Accueil   Remonter

Magie et sorcellerie

    Bienvenue sur cette page de magie et sorcellerie


Index:
(Cliquez sur votre sélection)

L'auberge enchantée Martine Philippe, mai 2007.
Les doigts de fée Martine Philippe, mai 2007.
Le message de Gaïa Martine Philippe, juin 2007.

 

 

L'auberge enchantée

Cette nuit-là, les habitants de Bourderien, charmant petit village de la Vallée verte, n'avaient pas pu dormir. Un vent effroyable, soulevant les toitures pourpres, tordant les arbres, lardant les semailles, les avaient tenu éveillés jusqu'au petit matin.
Les éléments déchaînés comme jamais et les cris d'une nature torturée, épuisée par une lutte sans merci contre les rafales herculéennes de la tempête, semblaient annoncer des évènements dramatiques… un danger imminent…
La bourrasque enfin calmée, des branches arrachées jonchaient le sol, des tuiles brisées étaient éparpillées çà et là et un brouillard épais, sinistre, ajoutait une note sombre au paysage tourmenté.
Au bout de quelques heures, une apparente quiétude s'installait, contrastant étrangement avec les violences de la nuit.
Soudain, le ronflement d'un vieux moteur se fit entendre. Émergeant du brouillard, tous feux allumés, le minibus du jeudi qui transportait chaque semaine des touristes à l'hôtel du "Bon Chemin" venait de s'immobiliser sur la place.
Derrière les vitres du véhicule, sept voyageurs, assis, dévisageaient les passants, scrutant intensément chacun de leurs gestes, sans dire un mot.
Le chauffeur sortit prestement du véhicule pour décharger les bagages, puis, un à un, les voyageurs s'empressèrent de gagner l'hôtel.
Quelques minutes seulement s'étaient écoulées depuis l'arrivée de ces sept mystérieux personnages suscitant une atmosphère étrange qui serrait le cœur et faisait froid dans le dos.
Les jours qui suivirent présagèrent les troubles et les funestes épreuves qui allaient bouleverser le ravissant petit village jusqu'alors si paisible et si serein.

Amédée, le garde champêtre du village était un bon vivant. Adepte du bon mot, d'une gaieté déconcertante, sa bonhomie faisait plaisir à voir.
Son péché mignon, sa petite faiblesse envers la "bonne chère", il l'assouvissait immanquablement, chaque dimanche, lorsqu'il prenait son repas de midi à "l'Auberge des sept Fées."
Une table, près de la fenêtre, lui était réservée. Madame Poulardet, la patronne, ne cachait pas son inclination pour le garde champêtre. Toujours aux petits soins pour lui, elle lui confectionnait de savoureux petits plats dont Amédée, fin gourmet, se délectait avec volupté, lançant de temps à autre, des regards pleins de gratitude envers sa bienfaitrice.
Devant lui, les précieux mets défilaient : les trois entrées, spécialités de la maison, une salade gourmande et fines herbes, de belles asperges délicatement ficelées par de fines tranches de jambon cuit au torchon puis une julienne de céleri aux truffes.

Madame Poulardet, un petit sourire malicieux au coin des lèvres, apportait ensuite le plat que l'on dit de résistance, dont le fumet caressait délicieusement les narines, un succulent magret de canard caramélisé aux pêches accompagné d'une fricassée de légumes du jardin.
Enfin, instant sublime, apparaissait dans un écrin de porcelaine précieuse… le dessert : une exquise tarte aux pommes, décorée de deux boules de glace granitées sur lesquelles était érigée une cascade de crème fouettée. Tout le repas était arrosé du meilleur vin dont l'arôme rappelait le fruité du raisin.
Amédée dégustait savoureusement, par petites gorgées, le précieux élixir, sans l'avaler dans un premier temps, afin d'en apprécier encore les délicieuses sensations gustatives.
Ce jour-là, une silhouette furtive se dirigeait vers l'Auberge des sept Fées et quelques secondes plus tard, l'inconnu prenait place à une table, tout près du débonnaire garde champêtre qui crût reconnaître l'un des nouveaux voyageurs de l'hôtel du "Bon Chemin".
Amédée, repu et ravi, engagea la conversation avec l'étranger qui venait d'entrer et qui le dévisageait avec insistance.
Les deux hommes échangèrent quelques propos pendant une heure puis le voyageur s'en alla subrepticement, laissant Amédée, tout à coup las, effondré, assis sur sa chaise, la tête entre les mains. Un tel accablement faisait peine à voir et le comportement apathique inaccoutumé du garde champêtre effraya Madame Poulardet.
Dès lors, Amédée ne fut plus jamais le même. Il se mit à grossir. Il mangeait, mangeait, toute la journée, des brochettes de filet de bœuf mariné, des brouillades d'œuf aux truffes, des fricassées de ris de veau au porto, des tranches de gigot à la fleur de thym, des tagliatelles au foie gras ou au gorgonzola, et puis des poissons savoureux, des dos de merlu aux moules, des rougets barbets aux olives noires, du saumon à la vinaigrette au pastis… et des desserts, sans compter : des brioches fourrées aux raisins, des crêpes au miel et aux noix, des figues au coulis de framboise, des marrons glacés aux macarons, des poires au chocolat, des crèmes aux mille saveurs et des vacherins glacés aux fruits de saison…
Amédée enflait à vue d'œil. Sa démarche était lourde, son ventre ballonné. Sa bonne humeur légendaire ayant disparu, il devenait de plus en plus amer et morose mais sa gloutonnerie ne paraissant pas avoir de fin, atteignait son paroxysme.
Amédée mourut un dimanche matin alors qu'il se rendait une dernière fois chez Madame Poulardet. On retrouva le pauvre homme au corps bouffi, étendu sur le ventre, au milieu du chemin et pour le transporter, il fallut bien dix hommes solides…

