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Nouvelles courtes

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Aïda Isabelle Ethier, février 2007.
Regret éternel Josée Riopel, juin 2007.
Un nouveau départ J-B Poclaine, février 2008.
La bouteille Hadrien Lagadeuc, août 2008.

Tristesses Charlène R. Virgone, février 2009.

  

 

 

Aïda

Lorsque mes parents se sont séparés l'an dernier, mon monde s'est écroulé. Je devais quitter mon quartier et mes amis; je devais dire adieu à mes vieilles connaissances. L'effervescence de la ville était mienne. Le bruit et la pollution faisaient partie de mon quotidien. Moi qui étais habitué à sortir en boîte, à déambuler dans les rues de Sainte-Catherine, à risquer de me faire poignarder au prochain coin de rue, à perdre mon temps dans les arcades et à passer des après-midis complets à faire du lèches-vitrine avec mes copains, désormais, un week-end sur deux, je devais le passer chez mon père, dans un trou perdu de la campagne, au milieu des prairies, des fleurs et du blé…
Mais mon pire cauchemar allait commencer.

La première fois que j'en ai vu une, j'ai paniqué. J'étais dans la salle de bains quand c'est arrivé. Je ne savais pas trop comment réagir avec elles. Je n'en avais jamais vu d'aussi près avant... enfin, je veux dire, en vrai. Alors, quand j'ai été pris avec elle, la toute première, j'ai figé. Mais comme elle menaçait ma vie, il fallait que je la tue.
Je savais qu'elle était bien plus petite que moi et qu'elle ne me voulait pas nécessairement du mal, mais c'était plus fort que moi : justement, parce qu'elles sont minuscules, on ne sait pas où elles se faufilent et ce qu'elles vont vous faire. C'était pourquoi je n'avais jamais eu peur des chevaux. C'était le petit qui faisait peur. Elles, elles peuvent être partout. On sait jamais, peut-être suçent-elles le sang.
La première fois que j'en ai tuée une, j'ai connu une jouissance sans pareil : aplatie, comme un filet tentaculeux, pas plus épais qu'une feuille. Et le sang qui coulait sur mes doigts. Ça goûtait bon. C'était jouissif. Elle avait été très grosse. J'en frémis encore. Même morte, elles étaient encore effrayantes, encore plus épouvantables même.

Mais très vite, la deuxième est arrivée. Et la troisième, et la quatrième… il y en avait partout. Tout le temps. J'appréhendais les venues chez mon père à cause d'elles. Le soir, dans les moindres recoins, je craignais leur présence. Le soir, dans mon lit, je souffrais d'insomnie. Je n'arrivais plus à dormir. Le soir, dans l'obscurité, je les surveillais sans cesse avec une soif de vengeance que mes meurtres incessants n'arrivaient plus à étancher. Le soir, dans le noir, elles pouvaient être partout, à un centimètre, à un mètre, il pouvait y en avoir une, cent, deux cent, mille!
J'avais sans cesse l'impression de ressentir leurs pattes dégueulasses sur ma peau; mais souvent, ce n'étaient que des fourmillements. J'imaginais les pires scénarios; je faisais souvent des rêves atroces qui me faisaient haïr le sommeil. Le pire de tous était celui de l'araignée jaune et sauteuse; elle fonçait sur moi en sautillant, j'étais coincé entre deux murs, sans impasse, et, heureusement, je me réveillais toujours juste avant le moment fatidique, sans doute parce que mon cœur aurait flanché si je serais parvenu à la fin…

Et le matin, comme j'étais persuadé que je dormais la bouche ouverte, dès que je me réveillais, je vérifiais que je n'en avais pas avalée une pendant mon sommeil : Je prenais un miroir et je m'assurais que je n'avais pas une patte de coincée quelque part entre deux dents. Heureusement, cette situation tant crainte ne s'est jamais produite.

Un jour de fin d'octobre, j'ai décidé d'en finir une fois pour toutes avec elles et les hallucinations épuisantes qu'elles me faisaient subir. J'ai attendu le soir, et j'ai allumé des chandelles. Ce n'était pas incommode, parce qu'il commençait à faire froid. Je les avais disposées en rond dans ma chambre; c'était parfait. J'avais revêtu un habit noir à capuchon et enduit mes joues d'une cendre faite d'écorce de cyprès. Dans la main gauche, le sac. Dans l'autre main, je tenais quatre aiguilles et un petit sachet à l'intérieur duquel il y avait de l'encens, deux bâtons de cannelles, deux gouttes de rose, du citron et de l'épinette.

Je me suis avancé vers le milieu du cercle. Avec le plus grand sérieux, j'ai tracé deux grandes croix avec une cigarette, pris deux savoureuses bouffées, et puis je me suis avancé jusqu'au milieu. Là, j'ai pris mon temps : après une grande inspiration, j'ai sorti l'objet de mon sac : une poupée vaudou, avec d'énormes pattes velues et deux yeux blancs gélatineux et laiteux, maladifs. C'était Aïda, simplement, je l'avais baptisée ainsi.

J'ai planté rapidement les aiguilles dans son ignoble corps et je suis tombé à genoux, implorant les cieux de me donner la force de les faire disparaître, et de mon esprit, et de ma vie, et de mes pensées.
Miraculeusement, sans que je ne sache trop pourquoi, elles ont disparu. Eh oui! Une par une. Il n'y en avait plus une seule ! Je n'arrivais pas à y croire. Je jubilais. Ma spiritualité était donc vraiment réelle. Je ne connaissais donc pas ma force. Peut-être n'avais-je pas de limites? Quels autres exploits pouvais-je donc accomplir? Quelle bête féroce y avait-il donc en moi?

Ma joie s'est vite éteinte parce qu'à la fin de l'hiver, elles sont revenues...

