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Naissance d'un vampire Tonie Paul, juillet 2003.
Nous ne vieillirons pas ensemble Tonie Paul, juillet 2003.
Confessions d'un pyromane Tonie Paul, juillet 2003.
Le baiser Tonie Paul, septembre 2003.
Je suis un monstre et alors! Tonie Paul, novembre 2003.
Ma vie de vampire Tonie Paul, mars 2004.
Le baiser du vampire Tonie Paul, mars 2004.

  

    Tonie PAUL, une passionnée de lecture, au sens le plus large, nous propose une nouvelle divertissante aux relents de Château des Carpathes: "Naissance d'un vampire". Un texte autobiographique (mais non, c'est pour rire!), une invite à arpenter les cimetières de nuit, par temps de brouillard ou à visiter des catacombes sans fond. Mais Tonie rêve aussi d'une vaste bibliothèque garnie de livres jusqu'au plafond, sur ses quatre murs, où elle pourrait passer de longues heures à lire et à rêver, en compagnie de ses félins préférés, les chats. Bonne lecture, Monsieur le Comte...!
     Une autre nouvelle assez sombre, issue d'un rêve : "Nous ne vieillirons pas ensemble" et les chaudes "Confessions d'un pyromane", "Le baiser" et "Je suis un monstre, et alors!"
     La suite de "Naissance d'un vampire": "Ma vie de vampire..." et "Le baiser du vampire".

     Ecrire à Tonie:
    APawlaczyk@aol.com 

 

 

Naissance d'un vampire

Je suis née vampire un soir d'été, au mois de juin, peu de temps après mon anniversaire. Rien ne m'avait préparée à cela! Pourtant, en y réfléchissant, c'était logique.
Il faut dire que j'étais comme qui dirait une fan des vampires et autre Dracula, je lisais tout ce que je pouvais sur eux : Romans, nouvelles, bandes-dessinées…Je n'étais intéressée que par ça ! Et pourtant je n'y croyais pas, mais alors pas du tout! Ça aurait été comme de croire au père Noël! Je savais qu'ils n'existaient pas mais ils peuplaient mon imaginaire.

A l'époque où j'ai découvert le mythe du vampire, j'étais à la fac, une étudiante sans histoire, vraiment ordinaire, le genre à ne faire que des trucs sérieux. Mais quand il m'a fallut présenter un exposé devant caméra, j'ai choisi le vampire comme thème, rien à voir avec mes études ! Mais bon, ça a intéressé tout le monde, alors…

Par la suite, j'ai cherché à diversifier mes lectures, à lire des écrits plus sérieux que des nouvelles ou des romans. Je me suis documentée sur la vie de Dracula, j'ai lu des essais de vampirologues, etc. Internet m'est apparu comme un moyen idéal pour satisfaire ma curiosité, si je voulais trouver des renseignements intéressants (tout savoir sur les vampires ), c'est là que je trouverais.
J'ai donc surfé pendant des heures, allant de sites en "pages persos", j'ai appris des choses que je ne connaissais pas, dialogué avec d'autres fans, j'y ai passé des heures ! Un jour, je m'arrête sur un forum de lecture et je vois un message qui parle de vampire. J'y réponds forcément, et je me dis : pourquoi est-ce que je ne lancerais pas une discussion? C'était fait dans la seconde, le thème était "Dracula et autres, le vrai visage du vampire". Quelle n'a pas été ma surprise en découvrant le nombre de réponses ! Et moi qui croyais être la seule à avoir des lectures bizarres! Chacun y allait de son avis, pour les uns, la seule image du vampire était Dracula, puisque sans lui le vampire n'existerait pas, pour les autres il était complètement dépassé! Pour moi, en fait, ces détails n'avaient pas d'importance, ce n'était pas ce qui m'intéressait, je ne savais d'ailleurs pas ce que je cherchais, (mais je crois l'avoir trouvé!). Bref, j'échange des impressions, des opinions, des goûts avec les personnes qui me répondent et rapidement je passe pour une connaisseuse ( ce qui n'est pas pour me déplaire puisque j'adore ramener ma science!) . Jusqu'au jour où je reçois un message plutôt singulier d'un certain Vlad. Bon, il n'y a là rien d'étonnant dans un forum où on parle de vampire, mais lui me dit carrément qu'il en est un! Allons bon! Pas très fin dans le genre, le Vlad! Je lui réponds quand même - je mets un point d'honneur à répondre à tous les messages - en lui souhaitant la bienvenue et en lui faisant remarquer qu'on me l'a déjà faite.
Et lui d'insister. En fait, il est très sérieux, il a été impressionné par ma volonté de tout savoir sur son espèce et il est prêt à répondre à toutes les questions que je pourrais avoir envie de lui poser. Il ajoute : "il vaut mieux s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints, non?"

A ce moment là, je me dis que Vlad veut jouer au malin. Je fais donc semblant de le prendre au sérieux et lui demande, comme s'il était un vrai vampire, si tout ce que l'on raconte sur eux est vrai : les pieux, les crucifix, les cercueils, l'ail, le soleil, etc.
Le lendemain il m'envoie une réponse d'une page et plus où il m'explique que les légendes ont une part de vérité, mais que ce ne sont avant tout que des contes, aussi tout cela est-il de la foutaise.
"La seule chose qui soit réelle est qu'on ne meurt jamais!"précise-t-il.

Vraiment? En lisant son post (comme on dit sur le forum ) je me dis que ce Vlad se prend trop au sérieux, non mais encore un peu et je l'aurais cru, c'est dire!
"Comment ça de la foutaise? Tu veux dire que le soleil ne te réduit pas en cendre, que l'ail ne te donne pas de crise, que les pieux ne te tuent pas?" A la réflexion, je n'aurais peut-être pas du relancer le dialogue, à ce moment là. J'aurais mieux fait de laisser tomber et de passer à quelqu'un d'autre. Mais il m'avait interloquée et provoquée. Mon destin s'est sans doute joué à cet instant.

Pendant des jours, donc, on discute. Il me raconte qui il est vraiment : un vampire, selon lui. Il n'est jamais malade, ne craint pas le soleil (il doit mettre de la crème solaire protection intense mais, à part ça, il ne brûle pas comme une allumette aux premiers rayons du soleil!), les pieux ne peuvent le tuer car ils ne pourraient même pas traverser son corps, les églises ne l'impressionnent pas, au contraire il aime les visiter.
Bref, au fur et à mesure, nos échanges sont plus nombreux et rapides. Plus le temps passe et plus je me surprends à le prendre réellement au sérieux. Nous avons abandonné le forum (pour le laisser aux amateurs) pour discuter par mail, c'est plus simple, plus direct, plus personnel. Et le doute disparaît, doucement, furtivement mais sûrement.

Il me décrit sa naissance de vampire en 1790. A cause d'une femme il a décidé de bouleverser sa vie, "un vampire ne peut naître que s'il l'a décidé, s'il en fait la démarche, c'est un acte volontaire et dans mon cas un acte d'amour", m'explique-t-il.
Voilà ce qui s'est passé : Il était tombé fou amoureux d'une aristocrate, condamnée à être guillotinée. Il était son geôlier. La vie qu'il menait le lassait, partout ce n'était que mort, cruauté, vengeance, délation, sang, horreur, toujours la même chose. Aussi, quand il l'aperçut la première fois, lui était-elle apparue comme un ange, un ange de douceur au milieu de l'enfer et il sut qu'il ferait tout pour elle.
Il avait besoin d'elle, il reprenait espoir à ses côtés. Elle semblait si sûre d'elle, si calme qu'il se demandait parfois si elle avait conscience de ce qui l'attendait. Il le lui avait demandé un jour qu'ils étaient seuls pendant la promenade journalière. Oui elle savait ce qui se passerait, "mais je ne mourrai pas, car je vivrai à travers toi" lui avait-elle répondu. Il n'avait pas compris ce que cela voulait dire, mais après tout, peu lui importait! Il aimait cette femme dont il ne connaissait même pas le nom, au point de mourir pour elle.
Ils se voyaient tous les jours, elle s'étonnait qu'un homme sensible et intelligent comme lui, si humain, puisse être geôlier. Il lui racontait sa vie, lui confiait son désespoir. Il n'avait pas eu le choix, son père l'avait été avant lui et il fallait nourrir sa famille, mais il rêvait : il voulait découvrir le monde, lire, apprendre, être riche et surtout libre. Elle l'écoutait et le réconfortait avec la douceur qui la caractérisait en lui promettant de lui offrir une vie meilleure.
- Comment le pourrais-tu? s'était-il écrié.
- Je te donnerai la vie éternelle, éternelle…"
Il n'ajoutait rien, ne préférant pas y croire. Après tout, comment cela serait-il possible?
Pourtant, quelques jours avant son exécution il lui posa la question qui lui brûlait les lèvres:
- Comment? Comment feras-tu pour me donner ce que tu m'as promis?
- Je te donnerai un baiser, mais il faut que tu le veuilles et que tu viennes vers moi.
- Bien sûr, je le veux! Je t'aime! Ne l'avais-tu pas compris?
- Oh! Si, je le sais… tu m'aimes… mais tu ne me connais pas. " Elle marqua une pause. " Viens me voir dans trois jours, à minuit, et tu vivras éternellement, tu survivras à ce monde chaotique et seras le témoin privilégié de son changement. "