Elle était toute frêle dans sa robe noire, la "mémé Augustine". Toujours curieuse de tout, elle se délectait des conversations, opinant de la tête et interrompant parfois ses interlocuteurs par des "Vous avez bien de la chance".

Chaque mardi matin, trottinant sur la place du marché, légère et pimpante, ses yeux de furet à l'affût "des nouveaux", Augustine saluait ses voisines, Mesdames Lepic et Cornu et Monsieur Favraz, le maire du village.
L'étranger qui effleura son bras, ce matin-là, attisa la curiosité de la vieille femme. Leurs regards s'étant croisés, Augustine, intriguée par ce nouveau venu, ne put s'empêcher de lui adresser la parole.
Leur entretien dura longtemps mais au fur et à mesure qu'ils conversèrent, Augustine parut rapetisser… De temps en temps, elle inclinait la tête et murmurait "Vous avez bien de la chance."
Le mardi suivant, les villageois ne virent pas la vieille femme, ni les autres jours d'ailleurs. Atteinte d'un mal mystérieux, Augustine, aigrie et solitaire demeurait chez elle. Ses amies ne la comprenaient plus. Elle se fâchait tout rouge dès qu'un événement heureux dans le village lui était rapporté.
Envieuse, soupçonneuse, ses yeux lançaient des éclairs. Son corps même semblait se transformer, souffrant de mille maux. Sa laideur reflétait son âme noire, tourmentée par la jalousie.
Ce fut inéluctable. Un mardi matin, Mesdames Lepic et Cornu la découvrirent avec effroi, dans son jardin. Étendue à même le sol, le teint livide, les yeux révulsés. La haine qu'elle nourrissait depuis quelques semaines avait eu raison de son pauvre corps meurtri.

Maître Frédéric, le vieux musicien, professeur de piano et de chant, menait ses élèves à la baguette. Ses cours aussi studieux que joyeux étaient très fréquentés : chants et musique entremêlés harmonieusement composaient les sonorités mélodieuses qui s'échappaient des fenêtres de sa maison dénommée par les villageois, la "Maison des Arpèges."
Maître Frédéric, enorgueilli par sa renommée qui dépassait largement la Vallée, affichait, dans la salle des cours, ses diplômes et de nombreux articles de presse relatant ses représentations en tant que pianiste dans des villes aussi célèbres que Paris, Naples, Londres, Berlin, Moscou, Tokyo, etc.
Le vieux musicien possédait plusieurs pianos dont l'un à queue qu'il affectionnait particulièrement.
Ce vieil instrument en ébène recouvert d'un vernis remarquable, aux dents nacrées, avait été fabriqué dans une petite ville de l'Ontario. Sous son couvercle dressé, virevoltaient les plus merveilleux sons musicaux qui enchantaient Maître Frédéric.
Le vieil homme ne connaissait pas le nouvel élève qui venait d'entrer dans la " Maison des Arpèges", et de toute façon, ce dernier était de passage, résidant depuis peu à l'hôtel du " Bon Chemin. ". Il souhaitait néanmoins profiter de son séjour pour parfaire ses études de piano.
Accoudé sur le piano à queue, le Maître de musique, médusé, regardait les mains de l'étranger qui ondulaient sur les touches blanches du clavier.
Cette étude divinement interprétée, le vieil homme ne la connaissait pas mais elle semblait le transporter dans un autre monde.

Dans un autre monde ! Maître Frédéric avait fini par faire le voyage. Son caractère avait tellement changé depuis la visite de l'élève mystérieux que personne ne fut étonné de sa mort. On le retrouva écroulé sur son piano de prédilection.
Depuis quelques semaines, le vieil homme se prenant pour le plus grand virtuose du siècle s'était laissé dévorer par un orgueil démesuré.
Houspillant sans cesse ses élèves, méprisant sa femme de ménage et ses voisins, il n'avait eu que dédain et arrogance pour toute autre personne que lui-même.

