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Fulgures
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Mais qui est ton prochain? Justine Miso, juin 2005.
Un intello relativement âgé Justine Miso, juin 2005.

 

 

 

Alors Justine... t’es qui ?

Justine est une femme. C’est bien là l’essentiel de sa caractérisation.

Elle écrit des fulgures, textes d’une à trois pages.

Parisienne, célibataire (même quand elle ne l’est pas), proche de la trentaine et de Corinne Charby (ceci n’est pas une petite annonce ), Justine réalise avec (vous trouverez un qualificatif genre « brio », « humour » « autodérision décapante ») une mise au point sur les plus belles années de sa vie. Ses histoires d’amour toujours plus réussies sont tellement surprenantes qu’elle ose les raconter intégralement sans peur des reproches.

Entre Bridget Jones et Virginie Despente, elle vous montre les malheurs de sa vertu à travers ses rencontres d’hommes, toujours plus suprenants, plus insolites pour sa jubilation égoiste, que vous partagez peut être.
Elle les publie au rythme d’une par semaine sur son site. Mais elle a plein d’autres histoires en stock (dans son ordinateur et même dans sa petite tête de blonde) et serait (très bien) disposée à discuter avec un éditeur d’une éventuelle publication
papier.

Bien sûr, aucune des histoires n’est libre de droit... pas vénale... pas mégalo, Justine est juste parfaite. Point.

Mais qui est ton prochain ?

Ce message, sur le linteau de l'église Saint-Vincent-de-Paul du Xème arrondissement de Paris, a récemment remplacé le traditionnel " aime ton prochain " message millénaire du fils du seigneur. Il m'a laissée perplexe….

Du coup, au lieu d'aimer mon prochain comme je le fais d'habitude, je me suis demandée qui allait être le prochain… Il faut dire que les précédents étaient assez spéciaux….

Il y a eu Eric (toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé n'est bien entendu, comme le veut l'usage, que pure coïncidence, les prénoms ayant été modifié pour le bien être du rédac chef). Eric était un jeune homme tout à fait " bien sous tout rapport ", peut être un peu trop finalement… vous savez ce genre de prince charmant qui attend, attend, attend, très longtemps… avec la précédente, il avait attendu quatre ans… oui oui, deux fois deux ans, deux puissance deux ans, deux ans et encore deux ans, c'est normal de respecter les femmes m'a-t-il dit, deux ans pour lui, deux ans pour elle, jusqu'ici tout va bien… Quand j'avais quinze ans, ça m'aurait plu de rencontrer quelqu'un comme ça mais dix ans après, je ne voyais plus les relations hommes-femmes sous le même angle.
J'ai voulu négocier deux minutes pour lui et deux minutes pour moi et j'ai obtenu deux jours chacun ; cela paraissait encore envisageable.

Je n'étais pas au bout de mes peines avec mon actuel du moment et je commençais à songer à mon prochain. Avec toutes, il éteignait toujours la lumière. Normal aussi : ne pas les mettre mal à l'aise est essentiel. Il n'y avait pas à dire, Eric était un mec bien. Au bout de quelques semaines de conversations intensives, j'ai fini par penser " un mec trop bien ". Je lui ai dit que j'étais belle et rebelle, que j'en avais marre du respect et qu'il faudrait que j'aime mon prochain…. Bref, je suis partie.

Le suivant, à dire vrai, je l'ai rencontré dans les heures qui ont suivi la dernière discussion avec Eric… et, forte de mon expérience passée, Fabien n'était pas, comme Eric, " quelqu'un de bien ". C'était même un homme pas du tout recommandable. Toutes les femmes ayant un minimum de bon sens auraient changé de direction, mais qui a jamais dit que les femmes avaient du bon sens ? Elles n'ont que de l'intuition, c'est admis ! C'était un homme à fuir et qui aurait affolé mes parents, j'en suis certaine, s'ils l'avaient connu…. Il ne lui manquait que quelques clous et tatouages pour qu'il soit définitivement classé " mauvais garçon ". Si vous saviez la séduction qu'opère la folie sur les femmes, Messieurs, vous cesseriez immédiatement de vous coiffer. Fabien apparut donc séduisant en diable. Le manque de sensations fortes et quelques semaines de conversations intensives avec Eric avait peut être, c'est envisageable, légèrement altéré mon jugement.

