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Marie-Anne Gasior: Les Garamounds
PREMIERE PARTIE : LE MANOIR
Chapitre 1
La route tortueuse menant au manoir s'enfonçait dans les Highlands et la végétation luxuriante prit petit à petit le dessus, laissant les habitations loin derrière. Le pick-up vira à droite, empruntant un chemin de terre bordé d'érables tous plus majestueux les uns que les autres. Certains d'entre eux se rejoignaient en leur sommet, conférant à l'allée une zone d'ombre et de fraîcheur sans pareille. Quand, au détour d'un virage, la prestigieuse demeure apparut dans toute sa splendeur. Dominant un parc aux nombreuses essences d'arbres, de feuillus et de buissons en fleurs, elle étalait fièrement son chef-d'œuvre architectural et semblait défier la vaste étendue des hautes terres.
-Que c'est beau, s'interloqua Mme Carlington éblouit par la magie qui se dégageait du site.
-Je suis fort aise que ça te plaise. Et attends de voir l'intérieur ! Il est absolument incroyable ! digne d'un conte de fée ! Je t'assure.
Bâti en briques, pierres et ardoises, l'édifice devait être à l'origine, le lieu de rendez-vous de tous les amateurs de chasse à courre de la région, une " Country-house "comme on la nommait à l'époque. Les façades en briquettes terre de sienne, semblaient avoir revêtu leurs apparats de fête. La multitude de fenêtres à petits carreaux facettés et teintés, jouaient avec les rayons du soleil. Les vieilles pierres de taille des angles apportaient à l'ensemble de la construction un aspect cossu et presque indestructible. Les appentis de toit, dont on pouvait aisément en dénombrer une bonne vingtaine, exhibaient une nuée de cheminées et de lucarnes. L'axe central, une tour octogonale d'une hauteur vertigineuse et flanquée d'une toiture en poivrière, était ornée quant à elle d'au moins une demi-douzaine de fresques sculptées dans la pierre et représentant diverses scènes de chasse. Attenant à cet impressionnant donjon, deux bâtiments moins hauts mais dont l'architecture était tout aussi soignée, se propageaient chacun de leur côté sur cent cinquante mètres carré. L'aile sud du manoir, très certainement la mieux conservée des deux, avait gardé un charme indéfinissable. L'aile nord, quant à elle, avait souffert des événements tragiques qui s'étaient déroulés à l'époque où le Comte vivait encore. Elle menaçait ruine et la toiture, n'ayant pas résisté à l'assaut fatal des flammes, s'était en partie effondrée et l'on pouvait craindre à tout moment que le toit ne s'écroule en entier. Bon nombre de fenêtres avaient inévitablement brûlé et à présent le lierre proliférant de façon fulgurante s'agrippait tant bien que mal sur les murs, obstruant la plupart des ouvertures, s'infiltrant dans les moindres fissures. L'unique accès permettant d'entrer dans le manoir, se situait au niveau de la tour. C'était une imposante porte voûtée, un peu comme celle que l'on trouve dans les châteaux forts. Bardée de fer forgé, le tympan était orné d'un bas relief à fleurs de lys et la gâche, dissimulée derrière l'épaisse couche de flore locale, s'étalait sur une trentaine de centimètres de long.
Nikko introduisit la clé dans le trou de la serrure et du la tourner plusieurs fois avant que le pêne dormant ne se rétracte. Actionnant fortement la poignée, il parvint enfin ouvrir la lourde porte en grand. L'épouvantable crissement qui se produisit, effraya les nombreux oiseaux qui prirent leur envol fracassant simultanément. Surpris par tout ce brouhaha, les Carlington se retournèrent et admirèrent un moment les volatiles en plein essor. " Il faudra absolument que je graisse les gongs, pensa le jeune homme tout en poussant le fauteuil de sa mère dans l'entrée.
-Chère Madame Carlington, annonça t-il fièrement, je vous invite à faire le tour du
propriétaire.
C'est avec une grande émotion qu'ils se retrouvèrent dans l'immense hall. Les diverses statues et motifs décoratifs déclinant la symbolique du soleil emplissaient la pièce, créant une atmosphère presque mythique. Au centre, un escalier monumental tout en pierre blanche, s'élevait dignement . A mi-parcourt, il se divisait en deux, desservant ainsi les étages. Comme dans toutes ces vieilles bâtisses demeurées longtemps inhabitées, les araignées avaient envahit de leurs toiles épaisses les moindres recoins et une fraîcheur poignante régnait. Ce hall permettait aussi de circuler de l'aile nord à l'aile sud. Il était pour ainsi dire le passage incontournable pour passer de l'une à l'autre. L'accès de ces bâtiments s'effectuait par deux portes à doubles battants. Placées l'une en face de l'autre, elles paraissaient se dévisager. Celle de droite, en piteux état, était barricader par de grosses planches clouées et portait un écriteau :Attention danger. Inscrit en lettres capitales rouges vifs, on ne pouvait le louper. Celle de gauche était intacte. Ses boiseries représentait un travail en ébénisterie fort intéressant. Elle était grande ouverte dévoilant un long et large corridor tapissé de fenêtres. Ce couloir assuré l'accès de toutes les salles du bâtiment sud. Il y avait là une salle de repos, un grand salon et une salle à manger. Puis suivait la cuisine avec sa cave,
la buanderie, la chaufferie et pour finir un petit coin pour sa toilette intime et ses besoins naturels. L'état de la salle à manger et du salon était spectaculairement bien conservé. On pouvait distinguer la richesse de leur décor en marbre et la qualité des bronzes ciselés des cheminées. Les parquets en chêne massif aux teintes nuancées, dessinaient des formes à
géométrie variable très originales. Bien évidemment tout ceci avait besoin d'un bon coup de nettoyage et d'un rafraîchissement au niveau des peintures, mais il est vrai que cette partie ne nécessitait pas de grands travaux de rénovation.
-C'est absolument époustouflant !s'exclama à nouveau la vieille dame comme envoûtée. Le Comte avait tout de même d'excellents goûts, c'est une évidence.
Le regard enjoué de Mme Carlington fut pour Nikko la plus belle des récompenses.
-Je suis tellement heureux de t'entendre dire ça, remarqua t-il puis se retournant vers elle " Comme tu peux le constater, il y a quand même du travail avant que l'on puisse aménager. J'espère bien que tu prendras une part aux travaux, car ne crois pas que tu vas t'en sortir aussi facilement !
-Comment donc ?s'étonna la vieille dame, serais tu devenus fou !
-Peut-être bien.
-Mon fils est tombé sur la tête ! je ne vois rien d'autre à dire !
Nicolas ne put s'empêcher de sourire, il aimait taquiner sa mère de temps en temps :
-Il faut que tu choisisses la pièce qui deviendra ta nouvelle chambre !c'est là, la tache qui t'incombes et ce ne sera pas une mince affaire.
-Et bien détrompe toi ! Je sais pertinemment celle qui sera mienne car mon choix est déjà fait.
-J'ai effectivement remarqué que le grand salon ne t'as pas laissé indifférente.
-Nicolas, tu n'y penses pas ! Cette pièce est bien trop belle et trop grande à la fois, je m'y sentirai comme perdue. Elle te sera bien plus utile crois moi. Toutefois, j'ai remarqué ce que tu as nommé comme étant la salle de repos. Je pense très sincèrement que cet endroit sera parfait, je ne pouvais espérer mieux.
Mme Carlington dirigea son fauteuil vers la dite salle.
-Regarde, je serai comme une reine ici, par contre je me demandais si je pouvais
l'aménager à ma convenance ?
-Maman ! Quelle question ! Tu es la maîtresse de maison ! Il me semble te l'avoir déjà dit !libre à toi de faire ce que tu souhaites ! Et puisque je constate que tu sais ce que tu veux, il faudra absolument que tu me fasses part de tes préférences en ce qui concerne la décoration.
Mme Carlington était aux anges. Elle demeura sans dire un mot, imaginant déjà les différents agencements possibles. Là, le petit guéridon déniché dans une brocante du temps ou son cher et tendre mari était encore de ce monde, ici la vieille armoire aux miroirs biseautés, bel héritage de famille. Et sur ce pan de mur son lit à baldaquin serai idéalement placé !
. -Que me demandais tu ?questionna soudain la vieille dame revenant à elle. " Ah oui le papier peint ! Tu sais bien que le rose est ma couleur favorite, pour le reste je m'en remets à
tes goûts personnels…Mais ou es tu donc passé ?
-Je suis juste à coté, lanca Nikko d'un ton préoccupé.
Le jeune homme avait amené avec lui les plans du manoir et s'étant installé sur la grande table en marbre de la salle à manger, il les avait étalés et passait au crible tous les détails.
-Vois tu, reprit-il la tête plongée dans les documents, le bâtiment nord, celui qui est absolument inaccessible dans l'état actuel des choses, comporte une salle de réception qui paraît immense, puis une bibliothèque ainsi qu'un bureau. Toujours d'après les informations du schéma, il devrai y avoir une salle d'arme, une salle de sport et pour finir un petit cabinet de toilette comme celui de l'aile sud. En ce qui concerne le bâtiment ou nous nous trouvons, l'étage possède quatre belles chambres avec pour chacune d'entre elles une salle de bain attenante. Je pense très sincèrement que dans un premier temps nous logerons dans cette partie du manoir, qui de toute évidence, est suffisamment spacieuse. Peut-être pourrons nous l'habiter plus vite que ne je pensais ! C'est très encourageant !
-Surtout mon chéri, ne jamais confondre vitesse et…
-…précipitation, je sais, interrompit Nikko. De toute façon Pitt doit passer et nous étudierons tout cela avec lui.
-Pitt ? Tu veux parler de Peter Devillard ? Tu le fréquentes maintenant ?
-Oui, c'est d'ailleurs le seul ami d'enfance que j'ai revu. Nous avons déjeuné ensemble voici une quinzaine de jours et je lui avais fait par de mon projet immobilier. C'est alors qu'il m'a proposé ses services. C'est un pro en la matière ! Je sais que ses conseils et son savoir faire me seront fort utile.
-Pourtant tu ne t'es pas toujours bien entendu avec lui. Je dirai même qu'à une certaine époque, c'était ta bête noire.
- De simples querelles d'adolescents, il faut savoir tourner la page. Je dois t'avouer qu'il m'a semblé digne de confiance pour un tel projet. Il est sérieux et consciencieux . J'ai donc décidé de l'employer et puis des chantiers de cette envergure ne se présente pas tous les jours, pour lui c'est une véritable aubaine. Je suis heureux de pouvoir l'aider dans ce sens là.
-J'avais effectivement oui dire que son entreprise avait frôlé la faillite et c'est tout à ton honneur de lui confier un tel ouvrage. Si je ne m'abuse, il a deux enfants en bas âge et sa femme est sans emploie.
Mme Carlington était décidément au courant de tout, difficile de lui cacher quoi que ce soit. Elle en surprenait à chaque fois Nicolas qui se demandait comment elle pouvait en savoir aussi long sur le passé de toutes ces personnes.
Le ronronnement d'un moteur vint brusquement troubler leur discussion et Nikko alla voir par l'une des sept fenêtres du corridor :
-Justement, reprit-il tout en jetant un rapide coup d'œil à sa montre, le voilà qui arrive ! Et quelle ponctualité ! Ca aussi c'est une qualité que j'apprécie.
Une fourgonnette blanche venait de faire halte dans la cour. C'était un vieux modèle et la carrosserie portait, ça et là, des rayures que la rouille commençait à ronger. De chaque coté, un petit encadré se remarquant de loin et destiné à se faire un peu de pub, disait " Entreprise Devillard. Ne bâtissez plus par hasard. " Un homme à la chevelure blonde comme les blés et colossalement grand en descendit. Il avait la trentaine mais en paraissait beaucoup plus. Les traits tirés comme s'il venait de passer plusieurs nuits blanches et le visage si rouge qu'on aurai pu croire que le soleil avait définitivement laissé son emprunte sur sa peau, il s'avança. Il paraissait fatigué, marqué par les épreuves de la vie. Il rejoignit Nikko qui l'attendait sur le perron et après une poignée de main chaleureuse, ils entrèrent tous deux dans la demeure :
-Alors c'est fait, tu l'as finalement acheté ?demanda Pitt tout en contemplant le hall.