Isabelle ETHIER  viviane_27_111@hotmail.com

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Regret éternel

Tout commença à l'automne de mes 19 ans, dans une petite auberge de campagne.

Je me préparais pour un souper dansant avec une de mes amies, sans aucune attente, juste le goût de passer une bonne soirée.

Mes longs cheveux d'ébène tombaient droit, jusqu'à la taille.
J'étais vêtue d'un pantalon noir, et d'un lainage rouge vif, qui faisait ressortir mes cheveux d'un noir foncé.

En guise de maquillage, je n'appliquai qu'un soupçon de mascara, pour donner l'effet d'agrandir encore plus mes yeux noisette.

Je me trouvais pas mal du tout, ce soir-là. Je dirais même, que je découvrais en moi un certain charme.

Bizarre, d'habitude je me jugeais tellement ordinaire.

L'endroit était plein à craquer. Le repas fut succulent. Mon amie et moi nous amusions beaucoup.

Je ne me doutais pas que cette soirée allait transformer ma vie.

Le repas terminé, l'hôtelier nous dirigea vers le local aménagé pour la danse.

Arrivée dans cette salle, j'eus la très forte intuition que quelque chose de bien se passerait pour moi. L'ambiance était euphorique.

Tout en bavardant avec mon amie, j'aperçus un jeune homme venant vers moi. Sans même lui avoir parlé et sans savoir pourquoi, mon cœur se mit à battre démesurément.

Ce garçon m'invita à danser un beau grand slow…

Bien que ce fût la première fois que je me trouvais dans les bras de Gabriel, je sus que ce serait ma plus grande et unique histoire d'amour.

Instantanément, nous nous sommes aimés d'un amour infini.

A partir de ce qui était supposé être une soirée vraiment banale, nous débutâmes l'aventure de notre vie, mais, sans connaître bien sûr ce qui allait nous arriver.

***

Nous nous fréquentions régulièrement depuis deux ans. Tout était magique, si bien que nous avions prévu de nous marier dans les mois à venir.

Pourtant, quelque chose d'inexplicable se produisit.

Malgré les énormes sentiments que j'éprouvais pour mon bel amour, le pire arriva.

Dans ma tête, tout se mit à s'embrouiller.
Je n'arrivais plus à penser de façon cohérente. Était-ce la peur, l'anxiété, l'angoisse? Chose certaine, j'éprouvais un énorme malaise psychique et physique.

J'aurais tout donné pour que ce sentiment inexplicable quitte mon corps. Malheureusement, rien ne se produisit. Je devais absolument faire taire le cauchemar monstrueux qui m'habitait depuis trop longtemps déjà.

Je savait très bien que la seule façon de m'arracher à cette hantise était de rompre avec Gabriel, tout en ayant la certitude, que ce serait le début d'une vie ratée.

Le sort que la vie me réservait était impitoyable.

Quelques années plus tard, un scénario semblable se produisit. Mais cette fois, je me mariai avec ce nouvel homme, sans pour autant l'aimer. Il était d'une jalousie excessive, et méchant de plus.

La crainte qui me fit faire ce fameux pas, était celle de rester seule jusqu'à la fin de mes jours.

De toute mon âme, je savais très bien que le seul homme ayant pris mon cœur, je l'avais laissé partir et que mon regret serait éternel. Alors je me dis que, de toute façon je n'aimerai jamais plus, alors…

Après vingt-cinq années, le remord me rongeait toujours.

Cependant, un triste évènement se produisit. Une des sœurs de Gabriel, au courant des sentiments que j'éprouvais toujours à l'égard de son frère, m'informa par téléphone du décès de celui-ci.

Bien qu'informée de sa maladie, j'en fus atterrée.

Étrangement, j'avais le pressentiment que Gabriel voulait ma présence avant qu'il ne me quitte réellement. Auprès de lui, je m'agenouillai, pleurai, le touchai sans pouvoir m'arracher à lui. A ce moment précis, ce n'était plus de la peine que j'éprouvais, je sentis une énorme quiétude m'envahir. Mon cœur se gonfla de bien-être. Je venais de réaliser que, par la mort de Gabriel, ma solitude serait moins lourde à supporter, qu'il resterait présent à mes côtés pour l'éternité.

Je suis encore habitée de mon grand regret, mais, aussi de mon amour profond pour Gabriel.

Désormais, Gabriel et moi reprenons notre histoire d'amour, là où nous avons dû l'arrêter il y a vingt-cinq ans.

Josée Riopel  jorie@sympatico.ca

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Un nouveau départ

Contexte

La scène se déroule dans un grand aéroport en fin d'après-midi, dans un restaurant situé non loin de la salle d'embarcation. Un homme, environ la trentaine, costard cravate, un attaché caisse noir à ses pieds, termine son repas et boit un café à une table dans le fond du restaurant. Il a une vue imprenable sur les pistes. Il contemple le ballet des avions qui décollent et qui atterrissent. Arrive alors un jeune homme, peut-être 25 ans, serveur dans ce même restaurant. Il n'y pas grand monde aujourd'hui et il en profite pour passer un coup de balai, et aussi pour débarrasser quelques tables. Au moment du dialogue, il est en train de nettoyer le sol avec une serpillière non loin de la table de l'homme au costard. Ce dernier l'aperçoit, le scrute un petit moment, puis engage la conversation.
Nous appellerons cet homme l'homme au costard et le jeune serveur le brave gars.


Première partie

L'homme au costard : vous, vous avez la tête de quelqu'un qui n'avez jamais pris l'avion… Je me trompe ? L'autre type fait comme s'il n'avait rien entendu et continue de nettoyer le sol ou les tables.
Puis, sans le regarder décide de lui répondre.

