". Elle était au courant. C'était de cela qu'elle voulait justement parler. Elle arrive avec tous les amis d'Eric. Qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir leur dire? Elle décide de leur répéter ce qu'il a marqué dans sa lettre. Elle a promis... donc elle ne dira rien qu'ils ne savent déjà.Chapitre III
Un cimetière n'est jamais un endroit qu'on visite pour le plaisir. Une certaine noirceur enveloppe ce lieu. Il existe une atmosphère mystique qui s'accroît en pleine nuit. De nombreux cimetières ne ferment pas durant la nuit. Peut-être que c'est le meilleur moment pour s'y rendre afin de rendre hommage à un disparu. Pendant la nuit, les esprits sont les plus présents dans le mental des vivants. On pense aux morts car l'obscurité est le symbole de la fin. Un jour, on vivra la fin de nos proches. Toutefois, on se doute qu'on n'ira que très rarement les voir. En fait, leur mort nous fait penser à notre propre mort. Qui aime penser à son décès? C'est pour cette simple raison que les visites d'un cercueil ne sont pas si nombreuses. Pourtant, ce soir, un cimetière a une visite. L'homme est de taille moyenne. Dans l'obscurité, on distingue mal son visage mais sa carrure est marquante. On l'aurait vu accompagné d'une autre personne, on aurait immédiatement pensé qu'il est son garde du corps. Seulement, il est seul. Un pardessus sur les épaules, il cherche une tombe. Il est venu à son tour rendre hommage à un disparu. La mort, il y pense tous les jours mais il la combat dans une lutte incessante qui dure depuis ses seize ans. Il en a maintenant vingt. Il est parti, il y a trois ans. Il est revenu depuis seulement deux heures, mais ces premières pensées vont vers sa sœur qui est morte dans une injustice qui le révolte. Il s'arrête devant une tombe. Elle est toute simple. Et pourtant, des larmes coulent sur ses joues. Ce sont des larmes de sang. Le rouge peint sur son visage le signe de la peine profonde qu'il ressent. Ce rouge fait penser à la terreur. Ce sont des larmes de sang, une partie de son sang est enterrée dans cette tombe, dans ce cercueil. Il pleure mais il n'oublie pas sa promesse.
"-Quatre ans... Ca fait quatre ans que tu es morte et c'est la première fois que je viens te voir. Excuse-moi, mais j'ai du mal à me reprendre. Je m'étais promis de ne pas pleurer. Comme tu peux le voir, je n'ai pas su la tenir. L'important, je pense, est que je tienne celle que je t'ai faite avant ta disparition. Pourquoi Dieu a t'il permis une telle injustice? Tu n'avais que neuf ans, merde! Tu avais toute ta vie devant toi. Tu devais connaître l'amour, l'amitié, la compassion et toutes ces bonnes choses qui font qu'on est heureux de vivre. Tu n'as connu que la maladie et la tristesse. Je me rends maintenant compte que malgré nous nous te montrions que des visages emplis de pitié et de peine. Nous aurions dû te montrer qu'il existe autre chose. Nous aurions dû te montrer que la vie n'est pas que noire. Le passé est fini, il faut vivre dans l'avenir. On m'a répété cette phrase des tonnes de fois quand tu es morte. On m'a dit qu'il fallait que je t'oublie car tu ne voudrais pas que je vive dans le regret. Tout de même,
je me demandais comment ils pouvaient savoir ce que tu me dirais si tu étais vivante. J'ai ensuite compris qu'ils voulaient en fait me faire comprendre que le meilleur moyen de te rendre hommage est de vivre comme je l'aurais fait si tu étais encore parmi nous. Le principal problème à ce raisonnement est que tu n'es pas là. Tu me manques, je ne pense qu'à toi. Sans cesse, je me demande comment tu réagirais à la moindre de mes actions. J'anticipe toujours sur ta réaction hypothétique dans telle ou telle situation. Tes cheveux blonds et tes yeux verts me manquent. On pouvait y lire une grande envie de vivre et de connaître le monde. Tu serais devenu une belle fille. Tu aurais eu beaucoup de succès. Comme d'habitude, j'aurais été jaloux et je me serai amusé à effrayer tes soupirants. On se serait engueulé comme les autres frères et sœurs. On n'a pas pu vivre de telles choses. Le destin en a décidé autrement. Il t'a enlevé dans un souffle de souffrance. Moi, je suis parti un an après toi. Je suis allé vivre à Toulouse avec notre cousin, Axel. Là-bas, j'ai étudié la médecine pour devenir pédiatre. J'ai envie de protéger notre future génération des nombreux fléaux qui les menacent sans prévenir. Je n'ai pas fini mes études mais j'ai réussi à ce que mon dossier soit transféré à l'hôpital Necker. C'est l'hôpital spécialisé dans les enfants. Je me suis battu pour que ce transfert soit faisable. Ils ne voulaient pas comprendre que c'était une des choses les plus importantes dans ma vie. Je me suis battu aussi pour vivre en respectant la promesse que je t'ai faite: vivre en suivant mes rêves et mes désirs. Je ne pense plus à rien. Je veux juste que mes dernières paroles soient les plus justes. Je suis en train de fixer cette pierre tombale. Elle me fait peur, elle me terrorise. J'ai peur de mourir. Je ne veux pas partir. Je ne veux pas quitter ce monde qui est tout ce que je connais. J'aimerai tellement que tu me dises ce que tu ressens au fond de ce trou. Est-ce que l'enfer et le paradis existent vraiment? Qu'est-ce qu'il y a après la vie? Je n'ai jamais cru à la vie après la mort. Je n'ai jamais pu y croire. Pourtant, j'ai voulu y croire dès que tu es tombée malade. Tu es née malade de cette merde dont on ne sait toujours rien. Je ne sais plus quoi croire! Je ne sais plus qui croire! Je ne sais pas quoi dire quand on me demande ce que sera mon avenir selon moi. Je ne crois plus en l'avenir. La seule chose en quoi je croyais était mes amis. Mais je les ai quittés pour leur cacher la vérité. Dire que je me disais leur ami. Je les ai trahis en les abandonnant lâchement. Je me dis que c'était une bonne chose mais je n'y crois plus. Ils ont dû m'oublier. Après tout, c'est ce que je leur ai demandé. Trois ans ont passé, et mon désespoir est toujours aussi grand que le premier jour durant lequel je leur ai faussé compagnie. Est-ce que j'ai le droit de les revoir? Maman m'a dit qu'ils demandaient de mes nouvelles régulièrement. Je ne pense pas qu'elle mente sur ce point. Au moins, je suis à peu près sûr que je peux continuer à croire en nos parents. Eux aussi, ils pensent à toi constamment. Ils disent que non, mais j'ai surpris papa à pleurer alors qu'il se croyait seul. Au début, je pensais que j'allais avoir plein de choses à te dire. Mais je me sens un peu à sec. J'ai entendu, un jour, quelqu'un dire quelque chose du genre "Vivre ou mourir, il faut choisir!" Sur le coup, j'ai voulu le frapper. Ensuite, j'ai repensé à ce qu'il voulait dire par là. Je vais te dire ce que j'ai compris. Selon lui, il ne sert à rien d'exister si on vit pour penser à nos proches qui sont morts. Sur le fond, je suis assez d'accord. Toutefois, je pense qu'il faut se remémorer durant quelques moments à nos disparus On est ce qu'on est grâce ou à cause d'eux. Je veux dire par-là que notre caractère est forgé par nos expériences. Il faut vivre pour soi tout en s'accordant un peu de temps pour penser à tous nos amis et parents qui ont disparu. Je t'aime et je t'aimerai toujours. Tu me manques. Il pleure à nouveau. Il s'agenouille. Sa main est sur la pierre tombale. Je vais devoir partir, il ne vaut mieux pas que tu me vois pas dans cet état. Je voudrais juste te dire une dernière chose avant de partir. Je voulais te dire que je te rejoindrai bientôt. Je t'aime."
Il se relève en repensant une dernière fois à Aurore. "Il faut maintenant que j'affronte mes amis. Dois-je les voir ensemble ou les retrouver séparément? Je ne sais pas comment faire."
Il titube en hésitant. Il relève la tête et il prie. Il demande que tout se passe bien. Il demande que ses amis ne l'aient pas écouté. Il espère s'être trompé quand il a dit qu'il rejoindrait bientôt Aurore. Il n'est plus sûr de rien, mais il sait qu'Aurore ne lui en voudra pas s'il s'est trompé. "La vie est courte, donc je vais en profiter. Je vais aller les revoir. S'ils ne veulent pas me revoir, je les comprendrai. Si seulement ils pouvaient savoir à quel point j'ai besoin d'eux." Il marche seul dans la rue. Il ressemble à une ombre qu'on a toujours vue mais dont on ne saurait pas montrer la source. Les lampadaires s'éteignent. Les lumières s'éteignent dans la ville, alors qu'une âme se sent réveillée par l'espoir qu'elle venait chercher dans sa ville natale. Elle est prête de nouveau à vivre parmi ses pairs. Elle est prête à vivre de nouveau avec l'accompagnement de ses amis. Il espère juste qu'ils voudront bien de lui.
Le lendemain est dur. Il a du mal à se réveiller. Eric se sent bien, il se dit qu'un nouveau commencement va avoir lieu. Il a entendu son père aller au travail, il le respecte pour un tel effort. Il se lève à six heures et ne rentre pas avant vingt heures. Il réfléchit aux événements de la veille, à son arrivée Il a vu pour la première fois sa mère sangloter de bonheur. Cela faisait près de trois ans qu'il n'était pas rentré chez lui. Il partait en vacances avec ses parents durant l'été. Mais sa mère a compris que le jour où il reviendrait dans sa ville natale, ce serait définitif Elle est tout simplement heureuse. Quant à lui, il se demande comment il va pouvoir aller voir Anne et tout lui expliquer. Il finit par se lever. Il entend le téléphone sonner, il va répondre. Lorsqu'il décroche, il entend un souffle mais à peine a-t-il dit un mot, la personne raccroche. "Qu'est-ce que c'est que ce bordel!" Il repose le combiné. Il se dit que le mieux est d'aller la voir directement. Aujourd'hui, il n'a rien à faire. Il se promet à lui-même d'aller la voir durant l'après-midi. Il se prépare pour s'y rendre. Il est impatient mais il a également peur de la façon dont elle va l'accueillir. Elle lui manque plus que tout. Son image est inscrite dans son esprit. Elle lui revient sans cesse. Ses yeux verts ont toujours été les lanternes qui éclairaient son chemin durant leur séparation. En s'habillant, une certaine certitude revient en lui, il est certain qu'elle va le recevoir avec une colère compréhensible. Il part et décide de prendre sa voiture. En conduisant, il se demande comment elle a reçu toutes les fleurs qu'il lui a envoyé chaque année pour son anniversaire. Il en a fait de même pour les autres, pour lui, c'était important de célébrer leur anniversaire. Il s'est toujours arrangé avec sa mère pour qu'ils ne se doutent pas que ces cadeaux viennent de lui car avant tout, il voulait qu'ils l'oublient. Maintenant il se rend compte de la bêtise de cette volonté. Sa survie mentale dépend entièrement d'eux. Vouloir leur indifférence est semblable à sauter dans le gouffre. A chaque fois qu'il en était au bord, ce sont eux qui l'ont sauvé. Sans eux, il n'aurait jamais pu se relever de la disparition d'Aurore. Il se maudit lui-même d'être parti mais il sait qu'il est trop tard pour revenir en arrière. De plus, il a promis un jour à Anne de ne jamais regretter le moindre de ses gestes. Pour elle, rien ne servait de vivre dans le passé. "Le présent est l'avenir. Seul toi décide de ce qu'il devient." Ils étaient tous les deux sur la même longueur d'ondes Lorsque l'un des deux disait une chose, l'autre comprenait immédiatement le sens de ces propos. Cette complicité lui manque. Quand ils étaient ensemble durant les cours ou une soirée, ils pouvaient être à deux extrémités de la pièce, leur complicité les réunissait toujours. Il s'étonne d'avoir eu une telle entente avec quelqu'un. Il est arrivé devant chez elle. C'est le point de non-retour, il ne peut plus faire marche arrière. Il doit sortir de la voiture et aller frapper à la porte d'entrée. Là, un membre de la famille d'Anne lui ouvrira la porte. Alors, il la demandera, si c'est son grand frère, ils discuteront ensemble comme ils l'ont toujours fait avant qu'il s'en aille. Quant à sa mère, un sourire de bonheur se figera sur son visage. Mais s'il veut savoir laquelle de ces alternatives sera réalisée, il doit sortir de la voiture. Il est maintenant devant la porte d'entrée. Il ne sait plus du tout ce qu'il doit et ce qu'il veut faire ou dire. Il s'apprête à frapper lorsqu'elle s'ouvre..."-Oui, maman, je pense à te passer un coup de fil dès que j'arrive. Le frère d'Anne, Nicolas, sort de la maison. Il croise Eric. Oh !... Qui voilà? Eric, comment vas-tu depuis le temps? -Ca va comme ça peut. Et toi?
