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Le
petit train de la honte
Richard Natter, novembre 2002. |
Le petit train de la honte.
Comme c'est très souvent le cas, en suivant l'émission " SEPT A HUIT " sur TF1 le dimanche 10 Novembre 2002, avec mon épouse nous étions consternés. L'un des reportages était consacré à la misère du peuple Argentin. Pour survivre, les ouvriers au chômage sont contraints de se métamorphoser en chiffonniers. Tous les soirs, le couple qui avait accepté d'être filmé par l'équipe de Sept à Huit, arpente les rues de Buenos-Aires, en quête de cartons, comme des milliers d'autres citoyens. Pour ce faire, ils empruntent le " Petit Train Blanc ", qui les conduit sur leurs lieux de travail : le centre ville. Les images étaient atroces et nous avions du mal à contenir nos larmes. Car, si la misère hélas, se répand telle une gangrène à travers le monde, là, elle atteint son paroxysme. Que les parents s'impliquent pour gagner de quoi vivre, c'est compréhensible. Mais que les enfants les accompagnent dans cette déchéance, et soient les témoins innocents de cette débâcle humaine, c'est tout simplement abject !
Voir leur dernier bébé, âgé de trois ans à peine, fouiner dans les poubelles, c'est déchirant. Nous pourrions épiloguer durant des heures pour relater notre peine, mais à quoi cela servirait-il ? Le pays, jadis puissance industrielle, est en faillite... Du Gouvernement aux banques en passant par les entreprises, tout le monde est ruiné ! Tout le monde... ou presque bien entendu, car les commanditaires de cette déchéance morale et financière, eux, peuvent dormir sur les matelas de billets qu'ils ont détournés. S'il est aisé de s'indigner, il est plus délicat de réagir en dénonçant les carences d'un système immonde. Ce système, qui n'en doutons pas, fera progressivement d'autres victimes, se résume de la manière la plus simpliste qui soit : les magouilleurs, les ripoux, les escrocs s'enrichissent impunément, tandis que les peuples s'étiolent et se meurent dans le plus grand mépris. La mondialisation, si elle n'est pas la panacée, n'est pas seule responsable de cette déroute générale. Ceux qui la combattent avec une telle véhémence, feraient mieux de changer de cible, et tirer à bout portant sur les VRAIS COUPABLES !
L'Argentine aujourd'hui, après d'autres Nations et tous les pays sous-développés, subit les lois inhumaines et sournoises imposées par ceux dont la mission serait de rétablir l'équité ; et non développer hypocritement les inégalités ! Les fusions, les délocalisations, tout est bon pour favoriser l'enrichissement d'une minorité d'individus, au détriment d'une majorité de travailleurs laborieux. Seulement voilà, comment sortir de cette spirale démoniaque ? Personnellement, dans ma petite tête, j'essaie de comprendre le mécanisme bien huilé qui, insidieusement, annihile tout esprit de contestation. En misant sur le sacro-saint "EGOISME", asservissant la grosse majorité des personnes, les ripoux ont la vie belle ! La peur de perdre son emploi... la peur de ne plus pouvoir s'offrir de vacances... la peur de perdre un hypothétique pouvoir d'achat... la peur d'être mal vu..., métamorphosent l'être humain en robot conditionné. Scandales financiers... procès bidons... menaces d'attentats... la panoplie du parfait usurpateur est vaste, pour masquer l'unique vérité : LES FORFAITURES ! En focalisant les esprits sur des faits divers aussi débiles qu'inintéressants, on canalise les gens sur une actualité désuète, pour détourner leur attention d'une réalité plus sordide !
Pour justifier les carences qui frappent toutes les Nations, on entend parler avec un peu trop d'insistance à mon avis, (merci les médias) de "crises économiques"... de "récessions budgétaires"... que sais-je encore ! Et tout le monde avale ces inepties et s'en contente ! Alors que l'origine du marasme est nettement moins honorifique et surtout, beaucoup plus sournoise. Je sais, on me l'a déjà dit, je suis d'un naturel plutôt pessimiste. Mais je suis avant tout réaliste, et je refuse d'avaler ces couleuvres ! En effet, que l'on m'explique comment un système monétaire peut se stabiliser, quand il y a un déséquilibre chronique dans sa balance ? Je ne suis pas un spécialiste, loin s'en faut, (Dieu merci) encore moins un mathématicien, mais j'essaie de voir les choses en face ; et non gober tout cru, les mensonges que l'on nous raconte. D'un côté les entrées d'argent, de l'autre les sorties. Les impôts, les taxes, les budgets pour la partie "entrées" et les dépenses pour les "sorties" des Etats. Si je gagne mille balles et que j'en dépense mille, il ne me reste plus rien certes, mais les mille balles que j'ai dépensés, sont remis dans le circuit... Ledit billet arrive chez le commerçant ou l'artisan, qui le donne à son tour aux fournisseurs, qui le remettent aux fabricants, et ces derniers le reversent à la banque ; où je pourrais de nouveau l'emprunter. Retour à la case départ jusqu'au prochain billet, ainsi de suite...
Par contre, et c'est là que je pète les plombs, le fric de la drogue... de la prostitution... de la pédophilie... des bakchichs... délits d'initiés... et autres pot-de-vin... n'est pas quant à lui, remis dans le circuit ! Il grossit à vue d'œil les comptes secrets des paradis fiscaux, mais progressivement, il provoque un déséquilibre général ! Je reprends mon exemple avec les mille balles... Je gagne toujours la même somme, mais au lieu de la dépenser, je l'immobilise dans un coffre... Pour arrondir mes fins de mois je travaille au noir... (c'est un exemple, inutile de m'envoyer des contrôleurs)... et cet argent est lui aussi stocké dans mon coffre ! Pour "acheter mon silence", et me faire fermer mes Dossiers Brûlants, (après avoir tenté de les saborder) on me propose une enveloppe bien garnie... Où vais-je mettre cette somme rondelette, au risque d'être repéré par un train de vie soudain mirobolant ? Dans le coffre... ben oui... Je vois que vous commencez à piger ! ;-)) Quoi que là, les ripoux ont du souci à se faire, car je préfère crever de faim, que de m'enrichir comme tous les requins que je dénonce ! En attendant, peu à peu, ces billets manquants vont faire défaut au commerçant, puis au fournisseur, et enfin au fabricant qui, pour survivre chacun à leur niveau, sont obligés de licencier !