-J'ai signé ce matin et avec ma mère nous étions en pleine découverte des lieux.
Le grand blond surpris par la présence de la vieille dame, qu'il n'avait pas aperçu, s'empressa d'aller la saluer.
-Bien le bonjour Madame Carlington, cela faisait longtemps qu'on ne s'était vu.
-C'était il y a quinze ans mon petit et je vous avez invité à prendre une boisson chaude à la maison. Et oui ! Cela remonte à quinze longues années, je me souviens très bien de votre jolie frimousse blonde. Vous étiez alors âgé de seize ou dix sept ans. Tout ceci ne nous rajeunit certes pas mais les souvenirs, pour une vieille dame comme moi, c'est presque tout ce qui me reste.
-Heureux de constater que votre mémoire ne faillit pas, car je dois vous avouer que je ne m'en souvenais plus du tout.
-Si je n'ai plus mes jambes, il me reste ma tête. Et encore ! Parfois elle me joue, elle aussi, de vilains tours. Mais dites moi donc mon petit, comment se porte toute votre famille ?
-Bien. On essaye de faire ce que l'on peut. Oh ! Ca n'a pas toujours été facile car les temps sont durs et le travail se fait rare dans la contrée. Mais on ne va pas se plaindre, toute la famille a la santé et c'est le principal.
-C'est donc vous qui allez prêter main forte à mon fils ?
-Oui, c'est une belle bâtisse qu'il a acquiert et on va faire le nécessaire pour que vous puissiez l'aménager au plus vite.
-Je vous laisse donc régler tous ces détails avec lui car, pour ma part, je suis une novice dans ce domaine. Sachez toutefois que j'ai eu plaisir à vous revoir et je pense que nous serons amené à nous rencontrer à nouveau. Allez donc tous les deux, le travail vous attend. Surtout ne vous en faites pas pour moi ! L'endroit est magnifique et la vue idyllique. Je n'aurai pas le temps de m'ennuyer.
Il fallut à peine une demie heure aux deux hommes pour passer en revue toutes les pièces de l'aile sud mais l'état de la charpente de l'autre bâtiment posa souci à Pitt :
-Avant de commencer quoi que ce soit, conseilla t-il, je suis d'avis de refaire entièrement cette partie de toiture. Elle risque s'écrouler à tout moment ! C'est d'ailleurs surprenant qu'elle soit encore debout ! Je crains le pire !
Le grand blond ne cacha pas son inquiétude.
-Surtout, que personne ne pénètre cette partie du manoir, ajouta t-il. Elle est vraiment dangereuse et il faut faire au plus vite pour éviter une catastrophe ! Ecoute, dès demain on monte un échafaudage. Qu'en penses tu ?
-c'est parfait pour moi, esquissa Nikko. Et pour les délais, quand estimes tu que l'on pourra habiter les lieux au plus tôt ?
Pitt fit grise mine :
-Je ne peux rien te promettre pour l'instant. Tout dépendra de l'état de la charpente. Mais prévois néanmoins un bon mois rien que pour le toit. En ce qui concerne les matériaux, n'ai aucune crainte, je m'en charge.
Nicolas soupira. Il n'avait pas vu les travaux sous cet angle là et fut bien obligé de changer son fusil d'épaule. Cette charpente menaçante représentait un réel danger et les recommandations avisées de Pitt n'était pas à prendre à la légère.
-Nous feras tu l'honneur de rester déjeuner avec nous ?demanda le jeune Carlington, qui ne regrettait en rien d'avoir fait appel aux services de son ami.
-Je te remercie beaucoup mais ma femme m'attend. Une autre fois peut-être.
Le grand blond salua les Carlington. Il paraissait pressé et c'est à toute allure qu'il s'éloigna à bord de sa fourgonnette.
Nicola avait rejoint sa mère, qui impatiente, voulu connaître leur conclusion :
-Alors, quand est-il ?
-Ce sera sans doute plus long que je pensais, j'en ais bien peur. Pitt n'a pas caché son inquiétude en ce qui concerne la toiture de l'autre bâtisse. Ses explications ont été très claires. Si cette partie venait à s'effondrer, elle occasionnerai au passage de graves lésions au niveau de la tour et tout cela pourrai être lourd de conséquence pour le manoir en entier. Il faut donc faire au plus vite et parer au plus urgent. Demain à 8 heures nous nous attaquerons à cette maudite toiture. Quand même, l'incendie a dû être d'une rare violence pour faire autant de dégâts.
-Cela est certain, rétorqua vivement la vieille dame " à ce qu'il paraît les flammes se distinguaient à travers tout Bakerland. D'ailleurs les pompiers ont eut beaucoup de mal à en venir à bout car le Comte avait, soit disant, aspergé tous les murs d'essence. Les fenêtres ainsi que tous les accès étaient verrouillés de l'intérieur. Lorsque nos braves combattants du feu ont investi les lieux, l'incendie était déjà bien avancé et beaucoup ont craint qu'il ne se propage jusque dans la forêt des Highlands. Les journalistes de l'époque s'en été, une fois de plus, donné à cœur joie. Mais le plus étrange, c'est que jamais le corps du Comte ne fut retrouvé !
-L'a t-on vraiment cherché ?
-Et comment ! Les fouilles durèrent plusieurs jours ! Mais les événements prirent une toute autre tournure lorsqu'un jeune pompier se blessa gravement. L'opinion publique cria au scandale, ne comprenant pas pourquoi les autorités s'acharnaient à chercher la dépouille d'un homme dont personne n'avait réclamé le corps. Pour calmer les esprits, déjà existés par les faits antérieurs, les recherches furent abandonnées et jamais le Comte n'eut d'obsèques.
Brusquement Nikko, qui s'était replongé dans les documents du manoir, écoutant d'une oreille discrète le discourt de sa mère, releva la tête. Il était pâle, si pâle :
-Tu es en train de me dire que le cadavre de Visconci est toujours ici, dans notre demeure !
-Sans doute, répondit la vieille dame. Si ce n'est le cas, où peut-il bien être ?
-Pourquoi donc ne m'en as tu pas parlé plus tôt ?
Mme Carlington parut étonnée :
-Parce qu'à chaque fois que j'ai voulu aborder ce sujet, tu n'as rien voulu entendre !
-Il y a quand même une énorme différence entre me parler de fantômes et m'annoncer la présence d'un cadavre !s'insurgea Nikko qui commençait à s'agacé.
- De toutes les façons, cela n'aurai rien changé ou essaierais tu de me faire comprendre que tu n'aurais pas acheté si tu l'avais su ?
-Disons que j'y aurai plus longuement réfléchi ! Mais à présent, je n'ai plus vraiment le choix ! J'aurai quand même souhaité que l'on m'en tienne informé ! Et ce vieux filou de Spring, il devait le savoir. Il s'est bien gardé de m'en parler !Il va m'entendre celui la ! Attend qu'il vienne pour sa visite de courtoisie !
-Nicolas ! Ce n'est peut-être pas nécessaire de s'emporter contre le premier venu. Il n'était tout simplement pas au courant de l'affaire, voilà tout.
-Sache que s'il n'en était pas avisé, je considérerai qu'il fait très mal son travail et comme il nous a si bien dit, il est là pour ça !
Nicolas, qui s'était avachi dans un des gros fauteuil de la salle à manger, afficha un air plus qu'affligé. Se prenant la tête dans les mains, il soupira profondément. Mme Carlington tenta de minimiser la situation :
-Ce n'est pas aussi grave que ça, ajouta t-elle tout en empruntant une voix aussi reposante que possible. Il faut que tu considères le bon coté des choses.
-Très franchement, répliqua t-il, j'ai beau reconsidérer la totalité de tes propos, je ne vois aucun bon coté ! Il y a un mort chez moi ! C'est hélas la seule conclusion qui me vienne à l'esprit.
Soudain, levant les bras au ciel, il réalisa l'impact que ce drame risquait engendrer :
-Je n'ose imaginer la réaction de Pitt quand je vais lui annoncer cette horreur !s'exclama t-il. N'importe qu'elle personne normalement constituée prendrai la fuite et c'est fort compréhensible !
-Tu n'es peut-être pas obligé de lui en parler ! Après tout, tu n'étais au courant de rien et puis, toutes les vérités ne sont pas toujours bonnes à dire.
-Pardon ! S'égosilla le jeune homme. Je viens de critiquer Spring parce que c'est sans doute ce qu'il m'a fait et tu voudrais que je trompe mon ami ! Que je lui cache l'existence de ce cadavre alors que je sais pertinemment qu'il est là, à coté ! Comment peux tu me demander cela ?
-As tu songé un seul instant que Pitt pourrai abandonner ce chantier ? Et si tel était le cas, que ferions nous ?
-Très sincèrement j'espère que Pitt sera assez fort pour surmonter une telle histoire, au quel cas, je devrai revoir mes plans.
Nikko baissa la tête comme si un coup de massue venait de l'assommer. Bien sur il n'en voulait pas à sa mère. Comment aurai t-il pu lui en vouloir ? Elle, qui ne songeait qu'à le tenir informé, qui ne voulait que son bien ! Tous ces événements totalement imprévisibles et quelque peu inhabituels tournaient et viraient dans l'esprit du jeune Carlington. " Si seulement jamais su plus tôt ! " se disait-il " j'aurai pu préparer le terrain et annoncer à Pitt la nouvelle en douceur. Mais là, je suis au pied du mur ! Demain, les travaux doivent débuter et je crains que le choc ne soit un peu trop brutal "
-Attend au moins que ton ami finisse le toit ! Je t'en conjure ! Insista la vieille dame qui commençait à culpabiliser.
-C'est hors de question ! Je ne peux pas faire cela ! Où est le respect de l'être humain ?
Nikko abaissa de nouveau la tête, ne sachant que penser. Dire que dans ces murs se trouvait la dépouille d'un homme, très certainement, dans un état de décomposition avancé ! Lui, qui à peine une heure de cela, semblait flotter sur un nuage. Lui, qui avait tant attendu ce moment, qui s'en été enivré, délecté ! Voilà que maintenant tout cela lui donnait la nausée ! Après un moment de réflexion où un silence impérial s'empara des lieux, il redressa enfin la tête. Le jeune Carlington n'était pas le genre d'homme à s'avouer aussi facilement vaincu.
-Milles pardons de t'avoir entraîné dans cette folle aventure, fit-il tout en essayant de paraître calme. Je ne désire surtout pas que tu te fasses du souci. Demain je préviens Pitt de ce qu'il en est et s'il refuse de continuer… je trouverais un autre entrepreneur. N'est ce pas toi qui m'as toujours enseigné que dans la vie il n'y a jamais de problème sans solution ? Et puis la nuit me portera conseil, j'en suis convaincu.
Sa mère n'insista pas. Après tout son fils était assez grand pour savoir ce qu'il devait faire.
-Par contre, reprit-il, y a t-il autre chose que je devrai savoir concernant le Comte ou le manoir ?
Mme Carlington prit un petit moment pour réfléchir. Elle hésitait. Sans doute ne voulait elle pas affliger Nikko plus qu'il ne l'était déjà :
-Ce ne sont, encore, que des ont dit, rien de plus, finit elle par avouer.
-Je t'écoute. De toute façon, au point ou j'en suis, je crois que je peux tout entendre.
-Toujours d'après la rumeur, souligna bien la vieille dame qui se plaisait à raconter toutes ces histoires étranges qu'avait connu la région, il paraît que Visconci aurai caché un fantastique trésor d'une valeur inestimable. Mais jamais personne n'a pu y mettre la main dessus. Et pourtant, bien avant que le manoir et son domaine ne soit racheté par les promoteurs, bon nombre d'aventuriers téméraires sont venus à la nuit tombée, fouiller la bâtisse et les alentours. Mais à chaque fois ils sont rentrés bredouilles et durent se résigner.