Le brave gars : ah bon, qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

L'homme au costard : eh bien, l'intuition. Un tps. Vous m'allez l'air de quelqu'un qui n'êtes jamais monté dans un avion. Mais encore une fois, je peux me tromper. (Le brave gars continue à faire ce qu'il a affaire). Remarquez, mon intuition et mon flair m'ont rarement trompé dans ma vie. Et surtout dans les affaires. J'ai toujours eu un don pour ça, vous savez.

Le brave gars : Je suis ravi de l'apprendre (alors qu'en fait il s'en fout).

L'homme au costard : Vous ne voulez pas me dire alors ?

Le brave gars : Pardon ? Vous dire quoi ?

L'homme au costard : Mais enfin, si vous avez déjà pris l'avion !

Le brave gars : mais qu'est-ce que ça peut vous faire ?!

L'homme au costard : juste pour savoir, comme ça. Pour voir si mon flair légendaire ne m'a pas abandonné. Pour voir si je suis toujours dans le coup, en somme.

Le brave gars : et alors…vous y êtes toujours ?

L'homme au costard : dans quoi ?

Le brave gars : dans le coup !

L'homme au costard : ah… ! Et bien disons que…Oui et non. En fait.

Le brave gars : c'est pas une réponse, ça. Ou bien ça veut dire non !

L'homme au costard : vous marquez un point !
Je vous aime bien, vous. Vous avez de la répartie. Du caractère.
Il le regarde soudain d'une façon bizarre.

Le brave gars : euh, je vous préviens tout de suite…Je…Je ne suis pas de ceux-là !

L'homme au costard : Oh mais loin de moi cette idée ! Rassurez-vous, je ne vous veux aucun mal.
Et puis, vous savez j'ai été marié, dans une autre vie. Mais c'est du passé tout ça…Je vous offre un verre autre part, vous devriez avoir fini votre service j'imagine…

Le brave gars : oui, comment vous savez ?

L'homme au costard : je vous l'ai dit…pers-pi-cace, ne vous l'ais-je pas dis ?

Le brave gars : ah oui, j'oubliais

Le brave gars : non, c'est juste qu'il n'y a plus personne et que…

Le brave gars, le coupant net : oui… oui, j'avais compris

On les retrouve attablés dans un autre café…face à face
Deux cafés sur la table.

L'homme au costard : alors, vous l'avez pris cet avion, ou pas ?

Le brave gars : quel avion ?

L'homme au costard : oh ! Vous vous moquez de moi là. Pourquoi vous ne voulez pas me le dire ? Vous préparez un coup ou quoi ? Vous ne seriez pas un terroriste, ou un truc comme ça ? Vous en avez le look en plus. Un tps. Avec la barbe, et tout. Tps. Je plaisante !

On les voit se regarder, le brave gars boit une gorgée de son café.

L'homme au costard : il n'y a pas de honte à avoir, vous savez. Ce n'est pas parce que vous bossez dans un aéroport que vous devriez forcément avoir pris l'avion !
Tenez, moi j'ai un appartement à Paris. Près de Pigalle. Bon et bien ce n'est pas pour ça que je vais voir les…enfin que je vais au…enfin vous voyez quoi…

Le brave gars : vous lâchez jamais l'affaire vous !

L'homme au costard : non, en effet…

Le brave gars : d'accord, j'avoue. Je n'ai jamais pris l'avion.

L'homme au costard : et bien vous savez quoi ?

Le brave gars : Non. Mais vous allez me le dire

L'homme au costard : c'est votre jour de chance

Le brave gars : Tous les matins je l'attends mon jour de chance. Et pour le moment, j'attends toujours.

L'homme sort une pochette de la poche intérieure de sa poche, et la fait tomber sur la table, devant le brave gars.

Le brave gars : c'est quoi ça ?

L'homme au costard : un billet d'avion aller-retour pour New York

Le brave gars : ouais, et alors ?

L'homme au costard : et bien vous partez à ma place, demain

Le brave gars : quoi ? Vous me charriez là ou quoi ?

L'homme au costard : non, pas du tout !

Le brave gars : je suis en congés pendant une semaine, à partir de ce soir. Ca fait presque 2 ans que je n'avais pas pris de vacances. Donc, je peux partir.

L'homme au costard : C'est votre jour de chance, je vous l'ai dis !

Le brave gars : c'est un truc de dingue ça

L'homme au costard : de dingue ? Non, pas de dingue.
Par contre, je vais devoir vous réserver l'hôtel. Pour votre séjour. Mais ne me ruinez pas, ok ?! 3 nuits ça vous va ?

Le brave gars : vous rigolez ou quoi ? Même pour une heure, je prends !

L'homme au costard : ok. Il va aussi falloir revoir votre tenue. Déjà, rasez-vous parce que là vous vous faites embarquer dès votre sortie d'avion. Et il va vous falloir un costard. Vous en avez un ? Je dirai que …

Le brave gars, l'imitant lui-même tout à l'heure : j'ai l'air d'un gars qui n'a jamais porté de costard, c'est ça ?

L'homme au costard : Bien ! Vous commencez à comprendre !

Le brave gars : et bien là vous vous êtes gouré ! Car j'en ai un ! Je l'ai mis qu'une fois, mais il me va toujours.

L'homme au costard : bon, c'est parfait alors. Vous embarquez demain après-midi.

Le brave gars : c'est vraiment dingue cette histoire.
Marque un temps, puis regarde l'homme au costard dans les yeux
Dites, c'est quoi l'embrouille ?

L'homme au costard : embrouille ? Quelle embrouille ?

Le brave gars : mais enfin, ça ! Cette mascarade, ce billet d'avion, l'hôtel…New York !

L'homme au costard : mais qu'est-ce qui vous arrive ?