Si les mille balles représentent le budget d'un Pays, le processus d'affaiblissement est clairement expliqué cette fois, non ? A force d'accumuler l'argent sale dans les paradis fiscaux, l'argent détourné finit par manquer aux Gouvernements. D'où les mesures qui s'en suivent, pour tenter de palier à ces absences notoires : inflation, emprunts, planche à billets etc... Qui est-ce qui en subit les conséquences et n'a que ses yeux pour pleurer ? Eh oui, encore et toujours le peuple, abusé et bafoué, qui n'a d'autres ressources que de se retrancher dans son mutisme et attendre des jours meilleurs ! Sauf que cette fois, les jours meilleurs il vaut mieux oublier ! Le niveau de corruption est tel que personne, parmi les nombreux dirigeants encore honnêtes, n'aura la force de lutter contre les ripoux ! L'Argentine et je le déplore, est un exemple cuisant d'irréversibilité de ce processus infâme. Ses "Petits Trains Blancs", qui nous ont fait tant pleurer l'autre soir, ne tarderont pas à franchir les frontières, et circuler dans tous les Pays... C'est pour ça qu'avec mon épouse, on commence à mettre de côté les cartons, comme ces malheureux Argentins ; sait-on jamais ?...
Car une banque qui fait faillite, c'est la preuve irréfutable de ce business frauduleux. L'argent sale, peu à peu évincé du circuit normal, a fait basculer l'équilibre vers le négatif et engranger les pertes... Les banques ont épuisé leurs réserves, avant d'être ruinées, car les billets de mille ne revenaient plus. Comme hélas, toutes les Nations sont frappées de plein fouet par ces magouilles, il n'y a pas loin de la coupe aux lèvres ! Tant qu'aucune loi internationale ne sera pas votée pour éradiquer ce fléau, il sera utopique de supputer et de spéculer sur un éventuel et hypothétique redressement économique. Après l'attentat aux USA j'avais cru un moment, qu'enfin, la chasse aux paradis fiscaux était engagée... Hélas, elle n'a pas duré bien longtemps ! Sans doute à cause du nombre astronomique de hauts dignitaires qui doivent être impliqués dans ces malversations ? Il y a quand même bien quelque chose qui coince quelque part ! De partout, s'élèvent la contestation et l'envie de remettre à plat tout ce qui va de travers. Mais aussi motivés qu'ils soient, les courageux osant dénoncer le système, ne peuvent pas grand chose en vérité ; car les individus sont bien trop peureux pour oser dire non ! L'omerta d'un côté, l'égoïsme de l'autre, les ripoux ont assurément, un bel avenir devant eux ! Jusqu'au jour ou... le Petit Train Blanc de nos amis Argentins, viendra circuler dans nos villes...
Je suis persuadé qu'avec la totalité des sommes, "planquées" dans les coffres, on pourrait juguler la misère dans le monde entier. Construire des écoles... des hôpitaux super équipés pour faciliter la recherche médicale... des équipements sportifs... irriguer les terres arides et les fertiliser... lutter contre les épidémies et autres fléaux... transformer les hectares de terrains minés en Jardins d'Eden !!! Et ainsi, nourrir les millions d'êtres humains qui se meurent lentement dans l'indifférence générale ! Faire semblant de lutter contre la pédophilie, la prostitution, pour se donner bonne conscience, il faut arrêter. Ces leurres politiques, aussi spectaculaires soient-ils, ne redonneront jamais la confiance aux peuples. En pulvérisant les paradis fiscaux et distribuant massivement cet argent sale, en publiant les détails naturellement, là oui, les hommes politiques à l'origine de cette initiative, deviendraient des héros ! Les petits billets de mille balles reviendraient dans le circuit, les patrons retrouveraient leur enthousiasme, les consommateurs l'envie d'acheter, et les Pays seraient épargnés de la crise mondiale latente, dont personne ne sortira vainqueur ! Puisque de toute façon, cet argent dégueulasse ne sert qu'aux "loisirs" des ripoux, (entre autre le tourisme sexuel), si demain il devenait le Sauveur pour un tiers de la population mondiale, oui, je le crois très fort, l'humanité en serait grandie. L'espoir fait vivre... !!!Richard Natter, novembre 2002. webmestre@dynavie.com
POURQUOI TOUJOURS DANS LE DESERT ?
Cette question anodine a fini par m'exaspérer. Il est vrai qu'on me la posait souvent agrémentée de l'une ou l'autre réflexion du genre « il n'y a que du sable » ou, pire, « il n'y a rien là-bas ». Je ne comprenais pas. Quoi, le Sahara, le réduire à un tas de sable et de pierres ! N'y voir qu'une sorte de salon sado-maso pour occidentaux en mal d'exotisme.
Ils ne se rendaient donc pas compte ? Le Sahara ! Si grand, si beau, si pur, si mystérieux, avec Antinéa-Tin Hinan, les Garamantes, l'Atlantide, l'Escadron blanc, Joseph Peyré, Pierre Benoît, Ernest Psichari, René Caillé, Saint Ex même ! Les Toubous pillards et les Touaregs ... si nobles et ... blancs, plus blancs que blancs ... si, si et si ...
Il n'y a pas de doute. La plupart de mes interlocuteurs ne comprenaient pas ce que j'allais faire dans ce désert inhospitalier, voire dangereux.
D'aucuns se risquèrent même ( en quoi ils trompaient ) à me trouver une âme d'ermite et à suggérer que, sans doute, comme Charles de Foucault, j'y vivais ma catharsis. Mais puis-je le leur reprocher car, quelle idée en effet, d'aller passer ses vacances dans une rôtissoire !
Et, au fond, le savais-je moi-même ce qui, bon an mal an, me ramenait irrésistiblement dans la cuvette torride de In Salah, la désolation, les colonnes d'air tourbillonnant et les mirages du Tadémaït, le piège des dunes de Laouni ou sur les pistes infâmes et cassantes du Hoggar ? Devais-je vraiment boire, à In Ebeggi, cette eau qui contenait des excréments de chèvre et des oiseaux morts ? Or, j'y allais, dans ce désert, j'y retournais, j'y séjournais, je m'en imprégnais et j'appréciais. Il m'est arrivé, perché sur mon dromadaire, d'éprouver si fort le besoin d'exulter, d'exploser de chanter, à tue-tête… que je me laissais pudiquement distancer par mes deux compagnons Touaregs. Et je chantais. Ou je pleurais. Le bonheur n'a pas de préférences. Je vivais le moment présent, pleinement … sachant que … to morrow is another day !..
A dire vrai, à cette époque, je ne me souciais plus guère du « pourquoi ». Je laissais, le plus possible, à mes sens , la licence de me guider. La révolution algérienne, la guerre du Vietnam, les années de lutte et de militance, mes croisades, étaient derrière moi. Bien sûr, on n'est pas parfait. Les meilleurs ont leurs automatismes. J'avais les miens et, croisant de Foucauld, ce « gâcheur de paysages » « qui avait répandu jusque dans le désert les microbes du Christ » je me rembrunissais bien encore un peu. Mais ça n'allait pas au-delà. Il faut se laisser vivre avant de philosopher. C'est ce que j'ai fait…
Les années ont passé. Très vite. Les choses se décantent. A présent c'est moi qui questionne.
Pourquoi cette passion du désert ? Faut-il en chercher la source dans mon besoin insatiable de poésie qui s'est révélé très tôt, à seize ans, quand je dévorais toute la Légende des Siècles de Hugo, André Chénier, Anna de Noailles, Henry de Régnier, Verhaeren, Verlaine, Carême mais aussi et déjà, en 1960, Henri Michaux, Jacques Prével, Jacques Prévert, Marcel Béalu, Géo Norge, Baudelaire, Rimbaud… et que je remplissais, à la main, des cahiers entiers de copies de poèmes ?