Chaque matin, Octave, le petit homme à tout faire du village, ouvrait ses volets à neuf heures puis jetant un coup d'œil furtif aux alentours retournait se coucher. Non, Octave n'était pas un fainéant mais il aimait bien dormir, tout simplement.
Il se sentait enclin à la rêverie et dès qu'il était réveillé, il peignait ses songes sur des toiles, à grands coups de pinceaux.
Depuis toujours, il transposait son univers, ses pensées, tout un imaginaire fabuleux sur des tableaux multicolores.
De temps en temps, les villageois le voyaient flâner, indolent, tenant sous son bras, des croquis et une palette de couleurs.
Hélas, la mort, elle aussi, rôdait et elle faucha Octave. Sa rencontre avec l'un des voyageurs de l'hôtel avait précipité sa fin. Le petit gars atteint d'une maladie de langueur qui le cloua au lit ne se releva jamais plus.
On découvrit, près de lui, sur un chevalet, une dernière toile sur laquelle, on discernait, peint en noir, le chiffre 7…

Monsieur et Madame Hirdonnet vivaient dans un appartement situé au-dessus de l'école. Monsieur Hirdonnet, était l'instituteur du village. Il possédait une autorité naturelle sur les élèves de sa classe dans laquelle on entendait souvent les mouches voler.
Sa femme, Madame Hirdonnet, timide et effacée, se complaisait dans son intérieur. Habile couturière, elle confectionnait elle-même ses vêtements et achetait tous ses tissus au meilleur prix. Elle était d'excellents conseils auprès des autres femmes du village et leur enseignait l'art de décorer leur maison à moindre frais.
La vie s'écoulait, paisible, pour Monsieur l'instituteur et son épouse jusqu'au jour où leur rencontre avec un couple inconnu, près de l'Hôtel du " Bon Chemin " en décida autrement. Dès lors, ils ne cessèrent de se quereller. Monsieur Hirdonnet, le visage menaçant, la respiration bruyante, les lèvres tremblantes, gonflé par la colère, rugissait dès qu'il s'adressait à sa femme. Cette dernière, de plus en plus méfiante et cupide, refusait de lui donner un seul euro. Elle entassait tous les objets de valeur qu'elle possédait, comme des trésors, dans une pièce et empêchait quiconque d'y pénétrer.
Leur vie misérable prit fin le jour de Noël, lors d'une interminable dispute. On les retrouva, tous les deux, gisant sur le sol, leur ultime altercation s'étant achevée dans un combat mortel.

La beauté d'Aimé, sa bonté, son esprit délicat et son allure athlétique faisait de lui, un homme presque parfait, très convoité par la gente féminine.…
Le destin était en marche. Aimé, lui aussi, fit connaissance avec le septième voyageur de l'Hôtel du "Bon Chemin ".
Quelques semaines s'écoulèrent avant le drame… Le jeune homme, emprisonné par un maléfice, était méconnaissable.
Trop occupé à briser les cœurs des femmes, le sien était devenu sec et son âme libertine et dissolue le condamnait inéluctablement. Il ne vit pas le danger qui le menaçait et succomba d'une mort sordide, assassiné par un mari jaloux.

Les villageois n'en finissaient pas de questionner Monsieur le Maire. Ces sept trépas soudains et surtout les circonstances horribles de chacun d'entre eux semblaient être issus d'une terrible malédiction.
Monsieur Favraz, désemparé, se décida à rendre visite à Madame Poulardet réputée pour ses dons divinatoires. Celle-ci ne fut pas étonnée de sa venue.

"Je vous attendais, Monsieur le Maire ", lui dit-elle, " Il faut absolument agir et le plus rapidement possible. Repassez demain, je vous expliquerai ".
Madame Poulardet avait six sœurs. Elle les réunit toutes dans son auberge le soir même.
"Mes sœurs", murmura t-elle, le moment est venu, pour nous, de recouvrer nos pouvoirs. Notre charmant petit village, vous le savez, est en danger depuis l'arrivée des sept voyageurs mystérieux. La dernière toile de notre bon Octave nous a éclairée sur les drames qui nous affligent. Ces sept individus personnifient les péchés de l'humanité : la gourmandise (Madame Poulardet tressaillit en pensant à Amédée), l'envie, l'orgueil, la paresse, la colère, l'avarice et la luxure.

Les envoûtant par des sortilèges méprisables, ces ignobles personnages ont assassiné nos sept amis en transformant leur petit défaut ou faiblesse par des péchés mortels. Si nous n'intervenons pas tout de suite, ils poursuivront leur funeste dessein en nous décimant tous. Mettons-nous à l'œuvre, mes sœurs, pour annihiler les pouvoirs de ces maudits sorciers et les faire disparaître à jamais. "

Madame Poulardet et ses sœurs étaient des fées. Toute la nuit, elles consultèrent de vieux grimoires enchantés qui recelaient tous les secrets extraordinaires pour délivrer des sortilèges et conjurer le mauvais sort.

Le lendemain, à l'aube, Madame Poulardet confiait à Monsieur Favraz, sept formules magiques que celui-ci devait remettre personnellement à chacun des voyageurs.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les sept personnages lugubres ne se méfièrent pas de Monsieur le Maire. Ils eurent à peine le temps de lire, chacun, leur formule magique qu'une ombre noire les enveloppa. Puis la terre s'ouvrit devant eux et les avala tous les sept, d'un coup, dans un puissant grondement, sous les yeux éberlués de Monsieur Favraz.