Arrivée là du récit, les mails s'arrêtent. Quoi? Et la suite? Je veux savoir? Que fait Vlad? Je lui envoie message sur message, lui implorant de continuer son histoire.
Trois jours plus tard, il me répond, s'excuse de son silence et sans rien dire de plus reprend le cours de son histoire. Je lui demande s'il est allé la rejoindre. Oui il est allé la retrouver dans sa cellule à minuit. Elle était encore plus belle dans la lumière blafarde de la lune, si blonde, avec ses yeux si clairs qu'ils en étaient presque transparents et son sourire étaient encore plus doux. Il était muet, soudain intimidé alors qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur, il s'était approché d'elle, avait caressé son visage d'une main tremblante, leurs yeux s'étaient croisés et elle l'avait embrassé, sur la bouche, un baiser sublime tout de miel et de velours. Puis elle avait laissé ses lèvres caresser son cou, sa langue parcourir sa veine battante lui procurant des frissons dans tout le corps. Il ne savait pas ce qui allait se passer mais il s'en moquait. Du moins c'est ce qu'il se disait quand elle le mordit sans prévenir. Malgré cela il ne ressentit aucune douleur. Son sang quittait ses veines pour affluer dans la gorge de sa bien-aimée, il le sentait, il le savait. C'était donc cela le "baiser" s'était-il dit dans un éclair de lucidité, mais bien vite il était retombé dans les délices de sa magie. Il se sentait bien, merveilleusement bien, comme jamais au cours de sa misérable vie. Plus ses veines se vidaient et mieux il se sentait, il n'avait plus peur, il était fort, puissant!
La magie s'interrompit, il ouvrit les yeux et la vit devant lui, superbe, vivante, les joues rosies, les yeux brillants et les lèvres rouge-sang. Elle lui avait dit de l'embrasser de la même façon. Il s'était exécuté et ce fût le plus beau moment de sa vie. " C'est indescriptible, m'écrivait-il, imagine toute la beauté du monde concentrée dans ce baiser, les couleurs qui éclatent en un millier d'artifices, les odeurs qui se mélangent, c'était magnifique, irréel…un jour si tu veux, je t'y ferai goûter. " Ajouta-t-il.

Je suis impatiente de connaître la suite! " Que s'est-il passé ensuite, êtes-vous devenu vampire?" " Je ne me suis même pas rendue compte que je le vouvoyais, ça c'est fait comme ça, sans doute à partir du jour où j'ai cru ce qu'il me racontait.
Bref, il l'était devenu cette nuit là, par le simple échange d'un baiser de sang. Il l'avait choisi, certes, mais elle ne l'avait pas prévenu de ce qui suivrait : elle s'était effondrée, comme si ses jambes ne la soutenaient plus. Elle qui semblait si vivante quelques instants auparavant paraissait à la limite de la mort. Il s'était inquiété, l'avait prise dans ses bras mais il ne savait pas ce qu'il devait faire, il se sentait impuissant.
" Que t'arrive-t-il mon adorée, dis-le moi, que se passe-t-il? Pourquoi es-tu si faible alors que je me sens si fort!
- Je meurs…
- Comment? Pourquoi? Tu ne peux pas, j'ai compris que tu ne peux pas mourir, tu ne peux me laisser!
- Hélas mon doux amour, je meurs car il en est ainsi, je t'ai donné la vie, ma vie éternelle. Mais je vivrai à travers toi comme les autres à travers moi. Un jour tu trouveras celle par qui tu voudras vivre et tu lui feras le don que je t'ai fait.
- Non! Ne me laisse pas! J'ai tout à apprendre de toi! Je veux t'aimer pour le restant de mes jours! Pourquoi as-tu fais cela?
- C'est impossible, ma vie se termine ce soir. Tu m'as aimée cette nuit…tu n'as rien à apprendre, sois prudent c'est tout ce qu'il te faut savoir, tu n'as pas tant changé que cela, seulement, tu ne mourras pas.
- Mais…
- Ecoute-moi,… je vais mourir… sache que je t'ai aimé, c'est pour cela que je t'ai choisi…
Et elle mourut.

***

J'ai les larmes qui coulent à flots en lisant les dernières lignes de mon ami Vlad. C'est que j'y crois à cette histoire, c'est stupide, incohérent, mais c'est plus fort que moi. Ensuite je l'interroge sur sa vie d'Eternel. Il m'explique, me détaille tout ce que je veux savoir.
- Vous avez dû en voir des merveilles, voir le monde changer, traverser les modes, les époques, voyager, ce devait être excitant! 
- C'est vrai, j'ai énormément voyagé, ma condition ne m'empêche pas de me déplacer le jour, de franchir les mers, de dormir à l'hôtel! J'ai découvert des centaines de pays, jusqu'à la moindre petite île, le plus petit lopin de terre. J'ai vu tout ce qu'il y avait à voir : l'horreur la plus atroce comme la beauté la plus intense. J'ai vu des couchers et des levers de soleil de tous les coins du globe. J'ai côtoyé des gens devenus célèbres aujourd'hui mais qui ne l'étaient pas alors. Je m'attendais à voir le monde changer. J'ai connu ce qu'il y a de pire chez l'homme, j'espérais que cela disparaîtrait grâce à la révolution. Je croyais à l'avènement d'une ère nouvelle faite de justice et d'espoir. Je me trompais. Rien de tout cela ne s'est produit! Les temps ont changé mais l'homme est resté le même animal, c'est un monstre ".

Je suis restée un instant songeuse à la lecture de ses mots. Il avait l'air perdu, seul, désespéré. Il était né de l'amour et celui-ci était mort de sa naissance, il ne lui restait que l'espoir en l'humanité et elle l'avait déçu. Plutôt dur de vivre avec ça.
Pendant des semaines on continue à discuter, malgré sa souffrance il a de l'humour et je l'aime bien. Il comprend à quel point ma vie m'ennuie, (c'est pareil pour lui) que je veux une vie moins ordinaire. J'en ai assez d'être moi, de faire toujours ce que l'on attend de moi, de n'avoir le temps pour rien; je veux changer, observer le monde, le découvrir, tout apprendre de ses merveilles! Mais avec une vie comme la mienne ce n'est même pas la peine d'y penser.

Et puis, enfin, un jour (ça faisait des mois que l'on correspondait) il me propose de venir à lui. Je dis d'accord. C'est au mois de juin, je dois le retrouver à une terrasse de café vers 22 heures, histoire de discuter face à face. J'arrive à l'heure, je déteste être en retard : on a tellement peu de temps que le gaspiller c'est l'horreur.
Il est déjà là, pas très grand mais très imposant, toute la sagesse du monde se lit sur son visage, et ses yeux sont ceux d'un homme qui a vu plus qu'il ne devrait et qui ne s'attend plus à être surpris.
Il m'accueille avec galanterie, j'ai l'impression d'être une sombre idiote, mais quand il plonge son regard dans le mien je sais que j'ai eu raison de venir, de lui faire confiance.
- Comment t'appelles-tu?
Ah ben oui j'oubliais, il ne connaît que mon pseudo d'internet!
- Line, et vous euh, et toi?
- Je ne sais plus, je me fais appeler Vlad, c'est pour le clin d'œil !
- Dis-moi Vlad, est-ce que tu es le seul? (Quelle est bête cette question!) Il sourit avant de me répondre.
- Non, il y en a d'autres. Je ne saurais te dire combien exactement. On ne se connaît pas, on ne se croise pas et on ne se cherche pas. Nous sommes avant tout des solitaires. Nous ne sommes pas différents des humains sauf que nous ne mourons pas et que nous ne sommes jamais malades.
- Et le sang?
- Ah! Le sang est parfois utile, pour naître mais ça tu le sais déjà, en dehors de certains cas extrêmes nous n'en avons pas besoin.
- Ca c'est plutôt sympa! Mais, au fait, explique-moi ce qui va se passer maintenant.
- Et bien, je vais t'offrir ce que chacun désire au plus profond de lui : vivre éternellement. Il ne faut pas que tu aies peur, tu n'as rien à redouter de moi.
- Oh ! Mais je n'ai pas peur ! Je veux seulement connaître les détails. Une fois que ce sera fait, que va-t-il m'arriver ?
- Tu ne sentiras presque aucun changement. Du moins, au début. La transformation prend beaucoup de temps. D'abord tu seras plus forte, tu ne connaîtras plus la fatigue et donc tu n'auras plus besoin de dormir. Ensuite, ton alimentation va changer. Si tu étais végétarienne tu risques de le vivre mal car tu ne te nourriras principalement que de viande. Tu ne pourras t'en passer. Enfin, tu seras plus sensible à la lumière du jour, c'est pour cela que nous préférons sortir la nuit. Bien entendu, avec une protection solaire adéquate ce n'est plus un problème !
- Et c'est tout ?
- Comme tu es impatiente ! Je te l'ai dit : ton changement ne se fera pas en une nuit. Au fil des semaines et des mois tu vas développer de nouvelles capacités, tant physiques que sensorielles. Tu verras, il te faudra attendre quelques années pour atteindre la maturité. "