Le brave gars : on n'offre pas un billet d'avion aller-retour et 3 nuits d'hôtels à un pauvre type qui travaille dans un aéroport ! Et qui plus est, un pauvre type qui n'a jamais pris l'avion !
C'est du délire, ça ! Donc, ça cache quelque chose. C'est tout. Et je veux savoir quoi, voilà.

L'homme au costard : Je ne peux pas partir demain, j'ai eu un empêchement de dernière minute…Motif personnel. Je vous ai vu, vous ai trouvé sympathique, et je me suis dis je vais lui faire un cadeau qu'on ne lui aura certainement jamais fait, en lui offrant mon billet d'avion ! Voilà tout, comme ça ! Après, l'hôtel je n'y avais pas pensé, j'y ai pensé tout à l'heure. Il n'y a ni d'embrouilles, ni quoi que ce soit ! Pour moi un voyage comme ça, ce n'est pas grand-chose. Je voyage souvent pour mon job. Maintenant, si vous n'en voulez pas redonnez-le moi. Mais je vous assure qu'il n'y a pas d'embrouilles !

Le brave gars l'observe très attentivement, essayant de voir s'il est sincère ou non.

Le brave gars : c'est bon, je vous crois. Je…Je ne sais pas quoi vous dire

L'homme au costard : et bien ne dites rien

Le brave gars : mais il n'y a qu'au cinéma qu'on voit ça. J'avoue que je ne sais pas trop quoi en penser de tout ça.

L'homme au costard : et bien ne pensez pas. Ne vous posez pas de questions.

Le brave gars : bon, je dois rentrer maintenant. A quelle heure on se voit demain ? Et comment fait -on pour l'hôtel ?

L'homme au costard, souriant : je m'occupe de tout ! Ne vous en faites pas. On a qu'à se voir à votre restaurant demain vers 13h30. Et n'oubliez pas de vous raser et de mettre vos plus beaux habits !

Le brave gars : oui oui, pas de problème.

Ils se lèvent se serrent la main et se quittent.

Fin de la première partie

 

Deuxième partie

Le brave gars a respecté les termes du contrat. Il est en costard, avec une grosse valise. Il entre dans l'aéroport et se dirige vers le restaurant où il travaille tous les jours, où il a rencontré l'homme pour la 1ère fois et où ils ont cet après-midi rendez-vous. Il va s'asseoir dans le fond, là où ils s'étaient vus hier. Un serveur déboule alors, le voit, a l'air surpris et s'empresse d'aller lui parler.

Le serveur du café : eh ! Mais t'es pas en vacances toi ? Oh mais dis moi, qu'est-ce qui t'arrives ? T'es super classe ! Il aperçoit soudain sa valise posée à ses pieds. Tu pars en voyage ?

Le brave gars : Mais dis-moi…t'as un sacré sens de l'observation toi ! Oui, comme tu vois…Je pars !

Je vais à New York. Enfin, normalement !

Le serveur du café : A New York ? Arrête !

Le brave gars : non, sérieux ! Je vais à New York je te dis

Le serveur du café : Tu est en train de me dire que tu t'es payé un voyage à New York ?

Le brave gars : oui. Avoues que ça t'épates pas vrai ?!

Le serveur du café : t'as gagné au loto, c'est ça ? Allez, tu peux me le dire à moi ! Ou t'as gagné un voyage à un jeu ? Allez, dis-moi !

Le brave gars : encore mieux que ça

Le serveur du café : allez stp dis-moi !

Le brave gars : tu le sauras dans…10 minutes.

Le serveur du café : pourquoi dans 10 minutes ?

Le brave gars : ok, c'est bon. Je te dis tout. Hier j'ai rencontré un gars. Une sorte de business man. Le genre tu sais toujours entres deux avions, toujours pressé. Enfin tu vois quoi. Le mec me sort qu'il ne peut pas aller à New York comme il l'avait prévu, et il me demande si ça me dit d'y aller. Alors, tu penses j'ai dis oui ! Bien sûr que ça me dit d'y aller ! Et là, il me met devant les yeux une pochette avec le billet d'avion ! Un aller retour pour New-York qu'il me dit. Et il me file les billets. Et en plus, il m'a réservé trois jours à l'hôtel. On s'est donné rendez-vous ici pour qu'il me donne les infos pour l'hôtel dans lequel je dois aller.

Le serveur du café, se met à rire : d'accord, ok ! J'ai compris, tu ne veux pas me dire la vérité.

Le brave gars : mais c'est la vérité !

Le serveur du café : et tu l'as rencontré où ce gars ?

Le brave gars : ici, hier après-midi. A cette table là-bas. J'étais en train de ranger un peu et il m'a parlé.

Le serveur du café, l'air pensif : attends un peu, il était comment ce gars ?

Le brave gars : comment ça, il était comment ?

Le serveur : la trentaine ? Costard cravate sombre ? Un attaché caisse ?

Le brave gars : euh, oui. Mais comment tu sais ça ? Tu le connais ?

Le serveur du café : ok, je vois. Tu ne connais pas encore Henry toi !

Le brave gars : Henry ?

Le serveur du café : je peux voir les billets s'il te plaît ?

Le brave gars sort le billet de sa poche et lui tend : oui, tiens. Pourquoi ?

Le serveur du café, scrutant bien les billets : …c'est bien ce que je pensais…

Le brave gars : quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Le serveur du café : tu les as regardé ces billets ? Apparemment, non.
Ils ne sont pas valables. Regarde la date.

Le brave gars, scrutant le billet : oh, merde. J'avais pas fais attention. Mais, il y a deux billets ?

Le serveur du café : attends, je t'explique. Henry, moi, ça fait des années que je le vois ici. Toi ça fait pas longtemps que t'es là. C'est normal.