-Moi, je vais très bien. J'allais rejoindre ma copine à Bordeaux. Excuse-moi, _je ne peux pas rester pour discuter, c'est dommage. Tu comptes repartir?
-Non, je suis revenu pour de bon cette fois. Ils se serrent la main. Eric rentre et embrasse la mère d'Anne. Anne n'est pas là car elle est allée promener son chien mais elle devrait bientôt revenir.
-Décidément, C'est le jour d'Anne. S'écrie sa mère quand elle le voit se présenter dans l'entrebâillement de la porte.
-Bonjour, comment allez-vous?
- Tu sais, pour nous, tout va bien tant que nos enfants sont heureux. Nicolas est allé rejoindre sa femme, et Anne reçoit la visite inattendue de son meilleur ami. Donc pour nous, tout va bien. Mais dis-nous donc ce qui s'est passé pendant ces trois ans. On nous a appris pour ta sœur, on est vraiment désolés
-Ce n'est rien. Dans son état, il valait mieux que ça finisse ainsi. Elle était vraiment malade...
En fait, si je suis parti durant tout ce temps, c'est pour me retrouver seul. Après coup, je me suis rendu compte que mon idée n'était pas si sensée. J'avais abandonné tous mes amis, je me retrouvais vraiment seul alors que j'entrais dans un monde totalement différent. J'entrais dans le monde des responsabilités. Anne et les autres m'ont terriblement manqué. Puis-je vous poser une question?
-Bien sûr.
-Ai-je fait beaucoup de mal à Anne?
-Je ne vais pas te mentir. Le père d'Anne prend la parole pour la première fois depuis l'arrivée d'Eric. Je vais te répondre oui mais je voudrais poser un addenda dès maintenant. Si tu lui as fait du mal, c'est parce que tu lui manquais. C'est vrai qu'au début, elle a pensé qu'elle t'avait fait quelque chose de mal et que tu lui en voulais pour une quelconque raison. Elle a ensuite compris que ce n'était pas le cas. Je peux dire avec certitude qu'elle sera heureuse de te revoir car elle attendait ce jour avec impatience. Elle sera heureuse donc peu importe ce qu'il s'est passé auparavant.
- C'est fou comme mon père me connaît bien. Il a totalement raison. Anne est arrivée pendant
que son père parlait. Eric l'a entendue mais il ne bouge plus. La surprise est totale. Elle est là. Il finit par se retourner. Il croise son regard, tout est dit. Elle se jette dans ses bras. Eric est le seul à pleurer. Elle ne pleure pas, mais son âme est en pleine harmonie avec le moment présent. L'émotion est trop forte pour pleurer. Ses parents se sont éclipsés pour les laisser seuls. Ils restent ainsi en silence et dans les bras l'un de l'autre pendant un long moment. Eric finit par briser le silence.
-As-tu des nouvelles des autres?
-Oui, ils viennent ce soir passer la soirée. Viens, ainsi tu les reverras tous.
-Si tu veux."
Ils discutent ensemble pendant toute la journée. Il décide enfin de téléphoner à ses parents afin de les prévenir qu'il reste avec Anne. Le soir vient vite car ils se racontent tout ce qui s'est passé durant ces trois ans. Eric lui parle de ses études de Médecine, tandis qu'Anne parle de sa vie avec leurs amis. Les invités commencent à arriver. Lorsque Claire entre, elle voit dès le premier coup d'œil Eric. Elle sent la colère monter en lui. Elle s'approche et commence à lui parler. Tout le monde entend les voix s'élever, ils s'approchent tous pour essayer de comprendre ce qui se passe. Ils voient Claire et Eric discuter.
"-Tu croyais quoi? Tu pensais peut-être que j'allais t'accueillir les bras ouverts alors que tu es parti sans prévenir personne! Entre nous, je ne pensais pas que tu aurais été capable de faire une telle chose. Tu disparais pendant trois ans et tu réapparais sans prévenir. Le pire, c'est que tu oses venir me parler comme si de rien n'était. Tu dois me prendre pour une conne.
-Tu as raison de m'en vouloir mais....
-Bien sûr que j'ai raison. Tu ne nous aurais pas un petit peu oublié dans tout ça. Dire que tu parlais de nous comme une véritable famille. Si tu nous avais vraiment aimés comme tu nous le répétais sans cesse, tu ne serais pas parti.
-Ce n'est pas si simple.
-Oh si ! Si... c'est si simple. Tu nous as tout simplement abandonnés. Je pensais qu'on comptait plus que ça pour toi. Je pensais qu'on était plus que de simples relations qu'on fréquente quand on n'a rien d'autre à faire. Je sais que tu es ici depuis une semaine et tu n'es pas venu me voir à la maison pour t'expliquer. Je vois ta tête d'étonné. Ne regarde pas Anne ! Elle n'y est pour rien. Ce n'est pas elle qui me l'a dit. Je l'ai su par mes propres moyens. Tu te rappelles peut-être d'un coup de fil où une personne t'a raccroché au nez. C'était moi. J'appelais ta mère pour un renseignement. Lorsque j'ai entendu ta voix au bout de fil, j'ai senti la colère monter en moi. J'attendais que tu me téléphones pour que tu me dises que tu étais rentré mais tu n'en as rien fait. Mais, de toute façon, je reconnais bien ta faiblesse de caractère quand tu attends qu'on soit tous réunis pour faire ta rentrée. Dis-moi, qu'est-ce que ça te fait de décevoir les gens qui croyaient le plus en toi? Tu es fier de toi? Tu en as de quoi parce que peu ont autant blessé leurs amis. Je rigole bien quand je repense à ce que tu disais à propos des hypocrites. Tu osais dire que tu ne les supportais pas. Ca doit être dur de ne pas se supporter.
-Tu as fini! Je peux en placer une ou pas ?!
-Quoi. . .
-Est-ce que tu as déjà perdu un membre de ta famille? Est-ce que tu as déjà vécu l'agonie de ta sœur alors qu'elle n'a que sept ans? Je ne pense pas que tu aies vécu la moindre de cette chose. Alors sur ce point, je dirais que tu n'as pas le droit de me juger. Tu ne sais pas ce que j'ai vécu. Tu ne sais rien. C'est sûr que j'aurais pu me confier à toi ou à mes autres amis, mais j'ai le malheur de te dire que ce geste n'aurait pas changé grand chose. J'ai pris conscience de ce qu'était la mort. Je peux te jurer que j'aurais préféré ne pas vivre cette expérience. Que tu m'en veuilles, je l'accepte car tu en as tout à fait le droit. C'est vrai que je vous ai abandonnés alors que nous prenions tous un tournant dans notre vie. Pour moi aussi, l'entrée dans les études supérieures a été un des tournants les plus importants de ma vie. J'étais triste car j'ai passé ce cap sans vous. Essaie d'imaginer que j'avais tout perdu de mon propre gré. J'ai pensé, et je pense toujours, que ce départ était nécessaire à notre entente. Je m'attendais plutôt à devoir surmonter la colère de Frédéric car nous avions tout plein de projets ensemble pour nos études. Au dernier moment, je l'ai abandonné avec nos idées de vacances et d'appartement. J'ai été agréablement surpris quand j'ai vu qu'il m'avait compris. Céline et Anne m'ont compris aussi, et elles ne m'en veulent pas autant que toi. Bien évidemment, je sais que tous les quatre vous aurez du mal à me redonner votre confiance. J'ai voulu plus d'une fois te passer un coup de fil mais je ne pouvais pas. Si je suis parti, c'est parce qu'on en avait tous besoin, nous tous. Comme tu peux le voir, on est chez Anne donc je n'ai pas envie de la déranger plus avec notre discussion. En plus, on arrivera à rien car on est tous les deux en colère... Tu as mon numéro..."
Eric s'en va en laissant ses amis seuls dans la cuisine. En partant, il prend la laisse pour promener Mao. "Mao... Tu viens, on va promener !" Le labrador se précipite car il connaît assez Eric pour savoir que cette balade est vraie. Plusieurs fois, on la lui a promis sans respecter la promesse. Il l'attache afin de pouvoir l'emmener jusqu'au bois. Il se dit qu'arrivé là-bas, il pourra le lâcher. En fait, il a envie de s'échapper de cette atmosphère de colère. Il n'en peut plus, il sent qu'il va finir par craquer. Il se dit qu'il ne faut pas, surtout pas devant les
autres. Il se dit qu'il n'a pas le droit de leur montrer ce qu'il a voulu leur cacher pendant trois ans. Il repense à tout ce que lui a dit Claire. Elle a raison, il n'aurait jamais dû partir. Il se questionne. "Est-ce que je pourrai garder mon secret encore longtemps? Je devrais peut-être tout leur avouer comme me l'a conseillé maman." Il reste seul avec son secret. Il hésite à leur dire la véritable cause de son départ. Il tente de peser le pour et le contre. S'il leur dit tout, ils le comprendront et ne lui en voudront plus. Ils finiront par le remarquer. Il n'existe à part lui que deux personnes à tout savoir: son père et sa mère. Même les autres membres de sa famille ne savent rien de son sort. Il décide de leur dire. Il va leur dire quand ils seront ensemble.
Toutefois, il va attendre encore un peu car il ne se sent pas le courage de leur révéler la vérité.
"C'est reculer pour mieux sauter, pense t'il. Mais c'est mieux ainsi." Il s'assied et détache le chien afin qu'il puisse se dégourdir. "Au moins, toi, tu es libre de tes actions et de tes décisions" dit-il à voix haute.
"-On est tous libres, il suffit de savoir apprivoiser cette liberté. Une voix se fait entendre derrière lui.
-Cette phrase me dit quelque chose. Je ne vais pas tarder à demander des droits d'auteur.
-C'est ce que tu me disais toujours quand je me sentais mal dans ma peau. Laisse-moi... Laisse-nous t'aider. J'ai besoin de toi, tu m'as manqué mais je me suis dit que je n'y étais pour rien dans ton départ. Je me suis dit que tu avais une bonne raison qui était autre que ce que tu nous avais écrit. Ai-je raison ou pas?
Il se lève, et regarde Anne droit dans les yeux. Il voit un espoir, il voit l'Espoir. Il abandonne toutes ses questions et décide de rester un moment avec Anne. Il désire juste rester seul avec elle sans parler rien. Il voit ses larmes, il les essuie avec ses doigts. Ils se regardent en silence pendant une bonne minute.
- Tu avais tout à fait raison. Je ne suis pas parti à cause de l'un de vous. Vous n'y êtes pour rien. Je suis parti pour me retrouver seul avec moi-même. J'avais besoin de faire le point. -Pendant trois ans?
-Oui! Il sourit car il s'attendait à cette conversation depuis le début mais elle ne se passe pas du tout comme il l'avait prévu. J'ai eu besoin de tout ce temps car je suis long à la détente quand je réfléchis, tu le sais très bien!
-C'est vrai que tu es long à la détente. Mais trois ans, c'est vraiment long.
-Je peux t'assurer que ça a été longtemps pour moi aussi.
-Je te propose qu'on oublie tout cela, et qu'on vive à nouveau ensemble. Mais, j'aimerais te demander une chose.
-Vas-y. Si je peux te satisfaire, je le ferai.
-Je voudrais juste que tu ailles voir Claire pour qu'on puisse tout recommencer à zéro. Je sais parfaitement que vous ne pensiez pas ce que vous avez dit. Parlez ensemble calmement, et tout s'arrangera. Je te le promets.
-Si tu veux. Quand on rentrera, j'irai la voir pour qu'on discute ensemble. Elle compte énormément pour moi. Si je la perdais, je ne sais pas ce que je ferai
-Comme nous tous: tu pleurerais.
-Certainement ... "
Ils se prennent la main et se sourient mutuellement. Eric est de retour parmi les siens. Ils entament le chemin du retour, il est indécis. "J'ai envie de tout lui dire, j'ai besoin de tout lui dire." Il se sent nerveux car il ne veut pas leur mentir à nouveau. "Qu'est-ce qui serait le mieux? Leur dire maintenant et gâcher la fête, ou leur dire plus tard. Et si je le disais immédiatement à Anne et aux autres un peu plus tard. Il ne faut pas que je fasse de différences. Je vais lui dire ainsi qu'à Claire. Frédéric et Céline sont sûrement déjà partis car ils devaient partir assez tôt." Son téléphone portable sonne.
"-Allo!-C'est Fred. Je t'appelle pour te dire qu'on est parti avec Céline. .
-Okay, excuse-moi pour ma réaction envers Claire. Je me suis laissé emporter par ma colère.
-Ne t'en fais pas. Nous t'avons tous compris.
-Merci. Est-ce que tu pourrais passer demain avec Céline à la maison? J'ai quelque chose d'important à te dire.
-Attends... Eric l'entend discuter avec Céline pour savoir si elle est libre. D'accord, on passera vers les deux heures. Eh! Eric!
-Oui?
-Bon retour à la maison! Tu nous as manqué!
-Merci. Vous aussi."