Mouais, je suis un peu déçue de devoir patienter mais, après tout, ce n'est pas si grave que cela !
Ensuite on parle de tout et de rien, de ma vie, de ce qui est à l'origine de ma passion pour les vampires. Je n'ai jamais su expliquer aux autres pourquoi ils m'intéressaient tant, alors essayer avec un vampire c'est une mission impossible! Mais il y a une question que je me pose et n'y tenant plus je lui demande : 
- Vlad? Pourquoi aujourd'hui? Pourquoi maintenant? Tu es vivant depuis si longtemps, tu as vu tant de choses! 
Il ne répond pas tout de suite à ma question, comme si c'était la première fois qu'il réfléchissait sérieusement à cela.
- Justement. Vois-tu, quand je suis devenu vampire j'étais déboussolé. J'étais seul car mon amour m'avait quitté. Je me suis fait une raison en me disant que le monde m'attendait, qu'il avait à m'offrir tant de choses ! J'étais curieux et plein d'espoir. Finalement, j'ai été déçu. Partout les mêmes horreurs, les mêmes injustices, les mêmes ignominies. Je n'attends plus rien du monde et de l'humanité. J'ai vécu sans l'amour de ma vie pendant des siècles, aujourd'hui je veux la retrouver.
- Pourquoi moi alors?
- Tu es curieuse, insatiable, impatiente, ta vie t'ennuie, tu n'es pas faite pour elle, ça se voit. Tu as une fougue et une passion que je n'ai jamais eue, grâce à ça tu t'en sortiras beaucoup mieux que moi. Tu veux du temps ? Et bien, je te l'offre. "

L'heure approchant, on quitte la terrasse pour se rendre dans une chambre d'hôtel, assez coquette d'ailleurs. Je suis touchée, il aurait pu choisir un endroit sordide pour ce qu'on va y faire! Il me fait signe de le rejoindre, je m'avance, c'est drôle je suis presque aussi grande que lui.
- Tu es prête?
- Oui. 
Il se penche vers moi et m'embrasse, c'est un baiser doux, triste, qui résonne comme un adieu. Puis il descend vers mon cou et quand il me mord, je connais un plaisir immense, parfait, un bonheur sans limite, une jouissance extrême. Je n'ai jamais connu ça auparavant, c'est tellement extatique ! 
Quand je le mords à mon tour je comprends ce qu'il a tenté de me décrire : une félicité sans pareil, une merveille, une beauté qu'on ne peut exprimer avec des mots; je sens le monde se transformer autour de moi, je suis en communion avec tout ce qui m'entoure, avec la terre entière. Je vois les couleurs vibrer, briller de milles feux, je vois des spectacles d'images et de parfums indescriptibles. Je découvre une beauté insoupçonnée, elle est dans chaque particule qui vole autour de moi ! C'est féerique mais cela prend fin.

Alors Vlad s'allonge sur le lit de la chambre, je lui prends la main. Je suis très triste à l'idée de le perdre, il est devenu un ami, on s'est compris.
- Fais attention, ne t'attache pas aux humains, ils ne pourraient que te décevoir. N'oublie pas tout ce que je t'ai dit…
Je ne sais pas quoi dire ni que faire.

Je reste près de lui jusqu'à la fin. Sa main est encore dans la mienne quand elle tombe en poussière. J'ai le cœur serré en pensant à Vlad, j'aurais aimé qu'il reste avec moi mais je ne l'oublierais jamais.
Au matin je quitte la chambre, je dois me méfier du soleil maintenant ( quoique ça ne change pas grand chose pour moi étant donné que j'ai toujours eu la peau fragile, alors…)
Une nouvelle vie s'offre à moi, faite de voyages et de connaissances. Le monde sera-t-il assez grand pour satisfaire ma curiosité? Combien de siècle me faudra-t-il pour tout savoir? Quelle question! J'ai toute l'éternité devant moi!

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            Nous ne vieillirons pas ensemble

Aujourd'hui est le dernier. C'est la fin du monde. Tout le monde y pense un jour mais personne ne croit réellement que ce moment pourrait arriver. Et bien, c'est maintenant.
Il fallait s'en douter, depuis le temps qu'on gaspille les énergies, qu'on pollue la terre, cela ne pouvait plus durer. Chaque génération ayant laissé le soin à la suivante de trouver une solution, voilà le résultat !
Tout s'est passé en un jour. Personne n'était préparé. C'était comme si la terre avait eu la goutte qui avait fait déborder son vase. Trop de bêtises ont été faites : les gaz à effets de serre, le nucléaire, la pollution des mers…Après tout nous n'étions que les locataires, quels droits avions nous de la détruire ? Il y a un proverbe indien, je crois, qui dit : " La terre appartient à celui qui l'a faite ". Et bien nous n'étions pas les propriétaires et elle nous le fait bien sentir aujourd'hui !
Pourtant, la journée d'hier était comme toutes les autres, aucun signe avant-coureur : boulot, sortie entre amis en ville, on boit un verre, on refait le monde (malheureusement ce n'est qu'en paroles !), on rit puis chacun rentre chez soi avec le sentiment d'avoir passé une bonne soirée et en pensant déjà à la journée du lendemain. Plus que quiconque il me tardait d'être au matin. Je devais retrouver l'Amour de ma vie, le seul homme au monde à avoir été capable de faire naître l'amour en moi. Il est toute ma vie, sans lui elle n'a plus de sens.
Mais voilà, ce matin est le dernier et il n'est pas avec moi pour le partager.
Je sais que nous allons tous mourir, mais je ne peux me résigner à partir sans lui.
Alors je suis partie à sa recherche. Le ciel était noir. Là où aurait dû se trouver un magnifique soleil étincelant dans le bleu azur, il n'y avait que nuages noirs et ciel rouge de colère, comme l'avait décrit Baudelaire dans ses Fleurs du Mal" bas et lourd, qui pèse comme un couvercle… ". Je n'ai jamais eu aussi peur que le ciel me tombe sur la tête. L'enfer lui-même n'aurait pu être aussi effrayant. Nul bruit dehors, nul vent, la vie semble avoir déjà quitté cette terre.
Mais je pars, seule, retrouver celui que j'aime pour mourir dans ses bras. Les rues sont désertes, aucune voiture ne circule, aucun animal, c'est encore plus désolé qu'un décor de Far West. J'ai peur, une peur atroce qui me noue l'estomac mais qui me force à avancer. Je ne rendrai pas les armes avant de l'avoir retrouvé !
Partout des incendies éclatent quand l'orage se déchaîne. Le ciel infernal est déchiré d'éclairs monstrueux et gigantesques qui frappent le sol avec rage. Je prie pour ne pas être touchée par la foudre. Chaque pas est plus dangereux que le précédent. Je suis folle de m'aventurer dans cet univers apocalyptique, mais je n'ai plus le choix. Je ne veux pas mourir maintenant, se serait tellement injuste, c'est déjà cruel de disparaître aujourd'hui ! Je ne peux imaginer qu'il n'y aura plus personne. Comment fera la terre sans nous ? Que deviendra-t-elle ? Et nous ? Pourquoi payons-nous pour les erreurs de nos aînés ?

Je n'en peux plus, c'est trop dur, j'ai trop peur ! Je me réfugie dans un coin de la rue quand j'entends un grondement sourd. Je cherche autour de moi l'origine du bruit. Il vient d'en haut, alors je lève les yeux au ciel, ou plutôt vers ce qui a été le ciel. Il est tellement chargé d'eau qu'on dirait un océan ! Comment décrire ? C'est effrayant, inimaginable, cauchemardesque ! C'est comme si le ciel était fait d'eau. Des vagues roulent en altitude dans un vacarme digne d'une fin du monde !
Je ne peux plus bouger, c'est la fin, je vais mourir là, seule. J'ai envie de pleurer mais à quoi bon ? Il n'y a plus rien à faire !
Des trombes d'eau s'écrasent sur la ville et détruisent tout sur leur passage. Elles forment un immense raz de marée qui donne l'impression de vouloir avaler tout ce que l'homme a pu créer sur la terre. C'est le Nettoyeur. Après la foudre et les tempêtes, l'eau vient purifier les ruines. Il ne doit rester que moi, je n'entend ni ne vois personne. Et la vague arrive prête à m'écraser de son poids et de sa colère. Mais je m'accroche avec l'énergie du désespoir à tout ce que je peux trouver. Je n'ai qu'une seule idée en tête : survivre le temps de retrouver mon amour. L'eau m'emporte, me secoue avec violence, me submerge mais rien n'y fait ! Le radeau de fortune qui est le mien est la prunelle de mes yeux, ma vie se résume à ce morceau de bois. Je crois périr dix fois et toujours je refais surface. Je n'ai plus de force, juste l'obstination de rester en vie. Finalement, les choses se calment un peu. Je n'ose pas regarder autour de moi, je sais ce que je verrais : désolation et destruction, un peu comme si tout ce que nous avions fait subir à la planète pendant des siècles nous était rendu en une heure.

Je décide de me rendre là où nous avions l'habitude de nous rencontrer lui et moi, là où tout a commencé entre nous. Au loin j'entends des explosions, comme des canons fêtant la victoire, mais ce ne sont que les usines qui disparaissent à leur tour.
J'arrive dans ce qui était encore hier notre coin de paradis. Aujourd'hui cela ressemble plus à l'enfer qu'autre chose. Il n'y a plus d'arbres, juste des troncs déchiquetés s'élevant vers les cieux en une ultime supplique. Les bancs ont disparus, le plan d'eau a été emporté par le raz de marée et ça et là des cratères nés de la foudre déforment le sol naguère si parfaitement régulier.
Mes forces m'abandonnent. J'ai fait tout ce chemin pour rien, j'aurais dû me laisser mourir comme les autres. A quoi bon lutter quand il n'y a plus rien à espérer ? Lui aussi doit être mort à présent. Il ne reste que moi sans doute, alors je décide de partir, de quitter ces lieux trop douloureux à mon cœur…Et IL est là ! Il m'attend dans ce qui a été l'entrée de notre jardin secret, amaigri, épuisé, désespéré comme moi. Mais il est là, en chair et en os, je ne suis plus seule, je l'ai retrouvé et le bonheur envahit mon être.
Je cours vers lui et l'étreins de toute mes forces. Je vais mourir mais je suis heureuse car je suis avec l'homme que j'aime, nous mourons ensemble et rien n'est plus important à mes yeux.