Le brave gars : Mais c'est quoi cette histoire ? Ca me paraissait bizarre cet affaire, mais pas à ce point

Le serveur du café, se met en face de lui : Henry il vit chez sa mère depuis presque 4 ans maintenant. Il a pété un boulon un matin, comme ça (il fait le geste). Il était au top de sa carrière, un autodidacte le mec, vachement doué tu vois, une réussite précoce et tout quoi. Il rencontre une femme, il tombe tout de suite amoureux. C'est réciproque, le coup de foudre quoi. Enfin, au début du reste. Il l'aime de plus en plus mais tarde à la demander en mariage. Il se décide enfin à lui demander sa main, lui donne rendez-vous à l'aéroport et lui fait la surprise en lui donnant ces billets d'avion pour New York. Ou elle a toujours rêvé d'aller. Et là, elle lui dit qu'elle ne partira pas avec lui. Elle le quitte. C'est le drame pour lui. Il a tout arrêté, il a vendu son business, son appartement…et est retourné vivre chez sa mère. Il a assez d'argent pour se permettre de ne plus rien faire de ses journées. Mais il est mort de l'intérieur.
Il n'est plus le même depuis ce jour. Il a de sérieux dédoublements de personnalité. Et de temps en temps, assez souvent d'ailleurs, on le voit traîner ici. Et il lui arrive de parler de cette histoire avec des inconnus. Mais le coup du billet, ça il ne l'avait jamais fait encore ! Il revient souvent ici, tu comprends. Mais bon, personne ne lui dit rien. Car la plupart connaisse son histoire. Enfin, voilà quoi. Désolé, mais tu n'iras pas à New York.
Et lui non plus, d'ailleurs.

Le brave gars : c'est un truc de dingue, ça. Et il habite où tu m'as dis ?

Le serveur du café : il est chez sa mère, Résidence des Anges près de la bibliothèque municipale. Tu vois où c'est ?

Le brave gars : oui, je vois

Le serveur du café : bon, tu peux rentrer chez toi maintenant ! Et défaire ta valise ! Tu pars plus ! Enfin, aujourd'hui en tout cas.

Le serveur retourne derrière le bar et essuie un verre. On le voit aussi parler avec un client.
Le brave gars est resté assis. Scié par tout ce qu'il a entendu.

Fin de la deuxième partie

 

Troisième partie

On retrouve le brave gars devant l'immeuble. Une dame d'un certain âge se trouve près des boîtes aux lettres

Le brave gars, timidement : bonjour

La dame en blanc, un peu sèche : bonjour, vous désirez ?

Le brave gars : Euh, je…je viens voir Henry. Je ne sais pas exactement où il est

La dame en blanc, redevant plus humaine : ah oui, Henry ! Il habite au 3ème avec sa mère. Ah quel malheur il lui est arrivé à ce pauvre garçon. Lui qui était si brillant, si bon !
Vous êtes de la famille ?

Le brave gars : Je…Je suis un…un ami

La dame en blanc : ah… et vous vous appelez ?

Le brave gars, la coupant aussitôt : Je peux monter le voir ?

La dame en blanc : Il n'est pas chez lui. Il est dans le jardin. Au fond du couloir à droite vous avez une petite cour, c'est juste après.

Le brave gars : merci

On le voit se diriger vers le jardin. La femme le regarde traverser le couloir en silence, se demandant qui pouvait bien être cet homme aux airs si mystérieux. Puis, elle retourne vaquer à ses occupations en chiffonnant une boite aux lettres.

Plus tard on se retrouve dans le jardin et on voit l'homme au costard assis sur un banc. Immobile, le regard perdu on ne sait où. Un léger sourire aux lèvres.
Le brave gars peine à avancer. Il se trouve à moins de deux mètres de lui et du banc.

Le brave gars : Bonjour. Je peux m'asseoir ?
Il attends un peu et finit par s'asseoir.
Vous m'avez bien eu avec l'histoire de l'avion, New York…l'hôtel. C'est que j'y ai cru moi. Oui, j'y ai cru. J'ai mis mon costard, j'ai fais ma valise, je vous ai attendu à l'aéroport pour savoir à quel hôtel j'irais. Vous m'avez bien fait marcher. Mais par contre je savais pas, je savais pas pour vous quoi, votre histoire je veux dire, votre femme tout ça…Votre travail. Je suis désolé.

Silence et temps à déterminer par le jeu des comédiens.

L'homme au costard : Elle était tout pour moi, tout. J'avais qu'elle, mon travail et elle, c'est tout ce que j'avais. A présent, je n'ai plus rien.

Le brave gars : je…Je ne sais pas quoi dire

L'homme au costard : et bien, ne dites rien.

Silence, temps. Le brave gars ne peut soudain contenir son émotion, et a les larmes aux yeux.

Eh ! Vous n'allez pas vous mettre à pleurer ! C'est moi le dépressif. Pas vous !

Le brave gars : je ne pleure pas…Je…Je
Il se frotte les yeux.

L'homme au costard : Avant qu'elle parte j'étais fort, rien ne pouvait m'ébranler. J'étais un roc. Enfin, je le croyais. Après je me suis effondré, je suis devenu une épave, un débris. Plus rien du tout.

Le brave gars : Je suis sûr que vous allez remontez la pente. Vous en êtes capable, vous le savez.

L'homme au costard : je n'en sais rien. Ca fait 4 ans que je suis ici, je n'ai rien fait. J'ai tout vendu, tout abandonné. Je traîne, je flâne. Rien d'autre. Je vais à l'aéroport. Je regarde les avions décoller, atterrir. Je guette les gens qui arrivent, ceux qui partent. Je me dis que peut-être un jour, je la verrais.

Le brave gars : et accessoirement vous vous foutez de pauvre type comme moi en leur faisant croire qu'ils vont prendre l'avion, hein ? Je plaisante.

L'homme au costard : veuillez m'excuser. Je ne suis plus totalement maître de moi-même vous savez.
Vous savez ce qui me ferait plaisir ? Vraiment plaisir ?