A l'aune des émotions esthétiques, ma longue marche vers Tagrera ne valait-elle pas la Légende des Siècles et, inversement, n'ai-je pas, à la lecture de Plume ou d'Ecuador, traversé tous les Tassilis ? Je le crois. La poésie est partout ; encore faut-il se baisser… se mettre en peine, traverser ses déserts ou le désert, vivre, avoir de l'appétit, se servir et manger, sans attendre que l'on vous passe les plats ! Tout est là et mon appétit de désert ne fut sans doute qu'un appétit de poésie et un appétit féroce de vivre, l'exercice intransigeant d'un choix : celui d'être et non pas simplement d'exister. Je le crois de plus en plus.
D'ailleurs, réfléchissons un moment. Y avait-il discontinuité dans ma démarche poétique ou, pour dire les choses plus simplement, étais-je moins poète lorsque, quelque part entre Tamanrasset et Tagrera, je m'empoignais avec ma belle mais rétive chamelle blanche, Belli, que quand je m'échinais, rue Morjau à Anderlecht, à faire dire aux mots, tout aussi rétifs, ce que je savais qu'ils ne diraient jamais ? N'étais-je pas, dans un cas comme dans l'autre, parfaitement vaniteux et futile ? Parfaitement humain aussi? Et oserions-nous jurer que le futile ne participe pas autant de la poésie que de l'humain… Ah ! Etre divinement futile et … une dernière fois… comme disait Artaud « péter de déraison et d'excès » !
Alors ! Pourquoi toujours revenir dans le désert ? Essayons de répondre, après quelques précisions liminaires.
Je suis allé huit fois dans le Sahara, entre 1970 et 1994. En 1970 et 1972, c'était avec Viviane V. L'année suivante, je suis parti avec un ami suisse du Jura, René Q. Nous voulions aller au Niger. Nous avons échoué à El Goléa. Ce n'était pas mal ; en auto-stop. Mais je restais sur ma faim. En 1974, je suis donc reparti, avec Patricia. La chance nous a sourit : nous avons non seulement réussi la traversée Nord-Sud de tout le Sahara mais, sur notre lancée, visité le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Haute-Volta (Burkina Faso aujourd'hui) : 10000 km. Quatre ans plus tard (entre temps j'ai publié mes deux premiers livres de poésie et grimpé le Kilimanjaro ; ce qui explique que je me sois mis « en congé » de désert) je repars à bord d'un vieux minibus WW, avec Gladys, Jeanine et John, jusque Niamey. En 1980, j'ai le « privilège » d'officier comme chauffeur trans-saharien de « l'ineffable Anik » une copine et nous allons vivre à Tamanrasset d'inénarrables journées. Enfin, en 1983, je suis allé seul à Tagrera (jusque Tam en Renault 4L) et, en 1994, dernier séjour, Lucienne B. m'a accompagné dans le Sahara marocain (Zagora-Foum Zguid).
Je dois ainsi avoir séjourné, au total, quatre ou cinq mois dans le désert. Peu, en somme. J'ajouterai que tous les moyens de locomotion furent bons : avion, bateau, train, automobile, âne, chameau, et même pirogue , au Bénin. Rien de bien extraordinaire…
Certainement pas un exploit sportif. Nulle mise en œuvre ou en scène d'une quelconque extraordinaire « volonté de le faire ». Pas d'efforts titanesques ni de bouleversants « dépassements de soi ». Pas de quoi faire la une de Trek Magazine. (Lisez donc le très beau livre - Ed. Robert Laffont - de Philippe Frey qui a réalisé la première traversée est ouest du Sahara en solitaire, en 9 mois, à pieds et sans aide extérieure !). En ce qui me concerne, rien de pareil. Ma démarche était autre. Rien vers le surhomme. Rien, même dans les affres de l'effort, rien vers le grimacement du singe.
Alors ? Pourquoi en parler ? J'en parle parce que cette question « pourquoi toujours dans le désert ? » quand elle n'est pas ponctuée d'un stupide « il n'y a rien là-bas » peut introduire à une réflexion intéressante. Tout d'abord, parce que tout au long des journées sahariennes, délivré de l'habituel envahissement par l'objet propre à nos sociétés de consommation, l'esprit regagne un peu d'espace. Il peut, sans pression du quotidien réduit dans le Sahara à sa plus simple et authentique expression, enfin retrouver sa fonction.
Et cela je l'ai découvert dans une sorte de jubilation. A quoi pensais-je ? A tout, à rien, à l'homme et à moi parmi les hommes. Bien décevants.
Je pensais, par exemple, à ceci que j'ai consigné bien des années plus tard, sous forme de « billet d'humeur » intitulé:« L'EVIDENCE »
J'observe beaucoup mes contemporains. Cela m'évite le théâtre... Mais quel cinéma ! J' vous dis pas. J'explique. En quelques phrases.
Avez-vous remarqué qu'il n'y a qu'une chose que l'homme, obstinément, ne veut pas voir : c'est les évidences. Ca saute aux yeux. Que l'une d'elles se présente, il secoue la tête et se met en fureur. Il dit : non, non et non, l'homme. Il ne veut rien savoir. Il doit avoir lu Daumal, pas Camus. De toute façon, bien qu'il s'en défende, c'est à Jiji Cri qu'il carbure et là c'est mal barré. Un de mes amis, qui est alcoolo me l'a confirmé : il paraît que c'est une maladie, on s'en sort difficilement. On ne peut même pas leur en vouloir. De toute façon, a-t-il ajouté, c'est les autres qui souffrent.
Il a vu - et souffert - l'Inquisition. Il en a senti les odeurs de chair brûlée. Mais il n'a jamais cessé, et jusqu'à écoeurement, de déguster l'hostie du Pape. Il aime qu'on lui donne du goupillon l'animal. On a beau lui dire que l'on est entré dans l'ère postchrétienne. Il feint de ne pas comprendre. Il ne se sent pas concerné. L'ère post quoi ? Serait-ce que, l'admettant, il se sentirait contraint de faire quelque chose ? Ou, perversion suprême, est-ce parce qu'au fond il a une âme d'esclave et que sa vraie nature est d'en baver ? Bref. De toute façon, la bave du crapaud n'atteint pas les étoiles...
Auschwitz ? Il s'en est rincé l'oeil. Même, il en redemande. Pour y faire de la savonnette arabe ou tzigane. Mais il n'est pas raciste. Bien sûr que non. Simplement, il nourrit la bête, la sienne, une belle bête, qui est au chaud, dans son ventre. Il ne peut quand même pas cogner sa femme tous les jours. Faut pas exagérer, voyons !