Aujourd'hui est le dernier.
Nous ne vieillirons pas ensemble.

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            Confessions d'un pyromane

Il faisait très chaud le jour où tout est parti en fumée. Une canicule comme on en voit rarement, une journée mémorable ! L'herbe était sèche, complètement grillée et il y avait un vent régulier, ni trop fort, ni trop faible, les conditions idéales, quoi ! Vous imaginez ? Il n'a fallu qu'une allumette, UNE SEULE pour faire brûler des hectares entiers de végétations. Ca a été le pied d'enfer !
Vous ne pouvez pas comprendre, il fallait qu'ils crèvent tous ! Ces " biens-pensants " ! Pfff !… Pourquoi ils devaient " crever " ? Et bien je vais vous le dire : ces gens parfaits avaient osé me virer, moi ! Le meilleur agent que la police municipale de cette ville à la con ait jamais eu ! Je vous le dis, ils ont fait une grave erreur, il fallait qu'ils payent !…Pourquoi j'ai été remercié ? Pourquoi, pourquoi, vous avez que ce mot là à la bouche vous ! Ben je vais vous le dire puisque vous êtes si curieux, c'était pour pas grand chose, juste une histoire d'interpellation un peu trop " musclée " voilà ! Merde ! Le mec était en train de cambrioler une baraque de " richards " en vacances, je pouvais pas laisser faire ça. J'en voyais tous les jours des gars comme lui, ils jouent les passes-murailles, se prennent pour des durs ! Ils font rien de leur vie et mettent tout sur le dos de la société ! Pendant que toi tu fais ton boulot, payé une misère, lui il escalade les murs, vend de la drogue et j'en passe ! En plus de cela faut rien leur dire ! A force j'ai pété les plombs, c'est compréhensible non ? Il jouait les forts, il connaissait ses droits qu'il disait, mon œil oui ! Il me narguait ce con ! J'en pouvais plus, je devais lui faire ravaler son air goguenard. Alors je l'ai frappé. Rien de grave, deux ou trois claques c'est tout !…A l'hôpital ? Pendant trois jours ? Ouais, ben j'ai rien à ajouter. De toute façon vous êtes contre moi, je le sais, ne me prenez pas pour un imbécile. Vous vous dites que je ne suis qu'un pauvre abruti qui a voulu jouer les super-héros ! Pensez ce que vous voulez. N'empêche que je les ai tous eus ! Ils ont tous payés, jusqu'au dernier.
Il fallait voir comment ça c'est passé, magnifique ! D'abord de petites langues de feu sont nées de l'allumette. Elles ont rampé péniblement, élargissant au fur et à mesure leur périmètre. Puis elles ont couru dans l'herbe, sauvages et sensuelles, elles caressaient la terre, flirtaient avec les brins d'herbe !… Mais vous êtes trop bêtes pour comprendre ce genre de poésie, pour vous le feu c'est mal point final, vous ne pouvez saisir toute la beauté de l'instant.
Une fois suffisamment nourries elles ont grandi, se sont élevées vers le ciel en une danse lascive et érotique. Imaginez ce ballet ! Elles vivaient, bougeaient, ondulaient avec une grâce divine ! Et leur couleur ! Un orange brûlant, un jaune scintillant comme un soleil, un rouge sublime, tellement profond et riche, écarlate comme le sang de tous ces idiots !
Et puis, grâce au vent, la danse s'est propagée à une vitesse folle. Je ne pouvais plus suivre la cadence infernale, la chaleur devenait insoutenable. Je suis parti me cacher, je voulais voir le village être ravagé. Les flammes sont arrivées près des habitations, sublimes qu'elles étaient mes déesses vengeresses ! Elles se sont unies pour avaler la première maison, j'ai tout vu, vous m'entendez, tout ! Elles l'ont submergée, écrasée, détruite, fondue ! Puis elles ont continué leur chemin inexorablement, rien n'aurait pu les arrêter. Le ciel s'était mis de la partie, il ne faisait qu'un avec les flammes, c'était l'enfer et j'étais le diable. J'étais le meneur et le feu était mon instrument, je le dirigeais vous comprenez, je le commandais, j'en étais le maître et elles m'obéissaient. Suivant mon ordre, elles se sont dirigées vers le centre du village. Une déferlante de feu se déversait dans les rues et tout était devenu la proie des flammes ! Les maisons brûlaient, les arbres qui bordaient la grande rue étaient grillés, le village ne ressemblait plus à rien. Ah ! Ils avaient bel air maintenant les " biens-pensants " !
Mes fidèles déesses avaient tout nettoyé. Elles ont assouvi ma vengeance. Je les ai fait payer, je leur ai montré qui j'étais ! Ils auraient dû se méfier de moi, il ne fallait pas me renvoyer ! Je vous ai montré que j'étais le plus fort, il ne fallait pas me sous-estimer. Je suis un dieu, vous le savez ? Le dieu du feu ! Et ces pauvres imbéciles ont subi mon courroux !

Et puis les pompiers sont arrivés avec leurs camions et leurs canadairs. Ils ont essayé de réduire mes flammes, de les faire disparaître, disparaître ! Les fous ! Elles ne se sont pas laissées faire, leur mission n'était pas achevée, tout le village n'avait pas été rasé. Quand ce fût fait, je leur ai donné l'ordre de se rendre. C'est grâce à moi si les pompiers ont pu arrêter l'incendie, à moi et personne d'autre ! Mais il était trop tard, tous les habitants étaient morts. Ils n'étaient même pas sortis de leur maison ces idiots ! Ca prouve bien que c'était eux les imbéciles et pas moi ! …
Comment " c'est parce qu'il n'y avait personne " ? Qu'est ce que vous voulez dire ? Personne dans les maisons ? Evacués ? Vous leur avez fait quitter le village ? VOUS N'AVIEZ PAS LE DROIT ! Sombre imbécile ! Ils devaient payer !! Le Feu de l'Enfer devait les emporter, les PURIFIER !!
-Sergent ! Maîtrisez-le ! Cessez de hurler pauvre fou ! Pendant que vous regardiez votre " feu de l'enfer " on a fait évacuer le village, entièrement. Vous m'entendez ? Entièrement ! Il n'y avait personne, pas âme qui vive. Ils étaient tous en sécurité. Vous avez seulement démontré qu'ils avaient eu raison de vous virer. Votre place est à l'asile !
-Je suis le Maître du Feu ! Ils paieront ! Les flammes de l'enfer surgiront du ciel pour les punir, un à un !
-Mais ouais, c'est ça ! Allez les gars, emmenez-le, je ne veux plus le voir ici… Si c'est pas pathétique !

Tonie PAUL, le 22 juillet 2003.

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Le baiser

Le baiser, instant magique où deux êtres se rencontrent. Moment d'intimité partagée où plus rien n'existe que l'autre.
On se rapproche, on se touche, les mains puis le visage. On plonge son regard dans celui de l'autre, il est à présent notre univers. Les deux prunelles magnifiques nous promettent milles et un délices. On se noie dans ces iris noirs comme la nuit. Le souffle se fait court, on est comme hypnotisé. Des yeux on caresse son visage, irrésistiblement attiré vers les lèvres, les portes du plaisir, entrouvertes, tentantes, ensorcelantes. Un désir intense d'y goûter se fait sentir. Toucher ces lèvres douces et charnues avec les siennes, sensation charnelle d'une extrême douceur…Les lèvres se frôlent, s'effleurent, tremblent à ce nouveau contact si peu familier, tellement intime : on apprend à connaître l'autre, on pénètre son âme, on perce les secrets de son cœur. On frissonne. Les lèvres en demandent plus, s'ouvrent pour laisser place à plus de sensualité. La langue demande sa part d'érotisme et de découverte. Elle avance, timide, vers le sanctuaire inconnu, chaud et humide. Le souffle s'accélère quand elle rencontre celle de l'autre. Elles se cherchent, s'observent, s'apprivoisent, se caressent. Doux frissons, extase infinie ! On voudrait que ce baiser ne cesse jamais. Les corps sont soudés l'un à l'autre, comme des naufragés perdus dans le tourbillon des sentiments…
Quand le baiser prend fin, que les bouches se séparent, les regards s'accrochent, porteurs des promesses échangées. On prend conscience du monde autour de soi… Quel moment privilégié de complicité, d'intimité… Le baiser est le langage de l'amour.

Tonie Paul, 1er août 2003.

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Je suis un monstre et alors!