Il commence à avoir les larmes aux yeux. Anne veut dire quelque chose. "Ne dis rien, s'il te plait." Elle comprend tout à fait. Ils rentrent ensemble et en silence. "Vous aussi, j'ai quelque chose d'important à vous dire" pense t'il "Je vais vous dire la vérité. Vous la méritez bien et je vous la dois. La question est de savoir comment vous allez la prendre." Il décide de laisser faire le temps. Le reste du chemin se fait dans le silence intérieur. Il ne pense qu'au moment présent et à la fille qui est à ses côtés. Il est heureux d'être là, il est heureux d'être accepté. Il est reconnaissant que ses amis ne l'aient pas oublié. Ils arrivent devant la maison d'Anne. Il s'arrête, et regarde cette maison. Il n'en peut plus, il ne veut plus leur mentir mais il ne peut pas se résoudre à leur dire la vérité dans l'instant. Il croise le regard d'Anne. Il ne peut en réchapper. Il se sent prisonnier de cette cage enchanteresse. Il la serre dans ses bras. Il ne veut qu'une seule chose. Il fait le vœu qu'il ne lui fera jamais plus de mal. La nuit est noire mais une clarté qui semble être de l'espoir les entoure. Tout est possible lorsque cette lueur existe entre deux êtres Sa signification est encore plus forte que l'Amour. Cet espoir est le fruit de ce qu'on nomme Amitié. Leur amitié est pure, et salvatrice. Le secret est lourd mais l'aide nécessaire sera présente lorsqu'il décidera de le divulguer à ses amis. Il ne le leur dira pas demain, il ne leur dira pas le surlendemain. Il leur avouera quand il sera prêt. Il sait que le temps est compté mais il ne veut pas gâcher cet instant. Près de cinq longues minutes sont passées, ils rentrent tous deux pour discuter avec Claire. Il est un peu gêné de lui avoir parlé de cette façon. Il existe un langage qu'on ne peut trahir, et à travers lequel il est impossible de mentir. Ce langage est le langage des yeux. Cela repose également sur l'expression du visage. Les yeux ne peuvent pas mentir. Clair et Eric le savent très bien. Il devine tous les deux qu'ils s'excusent mutuellement de leur attitude et de leur colère qu'ils comprennent chacun. Ils s'asseyent tous les trois et ils discutent. Ils se remémorent leurs bons souvenirs du lycée. Il se rend compte que rien n'a changé. Des années ont passé, mais rien n'a changé dans leur attitude réciproque l'un envers l'autre. Claire parle de leur première rencontre. Elle rie à s'étouffer. Mais ils sont remplis de souvenirs émouvants. Une nuit ne suffira pas pour tous les raconter. Il a l'impression qu'il faudrait toute une vie. Il aime à se répéter qu'il a vécu tellement de choses qu'il a l'impression que c'est assez pour remplir une vie. Il sourit, il rie, il pense et il parle. Tout est revenu à la normale. Enfin, presque... Il y a toujours ce secret qu'il doit leur révéler. Il préfère l'oublier pour le moment et vivre pour l'instant présent. La soirée se passe de la sorte jusqu'à l'aube. Claire et Eric rentrent chacun chez soi avec une fierté certaine. Devant eux se lève un jour nouveau et un nouveau commencement. Ils sont de nouveau réunis pour le meilleur et pour le pire, pour un avenir qui ne peut s'annoncer que mieux par rapport à ces trois précédentes années. Anne sourit lorsqu'elle se retrouve seule car sa prière a été exaucée. Il est revenu pour de bon. "Merci..." murmure-t-elle doucement. La lueur l'entoure de nouveau et chasse son manteau de peine. Elle revit, car il lui est revenu.
Chapitre IVUn nouveau départ a sonné pour Eric. Pour que ce départ soit au beau fixe, il faut que la vérité soit la plus forte. Il s'attable à son bureau pour écrire une lettre à Anne pour tout lui expliquer pour lui dévoiler son secret. Au moment où il s'installe, il a une impression de déjà vu. Il se dit que, dans ce cas, tout est différent car il ne l'abandonne pas. Il lui écrit la vérité car il ne peut pas se résoudre à lui dire en face. Ce face-à-face serait trop dur pour lui. Il prend ce stylo qu'il a tant aimé utiliser durant ces trois années d'absence. Il n'a jamais cessé d'écrire des nouvelles qui mettaient en scène ses amis si lointains. Maintenant qu'ils sont réunis, il n'a plus eu le désir ni le besoin de continuer d'écrire. De plus, il n'a jamais fait lire ses écrits à personne. C'est son jardin secret. Son crayon glisse sur le papier pour confesser la vérité et son mensonge. Il laisse son cœur dicter à sa main.
Lettre d'Eric à Anne :Hello you !
Comment vas-tu? J'espère que tu vas bien depuis hier. Moi, ça va moyen. Les jours et les heures passent, et je me sens toujours aussi seul. Je ne peux rien y faire... Et pourtant, j'ai plein de désirs et de projets dans la tête. J'ai également la mauvaise impression que tout m'échappe. Je n'ai aucuns moyens d'empêcher cela. Je repense aux vingt-deux ans que j'ai vécu jusqu'à maintenant. J'ai eu un début de vie assez rempli. Le plus drôle est la façon dont j'ai rencontré mes amis les plus importants. Tout est parti d'un malentendu. J'ai voulu sortir avec Céline. Elle n'a pas voulu. Mais on est resté ami depuis. Te concernant, notre rencontre est encore plus bizarre. Je te connaissais en fait depuis pas mal de temps. Comme tu le sais, je suis quelqu'un de physionomiste. J'ai une mémoire photographique, je me souviens toujours des visages. Le tien me rappelait une personne que je connaissais bien mais dont je n'arrivais pas à me souvenir le nom. C'est pour cette raison que j'ai commencée à te parler, je voulais savoir qui tu étais, si je te connaissais vraiment ou si c'était ma mémoire qui me jouait des tours. Il s'est trouvé que non, mais je me suis très vite attaché à toi. Tu es devenue une amie indispensable. Tu m'as redonné une envie de vivre après la mort d'Aurore. Pourtant, je ne t'ai jamais rien dit à ce sujet. Tu me regardais comme une personne saine qui fait tout pour survivre et qui est content de vivre parmi les siens. En fait, je ne voulais pas te montrer que tu avais tord à mon sujet. Alors, je t'ai menti, je m'en excuse.
Toi... Tu as toujours été là pour moi. Quand j'ai perdu un de mes amis, tu m'as expliqué qu'il ne fallait pas que je pense à la mort. Tu m'as dit la chose suivante. "A ton avis, voudrait-il que tu penses à ta propre fin parce que la sienne est arrivée ?" Malgré toi, tu m'avais donné à réfléchir sur la disparition de ma sœur. Donc, je t'ai répondu par un silence. Je t'ai répondu par une réflexion personnelle et silencieuse. Je me suis souvenu de la promesse que je lui avais faite. J'ai réfléchi sur la meilleure façon de profiter de ma vie. J'ai décidé de la consacrer aux autres. Je sais que cette lettre ressemble à une autre que tu as déjà eue, il y a trois ans, mais dans celle-ci tu vas apprendre de nouvelles choses. A un certain âge, l'obtention du bac était une finalité à mes yeux. Je voulais avoir le bac car on nous bourre le crâne en nous disant que c'est très important pour le déroulement de notre vie. Des clous! Ce diplôme ne t'apporte rien de concret. Tout au contraire, lorsque tu l'as, ce n'est que le début d'un nouvel enchaînement de difficultés. C'est un tournant important, car une nouvelle vie commence. Cette nouvelle existence apporte plus de responsabilités. C'est un stade qui est déterminant parce que c'est le début de l'âge adulte. C'est le début de la fin.
Moi... Je vous ai abandonnés alors que nous nous engagions tous les cinq dans ce tournant. Je suis parti. J'ai commencé mes études de médecine à Toulouse avec mon cousin. J'ai voulu vous oublier, j'ai voulu que vous m'oubliiez. Je pensais que je n'avais pas le droit de vous faire souffrir comme je vais le faire. Tout d'abord, Anna, avant de tout te révéler, je voulais te dire combien je t'aime. C'est même cela qui m'a poussé à revenir. Tu m'as énormément manqué. Je veux vivre les derniers mois qui me restent à tes cotés. Tu as bien lu : je suis mourrant. A présent, tu connais mon secret. Tu es au courant de la véritable raison pour laquelle je suis partie de notre bonne ville. J'ai contracté la même maladie qu'Aurore. Nul ne sait, une fois de plus, le pourquoi du comment de cette infection. J'ai voulu te le dire en face mais j'ai eu du mal car j'ai eu peur. Excuse-moi mais j'ai peur de mourir. J'ai mal, je sais que dans moins d'un an je ne serais pas là à te parler. Je veux juste qu'on profite tous les cinq de ces quelques mois. On m'a dit un jour dit qu'il fallait choisir entre vivre et mourir. Je veux que vous choisissiez de vivre et non de mourir en même temps que moi.
Je veux te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi. Dans ce message, je me suis beaucoup répété. Mais c'est pour te montrer à quel point je suis désolé d'avoir perdu ces trois années.
Je t'aime d'une amitié sincère,
Eric S.