Autre exemple de sa mauvaise foi - ah la foi - la pollution ? Ne lui demandez pas de consommer moins : lui sa bagnole elle roule comme celle du curé, à la foi aussi, à l'eau souvent, même pas bénite, par souci d'économie. Non, lui il trie ses plastics, ses verres, ses cartons, les siens... C'est les autres qui polluent. Et j'en passe. Pas envie de recopier l'annuaire téléphonique pour que vous puissiez les appeler et leur passer un cigare : puisque c'est forcément pas eux qui polluent, c'est vous. Et c'est vrai. Vous !
Et encore, je fais attention à ce que je dis? Je pèse mes mots : un sale type, l'homme. Un fieffé hypocrite. Un salaud. Pour tout dire, je ne l'aime pas. C'est simple : je suis un antihumaniste moi. Mais qui se retient. Vous devez la sentir d'ailleurs, ma retenue. Car je ne voudrais pas avoir à le combattre, l'homme : c'est un vicieux. Les coups fourrés, il connaît. Un mec dangereux, je vous dis. Je n'aimerais pas que l'on me retrouve raide, étouffé, un matin, dans la ruelle derrière l'église, ou la mosquée, ou derrière n'importe quel temple, avec une bible, un coran, ou le Popol Vuh, ou l'Avesta, ou le Yi King, un Simenon ou même les aventures de Tintin, voire tout à la fois, enfoncés dans la gorge. Vous ne vous en doutiez pas ? Et bien si ! J'ai peur aussi, moi, parfois.
Et j'en rajoute. Parce que, s'il ne veut pas voir en face les seules choses qui vaillent, les très rares et précaires "évidences" qui se comptent sur les doigts d'une main, c'est qu'il préfère croire, l'homme. C'est plus confortable. C'est qu'il sait, le futé, que son hominienne espèce elle ne va pas rigoler longtemps encore. Que les carottes sont cuites. Il sait cela, parce qu'il va à l'école l'homme, maintenant. Il n'ignore pas que son espèce, en naissant, était appelée à périr et périra, quoi qu'il fasse. Et que comme tout ce qui ne doit la vie qu'à la mort, tout, elle a entrepris de mourir, sur le champ, illico presto, l'espèce, à l'état embryonnaire déjà. En quelque sorte elle se réalise par régression, auto dégénérescence, l'espèce. Dans tout nouveau né il y a du cadavre, is it not ? C'est son destin à l'espèce, le seul et unique sens que l'on puisse lui prêter pour autant qu'il faille lui en trouver un.
Et alors ça lui fout le tournis à mon compagnon de pré carré. Je vois bien qu'il broute. Mais il ne digère pas. Ca le travaille, comme on dit. Il se fait du mouron. Je le sens irrité et prêt à tout casser. Je me méfie car au lieu d'en tirer la plus grande félicité de ce constat (puisqu'il n 'y a plus de soucis à se faire pour l'avenir, allons-y, jouissons plein tube et éprouvettes) ça lui met les chocottes à mon soi-disant frère humain. Il voudrait bien jouir mais il n'ose pas. Il a peur que sa voisine le voie ou l'entende.Ca ne se fait pas. C'est mal vu. Alors, à la carte, il souffre de l'estomac, de l'automobile, du portefeuille, de sa femme, de sa maîtresse, de ses enfants.
Il souffre surtout beaucoup de ce qu'il n'a pas. De frustration comme on dit. Il souffre de tout ce qui peut le faire souffrir, à satiété, goulûment quasi. Le Galiléen, Hanemanien avant l'heure, lui a enseigné que le meilleur remède à la douleur c'est la souffrance. Il a envie de se flinguer. On peut s'attendre à tout. Poussé par le désespoir, il est devenu inventif confirmant ainsi que l'angoisse est la clé du progrès : il a assassiné les dieux qui voulaient qu'il danse "comme dans la folie des bals musette et que son envers soit son véritable endroit" (dixit Artaud, de mémoire) il a inventé la maladie et les prêtres (la dot et l'antidote), la médecine qui a réduit son corps à une fédération mal ficelée d' organes
Même les frileuses étoiles, dans la plus froide des nuits, en rient . Et j'en ris avec elles. Nous nous comprenons. Je ris souvent. Notamment en travaillant. J'ai ri cent fois en écrivant ceci. "Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les coeurs contre nous endurcis" ... (L'Epitaphe Villon) - Décidément vous saurez tout.Charleroi, 23 août 2003.
Billet d'humeur n° 2 de C.E. Andersen
Mais revenons au Sahara !
J'en parle, parce que j'ai connu là, dans le Sahara, au fil de mes voyages, et chaque fois fidèles au rendez-vous, des jours entiers d'une plénitude insoupçonnable. Parce que j'éprouvais intimement, dans chacune de mes fibres, l'extraordinaire bien-être que procure la concordance parfaite entre deux états qui, après s'être reconnus, se rejoignent, font route ensemble et s'épousent pour la « grande perte qui est le grand bonheur», celle de tout désir et donc de toute souffrance.
Mais, quelle concordance ? De quoi s'agit-il ? De quoi parlez-vous ? Après vingt ans de réflexion ne pouvez-vous être plus clair ?
Si, je le peux. Il s'agit de la concordance de deux musiques, de deux poésies, qui à mon insu et très progressivement, se sont appariées. Deux poésies qui eussent pu demeurer parallèles à l'infini et ne jamais se rencontrer… mais qui s'étaient rencontrées, là-bas, sur cette merveilleuse terre d'Algérie.
Première de ces poésies, poésie mère, celle du désert qui n'a jamais cessé de me bouleverser au plus profond, et l'autre, celle que je vis ou que j'écris, la mienne, celle aussi qui « m'écrit » , me définit, me détermine, au jour le jour, absurdement, sans projet, « sans plainte, plan ni demande, sans rage, âge ni plaisir » (comme je l'écrivais voici 22 ans dans le texte final de Ligatures & Caillots ), tantôt piteuse et dépenaillée, parfois si fière et arrogante, toujours tellement exigeante !
Poésie. Première toujours, la ronde et blonde, celle du désert, lascive et douce dans ses conjugaisons de sables ou abrupte et sauvage dans ses semis fantasques de roches éclatées sur l'enclume du ciel, cuites dans des chaudrons de basalte incandescents, grignotées, rongées ; une poésie de midis de plomb et nuits de glace, du feu de la soif et de la bonté de l'eau… Une poésie de l'essentiel (j'allais dire : la seule qui vaille) et je le dis ! - qui ouvre tous les espaces pour vous faire ami des dieux dans une débauche de formes minérales officiantes... mais qui ne se prosternent jamais. Car j'ai vu, et reconnu, en toutes ces formes fantastiques que le désert offrait à mes yeux, en ce prodigieux délire esthétique, des millions de dieux en devenir demandant à l'homme un peu de son souffle pour les animer et qu'ils se dressent. Je les ai reconnus ces dieux, les mêmes qui éblouissaient notre enfance et nous émerveillaient sans que jamais nous les nommions, ceux-là même qui nous faisaient la vie douce et insouciante d'avant l'âge de raison. Je les ai entendus aussi, et souvent, qui disaient à l'homme, dans une sorte de chant d'exhortation : « Fais lever la beauté, dis-lui de marcher, qu'elle soit ton guide. Ni le soleil, ni les étoiles, ni la lune, ni la voie lactée ne le peuvent ; toi seul, Homme, connais la beauté et peux la séduire parce que tu n'ignores rien de la noirceur de ton être. Nous les dieux n'avons pas ton pouvoir parce que nés imparfaitement de toi nous ne connaissons pas notre dimension, celle même que tu nous as donnée, que tu gardes secrète et qui t'effraie parce qu'elle t'est nécessaire. Le temps des prêtres est révolu. D'autres dieux vont naître par milliers, de nouveaux géants précaires et vous vous réconcilierez au nom de cette fragilité commune. Vous vous y reconnaitrez enfin et la vie, comme dans le mythe d'Eden, embaumera ».