-Cela confirme bien tes dires, ce n'était qu'une simple rumeur.
-Oui, mais par la suite certains ont affirmé que Visconci l'auraient enterré quelque part dans un lieu tenu secret. Lieu qui se situerait dans la vaste forêt des Highlands ! Il n'était pas rare de croiser, à cette période là, des intrépides partant avec sac à dos et victuailles, pelles et pioches en main, à la conquête de la fabuleuse richesse. Mais la forêt est immense, sournoise et mystérieuse. Elle a vite découragé ces orgueilleux qui la narguaient de leurs propos vaniteux, prétendant que rien sur cette terre ne résistera à l'homme et surtout pas à eux.
-Il y en a qui sont capables de croire en n'importe quoi ! Les gens sont crédules ou naïfs, pas possible ! Quand même, depuis le temps, s'il y avait eut un quelconque trésor caché, il aurait déjà été trouvé ! Cela prouve bien que toute cette histoire est sans fondement.
-Peut-être. Ce qui est sur, c'est que Visconci possédait une énorme fortune personnelle ! Mon ami, le majeur d'homme, pourra te le certifier. A maintes reprises, il a surpris le Comte revenant du bois alors que le soleil se levait à peine.
-Ecoute, si certains individus trouvent plaisir à remuer de la terre et à soulever de la broussaille grand bien leur fasse. Après tout l'espoir fait vivre, du moment qu'ils ne dérangent personne.
-Mais c'est que toute cette histoire a prit des proportions impensables ! s'exclama la vieille. Certains de ces téméraires ne sont jamais revenus de cette vaste contrée ! Malgré toutes les battues organisées, jamais leurs dépouilles ne furent ramenées aux familles qui pleurent encore leur disparus. Aussi la ville a pris des mesures draconiennes pour éviter que de nouveaux drames de la sorte ne se reproduisent. C'est ainsi que tous les volontaires désireux de braver la forêt, peuvent s'inscrire à la préfecture de Bakerland. Chaque année, un départ est programmé, régie par la municipalité et contrôlé par les forces de l'ordre. Cela donne lieu à grande une fête. La veille du départ, cette poignée d'hommes défile dans l'avenue Macleod et la foule se presse pour les applaudir et les encourager. Monsieur le Maire en personne présente chaque candidat et tout Bakerland acclame la bravoure de ces casse-cou. Puis le lendemain, après une nuit mouvementée, les audacieux participants sont équipés d'un sac à dos et lâchés à intervalles réguliers dans l'insondable forêt des Highlands. Ce que l'on appelle " les veilleurs de la chasse " guettent à tour de rôle leur retour. Le dernier, considéré comme le plus valeureux d'entre tous, est déclaré vainqueur.
-Ne me parlerais tu pas de la " chasse à la survie " qu'organise Bakerland une fois l'an ?
-Si, c'est exactement cela ! Je t'explique seulement les origines de cette chasse peut orthodoxe, tu en conviendras. La ville en a fait un jeu qui attire des dizaines d'adeptes chaque année. Toute cette chasse est retransmise sur le petit écran et les bookmakers s'en donnent de nouveau à cœur joie. Cela relève plus du spectacle et de l'exploit humain que d'une chasse au trésor. Mais je continue à penser que ces hommes, aussi vigoureux soient ils, mettent leur vie en danger. Affronter la forêt des Highlands est une pure folie. Elle abrite de nombreux animaux sauvages, recèle une multitude de pièges et le climat y est rude, même en plein été. Quand je les vois partir, j'en ai la gorge nouée. C'est sur, un jour tout cela finira mal !
-Ce n'est pas pire que ces sportifs de l'extrême qui repoussent sans arrêt leur limite, mettant leur vie en danger à chaque départ.
-Mais je n'apprécie pas non plus ce que font ces jeunes.
-Certes, mais la " chasse à la survie " de Bakerland est très bien surveillée et la réglementation est stricte. J'en parle en connaisseur car un très bon ami à moi c'est inscrit pour cette année et il m'en a longuement vanté le principe. Sais tu que chaque participant amène la même quantité de nourriture ? Sur ce point, le règlement est intransigeant. Leur sac à dos est scrupuleusement vérifié. Ils n'ont droit qu'à une dizaine de boites de conserve, cinq pommes, une gourde d'un litre, une boussole, un couteau de survie, une boite d'allumettes, quelques vêtements de leur choix, une fusée de détresse par mesure de précaution et une pelle pour ceux qui voudraient encore sonder la forêt à la recherche du trésor.
-Je ne comprend pas quelles motivations peuvent pousser ces hommes à participer à ce genre de manifestation aberrante !
-Certain le fond pour la prime de 10 milles livres accordée au dernier descendu. D'autres pour la gloire. D'autres encore pour connaître leurs limites, comme c'est le cas de mon ami. Car il faut être non seulement résistant, mais il faut faire preuve d'un grand savoir faire pour vivre seul dans une forêt aussi vaste et menaçante.
-Ne me dis que tu approuves ?
-Je n'ai rien contre. Pendant toute la durée de la chasse, des hélicoptères sillonnent la forêt afin de repérer chaque participant. D'ailleurs ils sont dans l'obligation de se faire voir quand l'hélico passe et si jamais un concurrent manque à l'appel, une troupe d'hommes d'élites se lancent aussitôt sur ses traces. De plus les candidats n'ont pas le droit de communiquer entre eux. S'ils viennent à être surpris faisant route ensemble, ils sont automatiquement éliminés.
-Tout ceci est ridicule et particulièrement dangereux !
-Jusqu'à présent il n'y a jamais eu d'accident grave. Quelques blessures bénignes, un état de fatigue et de sous alimentation ne nécessitant que très peu de soin. Le record est détenu par un vieil Ecossais du nom de Stuart. Il aurai tenu un mois dans des conditions difficiles ! Un véritable exploit ! Il paraît que quand il est redescendu, sa femme ne le reconnaissait plus ! Il avait vieilli de dix ans en un seul mois !
-Cela est vrai ! Je me souviens encore du vainqueur de l'année dernière. Quand je l'ai vu, à mon poste de télévision, redescendre des hautes terres, le visage marqué par la fatigue, l'allure chétive, complètement amaigri par le manque de nourriture, j'en avais été toute retournée. Mais à Bakerland, il fut accueilli et acclamé comme un véritable héros et un immense banqué avait été dressé en pleine avenue principale pour le féliciter. Son périple s'est raconté devant des poulardes bien grillées et du chevreuil soigneusement mitonné. Tous les citoyens, riches et pauvres, ont pris place autour de cette table afin de partager ce festin et la famille du héros a été traité tel on traitait les nobles d'autrefois. Le temps d'une saison, cet homme sera adulé par tous et les enfants rêvent de lui ressembler.
-Et bien figure toi que ce brave des temps moderne avait triché !
-Comment est ce possible ? interrogea la mère surprise.
-La semaine avant le départ, il avait enterré des réserves de nourriture dans la forêt. C'est le garde chasse qui les a découvertes en procédant à divers nivellements de terrain, longtemps après la clôture du jeu. Une enquête fut immédiatement ouverte et après des analyses approfondies, effectuées sur les boites de conserves ensevelies, des empreintes ont été misent en évidence. Une simple vérification permis de dévoiler l'imposture et ce jeune audacieux, vainqueur de la chasse, fut interpellé.
-Et alors, que lui a t-on fait ? questionna de nouveau Mme Carlington, étonnée de ne pas être au courant de cette affaire exceptionnelle.
-Il a dû non seulement rembourser l'intégralité du prix usurpé, mais il paraît que l'amende dont il fut affublé, était très conséquente. Personne ne connaît son montant exact mais je crois qu'il paye, encore à ce jour, pour son abominable tromperie. Depuis lors, le mois précédent le départ de la chasse, une grande partie des Highlands est interdite d'accès pour quiconque. Et des maîtres chiens y veillent !
-Dire que tout ceci est dû au Comte et à son soit disant trésor caché ! lanca Mme Carlington
Soudain, les lourdes cloches de la cathédrale de Bakerland se mirent à sonner, raisonnant dans toute la vallée. Il était midi.
Déjà midi ! s'interloqua Nikko, n'aurais tu pas faim ?
-Un petit peu, répondit la vieille dame qui n'avait plus grand appétit depuis son accident cardiaque.
-Acceptes tu de déjeuner avec moi avant que je ne te raccompagne à la Roseraie ?
-Avec grand plaisir ! rétorqua la mère ravit de pouvoir partager un repas avec son fils.
-On s'arrête à Bakerland ?
-Oui, j'ai entendu parler de certains restaurants dignes des plus grands nom de la gastronomie, fit elle le sourire aux lèvres. Il faut se rendre dans le quartier de la chimère.
-C'est comme si on y était déjà.
Chapitre 2
Un bruit sourd résonnant dans toute la demeure faisant vibrer les carreaux multicolores se fit entendre. Nikko, qui sommeillait encore paisiblement, s'éveilla soudain en sursaut. Il se passa une main sur le visage insistant sur le pourtour de ses yeux puis la fit glisser jusque dans ses cheveux comme pour récupérer son esprit. La nuit avait été courte et agitée. Le jeune homme s'essaya. Il ressentit brutalement une douleur grandissante au niveau de la nuque et des tempes. Une sournoise migraine commençait à faire des siennes, comme si des dizaines de doigts exerçaient une forte pression sur son crâne. Instinctivement il regarda sa montre, il était 8h et le soleil rouge pourpre pointait à l'horizon, inondant la vallée d'une lumière éclatante. La rosée vaporeuse créait un léger voile de brume cotonneux qui semblait flotter à un quelques centimètres du sol. Le jeune homme avait passé la nuit au manoir, sur le divan du grand salon qu'il avait improvisé la veille en lit de fortune. Sur le somptueux parquet, gisait une bouteille vide de ce délicieux bourbon qu'il se plaisait à déguster de temps à autre. Le vacarme reprit de plus belle. Quelqu'un tambourinait du poing ferme la lourde porte d'entrée.
-Voilà !voilà, s'exclama Nikko ne supportant plus ce bruit qui semblait lui marteler le crâne.
Quand il ouvrit la porte, le soleil encore bas à cette heure matinale, l'éblouit et d'une main, il dû se protéger les yeux afin de distinguer avec précision le visage de celui qui était à l'origine de tout ce raffut. C'était son ami Pitt, toujours aussi ponctuel.
-Bonjour Pitt, excuse moi de te recevoir ainsi, mais on ne peut pas vraiment dire que j'ai bien dormi. J'ai la tête dans le cirage et mes idées sont encore confuses.
Il est vrai que le teint livide de Nicola faisait peur à voir et il sentit, tout d'un coup, un frisson lui parcourir le dos.
-Tu boiras bien un café ? demanda t-il tout en se dirigeant vers son dortoir pour y enfiler un pull-over.
-Ce sera avec un grand plaisir, répliqua le grand blond tout en le suivant jusqu'au grand salon.
Puis apercevant la bouteille de whisky vide abandonnée à même le sol, il lanca :
-Aurais tu arrosé ton nouvel achat plus que de raison ?
-Si ce n'était que cela, j'en serai ravi.
Le ton qu'avait employé Nikko laissait présager du pire.
-Dois je comprendre que le grand Monsieur Carlington a des ennuies et qu'il les noie au fond d'un verre pour les oublier.
-Les oublier non. Mieux les digérer, sans aucun doute et puisque tu abordes le sujet, j'ai une désagréable nouvelle à t'annoncer qui risque remettre en cause tous les travaux prévus.
Pitt eut, pendant quelques secondes, du mal à avaler sa salive et ses pensées se bousculèrent dans sa tête. Peut-être qu'hier, avait il brossé un tableau bien trop sombre sur l'état général du manoir ? " Nikko a changé d'avis "pensa t-il " et sa décision d'annuler la vente est prise. Quel idiot je fais ! Un chantier comme celui là, jamais je n'en retrouverai! Il faut absolument que je le fasse revenir sur sa position. Si je négocie de bons arrangements, avec un super tarif au bout, il ne peut qu'accepter. Après tout, cette charpente n'est pas aussi endommagée qu'elle en a l'air. Disons que j'ai connu pire ! Je suis sur qu'en trois semaines, en si mettant tous les deux, on l'a refait entièrement et il n'y paraîtra plus rien.