Il l'a écrit. Toute la vérité est sur papier. Il relit cette lettre car il ne veut pas qu'une seule de cette phrase blesse Anne. Il veut la soulager. S'il ne tenait qu'à lui, il ne lui aurait rien dit mais il ne peut vivre et surtout mourir dans le mensonge. Il sent que sa fin est proche. Les médecins lui assurent encore une année à vivre. Mais il se demande sur quoi ils s'appuient pour soutenir une telle chose. Ils ne connaissent rien de ce mal, alors il est simplement impossible qu'ils sachent combien de temps il lui reste à vivre. Il se sent vide. Il comprend que la Faucheuse l'attend au tournant. Elle est proche. Il se fatigue au moindre effort. Il tousse sans cesse. Sa maladie semble être la même que celle qui a terrassée sa sœur, Aurore. Son médecin a tenté de lui expliquer la nature de cette infection. On pourrait la comparer au SIDA, dans le sens où ce n'est pas directement de ce virus qu'on meurt. Toutefois, il ne s'attaque pas au système de défense interne, ni aux anticorps mais aux organes. Il rend inutilisables les organes auxquels il s'attaque. Sa vitesse d'action dépend de la résistance du malade. On n'a pu observer que très peu de cas pour pouvoir essayer quelque chose pour la soigner. Des recherches sont en cours mais la découverte du vaccin sera très certainement longue. On découvre chaque jour une nouvelle maladie ou un nouveau virus. Le monde de la Médecine est en pleine ébullition depuis plus d'un siècle. Plus les progrès sont existants, plus les nouvelles infections mortelles sont nombreuses. Jamais, il n'existera un monde sans maladie et sans mort causée par des mystères dont on ne connaît la réponse qu'un demi-siècle plus tard. Pour Eric, un simple rhume est devenu une maladie mortelle car sa respiration en est troublée. Ses poumons étant dangereusement atteints, la moindre irrégularité pourrait provoquer sa fin. Dormir n'est même plus une délivrance ni un temps de repos. Il sait qu'il ne va pas tarder à devoir rentrer à l'hôpital car il n'est plus très loin du stade final. Il s'en veut car il va faire souffrir ses parents une seconde fois. Il va faire souffrir ses amis alors qu'il s'était promis de ne jamais blesser qui que ce soit. Toutefois, il sourit car il a réussit à tenir sa promesse envers sa sœur. Le peu qu'il ait vécu, il l'a vécu en suivant ses rêves. Il écrit l'adresse d'Anne sur une enveloppe. Il la met sur le frigidaire avec un message destiné à sa mère. "Peux-tu poster cette lettre le plus tôt possible, s'il te plaît. Merci." Il se couche et s'endort dans une sérénité et un calme troublants
Chapitre VUne simple lettre peut parfois provoquer une souffrance non désirée par l'auteur. Mais on ne connaît jamais la réaction que vont avoir les personnes en lisant un écrit. On peut toujours tenter de l'imaginer si on a connaissance du caractère de la personne à qui on écrit mais la probabilité d'erreur est grande car il n'existe personne qui connaisse assez son prochain pour dire ce qu'il va penser. Même les parents ne savent pas comment va réagir leur fils en lisant une de leur lettre. Il peut y avoir des rires, des pleurs ou des reproches. Un être humain qui arrive à faire pleurer ou rire un autre quidam est tout simplement un dangereux génie car il contrôle à volonté les réactions de ses semblables. Eric ne fait pas partie de ces rares personnes. Il souhaitait informer Anne avec douceur, il n'est parvenu qu'à l'informer avec peine et douleur. Elle a pleuré pendant une heure entière après la lecture de cette lettre. Ensuite, elle a compris de nombreuses choses. Elle ne lui en veut aucunement car elle comprend tout à fait pourquoi il n'a rien dit. Elle se dit qu'elle va tout faire pour l'aider afin qu'il disparaisse heureux. Deux mois auparavant, elle aurait trouvé cette suggestion impossible. Et pourtant, ces derniers mois auprès d'Eric lui ont montré que la mort n'est qu'une étape. Ce n'est pas la fin de tout, c'est juste la fin du corps. L'esprit reste présent dans le cœur et l'âme des proches. Elle ne veut pas lui montrer de la tristesse mais de la joie. Elle souhaite lui montrer que la souffrance n'est pas constamment présente à l'approche d'un décès. Elle désire juste lui prouver que ses mots ont atteint leur cible et qu'elle a compris pourquoi il fallait choisir entre vivre et mourir. En fait, au fond d'elle, elle se doutait que quelque chose clochait mais elle était très loin de se douter de cela. Elle est assise sur son lit. Sur le mur en face de son lit, elle a mis un cadre qui regroupe des photographies de tous ses proches. Ce sont toutes des images récentes. Elle en fixe une en particulier. Eric accompagné de Claire, Céline et Frédéric est le sujet de ce cliché. Il date de leur première sortie ensemble depuis le retour d'Eric. Ils s'étaient rendus tous les cinq au cinéma. Ils avaient enchaîné par un restaurant et un billard. Elle se souvient que c'était l'une des plus belles soirées qu'elle avait passé depuis longtemps. Le fait d'être tous ensemble lui manquait, elle avait besoin de cela. Elle s'estime heureuse d'avoir connu une telle amitié dans sa vie. Il existe entre eux cinq une véritable amitié que rien n'entache. Bien évidemment, ils ont connu des brouilles mais jamais rien de bien sérieux. Ce qui ne détruit pas rend plus fort: leur amitié ne s'est jamais détruite, elle s'est soudée de plus en plus avec le temps. "Une nouvelle épreuve arrive. Il faut qu'on se montre capable de la surmonter. Eric va nous manquer, mais en son nom, nous devons continuer à vivre." Cette fois, elle n'ira pas téléphoner à qui que ce soit. Elle sait ce qu'elle a à faire. Dans un premier temps, elle doit aller voir Frédéric car si quelqu'un sait quoi faire, c'est lui. Après tout, en Médecine, tu t'habitues aux mauvaises nouvelles même si tu n'en es pas le destinataire. Elle monte dans sa voiture. Elle conduit calmement et elle souhaite plus que tout respecter ses engagements mais son cœur est un véritable volcan dont les larmes sont la lave. Ce mélange bouillonne en elle. Ses mains se mettent à trembler, elle a du mal à sentir ses jambes. "Il est temps que j'arrive, conduire ainsi pourrait être dangereux." Elle finit par voir l'immeuble de Frédéric, c'est une tour haute d'une dizaine de mètres. Elle se gare mais elle hésite à descendre de l'auto." Qu'est-ce que je vais lui dire? Est-ce qu'il est au courant ou non?" Elle se questionne sur la cause de tout cet enchaînement. Eric est parti, il est revenu pour leur dire qu'il est malade. Cette maladie est mortelle et inconnue. En prenant en compte tous ces critères, elle décide de monter l'escalier pour aller voir' Frédéric. Les marches lui paraissent longues. Elle finit par arriver devant sa porte, elle frappe. Au premier abord, on pourrait croire qu'elle est à son tour malade tant elle tremble. Frédéric est une personne qui reste chez lui le plus possible. On pourrait le qualifier de paresseux mais, en fait, il est juste travailleur. Il ne cesse jamais de travailler, tant qu'il le peut. Ses résultats s'en ressentent. Il a réussi à avoir sa première année de Médecine sans doubler. Il a très peu d'amis car il ne se lie pas facilement avec ses prochains. Il a connu Eric alors qu'ils pratiquaient _ la natation ensemble. Entre eux, une véritable amitié est née le jour où il a aidé Eric à faire un exposé sur les familles maudites de la Grèce antique. Ils se sont mis à discuter et se sont trouvés de nombreux points communs. En fait, il est au courant du secret d'Eric depuis deux jours: Il entend frapper à sa porte.
"-Oui... J'arrive. Il ouvre. Il voit Anne en train de trembler de haut en bas. Ca va ? Demande t'il bien qu'il devine la solution. Elle tombe en larmes.
-Eric est malade. Il va mourir et je ne peux rien y faire. Je crois que j'ai besoin de toi. Je ne sais pas comment réagir. Au début, j'ai pleuré. Ensuite, je me suis dit qu'Eric ne voudrait pas que je réagisse de cette façon. J'ai pris la décision de venir te voir car j'ai pensé que tu serais me conseillé sur ce qu'il faut faire.
-OK. Rentre et assieds-toi, je vais t'apporter du café et tu vas me raconter tout ce que tu sais calmement. Il va dans la cuisine pour faire chauffer le café. Il se demande s'il doit lui dire ce qu'il sait. Il regarde le café passer dans le filtre comme le sable qui s'écoule dans le sablier. Le temps passe, et rien ne peut l'arrêter dans ce déroulement. Comment tu l'as su? Crie t'il à Anne.
-Il m'a écrit. Elle est juste à coté de lui. Excuse-moi, mais je ne peux pas rester seule J'ai peur. Je sais que c'est bête mais j'ai l'impression que le temps est trop précieux pour le gâcher. Je ne veux pas rester seul... Les sanglots étouffent les sons de sa voix. Frédéric la prend dans ses bras. La vie est si courte que j'ai l'impression que vivre ne sert à rien.
-Ne dis pas ça. Tu sais très bien qu'il ne le voudrait pas. Ecoute ce que je vais te dire. Je savais qu'il était malade depuis deux jours car sa mère m'a appelé. Il a eu une crise et il est dans le coma. Cette crise l'a attaqué après qu'il t'aies écrit cette lettre. Sa tristesse est à son apogée, elle pleure. Elle voudrait s'arrêter mais c'est plus fort qu'elle. De chaudes larmes sortent de ses yeux. Pleure, ça te fait du bien. Si tu veux, tu peux aller t'allonger.
-Je veux bien.
-Je vais t'amener dans la chambre d'amis. Restes-y autant que tu veux. Pendant ce temps, je vais appeler les autres pour les maintenir au courant. D'accord?
-Oui. Il l'emmène. Elle se couche et tente de dormir. Le sommeil lui vient plus rapidement qu'elle pensait."
"J'espère que cette sieste va lui calmer les nerfs, elle en a vraiment besoin. Depuis trois ans, elle tient le monde sur ses épaules. Je me suis dit que j'allais vous passer un coup de fil afin que vous veniez. Quand je suis allé voir, hier, à l'hôpital, Eric, je me suis moi-même demandé pourquoi il se trouvait dans cette chambre. Pour le moment, elle n'est pas prête pour le voir dans cet état. Le pire est que les médecins ne savent même pas s'il va se réveiller. Selon eux, il vaudrait mieux qu'il ne se réveille pas. Son réveil ne serait pas du tout sauveur car le virus a salement atteint ses poumons. Même respirer est devenu un risque mortel. C'est un comble, vivre pourrait l'emmener au-devant de la Faucheuse. Le virus dont il est malade est vraiment spécial. On ne sait pas encore comment le guérir. Pour les chirurgiens, opérer n'arrangerait rien car le virus s'est attaqué à un autre organe. Ils ne savent pas quoi faire. Ils sont totalement impuissants devant ce fléau. Pour que vous compreniez bien l'ampleur du malheur, il faut que vous compariez cette situation à celle qu'ont vécu les médecins durant l'épidémie de Peste ou durant les premières années du virus HIV. On connaît l'existence de la maladie mais on ne sait encore rien faire pour la soigner. Dans des cas comme celui-ci, on se sent impuissant. Il n'y a pas pire pour les médecins. Et moi, en tant qu'ami, je ne sais pas quoi faire non plus. J'ai vu sa mère, elle n'est pas bien non plus. Avec son mari, elle se met à douter de sa propre innocence. Vu que ses deux enfants sont morts, elle se demande si elle n'a pas fait quelque imprudence qui lui aurait coûté la santé de ses enfants. Ils ont l'impression qu'ils ont contaminé leurs enfants. Ils ont besoin de nous. En tant qu'amis, on se doit de soutenir Eric et sa famille. Pour Eric, on ne peut pas grand chose, alors que ses parents sont encore là donc il faut qu'on les aide à traverser ce passage difficile. On se doit de le faire pour Eric, pour sa mémoire.
-Tu parles de lui comme s'il était déjà mort. Interroge Céline. Il est juste dans le coma, il peut encore s'en sortir. Le fait que son réveil soit pire qu'avant n'est qu'une probabilité. Tout est possible
-En fait, je ne vous ai pas tout dit. Ce que je vais vous dire, je voudrai que ça reste entre nous. Pas un mot à Anne. Les médecins m'ont conseillé de ne rien lui dire de cela car ils ont peur pour sa santé mentale et au pire physique.
-Comment ils connaissent Anne? Elle n'est jamais allée à l'hôpital. D'après ce que tu nous as dit, tu es le seul à t'être rendu à son chevet. Demande Céline.
- C'est vrai, mais je leur ai parlé d'elle et de sa fragilité. Ils m'ont donc juste conseillé de lui dire le strict minimum. Je lui ai dit qu'il était dans le coma, et je m'en tiendrai là. Si les médecins pensent qu'ils peuvent tout lui dire, ils le feront. La décision est entre leurs mains. En fait, j'ai moi-même du mal à imaginer ce fait.
-De quoi tu nous parles depuis tout à l'heure! S'énerve Claire. Elle commence à comprendre ce que Frédéric essaie de leur dire. Il ne s'en sortira pas.
- S'il se réveille, il aura de très forts troubles mentaux. Il n'aura plus de mémoire et il en sera au stade du légume. Je sais que je parle brutalement mais c'est pour vous faire comprendre qu'il ne doit pas se réveiller.
-Qu'est-ce qu'on peut faire? S'inquiète Anne.
-Rien, c'est ça le plus dur... "
Anne est seule. Devant, un long couloir se profile. Sa couleur est blanche. Elle se demande ce qu'elle fait là. Une atmosphère stérile baigne ce couloir. Elle devine qu'elle se trouve dans un centre hospitalier. Elle comprend pourquoi elle est là. C'est pour Eric. Il est malade et il ne va peut-être pas s'en sortir. Elle a envie de pleurer -mais elle ne le doit pas, pour Eric. Elle se pose une énième fois la question sur le paradoxe des hôpitaux. On naît dans ces centres de vie, mais on y meurt. Ces lieux devraient sentir la vie, mais au lieu de cela, ils empestent la mort. La Mort y est partout présente. Chaque chambre a son histoire et sa part de malheurs. Une même pièce a pu connaître en deux heures de temps, une naissance et un décès, une apparition et une disparition. Travailler dans un tel environnement est éprouvant car on y croise toutes sortes de malaises: le mal de vivre, la maladie, la peine ou encore la dépression. Tous s'y côtoient sans se préoccuper du malaise de l'autre. L'individualisme prime encore dans ce sanctuaire. Elle est seule, et elle marche. Ce corridor lui paraît interminable. Elle est habillée de blanc. Elle croise de nombreuses chambres dont il lui est impossible de passer le seuil. Elle y voit le malheur et les pleurs. Chacun y pleure ses disparus. Une lumière étrange sort de la chambre qui se trouve devant elle. Elle tente d'y entrer. Elle regarde les personnes qui sont dans cette chambre, elle n'y voit personne qu'elle connaît mais un visage l'attire inexplicablement. Elle décide de forcer l'entrée afin de se joindre à ces individus et de partager leur peine. Elle s'approche du lit pour voir qui ces gens pleurent. Vide, le lit est vide. Tout le monde sanglote mais le lit est vide. Elle n'y comprend rien. Pourquoi pleurent t'ils? Pour qui pleurent t'ils? Elle finit par remarquer que le visage qui l'a tant attiré est celui de Frédéric. "Tu n'as rien voulu remarquer. On ne te l'a pas dit mais tu aurais du le deviner. Mais tu n'as pas voulu admettre l'évidence. Tu pouvais mais tu n'as pas voulu." Frédéric lui crie ces mots. Elle voudrait lui répondre mais elle ne le peut pas. Aucun son ne sort de sa bouche. Les larmes coulent, tandis que le visage de Frédéric se change en celui de Céline puis en celui de Claire. Il finit par devenir une masse difforme. Elle n'y comprend plus rien, elle veut juste s'enfuir. C'est trop pour elle. Elle veut crier qu'elle n'y est pour rien mais elle ne le peut pas. Elle se contente de courir le plus loin qu'il lui soit possible. Elle finit par se retrouver dans un cimetière. La nuit est tombée, la fraîcheur est là. On est en été mais il fait froid. Elle tremble. Elle reconnaît ce cimetière, la tombe de la sœur d'Eric y est. Un jour, peu après, son retour, il lui avait demandé de l'accompagner car il ne se sentait pas la force de s'y rendre seul. Il voulait être accompagné pour que quelqu'un le supporte. Elle savait que ce n'était pas la première fois qu'il y allait mais elle le comprenait. Elle avait senti qu'il avait peur de s'y rendre une seconde fois seule. Pour lui, c'était comme mourir une seconde fois. Son enfance et son innocence sont mortes en même temps qu'Aurore. A cet instant, il a pris conscience que la vie était très courte. Vivre n'était plus qu'une étape pour lui. Elle se rappelle le moindre de ses mots. Il considérait la mort comme une fin libératrice. Elle avait essayé de le faire changer d'avis, mais elle a vite remarqué que c'était peine perdue. Il ne souhaitait pas mourir mais il attendait son heure en profitant de la moindre minute. Chaque minute qu'il vivait était une minute qu'il appréciait. Il a souvent précisé qu'il ne voulait pas faire pleurer ses proches quand il disparaîtrait. En se remémorant ces paroles, elle comprend qu'il voulait lui révéler quelque chose mais qu'il avait du mal à le dire. Elle aurait pu le savoir beaucoup plus tôt mais elle n'a pas voulu l'interroger. Elle aurait pu tout savoir de l'état d'Eric. Mais elle n'a pas su lui faire révéler son secret. Elle continue d'avancer à travers les allées. Elle essaie de lire les noms écrits sur les pierres tombales. Elle n'y décerne aucun nom, elle n'y voit que des numéros.