Une poésie qui ne satisfait à rien, et surtout pas à un besoin. Poésie de l'acte gratuit et de la débauche. Poésie qui ne répond à aucune question mais qui, à l'heure où l'on voudrait dormir enfin, avec une sorte de cruauté amoureuse que seuls les grands amants connaissent, pose ses questions, obstinément , là où se rejoignent la mollesse de la dune et la verticalité du soleil, comme ça, sans raison, par amour quasi, si ce n'en est !
Une poésie impitoyable par la profusion des espaces qu'elle libère et des vertiges qu'elle induit, des esthétiques qu'elle fonde et déploie. Une poésie cruelle parce qu'elle introduit à l'antichambre des dieux, nous les désigne, frères et bourreaux , indissolublement et dit à Moïse : « Tu nous as menti mais ils sont vivants ».
Une poésie qui acheva d'égarer le pauvre de Foucauld terminant son existence sous l'habit d'un armurier, inventoriant des fusils (c'est pour son dépôt d'armes et de provisions qu'il fut occis par les Sénousistes) et priant que l'Allemand n'arrive à Tamanrasset (1).
Poésie enfin, celle de mon propre chant, que je porte, là, lestée de mes propres déserts et de mes absences, de mes espaces et de mes impasses, de mes passes et de mes étranglements… de cette indicible suffocation de celui qui se sait essentiellement et irrévocablement seul, parce qu'il n'y a qu'une vérité fondatrice : la mort … et parce qu'un soleil fou, aveugle et sourd à nos objurgations, éclaire jusqu'à l'absurde l'absence de sens qui, de toute façon, absout tout, tous et toutes rappelant à notre modestie ces paroles de Qohélet (Ancien Testament) : « Il n'y a qu'un souffle pour tous. L'homme n'a rien que n'a la bête. Tout est vent ».
Mais, pour dire cela, il me reste à en inventer la langue, à en écrire le poème… et ce n'est pas simple… Alors, fort heureusement, il y a des images. Belles comme des miroirs aux alouettes. Des images bien sages que je vais vous commenter. Retenez-en l'une ou l'autre afin que, quand à votre tour vous traverserez vos déserts, vous vous souveniez que vous n'êtes illusoirement pas seul.
(1)Lu entre les lignes, le livre « LA MORT DE CHARLES DE FOUCAULD » du "Petit Frère de Jésus" Antoine Chatelard, est édifiant sur le personnage de Foucauld. Je vous le recommande.
Editions Karthala 22-24, boulevard Arago - F 75013 PARIS - 346 PAGES -Christian Erwin Andersen - 20 avril 2003, fa089931@skynet.be
J'ai déserté mes haricots !BI
"La vie? Des haricots"... s'écrie Ferdinand, excédé, dans "Le voyage au bout de la nuit". Et comme je le comprends! Car, figurez-vous que moi aussi, mes vies... ou plutôt, mes haricots, comme il dit, je les ai désertés bien souvent. Mais sans doute était-ce que je n'ai jamais aimé manger froid!
Je vous raconte.
Souvent (toujours, pour tout dire) les choses commencent « à la sortie », au moment du grand échouage, là où elles se terminent, là où le temps ne compte plus, s'incline et cède à l'infini. Avant il faisait trop étroit. Or, de ce point de vue, une mère est ce qui se fait de mieux, l'issue idéale. C'est par elle que tout finit, avant même toute ébauche de commencement. En nous déposant là, fruit de ses entrailles, tout sanguinolent encore, elle nous dit bien clair : fini de rêver! Faut vivre!
Alors, plutôt que d'attendre le coup de grâce, le coup fatal dès le départ, à la sortie, mieux vaut la quitter, sa mère. C'est ce que j'ai fait. L'instinct! Y a pas mieux pour vous guider! J'ai déserté sans un mot, discrètement. Et c'est sur la pointe des pieds que je l'ai quitté, ce ventre de ma mère, un 21 janvier 1944. Je ne me souviens pas en avoir conçu la moindre tristesse bien que je la vénère. Je m'en suis allé, sans un merci, sans me retourner, malgré son chagrin, que je comprenais. Ce fut ma première désertion; sans doute mon premier forfait.
Puis, de la même façon, j'ai déserté l'église... et le curé, et l'évêque...et leurs "petits enfants"... pour, in fine, aller affronter la vie bardé de mon seul latin de messe et de mon audace, et déserter très jeune la maison familiale (qui très vite mais longtemps ne fut plus qu'une sorte de camp de base).
J'ai déserté l'école, déserté le communisme, déserté quatre femmes que j'avais
eu l'imprudence de marier (sans vraiment les mériter), déserté la poésie (croit-on) et même fini, fatigué, par déserter le désert, le vrai, celui que j'ai tant aimé et couru (bien que je m'y trouve plus que jamais) et il ne restera bientôt plus à mon âme, puisqu'elle ressemble à ma vie (et non l'inverse, j'y tiens) qu'à déserter mon corps.
En deux mots : peut-être n'ai-je jamais été dans le coup. Je serais un extra-terrestre, en quelque sorte... Finalement je n'aurais fait que ça : déserter mes vies successives, à mesure qu'elles se présentaient, en me cherchant des alibis piteux. Comme tout le monde, en somme.
Le reste, tout le reste, la poésie, mes "grands voyages", le désert, mes alibis, ce que je vous dis et ce que je ne vous dirai pas. Et bien, parlons-en.
C. E. Andersen, juin 2002, fa089931@skynet.be
Cet article est aussi publié en ligne par le quotidien anarchiste "L'EN DEHORS" (France). http://endehors.org/news/2611.shtml
Le site de l'auteur, "Le poète et ses déserts":
http://tin01.site.voila.fr/page1.html
Pour ma femme, mon amie, ma complice …Un fondement essentiel de ma pensée est la « norme jubilatoire ». Cela étant dit, je me trouve aussitôt tenu de préciser que c’est ici de ma pensée de poète qu’il s’agit et ce n’est pas innocent.