De son coté, le jeune Carlington, qui avait passé sa petite laine se sentit mieux et s'étant rendu à la cuisine, il pria Pitt de prendre place. Il sortit d'un des nombreux cartons qui encombraient la pièce, un paquet de ce savoureux café torréfié au Brésil, celui qu'il préférait. Il mis exactement quatre doses dans le filtre, c'était la quantité idéale pour obtenir un café parfait. Ni trop fort, ni trop léger, la boisson se devait de glisser toute seule dans la gorge, libérant un arôme subtil mais corsé à la fois. " Rien de tel qu'un bon café pour annoncer la présence de ce maudit cadavre "pensa t-il " cela permettra peut-être à Pitt de mieux l'accepter.
-Comme tu as pu le constater, reprit Nikko tout en appuyant sur le bouton marche de sa cafetière, de graves événements se sont tramés ici même.
- Rassure toi, rétorqua immédiatement le grand blond, je suis déjà au courant de l'affaire. Nous en avons longuement discuté hier au soir avec ma femme.
Pitt savait que le Comte s'était donné la mort au manoir, mais il était loin de se douter que son corps se trouvait toujours là.
-Ah ! Et qu'en penses tu ? demanda Nikko qui se sentit libéré d'un énorme fardeau.
-Qu'il faut agir au plus vite !
-Cela risque d'être assez éprouvant.
-Rien dont-on ne peut venir à bout, assura Pitt qui n'allait certainement pas se laisser impressionner par un toit.
-Certes, mais il faut avoir le cœur bien accroché, poursuivit Nicola dont l'idée de voir un cadavre l'horrifiait plus que tout.
-La tête peut te tourner et tu pourrais avoir des sueurs froides.
Pitt connaissait bien cette sensation de vertige. Ce n'était pas la première fois qu'il grimpait sur une toiture aussi haute.
-Je n'ose imaginer l'état de décomposition, ajouta Nikko l'air vraiment dégoûté.
-Il faudra tout sortir.
-J'en ai déjà la nausée.
-Ce ne sont que des morceaux pourris ou brûlés, rien de plus, assura le grand blond surprit par la réaction de son compagnon qu'il jugeait excessive à son goût. " De simples poutres cramoisies, pas de quoi en faire tout un fromage " se disait-il.
-C'est justement ça qui me fait peur, rétorqua aussi sec Nicolas qui trouvait Pitt imperturbable et sans grande émotion. " Je ne penses pas que côtoyer des morts fasse partie de ses habitudes " songea le jeune Carlington tout en dévisageant le grand gaillard.
-On sort tout et on s'en débarrasse à la décharge publique, c'est aussi simple que cela, reprit Pitt.
-A la décharge ! Tu n'y songes pas ! J'avais pensé les enterrer.
-Certainement pas. Les plus gros morceaux on les découpe pour se faciliter le transport, j'ai d'ailleurs une tronçonneuse dans ma fourgonnette et on jette tout ce qui est pourri.
-On les découpe !! Jamais de la vie je ne pourrais faire une pareille chose !!
Nikko recula, regardant Pitt droit dans les yeux. Une certaine peur s'empara de lui. Comment avait-il pu se tromper à ce point sur cet homme qu'il commençait à apprécier. De son coté, le grand blond cherchait désespérément à réconforter Nicolas.
-Tu ne sais donc pas te servir d'une tronçonneuse ? Ne t'inquiète pas, je m'en chargerai.
-Tu n'en feras rien, je t'en empêcherai !
-Si tu veux les conserver dans ton jardin libre à toi.
-Ni dans mon jardin, ni à la décharge ! On les enterre point final !
-Laisse moi au moins récupérer les bons morceaux !
-Quoi !! N'as tu donc pas de cœur !
-J'en ai un gros comme ça, mais le porte monnaie est tout petit ! Tu n'as pas idée du prix que je peux revendre ce genre de chose !
-Oh !! Parce que tu trouves des personnes susceptibles d'acheter !!?
-Tout à fait, le marché est très lucratif. On me les reprend au kilo.
-Au kilo !! Cela doit faire un joli tas !!
Le jeune Carlington redoutait à présent chaque réponse.
-Mais que peut-on bien en faire ? demanda t-il effrayé
-Du recyclage, tout bêtement !
-Du recyclage !! C'est impossible ! Et en quoi ?
-On en fait du carton, du papier, tiens le bloc note que tu utilisais hier matin, sort peut-être de ce genre de production. De nos jours tout est recyclé, cela revient moins cher à la production. Certaines personnes avaient eu l'idée de les employer pour faire prendre des greffons, mais ce fut un échec. Ils étaient morts depuis bien trop longtemps.
-Des greffons !! Alors là c'en est trop !! Je ne veux plus rien entendre !!
-Cela fait partie du cycle de la vie, on n'y peut rien, affirma Pitt qui était à présent convaincu que Nikko était un fervent défenseur de l'environnement et en particulier des arbres que l'on a tendance à abattre de façon intempestive.
-Le cycle de la vie !! C'est de laisser reposer tout cela en paix !! s'égosilla Nikko excédé.
-Certes, on peut considérer qu'à la base s'étaient des êtres vivants, mais on ne va tout de même pas leur faire des funérailles !
-Et pourtant on le fera ! Que cela te plaise ou non ! J'ai même envisagé de faire venir un prêtre.
Pitt n'en crut pas ses oreilles. Des protecteurs de la nature il en connaissait, mais à ce point là jamais.
-Il est décent et très moral de respecter la mémoire de tout à chacun, reprit Nicola qui s'était calmé. J'y tiens particulièrement.
" Quand je vais raconter ça à ma femme, elle va se tordre de rire "pensa Pitt tout en essayant de garder son sérieux.
-Il faudra prévoir un cercueil, mais je me charge de ce genre de détail et je te remercie pour ta compréhension.
-Y'a pas de mal, mais ne compte pas sur moi pour embarquer tout ce fourbi dans un cercueil.
-Comme je te comprends, répondit le jeune Carlington qui se réjouissait de constater que son ami avait enfin retrouvé la raison. Cela sera une rude épreuve, il faut être fort et ne pas flancher.
-Quand même, il m'en faut un peu plus pour me faire craquer.
-C'est sur, mais nous nous devons de rendre ce dernier hommage et tout le monde nous approuvera. Je suis certain qu'il y aura foule et la presse ne manquera pas de faire le déplacement.
-Tu crois ? Remarque un tel événement ne se produit quasiment jamais. Pour ma par ce sera une première !
Nikko avait servi le café et les deux hommes s'en délectèrent. Ni l'un, ni l'autre, ne cherchèrent de nouvelles explications. Personne ne voulait froisser personne.
-Je suis satisfait de cette discussion, remarqua le jeune propriétaire du manoir, car je dois t'avouer que je ne savais pas comment m'y prendre pour t'annoncer cela en douceur.
-Comme je te comprend, c'est pas courant comme attitude.
-De nos jours, il n'y a plus aucune valeur.
-Disons que de telles valeurs, comme tu dis, ça doit être difficile à transmettre.
-J'ai ma conscience pour moi et ce que pensent les autres m'importe peu.
-Remarque, il y en a qui font des funérailles à leurs animaux ! Pourquoi pas aux arbres ? c'est un point de vue comme un autre.
-Aux quoi ? questionna Nikko qui manqua s'étouffer en avalant son café.
-Ben aux arbres ou au bois de charpente, c'est comme tu veux, rétorqua Pitt qui commençait à comprendre l'énorme quiproquo et ne pu se retenir de sourire très largement.
-Ne serais tu pas tomber sur la tête ! fit le jeune Carlington tout en ricanant de plus en plus vivement.
-Mais de qui parlais tu ?questionna le grand blond emprunt à une crise de fou rire incontrôlable.
-De ce pauvre Comte dont la dépouille gît toujours dans l'autre bâtiment, répliqua Nikko qui tentait de stopper ses gloussements fort mal venus dans de telles circonstances.
Les deux hommes eurent beaucoup de mal à contenir leur émotion et ils durent prendre plusieurs minutes pour calmer leur hilarité.
-Enterrer des arbres ! C'est la meilleure ! s'exclama Nikko qui n'en revenait pas de s'être fait prendre au piège du malentendu. Je reconnais que l'idée est plutôt incongrue voire vraiment farfelue.
-Je ne te le fais pas dire, esquissa Pitt qui entendit enfin des propos plus rationnels et se rassura sur l'état mental de son compagnon.
-Trèfle de plaisanterie, reprit sérieusement Carlington, mon problème reste entier et me pose grand souci.
Pitt ingurgita une grosse gorgée de café qu'il trouvait particulièrement délicieux. Ce n'était pourtant pas un grand amateur, mais il savait reconnaître un bon café d'un mauvais.
-Vu les ravages qu'a fait l'incendie, rétorqua t-il, je crains fort qu'il ne reste que des cendres de ce pauvre homme.
-Je tenais néanmoins à t'en aviser, ne serai que par égard pour toi. Et puis, je ne tiens pas à ce que ma mère s'installe au manoir tant que ce cadavre s'y trouve. Par conséquent on change les priorités. Nous refaisons entièrement le toit de l'aile nord, on sécurise l'endroit avec pour objectif de le fouiller de font en comble et si restes suspect il y a, nous les trouverons. Je sais pertinemment que le travail engendré par une telle décision sera beaucoup plus long et laborieux, mais ton tarif sera le mien.
Il ne fut pas nécessaire à Nicolas de déployer son artillerie d'arguments chocs pour convaincre Pitt. Les derniers mots qu'il venait de prononcer parlaient d'eux même et le grand blond s'en contenta amplement, ravi de la tournure qu'avait prit les événements.
Chapitre 3
Bien plus d'un mois s'était écoulé et les deux hommes avaient œuvré d'arrache pied. Ayant accomplit de véritables miracles, ils pouvaient se féliciter des résultats obtenus. Toutes les toitures avaient été passé au peigne fin et celles qui menaçaient ruines avaient été restaurées. Le grand salon, transformé en un espèce de bureau dortoir d'où Nikko gérait son entreprise d'une main de chef, était également devenu le fief des deux compères. Le lieu privilégié où les décisions cruciales prenaient naissance puis étaient étudiées et analysées sous tous les angles. Un lien affectif commençait à se tisser entre eux. Ce n'était pas encore une amitié franche, mais plutôt une complicité pimentée de respect.
Aujourd'hui, en cette superbe matinée d'été qui s'annonçait déjà accablante par la chaleur, était un jour particulier. Aujourd'hui était le grand jour ! Ils allaient enfin pénétrer le bâtiment nord, celui là même qui renfermait la dépouille du Comte. Cet endroit tant redouté, mais pour lequel ils avaient déjà beaucoup donné. Nikko se tenait face à la porte, fixant l'écriteau rouge sang. Puis regardant Pitt qui lui fit un signe approbateur de la tête, il arrachât avec force et grand fracas les planches qui barricadaient l'accès. La porte, complètement mangée par les vers, finit bientôt par céder, succombant aux coups assénés par Nikko. Un simple regard suffit aux deux hommes pour que toute la peine et la sueur versée des mois derniers se métamorphosent en enthousiasme. Durant les travaux, leur imagination avait eu plus de temps qu'il n'en fallait pour vagabonder. A mainte reprise Pitt avait émis l'hypothèse que l'âme tourmentée du Comte errait dans cette partie du manoir, hantant le site, ne trouvant jamais le repos éternel. Nicolas, bien trop terre à terre, en avait beaucoup ri et les réflexions divagatrices de son compagnon s'étaient transformées en boutades. Mais en
ce moment très précis, l'humeur n'était pas à la plaisanterie. Cela faisait deux mois qu'ils attendaient cet instant fatidique et Nikko en avait cauchemardé bien plus d'une fois. C'est l'estomac noué, qu'il se faufila dans l'étroit passage qu'il venait de réaliser. Il fut immédiatement saisi par l'atmosphère moite qui s'en émanait. Poignant et rebutant, l'air était imprégné d'une odeur rance et le jeune Carlington imagina le pire. L'obscurité, impénétrable à l'œil nu, empêchait toute progression. On n'y distinguait rien à plus d'un mètre ! Il demanda à Pitt d'aller chercher une lampe torche et tenta quelques pas hasardeux. Marchant à l'aveuglette, les bras tendus devant lui, il hésitait à poser ses pieds. La crainte de trébucher sur quelques décombres malsaines stoppa son hardiesse. Quand enfin la lumière vint à sa rescousse. Les deux hommes restèrent sans voix ! Ils se tenaient en fait dans un long et étroit tunnel vide ! Avec pour seul passage celui qu'ils avaient déjà emprunté pour entrer !