Je suis un monstre je l'avoue mais pas au sens physique du terme, j'ai ma fierté non mais ! Au contraire je suis plutôt beau : grand, mince, les cheveux noirs et les yeux bleus, tout pour plaire quoi, faut voir l'effet que ça fait aux filles ! Quant à mon âme c'est une autre histoire. Enfin, quand je dis mon âme, je ne suis pas sûr de pouvoir l'appeler comme ça. Je l'ai " échangée " voilà des centaines d'années. J'ai gagné au change je crois, de toute façon elle ne me servait pas à grand chose, j'étais déjà un brin pervers avant le coup de baguette magique, alors la donner, m'en séparer…peuh ! Rien à faire ! Grâce à elle j'ai la vie éternelle et de multiples pouvoirs : télépathie, transformation, domination, que demander de plus ? Tout ce que vous avez toujours voulu avoir sans jamais oser le demander, je l'ai ! Et si vous voulez mon avis, celui qui m'a donné ces pouvoirs s'est fait avoir sur toute la ligne ! Il ne récupèrera mon âme qu'au moment de ma mort, mais puisque j'ai la vie éternelle, il peut toujours attendre ! Ah ! Je ne suis pas peu fier de moi.
Bien sûr il y a une contrepartie : le sang, je dois en boire pour me régénérer, sinon mon âme ira pour de bon en enfer. Au début, j'étais pas vraiment d'accord, j'ai essayé le sang d'animaux mais c'était écœurant, pire que de la piquette, beurk ! Et puis un jour je me suis enhardi. J'étais en compagnie d'une très agréable écervelée, ça remonte à si longtemps, j'en ai presque la larme à l'œil, c'était ma première fois vous comprenez. Bref, cette jouvencelle se coupe le doigt, je lui dis que je vais embrasser sa coupure pour lui faire oublier la douleur (ce qu'il faut pas faire des fois !), et là quelle merveille, le goût de son sang dans ma bouche ! Je ne m'attendais pas à ce que se soit si savoureux, tellement en fait que je n'ai pas su m'arrêter et que je l'ai vidée ! La pauvre, elle n'avait plus une goutte de sang dans le corps. Quel bon souvenir ! Depuis, je ne me nourris que de sang humain, même en cas d'extrême nécessité je refuse d'avoir recours au sang d'animaux, c'est bon pour les barbares ! Bon, c'est vrai, la première fois ça fait bizarre, je m'en voulais un peu (j'ai bien dit un peu, je suis pas le dernier des samaritains non plus !) abuser de mon pouvoir pour séduire une fille est une chose, lui prendre son sang en est une autre. Toutefois, à la longue, le besoin a été plus fort que la raison, car j'ai connu la Faim, la vraie, ça m'a suffit pour ne plus faire de chichis ! Il faut dire que cette sensation n'a rien à voir avec la faim humaine, dès que je la ressens, je deviens fou, j'ai les yeux injectés de sang, les mains qui tremblent et si j'attends trop longtemps pour me nourrir, j'ai de la bave aux commissures des lèvres. Là je ressemble à un monstre, je suis laid à faire peur.
Si je n'avais pas goûté au sang de cette fille, je n'aurai jamais connu une telle faim, mais bon le mal est fait, on ne se refait pas ! Bref, pour en revenir à ce que je disais, quand j'ai faim je ne me contrôle plus et je saute sur tout ce qui bouge, du moment que c'est humain. C'est pas beau à voir parce que le raffinement et l'élégance dont je preuve habituellement partent aux oubliettes. Donc, je me nourris avant que la faim ne se fasse sentir, je peux ainsi profiter de mes victimes à fond. Je les séduis (rien de plus facile je suis tellement beau et charmant), j'en abuse, pourquoi s'en priver ? Et je les vide de leur sang. Mon choix se porte exclusivement sur des filles, les garçons ça n'a jamais été mon truc, je suis peut être un monstre mais il y a des choses qui ne changeront jamais ! Je fais très attention à la qualité de ma nourriture, je mets un certain raffinement dans chacun de mes repas, la victime doit être jeune mais pas trop (je ne m'attaque pas aux enfants, ma perversité a des limites !), belle ou pas je m'en fiche mais son odeur est très importante. Elle doit être subtile et légèrement parfumée, je déteste quand elles ne sentent pas bon, comment voulez vous goûter à un repas qui a une mauvaise odeur ? Il y a de quoi gâcher un dîner !
A vrai dire, le goût du sang ne m'a jamais transcendé, c'est bon c'est vrai mais c'est avant tout de la nourriture, pas de la drogue ! Alors pour compenser l'uniformité du menu, je prends le temps de choisir une victime qui m'intéresse autant pour le sang que pour les plaisirs de la chair. Quoi ? Je suis encore un homme, j'ai des besoins comme tout le monde !
Ah ! J'en ai passé de bons moments ! Je garde un souvenir attendrissant de certaines de mes conquêtes pour qui j'étais le prince charmant, faut dire que je mettais le paquet ! Elles m'offraient leur virginité comme un sacrifice, quelle déception pour elles par la suite ! J'adore ça, elles sont si naïves, c'est presque trop facile ! D'autres ont été beaucoup moins prudes et cachaient bien leur jeu les coquines, elles m'ont laissé des images, comment dire…censurées ! J'en ai connu des extases sexuelles, je suis passé maître dans cet art. Si, si je vous le jure, je n'ai pas besoin de me vanter, je peux vous le prouver si vous voulez…

Parfois il m'arrive d'être mélancolique, d'avoir un coup de blues, la perversité ne me comble pas toujours, le sexe non plus. Des centaines d'années de solitude ça fait long, même pour quelqu'un comme moi ! Quand c'est le cas, je m'installe sur une hauteur et j'observe les humains. Ils m'amusent, ils croient tout connaître du monde et de ses mystères et ils ne peuvent même pas imaginer que j'existe ! Incroyable non ? Leur esprit est si fragile, qu'une fois en face de la réalité ils disjonctent ! Donc, quand je m'ennuie, je prends un malin plaisir à les terroriser : je me matérialise devant eux, je deviens leur pire cauchemar, je disparais, me transforme en chauve-souris ou ce qu'il me plaît d'inventer sous leurs yeux effarés. Ah ! Quelle rigolade ! J'en ai déjà envoyé quelques uns à l'hôpital vous savez, je bas mes records à chaque fois ! J'adore abuser des humains, de leur crédulité, de leur sexualité, de leurs sentiments, ils sont toujours prêts à croire n'importe quoi ! Je n'ai pas grand chose pour me faire passer le temps : le sexe et le sang, à part ça…J'ai bien le droit de m'amuser un peu non ?

Tonie PAUL, Le 1er septembre 2003.