"-On est tous des anonymes parmi une multitude d'âmes. Personne ne reconnaît personne une fois que la fin est arrivée. C'est ce que tu me répétais souvent, Eric. Je comprends tout à fait ce que tu voulais dire.
- J'en suis heureux, alors. Elle se retourne et le cherche du regard. Il est là, elle le sait. C'est sa voix. Elle finit par en trouver la source. C'est une tombe parmi tant d'autre d'où s'élève la voix. Une foule d'anonyme entoure la sépulture. Elle y reconnaît Catherine et son mari. Elle voit tout le monde mais nul ne la voit. Elle s'approche du monument funéraire.
-Je ne te pleurerais pas car c'est ce que tu désiras. Mais il faut que je te dise que tu me manqueras.
-Comme je te l'ai toujours dit, j'attendais cet instant car j'étais condamné. Mais je veux que tu vive ta vie le plus longtemps possible, et que tu te battes jusqu'à plus forces. Je t'attendrai mais je suis patient, alors prends le temps pour me rejoindre. Elle sent une main sur son épaule. Elle se retourne. Il est là, près d'elle. Il est présent à ses cotés. Elle se jette dans ses bras. Je voudrais juste que tu ne m'oublies pas. Si tu le veux, je vivrai toujours à tes côtés. Je t'aimais et je t'aime toujours.
-Je t'aime aussi. Tu me manqueras mais ma vie durera ce qu'elle doit durer. Je te le promets.Chapitre VI
Elle se réveille dans la chambre d'amis de Frédéric. Elle se demande pendant un court instant ce qu'elle fait là. Elle s'assied et réfléchit. "Rien ne sert de pleurer. Il ne le veut pas. Il est parti et il ne veut pas qu'on le pleure donc il faut qu'on respecte ses dernières volontés." Elle entend le téléphone sonner, elle se doute de la nouvelle que leur apporte cette sonnerie. Elle a envie de crier à Frédéric de ne pas répondre, mais elle se dit que cela ne sert à rien car ce qui devait arriver est arrivé. Il est mort. Elle sort de la chambre, et se rend dans le salon. Elle entend les sanglots de Claire. La mauvaise nouvelle est tombée. Elle entre et regarde Frédéric. Il tente de lui dire quelque chose mais il n'y arrive pas. "Je sais." Elle ne dit pas un mot de plus. Il tend ses bras. Elle vient se réfugier dans le creux de son épaule. Claire sort de la pièce et court se réfugier dans la chambre de Frédéric. Anne la voit s'en aller.
"-Fred?
-Oui.
-Va t'occuper de Céline, je vais voir Claire et lui expliquer ce que m'a fait comprendre Eric avant de mourir.
- Qu'est-ce que tu dis?
-Avant de disparaître, il m'a parlé et j'ai compris qu'il ne voulait pas qu'on le pleure. En disant ces mots qui constituent un mystère pour Frédéric, elle va voir Claire. Elle se doit pour Eric de s'en occuper. Un ami qui part est une part de nous-même qui s'en va. Elle le sait mais elle sait aussi que le pleurer ne serait pas honorer la mémoire d'Eric. Claire est seule avec ses sentiments et sa peine.
"-Et c'est reparti. Je vis une nouvelle disparition. A peine relevée, une nouvelle vie s'effondre. Tantôt c'est la famille, tantôt c'est un de vos amis. Je ne comprends plus pourquoi la vie est si courte. Tu vis, tu meurs. C'est le simple schéma de la vie. Pourquoi est-ce comme ça ? Pourquoi la vie s'en va alors que de nombreuses bonnes choses vous arrivent? Je n'en peux plus de cette existence si précaire. Je viens de te retrouver, et tu disparais. J'ai mal. J'avais beau m'y attendre, ça fait tout le temps aussi mal. Je pleure alors que je t'avais dit que je ne pleurerai pas mais je ne peux pas m'y empêcher. C'est notre destinée à tous. Cependant, quand un de vos proches disparaît, on a peur car on pense à notre propre mort. Tu as beau attraper une cause de bonheur, tu penses à la mort des autres. Certains prient les apôtres, d'autres écrient des histoires pour pouvoir se libérer de cette crainte. Toi, tu écrivais car tu avais plus peur que n'importe qui de la Faucheuse. Si tu étais encore là, tu me dirais qu'il ne faut pas que je pense à ça. Tu me dirais de t'oublier et de vivre ma vie. Je ne peux pas t'oublier. Moi aussi, je t'aimais. Non, ce n'est pas vrai car je t'aime encore. Tu es plus que tout pour moi. Tu es parti une seconde fois. Mais, celle-ci est définitive. Je n'ai pas ta force de caractère, je ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé. Je ne peux pas ignorer ce que tu as été pour moi. Je ne peux pas repartir à zéro. Pour le moment présent, je veux que tout cela cesse. Je veux que la Vie fonctionne autrement. J'ai l'impression que tout est bancal, qu'on vit sur une planche positionnée sur une balle: un pas de travers fait tout renverser et tout perdre.
Ensuite, retrouver l'équilibre est une des choses les plus dures à effectuer. C'est tout un travail de précision qu'il faut faire avec une attention que l'on n'a pas dans ces moments-là.
-Je sais tout ça, et je peux te jurer qu'Eric le sait aussi. Pourtant en son nom, nous nous devons de ne pas l'oublier mais aussi de ne pas le regretter. C'est ce qu'il voulait. Il voulait que tu saches qu'il sera toujours près de toi. Il sera toujours dans ton cœur.
-Anne... Il me manque déjà tellement.
-Je sais. On l'aime tous autant. Une partie de nous est morte avec lui, mais il faut que nous vivions en son nom. S'il te plait, choisi de vivre et non de mourir.
Claire continue de pleurer. Elle veut comprendre pourquoi il est parti. Anne essaie de l'aider, mais elle sait que seul le temps peut guérir de telles blessures. La mort est une blessure que seul l'amour peut guérir. Elle va entourer Claire de son amour comme Eric l'a fait pour elle depuis toujours. Elle va rejoindre Céline et Frédéric avec Claire. Ils ont besoin tous les quatre de se parler pour pouvoir purger toute cette peine qui emplit leur cœur. Ensuite, elle ira parler avec les parents d'Eric, cette discussion ne pourra lui faire que du bien. Enfin, elle continuera de vivre sa vie auprès de ses amis et de sa famille. Elle finira ses études et deviendra un auteur de roman renommé. Une atmosphère noire survolera ses romans mais elle sera heureuse. Elle trouvera l'amour en la personne d'un ami de Frédéric. Cet amour leur survivra avec leurs petits-enfants. Elle n'oubliera jamais Eric, il sera toujours en son cœur en tant qu'ami fidèle et aimant. En attendant tout cela, elle se contente de parler avec tous ses amis. Leur amitié est un amour pur. Ils ont connu le seul sentiment qui peut sauver l'Humanité: l'Amitié.Fabien, sontag.fabien@wanadoo.fr http://frenchie.spirit.free.fr
"-Je suis désolé de vous apprendre que l'on a fait ce qu'on a pu…
Le silence répond au médecin. Elle n'ose comprendre ce qu'il lui dit. A-t-elle perdu son trésor? Elle s'est battue pour l'avoir. Tout indiquait qu'elle était stérile. Son premier mari l'a alors quittée. Il ne pouvait pas concevoir de n'avoir aucune descendance. Il devait en avoir une. Il devait faire survivre son nom. Alors il l'a quittée. Elle en a souffert, et ne s'en est relevée qu'au bout de deux ans. Durant cette période, le temps s'est écoulé comme à son habitude sans s'attacher à ce qu'il provoque. Elle a tenté de se suicider par deux fois. La première fois, un de ses amis l'a sortie de là. Mais, la seconde, elle a failli réussir. Lorsqu'on l'a retrouvé, elle était entre la vie et la mort. Elle était plus près des rivages du Styx que de la Vie. Elle a passé un mois entier dans le coma. Quand elle s'est réveillée, elle a pleuré toutes les larmes de son corps. Sa vie n'avait plus de raison. Elle ne vivait pas. Elle survivait. Ses amis l'ont entourée. Lui demandant sans cesse comment elle allait. La rassurant. En agissant de la sorte, ils l'accablaient plus qu'ils soutenaient. A chaque fois qu'elle remontait la pente, elle trouvait quelqu'un pour lui demander comment elle allait. Le résultat était alors inévitable, elle repensait à son manque et elle replongeait dans la déprime. Pour survivre, elle a commencé à s'éloigner de ses amis. Elle finit par se retrouver seule. Elle était alors bien dans sa peau. Elle commençait à reprendre goût à la vie. Elle recommençait tout à zéro. De plus, elle avait pris une décision qui lui tenait à cœur. Si elle ne pouvait pas enfanter, elle adopterait un enfant et l'élèverait comme s'il était le sien. Elle aurait préféré connaître les joies et les douleurs de l'enfantement, mais le destin en avait décidé autrement pour elle. "Soit! Faisons avec ce qu'il a prévu pour moi!" Sa décision était prise. Elle allait faire les démarches et obtenir ce qu'elle voulait. Malheureusement, elle était loin de se douter que le bonheur était encore loin. Il sera présent en sa vie mais il était encore loin.
Elle commença les démarches le jour de son vingt-sixième anniversaire. Elle espérait pouvoir obtenir l'autorisation d'adopter avant son prochain anniversaire. Toutefois, plusieurs obstacles se sont dressés devant elle. Le premier fut ses antécédents psychologiques. Ses deux tentatives de suicides jouèrent contre elle. Elle s'y attendait, mais l'administration semblait se centrer sur ce problème malgré les nombreuses notes de son psychiatre Il y indiquait qu'elle était prête à se concentrer sur un enfant. Ce serait, selon lui, la dernière étape vers sa guérison. L'administration ne voulut rien savoir. Ses antécédents étaient trop lourds. De plus, elle était seule. Sans mari, ni compagnon. Elle n'avait décidément pas le profil requis pour adopter. Pendant plus de deux ans, elle s'est battue avec cette pieuvre implacable. Elle voulait cet enfant. Plus rien ne l'attirait en cette existence. Seule une vie à élever pouvait lui redonner goût à la vie. La lutte a été rude. Les épreuves se suivaient. Elle n'y voyait pas la fin du tunnel. Elle était dans le noir le plus total. Mais elle avait l'espoir que ce chemin mène à son but. Elle avait espoir de réussir sa quête. Elle le devait. Pour elle. Pour ses parents. Elle ne pouvait se résigner à ce que ses parents disparaissent sans connaître le futur de leur famille. De leur lignée. De leur nom. Elle avait confiance en son avenir. De nombreuse fois, elle était proche du point de non-retour. Proche du gouffre d'où on ne revient pas. Seul l'espoir l'a sauvée. Elle savait qu'elle obtiendrait ce qu'elle cherchait. Ce qu'elle chérissait déjà. Elle voulait prendre son enfant dans ses bras. Elle voulait un enfant.