Le brave gars : dites toujours…

L'homme lui sort de son manteau une enveloppe et la tend au brave gars.

Le brave gars : qu'est-ce que c'est ?

L'homme au costard : et bien ouvrez ! Vous verrez

Le brave gars : c'est qu'avec vous je commence à me méfier…

L'homme au costard esquisse un sourire.

Le brave gars : c'est quoi tout cet argent ?

L'homme au costard : je veux que vous le fassiez ce voyage. Je veux que vous alliez à New York pour moi.
Vous avez de quoi acheter un billet, et vous offrir quelques jours à l'hôtel.

Le brave gars : pourquoi ?

L'homme au costard : ça me ferait plaisir. J'aurais du le faire ce voyage. Ca m'aurait peut-être permis d'exorciser le mal. Combattre le feu par le feu, si vous préférez. Vous voyez le truc ?

Le brave gars : oui, je vois.

L'homme au costard : promettez-moi que vous le ferrez.

Le brave gars : je vous le promets

L'homme au costard : merci. Quand vous reviendrez, venez me racontez. Ca me fera plaisir.

Le brave gars : c'est juré.
C'est une histoire de fou quand même, non ?

L'homme au costard : de fous ? Non, je ne pense pas. C'est juste une histoire d'Homme. Une histoire d'amour qui devait décoller, et qui c'est subitement écrasé. Ecrasé en plein vol. Voilà tout.
L'histoire d'une vie brisée, anéantie.

Le brave gars : mais qui peut re-décoller. Qui peut re-décoller, si vous y croyez !

L'homme au costard : est-ce que j'ai encore la force d'y croire ?
Le brave gars : oui, vous l'avez. Bien sûr que vous l'avez. Sinon, nous ne serions pas là en ce moment. Vous ne seriez pas là. Je ne serais pas là.

L'homme au costard : peut-être que vous avez raison après tout.

Le brave gars : l'avenir nous le dira…

L'homme au costard : revenez me voir, d'accord ?

Le brave gars : c'est promis.

Il s'en va timidement. L'homme au costard ne le regarde pas partir et continue de regarder devant lui. Il a l'air heureux.

Le lendemain on verra le brave gars embarquer et prendre l'avion.

On terminera peut-être par un plan sur un avion qui décolle et disparaît dans le ciel.

FIN

J-B Poclaine  rborderie@neuf.fr

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La bouteille

Je discute tranquillement avec les autres passagers. Nous formons un groupe plutôt hétérogène mais peu importe, on est tous dans le même bateau maintenant.
On se raconte des histoires, chacun notre tour, parfois drôles et parfois tristes. Quand vient mon tour, je me lance après quelques raclements de gorge : " Bon, alors moi, ce n'est pas vraiment brillant, mais au point où on en est, le ridicule ne tue pas ! " l'assistance éclate d'un rire franc, ce qui me remet en confiance et je reprend : " Bon, il y a de ça trois semaines, j'ai mis, pour x et y raison mon esprit sur off a l'aide d'une demi bouteille de bourbon. Quelle erreur ! Non pas de m'être saoulé, mais le choix de la bouteille : une bouteille du placard familial ... Après constat de sa disparition, ma procréatrice mène l'enquête et obtient un mandat de perquisition ( délivré par elle-même ) pour fouiller ma chambre. A l'aide de Cerbère ( c'est un petit surnom donné a ma sœur, on verra s'ils se ressemblent ), elles retournent la chambre de fond en comble et trouvent évidemment la bouteille mal planquée, et à moitié vide ( ou à moitié pleine, ça dépend comment vous voyez les choses ).

Le soir, je rentre tranquillement, sans me douter le moins du monde de l'interrogatoire qui m'attend. Le seuil de la porte a peine franchis que la bouteille se balance déjà sous mon nez accompagnée d'un " qu'est ce que c'est que ça ? " plutôt agressif.
Vous n'imaginez pas à quel point j'ai eu envie de lui répondre du tac au tac : " c'est une question rhétorique ou bien tu ne sais réellement pas ce que c'est ? ".
Mais, soucieux de ne pas mourir si jeune - rires dans l'assemblée - je me suis contenté de baisser les yeux et de rentrer dans ma chambre.
Là, fébrilement je fais mine de ranger un peu. Non pas que je sois maniaque, mais il m'est impossible de me concentrer sous la pression, alors j'essaie d'évacuer.

Elles reviennent à la charge et je bégaye, je bafouille. Il fallait arrêter ça sinon j'étais grillé. Mon cerveau atteignait des pics de chaleur, le stress continuait de grimper jusqu'à atteindre des sommets. Alors, dans une tentative désespérée de gagner du temps, je renverse une pile de cours et lance " je vais tout t'expliquer, laisse moi juste ranger ça ".
Pathétique... Je gagne quoi, 2 minutes tout au plus. Mon cerveau est en surchauffe, impossible d'échafauder un mensonge assez résistant pour Cerbère. Heureusement, la chance me sourit enfin, Cerbère reçoit un coup de fil inopportun l'obligeant a sortir de la pièce. Sans elle ma mère est vulnérable.

Je me lance alors dans un gros, mais alors vraiment gros mensonge, improvisé et bancal. Mais que pouvais-je produire de plus qu'un mensonge médiocre avec un cerveau au bord de l'implosion ?
En gros, avec un ami on a voulu se faire un coktail et on a renversé la bouteille... Non mais sérieusement qui pourrait croire à ça, moi j'ai du mal à croire que je dis un truc pareil. Pour me rattraper, s'ensuit une performance d'acteur inégalable, une scène larmoyante incroyable à base de " je te jure que je n'en ai rien bu ! " ou bien " je ne bois jamais, je suis souvent charrié a cause de ça " ou encore " je suis pas alcoolique, tu me vois boire un truc a 40 degré ? ".