-Mais il n'y a rien ici ! s'exclama Nikko fortement désappointé.
-Détrompe toi, répliqua Pitt tout en tâtant et grattant divers endroits du mur. A mon avis, tous les accès des différentes pièces ont été murés. Il ne nous reste plus qu'a tous réouvrir.
Le jeune Carlington ne pu dissimuler sa déception face à cette accablante réalité.
-C'est pas vrai ! Si je m'attendais à ça !
Voilà qu'un certain Comte décédé depuis plusieurs années maintenant et dont Nikko ne soupçonnait même pas l'existence voici deux mois à peine, lui posait non seulement un cas de conscience mais l'obligeait à défoncer des murs ! Et toujours cette hantise du que va t-on découvrir derrière ? Le grand blond, quant à lui, restait imperturbable.
-Combien de salles dénombraient t-on dans cette partie ? demanda t-il toujours en train d'examiner sa portion de cloison.
Nikko prit un instant de réflexion et enterrant son désarroi, il finit enfin par s'intéresser au tunnel :
-Cinq à ma souvenance, mais pour plus de sûreté, il vaudrai mieux consulter les plans, pourquoi ?
-C'est juste histoire de savoir combien d'entrées ont été condamnées car je n'ai vraiment pas envie de casser du mur pour rien. Les efforts inutiles, ça me fatigue.
-Tu arrives à les retrouver ? questionna Nikko qui s'était avancé et commençait lui aussi à ausculter la façade terne et froide.
-Il me semble que j'en tiens trois, mais les deux autres sont plus difficiles à déceler. Nous aurions besoin de plus de lumière.
-Regarde ! éclaire ce coin, il semblerai qu'il y en ai une autre ici !
Pitt orienta le faisceau de lumière vers le point que montrait son acolyte.
-Ce n'est franchement pas évident, fit-il. Toutes ces opérations ont été réalisées voici de nombreuses années et les joints ont vieilli se noyant dans la masse.
-On pourrai vérifier sur les documents, suggéra Nikko le nez presque collé à la cloison.
Les deux hommes réempruntèrent le chemin de la sortie et avec une frénésie débordante, se précipitèrent dans le salon. Ils étudièrent minutieusement les plans, les tournant et les retournant dans tous les sens. Prenant des mesures afin de calculer les superficies des portes.
-Il y a bien cinq ouvertures à éventrer, remarqua Nikko qui se décapsula une canette de bière pour se rafraîchir le gosier.
-Un sacré boulot de démolition, constata Pitt fronçant les sourcils pour exprimer son affliction.
-T'en veux une, fit Nikko tout en lui tendant une canette de la pétillante boisson. De toute façon nous n'avons pas le choix, continua t-il. Le Comte avait prémédité son geste. Il a dû se murer vivant dans une des salles avant de déclencher l'incendie. J'espère que les flammes auront réduit son corps en cendre car je n'ose imaginer l'état de putréfaction là-dedans. L'endroit est humide et glacial.
-C'est moche toute cette histoire, constata le grand blond tout en avalant une grande gorgée de bière.
-Mourir brûlé. Il a choisi la solution la plus douloureuse pour partir.
-Il voulait peut-être pas qu'on retrouve sa dépouille.
-J'ai quand même du mal à comprendre. Pourquoi murer tous les accès de la sorte ? Après tout, s'il ne voulait pas qu'on retrouve son cadavre il lui suffisait de s'enfermer à clé et les flammes allaient faire le reste.
-Oui, mais en ce murant il était sur d'y passer ! Même s'il changer d'avis !
-Il aurai donc assuré la réussite de son geste jusqu'au bout ! se l'imposant comme une condamnation à mort irrévocable !
-Sans doute, va savoir ce qu'il avait dans la tête.
-C'était un grand malade.
-Enfin malade où pas, il nous oblige à tout fracasser, conclua Pitt tout en vidant d'une traite sa canette. T'as une masse ou quelque chose de ressemblant car je ne pense pas avoir emporté ce genre d'outil dans ma fourgonnette. En principe je construis plus que je ne détruis.
-Va vérifier dans la cabane de jardin. Il me semble que j'y ai aperçu pas mal d'outillage.
Nikko jeta à la poubelle les deux cannettes et se replongea dans les plans du manoir. Pendant ce temps, Pitt alla fureter dans le petit cabanon. Il revint quelques minutes plus tard.
-C'est une vraie caverne d'ali-baba cette cabane de jardin. On y trouve de tout ! remarqua t-il satisfait d'avoir mis la main sur ces quelques outils.
Il en fit un bref inventaire. Il y avait là deux masses, un gros marteau rouillé doté d'un large manche en bois et un burin pour fignoler les angles cassés.
-On est enfin paré pour soulever de la poussière ! Et crois moi, la démolition s'en en soulève !
S'étant tous deux équipés, Nikko commença par fracasser la porte vermoulue, créant ainsi un passage plus large et permettant à la lumière du jour de lécher sournoisement les flans de la cloison. La détermination des deux hommes était moins indestructible que ces vieilles pierres lézardées et leur moral s'en faille. Le premier accès permettait d'entrer dans ce que le plan nommé comme étant la salle de réception. Le commencement d'une longue série de coup revint de droit au fils Carlington et il ne s'en priva pas ! Pitt avait marqué à la craie les emplacements de chaque porte et chacun prit la sienne. Au bout d'une heure d'effort, se retrouvant en nage, les deux compères virent enfin un troue béant apparaître en face d'eux. Les cheveux grisonnant de poussière, ils se félicitèrent pour leur efficacité. Puis réitérant leurs exploits, ils éventrèrent deux passages supplémentaires.
-Plus q'un ! s'exclamât Pitt les sourcils recouverts de poussière.
Il s'attela seul à la tache, laissant son compagnon récupérer de ces efforts. Les coups portés étaient d'une rare violence et tout le manoir en frémissait. Juste le temps de récupérer et Nikko prit le relais. Au bout d'une vingtaine de minutes la dernière issue était enfin dégagée. Exténués par la fatigue et perlant encore de sueur, ils lâchèrent leurs outils et soufflèrent quelques instants. Mais leurs cœurs battaient tel un roulement de tambour et ils ne résistèrent pas à l'envie d'explorer tour à tour ces nouvelles pièces. Escaladant les tas de gravas, ils se retrouvèrent dans la salle de réception. Appuyant sur l'interrupteur, l'endroit s'illumina, dévoilant son charme sous leur regard pantois. Il y avait là trois superbes lustres bien alignés. Ils étaient composés d'une nuée de morceaux de cristaux pendants qui jouaient avec les rayons de la lumière. La décomposant en une variété infinie de couleurs chatoyantes et les renvoyant, éclatantes, pour le plus grand plaisir des yeux. Les décors étaient somptueux. De nombreuses peintures rupestres représentant des paysages automnaux recouvraient les murs en pierre. L'architecture intérieure, arborée une ribambelle de colonnes sculptées toutes reliées par de magnifiques voûtes, faisant penser à ces plafonds de cathédrales d'art gotique. Nikko et Pitt restèrent en pleine contemplation.
-Y'a pas à dire, remarqua le grand blond, la tête occupée à scruter les plafonds, nos ancêtres savaient travailler, c'étaient des bâtisseurs or pairs.
-Et la déco intérieure ! s'ébahi Nicolas. Regarde ces peintures! La famille Visconsi a dû faire appel à de véritables artistes pour réaliser de telles fresques murales !
-En tous cas l'incendie n'a pas atteint cette pièce. Elle est intacte, conclue le grand blond qui était monté sur l'estrade servant à accueillir des musiciens lors de grandes soirées de gala.
Il pris place sur un petit tabouret pivotant et s'approcha près du piano à queue qui trônait, l'abattant de la table d'harmonie encore entrouvert. Il souleva le cache qui protégeait le clavier et appuya sur une des 88 touches. La note de musique raisonna dans la pièce, s'engouffrant dans le vide et se noyant dans l'immensité des plafonds. De son coté, le jeune Carlington s'était dirigé vers l'unique porte de la pièce. Ces deux battants en bois exotique patiné exhibaient en leur centre, un visage en bronze vu de profil. Il y avait un homme et une femme. Quand la porte était fermée, ils donnaient l'impression de se dévisager, l'un, cherchant le regard de l'autre et s'ils avaient eu des bras, on aurai pu croire qu'ils se seraient enlacés. Nikko saisit les poignées les tourna et la porte s'ouvrit en grand. Surprit par ce qu'il vit, il recula.
-Regarde ça ! fit il les yeux écarquillés, le Comte a également muré tous les accès permettant de communiquer d'une pièce à l'autre !
-Il tenait vraiment pas à se louper, répliqua Pitt qui était redescendu de son estrade et auscultait à présent diverses potiches éparpillées aux quatre coins de la salle.
L'excitation des deux hommes atteignait son paroxysme. A chaque nouvelle pièce investie, le manoir dévoilé des trésors cachés. Pourtant la sensation de violer l'intimité du Comte ne tarda pas à se faire sentir. Il faut dire que tout était resté en l'état depuis sa mort et jamais personne n'avait franchi ces portes avant eux. Dans leur quête effrénée, ils découvrirent plusieurs objets personnels de Visconci, telle que sa vieille pipe en bois sculptée main et rehaussée d'or, son stylo plume estampillé à son nom et incrusté de pierres précieuses et son monocle à double foyer. Dans la bibliothèque, en parfait état elle aussi, ils mirent la main sur son album de famille. Soigneusement posé sur un guéridon, il était resté ouvert. Ayant soufflé sur l'épaisse couche de poussière, ils le feuilletèrent par curiosité. Enfin Nikko allait mettre un visage sur cet homme mystérieux ! Mais les photos étaient de très mauvaise qualité. Impossible d'y distinguer précisément les figurants.
-C'est étrange, remarqua le grand blond fourrant son nez sur les pages pour mieux voir. Soit ces photos ont très mal vieilli, soit elles ont un manque.
-Montre voir ça !
Et Nikko tenta de les détailler une par une, les caressant du bout des doigts afin de déceler l'anomalie.
-Incroyable ! s'exclama t-il soudain. Elles ont toutes été découpées !
Le jeune Carlington avait vu juste. Tous les visages des personnes entourant le Comte avaient été méticuleusement sectionné, laissant un blanc au milieu de la photo et empêchant toute identification des proches.
-Crois tu qu'il s'était fâché avec eux ? interrogea Pitt étonné.
- Peut-être, répondit Nikko l'air septique. Il nous sera impossible de savoir ce qui c'est passé dans la vie de cet homme.
-Tout de même, drôle de conception familiale, conclut le grand blond tout en s'éloignant dans la pièce, fouinant dans la bibliothèque, ouvrant plusieurs livres sans s'y intéresser plus que ça.
-Les démêlés familiaux sont, malheureusement, ceux qui font le plus de mal et puis le Comte était un grand solitaire, à ce qui paraît.
-Oui mais de là à s'en prendre à des photos, c'est complètement ridicule.