Un jour, l'administration lui a donné son feu vert pour mettre en route la procédure d'adoption. Un combat était gagné mais la guerre contre la solitude n'était pas pour autant finie. La procédure fut longue et lassante pour cette pauvre femme qui luttait seule. Elle visita tous les orphelinats qui existaient aux alentours de chez elle. Elle n'eut pas le coup de foudre. Elle n'avait pas eu le coup de cœur qu'elle espérait. Il n'était pas concevable pour elle de prendre la responsabilité d'un enfant qui ne l'avait pas irrémédiablement attirée dès le premier coup d'œil. De cette lutte, il ne lui restait que sa famille qui l'aidait dans sa recherche. Son frère, de cinq ans son aîné, eut envie de lui faire comprendre qu'elle courrait après une chimère. "On ne sait pas en voyant un enfant qu'on l'aimera toute sa vie! L'Amour se crée avec le temps. Laisse leur le temps de te montrer qu'ils sont ce que tu cherches." Mais, elle restait dans son idée. Elle devait reconnaître sont enfant dès qu'elle le verrait. C'était écrit. Son Destin lui avait réservé un enfant particulier. Elle le savait. Elle le sentait. Elle devait être patiente. Alors, il lui arriverait ce qu'elle attend depuis de si nombreuses années. Sa recherche dura près de un an et demi. Par un soleil d'été, elle commençait à désespérer de trouver l'enfant parfait. Les paroles de son frère cognaient dans sa tête. Elles avaient entamées un écho infinissable. Avait-il raison? Valait-il mieux ne plus attendre? Elle atteignait la trentaine. Elle avait peur de s'être battue toutes ces années pour rien. Fallait-il baisser les bras? Comme en réponse à son désarroi, le téléphone sonna. Elle se leva pour répondre. Sans grande conviction. Elle ne voulait parler à personne. Elle voulait juste rester seule avec ses questions. Cependant, elle avait un pressentiment. Cet appel pouvait être la fin de sa lutte. Sa victoire. Elle décrocha avec la crainte d'être de nouveau déçue. Une voix féminine lui demandait de venir à l'orphelinat de Versailles. Un enfant venait d'être trouvé dans un sac près d'une poubelle. Sûrement une mère qui ne se sentait pas d'affronter l'éducation d'un enfant. Il en existait de plus en plus. Pas assez forte pour avorter. Pas assez forte pour l'élever. Elles prenaient la décision de l'abandonner. Elles le regretteraient toute leur vie. Mais c'était la seule chose à faire. Cela a toujours existé. A des époques plus reculées, il était coutume dans ces cas de laisser le nouveau-né devant une église. A nouvelle époque, nouvelles mœurs. De nos jours, il est plus simple de laisser les nouveaux-nés près d'un lieu fréquenté par tous. Or, qui fréquente les églises? Peu de personnes. La Foi a disparu du cœur de nos concitoyens. Les enquêteurs vous diront qu'il n'est pas rare de trouver des enfants dans des sacs plastiques. Laissés là par des mères désabusées par la vie elle-même. Une telle découverte doit être faite vraisemblablement une fois par an. Ce fut un de ses enfants qui fut recueilli par l'orphelinat de Versailles. La police le leur avait amené. Il était en bonne santé. Contrairement à d'autres retrouvés morts dans les mêmes conditions.
A peine le combiné du téléphone posé sur son socle, elle le reprit en main pour appeler son frère. C'était le bon. Elle le sentait. Cet enfant serait le sien. Elle l'élèverait comme un petit roi. Elle serait sa mère, et lui le fils qu'elle a toujours désiré. Ou la fille. L'institution ne lui avait pas dit le sexe de l'enfant. Peu lui importait. Ce qui comptait pour elle était qu'elle l'avait trouvé. Avant même de l'avoir vu, elle en était sûre. C'était le bon. Elle raconta l'histoire de l'enfant, du moins le peu qu'elle ne savait, à son frère. Elle lui demanda de l'accompagner. Il rechigna. Il craignait qu'elle soit de nouveau déçue. C'était arrivé tant de foi. La déception de sa sœur lui était devenue difficilement supportable. Elle insista. C'était important pour elle que son grand frère soit présent. Il était tout pour elle. Leur complicité l'avait souvent sauvée d'elle-même. Elle lui promit que c'était la dernière fois que lui demanderait une telle chose. Pour elle, c'était l'Enfant qu'elle attendait depuis toutes ces années. Il finit par accepter. Après tout, pourquoi lui refuser une telle requête? Qui était-il pour refuser cela à sa sœur? Il vint la chercher chez elle. Le voyage, si court soit-il, se fit dans le silence. Tous deux étaient dans leurs pensées. Elle, elle s'imaginait l'enfant. Serait-il blond ou brun? Garçon ou fille? Elle explorait toutes les hypothèses. De toutes façons, qu'elles que ce soit les réponses à ses questions, elle était sûre d'une chose. Il serait un enfant parfait. Elle le savait au plus profond d'elle. Durant le voyage, un sourire se marqua de plus en lus précisément sur son visage. Elle était enfin heureuse. Son frère s'en inquiéta. Sa déception en serait encore plus grande. Mais il décida de rien ne lui dire. Il se trompait peut-être! Et peut-être pas!
Arrivés à l'orphelinat, elle se dirigea à l'intérieur sans attendre que son frère ait fermé la voiture. Elle devait le voir. Elle se présenta. Une femme l'amena dans un chambre individuelle. Une autre, en blouse blanche, était penchée au dessus d'un landau. "Une infirmière" supposa-t-elle. Etait-il malade? Les questions se bousculèrent dans son esprit. Si vite qu'elle n'avait pas le temps de chercher une réponse à chacune d'entre elles. Celle qu'elle supposait être une infirmière se retourna. Un sourire lui illumina le visage. "C'est un garçon"! Nous ne connaissons pas son prénom, mais il est en pleine forme." Elle s'approche et se pencha au-dessus du landau. Il avait à peine trois mois. Il dormait du repos du juste. Un sommeil calme et serein. Les larme lui coulèrent des yeux. Elle pleurait comme une petite fille. Elle l'avait enfin trouvé. Elle avait trouvé ce qu'elle cherchait depuis quatre ans. Elle avait son enfant devant les yeux. Plus aucun doute n'était possible. C'était son enfant. L'enfant qu'elle attendait. Il était sous ses yeux. Elle se retourna à son tour, et vit son frère dans l'embrassure de la porte. Elle se jeta dans ses bras. Aucuns mots ne sortis de ses lèvres. Elle ne pouvait rien dire. Elle ne voulait rien dire. Elle avait toujours pensé qu'elle aurait plein de chose à dire à ce moment-là. Elle remarqua que ce ne fut pas le cas. Ça lui était égal. Elle était dans les bras de son grand frère. Seul lui importait qu'elle puisse repartir avec son enfant pour le présenter à ses parents.
Ce ne fut pas si simple. Quand elle se reprit, le responsable de l'orphelinat lui décrivit les démarches qui lui restaient à faire. Il l'aiderait. Elle pouvait en être sûr. Son soutien lui était accordée. Elle rentra chez elle en étant assurée qu'elle vivrait avec son enfant dans moins d'un mois. Durant ce laps de temps, elle alla le voir chaque jour. Les premiers furent difficiles. Il pleurait dès qu'elle rentrait dans sa chambre. C'était dur pour elle. Son enfant avait peur d'elle. De sa mère. Elle pleurait dès qu'elle se retrouvait seule chez elle. De joie? De tristesse? Elle-même n'était pas sûre de le savoir. Elle était heureuse de le voir chaque jour que Dieu fait. Mais le malheur était de le quitter. La réaction de l'enfant était tout à fait normale. Il fallait qu'il s'habitue à sa présence. Au bout de deux semaines, les pleurs de l'enfant venaient lorsqu'elle devait le quitter. Elle avait mal au cœur de le voir ainsi à chaque fois mais elle n'avait pas le choix. Elle devait encore patienter deux semaines. Juste deux semaines. Elle l'avait attendu quatre ans. Elle pouvait bien patienter encore deux semaines? Elle avait cherché un prénom à lui donner. Elle en écarta un grand nombre. Il lui fallait un nom qui lui ressemblait. Elle choisit celui de son propre père, qui était décédé sans même voir son petit-fils. C'était décidé. Il s'appellerait comme lui.
Le jour J arriva. Elle pouvait enfin le rapporter chez elle. Il était définitivement son fils. C'était sûr. Des larmes de joie lui coulèrent à nouveau du visage. Elle n'alla pas le chercher seule. Elle se rendit à l'orphelinat avec sa mère, son frère et l'épouse de celui-ci. Tous trois savaient que ce jour était très important pour elle. Ils tenaient à être là. Le personnel de l'orphelinat avait tout préparé. Elle n'avait plus qu'à signer des papiers qui prouvaient qu'elle avait bien accepté la charge de l'enfant. Et qu'elle en était la mère adoptive. Le combat avait duré en tout et pour tout cinq ans. Mais elle l'avait gagné. En sortant du bâtiment, elle demanda à son frère de se rendre au cimetière. Elle tenait à présenter son fils à son père. Il s'exécuta. Ils se rendirent à la tombe de son père. Ce fut un caveau familiale. Seul le nom de son père y était inscrit. Il fut le premier à y être enterré. Elle se présenta devant le caveau avec son fils dans ses bras. "Je te présente ton petit-fils. Il porte le même prénom que toi! C'était important pour moi de te le présenter dès que je pouvais." Elle se retourna vers son fils qui regardait autour de lui avec ce regard curieux qui caractérise les enfants de son âge. "C'est ton papy qui est là. Le papa de maman." Il était concentré sur le caveau. Un ange y était dessiné. Asexué, il semblait vouloir se lever vers les cieux mais restait attiré par l'Humanité.
Les trois années suivantes passèrent à une grande vitesse. Elle avait repris le travail. Son fils allait à l'école, et s'y plaisait. Tout était parfait dans sa vie. Elle avait repris contact avec ses amis d'antan. De longues discussions s'étaient succédées. Les excuses et les pardons se suivaient. Peu lui importait, elle avait trouvé l'équilibre qui lui manquait. Elle était heureuse. Tout lui souriait. Le Destin lui-même semblait avoir compris qu'il était inutile de lui barrer le chemin. Elle n'attendait plus d'autre chose de la vie. Elle avait tout ce dont elle rêvait. Ceux qui lui répondait qu'elle était seule, sans mari. Elle leur répondait qu'ils avaient tords. Elle n'était plus seule. Elle était avec son fils. Elle était avec son Trésor. Le Bonheur avait frappé à sa porte, et elle lui avait ouvert. Elle en était heureuse, et épanouie. Plus rien ne pouvait la rendre malheureuse.
Plus rien ne pouvait la rendre malheureuse jusqu'à aujourd'hui. Elle est seule dans le couloir de l'hôpital. Elle se remémore les derniers instants. Elle attendait le retour e son fils qui était allé au cinéma avec sa classe. Elle a toujours pensé que ces sorties scolaires étaient une très bonne chose pour les enfants. Leur culture s'élargissait, et les rendrait alors plus fort pour l'avenir qui s'annonce devant eux. En réalité, elle avait toujours pensé. Aujourd'hui, elle a changé d'avis. Sans cette sortie, elle serait chez elle. Avec son fils. Ils goûteraient. Des tartines au Nutella. Il adorait le Nutella. Il se nourrirait que de ça si elle l'écoutait. Comme tous les enfants. Pour accompagner leurs tartines, ils se seraient servis un verre de jus de fruits frais. Il fait tellement chaud. Puis, elle l'aiderait à faire ses leçons. Il a maintenant six ans. Il commence à apprendre à lire. Il est légèrement en avance. C'est le fruit de sa curiosité naturelle. Elle se fâcherait car il ne ferait pas d'efforts pour s'améliorer. Après, ils se posteraient devant la télévision. Ils regarderaient son programme préféré. Il n'en loupe pas un épisode. Quand elle est là, elle le regarde avec lui. Ce serait une après-midi comme une autre entre une mère et son fils.
Seulement, le Destin en a décidé autrement. Ils ne goûteront pas ensemble. Le pot de Nutella restera fermé jusqu'au jour où elle se sentira assez forte pour le jeter. Ils ne feront plus ses devoirs ensemble. Elle lira seule les aventures du Lapin Blanc. Elle les lira à voix hautes mais nul ne les entendra. Il ne regardera plus son programme favori. Elle évitera la télévision, la salle de séjour même, à cette heures. Elle sortira et fera toujours la même ballade. De chez elle à l'école. Elle n'aura plus à se fâcher pour qu'il aille se coucher. Il est parti et elle se retrouve seule à nouveau. Vivante mais seule. La Vie l'a éprouvée.Elle est dans le couloir de l'hôpital qui l'a vue naître. Assise, elle a sa tête dans ses mains. Elle pleure toutes les larmes de son corps. La source semble inépuisable. Elle est fatiguée. Elle en a supporté plus que n'importe qui. Elle avait Tout. Elle n'a plus Rien.