…Le soleil resplendissait et projetait ses mille faisceaux dorés sur le petit village qui sommeillait encore, rasséréné et confiant.

A l'auberge des sept fées, Madame Poulardet s'affairait. Elle avait renouvelé sa carte des menus, proposant désormais sept formules " magiques " à sa fidèle clientèle…

FIN

Martine PHILIPPE  mmattyphil@aol.com

Retour index

Les doigts de fée

Les flocons de neige, légers comme des plumes, virevoltaient sous la poussée d'un petit vent d'hiver et s'écrasaient silencieusement sur le sol poudreux. De cette ouate immaculée, surgissait une petite chaumière chapeautée comme un gros champignon.
A l'intérieur de la maisonnette éclairée, près de la cheminée où crépitaient des bûches embrasées, une femme cousait tout en regardant par la fenêtre, un paysage de montagnes aussi blanches que des meringues.
Ses doigts agiles comme des petites fées soulevaient inlassablement l'aiguille qui piquait une soie précieuse et laissait un sillage de fils dorés en la traversant.

Simone mettait du cœur à l'ouvrage. Le silence de la pièce était seulement interrompu par le grésillement du bois qui projetait des étincelles dans la cheminée et par le froissement de l'étoffe qui, peu à peu, prenait forme dans les mains de la couturière.

Dans un premier temps, Simone avait choisi un coupon de tissu aux couleurs chatoyantes dont la texture s'harmonisait avec le patron ouvragé qu'elle avait dessiné puis découpé. Après avoir minutieusement disposé la soie sur la table de coupe et tracé le modèle à la craie, elle avait fait glisser à vive allure la paire de ciseaux dans le vêtement. Dans ses mains adroites, la matière soyeuse s'était modelée laissant deviner l'esquisse galbée d'une somptueuse robe longue.

Avant de réaliser les finitions, la couturière avait assemblé tous les morceaux et apposé le tissu sur l'un des élégants mannequins qui décoraient la pièce d'essayage. Après s'être assurée que la robe épinglée épousait parfaitement la silhouette de son modèle, Simone avait repris le vêtement pour le coudre avec une aiguillée de fil d'or.

Elle utilisait les instruments de couture, ciseaux, mètre-ruban et aiguilles… comme le prolongement de ses mains. Ils l'avaient aidée à concevoir et à façonner de superbes vêtements sur mesures selon les souhaits d'une clientèle particulière. Grâce à eux, l'idée des modèles qui s'était lentement élaborée dans l'esprit de la couturière se matérialisait sous ses doigts habiles, comme par enchantement. Elle rangeait tous ses trésors dans une grande boîte à ouvrage tapissée de velours et de dentelles et en prenait grand soin.

Lorsqu'elle avait besoin de l'un d'entre eux, elle le nommait et celui-ci se manifestait aussitôt. Ainsi, dès qu'elle les appelait, la paire de ciseaux cliquetait trois fois, le dé en or tintait joliment sur la serrure de l'écrin qui l'enfermait, le mètre-ruban claquait dans sa boîte en carton, le fer à repasser sifflait et les aiguilles diffusaient un crissement soyeux en se collant les unes contre les autres.

A chaque étape, de la conception à la fabrication, la couturière se retrouvait à travers eux dans l'ordre précis que requérait son travail de création. Dans ses mains d'artiste, ils s'animaient comme de petits elfes.

Tout à la fois, styliste, modéliste et créatrice, Simone choisissait elle-même ses tissus selon la façon du vêtement et la morphologie de ses clients. Les matières textiles les plus nobles et les plus rares avaient été travaillées par ses soins.

Patiente et minutieuse, elle possédait d'étonnantes qualités d'autonomie, de précision, un esprit logique et une bonne vision.

Au moment du repassage, elle s'était emparée du fer qui avait répondu à son appel par un sifflement aigu. Elle l'avait délicatement fait glisser sur la robe en effleurant seulement la soie tendue par la chaleur.

Le vêtement était prêt. Simone l'avait emporté précieusement dans ses bras puis lancé vers le mannequin. Dans une envolée gracieuse, le flot de mousseline s'était déployé sur le modèle dont il avait épousé aussitôt les formes.

La couturière admirait son travail. Cette parure, légère comme une plume, presque éthérée sous la lumière était réservée à Isaure, une cliente privilégiée qui lui avait passé plusieurs commandes : une robe pour elle-même et plusieurs autres pour "ses petites". Elle appelait ainsi les jeunes filles dont elle assurait la protection.

Comme son amie la couturière, Isaure était une fée. Toutes deux étaient investies d'une mission particulière. Simone réalisait ses rêves à travers son art. Sa passion pour la couture lui avait permis de s'épanouir dans un métier créatif alliant le beau et l'utile. Isaure avait préféré guider des êtres humains au cœur noble et exaucer leurs vœux.