-Surtout qu'il s'en est également pris aux vieux clichés, ceux de son enfance ou il posait avec sa mère. Même les photos de classe ont souffert de son coup de ciseau !
Brusquement, alors que Nikko continuait à regarder l'album, Pitt poussa un cri.
-Que ce passe t-il ? questionna le jeune Carlington qui crut immédiatement que son ami était tombé sur un reste morbide.
Il faut dire que, ni l'un, ni l'autre, n'avait l'esprit tranquille. La bibliothèque dans un état de conservation hors du commun, ne donnait pourtant lieu à aucune crainte. Mais le manoir tout entier créait une ambiance mystérieuse et les deux hommes, sur le qui vive, n'en étaient pas insensibles. Nicolas, qui avait lâché l'album, se précipita dans le fond de la bibliothèque, voulant se rendre compte de ce qui se passait.
-Tout va bien ? demanda t-il à nouveau, inquiet.
-Regarde ! regarde ce que j'ai trouvé ! s'exclama Pitt emprise à une vive émotion.
Il s'était retourné vers son compagnon et brandissait dans sa main droite un parchemin. Le papier paraissait épais et rugueux et se striait de toute par. Sa teinte se rapprochait plus du jaune foncé que du blanc. Enroulé sur lui même, il était scellé par un imposant cachet de cire rouge vif.
-T'as trouvé ça où? s'étonna Nikko.
-Derrière un bouquin ! Bien caché dans un recoin ! fit le grand blond tout en montrant du doigt, l'endroit exact de sa trouvaille.
Il s'empressa de sortir de sa poche un petit canif et fit sauté le cachet aussi sec. Il le déplia et lut à haute voix.
Quand toute ma vie vous aurez traversé
Mon secret enfin je vous révélerai
Signé :Comte de Visconci quatrième du nom.
-La rumeur serai donc vraie ? fit le grand blond les yeux pétillant d'excitation.
-Houp houp houp ! Ne met pas la charrue avant les bœufs ! s'exclama Nikko fatigué par toutes ces histoires de légende et de trésor qu'il avait entendu depuis l'achat de ce manoir.
-Je ne met aucune charrue nulle part, je dis seulement que le Comte a effectivement une fortune cachée.
-Mais comment peux tu affirmer une telle chose ?!
-J'affirme rien du tout, c'est Visconci qui le dit.
-Visconci ! Jamais il ne parle de fortune cachée !
-Tu le fais exprès ou quoi ? quand il écrit qu'il a un secret, c'est pareil !
-C'est là que tu te trompes ! cela peut-être un secret de famille vu l'état des photos ou peut-être est ce le secret sur l'existence de sa soit disant fille! Va savoir !
-Tout le monde sais pertinemment que le Comte possédait de grandes richesses ! Elles seraient passées où d'après toi ?
-Personne ne sait rien ! Il a suffit que certains lancent ces propos insensés et tout le monde y a cru !
-Pour que tout le monde y croient, il doit bien y avoir du vrai ! Quand même, les gens ne sont pas aussi crédules !
-Pourquoi faut-il obligatoirement penser comme les autres ? Personnellement je n'ai jamais cru à une quelconque fortune cachée.
-Et s'il y en avait une ? Après tout on est sûr de rien !
-Il l'aura faite brûler avec lui tout bêtement ! Il était assez fou pour ça ! Mais je suis convaincu qu'il n'y a jamais eu de trésor.
-Tu es une vraie tête de mule ! Il parle de son argent, j'en mettrai ma main au feu et sache que les pièces, ça brûlent très mal !
-Après tout, crois ce que bon te semble, lanca Nikko qui ne voulait pas continuer cette discussion sans grande intérêt à ces yeux.
-Je crois que le Comte était très riche et que cette immense fortune est toujours là, bien camouflée, lanca Pitt comme envoûté par le message.
-Et comment vas tu faire pour traverser la vie de cet homme que tu n'as jamais côtoyé ?
-Il écrit cela pour nous embrouiller l'esprit, c'est tout ! Comme tu l'as si bien souligné, il n'avait plus toute sa tête.
-Ecoute, je te propose de remettre à plus tard cette conversation, finit par annoncer Nicolas qui, décidément, n'était pas facile à convaincre. Allons plutôt visiter les autres pièces. C'est beaucoup palpitant que de tergiverser sur des ragots à dormir debout.
Le grand blond n'en rajouta pas, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il approuvait. " Ragot…ragot, pas du tout " se disait-il tout en suivant son compagnon, " il y a un mystère là-dessous, c'est sur ".
La pièce suivante était le bureau et dans un premier temps, ils durent batailler pour rétablir l'éclairage. Tous les circuits avaient fondu et ils installèrent une ligne provisoire. Quand enfin l'ampoule daigna libérer sa clarté, ils se rendirent compte que la pièce était dans un état pitoyable. Les flammes avaient léché jusqu'au papier peint des murs, se nourrissant de tout ce qu'elles rencontraient sur leur passage, laissant de larges empruntes noires dans les moindres recoins. Le mobilier ne formait plus qu'un tas de bois calciné et seul un expert aurai pu déterminer avec précision le style de meuble qui aménageait la pièce avant le terrible drame. Les deux hommes réalisèrent immédiatement que le foyer de l'incendie s'était déclencher dans ce bureau et que si dépouille il y avait, c'est là qu'ils la trouveraient. Prenant leur courage à deux mains, ils fouillèrent, analysèrent et vidèrent entièrement la pièce. A chaque poutre soulevée, chaque pierre débarrassée, ils craignaient le pire. Imaginant un bras ou une jambe calcinés, un pied ou une main décomposés, un crâne fracassé. En prise avec leurs angoisses profondes, ils ne s'adressèrent pas un mot et seul le craquement plaintif du plancher vint troubler ce silence pesant. Au bout d'une heure, ils l'avaient entièrement déblayé et malgré toute l'attention portée à examiner méticuleusement les gravas, ils comprirent qu'ils n'avaient déplacé que du bois brûlé, qu'ils n'avaient soulevé que de la poussière. Pas le moindre petit ossement, ni même morceau de dent. Rien, il n'y avait rien qui laissait présager qu'un homme s'était immolé par le feu, il y a vingt cinq ans de cela.
-Je m'en doutais un peu, fit Pitt s'agenouillant pour ramasser les derniers vestiges de l'incendie. Les flammes auront eu raison du Comte. Il a eu ce qu'il voulait, il est parti en fumé ne laissant que des cendres.
Nikko se tenait à l'entrée.
-L'homme naît poussière et redevient poussière. Qu'il repose en paix fit-il solennellement en faisant le signe de la croix.
Bien que Pitt n'était pas pratiquant il se sentit obligé, par respect sans doute, d'exécuter à son tour ce geste saint.
Nicolas étaient enfin débarrassé de ce lourd fardeau qui encombrait sa conscience, venant le troubler jusque dans son sommeil. Les deux hommes pénétrèrent dans la salle suivante. L'endroit été obscur et la lumière ne fonctionnait pas non plus. Comme pour le bureau, ils durent improviser un montage électrique temporaire.
-La ligne doit être jumelée avec celle de la pièce d'à coté, remarqua Pitt, c'est pour cela que l'électricité ne marche pas. Tout à cramé dans l'incendie, même les gaines sont mortes.
Ils mirent une bonne vingtaine de minutes avant de rétablir le courant, quand enfin :
-Que la lumière soit et la lumière fut, fit le grand blond tout en raccordant les deux derniers câbles au compteur.
-Ca y est, ça marche ? questionna Nikko pressé de découvrir ce nouvel endroit.
-En principe, cela devrait.
Ils se dirigèrent tout droit vers la quatrième salle et de loin ils virent que la lumière inondait la pièce, ce qui les rassura. Ils entrèrent. Le sol était entièrement recouvert d'un tapis d'orient tissé avec des fils de soie. Sa teinte d'un rouge profond donnait une sensation de chaleur. Les murs s'étaient parés d'une moquette qui paraissait moelleuse, reprenant les nuances du tapis. L'endroit fourmillait de vitrines en tout genre mais l'épaisse couche de poussière qui les avait délicatement enveloppé au fil du temps, empêchait de voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Au milieu, trônait sans doute une statue de la taille d'un bel homme, du moins c'est ce que supposèrent les deux hommes. Recouverte d'un drap de protection, qui devait être blanc à l'origine, il était impossible de distinguer quoi que soit et Pitt prit la décision de le retirer. Quelle ne fut sa stupeur quand il découvrit que la statue n'était autre qu'une armure complète. Un petit écriteau précisait qu'elle datait de la période moyenâgeuse. Elle était entièrement recouverte d'or ! Le casque conique du guerrier était incrusté de nombreuses pierres précieuses. Le bouclier, qui devait bien mesuré 1m20, semblait lourd et massif et affichait l'emblème d'une appartenance à un ordre chevaleresque. L'épée, dont la poignée avait subi un travail sophistiqué d'ornementation, exhibait une longue lame qui paraissait aussi taillante qu'une lame de rasoir et les cotes de maille, tissées en fil d'or, avaient dû demander un savoir faire exemplaire.
-Nikko, fit le grand blond, t'as vu ça ? J'en reviens pas !
Le jeune Carlington, qui tentait en vain d'ouvrir une des vitrine, se retourna et s'approcha pour mieux voir, puis apercevant la carapace dorée :
-Par tous les Saints ! s'exclama t-il subjugué, c'est la première fois que je vois une armure aussi belle !
-Regarde bien le casque, il doit valoir une fortune à lui tout seul.
-Tu plaisantes ! C'est la panoplie toute entière qui est hors de prix ! Tu ne te rends pas compte ! C'est un véritable trésor et n'importe quel musé se battrai pour acquérir une telle pièce !
-Et bien, reprit Pitt tout en recommençant à inspecter les lieux, j'ai l'impression qu'on n'est pas au bout de nos surprises.
Nikko resta un petit moment devant l'arrogante cuirasse, la contemplant sous tous les angles " quand même "pensa t-il " je suis certain qu'une fois enfilée, on ne devait plus voir grand chose du brave chevalier. Elle recouvre entièrement un homme ! C'est comme une deuxième peau mais excessivement encombrant. Brusquement, des bruits courts mais répétitifs le tirèrent de sa réflexion. C'était Pitt qui essayait tant bien que mal d'ouvrir une vitrine, mais la maudite porte crasseuse résistait malgré les coups de poing infligés.
-Eh ! Arrête ! cria le jeune Carlington tout en lui empoignant le bras pour qu'il cesse. T'es pas en train de cogner sur un distributeur à boisson ! Ce genre de meuble c'est très fragile, tu vas finir par briser le verre ! Il doit y avoir un trousseau de clé quelque par, il faut juste y mettre la main dessus.
-Parce que tu veux conserver ces vieilleries !
-Et comment ! Pourquoi aurai je investie dans une bâtisse datant du XVII si je n'aimais pas l'ancien !
Pitt ne broncha pas. Lui qui n'était pas conservateur pour un sous, s'expliquait mal ce genre d'attitude. " Il y en a comme ça, qui garde tout et n'importe quoi "se disait-il " encore des nids à poussière, absolument inutile mais après tout, je ne suis pas chez moi. Et tout en continuant sa quête, il tomba par hasard sur le fameux trousseau, laissé là, bien en évidence sur un vieux meuble bas.
-Bingo !s'écria t-il saisissant les clés, agitant le bras en l'air, les faisant tinter.
Ils les essayèrent une à une, déverrouillant ainsi toutes les vitrines et comme l'avait si bien spécifié Pitt il y cinq minutes, ils n'étaient pas au bout de leur surprise. Chaque placard contenait une multitude d'armes de toutes sortes et de toutes les périodes. Il y en avait pour tous les goûts et bien mal avertit celui qui aurait pu prétendre que tous ces objets étaient sans valeur.
-Je comprend mieux pourquoi cette pièce a été baptisée la salle d'armes ! fit brusquement Pitt tout en extrayant d'une armoire, une des nombreuses dagues qui s'y trouvaient.