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Ma vie de vampire

Je suis Line. Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : celle qui a rencontré le vampire par internet, celle qui a choisi de devenir vampire…et bien oui, c'est moi.
A l'époque l'idée m'avait parue tentante, excitante. Je voulais être différente, je voulais que l'on me voit autrement, je voulais me sentir forte, plus sûre de moi. Je pensais qu'ainsi je n'aurais plus peur : plus peur de vivre, plus peur des autres, plus peur de me défendre. Je voulais changer.
Les vampires m'avaient toujours attirée depuis le jour où ma meilleure amie m'avait recommandé un film sur le sujet. C'était devenue ma passion, l'unique objet de mon intérêt. Pourtant je n'y croyais pas, comme je le raconte si bien dans " Naissance d'un vampire ", pour moi ils n'avaient jamais existé, mon engouement était purement littéraire, voire psychologique. Je me suis souvent demandé ce qui m'attirait tant chez eux : était-ce le fait qu'ils avaient vaincu la mort (si l'on peut dire car à mon avis il ne s'agit que d'un sursis) ? Etait-ce parce qu'ils n'avaient aucune limite, aucune contrainte (si ce n'est le sang) ? Etait-ce parce qu'ils dégageaient une sensualité à rendre hystérique une nonne ? Je ne le savais pas. Maintenant c'est différent, j'ai eu tout le loisir de prendre du recul et j'ai compris ce qui m'attirait : nous avions un point commun, la solitude. Rien à voir avec la mort, la sensualité ou même le pouvoir. En fait, j'étais comme eux, corporellement semblable aux autres, mais totalement différente à l'intérieur.
Je ne me sentais pas comme mes congénères, insouciants, libres, sociables à l'excès, vivant presque en tribu. J'étais à part, toujours seule. Oh ! J'avais bien quelques amies (quelques une très chères même) mais elles n'étaient pas légions, on pouvait les compter sur les doigts d'une seule main : une, deux ! Je ne savais pas me lier aux autres, à ces gens qui m'entouraient, je ne savais pas être frivole et superficielle. Pourtant j'étais très gentille, un ange me disait-on quand j'étais petite, toujours à l'écoute, disponible, je remontais le moral comme personne. Les gens venaient vers moi quand ils avaient besoin d'aide, ils me faisaient confiance et j'étais là à chaque fois pour eux. Mais quand je n'allais pas, quand ils n'avaient pas besoin de moi ? Que se passait-il ? Rien, il n'y avait que moi pour me remonter le moral et cette solitude pour me tenir compagnie. On se sent d'autant plus seul quand on se sait différent, ça c'est la leçon que j'ai apprise de ma transformation.
Finalement, c'était ça le lien qui m'unissait aux vampires, cette pesante solitude, la certitude de la différence. J'avais beau être entourée de personnes aimables en soirée ou à la bibliothèque, je ne me sentais pas en phase avec elles. J'en souffrais, j'en souffre encore.
Je croyais candidement qu'en changeant moi-même, les choses évolueraient. Je me suis trompée. Vlad m'avait prévenue, il avait vécu seul pendant deux siècles et ne l'avait pas supporté. Il avait perdu l'amour de sa vie ce qui rendait la chose moins aisée encore pour lui, moi je n'avais rien à perdre. Du moins, c'est ce que je pensais. Vlad me l'avait dit mais après tout quelle différence cela faisait. J'étais déjà si seule ! Et puis, il devait avoir d'autres vampires, ce n'est pas parce que lui ne les avait jamais rencontré que ce serait pareil pour moi.
Je n'étais pas très sûre de moi le jour où j'ai fait le choix de changer, mais ma décision était prise. Plusieurs années plus tard je me suis demandée pourquoi j'avais choisi l'éternité alors qu'une simple vie de mortel me semblait si lourde à porter ! Il faut croire que cela fait partie de mon caractère : contradictoire et paradoxale. J'avais donc troqué une vie mortelle de solitude contre une vie vampirique de solitude, le résultat était le même. Enfin, pas tout à fait car j'étais différente je m'en suis très vite rendue compte. Je devenais sensible au soleil (j'ai d'ailleurs dépensé des fortunes en crèmes solaires), je ne sentais plus la faim comme auparavant, j'avais énormément envie de viande, je dormais peu, je récupérais très vite et ma force s'était accrue au fil des mois. Malgré tout cela j'ai réussi à continuer mes études, j'étais encore plus seule qu'avant entourée de tous ces mortels mais, curieusement, j'étais plus attachée à leur compagnie. Après mûre réflexion j'ai décidé de rester à la faculté le plus longtemps possible et pas uniquement pour le diplôme, après tout à quoi m'aurait-il servi ? Je ne me voyais pas travailler dans un bureau, moi un vampire ! Je maîtrisais très mal tous les changements qui s'étaient opérés en moi, notamment au niveau de mon caractère. Ma colère se transformait vite en rage meurtrière. Vous imaginez ? A la moindre contrariété au travail j'aurais sauté au cou de mon collègue et ce n'est pas une façon de parler croyez-moi ! Non, la faculté était le meilleur moyen pour moi de concilier ma vie et mes nouveaux pouvoirs.
Ce que Vlad m'avait dit était vrai, du moins en partie, mes sens s'étaient considérablement développés. Si je portais des lunettes maintenant c'était uniquement par coquetterie et pour passer inaperçue car mes yeux n'en avaient absolument pas besoin. Ma vue était excellente, perçante, je pouvais voir une mouche voler à 500 mètres, le moindre petit détail était enregistré, rien n'échappait à mon regard. Même chose pour l'ouïe, j'entendais facilement ce qui se disait dans un bureau de l'autre côté de la faculté. C'était amusant au début d'écouter les conversations, on pouvait apprendre certaines choses intéressantes, voire compromettantes (comment croyez-vous que j'ai pu aller jusqu'au doctorat ?). Malheureusement je n'avais pas le pouvoir de télépathie, je l'ai bien regretté.
Tout cela m'a un peu perturbé et les premiers temps je n'étais pas souvent présente en cours. Et puis les changements ne se sont pas arrêtés là, mon corps s'est transformé : la graisse a fondu, les muscles ont durci, ma poitrine s'est raffermie, mes yeux sont devenus très clairs, comme des yeux de serpent, mes dents se sont aiguisées et mes canines ont un peu poussé, enfin mes cheveux se sont fortifiés et se sont épaissis, de quoi faire pâlir n'importe lequel des mannequins pour schampooings ! C'était ahurissant de constater ce qui m'arrivait et je m'amusais à m'ausculter dans le miroir. Et oui, nous avons un reflet, déçu ? D'une année sur l'autre les gens ne me reconnaissaient plus et je dois dire que moi non plus. J'avais toujours eu des bourrelets et de la culotte de cheval, (oh pas grand chose mais visible quand même)j'y étais habitué tout en rêvant à un corps de danseuse. Et là le rêve devenait réalité. Je découvrais des formes généreuses et fermes, des jambes interminables fines et musclées et une poitrine de rêve qui aurait fait damner un moine. Imaginez l'effet que cela a fait aux étudiants !
J'ai été obligée de me cacher, de me rendre commune et banale (comme je l'étais avant) pour être tranquille. Prendre ce genre de mesures était devenu nécessaire, malheureusement avec mes sens en folie et un corps pareil cela ne s'est pas fait tout de suite et j'ai connu quelques déboires.
Je me souviens d'un soir en particulier (la première fois de toute), un gentil garçon m'avait invitée à prendre un verre. J'étais alors en pleine mutation, mes sens me jouaient des tours, j'étais excitée comme une adolescente. Ses intentions étaient claires vu la façon dont il lorgnait ma poitrine. A la fin de la soirée il m'a emmené dans son appartement, j'étais au paroxysme de l'excitation, je me suis jetée sur lui, une soif de le mordre et de le vider de son sang prenant possession de moi, toutes canines dehors, je ne me contrôlais plus. Il a eu la peur de sa vie et son hurlement m'a fait reprendre mes esprits, je me suis enfuie par la fenêtre (troisième étage s'il vous plait) et je ne l'ai jamais revu. Depuis cet événement je prends garde, non pas aux autres mais à moi car j'aurai pu tuer ce garçon. Je n'étais pas fière de ce qui s'était passé, j'étais horrifiée par la furie que j'avais lâché, assoiffée de sang. Pourtant Vlad avait dit que je n'aurais pas besoin de sang, alors pourquoi cette soif ? Se serait-il trompé ? Avec le recul je me suis rendue compte que Vlad était un vampire à part, tout comme l'humain qu'il avait dû être. Peut-être n'avait-il jamais senti la soif, peut-être l'avait-il ignoré jusqu'à l'oublier complètement ou peut-être n'avait-il pas voulu me faire peur et m'avait-il menti. Je ne le saurais jamais, mais à ce moment là j'ai amèrement regretté sa mort. Pourquoi ne m'avait-il pas prévenu ? Pourquoi m'avoir menti ? Si je n'étais pas prête pour entendre ça, je n'étais pas prête pour devenir vampire.
Pendant des jours je ne suis pas sortie de chez moi. Comment vivre avec un tel monstre en moi ? J'ai cogité, réfléchi, tourné le problème dans tous les sens mais il restait le même. Je ne savais pas si cette soif était normale, habituelle, liée à mon état de vampire, une étape supplémentaire de ma transformation en somme, ou si elle était liée à mon état d'excitation. Je suis restée enfermée, ayant peur de sortir, coupée du monde des mortels pour réfléchir sur un problème dont je n'avais même pas la donne de départ ! C'était stupide, la meilleure chose à faire était de reprendre le cours de ma vie. Si cette soif de sang était normale je la ressentirais assez tôt et je serais fixée. Je suis donc retournée à la faculté, décidant de ne pas réitérer l'aventure et prenant des mesures à cet effet. J'ai pu ainsi remarquer qu'en temps normal la soif ne se fait pas sentir. Par contre, lorsque je suis sous le coup d'une violente émotion comme l'excitation ou la colère, cette soif cherche à prendre le contrôle. Il a donc fallu que j'apprenne à me maîtriser. La colère est un sentiment humain banal qui peut devenir très dangereux chez le vampire. Si celui-ci est jeune ou s'il ne fait rien pour se contrôler sa colère peut lui faire commettre toutes sortes de folies aux conséquences des plus meurtrières. La première fois que je l'ai ressenti j'ai failli arracher la tête de mon professeur. Heureusement pour moi et pour lui, j'avais déjà commencé la relaxation suite à ce qui s'était passé et j'ai, à grand peine, réussi à me maîtriser. Mon professeur ne m'a plus jamais regardée de la même façon et j'ai toujours eu de bonnes notes par la suite. Mais j'aurai juré qu'il me craignait, ce qui serait logique tant il avait été terrorisé par la sauvagerie et l'éclat meurtrier de mon regard.
Au moment où la colère me submergeait j'ai eu soif, très soif, j'aurais pu lui ouvrir la gorge mais je ne l'ai pas fait. Je savais que mon regard avait un éclat métallique inhumain mais j'ai pu empêcher mes lèvres de se retrousser sur mes canines. Le pauvre, il en aurait eu une crise cardiaque. J'aurais pu me jeter sur lui si rapidement qu'il n'aurait pas eu me temps de se rendre compte que je lui enfonçais mes crocs dans la gorge et que je la déchiquetais en faisant jaillir des litres de sang.
Je dois avouer que j'ai mis du temps à m'accepter ainsi, sauvage et cruelle moi qui avait été la gentillesse incarnée. Et encore aujourd'hui je me demande si je l'ai vraiment accepté.
J'étais prise au dépourvu à chaque fois que la " diablesse " se manifestait, c'était très étrange, comme si cette chose attendait tapie là dans un coin et qu'elle sortait tel un diable de sa boîte quand l'envie lui en prenait. J'ai dû prendre mes distances avec les personnes que je côtoyais, certains l'ont bien pris, mettant cela sur le compte de mon excentricité (je suis une fille si bizarre), d'autres ne me l'ont pas pardonné mais quelle importance ? Je ne pouvais leur révéler la vérité ils m'auraient prise pour une folle et de toute façon ils ne comptaient pas tant que cela, ils n'étaient que des humains.