Elle est seule. Elle pleure.Fabien, sontag.fabien@wanadoo.fr http://frenchie.spirit.free.fr
J'ai beau écrire sans cesse. Ce sont toujours les mêmes idées noires qui me viennent à l'esprit. La Mort, le désespoir, la peine. Ce sont des sentiments qui me sont aussi proches que me sont éloignés la joie ou l'espoir. Que dire de ma vie? Elle est mêlée de problèmes et de défauts. Enfermé ici depuis dix ans, ces murs sont ma seule famille, ce sont les seules choses que je connaisse. Je peux vous dessiner les yeux fermés un plan des bâtiments. C'est de toute façon la seule chose que je sais faire parfaitement. Comme me disent tous mes professeurs, je ne sais "rien faire de mes dix doigts". Incapable est l'adjectif plus souvent utilisé pour parler de moi. Mes études n'ont jamais été un succès. Mes efforts au lycée ont toujours été vains. Je bossais, mais ce n'était pas pour moi. Si je travaillais autant, c'était pour que mes parents soient fiers de moi. Au lieu de cela, je n'ai cessé de les décevoir sans cesse. Quand un prof voulait bien accepter mes efforts, mes parents n'avaient plus une once de confiance en moi. Mon père n'a jamais compris pourquoi j'étais comme ça. Dès le collège, on a voulu m'orienter vers une branche professionnelle, mais mon père a répondu que cette "voie de garage" n'était pas pour son fils. Je ne sais pas si tout aurait été autrement,je pense tout de même que je me serais senti plus à mon aise dans cet univers. Au lieu de ça, ils m'ont envoyé dans un lycée où seul le résultat était important, pas la personne. Mon bac?.. J'ai fini par l'avoir. Le troisième essai était le bon. Vingt et un ans, j'ai eu ce diplôme si important et si factice à vingt et un ans. Il ne m'a pas ouvert beaucoup de portes. II ne vous ouvre que les portes d'une autre école. Ma mère a enfin compris à ce moment que je n'étais pas fait pour les études. Elle a tenté d'en convaincre mon père. C'était une autre histoire. Autant, essayer de convaincre un chien de miauler... Totalement infaisable. On a fini par avoir une discussion tous les deux. Il m'a alors dit que si je rentrais dans la vie active sans son accord, il était inutile de revenir chez lui. C'est ce que j'ai fait! Continuer les études n'aurait servi à rien. C'est à ce moment que ma vie a réellement commencé, mais c'est également à ce moment que ma vie s'est terminé par mon enfermement. En un laps de temps très court, j'ai connu le Bonheur et la Peine. Le bonheur est venu de la personne de Célia. Je l'ai connu le 23 avril. Les cheveux noirs, les yeux vert clairs. De ce contraste naissait une beauté qui illuminait quiconque. Pourtant, au début on ne se supportait pas. En fait, ce qu'on n'aimait pas en l'autre était notre ressemblance. Qui aime son propre reflet? Moi, je ne l'aimais pas. Mon caractère est trop mauvais. Jamais je n'avais imaginé aimer une fille qui a le même. Elle était étudiante en Licence de Droit. Elle était passionnée par ce qu'elle faisait. Je l'admirais tout en l'enviant. On est resté ensemble trois mois. Après ces trois mois, ils sont venus me chercher, et m'ont enlevé tout espoir de vivre comme les autres! C'était un jeudi, au cours du mois de mars, j'étais aller voir Célia à sa fac. Avec quatre de ses amis, nous étions allés nous promener dans un petit parc. Il faisait très beau, et tous me parlaient comme s'ils me connaissaient depuis longtemps. Pour la première fois depuis que j'avais quitté mes parents, je me sentais entre amis. Je ne désirais qu'une seule chose: que cet instant ne cesse jamais. Toutefois, ils devaient retourner à la fac. Je les raccompagnais donc. En chemin, mon patron me téléphona pour me demander où j'étais. Je lui répondis calmement que j'avais pris ma demi-journée en lui expliquant où j'étais. Il s'excusa en prétextant qu'il avait oublié. Après être arrivés à la faculté, chacun alla dans son coin. Célia et moi restions un peu seuls. Alors qu'on venait juste de s'asseoir, deux keufs... Je veux dire deux policiers entraient dans le hall, et se dirigeaient vers nous. " Voudriez-vous nous suivre, s'il vous plait ? " On m'avait accusé de meurtre. Un avocat, j'aurais tué un avocat après être rentré chez lui par effraction. Tous les étudiants me regardaient comme un assassin. Célia a gardé sa confiance en moi dès ce moment et jusqu'à la fin de ce que la justice a appelé 'un procès'. C'était tout sauf un procès. Tout ce qui a été dit durant cette mascarade était faux. Trois personnes ont déclaré m'avoir vu rentrer. En plus, l'une d'elle a déclaré que j'étais sorti du domicile de l'avocat avec du sang sur les mains. Personne n'a relevé la stupidité de ce témoignage. Selon eux, je serai entré alors qu'il faisait nuit. Donc, comment ce témoin aurait-il pu voir des traces de sang sur mes mains. Des journalistes qui ont entendu ma cause ont clamé cette incohérence. Mais personne ne les a écoutés. Je ne sais plus quoi dire. Tout ce que je pouvais faire a été fait. Je suis seul entre ces quatre murs. Ils sont devenus mon quotidien.La prison, ce n'est pas une colonie de vacances où on retrouve ses copains. Il n'y a rien de joyeux dans le fait d'être enfermé vingt-deux heures sur vingt-quatre. Etant dans le couloir de la Mort, je n'ai le droit qu'à une sortie de deux heures par jour. A chaque fois que je vois le soleil, il faut bien une heure pour me remettre. Sa lumière est si blanche, et si forte. J'en pleurerai à chaque fois. J'ai mal de vivre ici. Je suis innocent, j'ai beau le crier, personne ne m'écoute. Je ne suis qu'une ombre parmi les détenus. En fait, lorsqu'on nous enferme, ce n'est pas pour nous punir mais pour mieux nous oublier. Ils ont honte que certains d'entre eux puissent prendre un chemin autre que celui prévu. Encore au début du vingtième siècle, il existait les foires aux monstres. C'était des chapiteaux dans lesquels on pouvait aller voir des hommes ou des femmes qui ont comme seul défaut de naître autrement. C'est ce qui s'est passé en 1887, en Angleterre, avec M. Merrick que l'on a aussi appelé Elephant-man. Atteint d'une maladie rare et grave, on l'a fait passer pour un animal que tout le monde voulait voir. Cette mode est vite passée, l'humain a alors trouvé un autre exutoire pour ses craintes et ses hontes. Les meurtriers et voleurs sont devenus les rebuts que personne ne voulait accepter parmi eux. Je ne veux pas dire que tous ceux présents dans une prison sont des enfants de chœur. Loin de là ! Il existe des vrais salops, comme les assassins d'enfants ou encore les violeurs. Ceux-là ont droit à une double punition: prison et coup. La prison est seulement la peine légale. Mais, il n'est pas rare de les entendre crier le soir. Régulièrement, les cris se répondent en écho. Je ne vais pas les plaindre. Ce sont des mecs qui ont profité d'une faiblesse pour abuser. Mais, jamais je ne participe à ce genre de règlement de compte. A mon arrivée, je restais toujours seul. Je ne voulais parler à personne. Je réagissais comme tous les autres qui sont en dehors de ses murs. Les autres 'pensionnaires' m'ont fait descendre de mon piédestal. Ils m'ont fait comprendre que la prison était une véritable société à part entière. Il y a les dirigeants et les dirigés. Quand j'ai compris ça, j'ai tout fait pour être entouré des plus craints. Après avoir réussi ça, plus personne ne m'a cherché d'emmerdes. Malgré tout, j'ai un vide dans mon cœur. Si je ne me suis pas déjà pendu ou tiré une balle, c'est que j'avais l'espoir de revoir ma Célia. Je l'ai revu pour la dernière fois hier. Elle était toujours aussi belle. Le vert de ses yeux m'a apporté un peu de liberté de cette enceinte d'oppression. Je ne vais plus la revoir. Plus jamais.. .
On m'a prévenu au début de la semaine, je vais aller voir Jack ce matin. Il est trois heures du matin, je ne dors pas. A quoi ça sert!... Dans une dizaine d'heure, je serai mort. Y a-t-il quelque chose après la mort? Je le saurais mais ne pourrais plus y répondre. J'ai cessé de crier mon innocence. Rien ne sert de crier devant la Faucheuse. Si elle a décidé de vous prendre, rein ne peut plus rien n'y changer. Le pire n'est pas de mourir alors qu'innocent, mais de mourir en sachant que tous croiront à la culpabilité du père de ma fille...
Il est dix heures. J'ai les pieds et les mains enchaînés. On sait jamais: je pourrais toujours m'évader en passant par la grande porte. J'ai eu le droit au dernier repas. Très copieux! J'ai rien mangé, j'ai pensé que le dernier voyage ne m'affamerait pas trop. Un prêtre est ensuite venu. C'était comme à la télé. Je lui ai demandé ce qui m'attendait après ma rencontre avec Jack. Il n'a pas saisi ma question. J'ai du alors lui expliquer qu'on appelait ainsi notre grande amie à la faux. Le prénom d'un bourreau est devenu par analogie celui de l'Inconnu. Il m'a alors dit que c'était inconnu également pour lui. Il m'a ensuite demandé si je voulais me confesser. Je l'ai fait pour lui faire plaisir. Mais, ça fait bien longtemps que j'ai arrêté de croire en une quelconque entité supérieure...
Je marche dans les couloirs sombres et tristes de la prison. Le silence règne! Chacun respecte ma volonté de faire mes derniers pas dans le silence. Je ferme les yeux. Ma petite fille me revient. Elle a pris la beauté de sa mère, j'espère qu'elle prendra également sa chance. Je n'en ai jamais eu. Alors ma disparition ne sera pas une grande perte...
Jack est devant moi. Je suis le seul à le voir. Il me fait un sourire que l'on comprend hypocrite. Je lui rends son sourire. On m'attache sur la chaise. Un miroir est devant moi. Je me doute que journalistes et famille de la victime sont derrière. Le pire dans tout ça est que le véritable assassin n'a jamais été retrouvé. Jack se déplace et se positionne à côté du bourreau. Il pose sa main sur celle du bourreau. Le levier est baissé!...
Fabien, sontag.fabien@wanadoo.fr http://frenchie.spirit.free.fr
Maria était une jeune fille de 16 ans, qui était plutôt jolie car elle avait les cheveux blonds et les yeux verts.Aprés la mort de ses parents il y a quatre ans, elle est allé vivre chez sa Tante Soukaina, divorcée et qui avait une fille de son age nommé Sarah.
Sa tante habitait une petite bourgade à la sortie de Casablanca, prés de l'aéroport de Nouasr et elle était ingénieur graphiste. Maria adorait sa cousine Sarah qui était une fille mignonne, rousse et qui avait les mêmes yeux verts de Maria, elles allaient toute les deux au lycée Ibn Toufail, dans la même classe, aussi elles partageaient un même goût pour l'équitation, le bouquinage et le septième art. A Nouasr, la vie était simple et celle de maria était réduite à des sorties avec les copines, ses études ou les nuits qu'elle passait avec sa cousine a visionner des films, et d'ailleurs elle adorait ça, car du temps ou ses parents étaient vivants elle devait toujours changer d'école, ces derniers étaient des scientifique qui n'arrêtaient pas de déménager afin de trouver un endroit ou faire leurs recherches. C'est vrai qu'a la fin on leur avait proposé d'enseigner dans une grande université et d'utiliser son laboratoire, mais ils n'eurent pas beaucoup de temps pour en profiter, car ils moururent quatre mois après dans un terrible accident de voiture.
Un jour alors qu'elles venaient de rentrer du lycée, un homme avec une grande allure venait de frapper à leur porte, sa cousine alla ouvrir et l'homme lui dit :
- Bonjour, est- ce ici qu'habite Mlle Soukaina Jalal ?
- Exactement, je suis sa fille.
- Puis-je la voir ?
- Evidement, mais qui dois-je lui annoncer ?
- Maître Karim Rouchdi.
- Entrez, je vais vous l'appeler."
Après avoir disparu une dizaine de secondes Sarah revint avec sa mère, qui lui demanda de laisser seuls.
Sarah se rendit tout de suite raconter à sa cousine qu'un avocat était en train de s'entretenir avec sa mère.
Après une demi heure Tante Soukaina entra l'air joyeux et glorieux et leur dit :
- Les filles, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer.
- Laquelle ? répondit Sarah.
- On va devoir déménager aux U.S.A.
- Déménager ? pour quoi faire, on est bien ici, non ? Et puis que te voulait- il cet avocat ? répondit Maria avec fureur.
- Cette homme représente le consulat des Etats-Unis, le visa vient de nous être accordé.
- Et alors ?
- Et alors ? c'est un moment que j'attends depuis cinq ans, et je ne compte pas laisser passer cette offre.
- Mais moi je ne veux aller nulle part, tu m'entends, nulle part !
Aussitôt qu'elle eut fini ses paroles, Maria sortit et alla se réfugier dans le jardin. Il était hors de question qu'elle déménage maintenant qu'elle menait cette vie dont elle avait toujours rêvé et qu'elle n'avait pas connu auprès de ses parents. Après leur mort, elle s'est retrouvée déstabilisée, déprimée, perdue.
Et ce n'est qu'avec grande difficulté qu'elle avait pu se familiariser avec cette nouvelle vie, et maintenant qu'elle se sentait chez elle on voulait lui enlever ce bonheur, c'tait hors de question, elle ne se laisserait pas faire aussi facilement.
A sa rentrée, elle trouva sa tante en train de l'attendre pour avoir une discussion avec elle.
Elle lui dit :
- Ecoute-moi, je comprends parfaitement que tu ne veuilles pas partir et tout laisser derrière toi après tout ce que tu as enduré, mais c'est une chance que tout être raisonnable voudra saisir, et n'oublie pas que je suis ta tutrice légale jusqu'à l'âge de 18 ans et ça sera soit les U.S.A soit un pensionnat, alors fait ton choix.