La fonction de la pensée poétique, dès qu’elle apparut, dans la plus haute antiquité, fut, notamment, d’organiser et « mettre en musique » le ballet des divinités, de conseiller sagement les maîtres avisés qui y recourraient, d’éloigner les ténèbres sans pour autant exposer aux coups de soleil.
C’est à quoi j’aimerais qu’elle retourne et c’est parce que malheureusement elle s’en éloigne que la remarque est d’importance. C’est pour ça que je crois nécessaire de vous préciser comment je vois les choses et comment je fonctionne….
La « norme jubilatoire » règle le souci permanent de ne prendre, le plus souvent et posément possible, pour repères pérennes fiables, soient-ils moraux , éthiques, philosophiques, politiques ou autres que ce qui n' exige ni efforts, ni sacrifices, ni renoncements, ni soumission, ni abandon, ni auto mutilation tout en participant harmonieusement au grand concert du renouvellement infini de la vie dont l' homme est partie, mais partie seulement, fondamentale bien sûr, mais pas davantage que la fourmi, que le saule, que le tungstène, etc ...
Nos règles de vie, selon cette norme (qui ne risque guère d'être publiée au journal officiel), doivent être souples et intimement adaptées à la volatilité de notre existence éphémère pour la faire resplendir jusqu' à fascination.
Chaque vie doit devenir, par son éclat, une invitation réitérée à l'éternité. Avant de vouloir le bonheur des autres, nous aurons soin de prendre notre pied et, surtout, nous le garderons.
Car il est grand temps, non seulement de rompre avec la morale du ressentiment et de la culpabilisation que nous tenons du judéo-christianisme, mais aussi de peaufiner et diffuser nos valeurs païennes aussi paillardes puissent-elles paraître.
Nous pourrons alors, et une fois pour toutes, aimer, vivre et mourir comme il est bon de le faire : follement, sans retenue, à pleine bouche, à pleins poumons !
J'aimerais que l'on enseigne à l'homme le "souci raisonnable de soi" (la raison n'étant en l'occurrence qu'un "grand bon sens incarné" dicté par l'enivrant breuvage de nos "sens" et de "nos chairs") avant le "souci fallacieux, souvent misérabiliste ou hypocrite de l'autre".
J'apprécierais davantage encore et dans le même esprit, que soient organisées, en forme de pieds de nez, de fréquentes saturnales afin de restaurer peu à peu le sens de la fête qui s'est disloqué chez nous au fil de siècles d'acculturation monothéiste et que l'on y rie symboliquement, avec des claquements de mains cadencés, du petit prophète galiléen à l'esprit étroit qui déclara "nous sommes tous frères".
Nous ne sommes pas frères. Nous sommes le même corps ... et il ne peut être souffreteux. Là est l'amour, ce que je sens être l'amour. Il faut que cette injonction à l'homme "sois heureux" devienne sa seule litanie et, une fois pour toutes, que les chants désespérés cessent d'être les plus beaux.
Il faut définitivement s'imprégner de ceci : lorsqu'un comportement entraîne de la souffrance c'est qu'il peut être suspecté d'hostilité à la vie. Il faut y réfléchir et le proscrire s’il récidive.
Saint-Exupéry a écrit "on va toujours vers où l'on incline". Et c’est vrai…
Le Christianisme nous a toujours intimé l'ordre de fuir ce vers quoi l'on va, ce vers quoi l'on incline.
Moi j'ai choisi et je conseillerais aux "autres" de m’imiter : ne faites jamais l’économie de vivre et vous, travailleurs obstinés, ne « perdez pas votre vie à la gagner ». La seule leçon que l'on puisse donner, sans se poser trop de questions, sans réflexion stérilisante et inhibitrice est celle-là car si « penser » n’est certes pas une pathologie, trop penser est nécrogène.
Il faut "prendre et créer du bonheur", un bonheur simple, situé aux antipodes de la boulimie consommatrice, le bonheur du guépard paresseusement allongé sur une branche d’arbre dans une nature intacte, le bonheur du pêcheur à la ligne, et le faire voir, le manifester, en concevoir une légitime fierté et souhaiter qu'il provoque chez l'autre le désir d'y goûter à son tour.
Il faut user du comportement mimétique de l'homme pour répandre "la joie de vivre". Il est grand temps que se vident hôpitaux, hospices et mouroirs de tout ordre dans lesquels s’accumule une humanité aigrie et rancie de n’avoir pas « vécu » lancée dans une course démente à la longévité, à l’espérance de vie que nos statisticiens mettent en exergue flatteur du « système »… Nous arriverons à la soixantaine perclus de bonheur, usés de jouissances, les yeux brûlés par la beauté de nos visions, le sexe inébranlablement dardé vers toutes les Marie-Madeleine passées et à venir...
Je suis un camelot du bonheur. Camelot parce que je ne vends pas du diamant mais distribue de petites choses, minuscules (pour tenir dans mes poches et en avoir toujours) mais combien nécessaires : une main sur l'épaule de l'autre, un sourire en croisant quelqu'un dans la rue, des attitudes engageantes comme la chaleur du soleil sur la peau ou celle du coeur pour calmer nos arthroses cérébrales.
Je suis un camelot et je cherche une tribu. Je danse en cercles concentriques qui me rapprochent du coeur des choses et du soleil éternel. Mon refrain est celui des quasars et des pulsars, des étoiles qui meurent ou enfantent dans les maternités neuronales de ma mémoire d'homme. Venez à la fête !
Christian Erwin Andersen fa089931@skynet.be
Résumé et Extraits de GAY TAPANT
De Jean-François GAUBERT
Résumé du book en 4ème de couvertureDeux anti-héros : Carole et Antonio. Jeunes parisiens largués dans les prémices de l'indépendance et ses désillusions. Les sentiments, les trahisons, le boulot, l'amitié, le refus de la banalité. Tranche de vie, courte et intensive, de personnalités qui se cherchent et qui ne parviennent pas à canaliser leurs émotions. Carole, l'impulsive haineuse. Jeune mère trahie qui s'est décidée à tout obtenir, même l'amour. Antonio, l'homo qui en veut tout autant et qui cherche à recouvrer la fougue d'une jeunesse insouciante. Rencontre des deux personnages, coup du sort, avec pour chacun des protagonistes la perception de l'évènement. Allumette incandescente. Consommation éclair. Cendres. En cherchant à calmer ses blessures, on aggrave parfois ses plaies. La jeunesse meurt avec l'amour.
EXTRAITS
L'embauche
Et merde ce que je suis déprimée ! Il fait beau, tout le monde se la coule douce dans les rues à croire qu'à Paris on bosse pas l'été. Quand on pense que dans quelques minutes y'a une conne qui va passer un entretien pour trouver du boulot dans un supermarché, ça me fout la gerbe ! Tout ça pour nourrir mon gosse, et pour ne plus entendre ma mère hurler que je ne fous rien. Je ne sais même pas ce que je vais bien pouvoir raconter lors de mon entretien et surtout, je ne sais même pas si je vais avoir l'air suffisamment motivée pour décrocher ce poste minable de caissière.