Le plus important était de contrôler ce qui m'arrivait, il était vital de gérer ma colère ou tout autre émotion susceptible de libérer la diablesse. Cela a pris du temps et n'a pas été une très bonne période pour moi. Tout y est passé : yoga, relaxation, méditation, boxe, si je n'avais rien fait je serais devenue une furie. J'ai vécu de sales moments avant de contrôler tout ça, des choses dont je ne suis pas fière. Je n'étais pas moi-même, enfin c'est ce dont j'essaie de me persuader car peut-être que cette diablesse fait partie de moi. Il m'arrive de me dire que c'est réellement moi, que cela a toujours été moi, que j'avais cette part sauvage et cruelle en moi bien avant la transformation, que c'est pour ça que je n'étais pas comme les autres et que devenir vampire l'a fait sortir. C'est angoissant de penser ça. D'autres fois je me dis que c'est le vampire qui me fait agir ainsi, qu'avec sa naissance est venue cette furie car c'est ça être un vampire. Avec ce genre de réflexion j'étais sur la mauvaise voie, je ne cherchais pas à lutter contre elle et j'ai commis des horreurs. Je sortais la nuit dans des endroits vraiment glauques, j'étais en chasse et je ne passais pas inaperçue. Imaginez une femme grande, très bien faite, sûre d'elle et de son pouvoir, le regard sauvage et provocant, les lèvres rouge-sang et vous aurez une idée des ravages que j'ai pu causer. Je ne saurais dire ce que je cherchais : le danger ? L'excitation ? Les deux ? Je me sentais forte, indestructible et affamée. Sans doute avais-je choisi ces endroits mal-famés où ne traînaient que des criminels pour soulager ma conscience si j'en avais encore une. Plus d'un est parti rejoindre son créateur. Je savais ce que je faisais mais je n'en avais cure, rien n'aurait pu m'arrêter sinon une force supérieure à la mienne mais hormis un vampire qui aurait pu rivaliser avec moi ? Il m'arrivait de rentrer chez moi le sang de mes victimes dégoulinant encore sur mon menton. J'ai honte de le dire mais je me suis nourrie de sang, de sang humain. Je séduisais mes proies sans grande difficulté puis la furie se déchaînait et je n'avais plus rien de séduisant. Je ne me suis jamais vue en pleine action mais à voir le visage de ces malheureux je devais être d'une laideur insoutenable tant l'horreur et le dégoût y étaient dépeints. Ils croyaient avoir affaire à une nymphomane aux mœurs bizarre et ils découvraient l'inimaginable, ce que leur conscience se refusait à admettre, un monstre, une femme inhumaine aux yeux métalliques, avides, à la force surnaturelle et aux dents sans pitié. Eux qui flirtaient avec le danger, qui faisaient le mal, qui tuaient, volaient, violaient étaient morts de peur devant ma nature si peu commune. Ces criminels qui se vantaient de n'avoir peur de rien me suppliaient de ne pas les faire souffrir.
Je ne suis pas mauvaise vous savez, mais dans l'état dans lequel j'étais je ne pouvais accéder à leur requête. La Furie n'écoutait pas, ne pardonnait pas, n'abrégeait pas. Elle voulait du sang c'est tout, ce n'était même pas pour faire du mal, c'était pour avoir du sang, comme si c'était la seule chose qu'elle comprenne, qu'elle désire. Sous cette pseudo-identité j'ai commis des atrocités, je laissais derrière moi des cadavres la gorge béante ou la tête à moitié arrachée pour les premières victimes. Certains avaient le squelette fracassé, ils ne se sont pas tous laissé faire. Par la suite j'ai été plus prudente et discrète mais toujours aussi avide, je ne leur laissais pas une goutte.
Il devenait urgent de me calmer, à chaque fois que je mordais l'un de ces énergumènes je devenais le témoin de sa vie, je voyais ce qu'il avait fait : les meurtres, les vols, la violence, la prison, des choses insupportables. Quel choc lors de la première morsure, je m'en souviendrais toute ma longue vie !Ce jour là, ou plutôt cette nuit là, je ne me maîtrisais absolument pas . Colère, frustration, désespoir, tout cela se battait en moi. J'avais senti la faim une première fois et ça avait été éprouvant. Je prenais conscience de ce que j'avais réellement fait, j'étais devenue un monstre, je n'avais plus rien d'humain. Certes, mes nouveaux pouvoirs me comblaient d'aise mais j'étais encore plus éloignée de mes congénères maintenant. J'étais seule, désespérée d'être ce que j'étais devenue. Ce n'était pas ce que j'avais prévu, devenir vampire devait m'aider à avoir confiance en moi et à me sentir forte. Pour ça c'est réussi, j'ai la force de dix hommes réunis, mais le reste je ne l'avais pas demandé. Vlad ne me l'avait pas dit, rien ne m'avait préparé à ce sentiment d'horreur, d'angoisse et de dégoût mêlé qui s'était emparé de moi. Je ne pouvais plus me regarder dans une glace, qui y aurais-je vu ? Moi ? Je ne me reconnaissais pas, j'avais tant changé, même mon regard n'était plus le mien me semblait-il. Je regrettais cette folie, je regrettais d'avoir fait ce choix. Je voulais changer mais pas devenir un monstre. Quel genre d'homme (ou de femme) aurait pu avoir envie de goûter au sang humain ? Un malade, c'est abominable ! Mais voilà, le détail qui avait son importance était que je n'était plus humaine depuis quelques temps. Je ne faisais plus partie de cette espèce moralisante, aux règles si strictes. Elles ne s'appliquaient plus à moi, je pouvais faire ce que je voulais. En quoi serais-je condamnable ? Si je n'étais plus humaine, mon comportement ne devait plus l'être également.
Je me trompais, j'étais sur la mauvaise voie mais à ce moment là l'idée ne m'a pas parue idiote une seconde, elle était au contraire d'une logique implacable. C'est pourquoi j'ai attaqué un homme cette nuit là et que je l'ai vidé de son sang. Je n'ai pas pris le temps de sélectionner ma victime, j'ai choisi la première personne que j'ai croisé : un type anodin au regard fuyant. Ses yeux ont reflété une grande surprise et de l'envie quand il m'a vue. Je me suis dirigée vers lui d'une démarche chaloupée. Il avait du mal à parler tant il semblait étonné qu'une fille aussi belle que moi l'aborde. Je me suis approchée tout près, si près que je sentais son odeur désagréable. Je ne lui ai même pas laissé le temps de parler, j'ai souri, je sentais mes dents me faire mal et je les ai planté directement dans son cou. J'y ai été un peu trop fort à vrai dire, je lui ai presque arraché la moitié de la gorge ! Le sang a giclé avec une force inouïe, m'inondant le visage. Il n'a pas poussé un râle, sans doute ne devait-il pas comprendre ce qui lui arrivait, c'était la même chose pour moi : dès que j'ai goûté son sang, des images ont frappé mon esprit. Je voyais ce type, ce qu'il avait fait. Pour ma première victime j'avais tiré le gros lot, j'avais choisi un sadique. La netteté des images était terrifiante, d'où pouvaient-elles provenir ? De son sang ? Je ne pouvais m'arrêter de boire, autant demander à un alcoolique de ne pas toucher au verre de vodka posé devant lui ! Je ne pouvais cesser de me nourrir, c'était…c'était bon et hallucinant, inquiétant à la fois. Je buvais, je me régalais et je voyais ce type torturer une fille, une adolescente morte de peur qui hurlait à n'en plus finir de douleur. Sur le coup j'ai bien cru que ma raison avait vacillé pour de bon. La vision était tellement horrible qu'elle avait eu raison de mon envie de sang. A peine avais-je lâché ma victime qu'elle s'est effondrée comme une poupée de chiffon, exactement comme la pauvre fille qu'il avait tué. J'étais contente qu'il soit mort, sinon je l'aurai achevé de mes mains.
Pourtant, je tremblais comme si j'avais la fièvre, je ne sentais plus la faim, ni la colère, ni la frustration, j'étais calme. Calme et horrifiée, je ne pouvais mettre un mot sur ce qui s'était produit. J'avais bu le sang d'un homme et j'avais aimé ça ! Vous vous rendez compte ? Humaine je n'avais goûté ni à l'alcool, ni à la drogue et là je venais de boire du sang ! Et je trouvais ça tout à fait normal, c'était un bon moyen de chasser ces sentiments qui m'assaillaient sans relâche. Le problème c'était la vision. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Etait-ce le contact du sang qui était à l'origine de ce phénomène ? Goûter du sang n'est déjà pas normal en soi, quoi de plus naturel que cela s'accompagne d'un peu de paranormal ? Les vampires n'ont pas le pouvoir de télépathie, ils ne peuvent voir dans l'esprit des gens, ni entendre leurs pensées, en tout les cas c'est comme ça que cela marche pour moi. Peut-être que cette faculté nous est offerte quand nous suçons le sang d'un mortel ? Pouvoir de vampire ou pas cette chose était intolérable, je me serais bien passé de voir ça. Ce mec, que je venais de tuer, était un vrai malade qui aimait faire souffrir les autres, surtout les filles qu'il ne pouvait avoir. Il leur faisait subir toutes sortes de sévices, des tortures auxquelles je n'aurais jamais pensé ! Finalement, lequel de nous deux était le monstre ? L'humain inhumain ou le vampire ? Il n'y avait pas une grande différence, j'estimais avoir fait une bonne chose, ce type ne nuirait plus à personne.
La vison me hanta plusieurs jour après ça. C'était une expérience des plus traumatisantes que je venais de vivre, j'ai eu du mal à revenir à la réalité si je peux dire, car quelle est la réalité pour un vampire ? ce que j'avais fait était réel, la vision que j'avais eu aussi. Je revoyais le visage de sa victime figé d'horreur pour l'éternité. Je ne l'ai jamais oubliée. Pendant longtemps elle m'a servi d'excuse, à cause d'elle je me suis crue supérieure, je me suis investie juge et bourreau. Je ne m'en prenais qu'à des types qui avaient quelque chose à se reprocher : vol, viol, meurtre…Ils ne méritaient pas de vivre, ils étaient plus monstrueux que moi : leurs victimes étaient leurs congénères. Il n'y a pas de meurtre entre espèces, sauf chez les humains et cela les rendaient plus ignobles que moi. C'est ce que je pensais à l'époque, et au nom de cela j'ai commis des crimes atroces. J'ai eu des visions encore pire que la première et plus je mordais, plus j'avais des images d' ignominies humain et plus je mordais…Cela a duré un certain temps. Toute la journée je me contrôlais grâce au yoga et autres méthodes, je ne pouvais faire du mal à ces innocents que je côtoyais tous les jours, je ne le devais en aucun cas, mais le soir la Furie s'emparait de moi, guidait mes pas, mes pensées, mes actes et je devenais une " justicière " qui faisait payer les crimes dans le sang.
Le pire pour moi, maintenant, c'est que je n'en avais pas honte. Je ne me sentais pas coupable de tuer ces monstres, de boire leur sang, de leur arracher la tête, de leur broyer les os. J'étais déchaînée. Il fallait que je reprenne le contrôle : avec toutes ces visions dantesques j'allais vraiment sombrer dans la folie. Comment serais-je alors passer inaperçue la journée ? Comment me regarder dans le miroir après ça ? Ce n'était pas moi cette folle sanguinaire.
J'ai donc tout arrêté du jour au lendemain, je m'étais gavée de sang, tous les soirs, je rentrais chez moi parfois couverte des pieds à la tête de sang séché. Un jour, j'ai surpris mon reflet dans la glace : stupeur ! Je faisais peur à voir, les yeux écarquillés comme une droguée, les lèvres et le menton maculés de sang, la chemise éclaboussée…Je ne me suis pas reconnue, ce ne pouvait être moi ? Comment en étais-je arrivé là ? Mais qu'est-ce que j'avais fait ? Tout allait de travers, j'étais devenue un monstre et je me conduisais comme tel, je ne valais pas mieux que tous ces assassins que j'avais tué. Je ne voulais pas forcément leur causer la mort, juste boire leur sang mais inévitablement ils finissaient par mourir. Je ne réussissais jamais à m'arrêter à temps. A la faculté j'étais l'ombre de moi-même, agressive, instable, combien de fois ai-je dû faire un violent effort pour ne pas laisser éclater ma colère ! Cela devenait trop dangereux pour moi, je devais me sevrer.
C'est ce que j'ai fait, dès la tombée de la nuit je m'attachais au mur afin de maîtriser la Furie, d'essayer de la contenir. Ca n'a pas été une partie de plaisir, loin de là ! Mais c'était nécessaire, vital même. J'hurlais comme une folle, comme si j'étais à l'agonie et plus d'une fois j'ai cru mourir. Il me fallait le sang, la Furie en avait besoin mais il était hors de question de lui donner ce qu'elle voulait, j'étais prête à me donner la mort si mon sevrage échouait. Heureusement pour moi je n'ai pas eu à le faire. Au fil des nuits je suis parvenue à contenir la Furie. La journée j'appliquais toutes les méthodes de relaxation et de gestion des sentiments, en devenant zen il me serait plus aisé de la vaincre, la nuit je restais attachée au mur et essayais de me détendre. Les premiers temps je me frappais, je me griffais mais rien n'y faisait car les chaînes étaient très solides. Je criais, hurlais, vociférais mais ma volonté était inébranlable (C'est un des traits de caractère que j'avais quand j'étais humaine : quand j'avais décidé quelque chose, rien ne me faisait changer d'avis). Je suis passée par de sales moments, je ne les souhaite pas à mon pire ennemi, mais au bout du compte j'ai réussi à la gérer. Je n'étais pas à l'abri pour autant, je savais me maîtriser sous le coup d'une émotion normale mais je ne savais pas ce qu'il en serait si l'émotion était trop forte. Je ne pouvais pas rester attachée toute la vie, cela avait duré assez longtemps comme cela, néanmoins j'étais prudente, je ne sortais plus le soir, inutile de tenter le diable car c'était à la tombée de la nuit que la Furie se réveillait. Au fil du temps elle ne se manifesta presque plus, j'ai failli avoir des rechutes mais en repensant au sevrage et à la torture que cela m'avait infligé je prenais sur moi.
Toute la colère et la frustration ne s'étaient pas envolées, elles étaient toujours là au fond de moi mais je ne les écoutais plus. Elles ne devaient plus prendre le contrôle.
Je n'étais plus humaine soit, j'étais différente soit, j'avais envie de sang, et bien soit mais je ne devais pas perdre ce qui me restait de moi, ce qui fait de moi ce que je suis : mon humanité. J'ai beau être un vampire, cela ne suffit pas à faire de moi un monstre. Je ne l'ai compris que trop tard. Par faiblesse ou inexpérience ou ce que vous voulez j'ai choisi de devenir un monstre. Parce que j'étais en colère, parce que Vlad m'avait menti, j'ai commis des atrocités, je savais que tôt ou tard je devrais le payer. Cela a été plus tôt que je ne l'aurais penser.