-C'est absolument incroyable ! répliqua le jeune Carlington qui ne savait plus où donner de la tête. Personne ne devait savoir que le Comte possédait une telle collection.
-Crois-tu que toutes ces armes soient réellement d'époque ou bien de pales reproductions fort bien imitées néanmoins ?
Nikko saisit un revolver et le dépeça entièrement :
-Ceci est un colt de 1873, fit il sur de lui. Il fut fabriqué par le colonel Samuel Colt et ce fut la première arme à tirer des cartouches métalliques. Je ne peux t'affirmer si elle d'origine mais je peux te certifier qu'elle est en parfait état de marche or les reproductions ne tirent pas de balles réelles. Tien voilà un Le Mat Navy ! Ce revolver fut conçu, comme son nom l'indique, par le docteur Le Mat et fut utilisé par les sudistes lors de la guerre de sécession. Il tire 9 coups en calibre 44 et 1 coup en calibre 65 et il a déjà servi à ce que je constate. Et celui ci, c'est un colt peacemaker, le plus légendaire de l'Ouest Américain. C'est ce revolver qui est à l'origine de l'empire industriel des armes que nous connaissons de nos jours. Et en voici une beaucoup plus récente, c'est le fameux Colt 45 qui fut longtemps utilisé par la police Américaine. Chargeur de 8 coups, calibre 9mm, il n'y a aucun doute, elle fonctionne aussi.
Le grand blond était resté sans bouger, buvant les paroles de son compagnon, surpris par toutes ces analyses détaillées :
-Par toutes les sirènes des océans, fit-il, tu t'y connais dis moi.
-On peut dire que je suis un amateur invétéré. J'ai toujours eu une certaine attirance pour ce genre d'objet. J'en ai même acquérit quelque une pour ma collection personnelle mais rien de comparable avec celles ci. Ca, se sont de véritables chef-d'œuvres, des armes extraordinaires dignes des plus grandes expositions.
Nicolas ouvrit une autre vitrine et ce qu'il découvrit le laissa sans voix. " Fabuleux ! "pensa t-il complètement subjugué. " Visconci a également rassemblé toute une panoplie d'épées et de sabres tous plus spectaculaires les uns que les autres. Il empoigna une épée et fut déconcerté par son poids qui devait bien faire ces dix kilos de métal. Le manche représentait la tête d'un Bélier et la lame, finement gravée de fleurs qui s'entremêlaient, luisait sous la lumière artificielle. " Superbe "se dit-il " elle doit être en argent massif, c'est fantastique. Puis, il voulu en tenir une autre en main. Il remarqua une épée de cote royale du XVI siècle destinée au " jeu serré " selon les écoles d'escrime de l'époque. Il s'en saisit et commença à enchaîner une série de mouvement. Tel un mousquetaire, il fit tournoyer la lame dans la pièce qui fendit l'air émettant un léger sifflement.
-Eh ! Nikko ! t'as pas fini ! fit Pitt qui l'appelait depuis quelques minutes maintenant et commençait à perdre patience. Vien voir ici ! Juste derrière la fausse cloison ! C'est plutôt impressionnant !
Le jeune Carlington déposa soigneusement l'épée à sa place. Son cœur battait et hâtivement il rejoignit son compère, curieux d'examiner ce qu'il avait dégoté.
-Bigre ! s'exclama t-il comprenant ce que Pitt tenait absolument à lui montrer.
-T'as vu tout cette artillerie ! commenta le grand blond, ravi que Nikko réponde enfin à son appel. Tu peux ouvrir tous les tiroirs et toutes les portes, il y en partout ! A ce niveau là, c'est plus de la passion, c'est de la rage !
Effectivement, devant les yeux ébahis des deux hommes, s'épanouissait un véritable arsenal de guerre digne des plus fières légions.
-Fichtre ! Reprit Nicola s'étant approché. A défaut, si on veut se défendre, on a que l'embarras du choix ! Regarde, je te présente le P08 Parabellum, le pistolet le plus célèbre au monde ! Il a été dessiné par Georges Luger et fut utilisé par les Allemands durant la seconde guerre mondiale. Et là, nous avons un P38, calibre 8mm, chargeur 9 coups, l'arme favorite des SS.
-Et ceci, qu'est ce que ça peut bien être ? demanda Pitt brandissant un espèce de masque vraiment étrange.
-C'est un masque à gaz pour nourrisson élaboré par des médecins tout à fait inhumains de la gestapo.
-Que le Phœnix emporte cet objet de malheur en enfer ! S'écria-il, se débarrassant au plus de cet horrible masque. Est-on obligé de garder ce genre d'objet macabre ?
-Il faut croire que Visconci était un collectionneur morbide. De plus, il y a ici des revolvers neufs comme ce 357 Magnum ou ce Smith et Wesson ! Et tous ces tiroirs sont truffés de chargeurs, de cartouchières et de diverses balles ! J'ai la très nette impression que le Comte n'avait pas la conscience tranquille.
-Tu veux dire qu'il devait se sentir carrément persécuté !
-C'est plus que sur ! Pour posséder autant d'armes chez soi, il faut vraiment vivre dans la peur !
-Mais qu'est ce qui pouvait bien le terroriser à ce point?
-Lui, tout simplement.
-Où alors, il était réellement harcelé, qui sait ?
-Il était fou, ne l'oubli pas. Son harcèlement comme tu dis, il se l'est crée dans son esprit, tiraillé par des pensées obscures et mal saines.
-Enfin tourmenté ou pas, tout cet arsenal ne me dit rien qui vaille.
-On pourrai facilement rivaliser avec l'armurier du coin, ironisa Nikko.
-Je ne rigole pas, rétorqua le grand blond qui ne se sentait pas vraiment en sécurité dans cette salle pleine à craquer d'armes. Regarde, il y a même des grenades qui, à mon avis, ne datent pas d'hier! Ne me dis pas que ça n'est pas dangereux !
-Il est vrai que ce genre d'explosif, même manipulé avec la plus grande précaution, présente toujours un risque que l'on ne peut hélas maîtriser.
-Je ne suis pas là pour de donner des leçons, reprit Pitt inquiet, mais si j'étais à ta place, je me débarrasserai de tout ça et à la vitesse grand V encore !
Nikko réalisa soudain que son compagnon n'était pas tout à fait l'aise en ces lieux et il pu lire une certaine peur sur le visage du grand gaillard. Le jeune Carlington savait pertinemment que plus des grenades étaient vieilles, plus elles étaient dangereuses. Et pour cause, la rouille attaquant le mécanisme de mise en route, un simple choc suffisait pour qu'elles se dégoupillent. Mais il savait également que pour éviter que ces boules d'acier bourrées d'explosif ne s'oxydent, il fallait les stocker dans un endroit bien sec et prendre la précaution de les entourer d'un papier huilé. C'est un truc que tous les collectionneurs de ce genre d'objet connaissent. Apparemment le Comte avait pris soin de ne pas brûler cette étape et l'odeur nauséabonde et tenace de l'huile s'était imprégnée jusque dans les murs. Toutefois, Nikko fut pris d'une légère incertitude.
-Sortons d'ici, fit il brusquement d'un ton grave et sévère. Tu as raison, je vais me débarrasser de toutes ces grenades douteuses et sur le champ ! C'est beaucoup plus prudent.
-Tu ne vas tout de même manipuler ces objets toi même ?
-Ne te fais aucun soucis, je sais ce que je fais. Attend moi au grand salon.
-Mais tu n'y songes pas ! s'exclama vivement le grand blond, les yeux exorbités par la décision que venait de prendre son ami. Le risque zéro n'existe pas, c'est toi même qui me la affirmé ! Je ne peux pas te laisser faire ça !
Et le grand blond se mit en travers de la route de Nicolas, faisant barrage de sa large carrure, l'empêchant de ressortir du grand salon dans lequel ils s'étaient tous deux rendus.
-Fais moi confiance ! répliqua le jeune Carlington, tendant son bras comme pour repousser son ami.
-Ecoute, ramasser le cadavre de Visconci passe encore, mais rassembler le tien ! L'idée m'est absolument intolérable! Soit raisonnable et appelle un professionnel ! s'exclama de nouveau Pitt totalement désemparé.
-Rassure toi, fit Nicolas tout en lui posant une main sur l'épaule. Si le Comte n'avait pas entreposé ces explosifs en respectant certaines règles élémentaires, jamais je n'aurai pris une telle initiative. Je ne suis pas suicidaire !
Malgré l'insistance que Pitt déploya, Nikko retourna à la salle d'armes laissant son compagnon seul dans le grand salon. Au passage, il empoigna le lourd marteau et le burin, laissés là dans le tunnel, sur un tas de gravas. Dans la pièce se trouvaient entreposé plusieurs caisses en bois fermées ou l'on pouvait lire " danger-explosif. " Il faut que j'en ai le cœur net "pensa le jeune homme tout en s'attaquant à l'une d'entre elles. Les coups de marteau eurent bien vite raison du couvercle et le caisson s'ouvrit. A l'intérieur une bonne cinquantaine de grenades, toutes soigneusement enveloppées dans du papier gras. Il y en avait des bleues, c'est la couleur des grenades d'entraînement, des jaunes pour les défensives et des striées pour les offensives, celles qui font le plus de dégâts. " Mais où le Comte a t-il bien pu se procurer autant d'explosif ? Il faisait de la contre bande ou quoi ? Nikko éventra toutes les malles et vérifia une par une l'état de tous ces projectiles de guerre." Avec ce genre de matériel, un accident est si vite arrivé. Dire que j'avais prévu de rénover cette partie du manoir ultérieurement. Heureusement que cette histoire de cadavre est venue perturber mes plans, car sans le savoir, j'aurai vécu à coté d'une véritable bombe à retardement. Sauver par un mort, quel ironie du sort ! Nicolas martela enfin le couvercle de la dernière caisse. Toujours très prudent, il prenait soin de ne pas donner de trop grands chocs. "Apparemment le Comte n'a pas fait n'importe quoi car elles sont en parfait état. Je n'en ai trouvé aucune de suspicieuses ". De retour au grand salon, il retrouva son compagnon qui s'était débarbouillé le visage, affichant un air un peu plus humain.
-Alors ? questionna le grand blond attendant le verdict de l'expert.
-J'ai passé en revue toutes les caisses et contrôlé tous les explosifs. Je suis en mesure de te certifier qu'il n'y a aucun risque. Visconsi les a entreposé en s'entourant de toutes les précautions d'usages. Y'a pas de doute à avoir, le Comte savait comment s'y prendre !
-Donc pas de danger qu'elles explosent à tout moment ?
-Absolument aucun. Tu sais, c'est du matériel de guerre. Le but est de les balancer sur son ennemie, pas de se les faire exploser en pleine figure.
-Et les caissons, on en fait quoi ?
-Pour l'instant rien. Ils restent là où ils sont. La pièce est saine et je n'est aucun autre endroit pour les stocker.
Pitt parût faire la fine bouche. Cette histoire le gênait.
-Ecoute, repris Nikko tout en lui tapotant amicalement l'épaule, je t'affirme que toutes ces grenades sont comme neuves.
-Aucune trace de rouille ?
-Non, y'a pas plus fiable, crois moi.
-Pas de poudre suspecte répandue dans les caisses ?
-Rien de tout cela, tout est impeccable.
-Pas de marque louche laissé par les flammes non plus ?
-Ah ça ! On peut remercier Visconsi d'avoir si bien muré toute cette partie ! Autrement, je pense que tout le manoir serai parti en fumé avec lui ! Vue la quantité d'explosif qu'il y a, la déflagration aurai tout balayé, c'est une évidence !
-Pas si fou que ça, quand même !
-Par contre, je me demande s'il avait déclaré à la préfecture toutes ces armes car il va falloir que je régularise ma situation. Vis à vis de la loi, je suis en totale infraction !
-Parce que tu t'imagines que Visconsi avait déclaré tout cet arsenal de guerre ?
-Je n'en sais absolument rien. Tout ce don je suis certain, c'est qu'il devait avoir des fournisseurs bien implantés dans le réseau.