Là se produit une chose incroyable, mes paroles ont été à ma mère ce que la Bible est au prêtre et me dit : " C'est pas grave... Mais tu me dois 9 euros, la moitié du prix de la bouteille " . Une vague de joie déferla dans tout mon corps, la joie du fauteur resté impuni. Elle dut s'en rendre compte puisqu'elle ajoute " Tout compte fait, tu me dois 18 euros, tu as tout de même menti par omission ! ". Cette fois-ci je répond du tac au tac, sans la retenue propre aux coupables : " Quoi ? Mais j'ai pas 18 euros ! J'ai payé le Ricard hier soir ! ".

Je sais ... Me trahir maintenant est vraiment stupide mais mon cerveau, en pleine implosion ne contrôlait plus rien, les mots sortaient tous seuls. Puis une lumière blanche. Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé mais quelques secondes plus tard, la Faucheuse cueillait mon âme. Et me voilà, en votre compagnie, à bord de ce radeau voguant sur le Styx en direction du royaume des morts.

Hadrien Lagadeuc  Hadi_laga@hotmail.com

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Tristesses

Je m'asseois sur tous les hommes qui me le demandent, sans prononcer un mot, sans expression, ni même d'état d'âme. Je garde seulement un sourire forcé pour ne pas être repoussée.
Ma vie est constituée de peurs et de faiblesses, je dois penser à survivre comme un animal victime d'être jeté en pâture. Mais mon existence doit-elle se résumer à cela ?
J'aimerais tellement être différente, avoir une maison, un amant et des enfants légitimes. Cette idée me paraît si surnaturelle, ce serait comme toucher les nuages, les saisir et voguer dans les étoiles.
Mais, on me paie pour passer de table en table et parfois même de lit en lit.

Les clients entrent par dizaines, ils boivent, s'engueulent, se tirent dessus, puis, ils nous violent tout en continuant à jouer au Poker, ce maudit jeu qui rassemble les plus hautes avec les plus basses catégories sociales. Cela n'est qu'une première vision de la vie professionnelle et privée que je mène. La deuxième est cet homme qui vient d'entrer et de s'asseoir au bar avec deux autres jeunes hommes. Il est si bien vêtu avec son costume noir, si bien coiffé et manucuré qu'à côté de lui je me sens sale et honteuse. Ce n'est pas la première fois que je scrute ainsi les bourgeois, et pourtant, je ne sais pas pourquoi, cette homme me captive à un tel point que je me sens enfermée dans un profond silence mélancolique avec une unique vue portant sur ses manières, ses gestes, son sourire, et ses merveilleux yeux bleus. Mon cœur s'emballe à chaque regard, et, à chacune de mes pensées à son égard. Aussitôt, il croise mon regard, restant impassible, il part.

Des jours et des nuits s'écoulent sans le revoir, des jours perdus où j'étais comme abandonnée.
Puis, un soir, seul, il revient au bar. J'ai envie de lui crier une lettre que j'ai écrite en absence, mais aucun mot n'ose sortir, alors je me contente de repenser au texte en fixant ses yeux :
- Je crois qu'une étincelle flambe dans mon cœur, une étincelle de bonheur et de hantise. Peut-être la peur d'une relation compliquée ou bien d'une simple idylle. Et pourtant pour que l'idylle devienne idolâtre je crois qu'il faut s'engager, non ?
Est ce que ces lettres et ces mots te fond comprendre mon ignorance pour toi ?
Quelque chose de bizarre éclate dans mon cœur, quelque chose qui brise mes pensées et qui pourchasse mon esprit. Mon amour pour tes yeux me fait mal, je fane comme une fleur sans eau pour survivre. Comment te dire, comment t'avouer, tu es un garçon si normal et tellement différent. Un garçon si captivant que je n'ose pas.
Faut-il oser ?
Tu n'es pas le premier, et j'aimerais que tu sois le dernier, mais tu ne m'écoutes pas. Pour toi, je suis peut-être normale, peut-être bizarre et je m'endors sous ces cancans effarés.
Devant toi, je ne sais même plus comment me tenir alors je mets une main par si, l'autre par-là, en espérant que ça ne fera pas trop " bébête ".
Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Tu sais, je n'ai jamais éprouvé ce tel sentiment, une sensation pas si désagréable que ça, une émotion méconnue du monde. Mais pour l'instant, je voudrais poser mes lèvres sur les tiennes, sans pensée ni tristesse, sans joie, sans problème ; plus de passé, plus d'avenir, ne rien dire.
En fait, je veux juste que la vie commence, je suis peut-être prête ou peut-être pas, mais ce que je sais c'est que je veux sentir la vie sous mes pieds, profiter de chaque instant tant que je suis avec toi, mais comment ?
Dois-je te le dire en privé, pendant une conversation, dans un poème ou bien ce simple papier composé de lettres suffit ?
Non, je ne pense pas, pas pour toi.
Comme quoi, le bonheur est pour moi bien compliqué puisque c'est une succession de malheurs corrompus et d'âme déchirée. Et pourtant je ne souhaite qu'une chose, que tu m'enlaces comme ta petite amie, qu'on se tienne par la main et qu'on soit bien. J'ai comme quelque chose qui me pince intérieurement car la pensée de ne rien dire, de ne rien faire m'accable. Alors j'attendrai, je t'attendrai, pour la vie, l'éternité ; parce que je t'aime.
Mais, l'éternité n'est-elle pas trop longue ? Ne mène-t-elle pas à la fatigue ?
De toute façon cela n'a aucune importance, si un jour je suis à tes côtés.