Plusieurs mannequins vêtus superbement posaient dans la pièce. L'un d'eux arborait une robe de bal, argent et or, d'une telle magnificence que Simone ne pouvait détacher ses yeux de cette merveille. Ce vêtement lumineux qu'elle avait cousu, point par point, irait à ravir à l'une des protégées dont s'occupait depuis peu son amie.

Isaure avait secouru une jeune fille qui avait perdu sa maman. Devenue le souffre-douleur de ses demi-sœurs lorsque son père s'était marié une seconde fois, la "petite" se nommait Cendrillon.

Simone se frottait les mains. Elle n'avait aucun doute. Comme toujours, l'histoire se terminerait par un beau mariage princier et les commandes allaient affluer. Elle confectionnerait assurément la robe de mariée et les atours de la famille royale invitée à la noce.

Inlassablement, elle déroulerait les fils d'or de son coeur pour coudre les plus belles étoffes et, à travers ses oeuvres, elle exaucerait toujours les rêves secrets de son âme, ceux que la vie attribue à chaque être, dès sa naissance…

Sa main droite était suspendue au-dessus d'une écritoire. L'écrivain achevait de rédiger le dernier conte que sa muse venait de lui insuffler à l'oreille. Un beau prince épousait une princesse surnommée Peau d'Ane. Les fêtes de leur illustre mariage furent somptueuses…

" Voilà encore du travail pour la fée Simone, " songea le conteur en refermant son ouvrage.

FIN

Martine PHILIPPE  mmattyphil@aol.com

Retour index

Le message de Gaïa

Dressé sur une petite montagne qui surplombait une vallée aux pentes boisées, un château majestueux, édifié depuis des siècles, flanqué de quatre tours argentées, s'érigeait fièrement vers le ciel.
Au-dessus de lui, siégeait continuellement un nuage vaporeux qui noyait l'édifice et le rendait parfaitement invisible, dès qu'un étranger s'approchait de ces lieux enchantés.

Cette vaste demeure appartenait à un riche seigneur qui coulait des jours heureux avec son épouse, sa petite fille et de nombreux serviteurs bien- veillants très attachés à leurs nobles protecteurs.
Les murs du château épais et magnifiquement façonnés étaient surmontés d'embrasures crénelées et les quatre tours comportaient des petites fenêtres étoilées d'où jaillissait la lumière du jour.
Outre les appartements attrayants des seigneurs et de leurs valets, l'immense résidence recelait plusieurs chambres luxueusement tapissées, des salons, une salle de bibliothèque remplie de livres rares, de tableaux et de sculptures, véritables œuvres d'art créées par des artistes du monde entier, des cuisines spacieuses et accueillantes, une petite chapelle et des écuries.
Des cris et des rires espiègles s'échappaient souvent du donjon qui servait d'aire de jeux à la petite fille et aux nombreux enfants des domestiques.
Soucieux d'apporter un enseignement de qualité à leur unique héritière, les maîtres des lieux s'enquéraient des meilleurs précepteurs.
Ainsi, les professeurs érudits se succédant auprès de la petite fille qui répondait au doux prénom d'Isaure lui transmettaient leur savoir dans la grande salle de bibliothèque.

Lorsque l'enfant atteignit l'âge de 15 ans, les précepteurs, lui ayant inculqué toutes leurs connaissances, quittèrent le château.
Le seigneur et son épouse donnèrent alors une grande fête dans la salle de bal de leur demeure dans laquelle furent conviés leur famille, leurs amis et même les domestiques.
Au cours de la soirée, une mystérieuse jeune femme dont aucun invité ne connaissait le nom, demanda à s'entretenir avec les propriétaires des lieux.
Vêtue d'une longue robe resplendissante, aux couleurs du soleil, incrustée de pierres précieuses ciselées comme des étoiles, elle avait une démarche tellement légère et gracieuse que ses pieds semblaient ne pas toucher terre.
Ses longs cheveux blonds ondulant sur ses épaules, elle entra dans les appartements des seigneurs qui venaient de la recevoir et les remercia de sa voix cristalline et mélodieuse.

Venue d'un très lointain pays, la jeune inconnue se présenta. Elle se nommait Anaëlle. En tant que nouvelle préceptrice, elle était chargée de parfaire l'éducation d'Isaure et de lui apporter un nouvel enseignement.
Celui-ci s'accomplirait au cours d'un long voyage initiatique de quatre ans et comporterait la découverte d'un monde différent chaque année. Durant cette période, la jeune fille ne reverrait pas ses parents. De plus, elle devrait les quitter dès le lendemain matin.
Les seigneurs étaient un peu tristes de se séparer de leur enfant mais ils savaient depuis toujours qu'elle était promise à un destin merveilleux et unique.
Le lendemain, à l'aube, Isaure embrassa ses parents et rejoignit sa préceptrice qui l'attendait, près du colombier, dans la cour du château.
Toutes deux empruntèrent un passage secret souterrain qui débouchait à l'extérieur de la demeure dans une vallée lointaine.
Quelques heures plus tard, à l'issue d'un long tunnel, elles entrevirent la lumière du jour qui s'infiltrait entre les énormes racines d'un vieux chêne.
Peu après, elles se retrouvèrent au pied d'un arbre centenaire, dans une clairière tapissée d'une mousse dense parsemée de champignons rondelets, chapeautés et pourvus de collerettes dentelées.