-Et si toutes ces armes étaient issues de la contre-bande ?
-Pour en avoir le cœur net, il faudrai que je mette la main sur tous les documents concernant ces armes.
-Peut-être que tous ces papiers sont dans la salle, rétorqua le grand blond dont la peur s'était complètement inhibée. Il me semble en avoir aperçut un bon nombre dans un des placard. Il faut allait y farfouiller.
Nikko ne se fit pas prier, ravi de constater que son ami lui faisait une entière confiance sur l'état des explosifs.
-Tout est dans cette armoire, continua le grand blond désignant du doigt un meuble situé dans le fond de la pièce.
Nikko entama alors une longue et laborieuse recherche pendant que Pitt mettait son nez un peu partout, fouillant au hasard des vitrines. Quand brusquement le grand blond changea d'attitude. Pour une raison indéterminé, il se mit à tourner et virer, faisant les cents pas comme un lion en cage. Même Nicolas, pourtant plongé depuis un petit moment dans toute une série de documents importants, fut troublé par son comportement irrationnel. Il tourna la tête dans sa direction tout en relevant ces sourcils pour exprimer son étonnement. Il le regardait faire.
-Comme c'est étrange ! S'exclama enfin Pitt tout en ouvrant une large armoire.
-Que t'arrive t-il ? questionna Nikko qui suivait des yeux ces moindres faits et gestes, les mains encore chargées de papier.
-Il manque quelque chose ici, repris le grand blond la mine soucieuse, tournant presque sur lui même pour scruter toute la pièce.
-Quoi ?
-Si, si. Je suis formel, la pièce n'est pas entière !
-Mais de quoi parles tu ?
Tournant de nouveau autour de l'énorme armoire, Pitt y plongea la tête à l'intérieur.
-Que cherches tu donc ? demanda à nouveau Nikko ne s'expliquant pas la manière d'être de son compère.
-Aide moi à déplacer cette armoire et tu verras où je veux en venir.
L'insistance de Pitt finit par convaincre Nikko et déposant à terre les documents qui l'encombraient, il le rejoignit sans poser d'avantage de question. Mais quelle idée, Pitt avait-il donc derrière la tête ?
-Tu veux qu'on bouge cette armoire ? S'étonna le jeune Carlington.
-Oui, c'est cela même.
-Je ne sais pas si tu es au courant, mais elle doit bien peser 200 kilos !
-Et alors, on a déjà vu pire ! S'exclama le grand blond qui brûlait d'impatience.
-J'espère que tu as une très bonne raison pour me briser les reins de la sorte !
-Ecoute, je te demande juste de me faire confiance comme moi je t'ai fait confiance sur l'état de ces maudites grenades !
L'argument avancé par Pitt était imparable et Nikko ne trouva rien à redire. Les deux hommes déployèrent toute leur énergie, faisant des pauses brèves, travaillant en cadence pour synchroniser leur effort. Le voluptueux tapis d'orient empêchait l'armoire de glisser et ils durent la soulever. Quand enfin, ils réussirent à l'éloigner suffisamment de la paroi pour qu'un homme puisse se faufiler derrière. Pitt ne se fit pas prier et aussitôt disparu. Tel un enquêteur, il commença à tapoter le mur cherchant la petite faille, l'endroit très précis où le bruit résonnerai différemment montrant que la cloison présentait une ouverture.
-Je ne vois pas où tu veux en venir, répliqua Nikko encore essoufflé par tant d'effort. Derrière cette cloison il y à la salle de sport, rien de plus.
-Ce n'est pas ça que je cherche.
-Ah ! Et que cherches tu ?
-Chut !
Pitt avait besoin de silence pour son analyse. Il tendait l'oreille, à l'affût de la moindre anomalie et le jeune Carlington n'osa plus faire un bruit. Il s'installa sur une petite chaise non loin de là et attendit patiemment. Son regard se posa alors sur une vieille montre gousset, laissée sur une petite table. Il ne l'avait pas remarqué en entrant, il faut dire qu'il y avait tellement à découvrir dans cette pièce. Elle était joliment orné tout en restant simple et sobre. Nikko s'en saisit et instinctivement l'ouvrit. " Peut-être la montre du Comte ? " se dit-il. Le verre intérieur s'était brisé en des dizaine de petits fragments empêchant de distinguer les aiguilles et les numéros et il dû se mettre sous l'ampoule pour l'examiner de près. Il fronça les sourcils. Cette montre avait quelque chose qui clochait. Mais qu'est ce que ça pouvait bien être ? Il regarda encore, la rapprochant de ses yeux, jouant avec la lumière et les reflets pour mieux percevoir les détails du cadran. Quand enfin il comprit.
-C'est complètement ridicule, pensa t-il à voix haute.
-Pas si ridicule que ça, lui rétorqua Pitt, toujours en train de tapoter son mur.
-Non, ce n'est pas à toi que s'adressent mes propos. Figure toi que je viens de trouver une montre des plus étrange !
-Ah ! et qu'est qu'elle a de si étrange ? fit le grand blond qui sortit enfin de son trou à rat couvert de poussière et de toile d'araignée.
-Et bien ! Je crois qu'une bonne douche sera la bien venue ! Tu as vu dans quel état tu es ?
-Tu disais ? continua Pitt tout en se frottant les vêtements et secouant la tête pour faire partir la poussière.
-Regarde cette montre ! Et bien le cadran comporte une numération jusqu à treize !
-Montre voir ça !
Le grand blond étudia à son tour les particularités de cette petite montre.
-Mais tu as raison ! L'horloger aura fait une énorme bourde.
-A ce niveau là, c'est plus une bourde mais un acte prémédité ! Le Comte lui a sans doute imposé de réaliser cette montre.
-Tu penses que Visconsi comptait ses journées en deux tranches de treize heure ! Il tournait vraiment pas rond, c'est le cas de le dire.
-Ou alors il faisait exprès de vivre en décalage avec la société.
-Je ne vois pas trop l'intérêt de faire ça !
-Dans son univers à lui, il avait décidé que les journées dureraient 26 heures. Il faudrai demander à un psychiatre la signification d'une telle attitude.
-Peut-être qu'il trouvait notre journée trop courte ! Tu te rends compte si nous avions deux heures supplémentaires par jour ! On pourrai en faire des choses !
-C'est sur, mais il faut être tordu pour vivre avec deux heures de plus que la planète ! Et de ton coté, as tu trouvé ce que tu cherchais ?
Pitt se gratta longuement la tête tout en faisant la grimace.
-Hélas non.
-Vas tu enfin m'expliquer ou désires tu me laisser dans le flou le plus total ! Fit Nikko tout en se rasseyant sur la chaise, croisant fermement les bras et attendant des explications franches et directes.
-Vois tu, fit son compère, sentant que l'épreuve des aveux était incontournable, je suis certain que dans cette pièce se trouve un escalier qui rejoint l'étage. Je l'ai remarqué par hasard sur les plans alors que tu étais en train de vérifier l'état des grenades. D'après mes calculs, il aurai dû se trouver sur ce pan de mur, juste derrière cette armoire.
A cette annonce, Nicolas se releva et ses yeux s'ouvrirent en grand. Il leva machinalement la tête, jetant un coup d'œil au plafond.
-Tu en es sur ? Fit-il
-Certain ! Mais je n'ai rien trouvé, c'est tout de même bizarre !
Par mesure de précaution, le jeune Carlington alla chercher le plan resté au grand salon.
-Tu as raison, fit-il tout en revenant. Je n'y avait pas prêté attention, il faut dire qu'il est spécifié en tout petit.
Nikko, prit un court moment de réflexion, puis il repris :
-Peut-être que cet escalier a été condamné vu que c'est une pratique courante dans le secteur.
Pitt parût perplexe.
-Qu'on le veuille où non, supprimer un escalier laisse des traces, et je n'en vois aucune !
Les deux hommes analysèrent de nouveau le plafond ne sachant que penser. Le jeune Carlington se replongea dans le plan et Pitt repassa derrière l'armoire, histoire de vérifier. Soudain, alors que tous deux cherchaient une explication logique aux indications mentionnées sur les documents du manoir, Nicolas émit une hypothèse à laquelle personne n'avait encore songer :
-As tu envisager la possibilité qu'au lieu de monter, l'escalier pouvait tout simplement descendre ? Cela répondrai à notre interrogation sur le fait qu'il n'y est aucune trace visible.
Cette annonce changea toute la donne.
-Mais bien sûr ! s'exclama Pitt se précipitant sur les documents posés sur la petite table. C'est tout à fait plausible, pourquoi n'y ai je pas pensé plus tôt ? Il faut dire que le plan est assez imprécis à ce niveau là !
Afin de vérifier la thèse avancée par Nikko, les deux hommes manipulèrent à nouveau l'imposante armoire en noyer. Ils avaient besoin de place pour évoluer sans aucune gène et ce meuble qui bouchait l'accès, n'était pas fait pour les arranger. L'intrigue de découvrir un passage soigneusement camouflé par le Comte les enthousiasmaient particulièrement et ils ne prirent aucune peine à déménager cette armoire pourtant encombrante. Les yeux rivés au sol, ils commencèrent à tâtonner le tapis explorant les moindres centimètres carrés.
-Il y a quelque chose ! Juste là ! S'exclama subitement Pitt. Vien voir !
Nikko palpa à son tour l'endroit indiqué par son ami.
-Mais c'est vrai ! Il faut soulever le tapis pour se rendre compte !
Notre duo de choc empreint à une curiosité grandissante, s'enflamma et le tapis fut roulé en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.
-J'avais raison ! Lanca soudain le grand blond estomaqué par ce qu'il découvrit.
Devant ses yeux hagards, comme hypnotiser par une douce vision, il venait de dégager une large trappe dont les ouvrants étaient maintenus fermés par un cadenas. Ne voulant pas ennuyer Nicolas par des propos puérils alimentant la théorie d'un trésor caché, Pitt ne fit aucun commentaire. Pourtant, au fond de lui, il espérait avoir trouvé la fameuse cachette du Comte. Le mystère battait son plein mais pour Pitt tout était clair comme de l'eau de roche. Le message révélateur débusqué tout à l'heure et maintenant une trappe doublement dissimulée et verrouillée par un cadenas digne de ce nom. Trop d'indice accumulés qui se regroupés ! Son cœur s'emballa et l'idée de devenir immensément riche lui traversa l'esprit. " Il est là " pensa t-il surexcité, " j'en mettrai ma main au feu ! A nous la belle vie ! De son coté, le jeune Carlington était loin de penser la même chose. Toute cette histoire était beaucoup trop facile et simple pour que soit la planque que tout le monde cherchait depuis des années. D'ailleurs, il n'y avait pas de planque du tout! Pas plus qu'il n'y avait de fortune ! Non, tout ceci avait une explication beaucoup plus rationnelle. " Encore un passage servant de fuite au demeurant lors d'une invasion ennemie " se disait-il " la pratique était courante à l'époque et n'importe quel château digne de ce nom possédait son réseau de tunnels souterrains aboutissant à quelques kilomètres de là. Une solution très ingénieuse pour échapper aux indésirables qui forçaient la porte. Il faut dire qu'en ce temps là, le régime pouvait être renversé du jour au lendemain ! " Rien d'extraordinaire donc et Nikko ne paraissait pas plus enthousiaste que ça. Bien sûr, il se doutait que Pitt ne voyait pas la chose du même œil et il se garda bien d'enlever toute illusion à son ami.
-On l'ouvre !s'exclama t-il.
Le grand blond ne demanda pas son reste et s'empara du marteau et du burin qui traînait encore dans la pièce. Il n'allait pas s'amuser à rechercher la clé ! La solution adoptait était nettement plus rapide et tout aussi efficace. Quelques coups savamment placés additionnés d'un peu de patience et le tour était joué. Le cadenas céda. Les portes furent ouvertes et ayant pris le soin de s'équiper de lampes torches, les deux hommes s'engouffrèrent dans ce trou béant.
Chapitre 4
La suite
bientôt...!