MARIA monta dans sa chambre et essaya de faire le vide dans se tête. Elle sentit que le monde s'arrêtait autour d'elle. Je n'ai pas le choix, se dit-elle. Alors elle descendit donner sa réponse à sa tante, elle était d'accord.
Ces derniers temps sa tante passait son temps entre le consulat et la préparation des papiers nécessaires pour l'immigration. L'Année scolaire finit et les deux cousines réussirent leur année avec brio. Plus que deux semaines avant le jour J, les visas étaient prêts, les habits achetés et les deux cousines n'arrêtaient pas de parler anglais, quand à Tante Soukaina elle faisait de grands projets pour l'avenir. Plus que quatre heures avant le départ d'avion, c'est un ami de la famille qui les emmena à l'aéroport qui n'était d'ailleurs qu'à 3 Kms de la maison. Elles prirent l'avion. Pour les deux cousines, c'était la première fois. C'est pourquoi elles ressentaient à la fois de la peur et de l'excitation. Après 5 heures de vol, elles arrivèrent à l'Aéroport international de New-York, prirent un taxi pour se diriger à l'adresse donnée par le consulat. C'était un appartement de trois pièces qui se trouvait dans un Building de 31 étages à Brooklyn, il était meublé et très joli.
Tante Soukaina alla voir le concierge qui, à son tour, lui présenta le propriétaire, elle lui donna la lettre du consulat et lui paya 3 mois à l'avance et puis alla rejoindre sa fille et sa nièce pour sombrer dans un profond sommeil.
Les trois passèrent toute une semaine à visiter New-York : la Statue de la Liberté, la place des anciennes Twin Towers, Madison Square, la Chinatown et la 5ème Avenue.
Après, vint le jour où Tante Soukaina alla prendre son nouveau poste qui consistait à s'occuper des relations avec les musulmans et les arabes dans une boîte de publicité, c'est à elle que revint la mission de réaliser les projets de pub de ces derniers.
Quant à Maria et Sarah elles devaient pendant 7 semaines prendre des cours de rattrapage car elles devaient étudier leur dernière année dans une Ecole publique américaine, aller dans une école arabe leur était impossible. Pour les Maths, les physiques et les sciences c'est un peu la même chose qu'au Maroc traduit en anglais bien sûr, le problème résidait dans l'histoire-géo, l'éducation civique, car c'est vraiment autre chose et c'est ce qui compliquait les choses, mais le pire restait à venir.
Vint le jour de la rentrée, les filles avaient le trac, mais quand on voit leur aspect physique et leur accent on peut bien les confondre avec des new-yorkaises. arrivées au lycée elles se rendirent à leur cours de maths et elles devaient dès les premières minutes supporter les insultes des autres élèves. Sang de bourbe criait l'un, idiotes criait une autre et ainsi de suite pendant les cours de géo, d'anglais, jusqu'à ce que vint l'heure de la langue étrangère, les filles avaient opté pour le français, et elles se montrèrent très brillantes ce qui leur valut l'admiration du prof mais surtout la jalousie et la haine des autres.
Rentrées à la maison, elles durent attendre l'arrivée de tante Soukaina pour lui raconter comment elle s'étaient fait insulter, mais surtout :
- Nous ne sommes que 17 en classe, et chacun sur sa propre table dit Maria.
- Pratique pour les professeurs, afin de détecter les tricheurs, dit Sarah d'un air moqueur.
- Et puis la cantine, elle est si grande et on y mange très bien, répliqua Maria.
- Et on a toute l'après-midi pour nous, si seulement nos écoles au Maroc étaient comme çà, on aimerait bien les études.
Tante Soukaina mit fin à cette discussion en disant : bon assez discuté, j'aimerai aller prendre une douche, car pour moi non plus ce n'est pas facile au travail, et des fois il m'arrive de regretter mon poste au maroc.
Les jours se succédèrent et les choses ne s'amélioraient pas, car en plus des insultes des élèves, elles devaient subirent les dénigrement des autres dans la rue et partout. Pour Sarah, qui avait une forte personnalité, elle supportait tout et n'hésitait pas à remettre quelques-uns à leur place. Quand à Maria, elle n'était pas aussi forte que sa cousine, elle supportait très mal la situation et son état moral se détériorait de jour en jour et ses notes ne s'amélioraient pas, contrairement à Sarah. Elle haïssait de plus en plus son lycée, mais un jour, après qu'un prof lui ait parlé durement pour avoir donné une mauvaise réponse, elle arriva a ne plus rien supporter et commença à se dire: beaucoup de gens se trompent sur l'image que nous reflètent les films américains, beaucoup pensent que c'est la belle vie,l'argent facile, dire que c'est tout le contraire, ici ce ne sont que des crimes. 247 personnes meurent tuées chaque jour à new-york et puis cette pollution et ce brouillard qui ne veut pas ce dissiper. Je vois qu'une seul solution : la mort. Oui, pourquoi pas ? je me couperai les veines, on dit qu'on ne ressent rien, où est cette paire de ciseaux ? Ah, le voila !
Maria s'apprêtait à commettre cet acte terrible, quand Sarah ouvrit la porte. Oh, mon dieu, que vois-je ? tu ne vas pas te couper les veines ? Maman, maman !
Tante Soukaina accourut, apeurée par les cris de sa fille qui lui raconta ce qu'elle venait de voir, Tante Soukaina prit Maria dans ses bras et cette dernière éclatat en sanglot.
Et elle lui dit :
- Dis-moi, dis-moi pourquoi ? Et dire que je n'est rien vu venir.
- Maria répondit :
- J'ai appelé la mort comme ce bûcheron dans une des fables de la Fontaine, mais je n'est pas eu autant de chance que lui, alors j'ai décidé d'aller vers elle. J'étouffe et rien ne s'arrange pour moi.
- Mais, dans sa fable, la Fontaine avait dit: " plutôt souffrir que mourir, c'est la devise des hommes ".
- Je sais, mais je me sens seule, mes parents me manquent, et cette pluie qui ne veut pas s'arrêter, le soleil de mon pays me manque, et j'ai surtout besoin qu'on m'aide.
- Ne t'inquiète pas, je vais tout régler, j'irai parler au proviseur de ton lycée,et je t'aiderai pour que tes notes évoluent.Tante Soukaina marqua une pause et reprit : - je sais que ça ne sera pas facile, mais dans la famille on a toujours été des battants.
Dès le lendemain, Tante Soukaina alla voir le proviseur et lui parla des problèmes de Maria, qui à son tour en parla aux profs. Maria alla voir le psychologue du lycée et les élèves tenu au courant des événements se montrèrent de plus en plus compréhensifs et les deux cousines réussirent même à se faire des amis.
Ca faisait huit mois qu'elles étaient à New-York et, après tous ces épreuves quelles avaient dû affronter, elles commencèrent à se familiariser avec cette nouvelle vie. Tante Soukaina commença à se faire une réputation à son travail, les filles avaient de bonnes notes, surtout en français, et les choses avancèrent comme ça jusqu'au jour ou elles eurent un appel inhabituel.
- Allo, dis Tante Soukaina.
- Allo, Soukaina, c'est Ali (c'était l'ami qui les avaient accompagné à l'aéroport).
- Ali, comment ça va ? tu nous manques, on aimerait bien te voir.
- T'inquiète ça se fera plus tôt que prévu.
- Comment ?
- Oui. Je vais vous rejoindre, le visa vient de m'être accordé.
- Et tu comptes venir ?
- Bien sûr, regarde toi, t'es bien, non ? Et t'as un super job, non ?
- Oui, mais le Maroc est très bien, tu sais, et si j'était toi j'y resterais.
- Non, mais tu te fous de moi ? Tu ne veux pas que je sois aussi bien que toi c'est ça!?
- Non, détrompe toi. Ici j'ai failli perdre ma nièce, la seule chose qui me reste de mon frère, et puis un ingénieur ça paye bien au Maroc, et puis t'as un logement, une famille pourquoi viendrais-tu ici, subir les humiliations des autres ? Et puis, tout ces ingénieurs et ces diplômés qui immigrent… Qui va rester au pays et l'aider à se développer ? Un conseil, moi d'ici je peux tout voir, notre pays est un paradis, peut être qu'on a des années à rattraper mais ici c'est pire, ce n'est que pollution, crimes et racisme, alors reste ou tu es, et pour moi, si c'était à refaire, je resterais dans mon pays, car la réalité est tout autre, et plus dure que se qu'on voit dans ces films hollywoodiens à la noix.Meriama Moutik, amairem@hotmail.com
Feindre, s'adapter sont les maîtres mots du chasseur. Je feins, je m'adapte, je chasse.
Le profane n'y voit que barbarie, n'appréhendant ainsi que la fatale issue ; moi, l'initié, ce qui m'excite dans cet art, qualifié par certains de primitif, ce sont tous les apprêts.
Fort de mon expérience, j'aimerai vous convaincre du bien-fondé des propos qui vont suivrent.Tout bon chasseur doit avant tout être bon stratège. Partant de ce principe, la proie devient alors l'ennemi. Le militaire aguerri vous avertira dès lors que l'ennemi doit dans les prémices se faire ami. Il faut donc cerner sa proie, tout connaître d'elle, ne rien ignorer, ni ses forces, ni ses faiblesses, ni ses joies, ni ses peines, savoir son passé, s'intéresser à son avenir. Le danger, ici, est de s'attacher à sa proie. Le chasseur n'en est pas moins homme et comme tel il peut céder à ses émotions, la proie peut certes vous distraire mais jamais il ne faut aller plus loin car sinon de chasseur l'on devient chassé.
Je vous déconseille fortement d'approcher votre proie en son propre territoire, celui-ci regorge de refuges qui vous auront échappés, de congénères que vous aurez malencontreusement omis, choisissez plutôt un territoire qui vous est connu et dans lequel vous aurez tous loisirs pour vous jouer de votre proie sans qu'elle ne s'en aperçoive.
Arrive la phase finale, le fusil est armé, la proie offerte. Je tire, elle succombe. Joie extrême mais éphémère, éternel insatisfait moi chasseur repart aussitôt vers d'autres conquêtes oubliant que pour arriver à mes fins j'ai pu faire souffrir, ne retenant que mon propre plaisir et souhaitant à nouveau le ressentir.A présent, si je vous confie que moi, Monsieur X, ne suis point chasseur mais séducteur, y voyez-vous offense? Je vous choque ? Mais moi qui vous ai chassé, ne pensez-vous pas qu'à mon tour j'ai pu l'être ?
Au final, laissez-moi rétorquer à vos indignations que mes proies ne seront jamais mes chasseurs, mes chasseurs jamais mes proies…Nathalie MAER, nathalie.maer@voila.fr
Il est des gens à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession et d'autres pour qui tout confesseur préfèrerait se pendre plutôt que d'offrir l' absolution.
Je m'en vais vous parler d'un homme qui se situe entre les deux. Ni vraiment angélique, ni vraiment démoniaque, Monsieur X est ce que l'on a coutume d'appeler un beau parleur, ni jamais vraiment sincère, ni jamais vraiment menteur. Il plaît, le sait, en joue…Ce dernier sait s'entourer, autour de lui gravite une foule d'individus qui ont tous un rôle à jouer : il y a les gens qui l'ennuient mais ceux-ci ne le rendent que plus intéressant, les gens qui le font rire car monsieur aime être divertit, les gens qui l'instruisent en effet notre homme a soif de connaissances, les gens qu'il aime ce qui lui prouve qu'il est vivant, les gens qui l'aiment pour démontrer qu'il est imbu de qualités…
Monsieur X, lui, ne gravite autour de personne ; il est l'élément stable et si parfois, il éprouve le besoin de se dégourdir de cette immobilité qui semble lui peser, il se rend compte qu'il est allé trop loin, qu'il doit vite rebrousser chemin, et retrouver ainsi sa place originelle. Seulement, monsieur X omet que pendant ce court instant où il s'est oublié, d'autres éléments sont venus graviter autour de lui ; notre ami parti, les éléments ne comprennent pas… Bien sûr, monsieur X n'a rien promis, bien sûr il s'en servira comme excuse. La majeure partie de ces éléments ainsi délaissés que nous appellerons les Y le déteste, cherche à se venger, après tout, cela est si facile mais un jour ou l'autre ces Y trouveront un substitut à monsieur X car pour eux un monsieur X en vaut un autre.
La partie restante, aussi infime soit-elle, ne fera jamais l'expérience d'un autre monsieur X car pour elle monsieur X est unique, l'ersatz, elle le sait, n'a jamais la saveur de l'original.Monsieur X ne mérite sans doute pas cette fidélité ; la partie restante s'en moque, attendra que monsieur X à nouveau s'oublie mais retiendra que si monsieur X est unique, il lui reste encore à découvrir Monsieur A, monsieur B etc…
Nathalie MAER, nathalie.maer@voila.fr