Il se lève, mes yeux ne peuvent s'empêcher de le suivre. J'ai l'impression que son regard m'enveloppe de satin, qu'il me protège comme du coton et qu'il me donne de l'importance. Il s'approche avec fierté et me demande sèchement :
- Combien ?
Mes joues rougissent de peur et de honte, mon cœur essaie de s'enfuir de ma poitrine et la sueur sort de tous mes pores.
Mon prix est 1500 euros, mais l'envie de me retrouver seule dans une chambre, avec lui me fait perdre la réalité des choses. Je lui réponds alors la première somme qui me vient à l'esprit :
- Heu…1000.
Il réplique impassiblement :
- Chambre 126 dans 5 minutes.
Cette nuit d'amour est la plus belle que je n'ai jamais passée. Au petit matin, il me chuchote pendant des heures :
- Je n'ai jamais ressenti ça avec une autre femme.
Ensuite il se rhabille silencieusement et part sans un mot. Cette phrase me hante chaque jour et chaque nuit passés sans lui.
Puis, un soir, tardivement mon amour revient et me demande de le suivre. J'acquiesce et m'exécute. Après quelques minutes de marche nous arrivons devant une garçonnière, soudain il m'annonce :
- Tu viendras toutes les nuits à la même heure, je t'y attendrai et je te paierai à ton départ.
Puis, il m'emmène à l'intérieur, déchire ma robe déjà trouée et m'allonge sur le lit.
Je passe de multiples nuits dans ses bras en espérant que le temps s'arrête pour sentir son odeur à jamais.
J'aime tant ressentir cette douleur au plus profond de moi en son absence, et ce bonheur merveilleux envahissant mon esprit ainsi que mon âme en sa présence. Je m'épanouie enfin comme une femme car ses bras me protègent et me donnent du courage. Pourtant, j'ai tellement du mal à croire que je puisse l'intéresser, il reste si impassible depuis notre premier regard. Mais je veux y croire, je veux croire à ces phrases qu'il me chuchote sans cesse, et je veux croire à la joie qu'il me procure. Notre destin est peut-être de nous aimer en cachette, ou bien de renoncer à tout pour être ensemble à la vue de tous. Peu importe, nous verrons bien ce qu'il nous réserve. J'espère seulement passer encore de longues nuits avec lui.
Deux mois plus tard, en plein hiver, il m'annonce que l'on ne se reverrait plus. La déchéance est immédiate, je ne sais plus quoi dire, plus quoi faire. Mes membres se mettent à trembler, et parlent d'eux mêmes. Ils disent ce que je n'ose dire, ce que je garde tout bas et qui me rend nostalgique. Je revois ses moments passés tous les deux, les bras dans les bras, sa tête dans mon coup et ses mains caressants mes cuisses.

Comment pourrais-je revivre dans cette solitude qu'était ma vie autrefois, une solitude si infâme et qui détruit l'être humain.
L'amour est-il si cruel pour m'arracher à l'homme que j'aime ?
J'ai envie de lui demander pourquoi, je veux savoir, connaître la raison qui va nous séparer à jamais, mais je reste muette.
Il se lève, s'allume une cigarette et fait des vas et viens, torse nu dans la pièce.
Il est tellement beau avec ses abdos et ses bras de la grosseur de mes cuisses. C'est étrange, j'ai envie à la fois de l'enlacer et à la fois de le frapper jusqu'à ce qu'il me dise que je compte plus que tout au monde, qu'il ne veut pas me perdre et qu'il m'impose d'autres rencontres. Mais rien de cela n'arrive, au contraire, je reste assise sur le lit, triste et sans mot. Soudain, je pense à haute voix:
- Pourquoi ?
Il répond sans montrer de sentiment, sèchement et méchamment :
- Je dois me marier pour honorer ma famille.
A cet instant je pense qu'il refuse seulement de me montrer ses sentiments pour ne pas me faire souffrir… Mais ai-je raison ?
Bien sûr il n'y a pas d'autre explication, je pourrais donner ma vie pour lui alors je dois accepter sa décision… C'est tellement dur de me faire à cette idée. Et lui, pourrait-il se sacrifier pour moi ?
Bien qu'il ait choisi une autre femme, je pense que oui. Enfin, j'aimerais que ce soit un grand OUI, mais ceci me prouve qu'apparemment non. Il ne m'aime autant que je l'aime et on ne pourra jamais être ensemble pour aller au septième ciel…
Il me dit froidement :
- Lève toi, rhabille toi et dégage !
Je m'exécute aussitôt mais avant de partir je lui demande tristement :
- Alors ces mots que vous aimiez me répéter, ils ne voulaient rien dire ?
Il sourit vaniteusement comme si, pour lui, notre relation passionnelle n'était qu'une aventure. Je pars en cachant mes larmes pitoyables et interminables qui coulent sur mes joues et qui vont loger dans mon décolleté.
Les hommes du saloon m'appellent, mais je coure m'enfermer dans ma chambre. Ils crient, je n'entends plus rien mis à part les derniers mots qu'il a prononcés.
Je m'allonge sur le ventre, reprends la lettre que j'avais écrite et la relis pendant des heures. On n'arrête pas de frapper à ma porte et hurlant:
- Tu dois aller bosser ! Grouille toi de sortir !!

Je suis comme dans un flou total, je ne me rends plus compte de ce que l'on me dit, je ne comprend plus rien. Je prend un couteau caché sous mon lit, je tremble, je pleure, j'ai peur mais il ne veut point me faire la cour et moi je ne peux vivre sans lui…
J'approche le couteau de mes veines, un flash-back de ma vie apparaît dans ma tête comme une illumination et me dit :
- Fais le ! Vas-y fait le !
D'un coup sec je l'enfonce dans mon poignet. D'abord j'ai l'impression d'être droguée, puis je m'endors en repensant à chaque mot qu'il a pu me dire.

Charlène R. Virgone  engi@orange.fr

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