La clope
Encore une demi-heure et j'ai plus de clopes. Je cherche du regard le premier bouffon qui voudra m'arranger et je le trouve. Il n'est pas loin, juste à deux tables de la mienne. C'est un mec d'une quarantaine d'années, assez bon chic, bon genre, mais le style carrément coincé du cul qui attend de tromper sa femme pour avoir l'illusion de mener une vie passionnante et mouvementée. Je l'agresse direct :
- Excusez moi, monsieur, je peux vous demander une cigarette ?
Evidement, l'autre s'exécute sur le champ. Parfois, je me demande pourquoi je me fatigue à réclamer alors qu'il n'y a jamais de surprise, les mecs sont tellement cons ! Ils s'imaginent que s'ils offrent une clope à une meuf, ça y est, c'est bon, ils peuvent lui demander son cul. Ou une pipe. Je devrais me servir moi-même. J'aimerais bien qu'un jour, un mec m'envoie chier lorsque je lui taxe une clope. Celui-là, ce sera le moins con des autres qui s'imaginent que quand on taxe, on drague et que c'est dans la poche. Bon ok, j'admets que sur le coup, un mec qui m'envoie chier je le détruis en deux coups de cuillères à pot, mais avec le recul, je trouverais ça cool et intelligent. De toute façon y'a pas un mec pour rattraper l'autre, alors on peut toujours imaginer des éventualités.
C'est donc dans la seconde que je me retrouve la clope au bec, avec le feu en prime et il ne faut pas beaucoup plus de temps pour que le blaireau prenne sa tasse de café et vienne se coller à ma table, sans même me demander mon avis. Je lui jette un regard de la mort car je sais ce qui m'attend. Mais pensez-vous que cela fasse effet sur un mec qui ne pense pas plus loin que le bout de sa queue ?
- Vous êtes parisienne ?
Commence-t-il par me demander, en vrai pro de l'originalité. Je ne réponds pas. Il insiste :
- Vous êtes touriste ?
Le pauvre mec, j'y crois pas ! J'inspire profondément et réponds :
- Mais de quoi j'me mêle, connard ! Qu'est-ce que ça peut te foutre que je sois de Paris, de Toulouse ou de Brie-Comte-Robert ?! Tu veux quoi, là, me la fourrer ? Non mais rêve pas et fous moi la paix, s'te plaît !
- Ecoutez, mademoiselle, faut pas vous emporter, je…
- Mais il me pète les couilles celui-là !Plan cul
Valable…Est-ce que ce mot existe dans l'univers des pédés ? Et est-ce que je sais ce que ça veut dire, au fond, d'être valable ? Bof…tout ça me gave, et je me dis que les pédés c'est bien pour baiser et qu'il ne faut pas espérer beaucoup plus de leur part. J'ai l'impression, depuis Miguel, que je ne vivrais plus d'histoires sentimentalement correctes avec un mec. C'est comme si ce connard avait rempli ma " coupe à sentiments " jusqu'au bord, jusqu'à la faire déborder et vomir. Plus de place pour un autre. Des fois, j'ai envie de démarrer autre chose et puis quand ça se présente je recule, comment veux-tu, comment veux-tu que je t'encule ? Alors je m'astreins à de simples plans cul, au moins ça fait du bien et ça prend pas beaucoup de temps. Droit au but, sans prise de tête et plein le fion. Pas d'embrouille pour des tromperies. Pas de crise pour du ménage pas fait ou je ne sais quoi d'autre. Pas de sentiment d'étouffement. Pas d'emprise ni d'obligation. Mais de la solitude. Parce que baiser c'est bien, mais y'a pas que ça. Et quand y'a pas que ça, on aimerait juste baiser quand ça nous prend, et avec qui ça nous chante. Aujourd'hui, j'en suis au stade des relations sans lendemain, purement sexuelles, avec des types rencontrés ici et là et que je n'ai plus envie de revoir une fois l'acte consommé. La queue m'intéresse davantage que l'esprit, c'est le constat du jour et je sais que je suis entré dans une sorte de cercle vicieux. Baiser avec qui je veux et quand je veux, ne jamais être frustré sexuellement, ça bouffe l'amour et son équilibre. Je le sais mais c'est devenu ma drogue, mon moyen d'exister en me persuadant qu'on m'aime et qu'on me désire. En gros, je suis un névrosé sexuel et tout ce que je demande, c'est de pouvoir me sortir de cet état quand il le faudra. Je sais qu'il y a un cap de non retour, et je ne sais pas quand on le franchit. C'est peut-être déjà trop tard pour me reposer sur les rails d'une normalité affective.
Drague
Pour ne pas changer, je suis sorti me bourrer la gueule et baiser. J'ai déjà écumé quatre bars gays et maintenant que je suis tombé dans ce trou à rats, je me dis que ce soir, c'est pas le bon soir pour trouver de la viande fraîche et appétissante. Ici non plus, y'a rien à se mettre sous la dent. Même dans les lieux de baise, je ne trouve rien. C'est peut-être parce que c'est un lieu de baise, d'ailleurs. Je sirote mon troisième gin tonic de l'endroit et je mate, blasé, en n'espérant plus vraiment que quelque chose vienne satisfaire mes pauvres frustrations du bas du ventre. Au bar, y'a bien trois vieux qui ne demanderaient que ça de me la fourrer, mais mon envie n'est pas encore assez grande pour pouvoir me taper le premier venu. Ca m'arrive bien de tomber aussi bas, mais c'est rare et je ne suis pas encore véritablement bourré. Je ne me rappelle que d'une seule fois, ici même, où j'avais tellement envie de me vider les couilles que je me suis laissé pomper par un mec qui ne me branchait pas une seule seconde. Mais il a avalé et j'ai trouvé ça un brin original, moi qui n'aime pas me faire pomper.
Monsieur à Madame
Antonio est putain de beau avec ses yeux noirs brillants. Une fois dehors, il chope une bonne femme et lui demande direct si elle est plutôt " beurre ou margarine ". Moi je suis morte de rire surtout quand je vois c'te conne chercher et répondre : " je suis plutôt margarine ". N'importe quoi. On dira aussi " bonjour madame " à des dizaines de mecs et logiquement des " bonjour monsieur " à autant de bonnes femmes sur notre chemin. On chantera Et je danse de Lova Moor parce que c'est une grande chanteuse et ça, jusqu'au métro. Inutile de vous raconter ce qui se passera dans les wagons parce que c'est de la même trempe. Sauf le passage où j'ai sorti ma bombe de laque de mon sac, pour en mettre plus sur le voisin de derrière que sur ma tête. Ca, effectivement, c'était super drôle et ça mérite que j'en parle. J'en ai mis sur tout le monde, en visant bien haut au-dessus de ma coiffure et c'était super rigolo. J'ai même cru qu'Antonio allait se pisser dessus.