Au milieu du gazouillis des oiseaux, la voix d'Anaëlle s'éleva comme un chant mélodieux. Isaure écoutait attentivement la jeune femme céleste dont le corps devenait de plus en plus diaphane.
Quelques secondes s'écoulèrent puis un nuage de poussières d'or enveloppa la jeune préceptrice qui disparut comme par enchantement.
Isaure, un peu chagrinée de se retrouver seule, s'assit sur le tapis de mousse près d'un champignon coiffé d'un énorme chapeau ajusté de travers qui lui donnait l'allure d'un bouffon.
Un bruit soudain se fit entendre et la jeune fille se frotta les yeux lorsqu'elle aperçut un lutin minuscule, juché sur une fougère, qui tirait sur sa pipe.
Trapu et velu, vêtu comme un paysan, il avait le visage ridé et ses yeux noirs pétillaient de malice.
Isaure ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle vit, un peu plus loin dans la clairière, trois autres gnomes, assis comme elle, qui singeaient tous les gestes de la jeune fille et mimaient son air ébahi.
La jeune élève venait de percevoir un monde invisible de petits êtres considérés comme les divinités de la terre et les gardiens des trésors souterrains.
L'entraînant dans une joyeuse farandole, les gnomes taquins la guidèrent à la découverte de leur royaume secret en soulevant un champignon.
Aussitôt, Isaure se sentit rapetisser. Lorsqu'elle fut aussi petite qu'une fourmi, elle s'engagea dans une galerie minuscule creusée dans la terre et talonna les petits êtres enjoués.

Les parois des tunnels bâties avec de la glaise et de la paille étaient recouvertes de mousse. Sortant des souterrains, Isaure découvrit un village mystérieux.
Les lutins vivaient dans des maisons en torchis. Ils cultivaient la terre, ils étaient commerçants, artisans, orfèvres ou artistes comme les êtres humains qu'ils parodiaient souvent.
Gardiens des métaux et des pierres précieuses, ils détenaient les secrets de fabrication des innombrables trésors que leur mère nourricière, la terre, qu'ils nommaient parfois Gaïa, recelait. Prenant grand soin de toutes les vies minérales, végétales et animales, ils ne cessaient d'enseigner leur immense savoir recueilli dans d'énormes grimoires manuscrits.
Leurs mémoires confirmaient le profond respect qu'ils portaient à Gaïa. Cet amour envers la nature, ils le transmettaient en inspirant les poètes et les êtres au cœur pur et en stimulant leur créativité.
Pendant un an, les gentils gnomes apportèrent leurs connaissances à Isaure qui fut également initiée à leurs rituels magiques.
Le jour de son départ, ils organisèrent une grande fête. Ils étaient tous là, amassés en groupe devant elle, tirant des mouchoirs de leur poche, jonglant avec des cristaux ou exécutant des acrobaties. Les gnomes musiciens interprétèrent plusieurs mélodies harmonieuses qui enchantèrent la jeune fille.
Puis, la raccompagnant vers la sortie du tunnel qui l'avait conduite jusque dans leur monde, les quatre petits êtres qui s'étaient présentés à elle la première fois, déposèrent un cadeau à ses pieds.
Isaure n'eut pas le temps de les remercier. En un instant, ils disparurent. Jetant un bref regard autour d'elle, la jeune fille reconnut la clairière parsemée de champignons et sur le sol recouvert de mousse un paquet enrubanné. Impatiente, elle l'ouvrit rapidement et découvrit à son grand étonnement une baguette de bois blanc sculptée dont les motifs en relief représentaient l'effigie de ses amis les gnomes.
Ce cadeau n'avait que très peu de valeur mais pour la jeune élève il avait l'inestimable prix du souvenir et du cœur.
Isaure, un peu lasse, s'étendit sur le sol douillet lorsqu'elle sentit un léger souffle sur son visage.
Enveloppée dans un halo doré, Anaëlle avait réapparu… Elle tendit le bras vers la jeune fille et prenant sa main, s'éleva dans les airs avec elle.
Toutes deux survolèrent la forêt et lorsque les montagnes et les vallées ne furent plus qu'un assemblage géométrique de petits losanges et de carrés sur la terre, elles s'évanouirent dans le ciel.