J'avais rencontré Eric dans un stade, lieu sportif fréquenté par des gens sains, mais le rentre-dedans avec Fabien a commencé dans le métro, lieu mal famé par excellence. Il m'a repérée à travers la porte encore fermée, a voulu entrer alors que je sortais. On était déjà en phase. Il m'a fait remarquer l'attraction que nos corps exerçaient l'un sur l'autre et m'a proposé un dîner libertin le lendemain de notre rencontre. C'est merveilleux la diversité humaine ! Ca m'a réconcilié avec les hommes.

Quand j'ai raconté ça à Gérard, il m'a emmenée à l'église et m'a demandé " et alors, qui est ton prochain ? ".

Justine Miso, miso.justine@entierement.nu
Site: http://justine.miso.entierement.nu

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Un intello relativement âgé

J'allais donner comme titre à cette chronique pathétique mais néanmoins humoristique des hommes de ma vie " un vieil intello " puis je me suis dit que le vieil homme en question avait certainement une dizaine d'années de moins que mon lecteur préféré et j'ai modifié mon titre… avant même une seule remarque ! Ça s'appelle de l'auto-régulation et vous pouvez remercier ou maudire mes parents pour cette éducation.

Plus de trois mois le jour où il a gagné que cet énarque ventripotent me faisait une cours des plus assidue alternant littérature fine et crudité déplacée avec ses plans en trois parties " Baise, Anti Baise, Saint Baise ".
A priori, il n'avait aucune chance, trop vieux, trop riche (vieille phobie de passer pour " la petite jeune qu'on peut acheter "), trop pompeux et peut être pas assez pompant… normalement, je sélectionne un amant sur ses capacités physiques et son corps qui promet des délices et fait fonctionner mon imagination. Mais il faut cesser de croire que la formation est si mauvaise en France… les énarques sont souvent persévérants, ils causent bien notre belle langue et savent séduire avec n'importe quoi (à défaut d'autres choses, on est rassuré sur l'avenir de notre pays sauf s'ils l'emploient tous à conter fleurettes à de jeunes femmes).

J'ai toujours été sensible aux hommes qui écrivent bien, atteinte de bovarysme aigu depuis un très jeune âge, maladie développée et entretenue par mes professeurs de lettres successifs. J'avais déjà reçu, quelques années auparavant, ma plus belle lettre d'amour d'un énarque… " trois parties et trois sous-parties, ça te fait bander ? " m'avait demandé mon courtisan avec une subtilité qui grandissait comme son physique.

Un soir, alors que j'avais deux heures à perdre au milieu de ma capitale préférée, je l'ai appelé pour lui annoncer que je capitulais. Le temps de décider d'un lieu de rendez-vous, les deux heures s'étaient réduites à trois quarts d'heure qui se sont amenuisés à une demi-heure lorsque j'ai essayé de le convaincre que finalement un café, ça serait bien aussi.

Nous sommes donc allés à l'hôtel (merveilleuse la diplomatie française, je vous le dis). Il a noté " Du Gland " avec un D à la fin comme nom sur le registre que lui tendait le tenancier, prouvant par là même qu'il avait cette capacité, chère à nos ambassadeurs : mentir en disant la vérité.

Nous avons parlé de corps… d'Etat. Une demi-heure à discuter de l'oral de l'ENA, et de ses quatre corps (le mien se faisait oublier). Pour pénétrer le corps de contrôle, il n'eut pas à contrôler la pénétration de son corps. Son sujet, fort opportunément, n'abordait pas la vie qu'il risquait de faire naître mais la mort. Il traita d'ailleurs la mort sous un angle purement comptable (nombre de places dans les hôpitaux, nombre de personnes risquant de mourir en cas d'épidémie, coût des morts pour la société), éludant ainsi la problématique philosophique attendue.

Dès lors, je ne me suis plus étonnée du manque de visibilité et de lecture politique dans ce pays. Inutile en effet de s'attarder sur des problèmes de valeurs ou d'obscures réflexions sur le sens de la vie puisque tout était abordé sous un angle technique… par contre, les problèmes de gestion lors de la canicule me laissent d'autant plus perplexes qu'ils semblent faire l'objet de compétences fortes. Manifestement, nos énarques y ont réfléchit ! En fait, c'est lorsque mon compagnon d'un genre nouveau m'a parlé de son ami Nicolas S. que j'ai réalisé que j'avais vraiment de mauvaises fréquentations.

Nous nous sommes quittés à l'heure prévue en se promettant que la prochaine fois… il me raconterait l'écrit.

Justine Miso, miso.justine@entierement.nu
Site: http://justine.miso.entierement.nu

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