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Résumé et Extraits de QUINTETTE pour ma LIBERTE
De Jean-François GAUBERT
Résumé du book en 4ème de couvertureC'est l'histoire de Sylvain, un p'tit gars épris de liberté. La nostalgie de l'adolescence, son refus de l'avilissement causé par les règles et les devoirs. C'est son besoin d'exploser sa personnalité, d'oser s'affirmer par rapport à tous ceux qui l'ont poussé, petit à petit et malgré lui, dans le sillon de la bonne conduite. Ce sont ses interrogations sur lui, sa femme, son boulot, ses amis, les gays et sur les gens qui l'entourent. Vrai que ça n'est pas facile de réfléchir au monde dans lequel on vit. D'ailleurs, des fois, vaudrait peut être mieux ne pas s'y attarder. Mais Sylvain a 4 amis, 4 + 1 pour un quintette, et grâce à eux, les choses vont peut être changer...
EXTRAITS
Sortir du moule et s'affirmer
Rester soi-même pour ne pas devenir comme tous ceux qui nous entourent et qui s'emprisonnent dans la société, ceux qui entrent dans le moule et qui ne décident d'en sortir que lorsqu'il est trop tard. C'est le genre de rébellion qu'on revendique quand on est adolescent, quand on s'amuse à emmerder les vieux et qu'on ne veut surtout pas leur ressembler. Le problème, à ce stade de la vie, c'est qu'il manque l'expérience et que, parfois, on est totalement à côté de la plaque. On emmerde ses parents sous prétexte d'être soi-même et de vouloir voler de ses propres ailes alors qu'en fait, on ferait mieux de fermer sa gueule. Parfois seulement, parce qu'au fond, le principe est fondamentalement très bon. Après, les années passent et les expériences affluent. Mais au lieu d'exploiter ses acquis au profit d'une rébellion mieux gérée, plus construite et plus intelligente pour sa propre personnalité, on endort ses qualités qui nous sont propres pour ressembler à monsieur tout le monde.
Le quintette de mes amis
Avec le temps, et avec la maturité de nos amitiés (je parle du quintette que je forme avec mes amis), j'ai compris que nous avions une place, un rôle à tenir dans les sentiments qui nous soudent. Pour re-parler de cette splendide métaphore des cinq doigts d'une main, je veux dire que sur la paume de celle-ci, nous sommes un doigt chacun, différent des autres, avec des fonctions propres comme les vrais doigts d'une vraie main... Pour résumer j'ai quatre amis. Deux filles et deux garçons. Et avec moi, ça fait cinq. Comme les cinq doigts d'une main normalement constituée, tous accrochés à la même paume, au même noyau, à la même souche... 5 doigts aux qualités définies forment une force commune : la main. Mais ce sont cinq doigts placés dans un ordre inculqué, et si on modifie cet ordre, la force générale s'en trouve perturbée, parce que l'ordre habituel a été accoutumé. Tout ça pour arriver à quoi ? Que nous cinq (donc moi et mes amis, faut vraiment tout rabâcher) avons chacun un rôle et une fonction dans une force commune. Nous formons un équilibre grâce à l'assemblage de nos différences...
La fête des cons et de toute la clique
Revenons-en aux fêtes des mères ; des grand-mères et de toute la clique...
Moi, je propose pour tous les jours de l'année une nouvelle fête, et on peut même se permettre quelques artifices ou effets de style. La fête des cons le 12 juillet (putain, y'aurait du monde, faudrait prévoir assez !) ; la fête du slip le 6 août ; la fête des menteurs le 18 ; la fête des hypocrites le 9 septembre (on pourrait la faire toute l'année, celle-là) ; la fête des pauvres le 20 (quoi que c'est pas très rentable) : la fête du cul ; puis la fête de ceux qui ont une grosse bite ; de ceux qui puent du bec ; de ceux qui volent dans les magasins ; de ceux qui chient dans leurs frocs ; de ceux qui n'aiment rien ; de ceux qui sont sales ; de celles qui ont un stérilet ; puis une fête spécial ménopause ; une fête pour ceux qui ont un ballon de foot à la place du cerveau (ceux qui regardent TF1) ; une fête pour les anciens drogués ; une pour les nouveaux ; une fête pour les gros ; une fête pour les fans de Loftstory ; une fête pour Mireille Mathieu, notre patrimoine national ; une autre pour Zizi Jeanmaire…365 fêtes et une 366ème pour les années d'excellence. Imaginez l'euphorie ; l'extase suprême ? Plus de Sainte Odile ou de Sainte Nitouche ; que des fêtes thématiques. Moi j'le dis, ça le ferait et si je fais un peu rabat-joie à critiquer la fête des reums et les deux ou trois autres du même acabit, je suis pour une générale étalée sur tous les jours de l'année. On s'amuserait et ça rendrait les gens moins coincés du minou.Ma planète
Donc, je ne serai jamais libre, sauf sur ma planète merveilleuse que j'imagine souvent. Et s'il existe un paradis, je souhaite qu'il ressemble à ma planète et, au jugement dernier, et face à celui qui pète pour faire le vent, qui pisse pour faire la pluie et qui gronde pour faire l'orage, je dirais : " C'est moi Sylvain, et je veux ma planète. Y'aura que de l'amour. De l'égalité. De la tolérance. De la paix. "
Et le grand chef répondra : " Et des gays ?! "
Je dirais : " ha ! "
Il répondra : " Ben oui, c'est exactement ce qu'ils veulent aussi. Dois-je leur ouvrir les portes de la parcelle 344 à eux aussi, en comptant sur vous pour qu'ils n'en reviennent pas ? "
Je dirais : " Ben...c'est que… "
Et là, je boirais un bon porto pour m'aider à réfléchir.L'homosexualité, un problème...
Pourquoi est-ce que l'homosexualité me pose tant de problème ? C'est vrai, et je l'admets, il faut tout le temps que j'en parle, et que je me sente mal à l'aise vis à vis d'elle. Comme si j'avais quelque chose à me reprocher, comme si je devais craindre quelque chose. Je ne suis pas gay, comme ils disent tous, parce que je n'ai aucune attirance pour le cul d'un mec, et encore moins pour sa queue. Aucune attirance consciente. Mais peut-être, justement, que j'en ai une inconsciente, et c'est pour
cette raison que cela m'effraie à ce point. Après tout, si j'étais totalement positionné sur le sujet, je ne vois pas pourquoi cela me dérangerait de savoir que des mecs s'enfilent entre eux, et que certains, face à mes charmes indéniables, ont du mal à résister. J'en aurais simplement rien à foutre et je n'en parlerais pas comme j'en parle. En fait, je suis un peu comme tous ces beaufs qui cassent du pédé parce qu'ils en ont peur. J'ai peur des pédés, et c'est assez difficile à admettre quand on est un vrai mec, mais c'est clair et net la vérité...
J'ai toujours été réfractaire à l'idée de savoir deux mecs ensemble parce que cela m'entraîne à reconnaître la féminité masculine, ma féminité et celle de tous mes semblables......
Jean-François Gaubert eric698@wanadoo.fr
Son site: http://www.jfgaubert-ido.com