Lorsqu'Isaure se retrouva à nouveau sur le sol, Anaëlle avait disparu. La jeune fille contempla le merveilleux paysage ensoleillé autour d'elle. Des prairies immenses teintées par une multitude de fleurs aux senteurs enivrantes s'étendaient à perte de vue. Des arbres se dressaient majestueusement dans cette toile colorée par l'explosion chatoyante de la végétation en été.
En s'approchant de plus près, la jeune fille intriguée par toute une nuée de petits êtres virevoltant au-dessus des fleurs qui saupoudraient les champs, découvrit un second monde secret, les elfes.
Agiles et gracieux, ils étaient vêtus d'une tunique translucide. Leur longue chevelure d'or et d'argent balayait leurs épaules, leurs visages étaient graves et beaux et leur regard pénétrant.
Le doux bruissement de leurs ailes éthérées lorsqu'ils voltigeaient dans l'air, vivifiait les plantes qui se redressaient à leur approche.
Les sylphes aériens se délectaient alors du nectar distillé dans le calice de toutes les fleurs qui s'offraient à leurs lèvres.
Isaure n'en finissait pas de s'émerveiller en contemplant ce petit monde qui papillonnait autour d'elle.
Pourvue, elle aussi, d'ailes transparentes, elle voletait maladroitement au-dessus des champs, ratait parfois son atterrissage et se retrouvait enfouie, la tête la première, sous une grosse feuille. Puis se relevant et s'élançant de tout son être, elle prenait parfois une telle vitesse qu'elle dépassait la fleur qu'elle avait choisie de découvrir, sous le regard amusé des sylphes.

Quelques heures plus tard, sa technique de vol s'étant affirmée, Isaure réussit à se poser et aussi à se stabiliser dans les airs.
A cette hauteur, elle pouvait discerner les elfes qui tissaient des toiles d'araignée, les brodaient puis cousaient les morceaux obtenus pour fabriquer leurs vêtements.
D'autres, assis sur les corolles des plantes chantaient en s'accompagnant de leur harpe, éveillant la faune et la flore au son de ce concert surnaturel.
Isaure apprit cette année-là que ces esprits de la nature protégeaient la terre, faisaient croître le blé hors du sol et apportaient toute leur énergie au développement de la végétation.
Les sylphes lui enseignèrent aussi à apparaître dans les songes des hommes et des animaux et dans l'imaginaire des enfants et des poètes.
Deux ans s'étaient écoulés déjà depuis le départ de la jeune élève et les elfes qui l'avaient adoptée comme leur petite sœur, lui offrirent un présent. C'était le moment de la séparation et après des adieux émouvants, les petits êtres aériens s'évanouirent dans l'espace.
Aussi, Isaure ne fut pas étonnée lorsqu'Anaëlle réapparut. Tandis qu'elle saluait sa préceptrice, elle ramassa son second cadeau. Etincelant dans sa main, il avait la forme d'une étoile mais lorsque la jeune fille le regarda de plus près, elle discerna, à l'intérieur, un sylphe qui, en s'animant, renvoyait la lumière et projetait autour de lui des reflets scintillants comme des pierres précieuses.
Anaëlle posa un doigt sur ses lèvres. Elle venait de reprendre la baguette nacrée que les gnomes avaient remise à sa protégée. Délicatement, elle posa l'étoile à l'une des extrémités du bâtonnet et rendit les deux éléments magiques à la jeune fille.
Le troisième voyage s'annonçait. La nuit était tombée et Isaure s'apprêtait à découvrir un nouveau monde mystérieux.
Quatre feux follets accompagnaient les deux jeunes femmes et éclairaient le chemin qu'elles venaient d'emprunter.
A l'issue d'un sentier qui ondulait dans la campagne, elles entendirent le clapotis précipité des eaux qui sortaient d'une montagne et se jetaient dans une rivière. Sur la paroi abrupte une cascade se brisait en écume devant elles.
Anaëlle, les pieds nus, entraîna sa jeune protégée. Elles s'arrêtèrent quelques secondes devant la source qui déferlait puis franchirent le rideau ruisselant.
Les feux follets qui les avaient précédées se posèrent sur le sol. Anaëlle sourit à Isaure et disparut aussitôt laissant la jeune fille au milieu d'une grotte immense dans laquelle reposait un petit lac limpide.

Les eaux s'entrouvrirent paraissant inviter la jeune fille dans leur lit sablonneux. Isaure hésita un instant et surmontant son inquiétude, elle s'enfonça dans le lac qui, peu à peu, se referma sur elle.
La jeune fille s'étonnait de pouvoir respirer dans ce milieu aquatique alors que tout son corps était entièrement noyé. Une heure plus tard, les courants l'ayant emportée très loin, elle rencontrait les gardiennes des eaux et des trésors immergés, les ondines.
Ces belles naïades vivaient dans les sources, les fontaines, les rivières et les océans. Leur apparence était presque humaine mais leur longue chevelure avait la couleur de l'eau et les ondulations des algues. Elles dormaient dans des coquillages géants qui se refermaient pendant leur sommeil et elles se rassemblaient dans un palais de corail et de perles.
Responsables de toutes les formes de vie aquatique, elles connaissaient le pouvoir de l'eau et des énergies marines.