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Le baiser du vampire

Il est à ma fenêtre, étrange apparition de la nuit, son visage hypnotique et clair se dessine sur le carreau. Il m'observe, il m'appelle mais ses lèvres ne bougent pas. J'ai les yeux grands ouverts, je ne dors plus, comment le pourrais-je puisqu'il est là. Sa voix s'est insinuée dans mon rêve, insistante, envoûtante, " viens à moi " me disait-elle, " ouvre-moi ", " accueille -moi ",si ensorcelante… " Je suis celui que tu appelles dans tes songes les plus secrets, celui dont tu cries le nom lorsque tu dors ", " je suis celui pour qui tu soupires, ouvre-moi ". Je me lève et m'avance doucement dans la pièce. Je ne peux détacher mes yeux de son regard magique, ses prunelles brillent dans la nuit comme celles du chat, il y a quelque chose d'animal en lui, la façon dont il se tient tapi sur le rebord de la fenêtre, aucun humain ne saurait faire cela. Je vois ses lèvres me sourire quand mon bras se lève pour lui permettre l'accès à ma chambre. Ses lèvres si rouges sur cette peau si blanche, ses dents luisent d'un éclat surnaturel, elles semblent si pointues. Il entre avec grâce dans la pièce, je le regarde, je suis perdue dans ses iris noires comme les enfers, mon corps vibre, le moindre souffle d'air sur ma peau m'électrise. J'attends le cœur palpitant qu'il s'approche de moi, je l'attends depuis si longtemps ! Qu'il me touche, qu'il caresse ma peau diaphane et sensible, un million de terminaisons nerveuses ne demandent que cela !
Je tremble quand il avance vers moi d'une démarche aérienne, touche-t-il le sol ? Je ne saurais le dire je ne suis déjà plus moi-même. Je n'ai plus de raison, de morale, mon corps entier a pris possession de mon être, je ne suis que sensations : l'oreille aux aguets, le cœur qui bat à tout rompre, les poils de mes bras hérissés, les pupilles dilatées… Je ne veux qu'une chose, ce qu'il est venu m'apporter. Sa main froide comme sortie du tombeau effleure la peau brûlante de mon cou, le choc est si violent que j'en ai le souffle coupé, puis celui-ci s'accélère quand il défait lentement les boutons de ma robe. Le temps est suspendu, la respiration se fait saccadée quand ses doigts descendent le long de l'échancrure, un sourire gourmand éclaire son visage lorsque les pointes de mes seins se durcissent. La robe tombe sur le sol, je me sens défaillir tant l'excitation est insoutenable, une chaleur délicieuse se répand au creux de mes reins. De ses deux mains il caresse mon dos, ma taille, mes hanches, mes fesses, ses lèvres glacées déposent une myriade de baisers dans mon cou et sur ma gorge, j'en veux plus, bien plus, je laisse échapper un gémissement lorsque sa bouche embrasse l'un de mes seins, sa langue taquine joue avec le téton, je n'en peux plus, le plaisir monte en moi comme une marée, mais ce n'est pas assez. Je sens sa main glisser vers la toison de ma féminité, mes jambes se dérobent quand ses doigts entrent en moi, ils sont si froids et je suis si chaude ! Je gémis à n'en plus finir, il accélère la cadence et je ne peux me retenir de crier " encore, encore ".Je suis au paroxysme du plaisir, je suis prête, je sens sa bouche sur mon cou, il écarte les lèvres et ses dents pointues s'enfoncent dans ma chair me procurant la plus grande des jouissances, elle explose dans mon cerveau comme un feu d'artifice ! Puis, il suce avidement le fluide vital qui s'échappe de mon corps. Dans une demi conscience j'entends le bruit de la succion, je suis épuisée, morte de fatigue. Quand il a terminé, il me dépose sur le lit et sort par la fenêtre. Je dois me reposer, je dois être forte pour demain, pour qu'il me donne encore ce qu'il est venu chercher.

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