Les hommes craignaient leurs chants envoûtants et leurs charmes ensorcelés mais elles avaient aussi des dons de guérisseuses.
Leur existence pouvait atteindre mille ans. Lorsqu'elles respiraient, des vagues frémissaient sur les eaux et au crépuscule, leurs robes d'argent scintillaient à la surface comme des miroirs.
Une autre année venait de s'écouler. Isaure, initiée aux secrets du monde aquatique et à ceux des néréides pouvait rejoindre Anaëlle.
Les ondines qui s'étaient réunies autour de la jeune fille soufflèrent dans une conque. La raccompagnant jusqu'à la grotte mystérieuse, elles déposèrent, elles aussi, un présent à ses pieds. Puis se jetant dans le petit lac limpide, elles fendirent les eaux avant de disparaître.
Isaure s'assit sur le sol et défit un à un les liens qui retenaient le papier de soie enveloppant son nouveau cadeau.
Une longue robe glissa le long de ses jambes. La jeune fille enfila le vêtement souple incrusté de perles rares qui semblaient ruisseler autour d'elle. S'ajustant parfaitement sur son corps, le tissu qui avait la couleur de l'eau projetait des reflets moirés sous la lumière.
Anaëlle réapparut à cet instant-là pour accompagner Isaure dans son dernier voyage. Lorsqu'elles franchirent la cascade, le ciel, tourmenté par de sinistres nuages, rugissait et la foudre lançait des éclairs qui zébraient l'horizon. Anaëlle leva les bras au dessus d'elle et dessina un cercle qui se remplit de petites flammes. La boule de feu qui enflait de plus en plus enveloppa les deux jeunes femmes et les fit disparaître laissant une odeur de souffre dans l'air.
Isaure n'en revenait pas. Elle n'avait pas ressenti la chaleur du feu. Elle était toujours là, seule au milieu d'une terre brûlée sur laquelle s'abattait une pluie de cendres et de braises qui ne la blessait pas. Soudain, quelques flammes s'élevèrent laissant apparaître au milieu d'une fumée blanche, les "génies du feu ", les salamandres.
Selon leurs degrés de combustion, elles paraissaient rouges, orange, jaunes ou violettes. Elles se baignaient dans le feu et s'en nourrissaient. Muses enchanteresses, elles inspiraient les magiciens.
Sous une allure de petits tritons agités, elles représentaient l'étincelle intérieure qui sommeillait dans tous les êtres vivant sur la terre. Elles enseignèrent à Isaure à contrôler les énergies et la vitalité du feu subtil.

Un an plus tard, les petits génies enflammés du quatrième monde invisible raccompagnaient leur jeune protégée dans la clairière, près du tunnel souterrain qui l'avait conduite dans cette fabuleuse aventure.
Ils accomplirent eux aussi leur rituel en remettant une offrande à Isaure. Ce nouveau présent avait la forme d'une flamme incandescente.
Avant de rejoindre leur royaume secret, les petites salamandres se mirent à danser en se tortillant dans les brasiers rutilants qui les encerclaient puis se consumèrent.
Une seconde plus tard, Anaëlle réapparaissait dans un nuage de fumée ambrée. Après ces quatre années d'initiation auprès des mondes invisibles, la jeune préceptrice délivra son dernier message à Isaure.
Elle lui révéla que l'union du soleil et de la terre avait engendré un prodige : l'existence de la vie dans chacun des éléments : la terre, l'air, l'eau et le feu.
Ces quatre mondes étaient régis par les esprits de la nature nommés aussi élémentaux. Les gnomes protégeaient les trésors de la terre. L'air était le royaume des elfes. Dans l'eau, les ondines demeuraient reines et les salamandres contrôlaient l'énergie du feu.

Isaure avait évolué au sein de leur vie mystérieuse, apprenant les secrets de chacun d'entre eux. Ces précieux enseignements lui permettaient d'être admise dans le merveilleux pays des fées, comme seuls peuvent le prétendre les êtres au cœur noble.
Les fées, comme Anaëlle, avaient le pouvoir d'apparaître dans tous les lieux et appartenaient à la fois aux mondes de la terre, de l'air, de l'eau et du feu.
La baguette étoilée que les gnomes et les elfes avaient offerte à Isaure était magique. Sa robe, couleur de l'eau, lui apportait les pouvoirs des ondines et la flamme incandescente des salamandres, cette source de vie qui illumine les êtres purs et les inspire, se logerait toujours dans son cœur.
Ces quatre années d'initiation écoulées avaient prouvé à Isaure que la terre n'était pas qu'un morceau de roche inerte stratifiée. La terre était vivante protégée par les esprits de la nature qui assuraient son équilibre.

Forte de ces enseignements, la jeune fée reprit la route et s'engagea dans le tunnel souterrain. Lorsqu'elle en ressortit, elle fut accueillie par des cris de joie. Les seigneurs du château et leurs sujets qui ne doutaient pas de son prochain retour avaient préparé une grande fête en son honneur.

Isaure avait grandi. Désormais, elle accomplirait son rôle de fée en reliant tous les mondes aux forces de la vie et de l'amour et en exauçant les vœux les plus chers des hommes qui croient à leurs rêves d'enfant.

FIN

Martine PHILIPPE  mmattyphil@aol.com

Retour index